posts de juin 2018


30 juin 2018

     Face à l’infini de l’espace effrayant (« le silence de ces espaces infinis m’effraie. Pensées, éd. Sellier 233, cf. 681, p. 472), Pascal cherche à dominer son effroi par son intelligence : « Ce n’est point de l’espace que je dois chercher ma dignité, mais c’est du règlement de ma pensée. Je n’aurai point d’avantage en possédant des terres. Par l’espace l’univers me comprend et m’engloutit comme un point, par la pensée je le comprends » (145).

     Pascal se soucie de sa dignité et il la trouve dans la pensée qui « comprend ». On voit que cette compréhension est une puissance opposée en l’occurrence à la puissance effrayante de l’infini de l’espace.

     Pascal avait pourtant connaissance de la « libido sciendi, concupiscence des yeux » indissociable de la « libido sentiendi, concupiscence de la chair », et de la libido dominandi, orgueil de la vie », fleuves de feu qui embrasent plutôt qu’ils n’arrosent » (460). Sa compréhension de l’univers par la pensée relève de la concupiscence. Elle participe du jeu des forces du kosmos-monde où l’humain se réalise en dominant l’autre (cf. Genèse 1, 28). On doit certes accorder sa valeur temporaire à ce désir de l’intelligence de comprendre l’univers en son tout et en ses parties, mais la destinée offerte aux humains est d’échapper au kosmos et à ses trois concupiscences-libido. La chair, participant du kosmos, est provisoire. « C’est l’esprit qui donne la vie, ma chair est inutile » pour ce qui est du Royaume (Jean 6, 63).

     Si Pascal avait su penser la petite phrase de Jean « o Theos agapê estin » (I Jean 4, 8), il se serait débarrassé de l’effroi cosmique, non en y opposant la puissance de son intelligence mais en reconnaissant le visage voilé (Isaïe 45, 15) de l’Éternel Amour. Il aurait réalisé, vécu, la présence de l’Amour au moindre micron de l’espace « infini », à la moindre microseconde du temps, comme à sa plus intime intimité. Il serait passé de la compréhension réflexive à la communion intuitive.

     (Il est vrai que mot « comprendre », comme bien d’autres, a plusieurs sens : si l’on dit,  « je vous comprends », si l’on fait preuve de compréhension, on fait en réalité acte d’intuition plutôt que d’intelligence aux sens bergsoniens.

 

     l’épi froissé livre les grains

     et l’exploitant compte les gains

     cependant son âme sensible

     à l’âme voilée invisible

     contemple le discours paisible

     des dix mille qui se murmurent

     les soupirs de la moisson mûre

 

     les souffles tendres qui accueillent

     ces soupirs et puis les recueillent

     emportent vers cet inconnu

     qui les attend tremblant et nu

     les illusions qu’il a perdues

     en sa marche vers le probable

     dont il espère être capable

 

     dans la paume l’épi froissé

     en grain et glume dispersé

     lui offre l’éternel message

     proposé par l’unique sage

     sur chacun des mille visages

     répandus de par l’univers

     en son endroit en son envers

 

 

 

29 juin 2018

     Pour réaliser une expérience de pensée sur l’identité de l’Être de l’être éternel comme Amour, on cherche à reconnaître les qualités de cet Amour parfait.

     Son Altérité positive infinie donne toute leur importance, leur dignité, leur valeur aux êtres finis. On peut être tenté de les résumer dans les trois valeurs humaines que propose la devise de la République française, à savoir Liberté, Égalité, Fraternité (dont il est utile de connaître comment-pourquoi elles ont été choisies).

     La Liberté, en termes cosmiques, s’appelle indétermination. Sa part dans le jeu des forces cosmiques – certains l’appellent hasard – fait que l’Évolution de l’univers n’est pas jouée d’avance dans les « détails » que représentent, par exemple, l’organisation des systèmes planétaires, l’apparition des espèces vivantes sur notre planète… sans doute les aléas météorologiques impossibles à prévoir en leur apparition précise dans l’espace et le temps.

     La liberté humaine est la continuation de cette relative indétermination. Le destin d’un être humain n’est pas fixé par les forces qui ont présidé à sa conception. C’est ainsi, par exemple, que deux vraies jumelles ne vivent pas des existences identiques.

     Nous pouvons attribuer cette indétermination-liberté à l’Esprit de l’Éternel Amour comme élément essentiel de son Être.

     L’Égalité doit procéder aussi de cet Amour qui ne peut privilégier tel ou tel humain, tel ou tel peuple… mais qui les laisse à leur indétermination-liberté. Il s’agit d’une égalité d’essence que reconnaît la Déclaration des Droits Humains : « tous les êtres humains naissent libres et égaux en droits et en dignité… » Les inégalités physiques-psychiques, intellectuelles, esthétiques, sociales… n’entament en rien cette égalité d’essence. Si nous participons à l’Amour parfait, nous pensons tout être avec cette conviction et nous l’abordons en vivant cette égalité.

     La Fraternité n’est pas dissociée du couple Liberté-Égalité essentielle à l’Éternel Amour. On est bien loin de la croyance en un dieu tout-puissant qui punit et récompense avec une « énorme » justice et une « énorme » miséricorde dans la théologie admise par Pascal (Pensées, éd. Sellier 680, p. 458). L’Amour Éternel est pour tout être fini un frère et une sœur. Il nous invite à participer à cette fraternité-sororité.

     Les mots-concepts utilisés dans une expérience de pensée cherchant à reconnaître l’essence de l’Éternel Amour sont nécessairement déficients, comme le mot « Amour » lui-même en sa pluralité sémantique. Ils peuvent néanmoins nous amener au seuil de l’intuition-vie mystique muette de l’Être de l’être.

 

     on dit que dans la brise ces trois flottent

     mais c’est la brise qui tressaute

     et tressaille indéfiniment

     dans le désir de son amant

 

     il ne fait que rendre visible

     à l’œil qui les choisit pour cible

     dans le signe de leurs couleurs

     quelques-unes de leurs douleurs

 

     de leurs douleurs et de leurs joies

     selon que les choisit l’émoi

     de l’âme qui y sent l’image

     des émotions qui se propagent

     à travers les vastes espaces

     de nos rues de nos places

     qui s’en viennent et qui s’en vont

     comme tous nos élans le font

 

     pour le regard qu’instruit le sage

     le drap qui flotte a des messages

     de l’amant où se renouvelle

     la face de notre terre si belle

 

 

 

 

 

 

 

28 juin 2018

     On peut ne pas croire en l’Éternel Amour, on peut, en bonne athée, trouver dans l’organisation du cosmos comme dans celle des sociétés humaines des arguments « prouvant » que la présence du « mal » ruine cette croyance.  

     On peut cependant, qui que l’on soit, avec un minimum de puissance intellectuelle, faire de l’idée de l’Éternel Amour une expérience de pensée : si l’Être de l’être, dont le principe de causalité établit l’existence nécessaire, est Éternel Amour, quelles en peuvent être les implications pour les êtres ?

     On peut commencer cette expérience de pensée réflexive en se demandant ce qu’est l’amour lorsqu’on le conçoit comme le fondement éternel de tous les êtres tels qu’on les connaît. Le moment décisif vient avec la conception de l’amour tel qu’il est présenté dans la tradition intellectuelle.

