BONHOMME DE CHEMIN 2004 

 

 

1er janvier 2004

 

chante chante le monde

en pure lumière

passe passe la vie

dans les ondes mères

 

ce qui se féconde

en la force fière

maintenant sourit

de la mort du père

 

roule roule la terre

à jamais sauvage

libre libre en son vol

loin de notre cage

 

ce qui se repère

du fond de son âge

confond la parole

de nos anciens sages

 

Il n’y a d’inexistence que de l’être fini, l’être infini ne laisse pas de place au néant.

 

L’ontologie de l’infini ne peut pas ne pas s’intéresser à tout être fini, que ce soit l’être naturel, l’être culturel, l’être religieux, l’être politique, l’être scientifique, l’être artistique.

 

La justice est le premier souci de la dilection.

Un gouvernement est coupable, avec ceux qui le soutiennent, des injustices nationales et internationales contre lesquelles il ne lutte pas à la mesure de son pouvoir.

 

Un humain achevé est solidaire de tous les humains en leur cheminement. La liberté dernière est solidaire de toutes les libertés. L’égalité dernière n’est pas achevée tant qu’elle n’est pas étendue à tous. La fraternité dernière ne peut exclure aucun humain.

 

L’égalité des peuples n’a rien à voir avec leurs ressemblances culturelles, religieuses ou politiques. L’unique ressemblance à promouvoir est celle qui nous relie chacun à l’unique infini.

 

La communauté des valeurs humaines doit faire l’objet d’un vote à l’unanimité des humains.

 

2 janvier 2004

 

En ta présence, le port est digne et beau, car tu portes l’humain en ta beauté.

Tour à tour, le corps se fige et danse, comme pour t’écouter et te parler.

Ami, que mon esprit pense à toi, que ton esprit pense à moi.

 

Dynamique de la liberté dans l’évolution de la conscience, depuis l’indétermination quantique en passant par le jeu chimique, les tropismes, les instincts, les désirs, jusqu’à la liberté dernière où la conscience de conscience face à l’infini-dilection pose son je et concerte avec toi en indicible communion.

 

le vol d’une mouche

en l’air immobile

mêle l’impalpable

aux évolutions

de son corps gracile

 

sait-elle où elle va

chercher son bonheur

dans l’hésitation

de ces va-et-vient

où se vit son heure

 

mais rien ne lui manque

dans le plan des choses

où l’air la nourrit

avant qu’achevé

son vol se repose

 

3 janvier 2004

 

On se bat contre l’obsession par le plus simple des raisonnements : plus on y pense, plus on y pense ; moins on y pense, moins on y pense.

 

la terre qui défile sous nos roues

porte résiste appuie nous pense

nous sommes d’elle à tout instant

elle précède et elle suit

ne lâche pas d’une semelle

 

et ses mains maternelles sont celles de l’immense

au point infime

où se dit à tout autre notre abîme

 

Les religions dites révélées défendent leur credo en entretenant la confusion entre foi et croyance. Elles font de la confiance en l’Eternel la raison de croire en leurs dogmes.

 

4 janvier 2004

 

Continuité et discontinuité de l’espace et du temps sont les deux mamelles de l’univers. L’énergie ne peut prendre forme matérielle définie sans le nombre, mais elle reste l’énergie….L’humain ne passe de la liberté première à la liberté dernière que dans une rupture, une mort-renaissance, mais il reste l’humain, l’animal, le vivant, la matière, l’énergie.

 

dans la rivière

l’eau descend descend

et sur la rivière

les ondes les ondes

montent sous le vent

 

la masse la masse

invinciblement

porte la matière

et le souffle ride

les lignes du vide

éternellement

 

5 janvier 2004

 

Continuité discontinuité. Nous n’en finissons pas de passer de la liberté première à la liberté dernière (de mourir et ressusciter, dit la mythologie).

 

Continuité discontinuité : de la mythologie à la mystique. Mais il importe de chronologiser, de voir ce qui se périme, afin que la foi ne fasse pas naufrage avec la croyance.

 

l’eau immobile réfléchit

dans le regard alterne l’oblique et le droit

l’autre et le soi s’émeuvent au passage

s’envisagent

se disent l’infini

 

Encore une fois, comprendre un poème ne sert qu’à mieux le percevoir. Si on le perçoit sans le comprendre, il n’y a plus qu’à s’y absorber dans la beauté et l’intelligence de l’être.

 

6 janvier 2004

 

sur la rivière

les ondes interfèrent

 

l’étrave lance aux berges les messages

de son passage

 

les berges de l’une à l’autre tissent

leurs beaux échos

 

les eaux

applaudissent la lice éphémère

 

L’art politicien consiste souvent à dire que l’on a fait, que l’on fait et surtout que l’on va faire ce que l’on n’a pas fait, ce que l’on ne fait pas et ce que l’on est incapable de faire.

L’éducation de la réflexion rend les citoyens ingouvernables par les politiciens menteurs, ce qui fait que les politiciens menteurs ont tout intérêt à limiter l’instruction à la formation technique, autrement dit à faire des citoyens de bons outils de production.

L’éducation de la sensibilité artistique, de la réflexion philosophique, de l’intuition mystique, fait des citoyens de piètres consommateurs, ce qui ne peut faire l’affaire des politiciens libéraux capitalistes.

 

Production et consommation font le cercle vicieux du matérialisme. Vivent les transcendances qui permettent d’y échapper.

 

Un normalien incapable de remettre en question les normes qu’on lui inculque serait-il un normalien normal ?

 

7 janvier 2004

 

La méditation conduit la conscience immédiate, animale, de la liberté première à la conscience réflexive de la liberté dernière. Mais cette conduite n’a de sens que si la méditation se fonde sur l’intuition plus ou mains claire du destin dernier de l’humain, celui du partage avec tous de la dilection qu’offre l’infini.

Vient le jour où l’on saisit que la liberté dernière ne fait qu’un avec la relation je-tu de chacun avec tous en dilection.

 

La continuité discontinuité du fini et de l’infini est l’archétype de toutes les autres.

 

L’information peut-elle ne pas être manipulatrice ? On ne peut jamais tout dire, et le choix de ce que l’on dit est déjà une manipulation, bien plus efficace que la façon de le dire, que l’on peut souvent comparer à d’autres façons, puisque les médias choisissent bien souvent de parler des mêmes choses.

 

Esse est percipi (formule susceptible de bien des applications). Est-ce drôle de voir que pour tant de gens n’existe que ce qu’ils voient, et que ce qu’ils voient n’existe que comme ils croient le voir ?

Autre chose de penser que le réel est ultimement inconnaissable parce que notre regard et nos instruments en déforment l’approche, autre chose de croire que le réel ultime n’est qu’une création de notre regard et de notre pensée.

La concertation de l’expérimentation et de la réflexion doit mener toujours plus loin dans l’approche objective de l’objet. Si nos instruments ne peuvent nous donner accès à l’observation du réel ultime, la réflexion mathématique peut vérifier les hypothèses auxquelles elle donne naissance en se guidant sur la non-contradiction de l’observation et de la réflexion.

 

Si la recherche du réel nous mène à découvrir une continuité discontinuité entre sujet et objet, elle ne fera que confirmer la loi générale de la relation entre le fini et l’infini ; du moins s’y inscrira-t-elle.

 

Ambiguïté des demi-illusions de la liberté première : elles nous sauvent du désespoir ou nous installent dans la satisfaction, nous invitent à marcher vers la liberté dernière ou nous font mener des combats inutiles ou destructeurs.

 

la lune qui se dit en disant le soleil

parle avec lui la langue de lumière

qui se veut le pur signe au vide de l’espace

et efface la trace des ondes de sa sphère

 

la bouche d’où s’écoule un volume sonore

ignore l’air qui porte sa chanson

comme en sa transparence l’énergie la transporte

et fidèle la livre telle qu’en sa tension

 

le temps même s’oublie dans le flot des instants

où la mélodie s’élance et se montre

tandis que le visage au visage se donne

à travers ton absence où l’autre se rencontre

 

8 janvier 2004

 

la glisse passe et se délace

pour la dame blanche là-haut

enchantant les yeux et la peau

entraînant de ses bras glacés

en ses entrailles l’insensé

 

pour les eaux tombant des hauteurs

et qui pénètrent jusqu’au cœur

de la terre en ses veines sombres

qu’elle les porte aux vies sans nombre

l’œil en la bouche se recueille

 

pour l’incessant tumulte du torrent

que la voix se mue en silence

force à crier ou à se taire

pour tenter d’entendre la mer

qui l’attire et lui donne sens

par les sentiers ultimes de son sang

 

Ecoute, j’écoute le silence du silence. Tu es là, je suis là. Que nos pensées se parlent en liberté, égalité, fraternité. Qu’elles se disent à toutes celles, à tous ceux qui écoutent le silence du silence.

 

9 janvier 2004

 

Si tu ne t’absentais dans le vide, nous serions dissous dans l’infinie densité de ton être.

 

visage

ce qui se donne et ce qui se réserve

se mêlent s’agencent

que se préserve

du regard le plus vif

ce que le regard le plus tendre

et craintif

livre ou se permet d’entendre

en la sage indulgence

 

Est-il nécessaire que la matière soit ultimement inconnaissable pour que l’être fini entre dans la liberté dernière ? De quel inconnaissable s’agit-il ? Le statistiquement prévisible préserve l’indéterminisme de l’individu.

 

10 janvier 2004

 

sœur de la nuit

tes appels au silence obscur

sonnent en mon silence

obscurs

 

l’air et l’ombre complices

comme une aile frémissent

en tous sens illuminent le coeur

où ta présence

en cette heure bruit

 

La notion de mal, comme tant d’autres notions liées à l’humain, se comprend dans la dynamique de l’univers jusqu’à l’émergence de la liberté dernière en conscience de conscience.

Le mal comme douleur apparaît avec le vivant. La douleur fait partie intégrante de l’évolution du vivant, de sa survie même en tant qu’espèce et en tant qu’individu : pas de sélection naturelle sans douleur, pas d’autoprotection sans douleur.

La souffrance des atteintes à la liberté première et à la satisfaction des désirs est minimale dans la nature sauvage. Elle croît avec l’humain premier en ses tâtonnements vers l’humain dernier : esclavage, servage, domination et exploitation. Mais en faisant prendre conscience à l’humain de son désir dernier, elle peut devenir éducatrice.

L’avilissement du maître et de l’esclave, de l’oppresseur et de l’opprimé, du dominant et du dominé, de l’exploiteur et de l’exploité, est appelé au dépassement par la prise de conscience des uns et des autres. Cet avilissement est inégal dans la souffrance, mais il est surtout différent en sa fin : l’esclave peut en principe accéder à la liberté dernière sans être affranchi, alors que le maître ne le peut s’il n’affranchit l’esclave (comme le dominateur et l’exploiteur ne le peuvent sans cesser de dominer, d’exploiter).

La souffrance morale du deuil, de la solitude, de l’échec…tend à s’atténuer, à disparaître avec l’intelligence de la dynamique qui conduit à la liberté dernière en participation de la dilection infinie.

 

L’infini veut se donner des égaux libres et fraternels. Comment ne pas craquer ?

 

La lutte contre la domination et l’exploitation n’est finalement humaine que lorsqu’elle vise, aussi, à libérer le dominateur et l’exploiteur, en l’éduquant et l’invitant à la liberté, à l’égalité et à la fraternité dernières.

 

Le judaïsme ne se justifie qu’en renonçant à ses origines barbares. Il y parvient en les allégorisant par la voix de ses théologiens mystiques au long des âges. Quand il y retourne, il se renie.

 

11 janvier 2004

 

Continuité discontinuité. Le séparable et l’inséparable sont deux faces du réel, de la matière elle-même. A nos scientifiques de nous faire comprendre comment ils s’articulent ; mais nous pouvons depuis longtemps, en poésie, théologie et philosophie, les vivre et en vivre si nous nous offrons au silence du silence.

 

On ne peut bien saisir ce qu’est le mal moral si l’on n’a pas conscience de l’identité non-identité du fini et de l’infini.

L’idée d’un dieu purement transcendant, tout-autre sans être non-autre, mène à des manichéismes, plus ou moins durs, plus ou moins mous. L’idée, plus rare en Occident, d’un dieu purement immanent, non-autre sans être tout-autre, conduit à des confusionnismes aveulissants, à des non-penser et à des non-agir.

 

l’étang invite à son contour

à main gauche à main droite

sur la limite étroite

 

la marche s’exerce au parcours

de ce qui s’en revient pénètre

et de ce qui s’en va

comme de mourir et renaître

 

l’eau où l’on n’entre pas

de l’un à l’autre au-dedans mène

puis à l’autre au dehors entraîne

 

12 janvier 2004

 

L’infini de l’être a le double visage de la complexité, nectar des intellectuels, et de la simplicité, ambroisie des mystiques. Tu es au-delà.

 

Ta présence exclut de vivre de nostalgie et d’espoir. Avec toi, le souvenir et l’expectative ne peuvent être dramatiques. Tu donnes à qui est attentif la plénitude de l’instant.

 

Le prosélytisme, qu’il soit religieux, politique ou philosophique, est-il compatible avec l’idéal de liberté égalité fraternité ? Peut-on persuader sans manipuler ? Peut-on chercher à persuader ceux que l’on considère fraternellement comme des égaux libres. Je ne puis un instant imaginer que tu te livres à cette activité. Quant à imposer (une pensée, une conduite…), non, c’est impensable.

Il existe des lois divines, et cela suffit à montrer que les dieux sont des inventions humaines. Mais la conscience attentive découvre la dilection et transcende les lois : Ama et fac quod vis.

 

Il n’y a pas de liberté de pensée sans affranchissement du langage. Ceux et celles qui voudraient nous persuader que l’on ne pense qu’avec des mots mêlent l’imposture à la manipulation.

 

Entre proposer des idées et tenter de les imposer, il existe l’abîme de la liberté dernière.

 

sais-je tout ce qui glisse

quand le traîneau emporte sur la neige

que la larme de l’air sur les yeux et les tempes

répond au crissement des lames sur le grain

 

 

 

l’arrachement des muscles

quand l’attelage tend les huit lanières

et que le mou s’enfonce et durcit dans l’appui

ne pense qu’à là-bas et oublie toute rime

 

j’écoute ce qui passe

quand le flot de l’espace s’entremet

que le vide se donne en pure liberté

ivre de la vitesse où l’autre se rencontre

 

13 janvier 2004

 

Il n’y a pas besoin de croire que l’univers est réussi. Il suffit d’ouvrir les yeux et les oreilles, de lire les scientifiques, de réfléchir un peu, et de constater.

Pour envisager l’idée du meilleur des mondes possibles, il faut sans doute avoir une expérience métaphysique du réel comme totalité. Lorsque cette expérience se conjoint à celle de l’infini de l’être et de la relation de l’infini au fini, elle conduit à envisager cette idée comme hypothèse de recherche dans l’examen des données de la science (les ricanements d’un Voltaire sont quand même d’une intelligence moins impressionnante que celle d’un Spinoza ou d’un Leibniz).

 

La reconnaissance de l’être comme infini, excluant la possibilité même du néant, suggère aussi l’impossibilité pour cet être de ne pas vouloir se répandre en pur don, ou, pour user d’un langage qui parle aux oreilles chrétiennes, l’impossibilité de ne pas être Amour.

 

la toile du paysagiste

offre un autre regard

la côte sauvage subsiste

dans l’ombre de l’écart

 

l’œil invente un supplément d’âme

et mystagogue indique

le possible qui se réclame

de la force mimique

 

se pourrait-il qu’à la revoir

la sauvage se change

ou que sa toile dans le soir

nous révèle son ange

 

14 janvier 2004

 

L’infini ne dicte pas de lois, il donne à l’être conscient la possibilité de reconnaître comment marchent l’énergie, la matière, la vie, la conscience, et d’agir en conséquence en en reconnaissant le bien.

 

Dire que la non dualité de l’infini et du fini n’est pas l’unicité, c’est limiter la non dualité. Il faut avoir perçu comme évidente la réalité existentielle de l’infini pour se sentir acculé à admettre la non dualité, puisqu’elle semble violer le principe de contradiction en impliquant que l’autre est le non autre. Alors apparaît aussi l’évidence de l’infini comme dilection.

 

L’infini serait-il dilection s’il s’imposait en une révélation irrécusable interdisant la liberté de l’ignorer ?

 

pour la beauté éparse dans les rues

pour l’élégance en sa fierté

pour la danse qui n’ose se dire

mais qui s’efface en marche raffinée

 

l’œil ému un instant hésite

entre l’appartenir et le tenir

 

passe vite à l’exultation

dans l’attention

de ce qu’en se faisant valoir

le corps te propose de voir

 

Comme l’outil prolonge la main, le cosmétique prolonge la peau.

 

15 janvier 2004

 

Existe-t-il des hypothèses scientifiques que n’encourage aucune vision du monde ? Toute vision du monde écarte-t-elle certaines hypothèses scientifiques ? La réticence à prendre en compte l’occulte, la télépathie, l’homéopathie…sont d’une science fondée sur un matérialisme mécaniste que les découvertes quantiques n’ont pas réussi à ébranler.

 

On a parlé de monarchie de droit divin sans s’aviser qu’elle faisait couple avec une divinité de droit monarchique. Le dieu unique tout-puissant en sa gloire appartient au même imaginaire que l’empereur achéménide.

 

Qu’il soit religieux, militaire, politique, judiciaire…, l’uniforme témoigne de la faiblesse de l’intelligence humaine, qui se laisse impressionner et manipuler par les signes plus encore que par les paroles.

L’espèce humaine n’est pas aboutie. Elle est en marche, mais elle ne peut aller plus vite que la liberté dernière, qui ne peut être que personnelle.

Tu as, toi, le visage et le vêtement de l’anonyme.

 

l’autoportrait reflète le miroir

qui l’a vu se former

il disparaît

quand sa figure hante le voir

du regard qui le scrute et tente

la rencontre hors du temps

qui le dispute à l’instant permanent

répercute

comme dans l’infini le vide réuni

 

 

16 janvier 2004

 

L’humanité a encore besoin des religions. La perte de la croyance sans la perte de la foi est affaire personnelle. Il est bon que les prêtres gardent leur croyance, et que ceux d’entre eux qui la perdent en gardant la foi continuent de jouer le jeu de la croyance s’ils le jugent conforme à leur vocation et bénéfique aux croyants.

 

Le mal moral, c’est ce qui entrave l’humain dans sa marche vers son accomplissement dans la dilection. L’accomplissement humain est chose personnelle puisqu’il est libre, et il est chose collective puisque la dilection est un lien de je avec tous.

 

La vie est la fleur de la matière, la conscience est le fruit de la vie.

Le projet de la conscience, ce n’est pas seulement de durer, de ne plus être interrompue par la distraction, mais de s’intensifier et de s’élargir. C’est un vouloir qui manifeste le désir d’infinitude, de participation en croissance asymptotique à l’infini qui s’offre.

 

la lune qui descend sous l’horizon

parle encor du soleil et de la terre

à l’oeil clos qui s’anime au plus profond

et tente de se faire à l’univers

 

le sang qui hume au plus loin la chanson

des choses qui s’assemblent singulières

sent en son rythme au fort de ses saisons

battre leur cœur en chaque once de chair

 

17 janvier 2004

 

dans le silence de la présence de ton silence dans la présence du silence de ta présence immobile avec moi immobile avec toi je pense que tu penses que je te pense qui me penses

 

Serait-ce que l’infini en sa conscience est tout pauvreté, se réjouissant de l’être infini de beauté, d’intelligence, de bonté comme de son autre ? Alors il peut en vérité traiter d’égal à égal avec toute conscience.

 

« Dieu est lumière ». Toi, tu n’es ni lumière ni ténèbre ; mais elles te disent en leurs concertations, alternances, équilibres.

 

comme une moire de nuage

jette la nappe de ses ondes

au ralenti

écoute un autre temps se dire

où la marche libre du sage

précède ou suit

l’autre où les rythmes vagabondent

tardent ou courent vers l’avenir

 

 

 

 

18 janvier 2004

 

La spiritualité sauvera la planète, si les humains ont la sagesse de le comprendre. Dix milliards d’humains « développés » auront tôt fait de l’épuiser et polluer. En dirigeant leur effort vers le seul infini qui puisse les combler, ils se contenteront de prendre à la terre selon leur besoin, s’apercevant aussi que leur besoin est beaucoup plus limité qu’ils ne le croyaient.

 

Une hyperpuissance soûle de son pouvoir ne peut chercher qu’à dominer et exploiter la planète au prix de la violence qu’elle déchaîne, et qu’à tenter de l’écraser en utilisant les ressources de ceux qu’elle domine et exploite en son aveuglement.

 

Une hyperpuissance prise au cercle vicieux de sa logique n’a pas la dignité du prédateur qui ne prend que selon son besoin. Elle s’enferme en son incapacité de comprendre la nature et l’objet de son désir infini.

 

moins vite bat l’aile au regard alenti

l’air est plus dense

 

en son appui la finesse du geste

peut déployer les courbes de l’espace

 

en harmonie l’efficace se leste

d’une danse puissante et pure

 

et pour l’instant qui dure

donne à goûter le fruit mûr de la vie

 

19 janvier 2004

 

La souffrance est inévitable dans un monde cohérent où la fin est en germe dans l’origine. La liberté dernière de la conscience suppose la liberté première de la vie et l’indétermination de la matière et de l’énergie.

Il n’y a pas d’indétermination ni de liberté première sans hésitations et faux pas corrigés par le hasard statistique et la nécessité de l’élan de l’être.

Il n’y a pas de liberté dernière sans possibilité de refus.

Ainsi perçue, la souffrance est le signe de la liberté dans un univers cohérent.

Si Dieu n’était pas amour, il n’y aurait pas d’indétermination, donc de mal. C’est aussi simple que ça. Votre dieu tout-puissant ne peut être que l’auteur du mal. Le tout-aimant préfère la liberté à l’impossibilité du mal, vous aussi sans doute.

Rien ne peut juger l’être qui ne soit lui-même l’être puisque l’être est tout. Parler de jugement supérieur à l’être, c’est ne pas comprendre l’infini de l’être, ignorer la plénitude de l’être.

 

Bonnet, calotte, coiffe, couronne, képi, toque, voile et autres coiffures signifiantes (sans parler des vêtements) sont d’un monde mythique toujours actuel.
Le regard démythifié ne voit que la beauté, l’intelligence, la bonté en toutes leurs gammes et variétés, excellences et déficiences.

Il faut bien pourtant accepter le rythme de chacun en sa libération de l’empire des signes.

 

Il ne suffit pas de rétablir la liberté sexuelle première pour revenir à un équilibre de l’imaginaire. La liberté sexuelle première dans un imaginaire diurne apparaît comme une perversité, une victoire sur la conscience morale et sur la transcendance.

 

Dire que l’homme a créé les nombres et ajouter aussitôt que sa créature s’est imposée à lui comme à un apprenti sorcier, c’est s’aveugler sur le réel et sur sa transcendance (triomphe de la suffisance de l’homme qui se croit la mesure de toute chose).

 

même le cri du geai

dans les espaces du bocage file

et fugue en ses échos

 

donne à goûter le laid du langage secret

où le bas et le haut

retrouvent leur accord au loin du long exil

 

20 janvier 2004

 

Lorsqu’on relit tel verset du Soulier de satin où le Père Jésuite prie le Seigneur pour sa terre afin « que l’Islam ne souille point ses rives, et cette peste encore pire qu’est l’hérésie », on se dit que l’Occident chrétien a tout de même fait quelque progrès en spiritualité.

 

Une œuvre d’art est un arrangement cohérent, même en ses dissonances et discordances. On le voit avec l’espace en architecture, en sculpture, en peinture ; on le voit avec le temps en musique, en danse. On le voit dans l’univers avec la totalité spatio-temporelle.

 

L’essence de l’être est énergie. Ainsi le vivent et/ou l’ont vécu plusieurs civilisations, et cela mérite considération. Alors on voit que l’espace-temps participe de son élan.

 

Un éducateur n’est pas un maître. Il ne cherche pas à faire des disciples, mais à éveiller des libertés dernières. Il collabore à la spiritualisation de l’univers, il participe à l’élan de l’être.

 

les paupières se ferment

 

leurs fières ailes closes

sont des papillons noirs

et j’ose ouvrir les miennes

 

en leur regard au terme

se pose le nectar

 

alors quoi qu’il advienne

mort où est ta victoire

 

21 janvier 2004

 

Continuité discontinuité : l’esprit et le nombre (existe-t-il rien de matériel qui échappe au nombre ? L’onde comme le corpuscule…la supercorde ?)

 

Le dieu chrétien est peut-être un mendiant d’amour. Toi, tu invites toute conscience à l’égalité de la dilection en la traitant comme ton égale. Tu refuses, chez l’autre et chez toi, les guenilles autant que l’apparat.

 

La liberté première est illusoire. La décision y est l’aboutissement de processus physico-chimiques déterminés et d’un aléatoire non maîtrisé. Mais cette illusion n’est dommageable que si elle nuit à la mise en place de la liberté dernière qu’elle annonce et prépare.

 

Les dialogues de sourds entre partisans et adversaires du voile islamique, aussi sincères les uns que les autres, sont le signe de la liberté illusoire dont ils se réclament, les uns comme les autres.

 

papillons noirs posés sur l’ambre

des yeux clos dans l’antre du soir

 

le silence de vos couleurs

résonne dans l’ombre du cœur

 

qui ouvre pour la nuit l’espoir

d’un printemps au fond de décembre

 

L’enchaînement sonore d’un poème libère des pensées inattendues.

 

22 janvier 2004

 

Le je-veux et le tu-dois appartiennent à l’humain primitif. Tel qu’en lui-même ressenti, l’infini dilection nous en libère. Dans la lumière du bien, nous décidons ensemble ici maintenant de ce qu’il sied de faire.

 

La conscience de toi comme présent ici maintenant fait de moi un je. Perdre conscience de toi présent, c’est risquer de perdre la liberté dernière et la justesse du penser et de l’agir. Cela ne peut durer longtemps sans dommage.

 

Il faut un préjugé favorable pour essayer de comprendre le temps avec quelque chance d’y parvenir. Il est si courant de le considérer comme un ennemi. Sans doute faut-il, pour y voir un ami, d’abord apprivoiser la mort, se réconcilier avec elle, y percevoir une étape nécessaire (peut-être dans l’hypothèse du meilleur des mondes possibles).

 

les phalènes frangées de noir

hantent le crépuscule

et lorsque les lampes hululent

se posent sans rien voir

 

la nuit qui s’enferme en leurs ailes

donne à la peau son sens

établissant la connaissance

des profondeurs rebelles

 

elles se closent dans l’espoir

mince du vestibule

à la porte de la cellule

où veille ton regard

 

Le matérialisme mécaniste ne peut envisager l’hypothèse que la matière ait une dimension immatérielle ou qu’elle soit indissociable de l’immatérialité, ou que le réel ne soit jamais purement physique. Le matérialisme quantique n’a pas toujours cette réticence.

 

23 janvier 2004

 

Alors qu’un dieu qui se révèle intervient dans l’histoire, l’infini déborde infiniment la totalité des univers et de leur histoire, présent qu’il est à chacun de leurs temps et de leurs espaces.

Alors qu’un livre révélé, marqué par un temps et un espace, ne peut parler pour d’autres temps et d’autres espaces que par la médiation d’une interprétation métaphorique, l’esprit de l’éternel-infini emplit notre univers en la totalité de ses espaces et de ses temps.

 

L’idée d’une origine et d’une fin des temps serait-elle liée à une perception du temps biaisée par la peur du vieillir et du mourir ?

 

Vivre dans l’action de grâce, c’est vivre dans ta joie de l’autre, c’est participer à la dilection qui fait de chacun des êtres conscients de sa conscience un tu pour toi. Tu ne veux pas que te dire merci nous abaisse. Il n’y a avec toi ni abaissement ni élévation (vieilles imaginations mythiques). Il n’y a que ton offre et notre acceptation de la dilection.

 

S’intéresser à toi, c’est s’intéresser avec toi à la totalité. La spécialisation la plus poussée doit être balancée par la généralisation la plus étendue.

 

il n’est que ces dômes du corps

qui s’ouvrent et proposent

le donner et le recevoir

 

quand le regard

qui se prolonge ou s’interrompt

passe la porte des cils noirs

d’oreille il se peut qu’il

se fasse bouche subtil

appel que le sang seul

accueille sans

que la tête même l’apprenne

mais à qui la chair se soumet

sans gêne

pour répondre et se tourner

 

vers toi et ose

s’ouvrir à l’or

d’un home qui ne peut se voir

 

Affligeante monotonie de la monomane interprétation freudienne.

 

Tu fais qu’accepter soit offrir, et offrir accepter. Les larmes de ma joie, en tes yeux brillent.

 

24 janvier 2004

 

Croire, mot envasé bien difficile à nettoyer.

Croyance et foi. Croire à la vie éternelle est du domaine de la croyance, croire en toi est du domaine de la foi. La croyance fait crédit à quelqu’un au point d’accepter ses idées. L’idée de révélation permet le passage de la foi en un dieu véridique à la croyance aux idées qu’il est censé avoir révélées. Mais la foi en un dieu de dilection bannit l’idée de révélation, puisqu’une révélation qui ne serait pas donnée à tous serait inégalitaire et donc contraire à son amour universel.

La foi est intransmissible. On ne peut la prêcher. Elle est accessible à toute conscience réfléchie sous la forme de l’appel à l’amour universel. La croyance est chose ambiguë : elle peut conduire à la foi, elle peut en détourner. Sans doute peut-elle cohabiter avec elle, mais poussée à son terme, la foi fait table rase de toute croyance.

 

D’où peut venir l’évidence de l’être comme infini en relation de dilection avec les êtres finis ?

L’infini invite toute conscience à participer à sa vie de dilection ; mais la liberté dernière est essentielle à cette participation, elle fait partie intégrante de cette participation. L’infini ne cherche pas à convaincre et à persuader, car ce serait manipuler, c’est-à-dire dénier la liberté dernière indissociable de ce qu’il offre.

 

Le passage de la croyance à la foi est celui du doute, mais peut-être pas toujours. La foi peut cohabiter avec la croyance, sinon les religions seraient intrinsèquement perverses.

 

l’insecte inclus dans l’ambre clair

est la présence d’une forme

vidée de chair

 

l’or l’a reclus dans cette mort

pure momie sans bandelettes

où l’âme dort

 

la couleur et la transparence

où l’exclu dure précieux

font signe au sens

 

et l’œil illuminé arrête

à la limite des matières

le cœur en fête

 

25 janvier 2004

 

Penser que le plus ne peut sortir du moins est une évidence de l’être que l’expérience ne peut établir ni détruire. La prodigieuse intelligence qui se découvre dans la matière suppose une intelligence supérieure qui la précède. Le refus de l’admettre est d’une intelligence qui se renie.

 

Les religions de salut puisent leur force dans la culpabilité. Il leur faut sacrifier une victime, innocente de préférence, afin de nourrir la culpabilité. Avec elles, le vieux sacrifice, qui était manipulation de la force vitale, est devenu manipulation de la force morale.

Le christianisme vit dans l’équilibre de la culpabilité qui en fait une croyance en la souffrance rédemptrice tournée vers soi et de l’amour de dilection qui en fait une foi tournée vers l’autre. La croyance est son passé, la foi son avenir ; mais il lui est difficile d’avancer, soit qu’il craigne de se renier en renonçant à sa croyance, soit qu’il redoute de voir ceux qui y renonceraient perdre la foi. Mais il est des croyants qui abandonnent leur croyance au nom même de la foi qu’il propose.

 

La reconnaissance mutuelle des personnes comme personnes met entre parenthèses et minimise leurs croyances. Elle se fonde sur l’intuition ou sur le sentiment que toute personne est manifestation et don participé de l’infini. Elle apporte sérénité à l’affrontement des religions et des cultures. Elle se réjouit de la diversité.

 

les vapeurs s’allongent et fondent

leurs formes à jamais fluides

savent se dissoudre en l’humide

sur le chemin des ondes

 

trouvent la grâce passagère

invitent chacun à produire

en même mélodie et rire

l’âme qu’elles suggèrent

 

pour qu’elle poursuive ineffable

l’indécidé de son voyage

candide comme leur image

en l’ombre d’une fable

 

Il faut se garder de piéger en leur moi ceux et celles à qui l’on marque sa sollicitude. Il faut tenter avec eux de se préoccuper de l’autre.

 

26 janvier 2004

 

L’étude des techniques de vente donne une idée statistique du Q.I. des acheteurs, qui sont aussi des citoyens. Ce piètre niveau a-t-il quelque chose à voir avec la persistance du mythe et avec son utilisation manipulatrice par les mieux pensants ?

Le mythe est toujours prêt à revenir en force. Ainsi le 11 septembre est en passe de devenir un événement fondateur.
La laïcité est-elle le remède au mythe ? Quelle laïcité est assez lucide pour reconnaître la présence du mythe en dehors des croyances religieuses ?

 

Définir son identité par la négation de l’autre est impensable après la découverte de la fraternité dernière universelle de la dilection.

 

Existe-t-il des offenses dont l’offensé ne soit en rien responsable ? Vivre la dilection, c’est être invité à considérer son insuffisance dans la relation à l’autre, insuffisance souvent morale, et parfois intellectuelle.

 

mugissement des souffles incessants

trouble aérien où l’oreille se tend

cherche le rien du grand silence absent

 

le corps stupide rigidement patient

dans l’attente s’accroche à son discours souffrant

 

au fond de l’impossible murmure doucement

à l’ami que tu sais obscurément

écouter ton désir d’être avec lui présente

 

la parole muette de l’amante

sûre de l’étreinte béante

 

27 janvier 2004

 

Faire de l’autre le bourreau ou la victime est une alternative destructrice au niveau de l’humain premier (les juifs d’Auschwitz n’étaient pas que victimes, ceux de Gaza ne sont pas que bourreaux). L’autre de l’humain dernier y est déjà à l’œuvre, ne serait-ce parfois que comme un appel. En l’infini-dilection il n’est plus que des tu avec qui je partage. Tout est relationnel.

Même s’il est physiquement absent, l’autre dernier n’est jamais un tiers, un il ou un elle, mais un tu.

La pensée dernière ne prend parti ni pour celui-ci ni pour celui-là ; non parce qu’elle dominerait ou engloberait, mais parce qu’elle vit avec chacun la relation de mutuelle dilection, au-delà des conflits de l’humain premier.

L’humain dernier intègre la virilité et la féminité en les dépassant. L’androgynie spirituelle des grands artistes s’y oriente.

 

les étoiles t’appellent

lève les yeux

 

prends la leçon du nombre

écoute bruire l’ombre

 

les étoiles t’appellent

ferme les yeux

 

de tout point de la sphère

rayonne leur mystère

 

les étoiles t’appellent

ouvre les yeux

 

ébloui par l’espace

et par le temps qui passe

 

les étoiles t’appellent

vers tous les yeux

 

 

28 janvier 2004

La réciprocité de l’altérité en dilection s’exerce dans la liberté dernière, sans pression ni de l’un ni de l’autre. Il ne s’agit ni de donner pour recevoir, ni de recevoir pour donner. On en vient non seulement à découvrir mais à vivre l’objet comme une non-appartenance, une occasion, non plus de désir mais d’admiration.

Les conjoints qui vivent la dilection partagée ne sont plus le bien l’un de l’autre. Ils n’appartiennent ni ne possèdent.

 

On ne peut fonder une société sur la dilection, car la dilection est indissociable de la liberté dernière, qui est celle de la personne. Elle ne peut faire l’objet d’une loi.

 

Le grand commandement du Deutéronome :  Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toutes tes forces  (VI, 5) porte en lui la dynamique d’un accomplissement qui le dépasse. Comment demander à l’autre d’aimer l’autre de dilection si l’on n’aime pas soi-même ainsi ? Il a quand même fallu du temps pour comprendre que celui qui commande d’aimer ne peut être qu’Aimer.

