21 août 2017

     Pour Pascal et pour celles et ceux qui ont absorbé ses Pensées, « tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre » (éd. Sellier, 168, p. 121). Il s’agit donc par tous les moyens, longuement décrits dans la section IX, de se procurer du « divertissement » afin de se prémunir et de se délivrer de l’ennui.  C’est bien regrettable, c’est même « tout le malheur des hommes ».

     Assailli/e/s par la solitude lorsque la vieillesse leur fait perdre leurs proches et leurs ami/e/s, certaines gens appellent à l’aide les bonnes âmes qui pourraient les divertir. Mais la solitude du corps et du cœur peut devenir une invitation à l’Amour. Qui Aime en effet ne peut souffrir de la solitude et de l’ennui. L’Amour, Aimer, l’Éternel, peut devenir une présence constante, celle de l’intimior intimo meo d’Augustin, présence dont on peut prendre pleine conscience et partager la Vie.

     Alors l’ennui se dissout dans le souci des autres, dans la prière et dans l’action pour les autres qu’il entraîne. Le souci des autres incite à s’interroger sur ce que l’on pourrait faire pour le service respectueux et affectueux, et aussi pour le combat de la justice. Service et combat pour tous les autres, ceux qui vous aiment et ceux qui ne vous aiment pas, le « prochain » et « l’ennemi » (Matthieu, 5, 43s).

     Cela est bien sûr au-dessus des forces humaines. Il y faut, en vertu du principe de causalité, la grâce de l’Esprit sans cesse invoqué. C’est écrit noir sur blanc dans l’Évangile, les Augustin et les Montaigne l’ont compris, et bien d’autres sans doute dans leur résistance à l’arianisme et au stoïcisme.

     Ce passage à l’Amour ne vient pas du jour au lendemain même pour celles et ceux qui se convainquent de l’excellence de cet idéal, qui espèrent l’atteindre et qui s’y efforcent. Mais « il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer ». Et si l’on n’a pas la volonté forcenée du converti, d’un Charles de Foucauld par exemple, on peut y aller bonnement, en se gardant quelques divertissements lorsque l’ennui se fait trop lourd parce que l’on perd le contact de la Présence de l’Éternel Amour.

 

     dans une cellule vide

     le prisonnier au secret

     peut trouver dans l’air limpide

     l’invitation au concret

 

     ce n’est pas la rêverie

     de l’eau du feu de la terre

     mais le silence où sourit

     l’invisible dans les airs

 

     la force de la pensée

     dans la faiblesse du corps

     au-delà de l’insensé

     lui fait découvrir un or

     dissimulé dans l’ennui

     la présence d’un trésor

     qui appartient à la nuit

 

     c’est au-delà de l’esprit

     lui-même que l’éternel

     amour se donne à l’épris

     du concret suressentiel

 

 

20 août 2017

     Pascal est allé jusqu’à dire, « la contradiction n’est pas marque de fausseté » (Pensées, éd. Sellier, 208). On ne doit donc pas s’étonner de trouver dans ses Pensées des contradictions, des incohérences qui ne le choquent pas, des absences d’audace de penser, de sapere aude.

     Ainsi lorsqu’il parle de son moi. « Le moi consiste dans ma pensée. Donc moi qui pense n’aurais point été, si ma mère eût été tuée avant que j’eusse été animé. » Et une note de Gérard Ferreyrolles explique : « Animer : « mettre une âme dans un corps pour lui donner du sentiment et du mouvement » (Furetière). Selon la physiologie du XVIIe  siècle, « le fœtus n’est pas animé dès le temps de la formation » (Pensées, 167). Si Pascal avait été cohérent, il aurait choisi entre la physiologie de son temps et la croyance en l’Incarnation censée s’être opérée dans le fiat de Marie à la demande de l’ange Gabriel (Luc 1, 26-38). L’Église, elle, est cohérente dans sa défense de l’embryon dès sa conception, en accord avec la conception de Jésus le jour de l’Annonciation.

     Et encore, si Pascal s’est prononcé avec ferveur pour le « Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob, non des philosophes et des savants » (Pensées, 742), il n’aurait pas dû se donner une preuve rationnelle de l’existence de Dieu en se fondant implicitement sur le principe de causalité : « Je vois bien qu’il y a dans la nature un être nécessaire, éternel et infini » (Pensées, 167). Qu’est-ce à dire en effet sinon que l’existence d’un être a nécessairement une série de causes qui toutes au bout du compte ont une cause éternelle. Sauf à penser que le non-être puisse produire de l’être. Pourquoi ce dieu cause éternelle n’aurait-il rien à voir avec le dieu d’Abraham ?

     Mais après tout, cette « preuve de l’existence de Dieu » n’est pas évidente pour tous, y compris pour nombre de philosophes qui se targuent de rationalité, voire de rationalisme.

     On peut en inférer, comme le fait Pascal, que ce qui commande la croyance et l’incroyance, ce n’est pas la raison mais le cœur, ce qui fait que l’on est, ou non, « de la vérité » (Jean 18, 37). En cela Pascal est cohérent : « Dieu sensible au cœur, non à la raison » (Pensées, 680, p. 467). Et il a pu rapporter ces paroles de son ami M. de Roannez, « les raisons me viennent après, mais d’abord la chose m’agrée, ou me choque, sans en savoir la raison, et cependant cela me choque par cette raison que je ne découvre qu’ensuite ». Mais, corrige Pascal, « je crois non pas que cela choquait par ces raisons qu’on trouve après, mais qu’on ne trouve ces raisons que parce que cela choque » (Pensées, 804). Voilà du moins qui est cohérent avec cette « plaisante raison qu’un vent manie et à tous sens ! » (Pensées, 78, p. 69). La chose qui m’agrée ou me choque me fait inventer des raisons de la croire. C’est ce que le croyant comme l’incroyant sentent, leurs affects, qui leur fait se trouver des raisons de croire ou de ne pas croire.

     Une sophistique habile trouve toujours des chemins pour prouver à peu près n’importe quoi en matière de croyance, de philosophie, de théologie, d’idéologie… Il est donc aussi vain pour un athée de chercher des raisons pour convaincre un croyant que pour un croyant de chercher des raisons pour convaincre un athée. Mais cela n’empêche pas que l’existence de l’être éternel est rationnellement incontestable.

 

     Tes belles se sont écartées

     l’une de l’autre  Le ciel

     sait se prêter à ces clartés

     sans jamais être artificiel

 

     Si l’œil attentif interprète

     avec les mots du cœur

     il donne à tout ce qui s’y prête

     de découvrir une rigueur

 

     En jouant chacune leur jeu

     Vénus et Sémélé

     en langage de tu et de je

     disent mêlée et démêlée

     la beauté de ce que les anges

     annoncent sans séparation

     et sans confusion des échanges

     sous les yeux de l’admiration

 

     Et lorsque les belles s’effacent

     dans la clarté du jour utile

     leur souvenir même fragile

     nous fait marcher devant ta face

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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