     Cette tradition, grecque en tout cas, parle de eros, philia et agapè. Eros est désir, libido, et se détaille en désir de posséder, comprendre et dominer l’autre. Philia est sentiment et volonté de bienveillance réciproque entre les êtres, les êtres humains en particulier. Il se traduit souvent par « amitié ». On peut aussi l’envisager comme régissant avec sagesse les relations entre les humains selon la Règle d’or : « faire aux autres ce que l’on souhaite qu’ils nous fassent et ne pas faire aux autres ce que l’on ne souhaitent pas qu’ils nous fassent », Règle que la Loi de Moïse ordonne sous la forme du second commandement : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».

     Agapè est la volonté de servir l’autre sans attente de réciprocité, sans raison de sagesse. Il se trouve que c’est précisément ce que propose l’Évangile : « Aimez vos ennemis », proposition justifiée par l’idée que l’on s’y fait de l’Éternel : « Vous serez parfaits comme votre père céleste est parfait » (Matthieu 5, 43-48).

     On voit alors qu’en fait l’expérience de pensée réflexive sur le concept de l’Être de l’être comme Éternel Amour rejoint l’intuition non réflexive du témoignage du Fils de l’homme à ce qu’il pense être la Vérité (Jean 18, 37).

     Alors ? Notre expérience de pensée réflexive n’est-elle envisageable qu’à partir d’un pensée intuitive ? Faut-il qu’ici la raison s’appuie sur le cœur comme y invite Pascal ? « C’est sur ces connaissances du cœur et de l’instinct qu’il faut que la raison s’appuie et  qu’elle y fonde tout son discours » (Pensées, éd. Sellier 142, p. 106).

 

     la pierre est dans le vieux mur

     et tu l’entends qui murmure

     le soupir d’antiques choses

     en attente de la rose

 

     il y a des siècles déjà

     que l’une de ses six faces

     s’offre à toutes les caresses

     qui l’embellissent sans cesse

 

     les cinq autres qui s’insèrent

     parmi celles qui les serrent

     éprouvent une aventure

     où le passé le futur

     étonnamment se ressemblent

     en tout ce qui les rassemble

     dans le regard de l’instant

     que leur portent les passants

 

     le passé le plus lointain

     cependant et le destin

     que leur réserve la rose

     en autres les métamorphosent

 

 

    

27 juin 2018

     Notre épistémè occidentale peine à reconnaître les liens qui associent entre elles les diverses régions de l’être et entre eux les divers concepts qui les expriment.

     On commence à admettre, comme le fait la lettre encyclique du papa François, Laudato si’, le souci de la maison commune, « la crise écologique et sociale qui menace notre maison commune. » Comme le résume la « présentation et guide de lecture », cette lettre invite à prendre en compte « l’interdépendance entre les pauvres et la fragilité de la planète ; la conviction que dans le monde tout est lié à tout » (op. cit., p. X).

     C’est bien cela le holisme, le « totalisme cosmique » qui se reflète en un « totalisme conceptuel » (Wole Soyinka). Il est vain et préjudiciable d’isoler quoi que ce soit de quoi que ce soit d’autre pour bien connaître le tout et les parties du tout dans le monde, la société  et la personne.

     Pascal en avait la conviction, mais il n’a guère été entendu par les penseurs occidentaux qui l’ont suivi : « Les choses étant causées et causantes, aidées et aidantes médiatement et immédiatement, et toutes s’entretenant par un lien naturel et insensible qui lie les plus éloignées et les plus différentes, je tiens impossible de connaître les parties sans connaître le tout, non plus que de connaître le tout sans connaître particulièrement les parties » (Pensées, éd. Sellier 230, pp. 168s).

     Il s’agit ni de confondre, comme on accuse parfois le holisme de le faire, ni de séparer, comme Soyinka accuse l’épistémè occidentale de le faire. Il s’agit de penser « sans séparation et sans confusion » comme les théologiens du Concile de Chalcédoine (451) l’ont pensé de la relation liant le divin et l’humain.

     On peut ainsi concevoir dans la pensée intuitive et réflexive et vivre dans l’action l’ensemble des réalités cosmiques et humaines, et plus particulièrement les relations des humains entre eux et avec le cosmos. Ainsi se justifie le souci commun sociologique et écologique de protéger les humains de toutes conditions, à commencer par les plus démunis, et de protéger la nature, à commencer par ce en quoi elle est le plus en danger.

     On peut aussi penser et vivre, entre bien d’autres choses, ce que certains appellent maintenant l’interconvictionnalité, dialogue entre toutes les convictions, intellectuelles, esthétiques, spirituelles…

 

     tu as reconnu l’abeille

     et ses parcours quotidiens

     entre les fleurs et les siens

     entre les deux et les tiens

     dans une unique merveille

 

     c’est dans sa maison commune

     la ruche entre ses rayons

     que s’exerce sa raison

     avec toute sa passion

     vécues par toutes et chacune

 

     elle n’y fait jamais rien

     pourtant qu’avec le souci des fleurs

     la nourrissant d’heure en heure

     dans ses joies et dans ses pleurs

     avec le beau et le bien

 

  

26 juin 2018

     La pensée africaine est holiste, « totalist« , dit Wole Soyinka. Ce holisme ne se conçoit pas seulement selon l’anatomie et la physiologie humaines où le physique et le psychique sont indissociables dans la chair, il se conçoit selon la totalité du cosmos, lui-même physique et psychique dans la matière.

     On voit ce que cela peut signifier pour la féminité et la masculinité des humains, au niveau social, mais d’abord au niveau personnel.

     S’il n’est pas certain que le comportement personnel et social des Africains traduise toujours cette vision du monde, celle-ci les y invite.

     Soyinka n’a cessé d’insister sur ce que, dans la suite du « cosmic totalism« , il appelle un « conceptual totalism » qu’il oppose au European  compartmentalist  intellect » (Myth, Literature and the African World, p. 138). Dans cette perspective il est inconcevable de dissocier et plus encore d’opposer l’intuition et l’intelligence aux sens bergsoniens. Et implicitement, la féminité et la masculinité, l’art et la science, l’écologie et l’économie, la mystique et la politique…

     La vision cosmique et anthropologique qui s’inscrit dans la perspective de la Vérité dont le Fils de l’homme a témoigné (Jean 18, 37) delon la lignée des prophètes qui l’ont précédé inclut ce holisme, mais dans une dynamique qui fait passer de l’humain premier cosmique charnel à l’humain dernier acosmique spirituel.

     Cette dynamique est un accomplissement plutôt qu’une abolition (Matthieu 5, 17). Le Fils de l’homme n’est pas « de ce kosmos » (Jean 8, 23), mais il présente la Vérité en images cosmiques, en meshalim qui sont, comme dit Pascal, des figures de la charité.