 

En dilection, la splendeur d’un corps invite à chanter la beauté qui se rit du désir dans l’exultation de ta joie.

 

Praxitèle dérobe dans la pierre

la beauté hésitant à retenir

le lin qui la protège du désir

 

une fraîcheur avec elle conspire

révèle des regards où elle admire

enfin l’aube exultante de la terre

 

Quel esprit poussait cet enfant de huit ans en août 44 à tendre sa tartine de confiture à un soldat allemand qui fuyait hagard sur un vélo sans pneus ?

 

29 janvier 2004

 

Dans le Deutéronome, on voit un peuple envahisseur invité à se réjouir en toute bonne conscience de venir habiter dans de grandes et belles villes qu’il n’a pas bâties, dans des maisons remplies de biens qu’il n’a pas apportés, d’utiliser des puits qu’il n’a pas creusés, de jouir de vignes et d’oliveraies qu’il n’a pas plantées  (VI, 10-11). Une « parole de Dieu » qui confère à un peuple de tels droits sur les autres révèle une ignorance navrante de l’infini-dilection.

Tous les peuples du monde ont sans doute été tentés de se prendre pour les meilleurs, voire les seuls véritables humains ; et ils se sont parfois servis de leurs dieux pour soutenir leurs convictions d’être l’objet d’une destinée manifeste.

 

Minimiser l’attention aux choses en maximisant l’étude des mots conduit à mutiler l’humain. Les « livres saints » qui nous éloignent des choses nous éloignent de ton multiple visage. Sacraliser la parole en la disant divine, c’est risquer de retrancher les choses du divin. La sacralisation mythologique est une mise à part, une séparation. L’expérience mystique reconnaît la présence de l’infini en tout autre comme son non-autre. Elle conduit à découvrir la sacramentalité de l’univers dans sa totalité.

 

Comment rien de ce qui est pourrait-il t’être étranger ?

 

lève les yeux aux cieux

lune soleil étoiles

toute l’armée des cieux

voici pour tous les peuples

l’héritage des cieux (Deutéronome, IV, 19)

 

tout en toi est pour tous

et rien n’est adorable

car tout est ton visage

en tout reconnaissable

 

baisse les yeux sur terre

sans frontières les routes

les champs toutes les terres

voici pour tous les peuples

l’héritage des terres

 

tout en toi est pour tous

et rien n’est adorable

car tout est ton visage

en tout reconnaissable

 

allume ton écran

et parcourant la toile

passe des unes aux autres

et connais le mystère

légué à toute chair

 

tout en toi est pour tous

et rien n’est adorable

car tout est ton visage

en tout reconnaissable.

 

30 janvier 2004

 

Ce qui pense ici maintenant, est-ce il ? Est-ce moi ? Est-ce je ? Est-ce toi ? Est-ce je-toi ? S’il se peut que parfois ce soit je-toi, alors vérité et liberté se conjoignent.

 

L’hypothèse du meilleur des mondes possibles a le mérite de nous faire nous interroger sur la pluralité des mondes possibles pour les comparer à celui où nous vivons. On peut penser d’abord à un monde parfait où le mal serait exclu, puisque c’est cela qui fait bouillir et ricaner ceux qui s’indignent et se moquent de ce que dit, ou semble dire, Leibniz ( le mal auquel on pense alors est celui de la souffrance et de la mort). Un tel monde serait-il compatible avec la liberté ? Il serait régi par un déterminisme absolu puisque rien ne pourrait échapper à sa perfection. Mais notre monde est celui où hasard et nécessité se fécondent en l’élan créateur.

Pour concilier liberté et perfection, il faut que d’abord la liberté se soit exercée dans un monde où le choix est possible, c’est-à-dire un monde au moins partiellement indéterminé. En ce monde-là, la souffrance résulte quasi nécessairement des tâtonnements d’une évolution progressant dans la conjonction du hasard indéterminé et de la nécessité déterminée. Lorsque apparaît la conscience réfléchie, la liberté dernière est invitée au bien parfait de la dilection. Un monde parfait dans la dilection n’étant possible que pour des consciences qui l’ont librement choisi, il faut que la mort les y introduise, car ce ne peut être le monde que nous connaissons. On peut conjecturer l’existence d’un autre monde où perfection et liberté s’accordent dans la prise en compte du désir d’infini donné aux consciences qui se sont ouvertes à la dilection.

 

la haie

 

rassure le regard

le bocage est le nombre

la chance de l’espace

de se multiplier

 

admire

 

comme sur l’océan

les vagues qui le taillent

pourraient avoir un nom

chacune dans le cœur

 

ainsi

 

les buissons qui s’étagent

et portent des limites

enclosent et déclosent

l’appel de l’horizon

 

31 janvier 2004

 

L’Occident a choisi (a-t-il vraiment choisi ?) de privilégier l’imaginaire diurne. C’est peut-être le secret de sa domination. Apollon vainc le Python chthonien, il a les meilleures armes. C’est peut-être aussi la raison de son échec en communion. Apollon est un piètre amoureux.

 

Le temps permet l’alternance, donne une chance à l’équilibre dynamique de l’imaginaire nocturne et de l’imaginaire diurne. Il rend aussi possible le passage de l’humain premier à l’humain dernier.

Le déséquilibre de l’imaginaire n’est pas rédhibitoire pour la découverte de l’infini-dilection, mais l’histoire de l’Occident tend à suggérer qu’il ne peut y accéder que par le tragique.

 

où les collines étagent leurs clartés

là-bas là-bas vers l’horizon

l’œil qui s’anime à leur invitation

et se sent doucement s’acheminer

connaît l’appel d’une autre destinée

vers l’orient d’une nation

dont les peuples sans fin en oraison

vont les yeux dans les yeux de la beauté

 

1er février 2004

 

Peut-on être séduit par l’intelligence de l’univers comme présence de l’infini, peut-on être saisi par la beauté des choses comme reflet de l’infini, peut-on reconnaître le regard de chacun comme invitation de l’infini sans donner des heures et des heures quotidiennes au silence du silence, sa demeure ?

 

La sacramentalité de l’autre, de la matière, de la vie et plus encore de la conscience ne se découvre que dans la familiarité quotidienne du vide où tu habites.

 

dans l’ombre de la géode

brillent des cristaux sans nombre

 

nul ne les voit que les yeux

ouverts sur l’autre du monde

 

chaque point de l’univers

est une porte dans l’ombre

 

du cabinet de cristal

où tu invites à rejoindre

 

dans une danse d’étoiles

sans nombre les yeux ouverts

 

La volonté hégémonique de la ploutocratie a ouvert la cage du terrorisme, et il n’y rentrera qu’avec son abdication.

 

2 février 2004

 

Se définir par son corps, c’est établir une limite entre l’homme et la femme. Se définir par sa langue, c’est bâtir un mur entre son peuple et les autres. Se définir…On comprend que l’humain dernier ne se définit pas, se définit par…l’infini. Sartre l’avait compris sans doute en affirmant qu’il n’y avait pas de nature humaine. L’essence de l’humain, c’est de n’en être pas une, d’être toujours dépassable par l’existence que l’infini lui offre.

La transcendance, ce n’est pas la verticalité de l’imaginaire, ce n’est pas la croyance en la supériorité du haut sur le bas. C’est la foi en l’autre, en tu qui donnes à moi de devenir je.

 

L’infini offre l’immédiateté de tout autre.

 

l’étang qui pose une lame d’acier

arme rebelle obstinément couchée

offrande pure de la forge des mers

en bel hommage à la paix de la terre

 

répond au ciel où la burelle étale

infiniment sa nue horizontale

au blason de lumière qu’elle honore

du reflet de son cuivre sur les ors

 

3 février 2004

 

son haleine endormie dans la chambre se dit

qu’il n’a cessé de battre dès le ventre

qui lui tendit le long témoin de l’heure

où le rythme et le souffle éveillèrent la terre

 

La symbolique est partout dans notre Occident qui se veut laïcisé. La focalisation sur la symbolique religieuse peut devenir un leurre, un moyen de détourner l’attention des symboliques politiques, sociales, commerciales, culturelles…qui enserrent et manipulent les braves gens. Elle peut aussi les amener à en prendre conscience pour les débarrasser de la dialectique du dominant et du dominé et s’en faire des amis au service de l’altérité positive.

 

Le désir ne cherche que son ombre. L’autre comme autre est au-delà. L’altérité qui nous appelle pour nous combler est celle de la dilection, qui ne peut être que participée dans le je-tu de l’infini.

 

son sein de lumière de trois quarts dans la nuit

s’éblouit de l’invisible amant

elle tend

offerte cette forme faite et pleine et parfaite

mais son corps est dissout dans la pure insouciance

 

son visage est absence

ses membres inconscience

et les lèvres lyriques font de son apparence

si fière

un art étroit qui luit dans l’insensible

 

(douzième nuit)

 

4 février 2004

 

Il est interdit d’interdire d’interdire…Débilité ou drôlerie du langage ? Heureusement, sans qu’ils le sachent ou quoi qu’ils en aient, bien des gens pensent en dehors des mots. On ne leur fera pas le coup de la logique (sophiste) s’ils ont reconnu pour vrai ce qui leur apparaissait évidemment être tel.

 

L’anarchisme relève de l’aspiration à la liberté dernière. L’affranchissement de la loi est affaire de liberté dernière.

 

aria de feu en cage d’orient

libérée tu n’es plus qu’un long forte

dont les échos nous prennent tout le jour

jusqu’au pianissimo en geôle d’occident

 

5 février 2004

 

Petit jeu du donc.

  • La mort est la fin de tout, donc le monde est mal fait.
  • La mort est la fin de tout, donc le monde est bien fait.
  • La mort n’est pas la fin de tout, donc le monde est bien fait.
  • La mort n’est pas la fin de tout, donc le monde est mal fait.
  • Le monde est bien fait, donc la mort n’est pas la fin de tout.
  • Le monde est bien fait, donc la mort est la fin de tout.
  • Le monde est mal fait, donc la mort n’est pas la fin de tout.
  • Le monde est mal fait, donc la mort est la fin de tout.

 

Il faudrait d’ailleurs envisager la combinatoire de tous les ordres de présentation différents puisque ce qui précède colore ce qui suit, même dans l’apparente blancheur de l’enthymème et de ses implicites.

Pour défendre l’idée qu’un monde bien fait serait la fin de tout, il suffit d’envisager l’au-delà dans un environnement aussi bête et méchant que celui que nous connaissons ici.

Jeu stimulant, et qui peut faire comprendre que la vérité n’est pas donnée au bout d’un raisonnement, sinon que l’évidence de l’infini dissout les syllogismes.

 

pour la droite ossature des arbres qui se dressent

figés dans la lumière rasante du couchant

le regard se dilate et la voix un instant

monte pour exalter la splendeur qui s’abaisse

 

6 février 2004

 

La conscience de ta présence fait du spectacle du monde un émerveillement.

 

Une musique où je n’entends pas ton silence me laisse sur ma faim.

 

Le signe le plus patent de la présence de l’infini dans une conscience, c’est le goût de l’autre pour l’autre, ce que les chrétiens appellent agapè ou dilection et les bouddhistes compassion.

Tel est le guide de l’axiologie. Les valeurs de l’intelligence et de la sensibilité, celles du scientifique et de l’artistique ne peuvent être que secondes.

 

pour le bouquet de jonquilles

en sa fraîcheur

pour cet accord du jaune tendre et du vert pâle

pour cet arrangement que fait la jeune fille

des lanières des tiges des corolles

où vole

dans l’air gracieusement humide

un parfum si timide

que le visage se sent sale

et n’ose davantage approcher pour saisir

la secrète splendeur

 

7 février 2004

 

Dans l’espace infini, chaque point est le centre d’une sphère sans circonférence ni surface, c’est-à-dire qu’il n’y a ni centre ni sphère.

L’infini de l’espace et l’infini du temps manifestent l’infini de l’être comme énergies.

L’infini serait un monde d’effroi si l’existence du fini, avec toutes les qualités qu’on lui découvre, ne signifiait que la dilection fait partie de son essence.

 

Quelle inhibition, quel refoulement, quelle scotomisation, prive les consciences humaines de la présence de l’infini ? Pourquoi l’infini n’est-il pas la première évidence de l’espace ?

 

Un symbole est susceptible de sens et de charges affectives multiples, mais il peut se dessécher en signe superficiel social ou politique à sens unique. Le svastika indien est le chemin de l’intériorité ou de l’extériorité selon l’orientation de ses branches, mais on sait ce qu’en a fait le nazisme.

 

les bulles du balcon s’enfuient

aux flux des souffles de clarté

un œil d’enfant les suit

 

voit les parfaites éphémères

iriser leur fragilité

d’un parfum de lumière

 

se transporter vers l’horizon

en cohortes de liberté

et perdre la raison

 

8 février 2004

 

Qui pourrait se moquer de la musulmane ou de la carmélite qui affirme que son voile est la force de sa vie intérieure devrait rire de l’avocat qui montre en le revêtant que son rabat est la force de sa vie judiciaire ou du maire qui révèle en la mettant que son écharpe est la force de sa vie civique.

 

Alors qu’avec les ans s’affaiblit la mémoire enregistreuse, la conscience réfléchie se renforce.

 

Pas plus que la fleur au fruit, il ne faut opposer le d’où-l’on-vient au où-l’on-va. L’équilibre continuité / discontinuité est entre les mains de l’imaginaire.

 

quelle haleine est venue émouvoir les bourgeons

pour qu’ils restent ainsi suspendus dans l’attente

et la ferme élégance de leurs parures closes

 

celle du souvenir de dix mille saisons

où l’ancien au nouveau lègue l’âme qui chante

et du même toujours s’élance en autre chose

 

La certitude de la foi rend vivable l’incertitude des croyances, possible leur dialogue, acceptable leur évolution.

 

Ecouter une musique avec l’attention que l’on porte à quelqu’un en découvre l’être dernier.

 

 

 

9 février 2004

 

La morale descriptive dit que le politique peut mentir et voler s’il travaille avec succès au progrès de la nation, tout comme le militaire peut tuer s’il défait l’ennemi. Des généraux massacreurs, mais vainqueurs, se font acclamer par leur peuple de leur vivant, et souvent par l’histoire. Des politiques menteurs et voleurs se font acclamer par leurs partisans alors même que la justice les a condamnés.

La dénonciation de la justice par les politiques révèle la précarité du sens moral de ceux qui les suivent.

 

La morale de l’infini est une dynamique qui mène de l’animalité à la spiritualité. Ce qui apparaît à l’humain premier comme une liberté s’avère être une servitude des désirs du corps lorsque le moi se découvre autre que le corps et mû par un désir d’infini qui ne peut se satisfaire qu’en accédant à la dilection.

 

En politique actuelle, la communication est le terme qui désigne la manipulation de l’opinion.

 

La société est trop influençable pour que l’on puisse compter sur son discernement. Lutter pour sa libération, c’est d’abord chercher à éduquer son discernement.

 

dans l’en avant de leur désir

ils s’appuient sur l’air qu’ils dépassent

et leur course sur les hauteurs

se gagne au plus fin de sa masse

 

bolides montés de la terre

ils ne recherchent pas l’espace

mais s’assurent de leur retour

et de leur confort en leur place

 

en est-il qui rêvent d’aller

où l’élan jamais ne se lasse

d’attendre que se renouvelle

la rencontre des mille faces

 

10 février 2004

 

Le projet de la conscience de l’infini-dilection est un projet de liberté dernière. Il ne peut s’adresser qu’à l’individu. Une société démocratique formée d’une majorité d’individus qui s’y reconnaîtraient s’organiserait pour la promouvoir, se gardant de l’autocontradiction qu’il y aurait à l’imposer. Une telle société apparaît actuellement comme une utopie, mais la démocratie est, comme telle, en marche vers elle, et, peut-être davantage que bien d’autres, une démocratie qui se donne comme valeurs fondamentales la liberté, l’égalité et la fraternité. Œuvrer à la mise en œuvre de ces valeurs comme projet de société ne peut être contraire au projet de la conscience de l’infini-dilection. Et ces valeurs ont l’avantage de ne pas être remises en cause par notre démocratie, même si la fraternité est souvent ignorée, alors qu’elle assure la médiation entre la liberté et l’égalité, et qu’elle est la plus proche de l’altérité de dilection.

 

 

dans le givre du blé en herbe

les mouettes s’en vont s’en viennent

marchent et se souviennent

de ce qu’elles espèrent

 

mais les vers qui s’en nourriront

ne sont pas les vers qu’elles aiment

le même n’est le même

que dans leur horizon

 

savent-elle jamais qu’aucune

ne reviendra ni ver ni elles

ni le blé ni la belle

eau du givre en chacune

 

11 février 2004

 

Dire que dieu est père sans ajouter qu’il est aussi mère, frère, sœur, fils, fille, et ni père, ni mère, ni…, c’est faire de l’être infini un être fini.

 

Le salut vient de l’autre puisque le moi ne peut accéder au désintéressement essentiel de l’infini-dilection.

 

La fraternité est la porte de l’égalité et de la liberté.

 

A-t-on déjà vu malheureux des gens qui ne pensent qu’aux autres ?

 

Muni de ton regard, on ne voit que des gens de peu et l’on se sent l’un d’eux. La hiérarchie première s’efface en l’excellence de l’immense lorsqu’on accède à la pauvreté radicale de l’être.

 

Comme fraternité, égalité et liberté, chasteté, pauvreté et obéissance n’ont de sens qu’en participation inchoative et espérance de participation plénière à l’agir et à l’être même de l’infini-dilection.

 

au regard le danseur

fait chanter les surfaces

lance en l’espace

des mouvements de lignes

de spirales que signe

le long paraphe de son cœur

 

au profond de sa chair

des distances se jouent

en lui se nouent

de l’intime à l’immense

et le centre s’élance

en la conscience de la terre

 

 

12 février 2004

 

L’altérité de la dilection, ce n’est pas toi avant moi, toi plutôt que moi. C’est je-tu. Il n’y a pas de dissymétrie, mais égalité fraternelle dans le commerce des libertés.

 

La tragédie, comme le mélodrame, est une simplification binaire de la réalité par l’imaginaire. Elle est le fruit d’une rationalité apollinienne réductrice qui épure le foisonnement de la vie et en évacue l’indétermination d’où naît la liberté.

 

La liberté dernière est inamissible, car elle participe de l’infini-dilection.

 

 

les doigts gauches caressent les cordes

la main droite s’efforce à l’archet

mais d’âme à âme

de corps à corps

sortant du vide comme l’anadyomène de l’abîme

l’immense intime au violoncelle pose

la rose belle

de l’éternel

et mille cordes en mille corps

par la beauté ravies s’accordent

 

Qui fera taire le lyrisme de celles et ceux qui ont rencontré la joie de l’éternel ?

 

13 février 2004

 

Existe-t-il beaucoup d’intellectuels et de philosophes dont la lucidité n’est pas obscurcie par l’obédience culturelle ?

Personne ne peut avancer dans la vérité sans « crainte et tremblement ». Les fulgurations de l’esprit doivent être éprouvées. Sinon, comment comprendre qu’entre eux les plus grands philosophes s’opposent, que les scientifiques les plus éminents s’affrontent dans leurs théories ? Mais les scientifiques au bout du compte finissent par s’accorder sur ce qui d’abord les opposait, alors que les philosophes, chacun enfermé dans l’élégance de son système, paraissent à jamais irréconciliables.

 

ombres ensommeillées

grisailles embuées

aigres appels des corbeaux dans la brume

échos criards des geais dans le brouillard

quel espace adoucit nos rudesses

quel passage endurcit nos faiblesses

 

14 février 2004

 

Les grands maîtres de la pensée n’ont de succès populaire que dans la symbolique inconsciente des héros fascinants. On court les écouter, on se précipite pour les lire parce qu’ils semblent combler un vide où l’infini désiré paraît absent. Comment expliquez-vous, entre tant d’exemples, que des hommes et des femmes de notre temps lisent avec ferveur un Nietzsche qui fait dire à son Zarathoustra : « L’homme doit être élevé pour la guerre, la femme pour le délassement du guerrier » ? Evidemment, on trouvera des disciples de Nietzsche pour dire qu’il ne faut pas s’arrêter au sens premier, que leur grand homme a été un grand incompris…

 

Tu es la vraie liberté fraternelle de la pensée, non la libre-pensée asservie à ses aversions.

 

L’autre que tu nous proposes n’est pas notre maître ou notre esclave, notre bourreau ou notre victime, pas même notre femme ou notre mari, notre fille ou notre mère, notre fils ou notre père, mais cet humain dernier de la liberté, de l’égalité et de la fraternité auquel l’humain premier inconsciemment ou consciemment aspire.

 

Tu es notre être de dilection, capable de bienveillance malgré nos répulsions et nos peurs.

 

ils balafrent ta peau bleue

leurs griffes blanches

lacèrent ta chair

 

ta douceur

 

absorbe efface leur feu

et sa revanche

redonne à l’air

 

sa couleur

 

15 février 2004

 

Ne pas séparer la question du non-autre tout-autre de la question d’autrui, ce n’est pas croire aux créateurs de langage, c’est comprendre l’organisation du fini dans sa relation à l’infini. C’est par le même mouvement de l’esprit que le je humain dialogue avec le tu fini et avec le tu infini.

 

Le chemin sensible de l’infini de l’être, c’est l’infini de l’espace (où pourrait-il s’arrêter ?). Le chemin imaginaire de l’infini de l’être, c’est l’infini du temps (quand aurait-il pu commencer ?)

 

Continuité-discontinuité du sentiment religieux à l’expérience mystique. La valeur du sentiment religieux tient à sa teneur en expérience mystique.

 

Je dois passer le plus clair de mon temps à te parler des autres quand je ne parle pas aux autres sans te négliger.

 

ce visage est un voile

et ce regard qui s’ouvre

est l’abîme d’étoiles

que le vide découvre

 

au miroir qui s’ignore

en ces yeux qui font face

se devine l’essor

vers l’infini qui passe

 

le rideau que la chair

sur l’interdit lui tire

au visage désert

en l’amour se déchire

 

16 février 2004

 

« Moderne », mot appeau avec lequel on attrape ceux qui n’ont pas conscience de sa charge affective.

La liberté dernière se rit des manipulations, car elle accède à la vérité qui la constitue.

 

Une psychanalyse qui ignore la spiritualité de l’humain le mutile en agissant sur une image mutilée.

 

On ne peut, da ns la lumière de l’infini-dilection, considérer qui que ce soit comme intrinsèquement mauvais, car elle donne de voir chacun comme participant du tout-autre non-autre. On ne peut être contre quelque nation que ce soit, mais on œuvre à établir la justice entre les nations.

 

Lorsqu’on voit un politique condamné en justice se faire acclamer par ses partisans et la justice être accusée d’injustice, on se rappelle que l’on vit au milieu d’une majorité de faibles d’esprit.

Les lumières de la contemplation suffiraient-elles pour neutraliser l’erreur ? Sans doute lorsqu’il s’agit de l’erreur liée à l’injustice.

 

pour ce regard sans couleur

message où le messager

s’efface que rire ou pleur

se donne en sa pureté

 

pour la subtile parole

si claire que transparaît

le sens où la pensée vole

en l’abîme où l’humain naît

 

17 février 2004

 

Faut-il choisir entre être de son temps et rechercher la vérité ? La vérité de son temps prend sens dans la vérité du cheminement des peuples et du cheminement des personnes. La personne est appelée à passer de l’humain premier, jouet des déterminismes de son corps et de sa culture, à l’humain dernier qui les transcende pour aller à la rencontre de chacun dans l’espoir et la tâche de l’altérité de dilection. L’altérité de dilection est éternelle. Etre de son temps, c’est pour l’humain dernier œuvrer à y inscrire l’éternel.

 

Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui  (Jean, II, 11). Comment Yeshoua aurait-il pu attirer l’attention sur son message sans se glisser dans le masque divin de son peuple ? Mais il fallait que tôt ou tard, pour le disciple, le message primât le signe.

 

affolement de visages en foule

cohue d’invisibles mystères

 

adore en la rivière où coulent

les esprits infinis que le masque oblitère

 

et lorsque le regard un bref instant

au regard se révèle et fuit

 

écoute et parle en frémissant

aux étoiles sans nombre illuminant la nuit

 

 

18 février 2004

 

Quel profit tirer des textes antiques ? La connaissance des courants religieux / philosophiques de la Perse, de l’Egypte, de la Grèce…de l’Inde, de la Chine, et ce que l’on peut soupçonner des cultures sans écriture qui les ont précédés, accompagnés, suivis, donne matière à réflexion dans notre recherche du réel. Mais on ne peut y discerner un progrès qu’en ayant décidé de ce qui fait l’humain dernier. Les initiations et les quêtes de sagesse, les volontés d’identité et d’universalisme…ne prennent sens que si l’on y soupçonne un tâtonnement vers ce que l’on pense être le bien ultime de l’humanité.

 

Que faire pour celles et ceux que nous avons côtoyés depuis l’enfance et qui dans le silence reviennent en mémoire, sinon solliciter pour eux ta sollicitude ?

 

La beauté est un des critères de la vérité et la vérité un des critères de la beauté, mais ces critères sont insuffisants pour juger du beau et du vrai.

 

Un enfant ne connaît ses père et mère comme personnes qu’après en avoir détruit en lui l’image.

 

L’hypersensibilité détruit tout amour filial, fraternel, conjugal, toute amitié. A-t-elle d’autre remède que la pure dilection ?

 

la musicienne là-bas

interpelle le silence

secoue l’hiver un peu las

de faire sa résistance

 

sans plaider plus qu’il ne faut

ni bousculer le sang gourd

elle invite les échos

à partager son retour

 

la spire dans la spirale

reprend pour l’autre le même

et le chant qui se rappelle

dit la nouveauté de l’âme

 

Nous n’avons jamais eu « notre âme de ce soir ».

 

19 février 2004

 

La continuité temporelle manifeste l’unité de l’être dans l’élan qui anime et mène l’univers ; la discontinuité déploie la nouveauté sans laquelle l’élan n’aurait pas de raison d’être.

 

L’être-pour-la-mort de la conscience humaine ne peut se comprendre et valider que dans la perspective de l’élan qui en établit la relativité.

L’affrontement de la mort comme néant mène à une inflation du moi. Le sacrifice de sa vie pour les autres renforce et accomplit la dilection du je qui le motive.

 

En dilection l’action politique met en œuvre dans le court et moyen terme le cheminement asymptotique des sociétés vers le je-tu universel. Dans notre République, cela s’appelle la fidélité à sa devise, liberté-égalité-fraternité.

 

les souffles incessants inquiètent le silence

les voix du vent s’emportent au passage

cramponne-toi dans le flot qui dégage

contemple les yeux clos l’immobile du sens

 

mais si tu t’es construit un radeau de silence

arrime-le sur la voix du passage

emporte-toi sur le flot qui t’engage

te donnant d’accomplir le mobile du sens

 

20 février 2004

 

Est-ce la peur de l’infini qui fait imaginer un commencement et une fin des temps ?

 

Que l’on puisse être contre Dieu montre que Dieu peut être une fausse image du Beau, du Bien, de l’Etre.

 

Il existe un combat contre l’antisémitisme qui est un combat contre les Palestiniens spoliés et écrasés. En dilection, le combat contre l’antisémitisme participe de la volonté de n’exclure personne de la liberté, de l’égalité et de la fraternité universelle.

 

Reconnaître l’autre en dilection, c’est se reconnaître en l’autre, reconnaître que je suis son tu, comme elle, il est mon tu en une altérité où le elle, il n’a plus cours. C’est vivre l’infini en espérance.

 

 

le pilote de chasse en sa reconnaissance

de la limite et de l’illimité

sonde l’espace en liberté

 

dans l’élan qui l’emmène au bout de ses ressources

il sent de part et d’autre le possible

surgissant en quête de cible

 

vertigineusement le virage l’entraîne

au même écrasement qui réverbère

l’amour du ciel et de la terre

 

l’oeil qui pourtant le guide en la circonférence

rassemble en lui le centre illuminé

de son nulle part deviné

 

et l’oreille ici-bas qui le suit invisible

exulte en la musique de la sphère

dessinée par ses courbes vaines

 

 

21 février 2004

 

S’absenter de toi, c’est perdre des lumières et des forces d’aimer. Il faut davantage revenir au silence du silence.

 

S’il existe un après-la-mort, la mémoire n’est pas tout entière physico-chimique.

 

La matière, telle que nous la connaissons, ne peut vaincre le temps, car le temps fait partie de sa constitution.

 

la terre se souvient

son énorme mémoire

est scellée dans l’espoir

qui anime les siens

 

écoute son silence

bruire de tous les temps

poussés au maintenant

par la force du sens

 

ils attendent ta voix

accordée aux anciennes

renouvelées que viennent

les autres de ta foi

 

22 février 2004

 

L’infini ne pouvant faire nombre avec le fini, le fini ne peut le distinguer.

 

Une société a sans doute besoin d’une symbolique pour garder son identité et son unité. A défaut de symbolique religieuse, elle peut s’appuyer sur une symbolique culturelle.

Toute symbolique est-elle manipulatrice ? Une société ne peut-elle garder son unité et son identité qu’au prix d’une aliénation de ses membres ?

La liberté dernière de la dilection fait éclater les liens et les limites de toute société. Elle en dénonce les manipulations symboliques, mais elle fait de tout autre un tu qui fait de chacun un je. Elle établit ainsi une unité et une identité qui s’étend à toutes les sociétés.

 

La liberté dernière est inchoative, non seulement parce qu’elle demeure virtuelle chez beaucoup (le plus grand nombre ? la quasi-totalité ?), mais parce qu’elle n’est totalement accomplie chez personne de ce côté de la mort.

 

l’église est demeurée ouverte

dans ce village sans histoires

 

son vaisseau de pierre poursuit

le voyage vers l’éternel

pour l’ombre qui se renouvelle

en sa présence jour et nuit

 

et la lampe garde mémoire

rouge auprès de la tente verte

 

le nomade séduit a certes

depuis longtemps cessé de croire

 

dans la nef il s’est introduit

en quête de ces formes belles

qui lui tiennent lieu d’éternel

en leur inaccessible vie

 

mais la lampe au souffle du soir

a frémi de sa découverte

 

23 février 2004

 

Il a perdu une bonne occasion de se taire quand il lui a dit qu’il avait perdu une bonne occasion de se taire en lui disant qu’il avait perdu une bonne occasion de se taire…

 

Le fini dernier est chair de la chair de l’infini, mais l’infini ne possède ni n’appartient : celles, ceux qui partagent sa vie sont chastes et pauvres, libérés de tout bien dans la dilection.

 

Avec quel sourire les entends-tu parler de règne, de puissance et de gloire ? Amusé ? Tristounet ? Plein d’humour, je suppose, en voyant la tête qu’ils, elles font en découvrant à la mort ton visage de tout venant.

 

travailleurs toujours prêts

fantastiques danseurs

vos pas de deux discrets

géniaux inventeurs

bâtissent la cité

au creux des profondeurs

 

Où seraient nos techniques si tu n’avais bourré la matière de ressources ? Mais non, avec leur Q.I. de 150, ils ne voient rien. Leur ego bedonnant les empêche d’apercevoir le sol sur lequel ils marchent.

 

Qui pourra déraciner la conscience morale de l’être humain ? Tu y a mis le Beau et le Bien, paraphes de ta présence.

 

Les chefs-d’œuvre ne sont nos maîtres que parce que les plus doués de sens esthétique ont reconnu leur excellence, et ils ne le sont vraiment que s’ils affinent le nôtre en le satisfaisant. Peut-on alors vraiment parler de maîtres ? Ce sont des éveilleurs.

 

24 février 2004

 

Le judaïsme a donné tant de savants, de philosophes et d’artistes à notre humanité qu’il vaut la peine de s’interroger sur ses ressources culturelles et d’étudier l’histoire de sa pensée depuis les temps barbares de Josué, plutôt que de simplement combattre les nostalgiques des origines.

 

Si l’obéissance en religion ne conduit pas à la liberté dernière, ce n’est qu’une triste mutilation.

 

Que l’on lise les événements en termes de mélodrame ou en termes de tragédie, on cède à un imaginaire binaire, à un excès apollinien.

 

Les redondances du réseau du réel permettent à nos frustes techniques de le manier, mais notre efficacité risque de nous mener à une vision simpliste du monde.

 

L’être humain est une fusée à deux étages, sinon il ne pourrait accéder à l’infini.

 

S’il ne continuait à fasciner, il faudrait ignorer Nietzsche enlisé dans son moi primitif exacerbé. Il donne souvent l’impression de ne penser que contre, en particulier contre le christianisme ; mais penser contre enferme dans des logiques binaires qui rendent le réel inaccessible. Lui qui cherchait tant la vérité !

 

oiseaux de bronze patiné

l’élan figé

de vos ailes dans le musée

à la lumière dit le désir de l’envol

le reniement du socle sur le sol

où s’efface votre ombre molle

 

les yeux qui passent à l’envi

en sympathie

prennent un peu de votre esprit

de votre force en leur chair tentent de s’échapper

pour qu’à leur tour leurs mains multipliées

peuplent l’air alentour de clartés

 

25 février 2004

 

Le nu publicitaire illumine la ville grise. L’humain premier le désire, l’humain dernier l’admire. La beauté y invite la chair à l’esprit.

 

Ne pas croire au(x) peuple(s) élu(s) encourage à rechercher ce qui depuis la préhistoire montre le chemin de l’infini dans la conscience humaine. Si l’infini ne se révèle pas dans l’histoire, c’est qu’il se laisse deviner partout et toujours à la mesure de l’ouverture de la conscience. Cela vaut la peine de voir comment la conscience de l’infini-dilection a évolué depuis les temps où il est possible d’en retrouver la trace. On comprend que l’histoire des religions puisse passionner les passionnés de l’infini lors même qu’ils se dégagent de leur religion.

 

Tu es, comment dire ? ni personnel ni impersonnel. Tu n’as pas de visage, mais / car tu as conscience de la totalité. Tout est tu pour toi. Dans l’immédiateté, tout te touche, toi l’intactile. Tu embrasses tout dire, toi l’indicible.

 

Le corps voilé dévoile le visage, le regard voilé dévoile l’esprit.

 

S’il n’est pas de matière sans esprit, l’être est énergie, l’esprit pur pure énergie d’être, l’esprit pur infini pure énergie d’être infinie. Mais le mot énergie ne dit rien du beau et du bien, ni du vouloir-autre de l’infini.

 

pour le regard voilé où l’autre se dévoile

en miroir de miroir où l’infini se dit

quand l’œil reflète l’œil reflète l’œil étoile

jusqu’à la multitude où son amour jaillit

 

26 février 2004

 

La philosophie libère de l’imaginaire, épure la perception de l’être.

 

Tu es le tout-proche, et tes reclus ont l’esprit tout le jour occupé du prochain. Ta solitude leur apporte la multitude.

 

Les monothéismes sont autant le produit de l’imaginaire ouranien que les polythéismes sont celui de l’imaginaire chthonien. Mais tu assez futé pour faire des uns et des autres des chemins de la conscience de toi.

 

les mannequins de la nuit défilent

pures lumières dans l’espace

pour un public de mille faces

levées vers leurs pas tranquilles

 

elles cherchent parmi les belles

ce qui sied à leur silhouette

depuis les pieds jusqu’à la tête

en leur quête d’un modèle

 

mais la mode de l’infini

leur réserve quelque surprise

à chacune l’unique mise

qui convient à leur esprit

 

Toute pensée qui s’émeut cherche à se dire en poème.

 

27 février 2004

 

Tirer du néant ne veut rien dire dans une ontologie de l’infini. Il n’y a pas de néant, ni quoi que ce soit hors de l’être infini. Par définition, l’infini n’a pas de dehors. Créer, pour l’infini, c’est tirer de soi, faire de l’autre à partir de soi-même. Il n’est peut-être pas à la portée de notre intelligence logique de le comprendre, mais c’est le sujet d’une contemplation admirative, un peu comme de la mère qui d’elle-même fait de l’autre en son sein.

