17 jnavier 2019

     Relationalité

     On peut trouver ce mot nouveau, mais il suffit de relire Pascal pour le reconnaître et pour l’approfondir: « Les parties du monde ont toutes un tel rapport et un tel enchaînement l’une avec l’autre que je crois impossible de connaître l’une sans l’autre et sans le tout. » (Pensées, éd. Sellier, 230, p. 168).

     Mais cette pensée de Pascal a été engloutie par le cartésianisme et disséquée par la coupure généralisée entre les choses, entre les êtress et entre les choses et les êtres. Ce qui a, en bonne cohérence, conduit au triomphe du matérialisme physique ignorant la relationalité universelle dont la cause est psychique.

(L’une des plus récentes victoires de ce  matérialisme physique est le déremboursement des médicaments homéopathiques qui sont scientifiquement – entendez physiquement – inefficaces.)

     Pascal ici aussi, si on l’écoutait, pourrait nous inviter à remettre les choses en place: « Il est impossible que la partie qui raisonne en nous soit autre que spirituelle. Et quand on prétendrait que nous serions simplement corporels, cela nous exclurait bien davantage de la connaissance des choses, n’y ayant rien de si inconcevable que de dire que la matière (physique) se connaît soi-même. Il ne nous est pas possible de connaître comment elle se connaîtrait. » (ibid., p. 169)

     La réponse actuelle à Pascal est celle des sciences cognitives, des neurosciences en particulier, qui cependant se construisent sur l’oubli du principe de causalité, s’appuyant sur un réductionnisme irrationnel, prétendant par exemple qu’une cellule vivante n’est que l’auto-organisation des éléments chimiques qui la composent. Car le concept d’auto-organisation comme celui d’autocréation dont il dépend est rationnellement irrecevable en ce qu’il prétend que ce qui est du non-être dans un être puisse devenir de l’être dans cet être.

     La perspective de la catastrophe écologique qui se profile toujours davantage comme inévitable pourrait-elle incliner les penseurs occidentaux, scientifiques ou philosophiques, à retrouver le réseau relationnel de toutes les choses et de tous les êtres, redécouvrir que l’on ne peut, comme le dit la pensée africaine, toucher le moindre fil de la toile arachnéenne du monde  sans qu’elle soit tout entière affectée?

     La Spiritualité de l’Altérité donne d’entrevoir que rien, ni entre les humains ni entre les humains et les non-humains, n’échappe à la relationalité, à la présence active à tout être de l’¨Être de l’être « dans le secret ». Cela justifie, entre autres, le lien entre le souci social et le souci écologique dans notre maison commune (Laudato Si’)

      Y pensait-il, Péguy, en écrivant:

      « Car le spirituel est lui-même charnel

      Et l’arbre de la grâce est raciné profond

      Et plonge dans le sol et cherche jusqu’au fond

      Et l’arbre de la race est lui-même éternel »

      (Porche du mystère de la deuxième vertu)

 

     à peine réveillée de sa douce torpeur

     madame taupe agrandit son réseau

     à moins qu’à réparer quelque dégât des eaux

     ou de céder à quelque antique peur

     elle ne soit en quête au souterrain séjour

 

     ne le pouvant pourtant qu’en repoussant

     dans le monde visible la matière

     compacte qui la gêne en l’exclusive terre

     il lui faut signaler la dépassant

     la limite de la surface au souterrain séjour

 

     sait-elle ou non ce qu’est le territoire

     et la lutte mortelle qu’il entraîne

     au monde de l’amour et de la haine

     depuis toujours depuis la préhistoire

     du séjour de surface au souterrain séjour

 

     madame taupe achève son travail et rit

     ne lui restant que le tour du propriétaire

     ici et là au profond de la terre

     dans l’unique réseau de ses dix galeries

     pour dix mille demeures en l’éternel séjour

 

    

 

16 janvier 2019

     Le cœur ?