 

     grappes de roses généreuses

     dans la chaleur du jour

     où s’efface l’amour

     vous êtes la beauté heureuse

 

     car vous êtes tout inutiles

     pour l’œil encore avide

     en qui se fait limpide

     votre présence plus subtile

 

     rendu sensible votre apport

     la générosité

     de la pure beauté

     fragile et proche de la mort

     déjà colore d’une aura

     tremblante pâlissante

     envahissante aimante

     ce qui bientôt sera

 

     rosier grimpant qui surabondes

     ta floraison nombreuse

     dans l’ombreuse oraison

     prépare la sortie du monde

 

 

25 juin 2018

     La « libération de la femme » à laquelle les scandales des harcèlements et des viols ont récemment donné un coup d’accélérateur risque de ne pas être une libération de la féminité des hommes et de la masculinité des femmes, de n’être qu’un épisode dans la guerre des sexes plurimillénaire.

     L’évolution, le progrès des sociétés humaines est une longue et lente aventure. Les révolutions culturelles occidentales, celles qu’a connues l’Europe, la France en particulier à la fin des années soixante, ne peuvent modifier le cours de l’histoire sociopolitique de ces sociétés. 

     À preuve le triomphe actuel de la liberté sur l’égalité où le capitalisme régit l’économie de l’ensemble de la planète, enrichissant les riches et appauvrissement les pauvres.

     Le vrai moteur de l’évolution progressive de l’humanité, c’est « l’Esprit planant sur les eaux » cosmiques et humaines… « l’Esprit qui renouvelle la face de la terre », notre maison commune (Genèse 1, 2. Psaume 104, 30). Mais cet Esprit est l’Esprit de l’Amour Éternel et il ne force pas plus les consciences en leur liberté que le cosmos en son indétermination. Il est en-deçà au-delà du désir de posséder, comprendre et dominer qui mène l’humain premier tant que celui-ci ne l’accueille pas.

     C’est par l’Amour d’altérité positive que femmes et hommes peuvent se réconcilier avec les autres dans la liberté et dans l’égalité, et chacune chacun avec soi-même.

 

     les souffles de l’aube déploient

     la force et la douceur

     de l’invisible    envoient

     les messages de l’intérieur

 

     on ne sait dire à les entendre

     se glisser dans les branches

     s’ils se veulent violents ou tendres

     dans le grand jeu des hanches

 

     ce sont les mouvements visibles

     qui parlent à l’espace

     ce sont les bruissements audibles

     qui parlent au silence

     et annoncent la face

     de ce qui donne sens

     à l’œil à l’oreille attentives

     et déjà se prononcent

     pour proclamer l’annonce

     de la venue définitive

 

     aux noces de l’espace et du silence

     la force et la douceur

     murmurent l’intérieur

     de tout ce qui s’accorde en prenant sens

 

 

 

 

 

 

 

24 juin 2018

     « À son image et ressemblance il fait l’humain… mâle et femelle il les fait » (Genèse 1, 27). Nous pouvons faire dire bien des choses à ce texte, en donner, en accepter ou en refuser les interprétations selon ce que nous y trouvons et voyons nous-mêmes. Nous pourrions par exemple en inférer que l’Éternel est bisexuel puisque l’humain est à son image. Sale coup pour le patriarcat (et pour le matriarcat) !

     Si nous reconnaissons la découverte de C.G. Jung, à savoir l’anima de l’homme et l’animus de la femme, nous reconnaissons que notre sexe physique se double d’un partenaire psychique en notre unique chair.

     Sexuellement, nous sommes toutes et tous mâles et femelles en proportions diverses. Il existe des femmes dont l’animus psychique inconscient est si puissant qu’elles se sentent hommes au point parfois de se vouloir transgenres. Il existe de même des hommes dont l’anima psychique inconsciente est si forte…

     Alors tout homme a intérêt à reconnaître et cultiver sa part de féminité et toute femme a intérêt à reconnaître et cultiver sa part de masculinité.

     Reste à savoir ce qu’est la féminité et ce qu’est la masculinité. Le Petit Robert n’est pas très bavard dans sa définition de la masculinité, mais il renvoie à la virilité. Viril : « qui a les caractères moraux qu’on attribue plus spécialement à l’homme : actif, énergique, courageux, etc. » Définition prudente : « qu’on attribue… » et définition qui par ailleurs sent son patriarcat. Pour la féminité, le dictionnaire est, en somme, aussi peu disert et aussi prudent: « ensemble des caractères correspondant à une image sociale de la femme (charme, douceur, délicatesse) ».

     Voilà qui invite à ruminer, trier, retrancher, ajouter. On peut faire sienne l’hypothèse selon laquelle l’intuition relève de la féminité et l’intelligence de la masculinité, aux sens bergsoniens. Ce serait son anima qui rend l’homme intuitif et ce serait son animus qui rend la femme intelligente. On pourra alors accuser celles et ceux qui disent pis que pendre de l’intuition que leur conscience souffre d’un excès de masculinité consciente ou inconsciente. Négliger l’intuition, ou négliger l’intelligence (ce qui arrive plus rarement dans la société occidentale patriarcale), c’est perdre une part non négligeable de son humanité.

     À creuser aussi, l’idée que la science relève surtout de l’intelligence et que l’art relève surtout de l’intuition. Quoi qu’il en soit, nous avons intérêt, si nous sommes physiquement femmes, à cultiver notre masculinité, et si nous sommes physiquement hommes, à cultiver notre féminité.

     Cela suppose d’admettre que nous sommes tous et toutes des êtres psychiques autant que physiques et, par inférence, que tout être matériel l’est aussi, le non-existant ne pouvant produire de l’existant : si le minéral n’était que physique, comment dans le processus de l’Évolution aurait-il pu produire du vivant et le vivant du conscient ? La pensée occidentale est loin de tenir ce raisonnement, qui n’est pourtant qu’une application du principe de causalité et du principe d’identité qui le fonde.

     Cette pensée est loin aussi de considérer que tout cela relève de l’Éternel Amour, qui crée l’humain à son  image, mâle et femelle.

 

     sur la même fleur l’androcée

     côtoie le gynécée

     vivant en bonne intelligence

     ces deux ont même sens

 

     on ne sait ce que se racontent

     leurs beautés éphémères

     sans vergogne et sans honte

     en brûlante atmosphère

 

     il a fallu que le soleil

     mais aussi que la lune

     dans le jeu du chacun chacune

     tour à tour émerveillent

     la sève depuis la racine

     attirée vers le ciel

     pour qu’enfin elle s’y révèle

     au feu de la gésine

 

     c’est au profit de l’avenir

     tout autant de l’instant

     que ne cesse le temps

     de faire à l’un et à l’autre plaisir

    

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

23 juin 2018

     Si l’on accepte de considérer les trois voies de la libération proposées par Schopenhauer comme des chemins de l’Amour Éternel qui libère, on pourra les examiner et les comparer. Entre l’esthétique et l’ascèse, la compassion y apparaît comme la voie royale, car elle risque moins que les deux autres d’être au service du développement personnel plutôt que du développement du sens de l’autre.