 

Les philosophies du aut comme les philosophies du et ne se sont pas dégagées de l’imaginaire polaire ; elles ont fait le choix d’Apollon ou de Dionysos au lieu de passer au-delà.

 

au ciel profond

belle timide

neige

encore

à peine en corps

ici et là s’incline

fine

volette pâlotte

clignote

ta plume volage

sage

pose close sa note

claire

erre

bien tôt limpide

dissout son aile

t’enterre

dessous

profond

 

Dans la lumière de l’infini, le dieu potentat capable de courroux (« Minuit, chrétiens….et de son père apaiser le courroux… ») est ridicule, et la vision de Yeshoua torturé pour nos péchés lamentable.

 

Si le terme « infini » gêne, c’est peut-être ceux et celles dont l’imaginaire apollinien diurne ne peut concevoir la perfection que définie, et que pour eux l’infini signifie le non défini. Faut-il préférer le terme « immense » ? « Incommensurable » n’est pas assez quotidien pour parler de toi, l’immédiat intime, mais enfin…

Que l’on puisse qualifier de mauvais infini un temps sans origine ni fin révélerait-il un désir de se faire un dieu à son image ?

 

28 février 2004

 

Reconnaître les divergences des philosophies, c’est se reconnaître le droit de philosopher librement, de se libérer de tout précédent philosophique

On peut penser une chose et reconnaître que d’autres l’ont pensée sans pour autant reconnaître leur autorité, en se réjouissant des convergences de pensée sans cependant y voir des critères de vérité.

 

La culpabilité première est un don de la nature (le surmoi ne fait que l’étendre en le faussant parfois). La culpabilité dernière est un don de la surnature ; elle se mue en tristesse et impatience de ne pas assez aimer de dilection.

 

Si la dilection libère de la loi, la fraternité libère du droit.

La fraternité ne peut réguler le jeu de la liberté et de l’égalité que si elle les précède, inspire et suit.

 

Le travail humain participe de l’énergie de l’univers. Il se régule au mieux dans la dynamique de production des consciences.

 

une matière au bout des doigts

se délove et love à la fois

 

sa force vive est un défi

où leur finesse se délie

 

en leur envie de la connaître

et de voir multiplier l’être

ils se disent un nouveau sens

vers quoi leur adresse s’élance

 

quel secret donne à partager

au jardin des jeux libérés

où la peine au plaisir se mêle

leur affrontement fraternel

 

la matière que l’on déploie

dresse sa tête de cobra

 

elle façonne qui la dit

porte la mort donne la vie

 

29 février 2004

 

Mythifier un événement historique, c’est freiner l’élan de l’histoire. C’est se défier du temps. Comment ceux qui te connaissent un peu pourraient-ils se défier du temps et de l’espace, tes plus géniales créatures ? Et pourtant les mythes, dans la dynamique du provisoire, jouent le rôle de fusée porteuse, de booster (largable).Cette répétition du mythe dans le rite fait penser à la momification des cadavres, un peu aussi à nos cimetières et à leurs pierres tombales qui en ont pris le relais.

Mourir, c’est passer au-delà, c’est vivre la plus grande nouveauté.

 

le cobra déploie dans la rue

ses muscles délovés

les travailleurs et le travail

qui les avale de sa vie

en ont assez que l’or qu’il chie

s’entasse sous les fesses

des prêtresses de l’ours

 

le cobra publie dans la rue

sa colère indignée

que ses entrailles ailleurs s’en aillent

loin de la caverne de vie

de la terre qui les nourrit

pour gaver la paresse

des parieurs de la bourse

 

le cobra gonfle dans la rue

ses anneaux enchantés

les travailleurs en leur travail

sont la force l’élan de vie

de l’univers en l’infini

où l’humain dans l’ivresse

sans fin poursuit sa course

 

Le surhumain de Nietzsche est un surnaturel dénaturé.

 

 

1er mars 2004

 

Le recours poétique aux symboles hérités de la préhistoire est exploratoire.

 

Une philosophie n’est pas une construction, c’est un arbre né d’une graine. Aucune des idées qui la détaillent n’a de sens qu’en cette intuition.

Existe-t-elle d’autres graines de philosophie que celles de l’être ? En existe-t-il de meilleure que celle de l’être infini tout-autre non-autre ?

Si philosopher c’est d’abord rechercher la meilleure intuition de l’être, c’est nécessairement faire table rase des pensées philosophiques actuelles comme de celles du passé. Le philosophiquement correct est une contradiction dans les termes, et philosopher conduit à rejeter le correct en tout domaine, à libérer le penser de toute forme afin de se donner la chance de faire l’expérience de l’être.

Etudier les philosophies, c’est pour le philosophe rechercher ce en quoi leur intuition fondatrice se rapproche ou s’éloigne de celle qui lui donne l’expérience de l’être.

 

les arbres dans le bocage

prennent un nouveau départ

peupliers chênes

châtaigniers frênes

exaltant chacun son essence

et l’unique de l’existence

que grandisse d’âge en âge

l’excellence de leur art

 

Cohérence n’est pas unicité ; diversité n’est pas incohérence. Le tout-autre est le non-autre.

 

 

 

2 mars 2004

 

Est-ce une illusion dommageable de croire que toutes les philosophies se valent ? Si beaucoup le pensent à notre époque relativiste, cela signifie qu’elle a perdu le sens de l’être.

Que penser des conversions, voire des évolutions philosophiques des penseurs ? La conscience qui pense ne cherche-t-elle pas une vérité objective ? Penser que l’être est un et cohérent n’est-il pas le commun dénominateur de toutes les philosophies ?

 

L’immédiateté du toucher te touche. Tout baiser, si maladroit qu’il soit, est un baiser de toi.

 

au bout des doigts

tes yeux me causent

je m’aperçois

que l’immédiat

de ta présence

se dissout comme une aube pure

dont l’estompe sur la brûlure

au baiser de braise perdure

en ton immense

touche l’endroit

qui ne te voit

que si je n’ose

t’ouvrir les bras

 

L’infini est conscient de la totalité de son être. Faut-il parler de dédoublement ? Il n’y a pour nous conscience que dans la distance comme autre de soi-même et de l’autre. La conscience de l’infini est-elle conscience de tout soi-même comme autre ? Peut-on penser que cette conscience ne fait qu’un avec sa conscience de l’autre comme autre ? Vaines questions sans doute pour nos esprits finis.

 

3 mars 2004

 

On ne peut parler de l’infini comme d’un il. Son omniprésence de conscience en fait un tu.

 

Penser l’être de l’être comme ineffable, ce n’est pas le juger totalement inconnaissable, ni même totalement indicible. C’est penser qu’on ne peut l’approcher qu’en silence et ne le dire qu’en figures.

 

le jour se lève la lumière

sur ses cavaliers étincelles

apporte jusqu’ici la sphère

de ses innombrables nouvelles

 

ce qui pénètre le regard

est l’infime des messagères

qui vont annoncer le départ

de l’aujourd’hui à l’univers

 

les distances qui s’échelonnent

du plus près jusqu’au plus lointain

portent à l’esprit qui s’étonne

le ravissement de leur vin

 

l’ivresse délivre le chant

impublié des mille voix

dont les cavaliers dans le vent

donnent d’exulter avec toi

 

Une imagination guidée par une métaphysique de l’infini équilibre le ciel et la terre, l’oiseau et le serpent…dans une pensée libérée des outrances de la culture qui l’a vue naître.

 

4 mars 2004

 

Qu’il s’inscrive ou non dans un acte extérieur de relation à autrui, l’acte intérieur de dilection est la réalisation ultime de notre non-dualité avec l’infini. Car il est inaccessible à notre finitude. Il est, pour les chrétiens, grâce. Il est, dans la liberté dernière, participation à ta vie. Il est fraternisation de l’infini. Justesse encore de la figure chrétienne qui dit que Dieu est devenu homme afin que l’homme devienne Dieu. Mais cette formule a donné lieu à tant d’interprétations…

 

C’est de silence à silence que nous décidons ensemble, et il y faut des heures. Mais comment ne pas aimer ce silence-là ? Et si c’est ce que certains appellent l’oraison unitive, cela n’a rien de nouveau.

 

Lorsque Paul dit que Dieu a exalté Yeshoua parce qu’il s’était abaissé (Epître aux Philippiens II, 5-11), il montre qu’il est régi par un imaginaire ouranien. Se faire petit pour devenir grand, c’est quand même une astuce puérile. Il faut se faire petit parce que c’est ainsi qu’est l’infini, ou, si l’on préfère, parce que l’infini n’est ni grand ni petit au sens où l’entend notre misère humaine.

Tu traites chacun comme ton égal en nous faisant participer à ton infinitude, et du même mouvement nous invites à traiter ainsi toute conscience, à traiter ainsi avec toute conscience.

 

l’une pour l’autre en faible écart

canard et cane près du bord

ils flottent doucement dérivent

 

et leurs gloussements graves

dans le silence savent

 

que les couleurs qui les décrivent

laine grivelée soie verte or

unissent ce qui les sépare

 

5 mars 2004

 

Est-ce Paul qui a fait de Yeshoua un héros ? N’était-ce pas dans l’ordre des choses ? Yeshoua aurait-il eu davantage qu’un succès d’estime s’il s’était proposé tel qu’en lui-même à Nazareth ?

 

Lorsque Nietzsche déchaîne son Zarathoustra contre la « volonté d’égalité », il s’attaque à une caricature de ce que l’infini propose au fini ; et cela correspond à son idée de Dieu, à l’idée de Dieu que le christianisme lui propose.

 

Le réel est cohérent. Les vérités métaphysiques approchées doivent s’accorder avec les vérités physiques approchées. Leur concertation chemine vers le réel en les rectifiant et ajustant.

 

Aimer son semblable comme autre, c’est cela participer à ta dilection.

 

elle grisolle déjà

en sa lente as cen si on

 

sa verticale dérive

module son chant léger

 

est-il besoin de penser

la petite ébouriffée

ne volant que pour lancer

à la sphère qu’elle enchante

hante

l’estime

intime

du centre qui se proclame

l’âme

de l’air fluide limpide

 

elle enivre de lumière

l’oreille qui considère

si haut

les mots

ferme les yeux pour se tendre

et prendre

part à son immensité

entrer dans la liberté

première

où elle

espère

que bientôt lui viendra l’aile

de la belle dilection

 

où plus loin que l’autre rive

elle console déjà

 

6 mars 2004

 

En ce qu’il m’est le plus semblable, l’autre ne me ressemble pas. Notre irréductible altérité d’existence fait l’essence de notre commune différence. Ainsi sommes-nous l’un pour l’autre en dilection. Le reste est l’identique à partager.

 

 

la voix

là-bas

c’est toi

c’est moi

t’es où là

ici

je suis

présence

devance tes mots

 

l’écho

maintenant tend

l’espace la masse

ondes fécondes

messages

partage

la vie

ici

et ou là-bas

la voix

 

Une esthétique scientifique est-elle une contradiction dans les termes ? Dans une approche unifiée du réel, quelles relations entretiennent l’art et la science ? Que vient faire le beau dans l’utile ? Pourquoi ?

Pourquoi un chant d’oiseau n’est-il pas simplement un signal ? Pourquoi l’esthétique industrielle ?

Ces pourquoi sont-ils inconceptualisables ? L’unité du réel est-elle inaccessible à la science ? Est-elle compréhensible mais non explicable ?

 

7 mars 2004

 

Peut-on douter que les lois de la pensée s’appliquent au réel total ? Que le principe d’identité régit l’univers entier ? Qu’en l’absence de données expérimentales il est source de connaissance du monde ? Le avant-avant sans limite et le plus loin-plus loin sans limite relèvent du principe d’identité, immédiatement. On ne voit pas comment le sophisme pourrait se glisser dans le raisonnement minimum qui conduit à leur affirmation. C’est une évidence aussi forte que le cogito de Descartes.

 

Mais si l’espace est mathématiquement infiniment divisible, cela n’entraîne pas que la matière le soit. Le plus petit de la matière que la physique des particules tend à mettre au jour suggère l’existence d’une énergie immatérielle, et à cette énergie la finitude ne s’impose pas comme une évidence.

 

L’idée de l’être comme énergie immatérielle infinie est congruente à l’idée de temps et d’espace infinis qui s’impose à l’imagination lorsqu’elle manie le avant-avant et le plus loin- plus loin.

Pourim. Triste sort des peuples gouvernés par un imaginaire manichéen. Amalek ou Israël, chacun voulant annihiler l’autre parce qu’il croit que l’autre veut l’annihiler. Joie sauvage du massacre triomphant, moralement excusé par la nécessité d’une action préventive et valorisé par le refus de se livrer au pillage des biens de l’ennemi :  …ils protégèrent leur vie, échappèrent à leurs ennemis et tuèrent soixante-quinze mille de leurs ennemis ; mais ils ne portèrent pas la main sur le butin  (Livre d’Esther, IX, 16)

 

la lune à l’occident baisse son ostensoir

au lever du soleil où sa ferveur s’apaise

dans la venue du jour dont l’orient de braise

tente de détourner l’adorateur des soirs

 

toute une nuit d’extase a fixé son regard

contemplant l’au-delà dans la longue anamnèse

où la mort et la vie l’une à l’autre complaisent

s’élevant s’abaissant en mutuel égard

 

il a bu d’un seul trait le vin pur de l’espace

donnant à cette soif qui jamais ne s’étanche

un peu de la noblesse infinie de la race

 

dont se peuplent les mondes en la nuit éternelle

plus loin que la lumière dont la course s’épanche

sans jamais que se comble le désir de la belle

 

8 mars 2004

 

Savoir avoir faim, c’est connaître celles et ceux dont c’est le sort quotidien, et c’est aussi donner la main à celles et ceux dont la grève de la faim est l’arme désespérée.

 

Vivre dans l’amitié du temps, c’est vivre avec sa marche en prenant part à l’énergie qui le mène. Sans se laisser asservir, sachant que cette énergie en action dans le temps fait des choses qui échappent au temps. Et que l’infini de l’être englobe l’infini du temps pour conduire vers lui le fini.

Pour vivre le temps comme autre, il faut apprendre l’histoire et envisager l’avenir afin d’agir dans l’épaisseur de son époque. Ce n’est pas « être de son temps » si « être de son temps » signifie suivre les modes intellectuelles, économiques, sociales… C’est les englober en participant à l’énergie qui mène le fini vers la conscience de conscience de chacun pour tout autre.

Suivre une politique qui enrichit les riches et appauvrit les pauvres en se laissant convaincre que c’est la marche du temps qui le veut, c’est suivre le chien crevé qui pourrit au fil de l’eau. On ne peut vivre son temps sans refuser d’enfermer le temps dans le temps.

 

il a laissé sa carte sur la route

et son passage dans la nuit

au petit jour sur l’asphalte se dit

en trace humide

 

avec lui relaissé en son gîte j’écoute

bruire en ma chair l’âme qui fuit

et hume le fumet où il se réfugie

au bord du vide

 

 

9 mars 2004

 

Mimer l’autre, c’est le connaître sans avoir à l’expliquer. Le mime connaît l’autre en s’identifiant à lui. Cette connaissance empathique, où le sujet cherche à devenir l’objet, est une composante première de la relation entre sujets. Et il faut étendre le sens de sujet à tout être vivant. Le mimétisme animal est une connaissance de l’autre en vue de réagir utilement à son comportement.

Le mime, en son intention première, cherche à s’approprier l’être, l’énergie, de l’objet qu’il mime.

Le théâtre est un des lieux privilégiés du mime, et l’actrice, l’acteur se fait l’autre pour le bénéfice de celles et ceux qui la, le regardent ; et, bien sûr, pour le sien propre de surcroît.

L’acteur, l’actrice et le spectateur, la spectatrice qui vivent en conscience de conscience connaissent l’autre comme autre. Distance et appartenance se conjoignent en leur conscience. Ils, elles se distancient dans l’acte même où ils, elles s’approchent.

Dans le théâtre, tu nous invites à te mimer, toi le non-autre tout-autre et à mimer avec toi tout autre.

 

En sa part d’imaginaire, le théâtre et toute fiction prennent une dimension heuristique en donnant à éprouver (ressentir et juger) des situations hypothétiques.

 

la terre que l’on fouille avec la bêche

résiste et cède comme une chair meurtrie

s’ouvre et se clôt pour les yeux et le ventre

 

la main qui meut et rêve ne s’empêche

de voir déjà la forme qui mûrit

et la nourrit d’espace au plus loin de son centre

 

10 mars 2004

 

l’eau qui chute blanchit

 

la permanence

de ce qui s’affranchit dans le relais du sens

est figure si pure

de ce qui passe et vit

que le regard en son repos

se clôt et se déclôt fixé sur le passage

et que l’oreille endurant le ramage

dure avec lui

se rassure

en sa mouvance

 

Depuis des millénaires que les sept planètes sont inscrites en notre semaine (le révisionnisme de la Genèse en a gardé la sacralisation), l’intelligence humaine croit avoir maîtrisé le temps en l’attachant à l’espace.

 

Que dire de ceux et de celles qui se laissent mener par l’imaginaire dualiste au point de classer les autres en amis et ennemis ? Lorsqu’ils, elles accèdent aux plus hautes responsabilités politiques, leur action ne peut être que dominatrice, spoliatrice et destructrice (pardon pour la rhétorique ternaire).

 

L’idéal de la poésie devrait être celui d’un discours beau et vrai, où l’hésitation entre le son et le sens ne serait pas un conflit ni même une concertation, mais la modulation d’une inspiration où le beau et le vrai sont indissociables. Combien de poèmes fabriqués, où le beau est le masque séduisant de l’erreur, et combien où la vérité disparaît sous un masque affligeant.

 

11 mars 2004

 

la masse se resserre

ferme les yeux sur l’espace

 

le centre qui la convoque

l’emprisonne en sa violence

 

serait-ce une aveugle face

qui refuse le colloque

 

c’est le ventre de la mère

le plein gravide de sens

 

Examine toute chose à la lampe de l’être, de l’infini de l’être. Garde ta lampe allumée, vis en présence de l’être. Tu verras accourir en ta pensée les multitudes.

 

L’être est lumière, il est force aussi ; il est surtout dilection, vie de dilection.

 

Ambiguïté de la télé réalité : elle révèle en le mettant en œuvre le monde impitoyable de la compétition éliminatrice. Qu’apporte-t-elle aux concurrents irréfléchis sinon l’entraînement dans son orbite au lieu de les inviter à s’en affranchir ?

 

A quel prix les découvertes spirituelles du peuple juif ? Faut-il réviser notre refus de la violence en la justifiant par les valeurs qu’elle a permis d’élaborer et de préserver ? Les lecteurs juifs (et non juifs) qui nourrissent leur vie spirituelle de la lecture de la Bible ont-ils conscience des massacres commis lors de la conquête de Canaan, ou ceux d’Elie contre les prophètes de Baal, ou ceux de Mardochée sous Assuérus ? La marche d’Israël vers l’esprit, vers la sagesse, vers l’être, et dont nous sommes aussi les héritiers, aurait-elle été possible sans le maintien de son identité au prix de la violence ?

La violence que nous sommes acculés à commettre nous invite à comprendre celle des autres. La certitude d’une vie au-delà de la mort relativise son statut et la sensibilité de l’Occident actuel à son endroit.

 

12 mars 2004

 

Si notre univers a commencé, c’est que l’énergie existait pour lui donner l’existence. S’il va finir en énergie dégradée, on peut supposer que d’autres univers ont eu le même destin et que d’autres naîtront.
Nous ne savons pas si l’énergie dégradée de notre univers est récupérable, puisque nous ne sommes pas sûrs, dans l’état actuel de notre science, de connaître toutes les lois de l’énergie et de la matière.

 

L’existence de notre univers fini dans le temps et l’espace suppose un infini de l’être ayant précédé son commencement. Elle induit aussi l’hypothèse d’autres univers finis, voire d’un nombre toujours croissant d’univers finis, ce nombre n’ayant aucune limite possible.

 

Une explication ne serait-elle qu’une prise de conscience d’une intuition ?

 

précipitation du trou noir

où les Danaïdes veillent

 

la disparition des soleils

engloutit le désespoir

 

qui craignait la permanence

en la limite des choses

voit la venue de la pause

où s’ouvre l’infini du sens

 

l’implication de la lumière

enfermée dans le tonneau

élabore un renouveau

 

la vinification s’opère

 

La norme du beau n’est ni dans l’objet ni dans le sujet, mais dans l’esprit qui les habite plus ou moins l’un et l’autre. Ceux qui souffrent d’allergie à la transcendance se ferment à cette évidence.

La perception intuitive du beau ne peut être expliquée que par un expert, mais cette explication ne modifie pas la valeur de la perception intuitive. Pourtant le savoir de l’expert en intensifie la joie esthétique en en favorisant la conscience.

 

Quelle est la limite, et l’échange, entre la connaissance fondée sur l’expérience et la connaissance fondée sur la logique de la cohérence de l’être ?

 

13 mars 2004

 

La croyance religieuse est enfermée dans le sacré et la crainte du sacrilège. La conscience de conscience la libère en découvrant ta présence en dehors du sacré.

 

Il faut s’efforcer de déplier un peu plus le réel et découvrir comment tout s’articule, comment l’explosion de la supernova et le cheminement de l’escargot sont indissociables, comment les phases de la lune annoncent l’éternel.

 

Réversibilité : Principe selon lequel les souffrances et les mérites de l’innocent profitent au coupable  (Petit Robert). Moralité : faisons souffrir les innocents. La mauvaise définition et sa liaison caractéristique entre souffrance et mérite, avec la conclusion narquoise qu’elle appelle, invitent à réfléchir sur la liberté dernière, qui est affaire de personne en son eccéité, mais aussi sur cette eccéité singulière, qui n’est elle-même que par l’autre parce qu’elle est distinction. L’innocent accédant à son statut de personne n’a plus de mérites, il participe à la dilection, qui n’est pas le fruit de son effort ou de sa souffrance, mais le don accueilli du non-autre. Et le spectacle de l’innocent adressant la dilection au coupable invite le coupable à accueillir la grâce.

 

il marche à côté de son âne

et sa main ferme tient

l’épaule meurtrie du blessé

ramassé au bord du chemin

 

il sent se répandre en sa chair

la compassion qui sourd

de cet amour qui le fait être

le compagnon de l’éternel

 

il pense même à ces brigands

perdus dans les collines

et se demande ce qu’il doit

au monde qui les a vomis

 

quand il rentrera au village

la Samarie saura

un peu mieux ce qu’est le prochain

dans le reflet de son regard

 

Le Bon Samaritain n’est pas celui qui souffre afin que l’autre ne souffre pas. S’il se prive d’un peu de son temps, de ses forces et de ses ressources, ce n’est pas parce qu’il se croit coupable d’en avoir trop, mais parce qu’il sent, qu’il sait peut-être, que l’autre lui permet d’accomplir l’acte qui le confirme dans son être de participant à la dilection.

 

14 mars 2004

 

Comment ces gens auraient-ils pu adorer la lune s’ils n’y avaient senti la présence d’une vie ?

 

l’ocre du sable et le bleu de la mer

s’unissent dans l’écume blanche

et l’onduleuse hanche

et l’inlassable danse

emplissent de frissonnements

l’œil et l’oreille de la baie

 

l’espace lisse en descente insensible

laisse une surface sans trace

ton rivage sans rides

ta jeunesse sans cesse

renouvellent le vide au vide

et le silence

au grand silence du silence

 

 

 

15 mars 2004

 

Pour combien comptent les victimes du onze septembre et du onze mars ? Pour combien comptent les villageois du Darfour massacrés, exilés, réfugiés, affamés, terrorisés, fuyant jour après jour, semaine après semaine, les machettes et les kalachnikovs de troupes exterminatrices ? Pour le prix des images que les médias leur accordent.

 

Le terrorisme devrait inviter à comprendre l’inhumanité de violences moins sanguinolentes mais plus meurtrières : celles qui font mourir quotidiennement des milliers d’enfants de malnutrition et de maladie, celles qui privent des peuples entiers de leur volonté de vivre, celles qui asservissent et humilient…

 

Attentat ? Ce n’est pas le mot qui compte. Condamnez-vous l’attentat du 20 juillet 1944 contre Adolf Hitler ? Sottise de ne penser qu’avec des mots, vilenie d’enfermer les gens dans le langage.

 

Et ces dix-huit personnes mortes sous les décombres de la tour de Siloé, pensez-vous qu’elles étaient plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ? Non, je vous le dis ; mais si vous ne vous repentez pas, vous périrez tous de même (Luc XIII, 4s). Tous coupables et tous bientôt victimes ? La responsabilité de l’humanité première est une responsabilité collective ( les pères ont mangé des raisins verts, et les enfants ont les dents agacées). Mais sa culpabilité est à la mesure de sa liberté. La liberté de l’humanité première est en grande partie illusoire, mais son innocence n’est pas totale, et chaque personne est invitée à son humanité dernière, à la liberté parfaite où chacun est responsable de tous, concerné par tous dans la réciprocité de la dilection. En ce repentir et cette conversion, elle passe de la mort à la vie impérissable.

 

L’aveuglement du terrorisme répond à l’aveuglement de la domination et de l’exploitation.

 

de sa tête d’améthyste

à sa queue de corail

il allonge fragile sa belle mus cu la ture

 

jamais il ne se désiste

en chemin où qu’il aille

porté par cet espoir qui toujours plus loin s’a ven ture

 

16 mars 2004

 

Marcher dans la lumière, c’est marcher en ta présence. Ma conscience de conscience est ta connaissance, l’échange de nos regards, la dilection de ce je et de ce tu qu’est notre être.

 

Peut-on parler de jugement esthétique ? L’esthétique n’est pas de l’ordre du jugement, qui ressortit au raisonnement, mais de l’ordre du sentir, qui ressortit à l’intuition.

En face d’une œuvre de Rembrandt, de Cézanne ou de Nicolas de Stael, j’éprouve une joie esthétique immédiate. En analysant, jugeant, tentant d’expliquer pourquoi cette œuvre me touche, comment son unité et son harmonie de lignes et de teintes lui donnent de rayonner en moi, la conscience de conscience peut intensifier cette joie.

 

Ceux qui disent que le déploiement mondial de la puissance américaine n’a rien à voir avec la naissance et la croissance du terrorisme islamiste sont aussi ceux qui disent que le terrorisme palestinien n’a rien à voir avec l’occupation israélienne.

 

dans la narcose où l’hôpital

avait plongé ses plaies et ses yeux avivés

il crut voir en leur brume

la peau brûlée le visage épuisé

des villageois fuyant terrorisés

 

l’un d’eux descendit de son âne

s’approcha le toucha de ses doigts impalpables

doucement le jucha

sur sa bête de brume

le déposa ravi au seuil de la demeure

 

17 mars 2004

 

Fondée sur ce qui fonde aussi la liberté et l’égalité, la fraternité ne peut être qu’universelle, car elle est de l’humain dernier pour l’humain dernier. Dans nos sociétés de l’humain premier, elle est avec elles la terre promise à gagner, le graal auquel on accède seul en ne vivant que pour tous.

Dans l’humanité dernière, il n’y a pas d’exceptions. Tous sont uniques.

Comme il existe une liberté, une égalité et une fraternité de la religion aboutie, il existe une laïcité de la dilection.

 

Il ne s’agit pas de construire le réel, mais de le découvrir et décrire afin de s’en émerveiller davantage en ton grand jeu.

 

Si l’univers n’était pas infini, j’en connais qui étoufferaient de claustrophobie.

 

Télépathie, télesthésie. Libérés des préjugés matérialistes par les phénomènes quantiques, les quêteurs du réel n’écartent pas l’hypothèse d’esprits affines entretenant des concertations immatérielles.

 

Ce qui serait illogique, ce serait de dire « il », et non pas « tu », en parlant de l’infini.   fuirais-je loin de ton esprit ? (Psaume 139).

 

pièce d’argent et pièce d’or

pièce de lune et pièce de soleil

précieuses rondeurs en la bourse du ciel

 

vous achetez la vie vous achetez la mort

en votre course s’échange se change

notre tiède sommeil en ardeur éternelle

 

 

 

 

 

18 mars 2004

 

Dans la quête du réel, le sens de l’incertain doit équilibrer le désir de savoir et le respect de l’inconnu. Reconnaître l’incertitude, c’est rechercher la certitude, et c’est aussi être prêt à remettre en question les certitudes.

Penser que toute image de la réalité doit être claire pour être vraie est un préjugé de l’imaginaire diurne (il ne s’agit pas d’abord du problème du rationnel et de l’irrationnel).

 

Comment chercher à comprendre et apprécier les croyances des religions et les systèmes des philosophies si ce n’est à la lumière de ce que nous pensons être le fondement de tout être, à savoir l’infini ?

Ainsi, les religions à mystères initiatiques (le baptême chrétien en donne un exemple toujours actuel) semblent avoir l’intuition de la nécessité du passage d’un humain premier à un humain dernier. La dynamique qui invite la conscience finie à partager la dilection infinie suppose une certaine discontinuité.

 

Te dire nos soucis pour les autres, c’est demeurer dans l’incertitude de leur solution et dans la certitude de ta dilection.

 

galaxie rose du demi-jour

où la grisaille des branches se voile

laissant l’éclat timide à leurs étoiles

jeunes filles qui rêvent d’amour

 

nuit verte des forces du printemps

où la sève s’éveille et se dévoile

au vide exubérant du sidéral

éperdu de déployer l’amant

 

pêcher manifeste en tes enfants

quand l’aube hésite à cacher son retour

que la prairie s’écarte en ses détours

au secret que la parole prend

 

19 mars 2004

 

Tu ne possèdes rien, pas même un nom.

 

Mon travail, mon salaire et mon pain quotidien, n’est-ce pas de te penser pour te dire ?

Tu me renvoies à ton autre, mais tu es le non-autre, et me réjouir de l’excellence du réel, c’est être avec toi.

 

L’infinitésimal n’est pas toi, mais il te murmure pour nous avec une grande douceur en son immense force. Les énergies colossales enfermées dans la seule matière d’un corps humain : 80 000 bombes nucléaires ?

 

Qualifier le combat de la vie contre la bourse d’archaïque, d’arriéré, d’attardé, de caduc, de démodé, de dépassé, de désuet, d’obsolète, de passéiste, de périmé, de rétrograde, de ringard, de suranné et de vieillot (n’en jetez plus !) relève-t-il du cynisme, de la stupidité ou d’un inconscient mélange des deux ?

 

A défaut de comprendre l’unité concertante de la totalité du réel, on peut la ressentir et chercher à la chanter en métaphores.

 

le grand vent qui ressuie la terre

apporte aussi la pluie

sa voix de houle dans les cimes

parle de l’océan

 

il donne à l’oreille de faire

l’espace d’aujourd’hui

la vague qui roule à la rime

l’air et l’eau dans le sang

 

20 mars 2004

 

Il faudrait parfois écrire comme si l’on ne devait jamais être lu, vivre comme si l’on ne devait pas survivre. Telle est la liberté du je dans la mort du moi.

 

tu la crois abîmée dans le sommeil

engourdie par la nuit

 

elle t’attend au silence immobile

en l’insensible veille

 

elle prépare la chaîne de tes fils

pour tisser l’aujourd’hui

 

Renvoyer dos à dos matérialisme et idéalisme, c’est reconnaître leurs insuffisances mutuellement inconciliables. Les accepter l’un et l’autre, c’est tenter de percevoir leur part de vérité en ce qu’ils s’accordent. Ce n’est sans doute possible que par l’acceptation des incertitudes du réel, et cette acceptation n’est vivable que dans la certitude de l’être infini.

 

Les mots qui désignent les doctrines philosophiques recouvrent tant de choses diverses qu’on ne devrait les aborder qu’avec méfiance et ne les utiliser qu’en s’expliquant sur le sens qu’on leur donne.

Si l’on dit que Spinoza est matérialiste, cela signifie-t-il seulement qu’il est panthéiste ? De quel panthéisme s’agit-il ?

 

Continuité-discontinuité. L’équilibre des imaginaires diurne et nocturne doit nous permettre d’apprécier ce qui unit et ce qui sépare la judaïsme et le christianisme, mais aussi l’évolution des deux religions (sans préjuger de la supériorité de l’une ou de l’autre).

 

21 mars 2004

 

La prière suppose le même indéterminisme du réel que la liberté et la conscience morale.

 

La fraternité première est imparfaite, non seulement parce qu’elle se limite à la famille, à la communauté ou même à la nation, mais parce qu’elle n’exclut pas la méfiance, la rivalité, voire le fratricide (pour ceux qui fréquentent la Bible : Yeshoua, ses frères ne croyaient pas en lui ; Joseph, vendu par ses frères ; Esaü, rival de Jacob ; Caïn, meurtrier d’Abel).

La fraternité dernière est universelle et se fonde sur la ressemblance de la différence, la reconnaissance de chacun par chacun comme unique en l’infini-dilection.

L’eccéité de l’infini ne fait qu’un avec la totalité de l’être, mais elle est l’autre de chacun des étants en leur propre eccéité.

 

le tiède

en complice du froid

les aide

à accomplir l’exploit

 

de naître

de la fleur atlantique

pour être

notre breuvage antique

 

muets

ils s’abandonnent et filent

mêlés

ou dispersant leurs îles

 

la mer

qui les retient et porte

est l’air

qui les tient et emporte

 

ils passent

et ne reviennent pas

leurs masses

se poursuivent là-bas

 

visages

en vous notre désir

voyage

tant qu’enfin il soupire

 

embrase

en notre confidence

l’extase

de votre belle danse

 

 

22 mars 2004

 

L’infinitude du temps et de l’espace signifie-t-elle que le chiffre du réel est repoussé à l’infini ?

Si le psychique et le physique sont indissociables dans le réel, cela signifie-t-il que le réel est informulable ?

 

Que nous apprend le vieux sophisme du menteur ? Celui qui ment toujours ment lorsqu’il dit qu’il dit qu’il ment toujours, car lorsqu’il dit qu’il ment toujours il dit la vérité, donc il ne ment pas toujours, donc il ment lorsqu’il dit qu’il ment toujours. La misère de notre logique doit-elle troubler les gens qui cherchent à comprendre le réel sous prétexte qu’ils en font partie ? Elle peut aussi les inciter à le connaître en y participant plutôt qu’en s’en distanciant.

Je ne puis démonter tout le réel puisque j’en fais partie. Avec quelles mains démonterais-je mes mains ? Avec quelles pensées démonterais-je ma pensée ?

Entre cette logique et l’intuition qui me dit que la totalité du réel est accessible à ma pensée, que vais-je choisir ? En ne choisissant pas, en acceptant l’incertitude, j’évite de me fermer une porte possible, voire probable, du savoir.

 

il pleut dans mon jardin

ma terre

exubère déjà

glaise et sable font place

à l’étrangère

 

mille graines s’étirent

aspirent

cette eau que tu me donnes

préparant à l’envi

leur avenir

 

dans la tiédeur qui vient

la race

d’un peuple souverain

va passer le témoin

de son destin

 

 

 

23 mars 2004

 

La politique, c’est trop souvent l’art de mentir et / ou de se mentir pour (ce que l’on croit être) la bonne cause. Le manque d’intelligence ou de sagesse est-il plus redoutable que le manque d’honnêteté ? Les deux sont presque toujours associés en nos coupables innocents.

 

Inconscience morale et inconscience psychologique sont-elles jamais totalement dissociées ? Peut-on avancer passionnément dans le bien agir sans avancer aussi dans le bien penser ?

 

Le malheur d’appartenir à un peuple élu, c’est d’abord peut-être de penser que l’on puisse avoir raison contre la terre entière parce qu’on se croit supérieur à tous les autres peuples.

