posts du 8 juillet, 2018


8 juillet 2018

     Le sacrifice est partout présent dans l’histoire des peuples de la terre et le mot « sacrifice » fascine encore les consciences au point d’être utilisé jusque dans la vie profane : « Renoncement ou privation volontaire (en vue d’une fin religieuse, morale ou même utilitaire » (Le Petit Robert). De même les mots « sacrifier » et « se sacrifier » demeurent d’usage courant. On n’a pas hésité à les utiliser pour décrire l’acte courageux du Lieutenant-colonel Arnaud Beltrame se substituant à l’otage d’un terroriste, sans doute avec l’intention et l’espoir de désarmer ce dernier.

     Si l’on a fait le constat de cette utilisation du concept de sacrifice dans nos sociétés modernes, on s’invite à en rechercher la cause afin d’en mesurer la valeur.

     On peut au moins faire l’hypothèse que la pratique du sacrifice remonte au paléolithique, à la civilisation des chasseurs cueilleurs vivant en bonne partie de la mise à mort sanglante d’animaux que selon leur mentalité animiste ils considéraient comme des quasi-personnes, ou, comme on dirait maintenant, qu’ils se sentaient animaux parmi les animaux. (L’animal n’était pas pour eux des machines au sens où Descartes l’entendait). Nos ancêtres vivaient selon une vision du monde où tout être était spirituel et où les esprits animaient toute chose. Pour eux verser le sang était un acte spirituel autant que matériel. Le sang leur était familier comme une réalité sacrée médiatrice des esprits. Le sacrifice sanglant devait donc leur apparaître comme une nécessité vitale.

     Selon le Livre de la Genèse, le sacrifice apparaît avec le meurtre d’Abel par son frère Caïn. Caïn tue Abel parce que leur dieu accepte le sacrifice sanglant de ses moutons premiers-nés par Abel alors qu’il rejette l’offrande des produits de ses champs par Caïn. L’Éternel montre sa préférence pour le sacrifice sanglant, mais le sang d’Abel assassiné devient pour Caïn une malédiction : « Le sang de ton frère crie de la terre jusqu’à moi. Désormais tu es maudit, chassé loin du sol qui s’est entrouvert pour boire le sang de ton frère versé par ta main » (Genèse 4, 10s). Le sang appelle le sang.

     Le sacrifice d’Abraham est présenté comme un acte d’obéissance absolue à l’Éternel, mais il semble plutôt cohérent avec son cheminement spirituel d’y voir la prise de conscience de l’horreur morale des sacrifices des premiers-nés pratiqués autour de lui, sans d’ailleurs qu’il soit parvenu à l’abandon de tout sacrifice.

     Il faudra des prophètes tels que Osée pour arriver à comprendre que l’Éternel n’a que faire des sacrifices (Osée 6, 6) et un Psalmiste  pour lui faire dire « Tous les animaux des forêts sont à moi, toutes les bêtes des montagnes… Si j’avais faim,  je n’irai pas te le dire, car le monde est à moi, avec tout ce qu’il contient. Est-ce que je mange la viande des taureaux ? Est-ce que je bois le sang des boucs ? Offre en sacrifice à Dieu ta reconnaissance… » (Psaume 50, 10-14). Le mot « sacrifice » est ainsi subverti, spiritualisé. Il n’y est plus question de sang, pas même du sang des animaux.

     On mesure alors à quel point l’Épître aux Hébreux révèle un retour en arrière de la pensée religieuse dans le christianisme primitif. Non content de rappeler que « d’après la loi, presque tout est purifié avec du sang et, s’il n’y a pas de sang versé il n’y a pas de pardon » (Hébreux 9, 22), elle affirme que les sacrifices de la loi n’ont pu être abolis que par le sacrifice unique du Christ pour les péchés (10, 12), de Jésus « médiateur d’une alliance nouvelle et du sang purificateur porteur d’un meilleur message que celui d’Abel » (12, 24).

     L’Épître aux Hébreux est d’ailleurs en cela cohérente puisqu’elle ne reconnaît pas que l’Éternel est Amour, mais « un feu dévorant » (12, 29. Deutéronome 4, 24) et que « oui, c’est une chose terrible que de tomber entre les mains du Dieu vivant » (10, 31). On voit d’où Pascal tenait sa croyance en l’énormité de la justice divine (Pensées 680, p. 458).

 

     il fallait que ce mouton meure

     sans que personne ne le mange

     mais que respirée par les anges

     sa chair brûlée ne soit qu’odeur

 

     victime de la terreur bête

     des puissances imaginaires

     elle devait engraisser l’air

     pour participer à la fête

 

     sentait-elle la différence

     entre nourrir la chair humaine

     en ce qui est de son domaine

     où elle obéit au bon sens

     et se répandre en pure perte

     en un parfum qui se nourrit

     de l’imagination pourrie

     par la peur des choses inertes

 

     combien de siècles faudra-t-il

     ou peut-être de millénaires

     pour que les humains de la chair

     renaissent en esprits subtils

 

 

 

 

 

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