     Le Petit Robert décline le mot en douze sens offerts à notre réflexion et à notre intuition. Une Française, un Français passés par le lycée connaissent le « Rodrigue as-tu du cœur? » c’est-à-dire du courage et « le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas », qui fait penser à l’intuition, mais qui prend une coloration métaphysique dans « Dieu sensible au cœur, non à la raison ». (Ce qui ne veut pas dire que Pascal ne donne que ce sens au mot cœur. Ainsi dans « si tu connaissais tes péchés, tu perdrais cœur » …

     On peut s’attarder sur le sens I. B, 2 du Petit Robert: « la partie centrale ou active, d’une ville, d’une forêt », mais aussi « le siège de la conscience » (II, 5) et « la vie intérieure » (II, 6). Dans la mystique chrétienne, il est devenu « le symbole du Messie souffrant par amour pour les hommes », et ce symbole s’est concrétisé dans la fête du Sacré-Cœur (depuis 1765) (Encyclopédie des symboles sous la direction de Michel Cazenave, La Pochothèque, p. 153).

     Dans la Bible, le cœur c’est « l’être intérieur » (ibid.) car, tandis que « l’homme regarde les yeux, Dieu regarde avec le cœur » (I Samuel, 16, 7), ce qui peut faire penser au Petit Prince, « on ne voit bien qu’avec le cœur ». Et aussi, « Dieu sonde les cœurs et le reins » (Psaume 7, 10), et encore, dans la prière attribuée au Roi Salomon, « Donne-moi un cœur qui entend pour discerner le bon du mauvais… Je te donnerai un cœur sage et sagace » (I Rois 3, 9, 12). Quant à Paul, il « prie pour que ses correspondants soient « puissamment fortifiés par son Esprit dans votre intérieur, de sorte que le Christ habite dans votre cœur par la foi… afin que vous soyez remplis de toute la plénitude de Dieu » (Éphésiens 3, 16s, 19).

     Il n’est pas facile d’analyser les diverses nuances de sens que ces textes exploitent ou sur lesquelles ils jouent, mais nous pouvons, avec cette attention qui est une prière comme le dit Simone Weil, nous en imprégner pour en vivre.

      Pour aller au-delà du judéo-christianisme, on peut aller voir du côté de l’Inde et interroger l’intuition de l’advaïta, de la non-dualité du divin et de l’humain: « En Inde, le cœur est le siège de l’Atman, qui participe de l’absolu en l’homme (le Brahman) » (Encyclopédie des symboles, p. 152). Cette intuition d’une relation intime entre l’absolu et l’âme humaine, cette « unité transcendantale », peut inviter à une comparaison avec l’idée que « la grâce est la présence de Dieu lui-même dans l’âme » (Pierre Lombard), et aussi avec l’intuition d’Augustin d’un « Dieu plus intime que mon intimité, intimior intimo meo« .

     Peut-on aller jusqu’à l’intuition de l’aspiration et de l’action attribuée à Abraham par l’auteur du Livre de la Genèse, « marche en ma présence et sois parfait » (Genèse 17, 1) intuition devenue un mantra pour certaines consciences spirituelles? Il doit bien y avoir des connexions entre ces intuitions et la vie quotidienne des consciences qui s’efforcent d’entrer dans le Royaume en vivant  la réalité du « Dieu est Amour », elles en lui et lui en elles (cf. Jean 17 21, 23), « sans séparation et sans confusion » selon ce qu’a vécu le Fils de l’homme.

 

     la frontière de la surface

     pour ce bulbe qui vit en terre

     est qu’afin qu’il tienne sa place

     il doit franchir en solitaire

 

     car il est seul avec les autres

     chacun pour soi doit accomplir

     comme le mien avec le nôtre

     la tâche qui veut se remplir

 

     il sait pourtant que s’il côtoie

     depuis tant d’années des semblables

     c’est qu’en lui le moi et le toi

     sont de naissance indispensables

     tout comme cet autre étranger

     l’air au-delà de la frontière

     qu’est la surface prolongée

     en jeux d’ombres et de lumières

 

     l’alternance et l’altérité

     de l’atmosphère et de la terre

     du toi et moi en vérité

     donnent raison à la frontière

 

    

 

 

    

 

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