19 juillet 2019

On dit que les intellectuels chrétiens n’apprécient guère cette parole attribuée au Fils de l’homme, « À cette heure Yeshoua se réjouit dans l’Esprit : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je te loue car tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, sophôn kaï sunetôn (Luc 10, 21).

     Cela n’exclut-il pas la théologie, la science de Dieu, l’intelligence de Dieu ? Mais de quelle intelligence s’agit-il ? Pour Henri Bergson, l’intelligence humaine est adaptée à sa fonction de compréhension du monde pour le posséder et dominer, pour s’en rendre « maître et possesseur », disait Descartes.

     Selon Bergson, « la nature nous ayant destinés à utiliser et à maîtriser la matière, l’intelligence n’évolue avec facilité que dans l’espace… Originellement, elle tend à la fabrication… À côté d’elle, nous constatons l’existence d’une autre espèce de connaissance. Nous avons ainsi, d’une part, la science et l’art mécanique, qui relèvent de l’intelligence pure ; de l’autre, la métaphysique, qui fait appel à l’intuition (La pensée et le mouvant, pp. 84ss).

     On peut conjecturer que la joie de découvrir, comme l’a fait le Fils de l’homme, que la Vérité de l’Éternel n’est pas une question de sagesse et d’intelligence, est cohérente avec son intuition, communiquée à son disciple Yohanân, que cette Vérité relève de l’éthique et de la pratique de l’Amour : « Qui n’aime pas ne connaît pas Dieu » quelle que soit la force de son intelligence, et « qui Aime connaît Dieu » quelle que soit la faiblesse de son intelligence (I Jean 4, 7s).

     Qui Aime a l’intuition de l’Éternel Amour, et c’est à partir de l’Amour que l’on peut établir une théologie conforme à la Vérité, non à partir de l’idée d’un Dieu tout-puissant, et mâle par-dessus le marché, comme le fait la religion chrétienne (« Je crois en Dieu le Père Tout-puissant… « 

     Il s’ensuit d’ailleurs qu’on ne peut interpréter par l’intelligence le sens de la parole du Fils de l’homme se réjouissant en constatant que la Vérité est cachée aux sages et aux intelligents en tant que tels, qu’elle n’est accessible qu’en y participant dans l’Amour par une sorte d’intuition, le « cœur », disait Pascal.

     Pour Bergson, « nous appelons ici l’intuition la sympathie par laquelle on se transporte à l’intérieur d’un objet pour coïncider avec ce qu’il a d’unique et par conséquent d’inexprimable » (op. cit., p. 181). Pour rencontrer la présence de l’Éternel Amour, « toi en moi et moi en toi », il faut donc faire taire en soi l’exprimable, les mots et les concepts que les mots expriment.

      »Patience patience

     Patience dans l’azur

     Chaque atome de silence

     Est la chance d’un fruit mûr » 

                (Paul Valéry)

 

     le savoir et le savoir-faire

     se sont alliés avec le fer

     en bonne intelligence

 

     sur le gazon les liserons

     avaient réinventé le rond

     en leur reconnaissance

 

     le fer a tranché quelques têtes

     en se croyant être à la fête

     de la rigueur

     ignorant que par les racines

     les liserons pensent l’intime

     de la vigueur

 

     le fer enfermé en lui-même

     détaché de tout ce qui aime

     rouillera

 

     le liseron en connivence

     avec toute la connaissance

     renaîtra

 

 

 

 

 

 

 

18 juillet 2019

Si l’Autre Éternel est en nous, « toi en moi et moi en toi », avec nous, présent à nous, plus intime que notre intimité, cela ne signifie pas que nous devrions lui laisser toute la place, nous « décréer » comme le croyait Simone Weil (La pesanteur et la grâce, pp. 42ss).

     L’Autre Éternel n’est pas le Tout-puissant jaloux de la Bible, celui qui, toujours selon Simone Weil, n’aimerait que lui-même et que ce serait lui-même qu’il aimerait à travers nous (ibid.) Il est l’Amour de pure Altérité qui Aime le cosmos pour le cosmos, les univers pour les univers de toute éternité. Telle est la Vérité dont le Prophète Fils de l’homme a voulu témoigner. S’il ne l’était pas, il ne serait pas l’Amour seul digne de foi.

     Les êtres du cosmos accueillent cet Amour chacun à la mesure de ce qu’il est, quidquid recipitur ad modum recipientis recipitur. Un atome ne le reçoit pas comme une molécule, une molécule ne le reçoit pas comme une cellule vivante… un humain premier ne le reçoit pas comme un humain dernier. Et plus nous sommes de l’esprit plutôt que de la chair, plus nous accueillons l’Esprit d’Aimer présent à nous en Aimant les autres, plus nous participons à Sa Vie Éternelle.

     Cela signifie que notre humanité première s’efface, doit s’effacer, pour laisser la place à l’humanité dernière, que notre « moi haïssable » doit céder la place aux autres en les servant. Peut-être est-ce cela qu’a vu Simone Weil, mais le concept de « décréation » est inadéquat, maladroit. Il ne s’agit pas d’abolir mais d’accomplir (cf. Matthieu 5, 17). C’est une surcréation aufheben, une « sursumption »…

     Concrètement il s’agit de participer à l’Amour inconditionnel universel de l’Éternel : « Vous avez entendu qu’il a été dit, tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Mais moi je vous dis, Aimez vos ennemis… Vous serez ainsi les fils de votre Père des cieux… Vous serez parfaits comme votre Père des cieux est parfait » (Matthieu 5, 43…48).

     On est loin du « Jacob, je l’ai aimé, mais Ésaü, je l’ai haï  » (Malachie 1, 2s). Selon L’Amour Éternel, il n’y a pas de peuple élu, que ce soit Israël, l’Eglise ou quelque autre peuple ou religion. Il n’y pas non plus d’individu élu, choisi. À chaque conscience de s’ouvrir à l’Amour…

 

     lorsqu’il courait dans la forêt

     à la recherche d’une bête

     il lui arrivait que l’arrête

     le silence d’une futaie

 

     la sève doucement montait

     des racines vers la hauteur

     et il la sentait dans son cœur

     qui vers les cimes l’emportait

 

     car c’était bien la même vie

     il la sentait en chaque fibre

     qui désirait monter où vibre

     non pas comme une nostalgie

     des origines mais un feu

     où dans un élan infini

     la chair en un sursaut ultime

     allait se dévoiler l’intime

     en déchirement accompli

 

     et lorsqu’il reprenait sa quête

     et sa recherche de la bête

     en son cœur montait comme un feu

     le silence où l’amour est dieu

 

 

 

 

 

 

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