 

Le composé est autre chose, et davantage, que ses composants. La molécule d’eau est autre chose que deux atomes d’hydrogène et un atome d’oxygène. Un atome est plus que ses particules, une particule plus que ses hypothétiques supercordes. Un être humain est plus que sa chimie et sa physique ; suffit-il de l’accepter pour refuser le matérialisme ? Quel matérialisme ?

 

Lire comme on mime induit une connaissance empathique. Y a-t-il une part de mime en toute lecture ?

 

plus loin que l’univers

ta course

poursuit l’espace vers

les ondes d’autres sources

et d’autres mers

 

amante du matin

sourire

qui gagne les ravins

vagabonde en soupirs

de l’incertain

 

à ceux qui t’envisagent

debout

pour s’élancer en sages

dans la mêlée des fous

vient ton courage

 

dans la suite des jours

demeure

le viatique pour

la poursuite du cœur

en voie d’amour

 

24 mars 2004

 

Lave-toi le regard dans la beauté de l’aube. Elle n’appartient à aucune culture. Tu sais bien que ton regard est un peu celui de ta culture, mais s’il se pénètre de la beauté du monde, il s’étendra à toutes les cultures.

 

Vous vous étonnez, vous vous indignez, que les musulmans cherchent à propager leur religion ? Que fait le christianisme depuis ses origines ? Peut-on être convaincu de sa vérité, religieuse ou autre, sans vouloir la répandre ?

On peut apprécier le prosélytisme à ses motivations : on peut chercher à faire des disciples pour que les autres soient des nôtres ; on peut le faire « pour la plus grande gloire de Dieu » ; on peut le faire pour le salut des âmes. Si l’islam est la soumission à Allah, il faut bien que les musulmans convaincus cherchent à soumettre les infidèles à l’islam. Mais que peuvent chercher celles et ceux qui ont fait l’expérience de l’infini-dilection ? Ce ne peut être que les autres leur ressemblent puisque la dilection est d’aimer l’autre pour l’autre. Ce ne peut être de chercher la gloire de Dieu puisque la dilection ignore le règne, la puissance et la gloire. Ce ne peut être que le salut des autres, compris comme une participation à l’amour de dilection, qui n’a que faire de l’enfermement des credos et qui se réjouit de la diversité des cultures.

 

la bousculade des blancs et des gris

mêle la grêle à l’averse impromptue

un sourire éclatant donne aux torrents de pluie

cette arche triomphale de couleurs

 

danse avec les nuages de ce corps

cavalcade éperdue vers la porte impalpable

des sept images où là-bas se découvre

une lumière en son visage nue

 

25 mars 2004

 

Les vertus se perdent dans l’intérêt comme les fleuves dans la mer . Y a-t-il derrière cette découverte une condamnation de l’intérêt ? De quel intérêt ? Allez-vous dire que l’intérêt de Mère Teresa est du même ordre que celui du Commandant Cousteau ? Que celui de Pablo Picasso est du même ordre que celui du Général de Gaulle ?… N’y a-t-il pas une échelle de valeurs des intérêts ? Mais aussi, à valeur égale supposée, une diversité totale, à la mesure de l’eccéité des personnes ?

(Toujours cette manipulation des mots, alors qu’ils sont si maladroits, si ambigus).

Le désintéressement, non le désintérêt, est une qualité que l’on attend des gens qui font profession de faire le bien. Si l’on peut parler de l’intérêt du désintéressement, c’est que l’autre est le meilleur de nous-même, c’est-à-dire que l’épanouissement de la personne dépend de son intérêt pour l’autre en tant qu’autre (qui entraîne l’oubli de soi dans l’amour de dilection).

Le rapport de l’infini au fini est celui du total désintéressement, de la dilection pure. Telle est la substance de sa vie, et il invite tout être conscient à y participer.

 

une pluie de perles dessine

suspendu son camaïeu

grisaille de grisaille au bleu

de notre mer affine

 

la permanence de ses lignes

obliques courbes et droites

dans leurs perspectives étroites

pour l’œil fermé te signe

 

Il n’y a pas d’arrière-monde ni d’au-delà : l’esprit n’est pas spatial.

 

26 mars 2004

 

La conscience de ta présence donne à tout acte, à tout sentiment, à toute pensée un goût d’immense plénitude. Comment ne pas s’y efforcer ?

 

La connaissance du réel nous permet de savoir ce qu’il est possible de te demander. Mais ce que certains de tes amis ont obtenu de toi, s’il est avéré, laisse à penser que les lois du réel sont plus fines, plus souples, plus complexes que notre science nous le dit.

 

cyclope dans l’étang ton œil

au lever du jour se trouve

un compagnon

 

allongé sur ton horizon

un instant tu te composes

une figure

 

voudrais-tu vivre l’aventure

des vivants où se conjuguent

l’un et le deux

 

géant élancé tu ne veux

du Narcisse dans les eaux

porter le deuil

 

La dilection est insaisissable parce qu’elle ne fait qu’un avec la liberté dernière.

 

Les philosophies de l’Un ne sauvent qu’en le cherchant comme autre.

 

27 mars 2004

 

Avocats, journalistes, politiques, vendeurs…Que faisons-nous dans nos écoles pour apprendre aux jeunes à discerner la vérité du boniment ?

 

l’eau de cristal fleurit sur les surfaces

déploie sa danse en figures classiques

révèle dure une beauté plastique

en émerveillements fugaces

 

la lumière applaudit une sœur de sa race

trop souvent cantonnée aux tâches domestiques

exulte pure aux ailes séraphiques

avec elle en souriant s’efface

 

Les dieux sont morts, vive l’infini-dilection. Dommage qu’il est des dieux qui meurent et ressuscitent : Osiris, Dionysos, Yeshoua…et glorieux par-dessus le marché.

 

Fallait-il que Yeshoua apparût à la fois comme dieu et comme non dieu pour que l’infini soit révélé comme amour de dilection à défaut de pouvoir être perçu comme tel au terme d’un raisonnement logique sur l’être ? Fallait-il qu’il fût un non-dieu , un être dépourvu de puissance, de royauté et de gloire, et cependant conscient qu’il était habité par cet amour, et que cet amour était le vrai visage du dieu d’Israël ? Fallait-il qu’il identifiât à ce dieu l’être de dilection qui l’habitait au point de lui donner le sentiment d’être un avec lui ?

La vie cachée de Nazareth où il vivait cette expérience devait se manifester, et elle ne pouvait le faire avec quelque chance d’être accueillie qu’en empruntant le vieux visage de la puissance sacrée, manifestant sa gloire afin que ses disciples croient en lui (Jean II, 11)

Peut-on dire qu’il ait été compris en cette ambiguïté incontournable ? Comment faire comprendre que le dieu d’Israël n’est pas le Puissant sans d’abord déployer un peu de sa puissance afin qu’on vous écoute ? Ses disciples sont entrés dans ce jeu et s’y sont laissé prendre. Dans son premier sermon à la Pentecôte, Pierre décrit Yeshoua  exalté à la droite de Dieu (Actes II, 33). La théologie paulinienne le dit  exalté, ayant reçu le nom qui es au-dessus de tout nom » (Philippiens II, 9). N’avaient-ils pas compris que le masque sacré de dieu était tombé, que le vrai dieu qui s’était montré dans le non-dieu Yeshoua était pauvre de toute richesse, de toute puissance et de tout éclat ?

On ne peut cependant nier que dans le christianisme, mais aussi dans le judaïsme, l’islam, l’hindouisme, le bouddhisme, l’animisme, des humains ont vécu comme s’ils avaient eu l’intuition d’un dieu dépourvu de tout avoir, mais profus d’être qui se donne, donnant à ceux et à celles à qui il se donne de se donner, de tenter de ne plus vivre que pour les autres.

 

28 mars 2004

 

Critique la critique de la critique de la critique…On ne peut échapper aux maître(sse)s du logos sans référence à l’infini (est-ce le mobile de leur combat contre la transcendance ?). Comment pouvez-vous être totalement libres de penser si vous n’avez d’autres références que les penseurs de notre terre ? Que dire de celles et ceux qui ne se réfèrent qu’aux penseurs de l’Occident, voire de la France de notre époque, ou même du nombril parisien. La liberté de penser dernière vit dans la liberté de l’infini.

 

L’Espagne et la France se rapprochent. Sauf à nous prendre pour le nombril du monde, nous ne pouvons dire que la l’Espagne se rapproche de la France.

 

Il y a des écoles, des mouvements artistiques ; mais l’art comme art est en chaque artiste la manifestation d’un être unique. Peut-on dire que l’artiste totalement pénétré(e) de l’art n’éprouve plus le besoin de se rapprocher d’autres artistes. Si elle, il bénéficie d’un passé et d’un présent, d’un ailleurs et d’un ici de l’art, elle, il n’est pleinement artiste qu’en accédant à son eccéité esthétique.

 

Pas plus que la beauté, on ne peut défendre l’intelligence si on la prend pour un bien que l’on possède ou que l’on désire posséder.

 

la glace s’offre horizontale

à la grâce pour une glisse

propose la beauté fatale

de sa surface lisse

 

c’est pour elle et pour son espace

que la grâce file et s’élance

tourbillonne et boucle les faces

de l’innombrable sens

 

présente l’époux vertical

s’avance et offre les prémices

de la fleur aux mille pétales

transmuée en calice

 

29 mars 2004

 

pour le feu qui réduit

et qui ne verse

sur le sol pur qu’un peu de suie

quand dans l’air se disperse

s’efface dans la nuit

ce qui fut vie

 

un peu d’âme des choses

va disparaît

dans la grande âme qui propose

d’autres visages dont les traits

au printemps de nouvelles roses

se prédisposent

 

La fonction crée l’organe. Si nous comprenions pourquoi et comment, nous connaîtrions peut-être un des grands secrets du réel.

 

Tous les rythmes consonnent dans l’univers ; parler en rythme, c’est s’inscrire dans l’harmonie totale. Telle est la poésie.

 

30 mars 2004

 

Décider avec toi, c’est d’abord suspendre son acte, et puis écouter le silence du silence, attendre de toute son attention incertaine dans la certitude de ton intimité.

 

Tu es sans parole, ta pensée n’est pas un logos. Te faire parole, c’est s’interdire de te rencontrer en t’attendant là où tu n’es pas. Dommage pour Alfred de Vigny (Le juste opposera le dédain à l’absence / Et ne répondra plus que par un froid silence / Au silence éternel de la divinité) et pour Simone de Beauvoir ( Je sommai Dieu de me répondreet je décidai de ne plus jamais lui adresser la parole)

Comment réconciliez-vous la théologie du Verbe et la théologie apophatique ? Parler de théologie apophatique, c’est sans doute mettre (ou découvrir) le ver dans le fruit. C’est une contradiction dans les termes, c’est parler de ce dont on dit qu’on ne parle pas. Et la rouerie de la prétérition ne capte que la bienveillance des esprits endormis.

Comment voulez-vous que l’infini parle ? Il n’a même pas de nom. Parler de l’infini, quand on y réfléchit un peu, c’est parler pour ne rien dire, ou pour dire qu’il n’y a rien à dire et qu’il faut le dire. C’est inviter au silence du silence de l’être que nous sommes afin d’y goûter la présence qu’il nous propose.

 

Tu agis sur notre demande dans le silence du hasard.

 

au bout des doigts

le rugueux vient se dire

et le lisse le tiède

le frais le dur

ce qui résiste ou ploie

 

et dans le souvenir

la présence du bois

de la terre friable

du sable

de l’eau ou de la laine

ou encore du fruit mûr

 

de l’air même et de ce

tout au bout qui ne peut se dire

à peine toi

 

31 mars 2004

 

L’infini de l’être répugne à Apollon hanté par la limite. Comment sortir des implicites de la culture grecque diurne qui nous imprègne depuis tant de siècles ? Comment se distancier de maîtres à penser dont les désaccords même forment avec leurs accords un filet indémaillable autour de nous ?

On peut au moins aller voir ailleurs, si l’on se sent mal à l’aise, si l’on découvre que les philosophies qui nous modèlent ne correspondent pas à cet obscur sentiment du réel qui nous habite. En confrontant les pensées venues des quatre coins du monde, on peut espérer leur faire dire une vérité commune, sinon universelle.

 

Un espace et un temps infinis ne peuvent être « créés » que par un être infini. Le refus de certains scientifiques d’envisager l’existence d’un avant l’hypothétique big-bang est simplement irrecevable ; il montre l’emprise que la finitude continue d’exercer sur les intelligences occidentales.

 

Parler d’immanence et de transcendance a-t-il un sens dans une conception de l’univers infini

et de l’être infini ? L’infini n’est pas plus au dehors qu’au-dedans. On peut tout juste parler de présence.

Te dire intime à toute chose relève du langage figuré. Tu n’es pas en moi, je ne suis pas en toi (déjà Giordano Bruno ne parlait plus d’ intimior intimo meo  comme Augustin, mais de  praesentissimum). Je puis te dire présent à moi, même si cette présence demeure indéfinissable.

 

le bec a percé la coquille

 

l’œil savait que derrière tu l’attendais lumière

pour vivre

suivre le long chemin qui mène

entraîne au grand jeu de la terre

de la chair à nourrir et de l’amour à faire

du sourire et du rire

de la danse avec toi qui dans l’espace brille

et donne à chaque bec

de percer sa coquille

 

1er avril 2004

 

Un peuple ingouvernable est-elle une nation mûre pour la démocratie participative ?

 

Pour la conscience collective (pour le gros animal ?) un événement a l’importance que les médias lui donnent.

 

L’inattention où la liberté dernière repasse le relais à la liberté première est la chance de tes hasards de bienveillance. Manipules-tu les demi-consciences, synchronicités et correspondances signifiantes qui assurent la protection et la réussite de celles et ceux qui t’en prient ? L’idéal serait de vivre en permanence dans cette liberté dernière où nous décidons ensemble, où nous te prions et où tu nous pries, parfois en un amical combat de l’ange. En attendant ce paradis, tu prends en ton grand jeu les rênes de nos inattentions à ta présence.

 

neige figée dans l’espace des pluies

arrangement de l’immobile

pour la blancheur de ton parfum fugace

 

ton rêve nu des souvenirs tenaces

reste suspendu en nos arbres

avant que les feuillages ne se posent

 

imprime-toi sous nos paupières closes

tapisserie de nos murs froids

et brille constellée en notre nuit

 

2 avril 2004

 

Il n’y a pas de politique sans idéologie. Le nier relève de l’inconscience ou du mensonge. Si le mot idéologie vous irrite, parlez de philosophie, ou même d’ontologie.

Une ontologie qui, consciemment ou non, valorise la finitude plus que l’infini et une ontologie qui s’intéresse davantage à l’infini qu’à la finitude ne peuvent induire la même politique.

 

Il entre dans la guerre terroriste que nous vivons une force de résistance à l’hégémonie de la civilisation occidentale.

 

La pluralité des systèmes philosophiques montre la difficulté de mettre au jour le réel plutôt que la pluralité des approches que l’on peut en faire, s’il est vrai que la philosophie vise d’abord l’être plutôt que ses manifestations.

Le choix entre finitude et infinitude de l’être, qui relève d’une valorisation imaginaire, n’est pas fondé sur l’être mais sur son approche.

 

La résistance à l’hégémonie dite néolibérale est chose mondiale, mais elle se mène d’abord contre ceux qui en chaque nation, de bonne ou mauvaise foi, la disent inévitable.

 

 

tourne vers la lumière

fier

ton sein de réséda

 

que ton gazouillement

en sourdine décline

tes titres à l’amour

 

ne reste qu’un instant

file

vers le bel inconnu

 

oiseau d’un autre monde

veille au soleil

qui migre chaque jour

 

éveilleur de lumière

hier

demain tu reviendras

 

3 avril 2004

 

(Contre l’argument ontologique). L’essence est, de soi, de l’ordre du potentiel ; c’est l’existence qui fait de toute essence un être actuel.

 

Si l’on pense qu’il y a plus de réalité dans la cause que dans l’effet (et de savoir que Descartes le pensait ne fait rien à l’affaire pour ceux qui se sont dégagés du mythe du héros), un dieu créateur impersonnel, au sens d’inconscient, est impensable. Mais la personnalité divine est infiniment supérieure à la personnalité humaine, et c’est ainsi seulement qu’on peut le penser impersonnel.

Si la cause semble souvent moindre que l’effet, c’est que l’apparence est trompeuse. Si l’arbre est plus que la graine, c’est que la graine n’est pas la seule cause de l’arbre, mais aussi que la graine est plus que ce qu’elle paraît être.

 

S’il est vrai que Descartes a pratiqué le doute systématique, un disciple de Descartes doit douter de la pensée de Descartes, c’est-à-dire cesser d’être disciple de Descartes et se laisser renvoyer à ses propres évidences.

 

Si l’infini est l’infini, infiniment présent à tout être fini et infiniment personnel, il est préférable de dire tu plutôt que il lorsqu’on l’évoque.

 

plus vite que l’autre tourne

tourne

au bout de la longue boucle

boucle

et suis l’inlassable ronde

ronde

en folle ivresse dépasse

passe

devant ceux qui te regardent

garde

tête froide et muscles durs

dure

les heures qui se succèdent

cède

à la loi de l’excellence

lance

le défi de l’infini

nie

la limite indépassable

sable

le champagne de la joie

toi

 

 

 

4 avril 2004

 

Toi, l’infini, tu ne veux pas que tes amis se perdent, se dissolvent, se « décréent » en toi, mais bien plutôt qu’ils te trouvent et se trouvent dans notre altérité.

Le langage charnel des mystiques est un langage métaphorique. Tu es au-delà du désir. L’extase mystique n’est pas une perte du je, mais c’est une sortie du corps, non une exaltation du corps.

L’érotisme s’inscrit dans l’économie de l’humain premier, qui est appelée à s’effacer pour que paraisse le mysticisme de l’agapè dans l’économie de l’humain dernier.

 

Si les propriétés de la molécule sont supérieures à la somme des propriétés de ses composants, c’est que l’énergie qui les conjoint pour la constituer est supérieure à la leur, non ? Mais cela ne nous dit pas la nature de cette énergie, ni si ce terme d’énergie est le plus adéquat pour en décrire la réalité.

 

Définir la cause par ce qui précède l’effet est insatisfaisant puisqu’une chose peut en suivre une autre sans en être l’effet.

Ne disons rien de certaines misères lexicographiques. Selon le Petit Robert, la cause est « ce qui produit l’effet », et l’effet «ce qui est produit par une cause ». Quant à « produire », eh bien, c’est « causer ».

 

le plus grand archipel

que le monde connaisse

étend ses horizons

se dépasse sans cesse

 

lançant ses émissaires

au double de son temps

il déploie son espoir

en l’espace béant

 

pensant qu’à sa rencontre

à la même vitesse

lui viennent les messages

d’autres îles en ivresse

 

il dépêche en tous sens

le flot de ses antennes

sans jamais qu’au silence

l’amour ne lui revienne

 

 

5 avril 2004

 

Non pas l’un et le multiple, mais l’un et l’autre.

 

Tire-nous des grandes eaux de la non-dilection.

L’humain premier n’a pas accès à la dilection. Poursuivant son désir, il ne peut que trouver son intérêt. Nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie parce que nous aimons nos frères (I Jean, III, 14) et nos ennemis (Matthieu V, 44, 47). Il faut que tu opères en nous le vouloir et le faire (Philippiens, II, 13).

La liberté dernière se détache de toute autorité intellectuelle (et scripturaire). Se réjouir de ce que Paul et Jean aient bien dit certaines vérités pour en avoir sans doute fait l’expérience ne signifie pas souscrire à leurs erreurs en les croyant inspirées.

 

Le passage de la liberté première à la liberté dernière est chose individuelle ; le climat familial, social, politique peut le favoriser, mais il ne saurait l’établir sans contradiction (pas plus qu’on ne force un peuple à la démocratie).

On conçoit que le mal moral soit là pour rester, toujours et partout où des consciences seront invitées à l’altérité de la dilection, puisque la liberté est inhérente à cette altérité.

 

Qui passe du mythe au spirituel n’accueille plus l’œuvre d’art avec un respect religieux, mais dans le respect de l’autre avec toi.

 

L’un de l’infini de dilection vit l’aporie de son autre.

 

approche fête

ta présence en ses résonances

sœur odeur

que les vestiges de l’enfance

ici voltigent

reconstruisent dans le jardin

la remise au seuil

du matin bleu qui se recueille

le jeu de la glycine

serpentine dessous ses fleurs

et cette rose promise

du cœur de l’enfant à sa mère

qui de bonheur

hoche la tête

 

6 avril 2004

 

Face à la multiplicité des philosophies, on se demande si la vérité de l’être est inaccessible, ou si, demeurant au-delà de toute expression, elle admet diverses descriptions approchées. Mais les philosophes poursuivraient-ils leur quête s’ils n’estimaient que ces descriptions sont au moins susceptibles de s’affiner ?

Le progrès de la philosophie s’inscrit dans le progrès général de la pensée humaine. Les avancées scientifiques et les cheminements artistiques y concertent avec ses élaborations.

 

Le don pur est la prérogative de l’être infini, mais il inclut la participation qu’il en propose.

Nous ne pouvons de nous-mêmes donner en pur désintéressement lors même que nous donnons de nous-mêmes sans rien attendre en retour, car alors nous avons encore la satisfaction intéressée de notre générosité. Le pur désintéressement ne peut venir que de l’autre.

Tu nous donnes de donner en sachant que c’est toi qui donnes, ou plutôt que c’est le don qui donne, puisque tu es pauvre de tout :  Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous ?…Vous serez donc parfaits comme votre Père des cieux est parfaitLorsque vous faites l’aumône, que votre main gauche ignore ce que fait votre main droite  (Matthieu V, 46, 48, VI, 3).

 

à peine passe repasse

la limite de la brume

que ce qui hume ne sache

ce qui en secret te mène

 

jusqu’à ce que la lumière

donne au repère sa voix

que se chuchote aux narines

cet indicible du sens

 

sais-tu bien à quoi destine

le messager ton message

lorsque se perd en l’immense

cet infime de ta traîne

 

7 avril 2004

 

toi

incomparable

nuit d’infini

ténèbre de présence

ineffable immense

toi

 

C’est un bon exercice de chercher à aimer ceux qu’on croit qui ne nous aiment pas. Est-il indispensable pour avancer dans la dilection ?  Mettez-moi deux saints ensemble et ils se donneront de l’exercice. L’incompréhension mutuelle au sein d’une communauté ou d’un foyer est une invitation à la dilection. (Mais ce n’est pas parce que tu es capable d’écrire droit avec nos lettres tordues qu’il faut chercher à les tordre.)

 

Chaque vérité est liée à toutes les autres (déjà Parménide ? aletheies eukoukléos, la vérité beau cercle). Telle est la justesse de la recherche d’un système ; encore faut-il que ce système s’accorde avec tous les autres.

 

Pas besoin de se titiller en disant qu’on croit à l’Evangile malgré les miracles. Pourtant, peu importe même que Yeshoua ait ou non existé : on trouve dans les Evangiles, et sans aucun doute dans d’autres Ecritures, des pensées indéniablement éthiques et spirituelles. Mais qui peut en juger si ce n’est la conscience consciente de ton infini de dilection ? Le croyant peut bien commencer à s’y intéresser parce qu’il croit en Yeshoua, mais arrive l’heure où il entend le Maître lui dire qu’il n’y a pas de maître, que la vie éternelle est au-delà de toute parole.

Les religions ne sont que des fusées porteuses ; viendra le jour où elles devront le reconnaître ou disparaître.

 

J’espère bien ne pas être le seul à penser ce que je pense, mais lorsque je le pense, je suis seul avec toi. Je ne puis inviter les autres à penser comme moi, ce serait les inciter à ne pas penser.

 

 

8 avril 2004

 

pour les jeux de brume

à l’aube qui passent

rêvent dans les arbres

à d’autres espaces

 

tu donnes au regard

ce frémissement

du cœur qui exulte

éternellement

 

La justice est la justesse des relations humaines ; elle est inséparable des autres vérités dans la cohérence du réel total. Celui qui fait la vérité vient à la lumière. Agir selon la justice donne à voir l’harmonie du monde. Cela ne paraît pas étrange à qui entrevoit le réseau de l’être.

 

La dilection est un amour impossible, et on ne peut la nommer ainsi qu’en conscience des continuités-discontinuités de l’aventure humaine. La dilection est grâce, don gratuit en l’instant, participation à l’être propre de l’infini, car elle est ce don pur de l’être. Les amours humaines cependant, y compris les plus charnelles, et les animales elles-mêmes, en sont l’esquisse et l’invite, le projet et l’avant-goût.

 

9 avril 2004

 

ta masse jamais ne défaille

tu offres au plus lointain l’asile

comme au plus près

 

mes pieds te pèsent sur la peau

et la lune aussi te répond

sans y penser

 

tu lui donnes juste mesure

de cet élan qui la suspend

en belle place

 

n’es-tu pas toi-même occupée

à garder l’exacte distance

de ton étoile

 

dans la force de ton silence

si quotidienne qu’insensible

se tient le monde

 

Parce qu’elle est toujours là, nous ne pensons quasiment jamais à la gravitation universelle. Jamais non plus, nous ne vivons hors de ta présence, mais nous pouvons n’y jamais penser. Comme bien d’autres sans doute, les intellectuels grecs avaient compris qu’en toi  nous avons la vie, le mouvement et l’être, ainsi que le reconnut Paul devant l’aréopage d’Athènes (Actes des apôtres XVII, 28).

 

10 avril 2004

 

La bouche est une machine à dire ce que voit l’œil pour se l’approprier, y communier ou le chanter.

La bouche lyrique cherche partout l’émotion des chants du monde, la bouche mystique celle de ta présence.

 

Chez un peuple menacé d’extinction ou simplement d’affaiblissement numérique, le sexe, c’est d’abord la fécondité. Et s’il vit la continuité dionysiaque, c’est aussi le croît des troupeaux et l’exubérance des récoltes.

 

la route en route d’eau s’en va

mais elle joue

avec le vent dont les caresses

la font regarder en arrière

et indolente

en lentes valses de lumière

s’attarder dans l’ombre que cesse

pour un instant

l’à vau-l’eau des doutes de doutes

 

les rives aussi la retiennent

de ces sourires

qu’elles lancent de l’une à l’autre

en surface de ses surfaces

où ondes rides

elles s’assemblent se font face

et composent pour l’avenir

en leurs figures

ce qu’osent trahir leurs soupirs

 

Les Pères de l’Eglise ont vite compris que la Torah était imbuvable en l’état, et ils se sont lancés à corps perdu dans l’allégorie (avec tout de même un peu moins d’extravagance que les Kabbalistes).

 

11 avril 2004

 

Un mysticisme qui induit à se dire l’esclave de Dieu ne peut être que suspect.

 

Communier aux juifs et aux chrétiens d’aujourd’hui, qu’est-ce que cela peut vouloir dire ?

Reconnaître ce que je dois à la Bible, ce que j’y reconnais comme intuition de toi et dont je puis faire ma méditation et mon élan, ce qui me conforte en ce que je pressens de l’être, ce qui m’y donne à y penser. Bien d’autres choses aussi sans doute.

 

La part d’indétermination de la matière est sa liberté et le gage de la nôtre, s’il est vrai que le mot liberté, comme le mot amour et quelques autres, est évolutif. Dans les formations de nuages, les ciels de traîne surtout, existe une potentialité de formes que l’on peut penser infinie : aucun ciel n’est jamais exactement semblable à un autre en ses mouvements incessants. On peut bien classer les nuages, mais chaque nuage est un caléidoscope. Les classifications satisfont le scientifique en sa volonté de maîtriser la nature, ne serait-ce que par la compréhension conceptuelle. La singularité des nuages et de leurs arrangements ravissent l’artiste en sa contemplation créatrice.

 

Le phénoménisme ignore-t-il le principe de causalité ? Il doit au moins affirmer l’éternité des phénomènes.

 

est-ce de sucre est-ce de sel

que le givre glace la peau

des choses les plus quotidiennes

pour le soleil

 

est-ce de vinaigre ou de miel

que je choisis d’enduire les mots

si je désire qu’ils parviennent

à ton oreille

 

la pensée esclave ou rebelle

doit fondre et redevenir eau

qui coule et jaillit aux fontaines

de notre éveil

 

12 avril 2004

 

déesse blanche de l’autel

où s’acheminent les fidèles

en longue longue longue file

 

leur regard au loin te désire

en marche lentement t’admire

au plus près en extase change

 

carrare pur en ta froideur

est une mélodie où meurt

la chair afin que l’esprit vive

 

En conscience de conscience, la rumination se mue en méditation, et puis, en ta présence, s’illumine d’oraison.

 

 

13 avril 2004

 

En voyage, il faudrait, à la manière du Bon Samaritain, garder une bonne part de notre attention pour l’autre. Tous ces gens côtoyés ont leurs problèmes et parfois pire ; peut-être qu’en conscience de ta présence nous aurons la chance de leur apporter un peu de ta force. Nous ne pouvons les ignorer.

 

S’il n’est de connaissance de l’objet que dans la distance, l’infini est seul à connaître l’être, car nous ne pouvons nous distancier de l’être. L’infini connaît l’être parce qu’il est dilection, faisant ainsi de l’être son autre. Nous ne pouvons nous distancier de l’être qu’en participant à la dilection de l’infini.

 

 

en cet arôme évanescent

né dans les collines d’Assam

sous les mains expertes des femmes

peinant sans trêve auprès des plants

 

qui pourrait faire le départ

entre le don de leurs sueurs

sublimes et des senteurs

de cette terre baignée d’art

 

14 avril 2004

 

Dans une œuvre, telle et telle pensée que nous jugeons inacceptables peuvent discréditer le penseur comme maître à penser sans pour autant disqualifier ses autres pensées. Libérés par l’infini, nous sommes juges de toute pensée, non que chaque pensée serait acceptable en fonction de celui qui la juge et qu’il n’y aurait pas de vérité objective, mais parce que toi, l’infini, est le seul connaisseur totalement objectif de par ta capacité de distanciation totale.

Ainsi de la beauté. Croire qu’une œuvre d’art n’a de sens et de valeur que par ses appréciateurs relève du déboussolement généralisé de l’Occident du XX° siècle, où quelques gourous égarés égarant ont réussi à faire croire qu’il n’y a ni vérité absolue ni beauté objective (et que penser de ces artistes qui acceptent à peu près tout ce que les critiques d’art disent de leurs œuvres pourvu qu’ils la fassent connaître ?)

 

pour cette pierre usée par des piétinements

et patinée des siècles par des regards aimants

tant que son âme enfin en notre âme se rêve

et murmure son chant

 

et que sa chair exquise exsude en notre sève

les antiques liqueurs d’une patiente ardeur

la fragile fierté d’un peuple qui se lève

toujours plus innocent

 

15 avril 2004

 

Si l’âme est la forme du corps, forme a ici un sens devenu bien curieux. C’est ce qui donne au corps unité, cohérence et rayonnement. Cela maintenant s’appellerait mieux énergie d’information, de mémorisation, de communication. Et la conscience de conscience, qui fait le passage de l’animalité à l’humanité dernière, quel rapport avec l’âme ? Quelle continuité-discontinuité avec l’âme animale, avec l’âme végétale, avec l’âme minérale ?

Car on peut bien supposer que si l’humain a une âme, le minéral en a une aussi. Et là même avec des degrés dans la continuité-discontinuité, de l’hypothétique supercorde à la particule, à l’atome, à la molécule simple, aux macromolécules les plus complexes.

 

au flanc de la ville belle

s’écoule l’interminable

d’une fontaine fidèle

 

la montagne infatigable

produit cette corde pure

reliée à l’ineffable

 

absorbe qu’elle t’assure

en la tienne cette entraille

portée par la nuit qui dure

 

puisque cette eau vient du ciel

tu sauras où que tu ailles

les voies du ventre et de l’aile

 

16 avril 2004

 

Les moments de conscience de notre totale insuffisance nous font te presser de nous prêter un peu de ta dilection. Ils nous rappellent aussi qu’en notre être nous ne sommes rien de nous-mêmes, que notre moi qui se prend pour un je est illusoire, et risible notre gloire. Alors nous est donnée la jubilation d’être je avec toi.

 

Avec l’hypothèse que toute matière inclut une énergie spirituelle, on comprend mieux la marche du monde.

 

au front de chaque oushebti

le vautour et le cobra

disent la terre et le ciel

 

l’enfant de Néfertiti

pour les siècles survivra

en ta mémoire éternelle

 

17 avril 2004

 

la pierre des montagnes est belle

en tes souffles et tes eaux

 

j’imposerai les mains à celle

qui vibre dans ta lumière

 

nous te dirons dans l’éternel

notre passage là-haut

 

Il y a une connaissance mimétique qui fait que connaître c’est s’identifier à, se métamorphoser en. Peut-être cette connaissance mimétique est-elle favorisée au mieux par l’émotion sacrée. Contempler la statue d’un dieu, c’est, c’était pour l’Egyptien antique, devenir dieu. Certains mystiques chrétiens se sont identifiés au dieu sauveur en contemplant Yeshoua crucifié, certains jusqu’à la stigmatisation.

 

 

 

 

18 avril 2004

 

L’agnosticisme est-il une paresse intellectuelle ? Une timidité ? Une (fausse) humilité ? Une indifférence malheureuse à l’essentiel ? L’infini devient-il une évidence pour toutes celles et ceux qui réfléchissent un tant soit peu sur l’être ?

Quel est le secret de ta discrétion ? Ta dilection, qui t’inclinerait à cette délicatesse de la précieuse liberté ?

Pourquoi dire ces choses avec des points d’interrogation ? S’interroger sur l’interrogation est-il se laisser dicter sa pensée par la mécanique langagière ?

 

pour ton baiser si délicat

qu’à peine sur l’épaisse peau

de notre insensibilité

il pose sa fragilité

 

plus qu’on le sent on le devine

mais il est là et notre espoir

un jour de te le rendre vif

l’imagine définitif

 

19 avril 2004

 

A la matière même un verbe est attaché

Un pur esprit s’accroît sous l’écorce des pierres

 

Les poètes sentent l’être, il faut les écouter. Mais sont-ils poètes, ceux qui contorsionnent le langage faute de ne rien avoir à dire que la torture de leur vide ?

 

la tulipe encore

à sa tige cramponne

la chair vive de ses pétales

le sang mêlé d’or

de sa vieille couronne

sous le poids de l’âge s’étale

 

le calice offert

à l’abeille amoureuse

de la croix au sombre nectar

nimbé de lumière

à sa fin ténébreuse

désarticulé se prépare

 

comme ses ancêtres

à leur tour fugitives

d’autres auprès d’elle fleuronnent

sans que de leur être

ne se cueille furtive

l’éphémère grâce mignonne

 

 

 

20 avril 2004

 

Le malheur du scientifique scientifique, c’est de se croire seul capable de découvrir la vérité, alors qu’elle ne risque d’apparaître que dans la convergence des découvertes de l’art, de la philosophie, du mythe et de la science des diverses cultures du monde.

 

je n’oublierai pas les galets

que tu découvres et recouvres

inspires expires

en ton inlassable discours

 

plus que la lune monotone

je chercherai le fil ténu

qui lie délie

leur longue histoire en l’inconnu

 

qui sait si d’y mêler mon sang

avant que de l’en démêler

j’y pourrai lire

un peu de leur intimité

 

La poésie fait son miel des mots chargés d’affect, car elle naît de l’émotion ; elle ne peut intégrer la sèche abstraction qu’à doses homéopathiques.

 

21 avril 2004

 

Si Hitler avait gagné, si, soixante ans après, nous étions encore occupés, peut-être bantoustanisés, exploités, humiliés…la résistance ne tenterait-elle pas les actes les plus désespérés ? Et si quelque puissance subsistante nous disait qu’elle réprouve les méthodes de l’occupant et les trouve contreproductives, quels rires amers ne lancerions-nous pas ?

