22 mars 2019
22 mars, 2019 @ 7:34 Liens

     La beauté, dans la nature et dans les arts, a fait l’objet de multiples analyses, diverses et variées, irréconciliables. Témoin l’article « Beauté » dans le Vocabulaire européen des philosophies, qui s’étend sur onze pages (pp. 160-170). C’est que la beauté n’est pas compréhensible, qu’elle échappe à l’intelligence, si ce n’est dans ses manifestations, bien qu’elle soit connaissable par l’intuition, un peu comme le temps ou la vie :

« Kant (1724-1804) a découvert et averti que le monde nouménal était inaccessible à l’intelligence rationnelle adaptée à la seule compréhension du monde phénoménal. Bergson (1859-1041) a ensuite précisé la distinction entre l’intelligence, adaptée à la compréhension du monde physique, et l’intuition, apte à la connaissance du monde métaphysique. Saint Augustin (354-430) avait découvert, il y a déjà quelques siècles que le temps est une réalité inaccessible à la compréhension bien que nous en ayons l’intuition. Plus récemment, Claude Bernard (1813-1878) a compris que la vie est, elle aussi, en elle-même, inaccessible à notre intelligence, et que nous ne comprenons que ses manifestations. Mais on peut ajouter à la liste des incompréhensibles : la beauté, par exemple sous sa forme poétique qui donne matière à de multiples théories, dont la multiplicité même est le signe de l’incapacité de l’intelligence à la saisir en elle-même. C’est qu’il s’agit de domaines réservés à la connaissance intuitive, par empathie et connaturalité. » (François Mutun, De la sacralité à l’altérité » ? une relecture des Écritures, Edilivre, pp. 23s).

     Simone Weil s’est aussi penchée sur le concept  du Beau. Elle a tenté de l’analyser, mais elle a reconnu que la Beauté était objet d’intuition, et qu’elle pouvait d’ailleurs être un chemin spirituel : « En tout ce qui suscite en nous le sentiment pur et authentique du beau, il y a réellement présence de Dieu. Il y a comme une espèce d’incarnation de Dieu dans le monde, dont la beauté est la marque. » (La pesanteur et la grâce, p. 171)  On peut regretter cependant qu’elle n’ait pas vu dans cette idée d’incarnation une implication du principe de causalité qui oblige à penser que toute beauté est nécessairement une participation à une Beauté éternelle (sauf à croire que la beauté pourrait naître du néant).

 

     contemple la rose

     vois où va ton cœur

     l’ultime demeure

     au-delà des choses

 

     où va ton regard

     est-ce vers l’infime

     est-ce vers l’abîme

     plus tôt ou plus tard

 

     si c’est l’horizon

     de l’intelligence

     et du premier sens

     la pauvre raison

     ne t’amènera

     que dans une impasse

     ou dans une casse

     et tout finira

 

     au vrai c’est le cœur

     qui vient à la rose

     au-delà des choses

     comme une humble sœur

 

 

    

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