     L’hindouisme de la Bhagavad Ghita invite à la libération par l’ascèse :

 

         « Doté d’un intellect purifié, maîtrisant le mental par une ferme détermination, se détournant du son et autres objets des sens, rejetant l’attraction et l’aversion (eros et thanatos), vivant dans la solitude, mangeant légèrement, tenant sous contrôle le mental, la parole et les organes d’action, toujours absorbé dans le yoga de méditation, prenant refuge dans le détachement et ayant abandonné l’égotisme, la violence, l’arrogance, le désir, la colère,  et l’instinct de possession, il devient paisible, libéré de la notion du “ je et moi “, et ainsi digne de s’unir au Suprême Être (Para-Brahman). (18.51-53)

         Absorbé dans le Suprême Être (Para-Brahman), l’homme serein ne s’afflige ni ne désire. Devenant impartial envers tous les êtres, il obtient Mon Parā-Bhakti, l’amour dévotionnel le plus élevé. » (Voir aussi 5.19) (18.54)   

On voit dans ce texte que la libération de « l’égotisme » et de ce qui s’y rattache, « violence, arrogance, désir, colère, instinct de possession », s’obtient par l’effort ascétique. Il n’y est pas question de la grâce, de l’action de l’Esprit « venant en aide à notre faiblesse » (Romains 8, 26). On n’y voit pas que « l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la foi, la douceur, la maîtrise de soi » puissent être « le fruit de l’Esprit » (Galates 5, 22) et non le résultat des simples efforts humains.

     La voie de l’ascèse telle que la présente la Bhagavad Ghita est d’une exigence qui n’est pas à la portée de toutes et tous, et qui d’ailleurs ne vise au départ que la libération de soi, alors que la voie de la compassion est d’emblée souci de l’autre, de l’autre comme soi-même sans doute au départ, mais qui mène au souci de l’autre comme autre quel qu’il soit, ami ou ennemi, « le méchant et le bon, le juste et l’injuste » (Matthieu 5, 45), l’animal, la plante, l’ensemble des êtres du cosmos (en écologie intégrale).

     La voie de la compassion, de l’empathie généralisée, ne rencontre pas les difficultés et les inconvénients de l’ascétisme, car elle est une collaboration à l’Amour présent au plus intime de l’être. C’est en suivant sa « petite voie » dans cet esprit que Thérèse de Lisieux est parvenue à la participation à l’Amour Éternel, bien que l’on puisse regretter son « papa le bon dieu » mythique patriarcal et son danger d’infantilisation.

 

     les balancements des ramures

     se donnent à l’esprit

     et nullement surpris

     s’abandonnent en danse mûre

 

     dans la brise et dans la tempête

     cette danse de grâce

     redit à la surface

     la joie profonde d’une fête

 

     quelle conscience les anime

     les faisant consentir

     au mouvement qu’attire

     discrète au plus intime

     la sève que tout l’univers

     en sa longue patience

     et sa subtile science

     a conçue comme son envers

 

     il n’est que de les faire siens

     pour que leur élégance

     devienne la mouvance

     de l’esprit en notre bien

 

22 juin 2018

     « Il fait pleuvoir » la beauté « sur les bons et sur les méchants » (cf. Matthieu 5, 45).

     On a pu parler de la beauté du diable pour désigner la beauté des jeunes gens et des jeunes filles en fleur chez qui elle est au service de cet eros que dans leur obsession patriarcale les religions monothéistes assimilent au mal diabolique.

     Eros n’est pas la Beauté éternelle qui l’habille. Eros n’est pas le mal cependant, il est simplement inutile pour le Royaume où « c’est l’esprit qui donne la vie, la chair ne sert à rien » (Jean 6, 63) et « à la résurrection… on ne s’épouse pas » (Luc 20, 35), et encore « il n’y a plus ni mâle ni femelle » (Galates 3, 28).

     Mais la Beauté est éternelle en elle-même, telle qu’en sa relation essentielle avec l’Éternel Amour.

     Il faut donc nous garder de confondre la Beauté avec ce qu’elle habille. Il existe des critiques littéraires qui vantent, entre autres, l’œuvre du marquis de Sade, champion d’eros et de thanatos, en raison de la beauté de son écriture, mais aussi, on peut le conjecturer, en raison de leur propre libido. Cependant, comme on l’a dit de Talleyrand, c’est « de la merde dans un bas de soie ». Il ne faut pas confondre la chair et l’esprit, le cosmique et l’Éternel. La chair, certes, n’est pas de la merde, mais on peut garder l’image en disant qu’elle est l’excrément du Royaume, ce qui en est rejeté après avoir nourri la conscience en son cheminement spirituel.

 

     sans leur bruissement incessant

     ce que chantent les feuilles

     ne serait pour ceux qui l’accueillent

     que le signal du vent

 

     si l’oreille du cœur écoute

     n’y a-t-il pas un impensable

     qui se révèle inoubliable

     lorsque revient geindre le doute

 

     dans le bruissement insensible

     des ondes par milliards

     que pèsent quelques mots bavards

     si facilement accessibles

     quand le cœur attentif devine

     la sublime harmonie

     de cette unique symphonie

     inachevée divine

 

     si tu écoutes bruire l’être

     aux chantefables des feuillages

     tu apercevras le visage

     en instants purs de l’apparaître

    

 

 

 

21 juin 2018

     Art sacré. Les religions se présentent avec le visage de la Beauté. L’Europe chrétienne  a produit l’art roman des églises et des monastères, l’art gothique des cathédrales, l’art baroque et sa profusion d’ornements. Au XXème siècle encore on n’a pu concevoir des églises qui ne cherchent pas à être belles dans leur architecture, leurs vitraux, leur liturgie, leur musique. On peut  penser, entre autres, à la chapelle Notre-Dame-Du-Haut que Le Corbusier à conçu à Ronchamp, à la chapelle du Rosaire que Matisse a conçue à Saint Paul- de-Vence.

     L’hindouisme a produit des temples admirables, l’islam des mosquées splendides.

     On peut peut-être objecter que ces beautés sacrées sont pour une part au service de la puissance du sacré sur les croyants. Le sentiment qu’elles ne rendent pas forcément justice à l’Éternel a pu d’ailleurs mener à des formes diverses d’iconoclasme.

     Le sentiment esthétique est cependant une voie vers le divin. Chez les consciences qui s’ouvrent à l’Amour, la beauté admirée plutôt que désirée en ce qu’elle habille réfère, au-delà du cosmique désirable, compréhensible et puissant, à la face voilée de l’Éternel.

     L’esthétique se joint à la compassion et à l’ascèse que Schopenhauer a perçues comme les voies de la libération de la douleur et de l’ennui. Mais Schopenhauer ne semble pas avoir reconnu dans ces voies de la libération des chemins de l’Éternel Amour.  

 

     le coq en sa langue a chanté

     dans l’enclos où il règne

     était-il par le jour hanté

     dans la nuit qui l’enseigne

 

     ce n’était pour moi qu’un signal

     qu’à force de l’entendre

     je ne voyais que le banal

     où l’on se laisse prendre

 

     il m’aurait fallu attentive

     oublier le langage

     et l’interprétation fautive

     que donne d’âge en âge

     chaque peuple en son inconscience

     que les mots nous trahissent

     que notre pauvre science

     manque le beau qui bruisse

 

     ce que ce coq à mon insu

     en annonçant l’aurore

     a apporté aux cœurs déçus

     est une rose près d’éclore

 

20 juin 2018

     La Beauté sauvera-t-elle le monde ? Certains l’ont cru suffisamment pour l’affirmer. Ainsi Dostoïevski dans L’idiot, où il le fait dire au Prince Mychkine. Mais cette phrase devenue une citation connue a été interprétée de diverses manières. Dis-moi comment tu interprètes, je te dirai qui tu es. L’idée n’était cependant pas nouvelle.

