19 juillet 2018

     Comment Simone Weil a-t-elle pu parler de décréation ? Le mot est d’autant plus choquant qu’il apparaît lié à l’abominable affirmation que non seulement Dieu n’est pas Amour de pure altérité, mais qu’il est un parfait égoïste qui « ne peut aimer que soi-même. Son amour pour nous est amour pour soi à travers nous » (La pesanteur et la grâce, p. 42).

     On peut sans doute comprendre cette abomination comme un excès de langage d’une spirituelle authentique, mais intense au sens anglais de « tendue dans son effort, acharnée dans sa poursuite du vrai » selon l’étymologie latine intensus, intentus (Maxime Koessler, Les Faux Amis des vocabulaires anglais et américains). Intentio, c’est la tension, la contention de l’esprit. Bref, derrière le langage excessif voire maladroit de Simone Weil, on peut rechercher la vérité de l’Amour évangélique, qui est dépassement, abandon de l’amour possessif, de la libido sentiendi, convoitise de la chair, du « monde » dont le Fils de l’homme n’était pas et qu’il invite ses disciples à ne pas être tout en y demeurant (Jean 17, 16. I Jean 2, 16).

     Être dans ce monde mais non de ce monde, c’est s’efforcer de toute son âme, de tout son cœur, de toutes ses forces, de tout son esprit d’entrer dans le Royaume (Matthieu 11, 12), participation à « la nature divine » (II Pierre  1, 4), à la pure Altérité de l’Éternelle Dame Pauvreté. Entrer dans le Royaume implique de quitter la création première et donc, en quelque sorte, de se « décréer » comme Simone Weil le demande. Cohérente dans son excès de langage, elle peut s’écrier « Mon Dieu accordez-moi de devenir rien » (op.cit., p. 44).

     Cette conversion au « rien », n’est autre que le passage de « la chair inutile » à « l’esprit qui donne la vie » (Jean 6, 63), du premier au dernier Adam (I Corinthiens 15, 45-49), de la première à la dernière Ève. Ce n’est pas nécessairement un acharnement dans le détachement, mais cela y ressemble. C’est en tout cas possible à Dieu avec Dieu (Luc 18, 27), c’est-à-dire avec la grâce agissant à l’intime de la volonté.

 

     puis ce sont deux machaons

     curieux qui sautent la haie

     trois p’tits tours et puis s’en vont

     raconter la vérité

 

     peut-être ont-ils aperçu

     ce que personne autre qu’eux

     ne saura n’a jamais su

     d’étrange et de merveilleux

 

     peut-être est-il des regards

     qui se posent différents

     sur les choses avec égard

     pour ce qui d’un autre rang

     appelle l’admiration

     en raison de sa beauté

     secrète en intelligence

     avec l’illumination

 

     et qu’ils s’en reviennent ou pas

     on peut chercher la lumière

     de la vérité sincère

     qu’ils ont repérée si bas

 

    

 

18 juillet 2018

     Si le Fils de l’homme est ressuscité comme il l’a dit d’Abraham, Isaac, Jacob et de toute conscience « jugée digne de prendre part au monde à venir, oï dè kataxiôthentes tou aiônos exeinou tukhein », il est « comme les anges dans le ciel » (Luc 20, 35-37). Il ne peut être le Pantocrator d’un certain christianisme glorieux. Il continue, selon la Vérité de l’Amour, d’agir en serviteur de toute conscience qui s’adresse à lui, lui qui a aimé à la perfection en lavant les pieds de ses disciples.

     Si « seul l’Amour est digne de foi », c’est en fonction de cette Vérité et de toutes les vérités qu’Elle implique que nous pouvons aussi nous adresser aux saintes et aux saints, aux figures vénérées de toute croyance pour les remercier de nous protéger et de nous guider.

     Abordés dans cette vision, il n’y a pas à faire de différence entre Marie et Parvati, Jésus et Avalokitésvara, Rabi’a al Adawiyya et Oshun… entre celles et ceux des ancêtres qui ont rejoint le peuple éternel du Royaume.

     De même les luttes des religions pour l’hégémonie, en particulier entre l’islam et le christianisme, sont une ineptie au regard de l’Éternelle Agapè.

     Les sept dormants d’Éphèse mentionnés dans la sourate 18 du Coran sont vénérés en Bretagne à Vieux-Marché, en Allemagne à Ruhstorf an der Rott, en Tunisie à Tataouine… Imbu d’esprit œcuménique, Louis Massignon a voulu utiliser le pèlerinage breton pour encourager le dialogue entre l’islam et le christianisme, mais il n’existe pas de sanctuaire qui ne nous offre l’occasion d’y prier pour manifester notre communion aux diverses voies spirituelles de la Terre.

 

     quand le citron a voleté

     la première fois cet été

     il fallait bien que tu déposes

     de tes yeux un baiser de rose

 

     il est venu dans la fraîcheur

     de ses toutes premières heures

     comme à un bal de débutante

     en sa naïveté charmante

 

     il est bien d’autres papillons

     et bien d’autres beautés que l’on

     s’éblouit d’admirer

     en voyant s’y mirer

     la face à jamais inconnue

     que l’on ne peut qu’espérer nu

     de tout désir de toute peur

     et appauvri par la splendeur

 

     ce qui volète alors et passe

     dans le regard et puis s’efface

     est un clin d’œil de cette rose

     qui fait signe à l’âme qui ose

 

 

 

    

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