24 juin 2017

Le point de départ de la pensée du Bouddha a été le constat de la souffrance universelle. On comprend donc l’importance donnée à la compassion dans le bouddhisme.

     Cependant la vie n’est pas que souffrance. Les forces cosmiques qui régissent notre vie naturelle sont autant attractives que répulsives, désirables et agréables qu’indésirables et désagréables. Certes elles sont inégales dans leurs alternances et certaines gens vivent parfois des souffrances intolérables, incompréhensives, « injustes ». L’exemple des « enfants torturés » qui obsédait Albert Camus et  justifiait  son athéisme est de celles-là.

     Le sage Ecclésiaste avait pour sa part constaté qu’il y a « un temps pour rire et un temps pour pleurer, un temps pour se lamenter et un temps pour danser » (3, 4). Le fils de l’homme a constaté cette dualité et regretté que l’on ne s’y accordât pas : « nous avons joué de la flûte et vous n’avez pas dansé. Nous avons entonné des complaintes et vous ne vous êtes pas lamentés » (Matthieu 11, 17). Paul a, de son côté, adopté cette sagesse : Si quelqu’un souffre, tous souffrent avec lui et si quelqu’un est honoré, tous se réjouissent avec lui » (I Corinthiens 12, 26).

     La simple sagesse cosmique nous invite à ce réalisme, et l’Évangile la parfait et l’accomplit, donnant de vivre toujours plus avec les autres leurs joies comme leurs douleurs. Il ne s’agit plus cependant  de souffrir parce que les autres souffrent en croyant que notre souffrance va adoucir la leur. Il ne s’agit plus de sacrifice, mais d’Amour.

     Notre prière pour les autres n’est pas compassionnelle, elle n’est pas un souffrir avec les autres ni un souffrir à la place des autres. Elle est un débordement de respect et de tendresse, d’Altérité positive, d’Agapè selon les « soupirs ineffables de l’esprit d’Aimer » (Romains 8, 26). Encore une fois, ce n’est pas la croix qui sauve le monde, c’est l’Amour.

     Objection : « Le Serviteur souffrant » du Troisième Isaïe : « C’est par ses blessures que nous sommes guéris… L’Éternel a fait retomber sur lui nos fautes à nous tous » (53, 5s, 11s). Et ce texte a été repris par Marc :  » Le fils de l’homme est venu pour servir… et donner sa vie en rançon pour la multitude » (10, 45). Et puis par l’Épître aux Hébreux: « un grand-prêtre… qualifié parfaitement par des souffrances, l’auteur du salut… rempli de compassion et fidèle dans le service de Dieu pour faire l’expiation » ( 2, 10, 17). Et puis l’Apocalypse : « Je vis un agneau comme égorgé… à qui il est chanté : tu as été égorgé et tu nous a rachetés pour Dieu par ton sang » (5, 6, 9). Mais tout cela relève du mythe et du rite du Bouc émissaire, de la mentalité sacrificielle dont vit la classe sacerdotale en s’appuyant sur une intuition cosmique et non sur l’Éternel-Amour.

 

     quelle folie vous prend

     hirondelles du vent

     si doux qu’on ne le voit

     que dans l’étrange joie

     de vos simples parcours

     avec l’esprit d’amour

 

     à vous la liberté

     de votre vérité

     dans le bel équipage

     où vous tournez les pages

     du temps qui vous emmène

     en ses rythmes amènes

 

     un peu de cette danse

     légère en votre transe

     passe par le regard

     de qui en vous s’égare

     au miroir de son âme

     et avec vous se pâme

 

     en vous la complaisance

     de l’air qui vous avance

     irradie dans le cœur

     son étrange ferveur

     et relance l’amour

     volant au bon secours

 

23 juin 2017

Dans son cloître la moniale, le moine qui lit assidument les évangiles pendant sa lectio divina doit bien de temps à autre s’interroger: « que fais-je ici sans contact avec celles et ceux qui souffrent de la faim, de la misère, de la maladie, de la prison, de l’exil… ». Que fais-je du mashal du Jugement Dernier (Matthieu 25, 35s) ? Si j’ose penser, je peux me demander si le cloître est favorable à l’exercice de l’Amour éperdu pour les autres que l’Évangile me demande.

    « Je ne te demande pas de les retirer du monde, mais de les préserver du mal » (Jean 17, 15) peut en effet donner à penser. Et peut-on fonder une vie contemplative évangélique sur la scène de Marthe et Marie (Luc 10, 38-42) ? Elle est souvent citée pour attribuer « la meilleure part » à la contemplation, mais on peut juger cette fondation précaire.

     Dans la vie du fils de l’homme, la prière contemplative a été de quelques jours au désert avant le début de la prédication et de quelques heures ici et là au cours des trois années qui ont suivi.

     La seule justification possible de la vie monastique selon l’Évangile est, à défaut de l’action pour les autres, la prière pour les autres puisque c’est aux autres que s’intéresse l’Amour. Elle suppose la conviction de l’efficacité de cette prière. Elle implique la prise en compte de ce que l’on appelle communément la télépathie, ici nourrie par ce que le bouddhisme appelle la compassion.

     La vie monastique risque autrement de se nourrir d’un amour érotique pour le Christ comme le donne à penser la consécration des vierges épouses du Christ. Cela peut se comprendre si l’on croit à un amour érotique de Dieu pour un peuple ou pour une personne, mais ce n’est pas l’Évangile. Et il ne s’agit pas de répéter « Seigneur, Seigneur », mais de « faire la volonté du père » (Matthieu 7, 21), c’est-à-dire de participer à son Amour pour tous les êtres.

     Un moniale qui, plongée dans la doxa matérialiste, n’est pas convaincue de la possibilité de communication extrasensorielle ne peut faire de la prière compassionnelle pour les autres qu’un exercice imaginaire, comme semble le faire Matthieu Ricard dans son Plaidoyer pour l’altruisme  qu’un matérialiste peut aisément accuser de vivre dans l’irréel.

 

     avant même ton approche

     le figuier sait qui tu es

     et sentant que rien ne cloche

     demande à te contacter

 

     sait-il ce que ta présence

     plus intime peut donner

     l’un à l’autre d’un beau sens

     sans pourtant s’abandonner

 

     ce qui monte des racines

     et dans les feuilles élabore

     ce parfum qui t’examine

     est le langage des forts

     qui n’ont pas besoin de cris

     pour affirmer la présence

     qui invisible s’écrit

     dans l’aura de son silence

 

     ce qui est ton héritage

     me permet de reconnaître

     plus sûrement le visage

     qui te donne d’apparaître

 

 

 

 

 

 

 

  

    

       

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