17 décembre 2017

     Penser-Sentir que « Seul l’Amour est digne de Foi », c’est d’abord refuser de donner sa foi à tout ce qui n’est pas l’Amour, un peu comme Paul a pu écrire, « Si je n’ai pas l’Amour, je ne suis rien… Si je n’Aime pas, rien ne m’est utile » (agapê dè mê ékhô, ouden eïmi… agapê dè mê ékhô, ouden ôphéloumaï) (Corinthiens 13, 2s). Ce n’est pas seulement une question d’utilité, c’est une question d’être, (qui donne la mesure de l’utilité).

    La clé d’interprétation est que « Dieu est Amour » (I Jean 4, 8). L’Amour et l’Être de l’être sont une seule et même réalité, la réalité première qui mesure la réalité de tout être puisque tout être en participe. Si l’on reconnaît à l’être de l’Amour Éternel sa réalité ontologique première, on s’aperçoit que cet Amour relativise l’amour-philia-eros que les religions, y compris le judéo-christianisme, attribuent à leur dieu, et qui, cosmique, ne va pas son opposé la haine-neïkos-thanatos perçue comme le courroux, la colère, la justice punitive, « l’irritation » comme dit Pascal, car « il faut que la justice de Dieu soit énorme comme sa miséricorde » (Pensées, éd. Sellier 681, p. 472 et 680, p. 458).

     La Lumière de l’Amour, de l’Être de l’être, éclaire toute réalité, y compris celles des forces cosmiques, des « éléments du cosmos » (stoïkheia tou kosmou) qui nous asservissent (Galates 4, 3), qui nous « tentent », nous « éprouvent » et que nous personnalisons en les nommant Satan, Lucifer, Belzébuth… et tous les démons, diables, « esprits mauvais qui rôdent dans le monde pour la perte des âmes » (prière introduite à la fin de la messe par Léon XIII à Saint Michel Archange dont la statue dorée piétine le dragon à la cime du Mont), « votre adversaire le diable qui rôde comme un lion rugissant cherchant qui dévorer » (I Pierre 5, 8).

     La réalité des forces cosmiques d’attraction et de répulsion qu’Empédocle a appelées Philia et Neïkos et que Freud a aperçues dans l’inconscient humain sous la dénomination Eros et Thanatos, ne sont pas de soi diaboliques. Sans elles le cosmos, l’univers et tout ce qui le fait n’auraient pu ni apparaître ni évoluer. Mais avec la naissance de la conscience humaine elles deviennent un obstacle à sa marche vers la perfection de l’Amour qui constitue l’être auquel elle est appelée et qui, comme Paul l’a écrit aux Corinthiens, « n’est pas si nous n’avons pas l’Amour ».

 

     Suspendue à la juste distance

     dans l’équilibre de ce qui t’attire

     de ce qui te repousse Élance

     toi dans la vitesse pour nous dire

     l’intelligence du cœur

 

     Sur toi aussi comme en toi ne subsiste

     dans l’espace de l’univers

     que ce qui en tous sens insiste

     pour se mettre devant et en travers

     de l’intelligence du cœur

 

     Ainsi la chair sous le vent de l’esprit

     comme le reste est pétrie du désir

     d’être soi-même comme de l’autre épris

     dégoûté sans pouvoir cependant se retenir

     mais en marche pourtant vers cette liberté

     dont l’autre nom que l’on sait plus profond

     indicible de la vérité

     s’épelle lentement en ce qui se confond

     dans l’intelligence du cœur

 

     L’épreuve à quoi te soumet l’adversaire

     de ce que tu crois le meilleur

     de ta chair à sa mort est nécessaire

     pour vivre enfin au grand ailleurs

     dans l’intelligence du cœur

 

 

 

 

 

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                

16 décembre 2017

     Peirasmos. Un grécisant nous donnerait sans doute l’étymologie de ce mot et les sens qu’il peut prendre selon le contexte. On se contente ici de constater que dans le Nouveau Testament il est tantôt traduit par tentation, tantôt par épreuve. À titre d’expérience de pensée, il est intéressant de le traduire toujours par épreuve, y compris dans l’avant-dernière demande du Notre Père comme le fait Chouraqui (« Ne nous fais pas pénétrer dans l’épreuve »).

     On peut se pencher sur quelques autres exemples. Le mot revient plusieurs fois au début de l’épître de Jacques : « Considérez comme un sujet de joie complète les diverses épreuves / tentations / épreuves (peirasmos) auxquelles vous pouvez être exposés, sachant que la mise à l’épreuve (dokimion) de votre foi produit la persévérance … Heureux l’homme qui tient bon face à la tentation / l’épreuve (peirasmon), car après avoir été testé, il recevra la couronne de vie que le Seigneur a promise à ceux qui l’aiment. Que personne, lorsqu’il est tenté / éprouvé (peiratsoménos) ne dise « c’est Dieu qui me tente / m’éprouve » (peiratsomaï) car Dieu ne peut pas être tenté / éprouvé (apeirastos) par le mal et il ne tente / n’éprouve (peiratsei) lui-même personne. Mais chacun est tenté / éprouvé (peiratsetaï) quand il est attiré et entraîné par ses propres désirs (épithumias) (Jacques 1, 12ss).

     Il y a là matière à réflexion. Jacques s’adresse à des gens dont certains croient qu’il sont tentés / éprouvés par Dieu, alors que pour Jacques c’est le désir – épithumia qui les tente / éprouve. (Epithumia est le mot utilisé dans la première épître de Jean pour parler du  monde / kosmos concrétisé par « le désir de la chair et le désir des yeux », désir qu’Augustin a traduit par libido et Pascal par concupiscence en décalque du latin concupiscentia, qui apparaît donc aussi dans l’épître de Jacques).

     Voilà qui donne à penser que la tentation / épreuve naît en nous des forces du monde, des puissances cosmiques qui nous habitent et nous entraînent (philia et neïkos, eros et thanatos).

     Si Satan est appelé par Yeshoua « prince de ce monde – kosmou arkhôn  » (Jean 14, 30, 16, 11) et si Paul parle des « incrédules dont le dieu de cet âge a aveuglé l’intelligence », on peut penser qu’ici prince et dieu sont des synonymes. Paul l’appelle d’ailleurs aussi « prince de la puissance de l’air conformément à qui, conformément à la façon de vivre de cet âge kata ton aiôna tou kosmou toutou, kata tên arkhonta tên eksousias tou aeros« . Voilà qui relie Satan, la tentation / épreuve et le cosmos. On peut donc sans doute faire l’hypothèse que Satan et ses sbires sont des personnifications des forces cosmiques, tout comme d’ailleurs, sous un autre mode, les divinités.

 

     Les puissances de l’air entraînent

     les nuages sans résistance

     Faut-il alors qu’amour et haine

     soient le secret de leur constance

 

     Mais les formes toujours changeantes

     au jamais plus jamais encore

     sont pour le regard enivrantes

     qui transforme leur plomb en or

 

     Dans la forge de l’univers

     naissent des étoiles nouvelles

     avec le bruit et la fureur

     d’où jaillissent les étincelles

     de la vie combattant la nuit

     où il faut bien manger les autres

     en les tuant et possédant

     afin qu’apparaisse le nôtre

     entre les lèvres et les dents

 

     Mais le nuage va mûrir

     et s’offrir à la bouche avide

     de l’amour afin de mourir

     pour vivre au royaume du vide

 

 

 

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                       

 

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