16 mars 2019
16 mars, 2019 @ 7:29 Liens

     Pleine conscience ? Éveil ? Développement personnel ? Bien, mais cela n’a de soi rien à voir avec l’Amour. Ce sont des soucis de soi-même, l’Amour est souci des autres.

     La pleine conscience, peut-on arguer, n’est pas totale conscience, conscience de tout. On peut avoir conscience que l’on inspire et que l’on expire et en éprouver un sentiment de paix, une délivrance du stress, du mal-être… Mais si l’on respire dans l’Amour, on élargit sa conscience par l’imagination, sans limite, jusqu’aux étoiles et au-delà en inspirant, jusqu’aux particules et au-delà en expirant.

     Non pour posséder ou dominer l’univers par la pensée comme Pascal en disait, « par la pensée je le comprends » (Pensées, éd. Sellier 145), mais pour y communier avec l’Amour Éternel « présent à toutes choses, intimement » (Thomas d’Aquin).

     Il y a dans Les Bacchantes d’Euripide réécrites par Wole Soyinka cette tirade lyrique du Chef des esclaves:

« Au son des flûtes, des galaxies entières

Sont tombées dans la coupe de mes mains

Et j’ai bu les étoiles…

J’ai cédé à la puissance de vie, au dieu en moi

Au flot séminal qui parcourt la terre et mon âme

A l’alliance du sang et du vin, au lien

De l’éther et de la chair, de la terre, de mon souffle…

Je fonds comme cire les barrières obstinées de l’esprit…

Je suis Dionysos. »     (op. cit., pp 47s)

     Mais lorsque le Fils de l’homme a dit « Je Suis », il a exprimé sa participation à la vie, non simplement cosmique, dionysiaque, mais à la vie infinie dans la totale altérité de l’Amour « sans séparation  et sans confusion ».

     L’imagination vraie, imaginatio vera, nous permet de passer par sa médiation de l’idée à la sensation et de la sensation à l’idée. Nous pouvons en inspirant et expirant l’air qui nous entoure prendre conscience d’une communion à l’air océanique qui entoure notre planète vers l’extérieur et à sa présence à chacune des cellules de notre corps à l’intérieur.

     Gerard Manley Hopkins imaginait cet air que nous respirons comme la présence de Marie (« The Blessed Virgin Mary compared to the Air we Breathe. ») Nous pouvons l’imaginer comme « le souffle de l’Esprit dont on ne sait ni d’où il vient ni où il va » (Jean 3, 8).

     Respirer en pleine conscience, ce pourrait être, en inspirant et expirant, communier à l’univers, nous éveiller à la présence de l’Amour Éternel à tout être, développer notre personne en un personnalisme de l’altérité comme celui d’Emmanuel Mounier ou de Martin Buber.

« Tu as vu ton frère, tu as vu ton Dieu » (Clément d’Alexandrie)

Tu as respiré  l’air qui t’entoure, tu as respiré l’Éternel Amour. 

 

     les vents sont forts la chair est brève

     c’est bien ce qu’a dit le poète

     parmi les chances de sa quête

     de l’arbre au courant de la sève

 

     l’esprit vit et la chair est nulle

     sur le chemin de l’éternel

     qui croît sur la terre charnelle

     où qui n’avance pas recule

 

     alors que tout ce qui respire

     parmi les herbes de nos champs

     parmi les oiseaux de nos chants

     en ce qui inspire et expire

     dans la bourrasque ou la bonace

     l’air qui bondit et qui explose

     l’air qui se tait et se repose

     soit partout son unique face

 

     car les yeux du poète voient

     comme ses oreilles entendent

     pour que le cœur en lui se tende

     et soit l’image de sa voix

 

 

 

 

 

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