21 mars 2019
21 mars, 2019 @ 7:41 Liens

A thing of beauty is a joy for ever :

Its loveliness increases ; it will never

Pass into nothingness…

An endless fountain of immortal drink

Pouring unto us from the heaven’s brink

      (John Keats, Endymion, I, 1ss, 23s)

Chose belle est joie à jamais

Sa grâce grandit ; ah, jamais

Elle ne sera anéantie…

Source éternelle d’un boire immortel

Qui coule pour nous de la hauteur du ciel

 

     La moindre beauté visible, audible… une pâquerette, un trille… participe de l’Éternelle Beauté, pain de vie quotidien, vin suressentiel.

« L’Éternel seul est invulnérable au temps » (tautologique). « Pour qu’une œuvre d’art puisse être admirée toujours… il faut une inspiration qui descende de l’autre côté du ciel. » (S. Weil, La pesanteur et la grâce, p. 197)

Simone Weil semble avoir ici l’intuition que la « création » de la beauté est une co-création. En art, il s’agit de la beauté, non du goût, qui ne cesse d’évoluer à coups de manifestes, d’écoles et de mouvements.

     La beauté que l’on rencontre dans la nature est parfois filtrée, voire occultée par le goût. Mais elle participe en elle-même de sa « source éternelle, endless fountain« .

     Qui Aime et entre au Royaume au point de tout lâcher reçoit « le centuple » (Matthieu 19, 29) dès ce monde. On peut se demander si une sensibilité toujours plus fine et plus forte à la beauté ne ferait partie de ce centuple. Le regard du Fils de l’homme, qui dans sa pauvreté radicale n’avait « pas d’endroit où reposer sa tête » (Luc 9, 58), était aussi celui qui s’extasiait devant une fleur sauvage, plus que devant une « création » de Karl Lagerfeld, Yves Saint Laurent, Jean-Paul Gaultier… (Luc 12, 27).

 

     l’ajonc qui surabonde

     dans l’air qui le balance

     doucement en tous sens

     devient l’écho d’un monde

 

     il s’ébouriffe d’ors

     et se fiche de l’homme

     qui compte tout en sommes

     et manque son trésor

 

     épris de liberté

     tu envahis les friches

     qu’abandonnent les riches

     dans leur rapacité

     avide des profits

     de la domination

     et de la possession

     d’espaces interdits

 

     ajonc ce que offres

     en ta surabondance

     est bien la récompense

     au centuple du pauvre

    

-alter
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