 

Le hasard est-il concevable dans un univers totalement déterminé. Dès lors qu’on en reconnaissait l’existence, ne fallait-il pas admettre dans l’univers une part d’indétermination ?

Pour savoir si ce que nous appelons hasard n’est en réalité que le résultat imprévisible de la totalité des interactions énergétiques de notre système, il faudrait connaître cette totalité, ce qui semble à jamais impossible à l’esprit humain, même avec l’outil informatique le plus puissant. Mais ce serait un non hasard.

L’observation du comportement quantique a-t-il révélé un hasard véritable, une indétermination de certaines énergies ?

Affirmer l’existence du hasard sans en avoir la preuve matérielle ou logique, c’est penser que la liberté n’est pas un vain mot, que la morale n’est pas illusoire. La conviction de notre capacité éthique devrait donner des idées aux scientifiques dans la recherche de l’indétermination de la matière.

 

Pour neutraliser le scandale des maladies microbiennes dans la relation de dilection de l’infini au fini, il faut admettre la nécessité de l’indétermination dans un univers destiné à produire des consciences libres.

Il faut aussi l’admettre si l’on reconnaît à l’infini la possibilité en manipulant incognito le hasard de répondre matériellement aux instances de celles et de ceux qui le pressent.

 

Reconnaître la cohérence du réel libère le chercheur de tous les cloisonnements intellectuels.

 

saisis le jour

saisis l’heure

saisis la minute qui passe

en son retour

une fleur

donne une joie que rien ne lasse

 

chante demain

chante hier

chante ce qui ne revient pas

toujours en train

l’univers

attend les élans de ta voix

 

écris l’oreille

écris l’œil

écris le nez la main la bouche

qui toujours veillent

sentent cueillent

le beau hasard de ce qui touche

 

relis le vrai

relis l’art

relis autrefois et là-bas

ce qui se sait

dans l’écart

chante la rose pas à pas

 

Si le hasard n’existait pas, comment nous ferais-tu tes cadeaux anonymes ? Ah, ce hasard, quelle trouvaille ! Certains n’en ont-ils pas fait un dieu ?

 

22 avril 2004

 

Le hasard et la nécessité ? Certes, mais le hasard comme indétermination manipulable par des énergies d’information dont le mode d’action nous échappe.

 

L’absolu réduit à un concept logique mène à la destruction de l’être fini comme de l’être infini (à la mort de Dieu, à la mort de l’Homme, à la déconstruction totale). Comment tant de penseurs reconnus ont-ils pu se laisser entraîner dans ce trou noir ? Simplement pour n’avoir voulu penser qu’avec du logos ? Pour avoir récusé les connaissances mimétiques et intuitives ?

 

à l’heure où prennent

leur bain de brume

les chênes du bocage

sur la longue route cherchent fortune

les hôtes de passage

 

ils vont et viennent

comme la lune

la même d’âge en âge

ignorant que ceux qui pensent dans la brume

deviennent sages

 

23 avril 2004

 

Ceux qui te déclarent pensable, mais inconnaissable sont des gens enfermés dans la pensée conceptuelle. Nous devons leur refuser de nous barrer la route dans notre quête de toi autant qu’à ceux qui le font en voulant nous imposer de prétendues révélations.

 

quelques jours encore

et les colliers d’ambre

des peupliers sur l’horizon

se changeront

en voiles de perles émeraude

 

leur visage alors

deviné dans l’ombre

ne sera qu’un frémissement

aux yeux d’argent

brillant dans l’absence de l’aube

 

et notre regard

en leur indicible aura

devinera

la face ineffable de l’autre

 

24 avril 2004

 

On ne peut penser « au meilleur des mondes possibles » ou au seul « monde possible » sans ajouter ou retrancher : capable de produire des libertés susceptibles d’accepter ou refuser la dilection.

Le monde que nous connaissons produit ces libertés, et l’on peut se demander s’il serait possible sans la part d’indétermination dont l’inévitable sous-produit est ce que nous appelons le mal sous toutes ses formes.

Peut-être bien que l’infini, parce qu’il est dilection, ne peut vouloir qu’un monde (ou plusieurs) qui produise des êtres libres capables de dilection.

Pour ceux de ces êtres qui l’acceptent, s’ouvrirait-il un autre meilleur des mondes possibles où le jeu de l’indétermination et de la détermination serait autre parce qu’il n’y aurait plus à y choisir ? Mais un monde où il n’y a plus à choisir est-il encore un monde libre, un monde de dilection ?

 

dans l’air immobile

vivent les possibles

dix mille en attente

d’une marche lente

dix mille en espoir

des brises du soir

et dix mille en quête

d’une autre tempête

 

seul est le silence

avec ta présence

tes amis te pressent

dans l’ombre sans cesse

animent la vie

qui les réunit

et leur chant s’élève

dans l’unique sève

 

25 avril 2004

 

Appuyé sur la certitude indestructible de l’infini, on peut sans appréhension affronter toutes les incertitudes de l’univers.

 

Le délice de ton silence et le souci de l’autre sont aussi inséparables que le vide et la compassion bouddhiques.

 

Les mystiques qui sucent leur dieu comme un gros bonbon ne sont-ils pas suspects ?

 

Donne-nous un cœur attentif. Nous n’avons conscience que d’une partie infime des milliards de merveilles que la matière ne cesse de déployer autour de nous, à commencer par celles de notre corps.

 

un grain puis l’autre sur la grappe

des grenats dormant au buisson

s’éveille à la lumière et livre

un œil mauve au regard d’enfant

 

douce famille rayonnant

de ta grâce et de la senteur

fine qu’ensemble tu proposes

patiemment j’attends ton heure

 

 

sur l’ubac du fossé se pressent

fragiles en l’ombre timide

les violettes par familles

qui ne se disent qu’à distance

 

mais le frais parfum de leur onde

ne se chuchote qu’à l’oreille

inclinée vers la terre sombre

où dans l’opaque le cœur veille

 

 

sur la bordure de vos glaives

frêles corolles déployez

pour quelques jours inviolées

les nuances de votre sève

 

tendez dans l’immobilité

vos visages qu’au moindre éclat

vient animer de ses débats

une violette pensée

 

26 avril 2004

 

Le bonheur de l’actrice, de l’acteur, c’est de connaître un personnage en le mimant, en prêtant chair, sang, âme à l’image que l’auteur a d’abord mimée en imagination.

 

est-ce une plume est-ce une aile

que mime au bleu cette frêle

blancheur née dans les hauteurs

 

à quel jeu de l’intangible

nous convie-t-elle en sa cible

pour une heure de grandeur

 

à l’œil ainsi qui s’élève

mime et se transmue un rêve

diaphane donne une âme

 

Lire, lire, lire, lire ; laisse donc ça à ceux et celles qui n’ont pas encore appris à écrire. Il faudrait à ton âge écrire autant que tu lis. Et comment lire si ce n’est comme en dialogue, ne cessant de réagir en conscience de conscience ?

 

(Post) modernité, nombril privilégié de la critique du jour, déesse à laquelle nul/le ne refuse de brûler quelque encens sous peine d’excommunication.

 

On ne peut pas ne pas se référer aux Lumières. On ne peut pas ne pas se référer…Mais si, mais si. La pensée n’est pas tenue de se donner une paternité (ni de se vouloir une filiation). Elle est libre, surgissant dans la conscience de conscience libre face à la conscience infinie. Si elle profite des stimulations et des découvertes du passé et du présent d’ailleurs et d’ici, elle n’est pensée vraie que libérée de toute influence.

Tu nous donnes d’échapper à l’indémaillable réseau des maternités / paternités et filiations (abandonne le meurtre du père aux enfants du père de la psychanalyse).

 

 

27 avril 2004

 

aube fragile

 

au plus lointain le coucou frôle l’inaudible

dans l’incertain la caille claire se signale

à portée presque de la main le roitelet lance ses trilles

 

dans le silence de l’immense le chant du monde se dévoile

hôte insensible

 

Qui écoute ta parole, Seigneur, ne verra jamais la mort. Qui écoute ton silence, Ami, te rencontrera dans la mort. Mais quel mélodiste pourra dire ma pure joie et effacer la poignante résignation des notes que l’on m’a fait chanter dans ma jeunesse ?

 

quand les os se changent en harpe

dans le silence de l’immense

le vent trouve une mélodie

 

hors de ma peau je verrai Dieu

disait Job et je lui réponds

car il chante dans la lumière

 

Tu ne te dis pas, mais tu te donnes à connaître. Tu débordes infiniment la finitude du logos et tu nous invites à en franchir les limites pour chanter avec toi interminablement.

C’est cela : tu ne te dis pas, mais tu te donnes à chanter, et dans le chant à te connaître.

 

Since I am coming to that holy room

Where, with thy choir of saints for evermore,

I shall be made thy music ; as I come

I tune the instrument here at the door,

And what I must do then, think here before

 

Il n’est jamais trop tôt pour accorder son luth et pour apprendre à chanter avec toi.

 

Puisque j’arrive presque à ta sainte demeure

Où à jamais parmi tes saints en chœur

Je serai ta musique. Au moment où je meurs

J’accorde l’instrument et ici me prépare

Et pense sur le seuil aux beautés de ton art

 

dit John Donne ou quelque chose de ce genre.

 

28 avril 2004

 

dans la masse qui efface

pour une heure le bocage

mange absorbe toute l’orbe

en la marche des nuages

 

se penche pour la présence

la face qui envisage

et se ferme la paupière

de la belle nuit des sens

 

Si les figures de Francis Bacon sont belles, ce n’est pas parce qu’elles sont tordues, c’est parce que la beauté se lève sur les bons et sur les méchants, sur l’intelligence et sur l’inintelligence ; et c’est aussi parce qu’elle est capable d’embrasser la misère pour la consoler sans se salir.

 

Les relations qu’entretiennent le beau et le bien sont régies par la continuité-discontinuité de l’être. Qui dira que la beauté du champignon atomique atténue l’horreur d’Hiroshima ? Qui hésiterait à dire que l’horreur d’Hiroshima voile la beauté du champignon atomique ? Mais il est plus d’une façon d’envisager la mort, et même la souffrance. A chacun son cheminement.

 

29 avril 2004

 

La réticence de l’intellectuel occidental à l’égard de l’infini est depuis longtemps un refus de l’indéfini en ce qu’il indispose son imaginaire diurne épris de limites.

 

Connaître l’intégralité de l’être inclut d’y reconnaître ta présence réelle. Le panthéisme ne se trompe que parce qu’il ignore que tu es amour de l’autre pour l’autre.

 

Ceux et celles qui te connaissent ne peuvent être que ceux et celles qui se soucient des gens de peu et cherchent à être parmi eux, car ils, elles découvrent, dans la demi-pensée en y croyant à peine ou dans l’illumination, que tu te comptes parmi eux, toi qui n’as rien, toi qui es. Combien pourtant, qui se veulent tes amis, continuent de te croire

« riche Seigneur… et de grande naissance…

Te cherchant donc parmi les grands séjours

Cités, théâtres, jardins, parcs et cours » , dit George Herbert :

 

Having been tenant long to a rich Lord…

I straight returned, and knowing his great birth,

Sought him accordingly in great resorts,

In cities, theatres, gardens, parks, and courts

 

de blanc et de rose le soleil la chausse

pour rire en ses pas sur la scène bleue

le gris et le vert sont les musiciens

qui la font danser aux souffles d’avril

 

mais jamais au ciel son corps ne se hausse

ni ne se dévoile l’ombre de ses yeux

alors sache bien ouvrir sur le rien

le regard qui danse au rythme subtil

 

30 avril 2004

 

dans l’ombre pure où nul ne veille

un murmure à peine s’élève

et la chair se fait tout oreille

 

quand l’onde dort et comme en rêve

on sait que le grand corps respire

une longue attente s’achève

 

tu es là et comment te dire

que le temps même en toi sommeille

ou que l’espace est ton soupir

 

Ton infinitude fait pour nous de toi  ce rien qui n’est pas rien où nous pouvons nous rassembler tous en notre indéfinie diversité.

 

Il n’y a de reconnaissance que mutuelle et tu en es le don, toi qui te comptes comme conscience parmi les consciences en la pauvreté. Comment pourrions-nous voir en chacun notre égal si tu ne le faisais toi-même ?

 

La totalité n’est présente à chaque être qu’en l’ubiquité de l’infini.

 

Tu ne cesses de faire exister d’autres toi-même.

 

1er mai 2004

 

Penser à des mondes possibles en les opposant à des mondes impossibles révèle l’impuissance de l’infini à faire ce qui ne serait pas conforme à son être. Les lois de l’être sont intrinsèques. Voilà de quoi faire réfléchir ceux et celles qui se font de toi l’idée d’un dieu tout-puissant (à l’image d’un potentat babylonien ou perse).

La question est de savoir où s’établit la limite entre puissance et impuissance (entre énergie pure et lois de l’être ?). Qu’y viennent faire ta conscience totale de l’organisation du réel et ton pouvoir d’y insérer un agir échappant aux déterminismes de la matière ?

 

A refuser de hasarder des hypothèses inédites, on ne risque pas de se tromper, ni de découvrir du nouveau.

 

comme l’anneau d’or qu’on oublie

dans l’insensible enserrement

des doigts éloignés en leur tâche

et du cœur distrait de l’amour

 

l’ombre de l’immense en ses plis

nous prend sans que son invisible

jamais ne s’écarte ni lâche

l’espoir de briller sans retour

 

Tu vois. Car l’univers, s’il est bien chair de ta chair, ne t’appartient pas. Tu ne possèdes rien. Tu te tiens à l’écart de l’être de ton être, car tu es dilection. Tu le vois, non comme Narcisse, qui ne faisait que s’y voir, mais comme l’autre qui te regarde comme autre.

 

2 mai 2004

 

elle a voilé l’élan de ses membres fougueux

dressés comme un hommage à la hauteur

elle arrondit le jeu de son plumage d’ombre

et de lumière au fil des heures

 

exubérante gonfle au midi de midi

la puissance de sève de ta fleur

et d’année en année prépare le relais

que d’autres à leur tour ne meurent

 

Qu’elle apparaisse ici ou là dans l’histoire et la géographie, une vérité n’appartient à personne, et surtout pas à l’infini (qui ne possède rien). Qu’importe donc qu’elle ait été reconnue dans le shamanisme, l’animisme, l’hindouisme, le judaïsme, le bouddhisme, le christianisme, l’islam…chez les lumières, les romantiques, les naturalistes, les surréalistes, les structuralistes…Ceux qui s’en disent les inventeurs ou les propriétaires et y attachent un nom montrent qu’ils n’y comprennent pas grand-chose. La vérité est anonyme, et il est juste que celles et ceux qui s’en croient investis la disent en s’effaçant derrière un pseudonyme (concession du sens de l’imparfait aux incurables de la propriété intellectuelle).

 

Une religion qui se croit révélée s’enclôt dans l’histoire et l’enclôt. Les plus fidèles à sa logique sont fondamentalistes et se tiennent à la lettre de leur livre jusqu’à la fin des temps (puisqu’ils croient à la fin des temps). Les autres, quelques autres, sentent que le temps ne s’arrête pas et, subrepticement, introduisent des atténuations, des interprétations, maximisent ici, minimisent là, dans les limites de leur attachement à une croyance baptisée foi. D’autres cherchent à dire, en arguant de l’historicité, que certains textes sont obsolètes, qu’il faut s’adapter et adapter le texte à la modernité. D’autres vont vers une conscience plus claire de leur démarche, prêt/e/s à reconnaître qu’il n’y a de révélation que provisoire et relative, que l’humanité comme l’univers est en évolution, dans le devenir d’une continuité-discontinuité où l’humain progresse, que l’évolutionnisme en sa part de vérité a remis en cause le fixisme des religions.

 

La concertation de celles et ceux qui se passionnent pour toi sur une planète globalisée devrait conduire à des découvertes ininterrompues de ton être. Cela va bien au-delà d’un œcuménisme ou d’un dialogue de religions crispées chacune sur son dogme intangible.

 

ce carré de blancheur qui refuse l’écrit

flotte au détachement de son silence

 

pour leur embrassement

les mains se sont unies saluant la distance

l’exacte parallèle

 

les angles face à face ont égale présence

 

ô pur insurpassable

ô miroir où se lit la paix des perfections de cette âme aboutie

 

acte de dévotion à la splendeur cachée des profondeurs du sang

suspend ici ton vol

de colombe sur l’onde des forces inlassables

 

que se poursuive

le battement des ailes

le battement des eaux

 

que s’ensemencent vivent

pour les âges des âges d’autres noms indicibles

 

Il fallait que le Christ mourût, non « pour entrer ainsi dans sa gloire, mais pour en sortir définitivement après l’avoir manifestée afin de montrer qu’il était bien le dieu d’Israël laissant ainsi tomber son masque religieux. Dietrich Bonhoeffer m’aurait-il contredit ?

 

3 mai 2004

 

cette énorme jument dont la main de l’enfant caressait les naseaux

dont les bras étreignaient la patte forte et douce

et dont le sang vibrait à la sûre présence

 

est devenue pour lui le corps de cette immense

parturiente douceur et force qui repousse

d’une ferme caresse en son souffle de vie les enfants de ses eaux

 

Les misères des dieux censés révélés semblent indiquer que la croyance les crée ou du moins en façonne l’image. L’infini comme tel n’est pas objet de croyance, mais de raison. Il devient sujet de foi si la liberté répond à son invitation.

 

Lorsque le besoin de croire est ressenti comme une entrave à la liberté, il fait naître le besoin de ne pas croire. La liberté doit s’affranchir de ces deux besoins en passant au-delà des raisonnements contraires qu’ils suscitent. Alors elle peut s’ouvrir à l’intuition de l’être en ta toute-présence.

 

L’athéisme s’oppose au théisme comme l’incroyance à la croyance. Un athéisme qui s’en prend à la croyance en pensant s’en prendre au théisme manque sa cible. Le dieu des philosophes et des savants n’est pas celui des croyants. A le penser, l’athéisme s’égare et risque de se disqualifier comme interlocuteur du théisme.

 

Un libre-penseur qui (s’)interdit de poser certaines questions s’exclut de la pensée libre.

 

Tu es présent totalement au plus infime des êtres. Tu es présent à lui, non présent en lui ou en dehors de lui. Immanence et transcendance sont des concepts approchés à dépasser dans l’intuition de l’infini.

 

Si Yeshoua avait eu pleine conscience du sens de ce que tu lui demandais de faire, aurait-il pu te dire :  Que ta volonté se fasse et non la mienne ? Mais cette parole est-elle de lui ? Ne fallait-il pas, en bonne théologie, affirmer la présence en Yeshoua d’une volonté humaine ? Dans la liberté aboutie de la dilection, Yeshoua n’obéissait pas à l’Eternel, il décidait avec lui.

 

 

 

4 mai 2004

 

l’aube au matin s’ébat dans l’esprit des vapeurs

mouvance insaisissable et dis so lu ti on

impalpable douceur

et qui bientôt s’efface et laisse à dire

au soleil en son heure la réalité dure

de son ex pan si on

 

celle ainsi qui se donne est lente pour les yeux

et se livre abondante à l’âme abandonnée

et tout d’un coup s’absorbe

viatique du fort pour la longue journée

où de son pur silence elle déborde

de branche à horizon

 

Si la nature peut nous aider à nous dire, c’est qu’en la connaissant nous la mimons, que les êtres de la nature, et nous en sommes, en se mimant se connaissent.

 

L’ambiguïté est la chance de la liberté dernière. Comme le hasard protège ton anonymat, elle protège le désintéressement de l’intérêt en l’y cachant. C’est que la liberté ultime est dilection, participation au don pur de l’être, à la rose sans raison.

 

Jusques à quand les territoires ? Jusqu’à la disparition de l’humanité première, car tout humain doit être de l’humanité première pour pouvoir choisir en conscience, et l’humanité première en son animalité de croc et de sexe marque son territoire.

 

5 mai 2004

 

S’il existe des êtres finis, c’est que l’infini est don. Non que l’idée d’infini impliquerait l’idée de don, mais l’existence des êtres finis est un fait d’expérience et celle de l’infini un fait de raison, et cette double existence ne peut s’expliquer que dans cette participation sans dépendance qu’est le don pur.

L’hypothèse que le don pur aille jusqu’à se proposer à des êtres conscients semble être vérifiée par l’expérience plus ou moins aboutie de celles et ceux qui se sentent vivre pour l’autre.

 

Les religions, comme les philosophies, sont fausses en ce qui les oppose et vraies en ce qui les rassemble. Que serait, par exemple, un hésychasme qui, au-delà du mot qui le désigne, serait acceptable par un hindou, un juif, un musulman…autant que par un chrétien oriental ?

 

les grâces s’insinuent dans la demeure lentes

le souffle de l’instable

ne vit que de mémoire de passage et d’attente

 

certes l’air immobile rassemble les possibles

et disponible est le savoir

mais ta présence au cœur n’est que pensable

 

6 mai 2004

 

les bêtes broutent broutent broutent

au hasard du désir

hésitent-elles sur la route

d’herbe en herbe à saisir

 

cercle ellipse boucle lacet

composent le dessin

inachevé de leur progrès

sans fin sans fin sans fin

 

le regard qui pourrait le dire

goûterait la beauté

de ce qui passe sans gémir

de doute en doute en doute

 

Le mime synchronise les rythmes du mimant avec ceux du mimé. Le mimant connaît le mimé en connaissant ce qu’il devient par empathie.

Existe-t-il aussi alors une communication dont la physique quantique serait capable de rendre compte ?

 

Le mimétisme ferait une belle image participative de la connaissance par connaturalité.

 

Tu nous fais vraiment tes amis en nous faisant semblables à toi dans la dilection, en nous offrant d’aimer du don pur dont tu aimes.

 

Lorsque deux doctrines s’opposent, il faut pour y découvrir la vérité se détacher de toute appartenance à l’une et à l’autre. Est-ce possible sans une appartenance à une tierce pensée ? Sans une appartenance à ce rien qui n’est pas rien dont le nom sans nom est infini ?

 

7 mai 2004

 

l’enfance peu à peu s’efface des feuillages

dépassée par la sève

qui bout déborde et hors de la limite

se porte

 

extrême

et aime et tente de franchir les portes

et s’y heurtant résonne

en échos dont la fugue en l’âge s’échelonne

 

Le hasard est une de nos frontières actuelles. Il faut y porter la recherche.

 

Il s’agit autant de discontinuer l’histoire que de la continuer. Et d’abord, il faut sans cesse désacraliser les penseurs du passé. Leur héroïsation mythique continue de menacer les intellectuels.

 

Le progrès de l’humanité est patent depuis cinq mille ans et avant. La régression de l’esclavage en est un exemple. Il suffit pourtant de peu de chose pour que la cruauté resurgisse, même parmi les nations qui se disent attachées aux droits de l’homme et à la démocratie. Elle continue de faire partie des logiques policières et militaires. N’appartient-elle pas pour toujours à la liberté de l’humanité première ?

 

8 mai 2004

 

On ne peut comprendre l’anthropomorphisme sans envisager aussi un lithomorphisme, un phytomorphisme, un zoomorphisme, toute la parenté mimétique du réel où l’imaginaire est l’expression d’échanges d’information que la science n’a pas encore dévoilés.

 

brin à brin construis ton nid

pose-toi pose

un à un le compte flou

de ce qu’il faut

 

d’aile à aile tu redis

sans y penser

mot pour mot le beau discours

qui te fait vivre

 

comme l’homme sans parole

mime l’amour

donne donne de donner

œuf éternel

 

La mélodie est au rythme ce que l’onde est au corpuscule et la continuité à la discontinuité.

 

Comment imaginer une beauté sans limites ?

 

9 mai 2004

 

l’œuf de feu couve au cœur

lentement s’en vient l’heure

la coquille de cendre

se prépare à se fendre

 

quand l’oiseau jaillira

ses ailes il déploiera

un cri d’ombre et de froid

sur l’orbe s’étendra

 

musique nostalgique

entre tes beaux silences

où la vie recommence

lance ton chant unique

 

dans le nid que la peur

se donne dans le cœur

d’œuf en œuf elle explose

pour que naisse la rose

 

Un philosophe est-il un poète incapable de (donner à) ressentir ce qu’il pense ? Un poète est-il un philosophe incapable de mettre au clair ce qu’il ressent ? La pluralité des approches du réel appelle leur concertation.

 

Tout civilisé a son barbare, comme tout centre a sa périphérie. Qui vit dans l’intimité de toi, dont la circonférence est partout et le centre nulle part, voit en tout autre un autre toi.

L’identité culturelle n’est plus alors l’identité ultime, mais participe de la joie de l’infinie diversité.

 

10 mai 2004

 

La pierre de touche de l’authenticité mystique, c’est le service des autres ; mais c’est un service inspiré, où les autres sont aimés pour eux-mêmes en la pure dilection dont tu nous aimes.

 

inspire expire

immense intime

merveilleux ami

 

L’oralité offre la chance de l’ambivalence : « merveilleux ami » et « merveilleuse amie », où la sexualité mystique se démythise

La démythisation des mystiques et des théologies est une reformulation de leurs intuitions en termes universels.

 

si vous allez marcher dans l’aube de lumière

que votre pas se prenne à la clarté

gardez-vous de dissoudre en son immensité

la limite embrassée du ciel et de la terre

 

ce qui partout rayonne en l’invisible espace

dit de chaque figure le visage

définitif en son espérance de l’âge

où dans l’aube dernière s’illumine ta face

 

11 mai 2004

 

Tu n’appartiens à aucun lieu, à aucun temps, à aucun nom. Car tu n’appartiens pas. La démythisation du centre, de l’origine et du héros est inscrite dans la parabole du bon Samaritain, où s’abolit l’appartenance à une histoire, à un lieu, à un peuple, où tout devient prochain. Comment s’en étonner ? C’est dans ta nature d’infini.

 

pour la pierre qui pèse en la main

où se donne à sentir

un peu l’immense main

que tiennent en leur ronde les mondes

 

pour la main qui s’enivre du poids

où se donne à sentir

un peu l’immense poids

que lancent en leur ronde les mondes

 

Un langage qui te vise au mieux, au moins mauvais, ne peut être qu’apophatique et antinomique puisque ton infini est au-delà des distinctions, des négations et des affirmations qui président à la finitude. Il n’est destiné qu’à guider vers ton silence. Alors, qu’importe son imprécision foisonnante. Qu’importe aussi la diversité des doctrines si elles parviennent à te viser.

 

L’attitude créatrice est une dépossession, une déprise de soi ; car la création sourd du non-moi.

 

12 mai 2004

 

Pourquoi la mutilation des cadavres ou des tombes choque-t-elle davantage certaines, certains que la torture. Est-ce seulement parce qu’il s’agit de la mutilation des leurs et de la torture des autres ?

 

elles s’affairent encore

montent descendent à peine

se posent boivent ramassent

le nectar et le pollen

 

si sur les grappes la mort

pâle et rousse se promène

multipliant les grimaces

où s’arrondit son domaine

 

elles iront chercher l’or

et l’eau vive dans la plaine

où d’autres vignes embrassent

ces quelques jours en leur cène

 

Si vous trouvez dans les évangiles et dans les épîtres de Paul des choses qui vous illuminent de leur vérité, ne vous sentirez-vous pas invités à tenter de comprendre pourquoi certaines autres vous paraissent inacceptables ? Ne pourrez-vous pas envisager que les évangélistes et Paul se sont trompés dans leur interprétation de Yeshoua ? Aucune autorité ne pourra vous en dissuader si vous avez cru comprendre que le message de Yeshoua est un message où la liberté exclut l’autorité.

 

13 mai 2004

 

On ne peut te dire, mais on peut te chanter ; nos divagations sur ton être n’ont de sens que celui du cœur lyrique en son allégresse de te connaître.

Les sacrements chantent ta présence, et peu importe qu’ils la disent mal pourvu qu’ils la donnent à éprouver dans le saisissement.

 

la buse et le corbeau se lancent

leurs coups de bec

leurs coups d’aile

 

silence leur vol ici

n’est dans la main douce de l’air

qu’un jeu délicat d’arabesques

 

la pure théorie

de la mort de la vie

en la beauté infuse

 

 

14 mai 2004

 

elle achève de dérouler

dans le fossé sa crosse

ressent ici plus loin là-bas

les têtes qui se haussent

 

et au plus près cette herbe tendre

qui habille sa jambe

parfois la touche ou simplement

songe à elle dans l’ombre

 

elle grandit car elle est sûre

que dans son rêve obscur

au fond de tout ce qui respire

le monde est à venir

 

Entre l’image signe et l’image participation, il ne faudrait pas choisir. Il faudrait unir ce qui est du tout-autre et ce qui est du non-autre.

 

Nous te connaissons en ce que tu nous donnes de ressentir en ta présence. Nous savons que tu es doux parce que ta présence est incomparable douceur. Nous savons que tu es beau parce qu’en ta présence toute beauté est un ravissement qui s’invite à se dire en beauté. Nous savons que tu es amour parce que toute misère nous invite en toi à y porter remède. Nous savons que tu es vie parce que la mort même est l’épouse qui fait de toi notre enfant, ton adorable visage enfin donné à voir.

 

15 mai 2004

 

La poésie est image ; elle est aussi, nécessairement, rythme.

 

Les scientifiques qui disent que leur activité n’a d’autre but que de posséder le monde pensent-ils que le réel est inaccessible, non totalement connaissable ? En ont-ils peur, de ce réel ? S’en désintéressent-ils ? S’en désintéressent-ils parce que leur idéal est de dominer, d’exploiter, de posséder ?

Lorsqu’on a approché suffisamment le réel pour s’en passionner, on comprend qu’il échappe à la maîtrise, et on se sent invité à récuser toute domination, à dépasser la dialectique du maître et de l’esclave.

 

Un mysticisme qui ne concerte pas avec la science, la poésie et la philosophie s’égare dans l’imaginaire.

 

 

 

sous l’éclair d’un baiser et le feu d’un plaisir

où la chair se dissout pour que brille l’esprit

en l’instant de l’étreinte où se gagne le prix

d’un visage nouveau pour les yeux qui l’admirent

 

passe la lèvre fine en la douce rencontre

où le toucher au voir apporte sa limite

et renvoie le désir au regard qui se montre

prêt à cette distance où l’autre nous invite

 

16 mai 2004

 

Si vous pensez qu’il n’est pas humainement possible d’aimer l’autre pour lui-même et que pourtant vous constatez, sans aucun doute possible, que parfois des humains aiment de cette façon, vous avez découvert le pur Amour substantiel en sa présence à l’humain. Mais si vous tenez à l’inexistence du pur Amour substantiel, il vous faut penser qu’il est humainement possible d’aimer l’autre pour lui-même ou qu’aucun humain n’y est jamais parvenu (Ch’crois qu’c'est clair !)

 

Yeshoua s’efface derrière son message si son message l’efface, effaçant toute religion, tout mythe, toute terre sainte, tout peuple saint, toute doctrine sainte. Si Yeshoua est pur Amour substantiel, on ne peut l’interpréter qu’ainsi.

 

Un oiseau est-il un oiseau lorsqu’il ne vole pas ? N’est-ce alors qu’un oiseau possible ? Une musique est-elle une musique lorsqu’elle n’est qu’écrite ? N’est-ce alors qu’une musique possible ?

 

d’un gazon à l’autre écoute

le tremblement de leur chant

diffusé pour toute oreille

 

est-ce pour user le doute

la crainte de l’autrement

qu’ils entretiennent leur veille

 

pourquoi cette paix qui boute

l’air agité doucement

vers le soir qui s’ensommeille

 

et dans la nuit prend la route

qui s’allonge infiniment

où le monde s’émerveille

 

17 mai 2004

 

Yeshoua ne fut-il à Nazareth pendant trente ans qu’un Yeshoua possible ? Ses frères ne croyaient pas en lui.

 

Un otage est égorgé par ses ravisseurs. Un SDF est tué à coups de barres de fer par trois adolescents. Comment préféreriez-vous mourir ? Esse est percipi, môôsieur ; l’otage a été vu par des millions de gens ; le SDF, personne ne l’a vu mourir.

 

Si vous pensez qu’il ne peut y avoir plus dans l’effet que dans la cause, vous devez admettre que l’intelligence est présente à l’univers depuis fort longtemps…Vous n’oseriez, cela ressemble à une preuve de l’existence de Dieu.

 

Mariage des homosexuels ? C’est leur affaire, enfin, surtout leur affaire. Adoption d’enfant par un couple homosexuel ? Auriez-vous aimé avoir deux papas sans maman ou deux mamans sans papa ? Il y a aussi des gens qui disent que leur propre mariage n’a plus tellement de sens puisque les homosexuels se marient, comme d’autres vous diront qu’ils n’ont plus envie de chanter la Marseillaise depuis qu’ils l’ont entendu chanter par des extrémistes. C’est quand même pas simple, tout ça…

 

la motte qui s’écrase sous le pas

donne à ses grains la liberté

au corps qui résonne l’émoi

de l’imposer sans y penser

 

la motte qui se donnera

sous la pluie une nouveauté

sans y penser continuera

son chemin vers l’éternité

 

le corps qui y réfléchira

se trouvera une clarté

capable de guider son pas

sur son chemin d’éternité

 

18 mai 2004

 

la logique a la capacité de nous apprendre des choses que l’expérience nous cache et de remettre en question les prétendues évidences de l’expérience.

 

Le réel n’est pas plus annihilable qu’il n’est créable, qu’il vienne de l’état d’énergie ou qu’il y retourne. L’apparition de nouveaux êtres n’ajoute rien à l’infini du réel, bien qu’il en modifie la qualité.

 

Aplatir l’humain dans la surface, c’est le condamner à ramper. Les philosophes qui nient la transcendance font le jeu de la bourse, à moins qu’ils ne nient aussi l’immanence pour passer au-delà.

 

La force qui permet d’échapper aux cercles vicieux de la finitude s’appelle l’amour de l’autre pour l’autre. L’amour de l’autre pour l’autre n’appartient pas à la finitude, c’est le don de l’infini. Et ce n’est même pas un don, car il s’efface lui-même comme il efface son nom en tout espace, en tout temps.

 

le bouquet au coin de la haie

attend

vous croyez

sa lumière vers la clarté

se tend

 

elle sent en son alentour

l’amour

je l’ignore

la terre le feu l’air et l’eau

l’adorent

 

serait-elle sans le regard

fervent

vous rêvez

qui cherche le nectar jamais

ne ment

 

19 mai 2004

 

La parabole du bon Samaritain démythise le centre, comme la parole de Yeshoua à la Samaritaine déprend de Jérusalem et du mont Garizim la rencontre de l’Eternel. Cette rencontre se fait dans l’incognito de la rencontre humaine où celui qui donne, sans le savoir, reçoit et où celui qui reçoit, sans le savoir, donne.

Le don pur est comme indétectable en son inaccessibilité à l’appartenance.

 

encore enclose en la rosée

parmi ses sœurs elle médite

son œil semble à ce point fermé

qu’on s’étonne qu’à l’heure dite

elle en fixera sans faillir

l’exultation sur le soleil

 

elle tournera tournera

sans savoir que son gyroscope

la garde droite en son aura

fidèle comme un télescope

petite planète pour rire

en poursuite d’une merveille

 

ce soir giration accomplie

elle fermera ses cils blancs

sur le trésor qui la bénit

en suivant le rayonnement

puis retournera sans faillir

à l’involution du sommeil

 

20 mai 2004

 

la fleur ou l’œil

l’œuf ou la poule

qui précéda

 

folle question

de la logique

du l’un ou l’autre

 

Le couple mécanique du hasard et de la nécessité cache le jeu des multiples informations échangées à tous les niveaux de la matière.

 

Il n’est pas vain de chercher à satisfaire la curiosité de l’origine, car c’est de cette même matière informée dont nous sommes faits qu’il s’agit, de celle qui préside ici maintenant à nos relations avec tout être vivant.