     Tzvetan Todorov, dans un article publié par Études Théologiques & Religieuses (Tome 82, 2007/3, pp. 321-335) diffusé sur l’Internet, a proposé une analyse de ce que la Beauté a fait naître dans la pensée de quelques personnages historiques, particulièrement aux XVIIIème et XIXème siècles. Pour Schiller, « c’est par la beauté que l’on s’achemine à la liberté ». Pour Hölderlin, « l’art est le premier enfant de la beauté divine ». Pour Wackenroder, « le Beau, dans son essence absolue, c’est Dieu ». Pour Chateaubriand, Dieu est « la beauté par excellence ».

     Les évangiles nous disent peu de choses sur la sensibilité du Fils de l’homme à la beauté. Nous avons cependant la petite phrase sur les fleurs des champs plus belles à ses yeux que la tenue d’apparat du Roi Salomon parce que Dieu les habille (Luc 12, 27s).

     Le principe de causalité établit rationnellement que la Beauté, comme toutes les « idées » de Platon, est nécessairement éternelle, et que toute beauté sensible (visible, audible, voire olfactive, gustative et tactile) et toute beauté figurative (gestes, actes, idées qualifiées de belles) réfèrent à cette Beauté éternelle par participation essentielle.

     C’est pourquoi la beauté est en elle-même inaccessible au désir de posséder, comprendre et dominer, même si elle donne valeur de possession, de compréhension et de domination aux objets sensibles qu’elle revêt. En elle-même, elle échappe aux forces cosmiques.

     Si on a pu dire que la Beauté était dans l’œil qui la contemple, c’est que l’œil ne peut la voir en elle-même que si la conscience y est sensible. Nous inspirant de Pascal parlant de Montaigne, nous pouvons dire que ce n’est pas dans la nature, mais en nous-mêmes que nous  trouvons la beauté que nous y voyons.

     C’est ainsi que Coleridge, reprenant les mots d’Isaïe et du Fils de l’homme, a pu se lamenter sur l’insensibilité de nombre d’humains à la splendeur du monde : « ils sont des yeux et ne voient point ». À la fin de son poème, « This Lime-Tree Bower my Prison » (Cette tonnelle de tilleul ma prison), où il imagine les expériences esthétiques de ses amis en promenade, il conclut en écrivant, « No sound is dissonant which tells of life », Aucun bruit n’est laid qui parle de la vie, exprimant ainsi sa sensibilité à la beauté des moindres bruits de la nature.

 

     au crépuscule les grenouilles

     à la surface se racontent

     de longues histoires sans honte

     qui pataugent et qui gribouillent

 

     elles doivent les trouver belles

     on  se demanderait pourquoi

     sinon au lieu de rester cois

     leurs gosiers en leurs ribambelles

     déploient les échos des surfaces

     d’un bout à l’autre de l’étang

     avec une joie que l’espace

     relance à tous les écoutants

 

     il n’est alors qu’être attentives

     à l’accueil de la voix divine

     pour qu’en un instant se devine

     la présence définitive

 

     elles se donnent au crépuscule

     en partenaires du silence

     qui avec elles véhiculent

     l’indicible dans son absence

 

 

19 juin 2018

     Spiritualité laïque ? Il semble, selon Matthieu Ricard, que le Dalaï-lama soit « très attaché à la notion de spiritualité laïque ». Mais que signifie ce terme, pour lui et pour quelques autres ?

     André Comte-Sponville défend une spiritualité laïque, en réalité une spiritualité athée (L’esprit de l’athéisme. Introduction à une spiritualité sans Dieu, 2006). Mais comment peut-on parler de laïcité spirituelle lorsqu’on prône l’athéisme contre la religion alors que le concept de laïcité est un concept politique qui demande de ne faire aucune différence entre les croyants et les incroyants. La laïcité n’est pas un concept spirituel.

     Si une « spiritualité laïque » et/ou une spiritualité athée se présente comme un aval et une pratique de valeurs positives telles que amour, bonté, générosité, compassion, sagesse…, il faut bien, en logique rationnelle, selon le principe de causalité, reconnaître une cause première à ces valeurs.

     Elles en ont nécessairement une. C’est ainsi que Platon a proposé le concept d’idées éternelles pour expliquer leur présence dans le temps.

     Quelle que soit notre religion ou notre irréligion, notre spiritualité, dans la mesure où elle se résume dans l’altérité, dans la valeur attribué à l’autre quel qu’il soit, se fonde ultimement sur l’existence d’un Être éternel qui les constitue en son être. Avec toutes les autres valeurs positives, telles que la Beauté et le Savoir.

     Et pas plus qu’une spiritualité religieuse, une spiritualité laïque ou athée ne peut fonder ses valeurs sur le non-être. Le non-être ne peut pas produire de l’être.

     Et dans la mesure où une religion promeut ces valeurs positives dont le mot clé est Amour, elle se relie à cet Être de l’être éternel en le nommant Amour. Si ses penseurs la mènent logiquement au bout d’elle-même, ils découvrent l’inutilité, la non-pertinence, du sacré, qui est cosmique et non pas éternel. C’est cela qu’a pensé et vécu le Fils de l’homme.

 

     le crépuscule se parfume

     de la respiration des roses

     il semble que la moindre chose

     s’ouvre à la terre qui s’exhume

 

     le témoin qui s’enthousiasme

     de cette présence invasive

     se demande si le fantasme

     d’une belle persuasive

     ne l’a pas surpris par un charme

     dans le filet de l’invisible

     contre lequel prendre les armes

     serait une chose risible

 

     qui vit avec le crépuscule

     en fidélité à l’instant

     ni n’avance ni ne recule

     dans le cheminement du temps

 

     il hume les soupirs des roses

     à l’heure où les plus humbles choses

     partagent la maison commune

     avec chacun avec chacune

 

 

18 juin 2018

     Le sens de l’imparfait, c’est le sens de la tolérance de l’imperfection. Dans l’Amour il se conjugue avec le sens du parfait : le sens de notre imperfection, de notre manque d’Amour, de nos absences d’Amour au long des jours, implique un désir d’Aimer en perfection qui est indissociablement effort et prière (« agir comme si tout dépendait de nous et prier comme si tout dépendait de Dieu »).

     Le sens de l’imparfait donne de cheminer « avec crainte et tremblement » (Philippiens 2, 12) et en même temps avec joie et confiance en l’intimissime présence d’Aimer, en conjonction de ce qui repousse et de ce qui attire. Mais la recommandation de Paul  risque d’être interprétée dans le sens religieux de la terreur religieuse cosmique repoussante devant l’Éternel si l’on ne vit pas dans la conscience attirante que l’Éternel n’est qu’Amour.

