19 mars 2019
19 mars, 2019 @ 7:56 Liens

     L’Amour, dont Yeshoua et son ami Yohanân nous ont fait comprendre qu’il était l’Éternel Être de l’être, est pure altérité, oubli de soi-même, souci et service de l’autre, de tous les êtres.

     Le principe de causalité nous donne de comprendre que nous ne pouvons y participer que dans la conjonction et coopération de notre effort et de la grâce, de notre action et de notre prière.

     Ainsi pouvons-nous comprendre que l’eros  se transmue en agapè, l’amour de possession en amour d’oblation selon un certain langage théologique, et que cette transmutation est le grand œuvre de la vie spirituelle.

    Il existe cependant une autre forme d’amour, un peu folle celle-là, et qui peut sans doute se vivre comme un chemin d’eros à agapè. C’est l’amor des troubadours, que l’on trouve chez Dante Alighieri (1265-1321) amoureux de Béatrice, mais aussi chez François d’Assise amoureux de Dame Pauvreté. Certains soufis ont connu cette approche de l’Eternel par le truchement d’un amour terrestre, d’un amor. On pense surtout au parcours spirituel d’Ibn ‘Arabi (1182-1226) après sa rencontre d’une iranienne à La Mecque.

     L’absence de l’amor dans la théologie chrétienne, encore qu’il existe un chant chrétien bien connu, Ubi caritas et amor, Deus ibi est qui pourrait s’y référer, a quasiment indigné Joseph Campbell dans son étude de la vie mythologique de l’humanité :

« Il est stupéfiant que nos théologiens continuent à écrire sur agapè et eros, et sur leur radicale opposition, comme si ces deux termes étaient les derniers mots du principe de l’ »amour » : le premier, la charité, divin et spirituel, étant « celui entre des hommes mutuellement dans une communauté », et le second, « le désir », naturel et charnel, étant « l’envie, le désir et le plaisir du sexe. » Aucun prédicateur ne semble avoir entendu parler d’amor comme troisième principe, sélectif, discriminant en contraste avec les deux autres. Car amor n’est ni de la main droite (l’esprit sublimant, l’intelligence et la communauté de l’homme) ni de la main gauche indiscriminée (la spontanéité de la nature, l’incitation mutuelle du phallus et de la vulve, mais le chemin direct, celui des yeux et leur message au cœur. » (Creative Mythology, p. 177)

     Nous pouvons ne pas être totalement d’accord avec cette description, mais elle donne à penser. Ne nous fait-elle pas comprendre le cheminement de mystiques tels que Thérèse d’Avila (1515-1582), Jean de la Croix (1542-1591) ou, plus récemment Ève Lavallière (1866-1929) et bien d’autres, en particulier toutes ces femmes amoureuses de Jésus au point de s’imaginer être son épouse, et de certains hommes servants amoureux de la Vierge Marie ? Chez ces mystiques vient un jour où, dans le doute, elles ils sont acculés à abandonner amor pour agapè.

     Amor est un chemin privilégié d’eros à agapè. Un rejet du dualisme général de la pensée occidentale peut sans doute nous permettre d’en reconnaître la valeur et de la vivre.

 

     à quelle noble dame

     a-t-il donné sa foi

     en attendant que toi

     tu occupes son âme

 

     il suffit d’un éclair

     entre deux paires d’yeux

     pour que s’ouvrent les cieux

     aux forces de la chair

 

     aux hasards des chemins

     des printemps des étés

     des douceurs des clartés

     toujours main dans  la main

     autant que des automnes

     et des hivers hideux

     viennent entre les deux

     se mêlent et s’ordonnent

 

     tu peux alors venir

     à ces monsieur et dame

     découvrir leur âme

     aux cieux de l’avenir

 

     car le feu de l’amour

     brûle tout le désir

     brûle tout le plaisir

     dans la joie sans retour

    

 

 

-alter
rss pas de réponses

Laisser un commentaire

laptitedevoreusedelivres |
Le point du jour n'aura pas... |
escapade |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Les lectures d'une maman ...
| Atelier Ecrire Ensemble c&#...
| Au fil des mots.