 

elle tourne tourne tourne

et pourtant

jamais ne l’étourdit la valse

qu’elle poursuit au fil des ans

dans la spirale de l’espace

 

elle chante chante chante

et pourtant

jamais ne la grise l’aria

des sphères lancées par l’amant

qui les entraîne dans ses bras

 

elle pense pense pense

et pourtant

jamais ne l’étonne le sens

de l’aventure qui l’attend

puisqu’il est né depuis l’immense

 

21 mai 2004

 

tu es allée marcher sur les collines

nos regards éblouis enchantaient l’horizon

la lumière disait l’étendue qui se fond

en s’avançant au bord de la ravine

 

tu étais au plus loin que l’œil atteint

perdue dans la pâleur du ciel mêlé de mer

tu étais au plus près de cette âme qui erre

au bord du vide où notre amour se tient

 

N’es-tu pour nous que l’image que notre cheminement vers toi nous donne de toi ? Tu es le présentissime, mais saurons-nous jamais comment ? L’œil ne voit pas ce qui lui est tangent. Ta proximité même fait de toi pour nous l’invisible (ceci n’est qu’une image). Tu es l’être même de notre être (ceci n’est qu’une idée).

 

22 mai 2004

Aucun nom propre ne peut rassembler l’humanité : ni Moïse, ni Bouddha, ni Jésus, ni Mahomet…Il y faut, le mot le dit, un nom commun : l’amour, quand bien même il ait à passer par cent nuances en son évolution du soi à l’autre.

 

Que Yeshoua ait été imaginé en héros du merveilleux antique, né d’une vierge, mort et ressuscité, cela ne signifie pas qu’il soit la réalité de ce qui n’aurait été avant lui que figure, mais qu’il fallait que la réalité de son message de dilection se pliât à la pensée de son époque (et de quelques autres) pour se faire un chemin parmi les multitudes.

 

leur droiture serrée se moire dans les souffles

en leur souplesse drue ils épaulent le monde

qui se plie et s’affirme en la vie qui les hante

préparant l’avenir de leur suite abondante

 

écoute-les qui bruissent en leur longue patience

sûrs que demain viendra où le soleil encore

saura les accueillir et leur donner le sang

dont se nourrit la graine et la chair qui la prend

 

La nature de ta présence au fini conditionne le statut de l’image.

 

Qu’est-ce que l’imaginal ? Une illusion mystique ou une réalité psychique ?

 

23 mai 2004

 

et cet atome de silence

à chaque heure est la chance

d’un rendez-vous

 

alors sur tous les horizons

s’échange l’oraison

qui s’offre à nous

 

Yeshoua est mort, Dieu est mort, vive Aimer.

 

« Tentation », mot manipulateur. Dire « on est tenté de… », c’est orienter moralement l’interlocuteur, le lecteur.

 

On ne peut prouver la réalité des faits proposés par les évangiles, cela est matière à croyance. Mais la réalité du message d’amour de l’autre pour l’autre est irrécusable. Et dès qu’elle est accueillie et vécue, le reste devient négligeable.

 

Yeshoua eut la chance de connaître l’autre dès l’enfance. La Galilée était proche des territoires de Tyr et de Sidon, proche surtout de la Samarie hostile qu’il fallait traverser pour se rendre à Jérusalem. Le chemin du Temple passait physiquement par l’autre.

Mais il y eut avant et après Yeshoua bien des Galiléens qui ne reconnurent pas la présence d’Aimer dans l’amour de l’autre pour l’autre.

 

tes ailes de libellule

se sont posées

 

ce qui ne bat plus s’affale

et j’ai osé

 

m’approcher en somnambule

de ta beauté

 

à la distance fragile

s’est arrêté

l’œil épris de tes étoiles

inconsolé

 

de voir fuir l’elfe subtil

de ton baiser

 

24 mai 2004

 

Le don pur est inaccessible à l’être fini. L’être fini ne peut déborder de son être, il est enfermé dans son intérêt pour lui-même. Le désir pourtant l’habite d’accéder au don pur, d’aimer l’autre pour l’autre et non pour soi-même. Alors il demande ce à quoi il aspire, ce pour quoi il se sent fait, ce ou qui seul peut le combler. Et il sent que le vide qui est son manque est le lieu du don. Il sait qu’en y pénétrant il le rencontrera. Il espère qu’en y demeurant il sortira chargé du don pur, capable d’aimer l’autre pour l’autre. Il fait silence, tente de se vider de toute pensée, de toute image, de tout désir, car c’est ainsi que l’on accède au vide et à la présence de ce qui donne, et qui se devine être quelqu’un. Car comment donner et donner de donner, d’aimer de cet amour-là et de le propager si l’on n’est personne. Alors il lui parle, sans s’étonner que le vide ne parle pas, que le vide est silence.

 

en la finesse du découpage

de tes feuilles frêles

et la sève fraîche

de tes exubérantes douceurs

 

les souffles de la soirée s’émeuvent

invitent la danse

aux élancements

de l’inutile où les yeux se posent

 

La beauté qu’exsude le monde donne le désir d’en retrouver la source.

Si j’aime le chant du grillon, c’est, je crois bien, qu’en lui quelque chose de toi le chante.

Si j’ai tant de joie à te parler pour les autres, n’est-ce pas que quelque chose de toi en moi les aime ?

 

25 mai 2004

 

La découverte du message essentiel de Yeshoua remet en perspective ce que les évangiles et les théologies qui en dérivent ont dit de lui.

Dieu n’est plus Dieu mais Aimer. Le nom de Dieu, la parole de Dieu, l’esprit de Dieu, la vie de Dieu, la gloire de Dieu deviennent le nom, la parole, l’esprit, la vie, la gloire d’Aimer et prennent leur sens dans le goût de l’autre pour l’autre.

C’est ainsi que l’Evangile prend sens et cohérence, que tout s’y met en place ou tombe.

 

le pinson mort à midi

n’avait que peu de jours

à quels combats d’aires ou d’amours

a-t-il été soumis

 

rien ne salit son habit

de soie de jade d’ambre

mais son corps engourdi se cambre

et ses yeux sont ternis

 

sous la haie parmi les buis

où les feuilles se fondent

tournant avec la grande ronde

il a rejoint le semis

 

26 mai 2004

 

Une sensibilité infinie n’est pas pensable ; mais elle est, et tu te protèges de nos grossiers accaparements, toi le don pur.

 

La poésie n’est pas au service de la philosophie ni la philosophie au service de la poésie. Avec les autres formes de connaissance, elles participent du savoir-saveur du réel.

 

La maîtrise de la Terre qui ne se met pas au service de la Vie se dévoie et conduit à la mort de la Terre.

 

tu es passée

inaperçue

dans la pluie douce qui descend

après l’aventure aérienne

 

tu n’es restée

à la surface

que l’instant de prendre contact

avec le sable qui s’écarte

 

et tu poursuis

vers l’inconnu

de ce qui se glisse et décline

dans le profond du ténébreux

 

reviendras-tu

à la lumière

d’une source pour qu’en marchant

vers l’immense tu t’en retournes

 

27 mai 2004

 

les roses qui éclosent au plus loin de l’espace

voient l’amour et la haine s’arranger en leurs masses

le feu précède l’air et l’air précède l’eau

que vienne enfin la terre que surgisse du flot

cette vie où l’amour et la haine à nouveau

forment la chaîne où passe de l’anneau à l’anneau

l’esprit l’esprit

sève de l’univers dès la rose première

mère du feu de l’air de l’eau et de la terre

et dont la main déroule déroule la spirale

et répand le parfum qui au plus loin s’exhale

ainsi te grises-tu du bouquet des étoiles

et séduis-tu les cœurs à qui tu te dévoiles

 

La mission de Yeshoua et de ses disciples (comme le père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie, Jean XX, 21) n’est rien d’autre qu’aimer l’autre pour l’autre. Elle se confond avec le

Don de Dieul’eau vive, la vie éternelle (Jean IV, 10, 14). Tout le reste est littérature théologique et risque d’obscurcir le message unique, l’unique mission, l’Amour même et rien d’autre si ce n’est ses conséquences. Vécu selon ce qu’il est, le message dissout les dogmes et les mythes. Les missionnaires chrétiens qui font le bien, qui soignent, instruisent, apprennent aux autres à aimer en les aimant, accomplissent l’essence et la totalité de leur mission. On n’ajoute rien à l’amour de dilection. La croyance à la Trinité, à l’Incarnation, à la Rédemption risque de le voiler plutôt que de le révéler.

 

28 mai 2004

 

Il n’y a pas d’au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, pas plus qu’au nom de l’Eternel ou d’Allah. L’infini est tellement « au-dessus de tout nom » qu’il n’en a pas. Il est, il est Dilection.

 

Se battre contre la saleté, ramasser dans un champ un sac d’engrais qui traîne, dans le fossé une canette de bière, sur la route un paquet de cigarettes, c’est rendre hommage à la beauté, c’est participer à la vie que tu donnes, c’est aimer la beauté pour elle-même comme tu l’aimes.

 

à l’air libre libre libre

une digitale seule

élève sa pourpre fière

 

entre le champ et la route

l’herbe folle folle folle

danse son extravagance

 

sur les berges du ruisseau

exubérant l’innombrable

à la file file file

 

Les autres, ce n’est pas l’enfer, c’est le paradis, la voie étroite qui mène au paradis, au paradis de l’autre.

L’autre est le moyen et la fin. On va à l’autre par l’autre.

 

29 mai 2004

 

et si tout s’arrêtait

la terre de tourner

les fleuves de couler

les jambes de marcher

et le cœur de chanter

 

ô pitoyable viol

d’une humanité folle

qu’une pensée désole

cramponnée sur le sol

ô temps suspend ton vol

 

tourne tourne la terre

coule rivière coule

marche danse avec nous

le temps qui nous emporte

nous emmène vers l’autre

 

Parce qu’il est compassion reçue de l’autre pour l’autre à travers nous, le souci de l’autre remet la souffrance à sa place.

 

Lorsque Yeshoua dit : Notre père qui es aux cieux et puis : Le père voit dans le secret (Matthieu VI, 9, 18), il affirme la continuité-discontinuité du dieu de ceux à qui il parle à celui qu’il connaît. Lorsqu’il dit à la Samaritaine : L’heure vient où l’on adorera le père ni sur cette montagne ni à Jérusalemmais en esprit et en vérité (Jean IV, 21, 24), il insiste sur la discontinuité. On ne s’adressera plus au dieu sacré, on ne sacralisera plus un lieu, on s’adressera à l’omniprésence de la dilection.

 

30 mai 2004

 

Peut-on se soucier des autres au point de ne plus se soucier de la mort ?

 

Yeshoua disposait-il des concepts capables de faire comprendre intellectuellement son message ? En disposons-nous ? L’amour de l’autre se vit, il est de l’ordre de l’agir plutôt que du penser. Si dans notre culture rationnelle l’ordre de l’agir est sommé de se justifier en langage conceptuel, l’amour de dilection est trop proche des racines de l’être pour se laisser comprendre par des concepts.

 

la vaste odeur des blés enfle dans l’étendue

sature l’immobile de son lait

 

marche pénètre au flot de l’innombrable en fleur

que sa subtile chair

à ta chair dise mieux ce que tes yeux repèrent

 

un peu de ce qui sourd depuis des millénaires

passe en la pâleur bleue marquée de grège

sur la tige à l’extrême où le fardeau ne pèse

 

que la tendre espérance

d’offrir le don au ciel où la terre prend sens

 

31 mai 2004

 

Qui niera le progrès de la pensée humaine ? Qui niera l’inégalité des penseurs ? On ne peut cependant arguer de la supériorité d’un Einstein sur le fabricant de cailloux aménagés d’il y a cent ou deux cents mille ans pour dire que ce n’est pas la même pensée. Le produit est différent, la conscience a progressé, le quotient intellectuel aussi, mais c’est la même pensée à l’œuvre depuis qu’elle façonne les mondes. Peu à peu la fonction affine ses organes et en crée de nouveaux. Les humains accèdent plus ou moins à la conscience et à la science au cours des millénaires. Marc-Aurèle était-il plus intelligent que de Gaulle ? La réponse est incertaine, mais peut-on dire que statistiquement l’intelligence humaine n’a pas progressé depuis dix mille ans ?

 

Faut-il chercher à limiter les naissances plutôt que de tenter de limiter les morts ? Les accroissements démographiques conduisent aux massacres ethniques.

 

oui parmi les corps qui dorment

douces elles s’insinuent

myriades bondissant en la nuit finissante

 

révélant les formes et réveillant les teintes

imperceptiblement elles enflent leur murmure

jusqu’au crescendo de l’aube

jusqu’à l’étreinte sûre

 

non

rapides fugitives

arrêtées en leur course

elle meurent éphémères d’avoir donné à voir

 

sacrifiant l’élan

multipliant le flux

qui d’instant en instant prête son existence

à cette vie qui se découvre

en s’ouvrant à l’esprit

 

1er juin 2004

 

Le tiers est le prochain de nos dialogues. Aimer de dilection, c’est aimer l’autre ; et lorsque deux consciences sont ensemble au nom de la dilection, elles aiment l’autre en se préoccupant du tiers. Celles et ceux qui se rassemblent au nom d’Aimer, Aimer est parmi eux et leur donne la force de sa dilection. Ainsi des communautés d’aimants : elles se soucient des autres communautés. Ainsi des peuples d’aimants : ils se soucient des autres peuples. Telle est l’utopie de l’Aimer-Eternel.

 

leur incessant mobile dans les souffles

dit la vie ferme et souple

et leurs formes soulèvent

en nos regards un souvenir

 

depuis le plus lointain des jours nous sommes

feu air eau terre comme

pierre plante bête homme

de même part de même dire

 

en lui nous avons vie être et mouvance

la tige où se balance

dans l’âme du silence

notre sourire

est notre espoir

 

2 juin 2004

 

Il y a des procès qui arrachent un peu plus leur vêture aux gens de robe. On peut le regretter, notre humanité n’est pas prête pour la désacralisation.

L’innocent emprisonné, insulté, rudoyé, qui pardonne de tout son sourire innocent témoigne du don pur qui l’habite, Dominique.

L’ambiguïté peut bien laisser soupçonner un secret intérêt au pardon ; l’intérêt désintéressé du pardon pur, c’est de vivre la vie éternelle de l’amour de l’autre.

 

la scie ouvre des yeux au tronc du pin surpris

ses larmes parfumées sont notre doux reproche

rien ne rétablira l’harmonie de ses membres

nos cicatrices disent le devoir de mémoire

 

3 juin 2004

 

L’amour de dilection propose une mondialisation religieuse ; c’est lui l’unité dont les doctrines sont la diversité. La dilection veut la diversité multipliée de l’autre où chacun est je en tutoyant chaque autre. C’est la seule unité acceptable du monde, celle de l’union, non celle de l’unicité.

 

épaissi rassure-toi

l’anneau glisse encore au doigt

car la promesse

jamais ne cesse

dans le secret d’inviter

le cœur à la liberté

et renouvelle

parole belle

le don de chaque jour de foi

 

4 juin 2004

 

Remettre en cause la théologie des Docteurs de l’Eglise, des Pères, des Apôtres et de Yeshoua lui-même, c’est risquer de perdre le message de l’Evangile, mais c’est aussi donner une chance à un christianisme en sursis en tentant de lui découvrir son sens ultime.

 

la rosée te veut

lumière éblouie

au soleil qui rôde

 

saphir émeraude

topaze rubis

diamant de feu

 

Le texte évangélique révèle un mode de pensée dont le nôtre est bien éloigné. La rigoureuse articulation logique que nous exigeons pour notre discours y est souvent absente, et on y décèle un constant symbolisme qui nous est étranger dans nos présentations théologiques. Dès lors, son interprétation demeure aléatoire, même pour les spécialistes des cultures antiques. La meilleure lecture que nous puissions en faire est peut-être la lecture poétique, avec ses ressources de capacité négative.

 

5 juin 2004

 

depuis le jour depuis la nuit

quelle digitale nouvelle

pour la première fois rougit

 

et quel imperceptible doigt

dans l’ombre spirituelle

s’est ganté de pourpre étroit

 

noble dame que ta droiture

virginale devant les ailes

accueille ces mots qu’elle dure

 

Une chose est vraie parce qu’elle vraie, non parce que quelqu’un le dit, serait-il l’Infini. Penser autrement témoigne de l’emprise du fantasme de la toute-puissance sur l’imaginaire.

 

Dans la vie courante où cela n’engage pas l’essentiel, on peut bien croire, avec prudence, lorsqu’il faut agir. Mais pour ce qui est du sens de la vie, mieux vaut rester dans l’incertitude que de croire une chose parce qu’on vous en assure, préférer la pierre du doute au mol oreiller de la croyance.

 

6 juin 2004

 

ils t’ont coupée

avec leur faux

troupe joyeuse qui dansait

dans la brise et dans la lumière

mais tu es là

et à jamais

ma pensée te donne un halo

parmi les dix mille d’hier

 

le souffle vie

qui se repose

ou s’efforce dans la verdure

et gonfle les robes de soie

se redira

en d’autres roses

au jardin de l’horizon pur

où il se résume en l’esprit

 

Yeshoua nous a dit et montré comment se comporterait son dieu si c’était un humain.

Le règne, la puissance et la gloire, le dieu de Yeshoua n’en a rien à cirer. Il lave les pieds des gens, les invite à regarder les fleurs des champs et les oiseaux du ciel, et il leur demande un coup de main pour faire comprendre qui il est à ces faibles d’esprit qui ne pensent qu’à se gaver, se taper dessus et se donner de grands airs.

 

Darfour. Combien de centaines de milliers de femmes, d’hommes, d’enfants, de vieilles et de vieux harcelés, pourchassés, affamés, terrorisés, détruits. C’est aujourd’hui.

 

Heureux ceux qui sont morts dans une juste guerre. Bien difficile à comprendre pour ceux qui n’ont pas accès à la vie éternelle.

 

 

7 juin 2004

 

Heureux ceux qui sont morts dans une guerre qu’ils croyaient juste. Ceux qui ne savent pas ce qu’ils font sont pardonnés par Aimer (s’ils se mettent à aimer de l’amour de dilection). Pourtant la sincérité est une misère à dépasser pour accéder à la liberté de ceux qui cherchent à savoir ce qu’ils font.

 

viens chante en moi

enchante-moi

plus près sans que jamais

l’un à l’autre ne touche

 

ta voix en ma géode

éveille mon écho

enchante-moi

chante avec moi

 

Comment parler de toi si ce n’est en images, lorsqu’on les sait moins fausses que les concepts. Chantées, elles sont encore moins fausses, comme les théologies doxologiques des Orientaux.

 

L’amour de dilection ne désire pas ; ce n’est pas un moi, c’est un je pur, c’est le don pur qui invite tous les moi à dépasser le désir pour participer à son être-don. C’est un je qui cherche des tu comme son bien suprême, mais cette recherche n’est pas un désir, ni ce bien une jouissance. L’amour passion qui dévore certains humains peut bien en être le chemin, mais ce feu doit finir par se consumer et laisser la place à l’amour pour l’autre comme autre, qui ni ne consume ni n’est consumé. Thérèse d’Avila n’a pu entrer dans la vie éternelle que débarrassée de sa jouissance.

 

8 juin 2004

 

Les autres cultures, africaines, américaines, asiatiques, australiennes sont objet de fascination et/ou de détestation. On échappe à cette ambivalence en toutes ses nuances par l’esprit de dilection, qui veut également l’unité et la diversité, faces Janus du même amour qui veut que l’autre soit autre et se soucie de tous les autres en sa fraternité illimitée.

 

haussez la tête par-dessus les blés

fiertés sanglantes

vos lèvres écarlates chantent

d’un an à l’autre

la soif amère des étés

 

aux yeux avides livrez vos clartés

bouches brûlantes

le grand silence qui vous hante

au fond du nôtre

murmure un don d’éternité

 

Pour la croyance, la Bible est souvent un boulet et/ou une bouée ; pour la foi, c’est un antique chemin.

 

9 juin 2004

 

coquelicot prépare tes œufs verts

au nid de l’air

doucement déjà se devinent

la taille fine

et l’éclatant sourire

 

la belle entremetteuse sur l’ovaire

future mère

déposera tendre câline

ton étamine

pour de nouveaux soupirs

 

et par la grâce de l’hiver

au nid de terre

écloront les fortes racines

que se dessinent

d’autres éclatants sourires

 

Il n’est pas besoin d’être disciple de Yeshoua pour profiter de son message, à moins de dire qu’être son disciple c’est vivre son message, se laisser participer à l’amour de dilection : A ceci tous sauront que vous êtes mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres (Jean XIII, 35). Cet amour-là est la vérité qui délivre de la vieille image du dieu très-haut tout-puissant. Yeshoua n’est pas dieu au vieux sens du mot ; ce n’est pas un gourou que l’on adore et sert, c’est l’amour qui sert les autres.

Celle, celui qui accepte de participer à cet amour se moque des mythologies, des théologies et des philosophies, à moins qu’elle, il ne se sente prêt/e à les passer au crible de cet amour. La scène du Jugement dernier (Matthieu XXV, 31-46) est une belle image de cette révolution. Il n’est pas demandé aux vivants et aux morts s’ils ont adoré et servi le gourou Jésus, mais s’ils ont aimé. S’ils ont aimé d’amour de dilection, ils ont participé à la vie éternelle, et pourquoi cesserait-elle ?

 

10 juin 2004

 

A écouter les arguments de certains promoteurs du mariage homosexuel, on se dit que demain on mariera frère à frère, sœur à frère, sœur à sœur, père à fils, mère à fille, fille à père, fils à mère, sans oublier les grands-parents et les petits-enfants, pour ne pas parler des oncles, tantes, cousines, cousins. On n’arrête pas le progrès (intellectuel).

 

De siècle en siècle, nos philosophes nous égarent en posant les mauvaises questions ; nous sommes les victimes, après eux, de leurs innocentes manipulations conceptuelles. Il suffit pourtant de s’adresser aux intuitions du grand silence pour révéler leur manque de pertinence.

 

Intériorité ? L’utilisation du mot montre que nous ne sommes pas encore sortis d’une représentation spatiale de l’esprit.

 

L’amour de dilection n’est pas qu’un moyen pour rejoindre la vie éternelle, c’est la vie éternelle.

 

Le souci de l’autre pour l’autre remet la souffrance à sa place, car il est compassion de l’autre pour l’autre en soi.

 

 

lorsque le papillon s’envole

et que le cavalier s’en va

détournant toute l’attention

en sa boule il se roule

 

et la vipère se console

avec des souris et des rats

chacun fidèle à sa passion

se soûle dans la foule

 

alors timide l’auréole

de son petit visage bas

s’agrandit avec précaution

et déroule la boule

 

chenille sais-tu sur le sol

que cavalier tu ne seras

jamais peut-être papillon

la boule se déroule

 

11 juin 2004

 

L’amour de dilection est équitable et s’offre à toute conscience. Pourquoi, alors, aurait-il parlé à l’une plutôt qu’aux autres dans le temps et l’espace ?

 

S’il n’y a pas de relation intrinsèque entre la résurrection de Yeshoua et son message d’amour de dilection, on ne voit pas pourquoi on ne pourrait pas refuser de croire à la résurrection de la chair sans perdre la chance de cet amour

 

marche dans les pas de la nuit qui marche

 

toutes ces nuits perdues à dormir

alors que les ombres murmurent

que les souffles respirent

inspirent mille formes à l’âme qui s’éveille

 

ces nuits toutes perdues à rêver

quand tant de choses s’aventurent

à dire le secret

du retrait de leur âme en l’obscure merveille

 

regarde vers qui te regarde

écoute bruire qui t’écoute

goûte aux saveurs de qui te goûte

touche la peau de qui te touche

hume l’odeur de qui te hume

 

marche dans les pas de la nuit qui marche

 

 

 

12 juin 2004

 

Les humains se rengorgent devant leurs exploits techniques, oubliant qu’ils sont incapables de créer la moindre particule d’énergie, et inconscients que leur intelligence leur a été donnée. Empruntant le parcours de la reconnaissance, certains finissent par comprendre que tu es, peut-être même que tu es amour de l’autre.

 

ramasse la plume tombée

taille-la

plonge-la dans les baies exprimées

 

toute face

attends ton excès de beauté

donne-la

 

Qui se laisse envahir par la dilection veut embellir l’autre. L’art le mieux motivé et le plus vrai est celui qui ajoute à la splendeur du monde.

 

Tu es ma pleine attention à l’autre. Aux autres. A tous les autres.

 

La dilection veut aussi l’autre plus intelligent, plus sensible ; mais son souci le plus fort est d’inviter tout autre à aimer l’autre comme elle aime.

 

Une sensibilité affinée par l’amour de l’autre est préparée à l’identifier parmi les dons et les dévouements intéressés, car il la réjouit plus que tout.

 

Le silence du silence n’est pas d’ici ni de là-bas, d’hier ni d’aujourd’hui ni de demain, car il est la demeure de l’éternel infini dilection qui y propose ses rendez-vous toujours et partout.

 

13 juin 2004

 

l’aube revient étonne-toi

les corbeaux depuis longtemps veillent

et les blés poursuivent leur rêve

 

les brumes dans les creux se lèvent

et surtout l’étang s’émerveille

de voir ses eaux frémir pour toi

 

Concevoir l’amour désintéressé comme la suprême valeur humaine et comme humainement impossible, c’est y voir le don suprême. N’est-ce pas le sens de la grâce chrétienne ?

 

Le don de Dieu, l’amour qui nous permet d’aimer l’autre comme il l’aime, met fin aux religions. Il ne peut, une fois reconnu, se lier à une culture, à un lieu, à un temps. Sur notre planète comme sur toute autre, il s’offre à toute conscience libre depuis qu’il en existe.

De le comprendre facilite les choses ; on ne saisit pas d’emblée que l’épanouissement dernier de l’humain est dans l’amour de l’autre, ni qu’il n’est pas à la portée de notre finitude, ni qu’Aimer se donne à qui l’en presse.

 

Il ne faut plus nous souvenir que nous sommes en présence de Dieu. Souvenons-nous que nous sommes en présence d’Aimer.

Aimer, c’est l’énergie qui se soucie de l’autre, tellement immensément répandue que nous ne voyons pas que c’est quelqu’un.

 

14 juin 2004

 

elle a tissé au creux du rêve

la crèche de ses mille enfants

et voici déjà que s’achève

la récréation et les chants

 

la cour qui s’ouvre du dedans

laisse échapper parmi les sèves

la troupe en ses ébats prenant

à la vie la vie en relève

 

le jardin a vu passer Eve

d’un regard tendre poursuivant

jusqu’à la fin des temps sans trêve

ses filles au côté d’Adam

 

Yeshoua a vécu deux théologies incompatibles, celle de l’espérance juive et celle de l’amour de l’autre. La première appartient à une géographie et à une histoire, à une aire et à une ère ; la seconde est coextensive à l’être libre. La seconde peut accueillir la première, la première ne peut s’accommoder de la seconde qu’en perdant son identité.

 

Il ne s’agit pas, il ne s’agit plus de croire aux signes, ni à cause des signes, ni même à quelqu’un qui a les paroles de la vie éternelle. Il s’agit de croire à la vie éternelle, c’est-à-dire à l’amour de l’autre pour l’autre en l’accueillant et le vivant. Il s’agit d’aimer en croyant en la dilection. C’est cette foi-là que nous souhaitons croître en tous.

 

 

15 juin 2004

 

Le langage est un organe, la communication le crée. S’il nous arrive si souvent de le trouver inadéquat, c’est qu’il ne correspond pas à notre pensée, c’est que notre pensée le transcende.

Une pensée fondée sur le seul langage s’y enferme. C’est ainsi que l’on peut comprendre la distinction entre la lettre et l’esprit d’un texte.

On ne peut à la fois affirmer que la pensée est une création du langage et dire qu’il existe une pensée animale.

 

turquoise perle tourmaline

rose effeuillée sur l’estuaire

envasé de ton crépuscule

 

jamais ton ombre ne recule

mais dans l’extase de la mer

le regard empourpré s’affine

 

16 juin 2004

 

Chaque aube se lève sur l’inattendu de tes rencontres et l’inconnu de tes pensées.

 

je ne suis que de ce regard

où nous nous rencontrons

 

l’éclair de ton silence donne

à mon silence d’être

 

et dans ce je suis qui te nomme

je vis d’être avec toi

 

combien de multitudes ainsi

se trouvent en tes yeux

 

avec les yeux de ceux qui passent

inconnus en chemin

 

quand ton regard les accompagne

en leur être avec toi

 

La liberté dernière est indistinctement l’acte d’un moi et d’un autre dans une rencontre qui les promeut à l’être d’un je-tu.

 

La personne transcende l’histoire et la géographie ; elle vit de tout autre qu’elle aime ; comment serait-elle d’une culture plutôt que d’une autre ?

 

17 juin 2004

 

Si je ne la savais quelqu’un et sa présence celle de l’autre, cette douceur de ton silence me serait mortelle.

 

Parce qu’elle est plus surgissement qu’arrangement, la poésie est la chance de nouvelles formes où la pensée cherche à se dire.

 

Ces innocents qui vocifèrent contre l’Eglise parce qu’elle a condamné Galilée alors que leur propre démarche intellectuelle montre qu’ils s’agrippent autant qu’elle à leurs mythes.

 

Il ne s’agit pas de condamner éros ; il s’agit de le déclarer provisoire dans la dynamique du moi au je à l’appel d’agapè.

 

Comme l’amour et la liberté, le désir change de sens au seuil de la vie éternelle ; il devient comme eux, de l’autre pour l’autre.

Je ne suis je définitif que face à toi. Telle est la soif du Dieu vivant.

 

pour leurs jeux d’enfants sur la plaine

marche dans les brumes de l’aube

qui accueillent s’ouvrent se ferment

mais pas sur toi

 

comme les mille qui s’en viennent

du tout là-bas de l’univers

et qui s’en vont vers tout là-bas

nul ne te voit

 

et comme les mille immobiles

pour l’œil du vertige en leur spin

prêts à te voir en d’autres mille

tu n’es que toi

 

18 juin 2004

 

N’y a-t-il pas outrecuidance à penser que le message de Yeshoua n’a pas encore été dégagé des Evangiles dans toute sa rayonnante pureté, qu’il n’a pas été perçu dans sa cohérence fulgurante ? On se prend à douter, mais comment ne pas recevoir pour vrai ce que l’on connaît évidemment être tel ? Aux autres d’apprécier.

 

L’altruisme animal, si peu conscient qu’il soit, invite l’humain à avancer jusqu’au seuil où l’autre le constitue en sa personnalité dernière du « j’aime, donc je suis ».

 

L’intuition de Yeshoua est une et unique, indissociablement découverte de l’être divin et de l’être humain, amour de l’autre pour l’autre, liberté dernière de l’un et de l’autre, joie participée.

 

silence des paupières où afflue la présence

ombre de l’immobile où se donne le sens

 

les orants attentifs goûtent l’autre aux écoutes

dans la nuit face à face ils préparent la route

 

les noms et les visages se donnent la conscience

quand les paupières parlent en la belle innocence

 

19 juin 2004

 

Si Yeshoua se retirait dans les solitudes pour prier, c’est qu’on y accède plus aisément au silence du silence où Aimer demeure.

 

Etre de deux cultures, c’est avoir la chance de pouvoir se distancier de chacune à partir de l’autre et de s’ouvrir à l’universel.

Cultiver poésie et philosophie, c’est se donner la chance d’envisager chacun de leurs discours à partir de l’autre et de passer au-delà du discours.

Et cetera, et cetera …

 

Ceux qui ont eu la chance d’une enfance où la nuit et le jour, où la terre et le ciel alternaient leurs joies ont été préparés aux philosophies du et, aux équilibres des imaginaires, aux pluralismes, à l’autre.

A tout âge la nature offre ses rythmes ; il n’est que d’y participer pour trouver la sagesse et sentir l’invitation de l’autre à s’ouvrir à la pure altérité.

 

nuage rutilant comme un buisson ardent

bouquet d’intensités où l’œil craint de se perdre

 

il est d’autres splendeurs qui là-bas et là-bas

s’échangent les messages en l’ici de leurs anges

 

chaque ombre réfléchit les paroles sans nombre

de demain et d’hier en présents de lumière

 

20 juin 2004

 

la vie contemplative prend son sens dans l’attention à la présence de l’autre. Là est le je-tu, là est l’amour de dilection.

 

Cette négation de l’autre en ces étranges colloques où les interlocuteurs ne s’adressent les uns aux autres que par leur nom, comme s’ils étaient absents, comme si c’étaient des « il » et non des « tu », incapables, semble-t-il, de se regarder face à face, d’établir l’altérité créatrice.

 

au chasseur la laissée

désigne un avenir

un sens où retrouver

la proie de son désir

 

pour le lecteur la page

promet un lendemain

l’espérance que l’âge

le mène à son destin

 

pourquoi suivre la trace

si l’autre n’est présent

déjà lorsque s’efface

l’image de l’instant

 

Athées et théistes, irréligieux et religieux devraient pouvoir s’accorder sur une éthique de l’altérité.

 

21 juin 2004

 

Que préféreriez-vous ? Etre décapité ou être torturé pendant des semaines et des mois ? Où est la barbarie ? C’est une question déplacée ? Vous préférez comparer la décapitation à la chaise électrique ?

 

Si nous n’étions pas menacés par des bouffées d’animosité, nous manquerions les chances de ces gémissements où ton amitié accourt.

 

Jusqu’où va notre illusion lorsque nous croyons faire ce que nous ne faisons pas ou ne pas faire ce que nous faisons ?

 

Combien, en leur frénésie d’immanence, ne font que suivre les gourous de l’heure plutôt que d’exprimer leur expérience ?

 

quand le corbeau dépenaillé

de la bande virevoltante

 

crie avec elle en son millier

de désirs nourris de l’attente

 

la vieille sagesse le vante

au concert de la vérité

 

alors de la faim qui la hante

sa plume tombe libérée

 

22 juin2004

 

Le cogito de Descartes n’en a pas fini de diffuser ses incertitudes. Par exemple, pour mettre la machine en route, je pense, donc je suis ne veut pas dire que je ne suis que pensée, même si cela implique la participation de la pensée à l’être. Dire que l’être pense ne veut pas dire qu’il n’est que pensée. Cela ne signifie pas non plus de soi que je est seul à être et à penser.

Changer la formule de Descartes en la torturant de diverses manières (inversant les termes, ponctuant ici ou là…) est une tout autre chose. On pourrait soutenir qu’il s’agit là de manipulations visant à se référer à une figure mythique (l’origine, le héros Descartes) en la liquidant (selon le schéma du meurtre du père devenu si cher à nos psychanalystes). Est-il intellectuellement digne de se livrer à ce genre d’exercice ?

 

Le don pur vit de lui-même puisqu’il n’attend rien de l’autre, mais il se réjouit de voir l’autre y participer. C’est ainsi qu’il est libre et promoteur de liberté ultime. Et pourtant le don libre ne peut être sans l’autre.

 

L’amour de dilection parle à l’autre du tiers, leur autre commun. C’est ainsi qu’il est vrai, car l’humain ultime est je-tu innombrable.

 

Adorer, c’est considérer l’autre comme plus précieux que soi, c’est l’aimer de dilection (ou presque ?)

 

l’aura du tilleul en effluves

vibre de mille abeilles

gloire du jardin pour le temps

que chevelure il veille

 

dansons la ronde millénaire

la main droite au plus près

de l’impossible vie du monde

pour une heure approchée

 

le cœur au cœur parle sans voix

lorsque les jambes dansent

et que la bouche s’illumine

comme l’oreille en transe

 

23 juin 2004

 

comme les fous se le disent

en cette tempête

des souffles défaits se grisent

 

la tête muette

s’agite en la fuite folle

des longues grisailles

 

et le cœur à nu s’envole

où qu’elles s’en aillent

en peine jusqu’à ce que

 

tombant hors d’haleine

s’affale enfin la bourrasque

où il agonise

 

L’Amour de dilection est la porte de l’infini.