     Dans l’Occident chrétien, le progrès de l’irréligion a fait perdre chez la plupart des consciences, y compris parmi les chrétiens, la peur de l’enfer. Il en résulte que la survie de l’Église privée de sa force de contrainte ne peut plus dépendre que de la pleine découverte de l’Amour tel qu’il a été présenté par le Fils de l’homme dans l’Evangile du Royaume.

     Dans le non-Occident, en particulier dans le monde musulman, on voit au contraire se renforcer la religion de la crainte qui mène à l’intégrisme et puis au terrorisme à l’égard des consciences qui lui résistent.

     La peur de l’Éternel est regrettable mais c’est une étape obligée dans le cheminement de l’humanité vers l’Amour. Comme l’a constaté la mystique Rabi’a al Adawiyya, la peur demeure nécessaire chez les croyants qui n’ont pas été saisis par l’Amour : « Qu’en serait-il si l’espoir du paradis et la crainte de l’enfer n’existaient pas ? Hélas, personne en voudrait adorer son Seigneur, ou lui obéir ! » Sauf que l’Amour ne demande ni l’adoration ni l’obéissance, mais le partage avec tous les êtres.

 

     figuier tu as tant poussé que les feuilles

     ont fait disparaître le tronc

     on dirait désormais qu’il se recueille

     comme les racines du don

 

     comme elles cependant il est bien là

     solide porteur de la sève

     sans décorum ni tralala

     médiateur du ciel et de la terre

 

     à te regarder longuement

     dans la totalité de ton être

     à te sentir obscurément

     il semble que s’efforce de paraître

     impalpable dans l’invisible

     le je-ne-sais-quoi de nos âmes

     en sympathie presque insensible

     qui se disent en toi et moi

 

     ce qui se voile et se dévoile

     de ta chair aux yeux de ma chair

     est le don offert idéal

     qu’on aperçoit dans un éclair

 

 

 

 

17 juin 2018

     Le cheminement de l’humanité appartient à l’évolution de l’univers sur notre terre. Il est fait de continuité-rupture, d’aufheben comme l’a dit Friedrich Hegel selon sa vision philosophique du monde, et déjà de non abolition – accomplissement selon l’intuition mystique du Fils de l’homme (Matthieu 5, 17).

     La sagesse de l’humanité prépare à l’Amour du Royaume. Le « tu aimeras ton prochain comme toi-même » de la Loi de Moïse (ou son équivalent « ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’il te fasse » de la Règle d’Or) prépare au « tu aimeras ton ennemi » de l’Évangile (Matthieu 5, 43s) abandonnant l’idée de « haïr d’une haine parfaite » (Psaume 139, 22).

     Pascal l’a dit à sa manière : « Grandeur de l’homme dans sa concupiscence même, d’en avoir su tirer un règlement admirable et en avoir fait un tableau (une image, une « figure ») de la charité » et « On s’est servi comme on a pu de la concupiscence pour la faire servir au bien public. Mais ce n’est que feindre et une fausse image de la charité » (Pensées, éd. Sellier 150, 243). On peut en conclure que le « tu aimeras ton prochain comme toi-même » risque de n’être qu’un fausse image du « tu aimeras ton ennemi ».

     Mais nous pouvons en nous-mêmes et chez les autres, en préparation à la charité, pratiquer la Loi, accepter l’imperfection de la Loi et de la Règle d’Or et nous y conformer tout en visant la perfection du « Soyez parfaits comme votre père céleste est parfait » dans l’ Amour (Matthieu 5, 48).

 

     de jour en jour de nuit en nuit

     sur son arbre le fruit grandit

     et l’œil sait qu’il n’a rien à faire

     que d’admirer l’œuvre de chair

 

     il peut bien souhaiter la pluie

     celle du jour et de la nuit

     et le soleil en alternance

     pour lui donner toutes ses chances

 

     ces choses sont si naturelles

     que l’on ne peut ni douter d’elles

     ni s’étonner que leur merveille

     puisse naître d’un long sommeil

     du monde où l’élan de la vie

     en intelligence et beauté

     ne cesse dans l’éternité

     d’être poursuivi par l’esprit

 

     le fruit qui va bientôt paraître

     ne disparaîtra que pour naître

     sous une forme plus parfaite

     à nouveau dans l’immense fête

 

 

 

 

16 juin 2018

     Le centuple du Royaume (Marc 10, 30), ce ne peut être des biens que l’on possède, comprend, domine, des possessions, compréhensions et dominations cosmiques dont l’Amour affranchit les consciences qui Aiment en Vérité.

     La Vérité dont le Fils de l’homme a dit qu’elle libérait n’est pas une vérité de l’intelligence, mais une vérité de l’action et de ce qui la cause, de la volonté ouverte à l’Esprit d’Aimer. C’est la Vérité qui libère du « péché » qui esclavage (Jean 8, 32). C’est la libération d’eros et thanatos, de philia et nikeï, de la libido sentiendi, de la libido sciendi et de la libido dominandi, des « trois concupiscences » (Pascal, Pensées, éd. Sellier 178).

     Négativement, on peut penser à tout ce qui asservit, à ce que l’on appelle maintenant les addictions : l’alcool, le tabac, les drogues douces et dures, le jeu, le sexe, le portable…Et aussi à l’attachement à une personne qui nous tient sous sa dépendance spirituelle, intellectuelle, politique… Et aussi à une doctrine qui fanatise.

     Positivement, le centuple du Royaume inclut la paix intérieure, la joie de la vie en communion avec tous les êtres, humains, animaux, végétaux, minéraux, avec le soleil et la lune, la mer, la montagne, la forêt… Le Royaume donne d’admirer la beauté et l’intelligence partout répandues dans le cosmos, sans désirer ce qu’elle revêt ou habite chez les autres et chez nous-mêmes, mais agissant pour les répandre.

 

     lorsque la rivière déborde

     lorsque les eaux lancent la horde

     de leurs envahisseurs entends

     ce que l’espace dit au temps

 

     car ils ne vont pas l’un sans l’autre

     et avec toi se disent nôtres

     pour savoir où et quand bâtir

     les solutions de l’avenir

 

     avec un peu d’intelligence

     avec un peu de connaissance

     tu sauras éloigner des berges

     les lieux dont tu veux qu’ils hébergent

     le nécessaire qu’il te faut

     pour protéger le bien le beau

     des assauts de l’inondation

     qui menace les fondations

 

     alors l’amour te fera voir

     ce qu’on a peine à concevoir

     la beauté de ce temps espace

     en la myriade de ses faces

 

15 juin 2018

     Admettre que le Fils de l’homme a désacralisé l’espace en annonçant qu’il n’y aurait plus de lieu sacré parce que Dieu est esprit et qu’on l’adorera en esprit selon la vérité » (Jean 4, 23ss) et qu’il a désacralisé le temps en violant le sabbat parce qu’il n’y a pas de repos pour Dieu (Jean 5, 16s), c’est dénoncer toute sacralité.

     On admet alors qu’il n’y a plus de Terre Sainte ni d’Écriture Sainte. La Bible (et aussi le Coran, la Bhagavad Ghita…) sont à lire avec l’œil critique du « libre examen », quitte à mettre à mal les credo des uns et des autres dans leurs diverses théologies. Au nom de la Vérité de l’Agapè Éternelle.

