15 novembre 2018

     La méconnaissance du Royaume par l’Église primitive a-t-elle été voulue, délibérée? On peut au moins en faire l’hypothèse à titre d’expérience de pensée.

     Les premiers chefs de l’Église étaient des Juifs forcément empreints de théologie juive, même s’ils n’étaient pas docteurs de la Loi. Et ils étaient entourés de Juifs opprimés par l’occupation romaine qui devait provoquer chez la plupart une certaine résistance culturelle. Certains d’ailleurs prônaient même la résistance armée, les zélotes, dont faisait peut-être partie Simon, dit le zélote ou le zélé (Luc 6, 15).

     Psychologiquement, ces gens-là n’auraient pas pu abandonner leur judaïsme sans éprouver un sentiment de culpabilité, de trahison. Ils ne pouvaient abandonner le Temple et les sacrifices. Ils ont alors réussi ce qui nous apparaît comme un tour de force intellectuel, mais qu’ils n’ont peut-être réalisé qu’instinctivement, sans véritable réflexion ni décision claire: transformer, interpréter l’assassinat du prophète Yeshoua comme le sacrifice volontaire d’un grand-prêtre. C’est ce dont témoigne la bien nommée Épître aux Hébreux.

     On peut dire qu’il y avait eu des précédents à cette récupération. Yeshoua avait comme par avance accusé ses auteurs en s’en prenant à ceux qui refusaient son témoignage de prophète: « Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens, hypocrites! Car vous bâtissez les tombeaux des prophètes et vous ornez les monuments des justes, et vous dites, « Si nous avions vécu à l’époque de nos pères, nous ne nous serions pas joints à eux pour verser le sang des prophètes. » Vous témoignez ainsi contre vous-mêmes que vous êtes les descendants de ceux qui ont tué les prophètes. Portez donc à son comble la mesure de vos ancêtres » (Matthieu 23, 29-32) en me tuant, moi le prophète.

     Ont-ils opéré cette imposture de la récupération en pleine conscience et en toute bonne conscience? Peut-être, peut-être pas, mais au fond peu importe. Les apôtres et les autres premiers disciples d’origine judaïque n’étaient pas prêts à abandonner le sacerdoce, et ce sacerdoce a dirigé la réflexion théologique jusqu’à nos jours.

     On peut verser au dossier de cette réflexion sur le non-abandon du sacerdoce, du  sacrifice et des sacrements qui garantissent à l’Église son pouvoir le fait que des voix autorisées dans cette même Église continuent d’affirmer avec force que la Loi, la Tora, doit être conservée dans ses moindres détails, sans d’ailleurs conformer leur comportement à cette affirmation péremptoire. (cf. Matthieu 5, 18).

 

     La théologie de Paul, elle, s’est détachée de la théologie judaïque, et elle s’est adaptée au contexte non-juif, grécisant, « païen »…

 

     dans les mimiques du feuillage

     où tu penses voir un visage

     aux figures si expressives

     à les reconnaître si vives

     tu interroges la présence

     qui leur donne leur dernier sens

 

     vois donc la présence dernière

     ou tout aussi bien la première

     qui en son sourire ineffable

     si discret que peu sont capables

     de la ressentir et la vivre

     jusqu’à l’extase qui rend ivre

 

    

    

 

14 novembre 2018

     On peut se demander pourquoi l’intuition, le témoignage, la bonne nouvelle, la leçon donnée par le Fils de l’homme Yeshoua de Natsèrèt n’a pas été apprise ou a été si mal apprise et si mal retenue par l’Église primitive.

     Il faut bien se poser la question si l’on reconnaît dans la Spiritualité de l’Altérité l’expression juste et vraie de cette intuition, à l’encontre de ce qu’enseigne l’Église depuis tant d’années.

     La révolte de Luther, Calvin et quelques autres aurait pu être une occasion pour la théologie chrétienne de se remettre en question, mais l’Église catholique romaine a réagi par un raidissement obstiné et avec une violence extrême qui, en elle-même, était significative de sa non-reconnaissance de l’intuition de l’Amour de pure Altérité.

     Les textes du Nouveau Testament portent la trace d’une résistance originelle à l’intuition du Fils de l’homme, les signes d’une volonté de maintenir la Loi contre la Grâce. Le texte le plus évident est celui où il est dit, « je ne suis pas venu abolir la Loi, mais l’accomplir » interprété d’une part comme le maintien de la lettre « jusqu’au moindre yod, au moindre signe de la Tora » (Matthieu 5, 18) et d’autre part comme « on vous a dit… mais moi je vous dis » répété quelque six fois.

     Le langage du Fils de l’homme est celui d’un prophète parlant en meshalim, en opposition au langage des prêtres parlant en langage littéral. Et le langage en meshalim n’est pas à comprendre intellectuellement, mais a connaître intuitivement. C’est comme tel, semble-t-il, que Yohanân l’a reconnu. Yeshoua a dit, « Si ton œil, le droit, te fait trébucher, arrache-le et jette-le loin de toi » (Matthieu 5, 29) et « la lampe du corps, c’est l’œil. Si donc ton œil est intact, tout ton corps est lumineux. Mais si ton œil est criminel (ponêros: mauvais, malin, méchant), tout ton corps est ténébreux. Si donc la lumière qui est en toi s’enténèbre, quelle est grande, la ténèbre!  » (Matthieu 6, 22s). Yohanân a pu parler du « désir des yeux » selon « le monde », c’est-à-dire de la libido sciendi comme l’a interprété Augustin, désir qui voit toutes choses pour les comprendre, les prendre, les posséder et dominer en association avec le « désir de la chair, libido sentiendi » et « l’orgueil de la vie, libido dominandi« . Sa lecture est celle des meshalim.

     Le message du Fils de l’homme, sa bonne nouvelle (euaggélion), est l’expression d’une intuition, et on doit l’accueillir comme telle, non en cherchant à la comprendre mais en voulant y communier. On ne communie à la Vérité, on ne connaît Dieu, qu’en Aimant : « Qui n’Aime pas ne connaît pas Dieu » (I Jean 4, 8).

     La lecture littérale, conceptuelle, des paroles de Yeshoua est erronée, charnelle, et l’est donc aussi la théologie fondée sur elle. La lecture mashal, intuitive, est vraie, spirituelle… car « Dieu est esprit » (Jean 4, 24). On peut sans doute expliquer en partie l’échec de l’Église primitive à reconnaître la Vérité annoncée par Yeshoua par cette lecture littérale, conceptuelle, qui était celle des prêtres.

 

     pour qui donc cette haie d’honneur

     de feuilles hautes en couleur

     au bord du chemin qui s’enfonce

     parmi les ajoncs et les ronces

     dans la forêt aux cent détours

     de la grâce et du grand amour

 

     c’est la beauté qui nous entraîne

     avec la mariée dont la traîne

     balaye les moindres soucis

     avec les peines sans merci

     d’un passé d’antiques poussières

     et de boues de vieux cimetières

 

     aux épousailles de la mort

     la feuille en accueillant son sort

     oublie l’idée du sacrifice

     dont on a fait un artifice

     pour dominer et posséder

     les âmes trop promptes à céder

 

     feuilles splendides sang et or

     en franchissant votre décor

     sur le chemin définitif

     vous dites aux cœurs attentifs

     d’apprendre à voir et reconnaître

     l’amour enfin qui vient de naître

 

 

 

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