29 avril 2017

Il y a chez l’œuvre du philosophe-théologien Thomas d’Aquin quelque chose de cérébral qui peut rebuter certaines sensibilités, alors même que les images élémentaires du feu et de la lumière dans son exposition de la présence de l’Être à l’intime des êtres indiquent un enracinement cosmique.

     Pris dans la pensée de son époque, Thomas d’Aquin a eu néanmoins des disciples dans ce qu’on a appelé le thomisme du Moyen Âge puis dans le néo-thomisme du XXème siècle avec les Garrigou-Lagrange, les Gilson et les Maritain première manière. C’est une pensée quasiment inattaquable dans sa cohérence, dans la rigueur de sa construction logique tout entière fondée sur le concept d’être.

     Et cependant elle ne convainc pas nécessairement. C’est que la rationalité ne suffit pas à gagner les cœurs. La raison demeure suspecte en raison (!) de la faillibilité des raisonnements : « Plaisante raison qu’un vent manie et à tous sens ! » a pu s’écrier Pascal (Pensées, éd. Sellier, 78, p. 69).

     La présence de « l’Être pur » à l’intime de tout être est inaccessible à l’intelligence. Pascal l’avait aussi perçu : « Dieu sensible au cœur, non à la raison. » (Pensées, 680, p. 467). La « preuve de l’existence de Dieu » par la nécessité d’une cause première est de soi irréfutable, mais force est de constater qu’elle ne convainc pas plus les athées de l’âge moderne que les « miracles » du fils de l’homme n’ont réussi à convaincre en son temps les consciences qui n’étaient pas « de la Vérité ».

     Une conscience qui se sent en accord avec l’essence de la Vérité de l’Amour dont le prophète fils de l’homme a témoigné recherche en ses paroles la Présence de l’Éternel Amour. Qu’en a-t-il dit ?

     La connaissance de l’univers que nous avons acquise depuis la découverte, toujours inachevée, de l’Évolution nous invite à percevoir la Présence de l’Amour « dans le secret » (Matthieu 6, 6)  de l’intime de notre être et à la vivre comme l’action permanente que le fils de l’homme avait perçue (Jean 5, 17). L’Éternel Amour n’est pas le « moteur immobile » de Thomas d’Aquin, qui en était resté au récit dogmatisé de la création initiale de la Genèse et simplement continuée, maintenue dans l’être. L’Éternel Amour n’a que faire de l’omnipuissance et de l’omniscience du dieu de Moïse. Sa vie, comme toutes les vies, qui participent nécessairement de la sienne, est mouvement, devenir d’éternité en éternité. « En lui nous avons la vie, le mouvement et l’être » est une intuition à vivre, à devenir, à être (une invitation à l’être, à la vie au mouvement, vita in motu).

 

toi l’hirondelle à la fenêtre

quelle recherche de ton être

a pu au hasard de ton vol

donner cette image un peu folle

de la vie en quête de soi

 

tu n’es restée qu’un bref instant

il t’a fallu bien peu de temps

pour découvrir cette méprise

de la transparence qui grise

la vie en sa quête de soi

 

le verre est une étrange chose

pour les oiseaux toujours qui osent

assurés par la transparence

se risquer en toute confiance

dans la vie en quête de soi

selon la généreuse loi

que l’air a donnée aux vivants

de trouver la voie de la rose

 

une seule fois hirondelle

tu es venue frapper de l’aile

à cette fenêtre traîtresse

qui donne sa fausse promesse

de la vie en quête de soi

 

 

 

 

 

 

 

 

28 avril 2017

Est-ce Dietrich Bonhoeffer (1906-1945), que le Petit Robert décrit comme « un chrétien engagé dans un monde abandonné de Dieu (a-théiste) », qui a dit ne jamais penser au monde sans penser à Dieu ni ne jamais penser à Dieu sans penser au monde ?

     On a pu interpréter cette déclaration comme une volonté d’action politique au nom de la foi, et il n’y a rien à redire à cette interprétation : ce pasteur protestant est mort pendu pour s’être opposé avec force et intelligence au régime nazi. Mais on peut rechercher la cause de cet engagement et de cette union indissociable du monde et de Dieu. Elle est donnée, entre autres, dans cette affirmation du théologien Thomas d’Aquin (1228-1274) : « oportet quod Deus sit in omnibus rebus, et intime. Dieu est nécessairement présent en toutes choses, et de manière intime ». Comment dès lors faire autrement que de penser ensemble Dieu et le monde (selon le mode de la non-séparation et de la non-confusion) ?

     La phrase de Thomas d’Aquin est amenée par un raisonnement joint à une intuition véhiculée par deux images, disons deux meshalim :  » Sicut ignire est proprius effectus ignis… sicut lumen causatur in aere a sole quandiu aer illuminatus manet, Comme l’effet propre du feu est d’enflammer… comme la lumière est causée dans l’air par le soleil tout le temps que l’air demeure éclairé. » Le raisonnement est ontologique: « Quandiu igitur res habet esse, tandiu opportet quod Deus adsit ei, secundum modum quod esse habet. Esse autem est illud quod est magis intimum cuilibet et quod profundius omnibus inest… Unde opportet quod Deus sit in omnibus rebus, et intime. » « Dieu est nécessairement présent en toutes choses, et intimement » est la conclusion d’un assez long paragraphe où l’on trouve donc deux images insérées dans un raisonnement. Ces images du feu et de la lumière peuvent paraître cosmétiques, mais elles participent bien de la réalité décrite ontologiquement : « tant qu’une chose a l’être, il est nécessaire que Dieu lui soit présent selon son mode d’avoir l’être. L’être est en effet ce qu’il y a de plus intime et de plus profond (autre image) en toutes choses. » (Summa Theologiae, I, 8, 1).

     Cette intuition ontologique était déjà présente dans la Grèce antique. Elle a été rapportée par Paul parlant à Athènes devant l’aréopage : « Dieu n’est pas loin de chacun d’entre nous, car en lui nous vivons, nous agissons et nous avons notre être » (Actes 17, 28). Dans la bouche du fils de l’homme, cela avait donné « votre Père présent dans le secret » (Matthieu 6, 6).

     Il ne suffit pas cependant d’avoir une évidence intellectuelle de cette présence, il faut encore, selon le cheminement décrit par Henri Corbin, passer de cette intelligence à l’imaginal et de l’imaginal au sensible : parvenir à toucher l’Éternel Amour de nos doigts, en touchant un caillou, un arbre, un chat, un visage… comme un prêtre touche l’homme-dieu en touchant l’hostie consacrée.

 

              toi qui pèses dans ma main

              et me montres le chemin

              du centre de notre terre

              et du tour de l’univers

              tu es si proche et pourtant

              tout l’espace et tout le temps

              viennent vibrer dans ma chair

              comme  le ferait un air

              capable de conquérir

              sans jamais un coup férir

              tous les cœurs qui sans détour

              ne chercheraient que l’amour

 

 

 

 

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