     Parmi tant de textes à passer au crible, il y a en pôle position celui où le Fils de l’homme aurait dit que « pas un iota, pas une virgule de la Loi de Moïse ne serait abolie » alors qu’aussitôt après il lance sa série des « on vous a dit… et moi je vous dis… » (Matthieu 5, 18, 21-48).

     On peut penser aussi à ce centuple que sont censées recevoir celles et ceux qui entrent dans le Royaume, y compris, selon Marc, « dans le temps présent des maisons, des frères, des sœurs, des mères et des enfants, et des terres » (Marc 10, 30). Bonne pioche pour celles et ceux que cela intéresse.

     Comment alors s’y retrouver si aucun texte des Écritures ne peut a priori échapper à la lecture critique ? Il suffit d’admettre que « seul l’Amour est digne de foi », et que ce qui échappe à la logique de l’Amour est indigne de foi.

     Une conscience qui ne cesse de chercher à Aimer selon la perfection de l’Amour (Matthieu 5, 48) identifie peu à peu son moi au moi de l’Éternelle afin de pouvoir dire « ce n’est pas dans l’Évangile, mais dans moi que je trouve tout ce que j’y vois », selon l’idée de Pascal (Pensées, éd. Sellier 568). Sans doute aussi selon l’idée de Paul, « ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi » (Galates 2, 20).

 

     sur la berge les roseaux

     réfléchissent au silence

     dans le beau miroir des eaux

     qui leur fait leur expérience

 

     sans elles que seraient-ils

     pour la brise qui soulève

     cet entretien si subtil

     que leur suggère la sève

 

     condamnés à l’immobile

     ils demandent à l’espace

     en chuchotis volubiles

     de leur réserver leur place

     dans le grand jeu de la terre

     avec les eaux des étangs

     des fleuves et des rivières

     et du reste des étants

 

     ils se savent exaucés

     et mènent leur existence

     dans ses entretiens sensés

     au miroir des influences

 

 

 

 

 

14 juin 2018

    Pourquoi Simone Weil a-t-elle pu dire que « la beauté du monde prouve un Dieu à la fois personnel et impersonnel, et ni l’un ni l’autre » ? (La pesanteur et la grâce, p. 169) Avait-elle présentes à l’esprit les idées éternelles de Platon ? La beauté en est une, et elle ne fait pas nombre avec l’Être de l’être éternel en qui tout est un.

     Notre intelligence-parole, avec ses mots adaptés à la manipulation du monde physique auquel elle appartient, tâtonne fatalement dans son appréhension de ce qui n’est en rien physique, le pur esprit, le pneumatikos. Le nom « beauté », comme l’adjectif et nom « beau », sont impersonnels. Si l’on peut dire d’une femme qu’elle est belle ou même que c’est une beauté, on sait en y réfléchissant avec Pascal que ce n’est pas son moi (Pensées, éd. Sellier 567).

     On peut conjecturer que chez l’Éternelle Dilection, la beauté impersonnelle et le moi personnel se conjoignent, mais en suggérant une certaine impersonnalité du moi.

     On dira que la Beauté de l’Éternelle est hyperimpersonnelle et que son moi est hyperpersonnel. Mais ce n’est que jouer avec un langage, encore une fois, inadéquat. La théologie négative, apophatique, vient alors au secours de la théologie positive, mais l’essentiel de notre relation à l’Éternelle n’est pas là : « Dieu est Amour. Qui n’Aime pas ne connaît pas Dieu » (I Jean 4, 8). C’est en Aimant que nous pouvons vivre au plus près de l’Éternel Amour intimissime à notre moi en y participant.

     La participation à la Beauté, au Savoir… en sont des conséquences. Elles font partie du centuple que partagent les consciences qui entrent dans le Royaume (Matthieu 19, 29).

     L’Éternelle cependant est voilée (Isaïe 45, 15), anonyme dans le jeu du hasard avec la nécessité…

 

     elles bruissent toutes ensemble

     chacune aux voisines murmure

     des mots qui les rassemblent

     en leur douceur fiable et sûre

 

     la paix des grandes herbes salue

     les promeneuses silencieuses

     dans une rumination nue

     de leur communion amoureuse

 

     doivent-elle s’interroger

     sur ce qui les fait différentes

     chacune des autres piégées

     par la limite qui les hante

     dans la division des espaces

     de la nécessité où le hasard

     donne à chacune sa place

     dans la concertation de l’art

 

     le chacun pour soi qui concède

     aux autres le leur en sagesse

     est murmure pour ce qui aide

     quand l’amour se désintéresse

 

    

13 juin 2018

     Les monothéismes parlent d’un dieu unique personnel, le christianisme d’un dieu unique en trois personnes. Mais qu’est-ce qu’une personne lorsqu’on parle d’un dieu ? Allez poser la question à un juif, à un chrétien, à un musulman. Que vous répondra-t-il ? Il n’a sans doute jamais réfléchi à la question. Plus ou moins consciemment il pense que c’est une personne un peu comme une personne humaine, sans être d’ailleurs bien sûr de ce qu’est une personne humaine.

     Y a-t-il plusieurs conceptions de la personne humaine ? Ces conceptions varient-elles d’une culture à l’autre, d’une époque à une autre ? On le soupçonne. Allons donc consulter un dictionnaire français, Le Petit Robert par exemple, et voir ce qu’il propose comme définitions. On y lit qu’une personne est « un individu de l’espèce humaine… Un individu qui a une conscience claire de lui-même et qui agit en conséquence = âme, moi, sujet… »

      Moi ? Qu’est-ce que le moi si c’est un synonyme de la personne ? Pascal s’est posé la question. Il a écrit, « le moi consiste dans ma pensée » (Pensées, éd. Sellier 167). Il a dit aussi que le moi est « haïssable » parce que « il se fait le centre de tout : il est incommode aux autres… car chaque moi est l’ennemi et voudrait être le tyran de tous les autres » (op. cit., 494). « La nature… de ce moi humain est de n’aimer que soi… (743).

     Pascal a par ailleurs reconnu que le moi était introuvable : « Où est donc ce moi , s’il n’est ni dans le corps ni dans l’âme ?… (567) Intéressant pour parler de la question avec celles et ceux qui disent « je suis un corps », comme avec celles et ceux qui disent « j’ai un corps ».

     On peut poursuivre le questionnement avec le personnalisme d’Emmanuel Mounier qui oppose la personne à l’individu, alors que le dictionnaire les identifient. Et puis il y a la pensée de Martin Buber pour qui une personne n’est une personne qu’en relation avec une ou plusieurs autres personnes : pour lui il n’y a pas de « je » sans « tu ».

     Revenant à la question du dieu personnel, on conçoit alors que, si le monde n’est pas éternel et que l’on pense que « Dieu est Amour » Dieu soit plusieurs : c’est le dogme chrétien de la Trinité, un dieu unique en trois personnes. Sinon, qui aurait-il pu aimer alors qu’il aurait été seul avant de créer. Mais si l’on conçoit que Dieu est unique et que le monde est éternel, on peut se passer de la Trinité en gardant l’idée du Dieu-Amour : le monde est l’autre de ce dieu. Si l’on conçoit pas que ce dieu n’est pas Amour-Agapè, on en vient logiquement à l’horreur que Simone Weil n’a pas hésité à écrire : « Dieu ne peut aimer que soi-même. Son amour pour nous est amour pour soi à travers nous » (La pesanteur et la grâce, p. 42). C’est dire qu’on en revient quasiment au dieu infini dans sa colère comme dans sa miséricorde qui terrifiait Pascal et qui serait un moi infiniment « haïssable ».

