16 juillet 2018
16 juillet, 2018 @ 6:29 Liens

     Si l’on tient à faire de l’Éternelle une personne, il est bon de se demander d’abord ce qu’est une personne humaine.

     Il nous faut reconnaître que la notion de personne a varié d’un siècle à l’autre et qu’elle varie d’une culture à l’autre en notre siècle, et même, dans une certaine mesure, d’une personne à l’autre. On admettra alors qu’une « personne » divine, éternelle, qu’on la croie unique ou triple selon le dogme chrétien de la Trinité, est nécessairement un être mal connu.

     Pour nous demander ce que nous sommes en tant que personne, nous pouvons lire le dictionnaire et nous faire ainsi une idée courante : « un individu de l’espèce humaine… un être humain considéré dans son individualité… un individu qui a une conscience claire de lui-même et qui agit en conséquence = âme, moi » (Le Petit Robert). Mais nous pouvons rester sur notre faim après ces essais de définition.

     Pascal s’est posé la question, « Qu’est-ce que le moi ?… Où est donc ce moi, s’il n’est ni dans le corps ni dans l’âme ?… On n’aime donc jamais personne, mais seulement des qualités (beauté, intelligence) » (Pensées, éd. Sellier 567). Malgré tout, Pascal a parlé du moi qui « consiste dans ma pensée » ( 167), et aussi d’un « moi haïssable parce qu’il se fait le centre de tout… Chaque moi est incommode aux autres, en ce qu’il veut les asservir » (494). Face à ces hésitations, nous nous sentons invitées à poursuivre notre recherche sur la personne, la nôtre et celle de l’Éternel.  

     Allons-nous penser que l’Éternel se fait le centre de tout comme le moi de Pascal ? Simone Weil va jusqu’à dire que « Dieu ne peut aimer que soi-même. Son amour pour nous est amour pour soi à travers nous » et donc « A mesure que je deviens rien, Dieu s’aime à travers moi » (La pesanteur et la grâce, pp. 42, 44). On a du mal à la suivre si l’on admet que Dieu est Agapè, altérité pure.

     Si l’on suit en effet le langage de Jean, on pensera plutôt qu’être une personne à l’image de la personne de l’Éternelle et en participation à son Altérité, c’est ne vivre que pour les autres en servantes serviteurs ordinaires (Luc 17, 10) comme le Fils de l’homme (Luc 22, 27. Jean 13, 12-15). Nous ne pouvons en tout cas être une personne que par relation aux autres. N’est-ce pas l’intuition du personnalisme ?

 

     lorsque le crépuscule allonge

     le silence des songes

     écoute le frémissement

     des feuilles dans le vent

 

     le je qui parle l’entend-il

     comment dire la voix subtile

     des choses qui au cœur

     ne murmurent que la douceur

     

     car le cœur sans amour ni haine

     vit pour l’autre le soi lui-même

     dans l’élan qui ne réfléchit

     ni ne dit mais toujours agit

     par instinct conscience première

     comme n’ayant rien d’autre à faire

     que sauver et servir les causes

     perdues des êtres et des choses

 

     en frémissant avec les feuilles

     connais le silence qu’accueille

     un amour qui n’a pas de nom

     mais vit et meurt de sa passion

 

 

 

 

-alter
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