 

Une citation est toujours tronquée : il lui manque tout le sens de son contexte, qui s’étend bien plus loin que le lecteur généralement ne le pense.

 

Relisez les Evangiles en déverbalisant Yeshoua, Dieu, le Père, l’Esprit, la Gloire, le Nom, le Royaume et en les reverbalisant Dilection ; vous les verrez s’illuminer dans la simplicité d’une cohérence compacte.

La cohérence de l’amour de dilection n’exclut de l’Evangile que ce qui s’y oppose ; mais cela, en bien des choses, renvoie dos à dos judaïsme et christianisme.

 

On ne peut dire de quelqu’un qu’il est la vérité, si ce n’est en langage figuré pour signifier qu’il ne ment jamais ni ne se trompe jamais. Pas facile…

Adorer en esprit et vérité (Jean IV, 24), cela veut dire que la réalité de l’amour de dilection (adorer) est une réalité spirituelle et donc dissociée du temps et de l’espace. L’amour n’est pas plus sur le Garizim ou à Jérusalem (Jean IV, 21), dans les temples, les synagogues et les églises ou les mosquées que partout ailleurs quand on aime de dilection.

Ubi caritas et amor Deus ibi est est une évidence pour qui, disant, lisant ou chantant Deus pense Aimer.

 

Dire qu’Aimer est un, c’est dire qu’il est autant plusieurs que communication. Qu’importe les noms donnés aux « personnes » de la Trinité, ni même de dire qu’elles sont trois ou une infinité.

 

Si Amour de dilection vous laisse froid, dites Affection, Tendresse et Respect. Qu’importe les mots s’ils réussissent à viser le sens.

 

24 juin 2004

 

La pensée de la cohérence de l’être est un guide précieux pour l’explorer. Comme en ces jeux où l’on découvre un dessin à partir de quelques points, relier les certitudes de l’être en éclaire les incertitudes.

Faites une table ronde avec Yeshoua, Galilée, Spinoza, Darwin, Bergson, Einstein, Merleau-Ponty, Planck, Foucault, Deleuze, Ricœur et quelques autres ; vous risquez de découvrir des choses intéressantes.

 

Je n’ai jamais vu de corps parfait, mais je sais ce qui manque à tous ceux que je vois pour qu’ils le soient. Cela s’appelle-t-il l’idée de perfection ? Alors, votre nihil est in intellectu nisi prior fuerit in sensu, vous pouvez le remballer.

 

Te rencontrer vraiment dans le secret, sous quelque forme et en quelque irréligion ou religion que ce soit, mais en esprit et vérité donne de te mieux penser en inclinant à aimer comme tu aimes.

 

Pour qui Ubi caritas et amor Deus ibi est est une évidence tautologique, la vieille image de la toute-puissance sacrée est morte.

 

-Comment ne pas parler à Aimer quand on le sait présentissime ?

-Je ne sais plus comment vous le savez présent.

-L’être de l’être fini est nécessairement suspendu à l’être de l’être infini

-Hélas, je n’ai pas la tête philosophique.

-L’Amour se livre à tous ceux et celles qui le désirent pour l’avoir reconnu comme leur bien suprême.

 

une lèvre en sa trace

sur la joue bleue du soir

laisse son souvenir

 

avant qu’il ne s’efface

son paisible au revoir

nous donne de frémir

 

 

25 juin 2004

 

Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux (Matthieu XVIII, 20). Evidemment, là où est l’Amour, là est l’Amour.

 

Yeshoua n’a pas lavé les pieds de ses disciples pour qu’on l’adore dans la gloire ; cela ne tient pas debout. Le qui s’abaisse sera élevé n’est pas la tactique futée d’un imaginaire diurne où le haut est mieux que le bas, c’est une figure où celui qui accueille l’Amour reconnaît le bonheur de s’effacer pour l’autre. Yeshoua a peut-être tenté de faire comprendre que l’image du Dieu très-haut était caduque.

 

quand l’heure vient où les ombres

tentent de conjoindre leur masse

avec les troncs de se confondre

en cette vie qui les efface

 

un sommeil de lumière touche

la paupière éblouie de l’âme

et la bouche close ne goûte

que l’eau vive qui la réclame

 

recluse le jour sous l’écorce

elle refuse l’or du ciel

mais rêve encore avec la sève

de la terre où elle se cèle

 

L’amour de dilection ne possède rien, il vit de donner. L’autre est toute sa joie.

 

La tragédie d’un peuple (qui se croit) élu est d’être pris dans la dialectique du haut et du bas, de l’être au-dessus ou au-dessous des autres peuples. Existe-t-il des peuples qui y échappent totalement ? Chaque peuple rêve qu’il est le meilleur, le number one.

 

26 juin 2004

 

Comment Aimer pourrait-il dire : Jacob, je l’ai aimé ; mais Esaü, je l’ai haï (Malachie I, 2-3) ? C’est impensable.

 

tant l’aube en son brasier de cendres réjouies

du monde au cœur battant d’une folle journée

s’enivre un court instant du regard de l’aimé

et sent courir son sang par toutes les vallées

 

que tout le jour se tend au cœur de la mêlée

notre plaine éblouie de l’œil en son foyer

 

L’interprétation en apprend souvent davantage sur l’interprétant que sur l’interprété. Parfois aussi l’interprétant est plus chargé de sens que l’interprété, qui lui sert de prétexte pour se faire entendre.

Pour découvrir un texte en son esprit, l’interprète doit avoir reconnu en cet esprit une affinité avec le sien, s’être ressenti en lui. Pourrait-on avoir des oreilles pour entendre, recevoir la parole de Yeshoua sur l’amour de dilection si l’on n’avait pas la moindre expérience de cet amour ?

 

Il y a tout de même des domaines, et Aimer en est le meilleur, où il ne faut pas chercher à faire compliqué lorsqu’on peut faire simple. Pourquoi les gens les plus simples n’y auraient-ils pas accès autant que les plus philosophes ? Aimer ne serait pas Aimer s’il ne s’invitait pas à toute conscience sans acception d’intelligence conceptuelle ou de régime mental.

 

27 juin 2004

 

L’amour et la haine sont en leur départ cosmique l’indispensable indissociable couple de l’attraction et de la répulsion (Empédocle dixit); ils sont au bout de leur cheminement à travers toute chair en l’esprit l’autre voulu comme autre dans la pure dilection, tout tendresse et tout respect.

 

Comment ces gens-là ne voient-ils pas la vertigineuse intelligence à l’œuvre dans la matière et dans la vie ? Est-ce sa surabondance qui la leur fait trouver banale ? Est-ce son élégance à se faire oublier qui la leur rend invisible ?

 

un dernier carillon répand

au plus haut de la digitale

les notes claires du vieux chant

du monde en sa quête d’étoiles

 

écoute-le dans la justesse

d’un élan jamais las de dire

que la vie à la vie ne cesse

de lui donner son bon plaisir

 

et lance quelque nouvel air

sur la rime la plus antique

d’une fleur dont l’amour se sert

pour lui enchanter la réplique

 

28 juin 2004

 

Il te faut découvrir ton désir essentiel, et le prendre pour la réalité.

 

Agir pour celui qui est présent dans le secret, c’est agir avec toi (si tu es présent dans le secret, tu l’es partout et toujours, et tu n’es pas un il). C’est aimer de ton amour de l’autre pour l’autre. Marche en ma présence et sois parfait. La perfection d’aimer, c’est d’aimer l’autre pour l’autre.

 

Yeshoua ne disposait pas des concepts nécessaires pour expliquer adéquatement son expérience en son message. Depuis deux mille ans, nos penseurs et plus récemment nos spécialistes du langage, ont fait quelque progrès. Combien de travail nous reste-t-il à fournir pour l’élucider, ou pour montrer clairement que cette expérience est inaccessible au concept, ne se disant que dans le langage de la poésie ?

 

 

l’air en son incessant esprit

pour de rares instants prévaut

en ses jeux où le feu ne dit

que ses soupirs

 

dans la ferveur de l’immobile

où le plus froid et le plus chaud

se donnent les baisers subtils

de leurs sourires

 

pénètre au rêve plus secret

du feu qui anime son eau

en ton sang à l’esprit mêlé

de l’avenir

 

Chez qui ne se soucie que des autres, le souci de sa propre survie s’efface.

 

29 juin 2004

 

Le mystère est l’expérience dont nous n’avons pas encore trouvé le langage pour la dire.

 

Se croire trop honnête pour devoir être poli relève d’un ego malade de lui-même.

 

aveugle face à l’océan

de l’une à l’autre oreille tends

l’écoute que dit le silence

 

l’interminable froissement

du cœur au cœur battant

des grandes eaux s’élance

 

attarde-toi rassemble en toi

le tumulte des mille voix

qui accourent vers cette chance

 

que leur avance ton émoi

en l’aveu de la foi

où la mer danse

 

La pure dilection de l’humain est participation à celle de l’Amour-Infini. Elle ne peut être anéantissement, décréation, indifférence quiétiste, puisque cet amour veut l’autre pour l’autre et non pour lui-même.

Penser que tu ne fais que t’aimer toi-même lorsque tu nous donnes d’aimer l’autre pour lui-même relève plus de l’inintelligence que de l’insulte.

 

Dans le secret, nous dialoguons avec toi ; tu nous y demandes ce que nous voulons autant que nous t’y demandons ce que tu veux. Si la Torah dit que Moïse te parlait comme un ami avec un ami (Exode, XXXIII, 11), qu’il plaidait avec toi et que tu l’écoutais (XXXII, 11, 14), c’est que ses rédacteurs te pensaient comme un être de dialogue qui se cherche des amis avec qui parler face à face. Dire que c’est de l’anthropomorphisme plutôt que de l’expérience de la dilection, c’est ignorer que cette expérience était inouïe dans la pensée religieuse de l’époque.

 

30 juin 2004

 

Ne te parler que de notre inhérente incapacité à aimer de dilection, c’est méconnaître ta sollicitude la plus matérielle à l’égard du monde.

Pour qui prend la vie avec grâce, elle a des hasards merveilleux. La secrète indétermination de la matière, les failles dans la rigidité de l’enchaînement causal, te donne toute latitude pour y intervenir à la demande de tes amis.

 

tendre crapaud assis dans l’herbe

ton jade fait sur l’émeraude

très discret et fort distingué

une pierre semi-précieuse

 

aux regards cupides des gueuses

à te voir ainsi exposé

je prie que jamais ne se perde

ton offrande aux rites de l’aube

 

regagne l’ombre et la pensée

où s’élabore merveilleuse

dans le secret de ses mille ergs

la pâte des métamorphoses

 

La dilection est l’inspiration de tes actes ; l’art, la science et la technique en sont la matière.

 

La maison d’Aimer, c’est Aimer ; le reste n’est qu’échafaudages : le Royaume, l’Eglise, la Trinité, l’Incarnation, la Rédemption, tout cela est géographiquement, historiquement, culturellement marqué et ne peut prétendre à l’universel.

Le dialogue des religions ne peut être un dialogue d’échafaudages. Aimer est la seule demeure qui puisse accueillir tous les humains, les consciences libres de tout lieu et de tout temps dans tous les univers possibles.

 

Marie immaculée conception ? Bien sûr, comme tout le monde, puisque le péché originel est un mythe. Pauvre Papy Hugo, horrifié qu’avec la proclamation du dogme, on le force à croire que

Ces enfants que l’aube aime et que la fleur encense

c’est la honte portant ce masque, l’innocence …

 

La présence réelle dans l’eucharistie ? Bien sûr. Comme partout, l’Amour y est présent dans le secret.

L’incarnation ? Evidemment, l’Amour est prêt à être accueilli par toutes celles et par tous ceux qui l’accueillent en faisant de lui leur grand souci. Yeshoua en est le plus bel exemple pour les chrétiens. Il n’est pas le Dieu Tout-puissant qui Règne dans la Gloire. Il nous propose chaque jour, comme Aimer en Aimer, de nous laver les pieds pour que nous ayons ainsi part avec lui à Aimer. Il nous suffit de laver les pieds des autres, pourvu que ce soit pour eux seuls que nous le fassions et non pour nous-mêmes, que ce soit par « grâce ».

 

Pour pouvoir dire je pense, donc je suis, il faut penser que l’on pense. Le cogito s’établit sur la conscience réfléchie, qu’il encourage. Voilà bien de quoi dire merci à monsieur Descartes.

 

Dire que c’est la foi qui sauve et non les œuvres, c’est dire que c’est l’amour de dilection dont nous acceptons de vivre qui nous fait vivre (Epître aux Romains IV, 2-4).

 

Le je n’a d’autre désir que l’infini-dilection de toi.

 

La survie, c’est plus tard ; la vie éternelle, c’est maintenant.

 

1er juillet 2004

 

la musicienne est morte ce matin

je l’ai trouvée devant la porte

couchée l’œil clos

 

horizontale je l’ai vu jetée

par la brutale concurrence

du vieil enclos

 

en son unique nuance pensé

pourtant j’ai écouté son chant

resté déclos

 

Si la vie est un don de l’instant, il faut dans le secret y rester attentif ; il faut en ta présence marcher, sentir, penser, agir.

 

Les mythes ont le sens analogique des métaphores. Ils ne pensent pas rigoureusement, mais ils donnent à penser. Le péché originel nous rappelle au souvenir de nos gènes de prédateur et de tout ce vaguement connu qui fait obstacle à notre cheminement vers le seul amour digne de notre désir d’être.

 

L’oubli de soi qui ne va pas jusqu’à l’oubli de l’oubli de soi est un leurre. Il ne s’agit pas de s’oublier mais de vivre pour les autres, de ne penser qu’aux autres. La recherche des vertus est une recherche de soi  (les vertus se perdent dans l’intérêt comme les fleuves se perdent dans la mer).

 

L’interprète se révèle en interprétant, et cela vaut aussi pour celui qui interprète l’interprète, et cetera…

 

La logique du qui s’abaisse sera élevé n’est pas celle de l’amour de dilection. Elle appartient à la pensée et à l’agir intéressés que le message essentiel de Yeshoua vient déloger en révélant le vrai visage d’un dieu qui y perd jusqu’à son nom.

 

Il faut tenter un repérage des compatibilités et des incompatibilités des deux langages de Yeshoua tels que les évangiles nous les proposent, celui de la tradition et celui de son expérience, puisque seul celui de son expérience est universel.

 

2 juillet 2004

 

agite tes mèches blondes

doucement dans les souffles

ta face au secret se cache

ta voix jamais ne s’enfle

 

tu rêves dans le jardin

lorsque veille la nuit

au matin il te regarde

sans prononcer ton nom

 

l’automne te chargera

d’une autre chevelure

les souffles te changeront

en douceurs dévoilées

 

« Aime, et pense ce que veux » fait partie intégrante de l’ama et fac quod vis d’Augustin. Car Aimer ne veut penser que le vrai, le beau, le bien. Sans doute ne veut-il pas que le refus des antiques images soit une entrave à la marche vers l’autre, mais il veut qu’il s’en libère lorsque l’autre est prêt à prendre le relais.

 

Avec toi, Aimer, il n’y a plus de barbares, car il n’y a plus de moi qui se prenne pour le centre et la référence.

 

Non seulement le dieu de la Bourse nous prive de notre travail et de notre dignité, abrutit notre intelligence et appauvrit nos pauvres, mais il empoisonne nos puits, emprisonne nos bêtes, rase nos forêts, étouffe notre terre. Défenseurs de la vie, promoteurs de l’autre, unissez-vous.

 

Désir, amour, liberté, immanence, transcendance : des mots dont l’énergie s’épure en sa marche vers l’autre.

 

3 juillet 2004

 

Croire en Aimer, ce n’est pas croire à ceci ou à cela ; c’est aimer de l’amour dont tu nous donnes d’aimer. Que l’on aime ainsi n’apparaît pas dans une croyance à un credo, mais dans le j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger… lorsqu’on le fait par grâce et pur désintéressement.

 

Le soyez saints parce que je suis saint de Moïse (Lévitique, XIX, 2) devient avec Yeshoua : Soyez parfaits comme votre père céleste est parfait » (Matthieu V, 48). Le sacré laisse la place à l’Amour (de tous, y compris des ennemis). Aimer est le vrai nom de l’Eternel.

 

Penser que le moins puisse être la cause du plus ne tient pas la route de la logique. Et l’évolution alors ? Eh bien, cela signifie qu’une énergie intelligente supérieure à son degré final en est la cause. Si vous refusez d’admettre cette évidence rationnelle, ne serait-ce pas parce que vous auriez des réticences envers la notion irrationnelle d’un dieu imaginaire. Quant à penser que le néant puisse être la cause de l’être, n’est-ce pas une énormité logique ?

 

On se trompe moins à te vivre et penser comme un être personnel plutôt qu’impersonnel, même si ta personnalité nous échappe.

 

 

ce vert n’en finit pas doucement de pâlir

drainé de tout son lait au soleil des longs jours

drainé non mais séché concentré pour mûrir

dans la juste patience des gestes de l’amour

 

avant ç’avait été les lunes d’aventure

au secret bien gardé d’une tendre alchimie

avant avant avant depuis la nuit obscure

le faire un grain de blé comme un monde infini

 

4 juillet 2004

 

vol dru des perdrix à la brune

 

ces paires d’ailes sur l’éteule

et le cri bref de leur alerte

en noblesse d’âme concertent

avec un silence qui feule

dans la gueule ouverte des lunes

 

Comment se poser en scientifique démythisé et attacher du prix aux décorations et autres rites ? Est-ce cohérent ?

 

Pas plus que le judaïsme ou que toute autre religion, le christianisme n’est inhérent au message de Yeshoua.

 

La cohérence est une condition nécessaire de la vérité, mais à moins d’embrasser la totalité de l’être et des êtres, elle n’est pas une condition suffisante.

 

Le don pur de l’amour de dilection se suffit. Les religions y prennent leur valeur dans la mesure où elles y participent.

 

5 juillet 2004

 

L’amour de l’autre pour l’autre tient le monde en sa cohérence, inspirant les lois de la matière dès son apparition en notre univers, puis les lois de la vie, les lois de la conscience…

 

La cohérence interne du message spécifique de Yeshoua renvoie à la cohérence de l’humain en tendant à faire disparaître ce qui le contredit. Est-ce le secret de son attirance ?

 

L’autre ne nous sauve pas de nous-mêmes ; il est nous-mêmes, à découvrir en l’aimant.

 

 

inspire

expire

prends et donne le souffle à l’univers

l’endroit

l’envers

tourne et retourne en leur spirale vers

la fin

sans fin

sur le chemin bonhomme qui t’espère

en toi

pour toi

sur toute chair affranchie de la terre

expire

inspire

 

Plutôt que de se taire, mieux vaut faire de la poésie exploratoire et tâtonnante, car le silence qui la précède et qui la suit est tout bruissant de ta présence.

 

Le centre de l’être est un vide infini ; c’est toi, et tu nous y invites.

 

Il ne faut pas présenter la vérité comme une chose à croire, mais comme une invite à penser.

 

6 juillet 2004

 

fouillis d’herbes d’étoiles et de sables

défi irrelevable

 

l’œil en défaut qui ne renonce

s’étonne admire

tente de découvrir

au fond de la ronce la rose

 

ose

croire à son sens à sa présence

 

et son parfum

enfin

s’exhale en l’air épris de l’innombrable

 

Autant et souvent davantage que sur le secret désir essentiel auquel il répondait, Yeshoua, pour faire entendre son message inouï du don pur de l’autre, devait s’appuyer sur la nature humaine et sur la culture juive, sur le besoin et sur la pensée de ceux auxquels il s’adressait. Est-on même sûr que tous ses auditeurs qui se disaient à la recherche de la vie éternelle se souciaient davantage des autres que de leur survie ?

 

La personne est-elle, comme le pensent certains bouddhistes et certains psychanalystes, une illusion ? Ou leur pensée n’est-elle que l’intuition mal comprise d’un moi appelé à disparaître pour que je-tu trouve sa place éternelle ?

 

Comment t’admirer si l’on ne voit pas partout dans l’univers le déploiement de l’intelligence, de la beauté, de la bonté ? Et comment ne pas t’admirer lorsqu’on les voit, entend, sent, touche et goûte ? Comment donc ne pas user de toutes les ressources de la science, de la philosophie et de la poésie pour les mieux connaître et mieux t’admirer ?

 

 

 

 

7 juillet 2004

 

Désacraliser l’Evangile, c’est se donner la chance d’en dégager l’essence du message de Yeshoua et d’en récuser ce qui ne s’y accorde pas.

 

Cette étrange parole du Notre Père : Ne nous induis pas en tentation (Matthieu VI, 13). Peut-on la rapprocher de la tentation de Yeshoua au désert (Matthieu IV) où il est dit que Yeshoua est tenté par le diable, mais aussi que Yeshoua lui répond qu’il ne faut pas tenter Dieu ? On peut penser qu’il existe une réciprocité entre tenter Dieu et être tenté par Dieu comme il en existe une entre pardonner et être pardonné (Matthieu VI, 12, 14-15).

La tentation prend le sens d’épreuve, on le voit dans ce que Yeshoua dit à ses disciples en Luc XXII, 28 : Vous m’avez accompagné dans mes épreuves (tentationibus, dit le latin ; pèirasmoïs, dit le grec. La logique floue, l’analogie qui est ici à l’œuvre fait penser à une situation de tension, de pression à laquelle le disciple comme le maître, l’ami et ses amis, sont soumis. Priez pour ne pas entrer en tentation (Luc XXII, 40, 46). La prière est cette attention intérieure au don, cette vigilance qui permet de l’accueillir et qui, dès lors, débouche sur l’action de grâces en son accueil : Priez avec vigilance dans l’action de grâces (Colossiens IV, 2).

 

Comprendre que le don est inaccessible aux seules forces psychiques, c’est vivre dans le secret la demande pressante et la reconnaissance à l’ami, à toi le présentissime qui te donnes à la mesure de notre désir de toi, Aimer.

 

Les signes qu’il opère, le personnage qu’il présente n’ont avec Yeshoua que des liens contingents. Ils sont objets de croyance ou d’incroyance ; ils ne font pas partie intégrante du don et de son accueil.

 

avant la tâche

pousse la porte

le labyrinthe

te prend en sa patience tâtonnante

que de piège en piège évité

tu t’avances guidée

par ce fil assuré qui mène jusqu’au centre

où le face à face t’attend

et puis que tu reprends

pour qu’à la porte il te ramène

vidée de crainte

et toute forte

jusqu’à la tâche

 

8 juillet 2004

 

Dominations marxiste, fasciste, capitaliste. La dernière est la pire, car elle est acéphale, et protéiforme jusqu’en son nom.

 

On ne peut changer valablement le monde qu’en l’interprétant, car on ne peut le changer sans risque de le perdre et de se perdre si l’on n’en comprend pas le dessein.

 

Le danger d’une lecture figurée d’un texte sacré jugé désormais irrecevable, c’est de garder dans l’inconscient quelques traces de son ancien message.

 

Comme l’hostilité extérieure, la tentation intérieure est une invitation à retrouver la conscience de notre insuffisance radicale de dilection, à reprendre la demande pressante et la reconnaissance.

 

Dans la dynamique de la liberté, l’agir selon la dilection prend le relais de l’agir selon l’impulsion.

 

Il ne s’agit pas de chercher à se déposséder de soi, car c’est encore s’occuper de soi. Il s’agit de se préoccuper et occuper des autres.

 

aveugle écoute la tempête

qu’a-t-elle à dire

en son délire

il n’y a pas de mauvais temps

il n’y a pas de temps maussade

toutes mes fugues et ballades

suites et divertissements

déploient la lyre

l’arc en son rire

et la gloire meurt à la fête

 

9 juillet 2004

 

Faut-il se méfier de la pensée de ceux qui meurent fous ou qui se suicident ? Pour qui refuse la croyance, il faut se méfier de la pensée de tout un chacun, n’y trouver qu’un stimulant au dialogue.

 

L’exploration du don comme totalité le découvre comme un organisme dont l’harmonie révèle la beauté rayonnante. Telle est la vie, la lumière des humains.

 

Dans la dynamique de l’amour, le livre sacré est un moteur ; mais c’est aussi un frein si l’on ne reconnaît pas que l’amour se donne et s’accueille selon cette dynamique du provisoire, et que ses moteurs successifs sont des boosters à larguer lorsqu’ils ont fini de remplir leur mission (et qu’ils sont vides).

 

La pensée analogique vient au secours de la pensée logique ; elle en est souvent le moteur ; et il importe de préciser leurs relations de continuité et de discontinuité.

 

Toute communauté est nécessairement une totalité ; même si elle est ouverture pour son bien, elle est d’abord vécue et pensée comme clôture. L’exogamie et le métissage lui apparaissent comme une chance, mais aussi comme un danger. Le métis est un individu ambigu, suspect à qui craint pour l’identité de sa communauté, dont dépend sa propre intégrité.

 

La rime est-elle une analogie ? Même si l’on nie que le signe linguistique soit toujours arbitraire, même si l’on reconnaît la valeur affective des phonèmes, la rime ne fait que vaguement donner à penser. Mais elle peut éveiller l’esprit engourdi.

 

L’imagination diurne voit le bord des fragments comme des coupures, l’imagination nocturne les voit comme des jointures.

 

Le langage du commandement est une nécessité aussi longtemps que la liberté dernière de la dilection n’est pas vécue et reconnue.

A soixante-dix ans, dit Confucius, j’agissais en toute liberté, je suivais les désirs de mon cœur, sans pour autant transgresser aucune règle. Aime et fais ce que tu veux, disait Augustin.

On ne peut être centré que dans la justesse de la relation à l’autre, dit aussi Confucius. On ne peut être je qu’avec tu dans l’amour de dilection.

 

en ton secret

le regard droit dans le regard

la main ne touche que la main

et les lèvres disent aux lèvres

ce que le cœur connaît du cœur

en ton secret

 

Si tu vois dans le secret, c’est que l’on t’y rencontre de silence à silence. Et comment ne pas chercher à te rencontrer, toi la vie ?

Tu es la vie qui ne se possède pas, tu ne te livres que de liberté à cette liberté que tu nous donnes en nous y invitant.

 

10 juillet 2004

 

Pourquoi refuserais-je toute considération pour les dieux d’Idanre, de Kaïlash ou de Teotihuacan si j’en accorde à celui du Sinaï ? Aussi perfectibles que soient tes images, elles sont utiles à un stade ou à un autre de la dynamique d’Aimer.

 

Un universalisme qui n’est pas dégagé de son milieu culturel est une hégémonie.

 

Si j’aime parce qu’on m’ordonne d’aimer, ou même parce que l’on me dit que c’est mon bien, je suis dans la croyance face à une possible incroyance, dans une obéissance face à une possible désobéissance.

Si j’aime parce que je reconnais l’évidence que c’est le vœu essentiel de mon être, je suis dans la raison. Aimer est la raison d’aimer dès lors que je reconnais que je n’existe que par tu.

 

Si Dieu est Aimer (I Jean, IV, 16), si Dieu est le Père (Jean XIV, 1-2), si Yeshoua et le Père sont un (Jean XIV, 9-10), le Père est Aimer, Yeshoua est Aimer. Et nous sommes appelés à l’être aussi : Que tous soient un, comme toi, Père, es en moi et moi en toi ; qu’ils soient un en nous (Jean XVII, 21).

 

L’amour de don pur est une totalité ouverte sur le bien et le beau. Sans les posséder, il les prodigue à celles et ceux qui ne possèdent rien, car elles, ils n’en font que l’usage du don.

 

L’Amour du don est-il si révolutionnaire qu’il ne puisse échapper à la réaction la plus violente des possédants ?

 

 

le champ qui fume

après la brume

est un encens

pour l’océan

 

les grandes eaux

pour le très haut

disent la messe

de leur ivresse

 

l’air messager

est le berger

qui mène au monde

toutes les ondes

 

quand le feu clair

de la lumière

donne au regard

d’apercevoir

 

11 juillet 2004

 

La poignée des justes d’Israël sauvera-t-elle le judaïsme ? Ou décidera-t-elle de le quitter ?

Le christianisme se détachera-t-il un jour de toute culture pour ne se garder que l’amour du don pur ?

 

Le dieu que Yeshoua a appris de sa culture est céleste et il est père ; celui dont il a fait l’expérience est présent dans le secret, et il est Aimer. De l’un à l’autre, il y a continuité et discontinuité, inclusion et exclusion. Là où il y a discontinuité et exclusion, il faut sans hésiter rejeter le céleste et le père, marqués par un imaginaire déséquilibré.

L’expérience de Yeshoua a été vécue par d’autres avant et après lui, jamais peut-être avec la même intensité. Si elle n’avait été vécue que par lui, personne n’aurait pu l’accueillir ; il en fallait au moins la secrète intuition, comme la source première de notre être et comme son dernier océan.

 

L’amour que nous nous commandons est un amour libre, l’amour qui nous commande ne l’est pas.

Le commandement d’aimer est une invitation à passer le témoin de l’amour éros à l’amour agapè. C’est aussi une invitation à découvrir le Don, car on ne peut aimer d’agapè que par la force d’amour de l’Autre.

 

Pour découvrir les totalités, il faut traquer les contradictions et mettre au jour les cohérences.

 

Il est un désir de pauvreté et d’humilité qui est un instinct de vérité, le sentiment obscur que l’être ne possède ni ne se possède.

 

flocons d’ombelles retenues

qui ne fondent ni ne se posent

votre immobilité repose

et j’aimerais vous regardant

être l’hiver et le printemps

l’été l’automne retenus

 

mais votre joie si retenue

insensiblement se propose

comme la vie en cette chose

que l’on se donne en se donnant

quand l’amour se livre à l’amant

qui se livre sans retenue

 

12 juillet 2004

 

Circularité du don et du pardon. Sous le régime du don pur, qui aime montre qu’il accueille l’amour, qu’il se retourne de l’amour de soi vers l’amour de l’autre, qu’il passe d’éros à agapè. Le péché n’est que l’absence d’amour de l’autre. Qui aime d’amour de l’autre est pardonné, qui est pardonné aime de l’amour de l’autre (Luc VII, 47). Nous n’avons part avec toi que si nous te laissons nous laver les pieds comme tu te laisses laver les pieds et laver les pieds des autres comme tu laves les pieds des autres, reconnaissant que vivre de ta vie, agir de ton agir et être de ton être, c’est être prêt à se laisser laver les pieds par les autres et à laver les pieds des autres, de tous les autres y compris nos ennemis, à leur rendre et leur laisser rendre tous les services de l’amitié.

 

Te représenter en Pantocrator, quelle dérision ! Quel échec ! Mais tu es patient, depuis des millions d’années que tu attends de te faire des amis sur notre planète (oh…si mille ans sont pour toi comme un jour…)

 

L’être est dialogique, relationnel ; mais il ne peut y avoir de dialogue et de relation qu’entre des étants.

 

Séparer la poésie et la réflexion, c’est leur faire perdre à chacune la moitié de leur sens, qui leur vient de leur autre. Leur dialogue renforce leur identité.

 

La logique est diurne, la participation nocturne ; elles dialoguent dans l’alternance évidemment : on ne parle pas à deux en même temps lorsqu’on veut se comprendre mutuellement.

 

elles courbent la tête

elles tendent le cou

au couteau qui attend

dans la main de l’humain

 

ainsi va le destin

de la graine du temps

écartée du grand tout

par la main qui l’arrête

 

mais le coup sur la tête

le couteau sur le cou

se portent au-dedans

endormi de l’humain

 

Les malades de Freud ? Il en a certainement guéri quelques-uns ; il en a sans doute fabriqué pas mal.

 

13 juillet 2004

 

Lorsque Yeshoua dit : Si quelqu’un veut être le premier, qu’il se fasse le dernier de tous (Marc IX, 35), il ne suggère pas une tactique hypocrite ; il donne à entendre que dans l’amour qu’il annonce il n’y a plus ni premier ni dernier, mais l’égalité de la fraternité qui libère de la compétition à l’œuvre dans l’évolution.

 

Tous ces jeux de la télé-réalité ont un point commun : leur but, être le premier, voire le seul.

 

Le dialogue avec l’Ami dans le secret est un dialogue sans paroles, de silence à silence. C’est une évidence pour celles et ceux qui en ont l’expérience, et toutes les théories, matérialistes ou non, qui veulent qu’il n’y ait pas de pensée sans langage, n’en peuvent que rester coites.

 

Lorsque Yeshoua dit : Que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite (Matthieu VI, 3), il n’invite pas à l’inconscience, mais au désintéressement du don pur. Car il ajoute : Ton père du ciel voit dans le secret. Il invite à une attention toute fixée sur le présentissime Aimer qui lui donne d’exercer le don gracieux. Il nous souhaite la conscience de conscience où nous reconnaissons Aimer en acte dans notre agir pour l’autre. L’exercice de l’amour s’opère dans la joie de la reconnaissance de celui qui donne en donnant de donner.

 

Le spectacle de la nature, non pour en jouir, mais pour s’en réjouir. Le beau n’appartient pas ; il exulte, et nous participons à son exultation.

 

 

 

chacune et tous

désir et peine

tendresse et jeu

ivresse et vol

 

aux mêmes champs

aux mêmes airs

d’un même feu

d’une même eau

 

de poids de plume

et d’amertume

d’élan de chute

et d’allégresse

 

courbe tranquille

droite et volute

depuis le sol

jusque là-haut

 

 

bec et cloaque

la patte dure

oreilles et yeux

et l’aile frêle

 

clair et opaque

humide et sec

de sang de bile

d’os et de chair

 

de cri de chant

et de silence

de pas de danse

et d’immobile

 

les oiseaux noirs

les oiseaux blancs

corbeaux criards

mouettes douces

 

14 juillet 2004

 

le village a perdu son nom

nul ne se souvient de son lieu

mais il est là nul doute

plus fort

en son anonyme trésor

 

viens je t’emmène sur le pont

où le temps s’écoule plus vieux

que la plus vieille route

au bord

de son interminable corps

 

je ne sais plus quelles maisons

habite le festin des yeux

ni quelle oreille écoute

l’essor

des oiseaux tueurs de la mort

 

mais si tu entends la raison

du chant pur qui s’élève aux cieux

et vois ce qui déboute

les torts

de tes mots menteurs en leur port

 

tu sentiras sourdre le nom

du secret parfumant le lieu

goûtant la nuit du doute

si fort

que tu connaîtras le trésor

 

Le rythme nous rassure sur l’existence du temps. Si nous l’acceptons en la chair, il nous donne de participer sous sa modalité à tous les rythmes du monde.

 

On a autant de raisons de croire que de raisons de ne pas croire celui qui dit : « je dis la vérité » que celui qui dit : « je mens ». Le langage renvoie dos à dos croyance et incroyance, car il n’y a pas de lien nécessaire entre parler et agir.

 

La communication est le nom mensonger du mensonge des politiques.

 

Ne croyez pas en Dieu, laissez-vous tous les jours laver les pieds par Aimer et lavez-lui les pieds.

 

« Je mens » n’a de sens qu’à côté d’un non-dit. Renvoie le sophiste à son sophisme.

 

Certains des miracles de l’Evangile sont peut-être la manifestation de pouvoirs dont nous avons perdu la trace dans un univers dont bien des secrets nous échappent encore, d’autres l’expression d’une crédulité qui nous effare, ou d’un langage figuré qui nous est devenu étranger. C’est sans importance puisque aucun n’entretient de lien essentiel avec le message du Don.

 

Mantras, chapelets, litanies, techniques hésychastes…Pourquoi ne pas se faire tes amis avec les malhonnêtes mots et gestes?

 

15 juillet 2004

 

Ce qui manque à la compassion des bouddhistes, c’est la conscience du dialogue d’Aimer. Ils ne voient pas que tu es quelqu’un. Ils te confondent avec le vide, ta demeure.