     Simone Weil a aussi des idées hésitantes sur la personnalité du dieu qui lui vient à l’esprit. D’une part « c’est la misère de l’univers qui fait que, en un sens, Dieu est je (c’est-à-dire une personne) (op. cit., p. 40) et d’autre part « la beauté du monde prouve un Dieu à la fois personnel et impersonnel, et ni l’un ni l’autre » (p. 169).

 

     je suis moi dit le homard

     et il écarta les bras

     avant qu’il ne soit trop tard

     passant de vie à trépas

 

     qu’avait-il donc dans la tête

     pour s’être rendu capable

     de dire qu’il n’était pas bête

     au point de servir de fable

 

     il est vrai que le homard

     en changeant de carapace

     se trouve au point de départ

     d’une image de l’espace

     où les adolescents passent

     selon le discours savant

     des psychologues sagaces

 

     mais tout comme d’autres bêtes

     un  homard sent très très bien

     qu’il est quelqu’un dans sa tête

     que sa pensée n’étant pas rien

     il peut très bien dire moi

     avec le respect qu’on lui doit

 

 

 

 

 

 

 

 

12 juin 2018

     Nous avons besoin psychologiquement – consciemment et surtout inconsciemment – de personnifier l’Éternelle Dilection, alors même que la réflexion nous porte à penser qu’un Être infini ne peut être personnel au sens de l’intuition que nous avons de la personne.

     Ce besoin du divin personnel a su trouver des gestes symboliques pour se dire:

     « Le moment le plus fort dans la sainte procession qui se déroulait dans le télesterion – la salle des mystiques – d’Éleusis représentant la douleur de Déméter et l’ultime Anodos – le retour de la jeune fille – était la présentation d’un épi : « Ce sublime et merveilleux mystère de la révélation parfaite, un épi de blé sur sa tige », comme l’a décrit aux débuts du christianisme l’évêque saint Hippolyte (170-235) dans Philosophoumena, réfutation de toutes les hérésies. Il oubliait apparemment que le moment le plus fort de sa propre sainte messe était l’élévation d’une hostie faite de ce même blé » (Joseph Campbell, Primitive Mythology, p. 185).

     Quels que soient le ton et la part d’inexactitude de Joseph Campbell, on peut y détecter la continuité du désir divin « païen » au désir divin chrétien. La sainte communion et l’élévation au cœur du saint sacrifice où les fidèles s’inclinent en adoration avant de vivre l’émotion de l’hostie dans la main et la bouche répondent à une aspiration profonde où l’érotique et le mystique se rejoignent.

     On le ressent à écouter ou à chanter avec émotion,

     « Adorote devote latens Deitas

     Quae sub his figuris vere latitas

     Tibi se cor meum totum subjicit

     Quia te contemplans totum deficit« 

     « Je t’adore avec ferveur ô Dieu caché

     Qui sous ton image te voile

     À toi mon cœur tout entier s’offre

     Car te contemplant il défaille. »

    

     Le critère de vérité de ce rite n’est pas l’exactitude théologique du catéchisme de l’Église, mais son effet en matière d’Amour Agapè. Que peut-on redire alors à ce qui est venu du fond des âges s’il émeut si profondément les fidèles qu’il devient pour elles, pour eux une force de respect et d’affection à l’égard de tous les êtres ?

 

     dix mille épis dans le champ

     lèvent fièrement la tête

     en espérant que la fête

     bientôt élève ses chants

 

     c’est une très vieille histoire

     que plus de dix mille années

     ont studieusement semée

     sur la terre et la mémoire

 

     ce qui germe et pousse en l’âme

     de la plante et de la chair

     est un élan qui dans l’air

     en belle force proclame

     que le fruit sacré annonce

     en l’intime la présence

     toujours voilée dans l’absence

     de la rose entre les ronces

 

     va contempler la foule ardente

     de ces épis tout bruissants

     qui célèbrent déjà naissant

     la grande fête de l’amante

 

11 juin 2018

     Platon est connu pour ses « idées éternelles » dont les qualités se manifestent dans notre monde sensible. Quelles idées ? Il cite le beau en soi, mais aussi le bon, le juste, le saint (le Phédon 75 cd, 78 d, 100 ab), et encore la justice, la sagesse, la science, la beauté, la pensée (le Phèdre 247 d – 250 d). « Une chose est belle par sa participation (méthexis) à l’idée de beau » (le Phédon 100 c).

     Les philosophes occidentaux se sont penchés sur ce concept d’idées éternelles pour plus ou moins l’adopter ou le rejeter.

     En termes de causalité, ce concept est évident : Il faut une cause première à l’être et à toutes ses qualités positives (le mal sous toutes ses formes n’a pas de cause première puisqu’il est manque d’être).

     Si nous reconnaissons l’Agapè, l’Amour de pure altérité, comme le bien suprême de l’être humain, nous sommes fondées à penser qu’Elle est la Cause première, l’Idée des idées éternelles, êtres subsistant dans l’Être de l’être, dans cet Amour-Agapè-Dilection Éternelle.

     Le comment de la causalité d’une idée éternelle pour son effet sensible, temporel, est selon Platon la méthexis, terme habituellement traduit par « participation ». Si nous cherchons un rapprochement avec le concept biblique de déification, nous trouvons dans le seconde lettre de Pierre l’idée d’une « participation à la nature divine » (II Pierre 1, 4) où est utilisé le mot koïnônaï  traduit en latin par consortes, en anglais par « partakers« , en français par « participation » (Bibles de Segond et de Chouraqui). Nous sommes dans un domaine où les mots sont fatalement approximatifs, invitant à l’intuition plus qu’à l’analyse.

     Il nous est en tout cas profitable de penser que le savoir comme la beauté ou la sagesse ont une cause éternelle comme le suggère le concept d’idées éternelles de Platon. Toute connaissance intellectuelle comme toute connaissance esthétique sont ainsi des occasions de communion avec l’Éternelle Dilection, tout comme l’imagination de la présence réelle dans l’hostie consacrée des croyants catholiques. L’Éternelle Dilection, l’Éternel Amour est toujours et partout à notre portée intime…

    

     une à une tu ouvres

     tes mille lèvres roses

     sourires de la sève

     au feu du jour écloses

     après la nuit de rêves

     dont tes soucis se couvrent

 

     vais-je donc m’approcher

     de ces invites tendres

     que leurs cœurs en secret

     me donnent de comprendre

     ou d’aimer incréés

     toujours inapprochés

 

     c’est en vain que la pluie

     et le vent dans leur rôle

     bientôt décimeront

     tes fraîcheurs qui s’envolent

     d’où l’an qui vient naîtront

     des roses inouïes

 

 

 

 

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