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20 juillet 2018

     Dire que Dieu n’aime que lui-même, cela peut vouloir dire que l’Amour n’est qu’Amour, qu’élan d’Altérité, tout entier voué au service de l’autre qu’est le non-lui-même où il « trouve sa complaisance » (Matthieu 17, 5). Cet apparent paradoxe de l’Être de l’être peut expliquer l’intuition choquante de Simone Weil, choquante dans son langage dont l’excès même traduit l’excès de l’Amour qui souhaite que son autre « partage son être, sa nature, échappant ainsi à la corruption présente dans le monde par la libido, tês en tô kosmo en épithumia phthoras » (II Pierre 1, 4). La suite de l’épître de Pierre liste les implications de l’Amour et les résume dans l’entrée dans le Royaume.

     S’il faut désacraliser la Bible, en particulier le Nouveau Testament, il n’y a plus à balancer entre penser avec les croyants que tout y est vrai et penser avec les incroyants que tout y est faux. Il faut identifier le vrai. Comment s’y prendre ?

     L’étude exégétique peut y contribuer, et elle le fait depuis deux siècles, mais le seul critère sûr de la Vérité est l’Amour. Il faut peser tous les textes sur la balance de l’Amour. Tout ce qui dans ces textes n’est pas contre l’Amour est pour l’Amour et rien de ce qui est contre l’Amour n’est pour l’Amour (Luc 9, 50 et Matthieu 12, 30). Vérité tautologique qui implique une pratique éthique autotélique.

     Autotélique ? « Les personnes autotéliques sont tellement impliquées dans une activité que rien d’autre ne semble leur importer que cette activité même, l’expérience en elle-même est si agréable que les gens la font quel qu’en soit le coût, dans la seule finalité de la faire » (Mihaly Ckszentmihalyi, Wikipédia). D’autres ont appelé cela l’Amour fou.

     Pour ce qui est de la lecture de la Bible, cette obsession de l’Amour détecte ce qui ne s’y oppose pas et plus encore ce qui y contribue, mais aussi ce qui s’y oppose à divers degré. On peut avancer que le sacré, qui appartient au cosmique, au « monde », est à rejeter sous toutes ses formes, mais surtout sous celle du « sacrifice de la croix ». Encore une fois, qu’a l’Amour à faire des sacrifices ? On devrait le savoir depuis longtemps dans le judaïsme : « Je veux l’amour et non les sacrifices » (Osée 6, 6, quelque 700 ans avant l’Évangile).

     Une conscience qui Aime ne sacrifie rien, elle n’est préoccupée que par le service de l’Amour « quel qu’en soit le coût, dans la seule finalité de le faire » parce que cela lui est « agréable », qu’elle y trouve le bonheur de l’Éternelle.

 

     les mouettes s’aventurent

     par-dessus les champs les forêts

     si loin qu’on les dirait

     posséder toute la nature

 

     elles ignorent les limites

     que fixent les propriétaires

     des nations et des terres

     et de tout ce dont ils profitent

 

     apprécient-elles la beauté

     semée ici et là nuages

     fous et roches sages

     par les déserts et les cités

     partout où la force du temps

     lui permet aux surfaces

     de modeler sa face

     sur ses dix mille amants

 

     si elles passent et repassent

     de la terre à la mer

     ce doit être que les airs

     d’elles nulle part ne se lassent

 

 

 

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