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24 juillet 2018

     Pascal était-il fasciné par le néant ? Simone Weil par le rien ? Chez Pascal, c’était apparemment un constat face à l’infini : « Le fini s’anéantit face à l’infini et devient pur néant… Car enfin qu’est-ce que l’homme dans la nature ? Un néant à l’égard de l’infini ». Il ajoute toutefois que l’homme est « un tout à l’égard du néant » (Pensées, éd. Sellier 689, p. 457). Mais pourquoi utiliser le terme « néant » pour parler d’un être qui n’est pas un non-être ?

     Pour Simone Weil, le « rien » est un idéal spirituel : « nous devons renoncer à être quelque chose. C’est le seul bien pour nous » (La pesanteur et la grâce, p. 43). Mais le rien de « mon Dieu, accordez-moi de devenir rien » est bâti sur le paradoxe d’un rien qui existe parce qu’il n’existe pas : « Une fois qu’on a compris qu’on est rien, le but de tous mes efforts est de devenir rien » (id., p. 44).

     On peut refuser ce paradoxe, non en raison de sa maladresse langagière, mais parce qu’il s’écarte de l’idéal évangélique en se tournant vers soi au lieu de se tourner vers les autres. Une conscience qui Aime ne cherche pas à savoir si elle est quelque chose plutôt que rien ni rien plutôt que quelque chose, mais à savoir comment servir les autres.

     On peut penser que le morceau de bravoure de Paul qui enthousiasme un certain nombre de croyantes et de croyants fonde ou avalise par avance cette attirance pour le néant et le rien. « Que votre attitude soit identique à celle de Jésus Christ : lui qui est de condition divine, il n’a pas regardé son égalité avec Dieu comme un butin à préserver, mais il s’est dépouillé de lui-même (vidé de lui-même, anéanti, semetipsum exinanivit, éauton ékénôsen), prenant une condition de serviteur… (Philippiens 2, 5ss).

     Oui mais voilà, cette recherche du « néant », du « rien », a selon Paul eu pour conséquence, voire pour but, d’être « infini » : « C’est aussi pourquoi Dieu l’a élevé à la plus haute place et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse dans le ciel, sur la terre et sous la terre et que toute langue reconnaisse que Jésus Chris est le Seigneur, à la gloire de dieu le Père » (id., 2, 9ss).

     Cette exaltation qui devient parfois l’exultation extatique des croyantes et des croyants est en réalité une imposture au regard du Fils de l’homme serviteur lavant les pieds des autres et les servant à table pour faire ce qu’il voit son Père faire en toutes choses.

     Une conscience qui Aime ne cherche pas à être rien, ni à s’abaisser pour s’abaisser ou secrètement dans l’espoir d’être élevée. Elle ne pense qu’aux autres, ne vit que pour les autres, participant ainsi à la vie de l’Éternelle.

 

     je croyais te reconnaître

     écaille chinée delta

     cachant le feu de ton être

     sous des ailes sans éclat

 

     suffit-il d’appartenir

     à une espèce connue

     pour que l’on puisse tenir

     ta personne unique nue

 

     si muet je viens à toi

     et de mon cœur te contemple

     je pourrai bien je le vois

     ouvrir la porte du temple

     qui abrite le secret

     de la présence anonyme

     où sans visage se crée

     ton être le plus intime

 

     posée sur la feuille unique

     avant que s’ouvre le feu

     de ton vol énigmatique

     tu me murmures ton je

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