 

Lorsqu’ils deviennent plus lucides, prenant plus forte conscience de la condition humaine, croyants et incroyants doivent affronter l’incertitude. Une fois l’Etre découvert, et découvert comme Aimer parce qu’infini face à des étants finis, il n’y a plus ni croyance ni incroyance. Mais l’absence demeure pour la conscience, car l’Etre est au-delà de la conscience. Celle, celui qui a découvert l’Etre et reconnu la Vie doit affronter le Vide.

Lorsque revient l’absence, entre au silence du silence, attends le vide.

 

Le vent de la folie néolibérale enfle partout, ou presque, sur notre planète. Le commerce devient une jungle où les gros dévorent les petits. La destruction vengeresse du World Trade Center n’a pas ouvert les yeux aux pillards, tellement sûrs d’eux en leur arrogance. La montée du terrorisme international les confirme en leur bonne conscience et en leur mauvaise foi.

 

Dieu est au ciel et dans ses temples, mosquées, églises et autres lieux sacrés. Aimer est partout, et il se préoccupe de la moindre chose. L’économie mondiale et la politique (avec un grand ou un petit p) n’ont pas de secret pour lui, pas plus que tout le reste (musique, linguistique, chimie organique, physique des particules…). Il est être et aucun être ne lui est étranger.

 

les mauves sont revenues

mettre leur douce pâleur

sous le regard ingénu

de l’innocent promeneur

 

il se souvient et s’étonne

d’avoir pu en oublier

la corolle qui rayonne

en sa frêle pureté

 

lorsqu’il s’approche et s’incline

de ce qui semble au plus près

ne pas troubler la câline

en sa chère intimité

 

elle frémit à cet air

que lui souffle admirateur

en sa retenue sévère

le tremblement de son cœur

 

en cet espace ténu

qui les sépare et rassemble

passe une lumière nue

qui ne dit que ce qui semble

 

mais l’obscur et le silence

font de la mauve une sœur

qu’au creux de la main immense

prend la main du promeneur

 

Il faut rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Nous sommes bien d’accord. Mais il n’y a rien à rendre à Aimer, qui ne possède rien et qui nous invite à partager son souci de tout autre et sa quête du dialogue avec toute conscience.

 

16 juillet 2004

 

Il n’est pas plus énorme de penser que la matière, la vie et la conscience ne sont pas simple physico-chimie que de penser que le soleil ne tourne pas autour de la terre.

 

L’inexistence du refus d’Aimer signifierait l’inexistence de la liberté dernière.

Qu’est le Satan de l’Evangile, et que sont ses légions ? Des êtres personnels ? Des personnifications du non-amour, du refus du Don ?

 

Que veulent nous dire les panthéismes et les non-dualismes ? Que cherchent à dire les animismes et les polythéismes ? Ta présentissime présence, dont nous n’arrivons pas à cerner le comment et dont le message de Yeshoua nous livrerait le secret : Aimer, qui est ton être même, ta volonté de faire de l’autre avec toi-même, de te donner des autres et jusqu’à des égaux « amorisés » qui te répondent avec les énergies d’amour dont en toi ils disposent ?

 

De Luther à Nietzsche et à tant d’autres, à chacun son Dieu est mort. Aimer a montré le vrai visage de l’Etre. Ne parlez plus de Dieu ; on a tué en son nom, et cela continue, davantage qu’au nom de la liberté et de l’égalité (God bless you, Mister Bush ; Allahou akbar, Al hadji Bin Laadin).

 

Ce qui ne se laisse pas enfermer dans les mots ne se laisse pas rejeter dans l’inexistence par les déificateurs de la parole. Il leur tient obstinément tête dans la tête des penseurs de l’être.

 

 

les jacées déjà préparent

leur entrée en belle scène

répètent les mots que l’art

imagine avant qu’il vienne

 

mille faces en coulisse

sur mille figures dressent

un arrangement propice

aux venues de l’allégresse

 

la route des spectateurs

inattentifs et pressés

risque bien de manquer l’heure

du grand spectacle annoncé

 

si dans les pas des marcheurs

ne se glisse une pensée

pour toutes les âmes sœurs

qui attendent leurs baisers

 

le mauve sombre bientôt

déclora le rideau vert

et au murmure des mots

se mêlera l’univers

 

sauras-tu bien les entendre

parfumés de la tendresse

que te prépare la cendre

de ton cœur brûlé d’ivresse

 

dans les applaudissements

de ta paupière éblouie

retentira l’océan

pour les vagues de la vie

 

17 juillet 2004

 

Si Yeshoua se dit être le fils de l’homme maître du sabbat (Luc VI, 5), c’est que l’amour qui l’investit ne reconnaît d’autre agir valable que celui d’Aimer.

 

Je répandrai mon esprit sur toute chair (Joël III, 1) : c’est le désir et l’espoir , la vocation de l’humain. Vivre de l’Esprit, c’est Aimer.

Inspiration de l’agir autant que du penser (le parler ou l’écrire ne sont que dérivés et contingents). Et le penser inspiré par Aimer n’est pas celui de la spéculation mais celui de l’intuition. C’est un penser dont tout humain est capable de par son humanité. Car Aimer est égalitaire ; il n’élit pas, il se propose à tous, aux futés et à ceux qui le sont moins.

 

Lorsque le désir humain fondamental dévie de son objet, il devient destructeur, car il est infini et ne peut se satisfaire d’une possession et d’une domination finies.

 

Aimer n’est pas une figure mathématique. Dire que Dieu est unique et trinitaire, c’est parler métaphoriquement d’Aimer, qui unit plusieurs au point qu’ils partagent tout. Un amour seul serait un amour de soi, l’envers même d’Aimer et le mépris de l’autre. Si votre dieu s’aime lui-même, ce n’est pas Aimer.

 

aveugle touche la peau

du caillou et de l’argile

de la cendre du terreau

et des grains du sable agile

 

ce qui s’enfonce ou résiste

ce qui dure ou se défait

t’emmènera sur les pistes

vers le cœur de la forêt

 

le grand silence des yeux

qui donne à tes doigts de voir

achemine jusqu’au lieu

où se propose l’espoir

 

18 juillet 2004

 

mais la forêt est vide

et le cœur est partout

marche je suis ton guide

avance jusqu’au bout

 

tu quittes les sentiers

car le fourré t’attire

et le feuillage épais

te montre ton désir

 

tu perces les halliers

qu’au clair où tu arrives

se dresse le rocher

d’où jaillit ton eau vive

 

mais la forêt est vide

et le centre est partout

marche je suis ton guide

au cercle jusqu’au bout

 

Cherchant un dieu sensible au cœur, Pascal ne pouvait qu’être effrayé par le silence de l’infini.

 

Pour qui a reconnu dans les Evangiles le message total d’Aimer, la lecture de la Torah est une recherche de son émergence.

 

La participation est le concept clé du non-dualisme, la résolution de la coupure dualiste et du tiers exclu.

 

Aimer se pense en une totalité si compacte qu’elle développe une syntaxe de circularité et de réversibilité.

Le péché est le refus d’Aimer. Le salut est l’accueil d’Aimer, comme le don et le pardon. Dans la doctrine chrétienne, le nom commun du Père, du Fils et du Saint-Esprit est Aimer.

 

Nous autres Occidentaux ne sommes pas les seuls responsables du terrorisme, pas plus que des excès du sionisme, mais nous pouvons tout de même balayer devant notre porte en invitant les autres à le faire.

 

Dans les Evangiles, le message d’Aimer apparaît inextricablement mêlé à l’espérance juive. Il est cependant si structuré et si distinct qu’il s’en détache sans arrachement.

Les continuités et les discontinuités qu’il entretient avec elle font partie de son essence en ses conditions d’émergence.

 

Une vie éternelle faite d’incessantes rencontres et échanges, et dont la matière serait celle des mondes.

 

19 juillet 2004

 

le don fait faire à tout autre sa place

chacun avec chacun échange son espace

ô beauté d’aimer

 

Il ne faut retenir de l’Evangile que ce qui y est lié à l’amour de bienveillance par des liens de nécessité et d’inhérence, ce sans quoi il ne peut être ce qu’il est.

 

Est-ce encore chercher que chercher en sachant ce que l’on doit trouver ? Mais l’inconnu recherché ne peut être que cohérent avec le connu, sauf à mettre le connu en question.

 

Ne pas comprendre le cercle herméneutique, c’est ne pas comprendre qu’il n’existe de problème de l’œuf et de la poule ou de la pensée et du langage que pour une logique binaire.

 

La propriété privée n’aime pas beaucoup la participation mystique.

 

Penser que le contraire de l’amour de soi c’est la haine de soi relève de la logique binaire caractéristique du régime mental diurne de l’Occidental dominant. Aimer ne se hait pas ; Aimer s’oublie en pensant à l’autre, qui est toute sa joie.

 

L’autre n’est ni mon devoir ni ma loi ; il est mon amour et ma grâce.

 

 

la marée de la nuit a effacé l’empreinte

sur la plage le sable est pur

 

une nouvelle marche attend de faire signe

sur la page de l’éphémère

 

les pas ligne après ligne écriront le poème

que les vagues viendront chanter

 

et puis donner à boire à la grande mémoire

pour qu’aucune voix ne se perde

 

en la nuit des marées où dix mille murmurent

l’une à l’autre l’unique amour

 

Le devoir de mémoire, c’est de nous rappeler chacun notre capacité à commettre l’horreur.

 

20 juillet 2004

 

La présence d’Aimer dans le secret n’est pas une présence extérieure ou intérieure, car Aimer est esprit et non espace. C’est une présence d’être constitutive d’Aimer donnant l’être à son autre, le poussant vers la conscience pour l’inviter à devenir partenaire.

 

Peu de gens, même en Occident, peuvent se passer de rites. Mais quels liens les rites entretiennent-ils avec Aimer ? Des liens non nécessaires, qui peuvent être plus ou moins utiles et plus ou moins nuisibles selon qu’ils manifestent ou occultent Aimer.

 

ce couple ailé à la juste hauteur

battant d’un même rythme une juste vigueur

a retendu le ciel en une ligne dure

comme une certitude

 

calme cheminement l’un sur l’autre appuyé

pour le traversement d’un horizon mouillé

vers sa destination en l’anonyme sûr

d’une béatitude

 

quelle docte ignorance les pousse à se bannir

quelle obscure mémoire leur dit un avenir

en ce duo conduit par la béance pure

de leur incomplétude

 

Le sacrifice pour le rachat des péchés, avatar de l’insubmersible bouc émissaire, est incompatible avec le fonctionnement du pardon dans le Don.

 

On ne peut valoriser le dialogue pour le dialogue que si l’on dévalorise l’objet du dialogue. Entre religions, cela suppose de reconnaître que le dieu que l’on vénère n’est pas un absolu.

Il faudrait être bien optimiste pour croire que c’est possible. Une religion est plus attachée à son credo qu’une moule au rocher. N’est-ce pas le rocher qui la sauve ? Béni soit le Seigneur mon Rocher (Psaume CXLIV, 1). Aimer est détaché de tout ce qui n’est pas Aimer.

 

 

21 juillet 2004

 

Aimer ne se révèle qu’en ceux qui le révèlent, comme il ne donne qu’en ceux qui donnent et ne pardonne qu’en ceux qui pardonnent.

 

Le silence d’Aimer aussi est une perle de prix pour laquelle il faut savoir vendre pas mal de paroles.

 

Désacraliser les Psaumes permet de les passer au crible d’Aimer pour y exalter son émergence en en rejetant les horreurs.

 

La pesanteur ne s’oppose pas à la grâce comme le mal s’opposerait au bien. La pesanteur est l’attraction des corps, indispensable à l’ordre de l’univers. La grâce est le don d’aimer l’autre pour l’autre. Pesanteur et légèreté, attraction et répulsion, amour et haine héraclitéennes, le même et le différent…sont ses énergies servantes.

 

Sur des pensers nouveaux faisons des vers antiques ? Peut-être. Il s’agit simplement d’écrire ce qui se donne à penser en rythmes et images pour une liturgie quotidienne toujours nouvelle toujours ancienne dans le flux fidèle du temps créateur.

 

trois grands gaillards au petit pas

de leurs pattes dégingandées

arpentent la plaine de l’aube

s’arrêtent flânent et circulent

 

l’une se roule et l’autre garde

sous le long radar des oreilles

un intérêt de partenaire

pour le ventre blanc qui s’ébat

 

le troisième un peu retiré

discret patient compréhensif

attendri peut-être surveille

cette merveille des années

 

mais le monstre sur le bitume

qui surgit dans l’immense paix

les fait détaler noblement

vers l’à portée de la lisière

 

bonne journée frères de sang

et sœur dans la plaine unanime

votre grand spectacle dansant

jusqu’au crépuscule m’anime

 

 

 

 

22 juillet 2004

 

Lorsque Kierkegaard disait qu’il fallait vivre en contemporains du Christ, il ne pouvait sans doute savoir qu’il était fidèle au schéma des rites religieux les plus antiques, au retour à l’origine actualisée dans la cérémonie.

 

Pourquoi fallait-il que Yeshoua s’acharnât dans la violence verbale contre les prêtres ? Etait-il prisonnier de son image de prophète d’Israël et de Serviteur souffrant destiné à une mort violente pour le rachat des péchés ?

 

Wittgenstein aurait-il dit qu’il fallait passer sous silence ce que l’on ne peut dire clairement ?

Aurait-il ignoré le langage poétique ?

 

ne te fais-tu pas

mon gémissement

quand mon impuissance

doucement te presse

en ton grand silence

et que l’impossible

respire sans cesse

ta présence obscure

privée de tendresse

 

ne pourrais-je pas

à force de cris

étouffés au fond

du sang attristé

te faire moins proche

que l’être de l’être

et te reconnaître

au visage pur

que la mort te donne

 

n’abandonne pas

l’ami qui te manque

si tu n’es pas moi

je ne suis pas toi

notre face à face

aura la violence

de l’éblouissance

où le cœur défaille

en ta connaissance

 

Comment désirer rester dans la chair plus longtemps quand elle se défait pitoyablement, que la tête s’en va surtout, alors qu’on te sait si proche en ton absence ?

 

La conscience de conscience n’est-elle pas l’évidence du détachement de l’esprit de la chair ?

 

 

 

L’incroyant attiré par les valeurs évangéliques n’a pas à douter de son incroyance ni à retenir l’eau du bain avec le bébé. Il lui faut seulement chercher ce qu’est le bébé, isoler ce qui fait la valeur de l’Evangile, le Don de l’amour de l’autre.

 

23 juillet 2004

 

La poésie vise à l’inhérence entre la parole et les intuitions du sentiment et de l’intelligence.

 

l’essaim de sansonnets qui s’abat au buisson

rassemble ses esprits pour une autre façon

 

dans le fouillis des feuilles où fourmillent ses joies

son flot trop familier en folie se déploie

 

son envol et ses vagues sont la vive raison

qui bien vite s’en va vivre pour l’horizon

 

Yeshoua n’a pas lavé les pieds de ses disciples pour qu’à son nom tout genou fléchisse (Philippiens II, 10). C’est contraire à l’inhérence de l’Amour.

 

La seule valeur de l’au-delà est l’amour de l’autre comme autre. Celui, celle qui n’aime pas ainsi ne peut survivre. A quoi bon survivrait-il, elle, puisque cet amour-là ne l’intéresse pas ?

La « grandissime gloire » des « élus » n’a rien à voir avec la gloriole humaine ; c’est le pur rayonnement de l’amour des autres. Si la gloire dont le Nouveau Testament ne cesse de parler n’est que le désir d’un ego hypertrophié, elle contredit le message du Don de l’amour de l’autre où le moi s’efface.

La récompense de l’Amour n’est pas une compensation ; elle lui est inhérente, elle est lui. Dans la course au trésor de l’Amour, le trésor est la course.

 

Si tu ne me laves pas les pieds, je ne puis te laver les pieds. Tu précèdes, tu es grâce.

 

Aimer est dialogue, et il est impensable que nous ne puissions communiquer avec toi.

 

Il n’y a pas de peuple élu : Aimer est liberté dernière de la personne. La parabole du bon grain et de l’ivraie peut faire comprendre que l’on trouve des personnes qui accueillent Aimer parmi d’autres qui ne l’accueillent pas, et réciproquement (Matthieu XIII, 36-43). C’est aussi ce que montre la division qu’opère le choix d’Aimer au sein même des familles (Matthieu X, 34-37). La liberté est une des inhérences de l’Amour.

 

24 juillet 2004

 

il est une aube claire où l’horizon s’écrit

par un point une ligne en un instant saisis

comme un livre roulé au plus loin de la terre

dont les phrases se lisent jusques à la dernière

 

et l’on se sent soi-même être d’un grand ouvrage

quelques mots hésitants ou peut-être une page

mais qui ne prend son sens qu’au milieu de la phrase

que tiennent les étoiles animées par l’extase

 

Pourquoi ne pas inventer des mots si l’on en ressent le manque ? Mais il faut qu’ils soient immédiatement compréhensibles, ou presque. Parler d’éblouissance et non d’éblouissement, c’est donner langue à une force plutôt qu’à son résultat. On ne peut pas constater les multiples limites et insuffisances de sa langue sans tenter de la perfectionner (au diable Richelieu et son Académie !)

 

Aimer n’a pas de nom propre, il s’efface en son agir pour l’autre, qui n’est même pas son autre, mais l’autre simplement puisque l’amour ne possède pas. Parler de la puissance et de la gloire et même du nom de Dieu (au-dessus de tout nom), c’est n’avoir pas compris le Don.

Mais tu demeures au plus proche, si bien que tu n’es jamais vraiment il. Tu es toujours tu. Tel est Aimer que rien ne s’oppose à lui, si ce n’est la liberté de l’autre, elle-même inhérente à la tienne. Telle est la puissance d’Aimer que l’autre est autre sans cesser de participer à l’être infini (comment le pourrait-il sans cesser d’exister ?).

 

Aimer ne s’impose pas, il se propose. S’il y avait des preuves irréfutables de son existence, ne s’imposerait-il pas ? Il se laisse trouver, à tâtons, par celles et ceux qui cherchent, qui entendent le désir de l’être de leur être et tentent d’y répondre.

 

S’il t’es fidèle, celui, celle qui parle de toi ne peut être qu’anonyme. A défaut, dans un monde qui n’y comprend goutte, il peut au moins se faire pseudonyme. S’il est découvert malgré lui, il invite tout de même encore à être reconnu dans son désir de ne pas l’être.

 

Le tiers est le tu de plus d’un je.

 

Penser que Dieu est Trinité, c’est penser qu’Aimer ne peut être seul, que tu es unité-diversité, altérité d’altérité.

 

25 juillet 2004

 

légère et vive

elle s’active

de corolle en corolle

de bouquet en bouquet

de jardin en jardin

file se pose

et toute chose

par elle se relie se féconde et espère

en lui donnant partout le vivre et la lumière

force du temps

où les amants

se referment et s’ouvrent

se cachent se découvrent

s’écartent se retrouvent

en l’âme vive

au cœur active

 

Pour ne pas tourner autour des mots comme une phalène autour d’une flamme, il faut avoir compris qu’ils n’étaient pas la pensée.

Penser qu’on ne peut pas dire que le rien n’est rien à cause du verbe être, c’est ne pas comprendre la plasticité des mots, à qui l’on peut faire dire n’importe quoi, y compris l’erreur la plus grossière. Et dire que rien n’est rien ne sert à rien.

 

Comprendre que deux et deux font quatre depuis que le monde est monde, et même de toute éternité, c’est se sentir invité à penser qu’il y a toujours eu une conscience pour le penser.

 

Si quelqu’un arrive à prouver que Dieu existe (ou simplement à prouver qu’on ne peut pas prouver qu’il n’existe pas), ce Dieu-là n’est pas toi. Evidemment, puisque tu n’es pas Dieu, mais Aimer.

 

Notre pensée ne confère pas plus l’existence au néant qu’à l’infini ; mais les qualités du néant, c’est-à-dire leur absence, en montrent l’impossibilité ; ce qui n’est pas le cas pour l’infini.

 

Aimer ici maintenant devrait tant nous absorber que l’espérance deviendrait toute secondaire. Aimer donne au vivre en l’instant son sens ultime.

 

26 juillet 2004

 

Il n’y a pas d’autre condition au pardon de nos manquements à l’amour que notre pardon du manquement des autres à l’amour. Rien d’étonnant à ce que nous ne nous en sentions pas la force : aimer ainsi est le don d’Aimer. Mais Aimer pourrait-il refuser de se donner ? Il ne serait pas Aimer (et qu’y vient faire la mort de Yeshoua ?). Votre Dieu pardonne par grâce impériale ou présidentielle, Aimer pardonne parce qu’il est Aimer et qu’aimant il donne d’aimer (aimer pardonne, et nous ne pouvons aimer les autres sans les pardonner).

 

Aimer veut l’autre. Etonnez-vous qu’il multiplie, qu’il diversifie les mondes, les espèces, les langues, les cultures. S’il rassemble, c’est en faisant de chaque conscience le tu de toutes les autres.

 

Aimer est présent à tous en sa sollicitude : les lis des champs (Matthieu VI, 28), les oiseaux du ciel (vs. 26), les cheveux de votre tête (Luc XII, 7). Pourquoi voudriez-vous que je le cherche ailleurs que partout dans le secret ? Où irais-je loin de ton esprit ? Où fuirais-je loin de ta présence ?…Mon corps ne t’était pas caché lorsque je fus formé dans le secret…  (Psaume 139).

 

Les morts pardonnent-ils ceux qui les tuent ? S’ils pardonnent, c’est qu’ils aiment, c’est qu’ils ont accueilli Aimer. S’ils ne pardonnent pas, c’est qu’ils ne L’ont pas accueilli. Et s’ils ne L’ont pas accueilli, existent-ils encore ?

 

Pourquoi craindre pour votre identité si Aimer la souhaite ? Mais c’est une identité qui fait de toute autre son tu. L’identité qui sépare et s’exalte mène à la mutuelle destruction.

 

Tout visage évoque son histoire et son éternité.

 

as-tu jamais vu pareil

rassemblement des ombelles

échelonnant les merveilles

de leur pure ribambelle

 

au long des champs des chemins

que leur laisse notre main

elles répètent l’entrée

et la sortie de l’été

 

pourtant pas une en l’espace

qui se prenne une autre place

que celle que le hasard

lui révèle en son espoir

 

d’autres herbes d’autres plantes

trouvant à lancer leur voix

proces si onnent et chantent

jusques à l’orée des bois

 

27 juillet 2004

 

Les mots « désir », « amour », « liberté » sont des poignées commodes pour saisir des réalités analogues et diverses. Ces réalités font partie d’une dynamique commune qui va du soi vers l’autre.

La continuité-discontinuité entre l’amour éros et l’amour agapè est analogue à celle qui unit et sépare le désir de l’autre pour soi et le désir de l’autre pour l’autre, et l’analogue de celle qui sépare et unit la liberté centrée sur soi et la liberté d’être qui nous pose en face à face avec Aimer.

 

S’exprimer de façon binaire est trompeur. Il s’agit d’un processus continu-discontinu en marche en notre univers depuis l’énergie-esprit indifférencié jusqu’à l’apparition de consciences capables d’Aimer.

 

au fouillis des pailles coupées

qu’en sa marche la machine

aligne en andains occupés

à tenir

les yeux dessinent

un arrangement parallèle

et la perpendiculaire

de la route en son cœur fidèle

hélas triomphe de l’air

 

réconcilie les ennemis

que dans l’antique al li ance

des lignes

à l’infini

ta parole les fiance

 

Préserve-moi de m’en aller comme un débris qui a eu peur de mourir et préféré perdre la tête.

 

 

 

 

28 juillet 2004

 

Pour découvrir un peu plus le réel, il faut admettre que l’on peut se tromper sur lui, admettre surtout qu’il est cohérent et en tirer les conséquences pour ce que nous tenons comme réel et qui n’est pas compatible avec la totalité en sa cohérence.

 

On ne peut à la fois croire au déterminisme absolu du monde et à la liberté humaine. Et garder les choses dans le flou en se contentant de l’ignorance ne convient pas à l’intelligence humaine.

 

On ne peut accueillir Aimer et exclure qui que ce soit de l’amour de l’autre pour l’autre. Comprendre qu’Aimer est le secret dernier de l’être donne de comprendre aussi qu’on ne peut refuser d’accueillir quelqu’un à cause de sa croyance, de sa race, de son sexe, de son âge, de sa condition sociale ni de quoi que ce soit d’autre qui nous pourrait désagréer.

Il est impensable qu’Aimer veuille davantage le bien de celui-ci que le bien de celui-là. Mais il ne peut rien pour quiconque refuse de l’accueillir, car il veut l’autre aussi libre que lui-même. Si les apparences nous invitent à refuser cette pensée, c’est que les apparences sont parfois trompeuses, que nous ne savons pas, entre mille autres choses, ce qu’est la mort.

 

La cohérence de l’être nous invite à chanter Aimer en toute chose.

 

la main machine a déposé

au champ sa géométrie

 

et ta lumière s’en empare

pour l’emmener en son rêve

 

car elle sait comment oser

la grâce qui fait du tri

l’arrangement de cet art

que ta douce main soulève

 

nous irons marcher sur l’éteule

où dans l’extase s’esseulent

les mains aux mains embrassées

de mains de paille pressées

 

nous irons marcher seul à seul

chacun vers chacun pressé

où nos mains jamais ne veulent

qu’aimer le champ rassemblé

 

29 juillet 2004

 

Dieu demande l’obéissance, Aimer cherche le dialogue.

 

Aimer se présente sous l’image que l’on se fait de lui. Il n’est Aimer que dans la mesure où nous accueillons l’amour en aimant les autres de l’amour qu’il nous donne.

 

N’a-t-on pas besoin du grand silence pour mourir en ta présence et se préparer à la rencontre ? Préserve-nous à cette heure-là de la sollicitude bruyante de nos proches qui veillent sur la mort d’un des leurs en pensant à ce que sera la leur.

 

Les autres nous sauvent de nous-mêmes, mais c’est d’abord par la conscience que nous gardons d’eux. Et comment avoir mieux conscience d’eux que dans ton grand silence ?

 

La théologie de l’Amour exclut la théologie de la Parole. Les textes de Jean : au commencement était le Verbe et le Verbe était Dieu (Jean I, 1) et Dieu est amour (I Jean IV, 16) sont inconciliables. L’Amour rassemble les consciences, la parole les divise. On ne fera jamais l’unité des consciences autour d’une doctrine, qu’elle soit religieuse ou philosophique. La pensée est du domaine de la diversité. Seul Aimer est unique, et d’une unicité qui invite la diversité des milliards de consciences à la réciprocité du je et du tu.

 

Yeshoua au bout du chemin devient un frère parmi des milliards d’autres, un frère privilégié sans doute pour celles et ceux à qui il a appris Aimer.

 

poussière des étoiles

et flot des origines

ici tissent leur toile

ensemble se raffinent

 

le sang par ses rivières

la lymphe en ses rivages

descendent des nuages

descendent vers la mer

 

et la terre du corps

et la terre des mondes

se concertent encore

au voyage des ondes

 

car cette eau qui nous hante

et cette eau dans les airs

se font signe et se chantent

un duo de lumière

 

30 juillet 2004

 

L’accueil du Don d’Aimer ne requiert pas une intelligence ou une sensibilité supérieures. Le Don ne serait pas le Don d’Aimer s’il n’était offert à toute conscience. Il n’a même pas besoin d’être compris pour être vécu. L’Evangile dit que l’on peut donner à manger à ceux qui ont faim sans savoir qu’on le fait par la grâce du Don (Matthieu XXV, 35). Il suffit de le faire pour l’autre et non pour soi pour participer ainsi à la vie éternelle d’Aimer.

Celles et ceux qui vivent pour les autres sont tout de même conduits à une conscience plus forte des tenants et des aboutissants de leurs actes, à une découverte plus évidente d’Aimer et de sa joie.

 

dans la vigne touffue leurs appels

innocents répondent au bruit

des pas tranquilles en la ruelle

qui s’arrêtent près de ses fruits

 

la simple écoute donne leur vie

sans que jamais la main ne cueille

la tiédeur fragile où s’attendrit

la mère obscure sous les feuilles

 

de les savoir là-bas qui s’élancent

bientôt du bord de leur abri

donne au rêve attentif une chance

du partage où le cœur frémit

 

31 juillet 2004

 

Allez dans le monde entier, prêchez l’évangile à toute créature » (Marc XVI, 15). Mais qu’a à faire toute créature avec le temps et la culture du Proche-Orient antique ? Il n’y a qu’un message de l’Evangile qui ait le droit et le pouvoir de l’intéresser : c’est le Don d’Aimer.

Est-il bien nécessaire de s’habiller avec des vêtements d’un autre temps et/ou d’un autre lieu lorsqu’on cherche le Don d’Aimer ?

Le Don d’Aimer n’a rien à perdre avec la démythisation de la religion. Il en est une des causes.

 

Le message du Don d’Aimer est d’une telle simplicité…Mais pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué et que faire compliqué inspire le respect des intelligences qui se possèdent et tirent gloire de leur cénacle ?

 

La logique d’éros ? Plus on y pense et plus on y pense, moins on y pense et moins on y pense. Si l’on redoute d’être possédé par ses désirs, il faut en détourner son attention. L’autre comme autre est le meilleur remède aux obsessions ; qu’il soit un remède fait partie de ses surcroîts, car on ne peut en faire un moyen.

 

observe l’étoile

regarde la terre

observe l’endroit

regarde l’envers

 

 

1 août 2004

 

un temps pour le jour

un temps pour la nuit

lumière et ténèbre

marchent à l’envi

 

entend l’océan

dit le goéland

écoute le ciel

écrit l’hirondelle

 

hume le fumier

dit l’herbe coupée

sens les aubépines

parle des résines

 

palpe la pelure

dit l’écaille dure

touche le pelage

chante le plumage

 

 

savoure le miel

discute le sel

goûte le safran

écrit l’origan

 

un temps pour le faire

un temps pour le taire

un temps pour l’écrire

un temps pour le lire

 

Les autres nous libèrent de nous-mêmes et de nos limites, mais c’est parce qu’ils deviennent le but de notre communion.

Dans l’ordre de l’Amour, nul n’est le moyen de personne. Aimer est le premier à se comporter ainsi et nous invite à participer à son agir.

 

Renaître de l’eau et de l’esprit (Jean III, 5) ? Il ne s’agit pas de renaître, il ne s’agit pas de l’eau, sauf à parler par métaphores. Il s’agit d’accueillir l’esprit d’Aimer, l’Esprit-Aimer. Il est esprit, telle est la vérité de son être (Jean IV, 23), ce qui est né de l’esprit est esprit (Jean III, 6).

 

Aimer multiplie l’autre. Sa liturgie est un jaillissement de formes nouvelles, non le ressassement rituel d’une origine mythique en vue d’une fin mythique.

 

2 août 2004

 

L’équité n’est pas le but de la justice des tribunaux humains, même s’ils ne peuvent fonctionner sans en donner l’impression ; le but de cette justice n’est que la paix sociale, et ce n’est déjà pas si mal.

 

L’humanité en est à des années-lumière de l’accueil unanime du Don. Le Don d’Aimer est le mode d’emploi de l’humanité parce qu’il est le secret de l’être, mais bien peu encore semblent l’avoir deviné.

 

Peut-on présenter la pensée d’un philosophe sans y mêler la sienne ? On peut en douter lorsqu’on lit, par exemple, quelques présentations de celle de Spinoza. Lorsque Spinoza pense (mais le pense-t-il vraiment ? Le pense-t-il, par exemple, de la manière dont le présente Bergson ?) que l’amour que nous avons pour Dieu et l’amour que Dieu a pour nous sont un seul et même amour, pense-t-il ou ne pense-t-il pas ce qu’insinue Yeshoua lorsqu’il dit : Si vous ne pardonnez pas, Dieu non plus ne vous pardonnera pas (Matthieu VI, 14-15) ?

Le pardon, cette forme par excellence du Don d’Aimer, est une force d’amour que l’on accueille ou que l’on accueille pas : Ses nombreux péchés sont pardonnés parce que / puisque / car (quoniam en latin, oti en grec ; mais quoi en araméen ?) elle a beaucoup aimé (Luc VII, 47). Il y a simultanéité, circularité du pardon et du don, parce qu’il y a en la conscience humaine participation à la conscience d’Aimer. « Aimer Dieu », c’est participer à l’amour qu’il a pour tout être. Ce n’est peut-être pas ce que pensait Spinoza, mais ce qu’il a écrit peut inciter à le penser.

 

glisse pure on dirait

que le héron ne vit que pour ses ailes

ou que l’air immobile à la porte du soir

se fait leur serviteur

 

 

quelle flamme intérieure

dans une même forge façonne le miroir

où l’un à l’autre se dit l’éternelle

aventure en secret

 

Immanence et transcendance ont-ils encore un sens lorsque l’infini est en jeu ?

 

3 août 2004

 

Pensez-vous que le monde irait vraiment mal si la majorité des humains se comportait comme les Abbé Pierre ou les Mère Teresa ? Ou croyez-vous que ces gens-là sont malheureux parce qu’ils ne pensent qu’aux autres ?

 

Si la vérité est bien la conformité au réel de la représentation qu’on s’en fait, on comprend qu’elle libère lorsqu’on agit selon ce qu’on pense de soi-même si ce que l’on pense de soi-même est conforme à la réalité. La liberté est en effet de pouvoir agir selon son être. Si le dernier mot de notre être est l’amour de l’autre pour l’autre, comme l’insinue Jean en disant que Dieu est amour (I Jean IV, 16), on se libère à aimer ainsi.

Il y a circularité entre l’agir et le penser. Celui, celle qui aime découvre qu’aimer est le dernier mot de son être. Celle, celui qui veut aimer ainsi découvre qu’elle, il n’est pas sa propre force d’aimer, que la force d’aimer est l’être de son être et que l’être de son être lui échappe. L’être de son être est Aimer, qui lui offre d’aimer comme lui-même en toute liberté, car l’amour de l’autre est libre en sa proposition comme en son accueil.

Pourquoi en est-on réduit à dire ces choses d’une manière si compliquée qu’elles risquent d’échapper à des intelligences peu déliées, alors qu’elles sont la simplicité même en leur inhérence ?

 

de jour en jour invente

le jamais vu que l’espace découvre

en ses sources et ouvre

 

odyssée des courants

des océans des cieux et de la terre

qui s’écartent se serrent

 

liturgie des nuages

permutations de formes et de teintes

d’échappées et d’étreintes

 

chorégraphie des ailes

déployant leur puissance leur finesse

renouvelées sans cesse

 

farandole des fleurs

boutons corolles et chutes de pétales

de mouvement d’étales

 

caravanes de cornes

ou de mufles pointés vers l’horizon

des eaux et des saisons

 

tourbillons de visages

d’amours et de pensées en longues marches

vers la fête de l’arche

 

de jour en jour invente

le jamais vu que l’espace découvre

en ses sources et ouvre

 

4 août 2004

 

nous irons voir couler le fleuve

infiniment

de ce qui vient de ce qui va

debout sur la haute colline

nous saurons immobiles

que la vie est la vie est la vie est la vie

et des heures et des heures

son eau vive emplira nos regards de sa force

infiniment

 

Si nos enfants nous échappent, s’ils doivent nous échapper, c’est que ce sont des personnes, des invités d’Aimer à Aimer.

 

Aimer dans l’Evangile ne propose pas un salut psychologique mais ontologique. Aimer se propose comme l’accès des consciences à l’être de leur être, qui est Aimer. Le reste est conséquence et surcroît.

 

Aimer ne parle pas, n’a jamais parlé. Et pourtant on peut dire, par métaphore puisque Aimer n’est ni lumière ni ténèbre, qu’Aimer éclaire tout humain (Jean I, 9) parce que la vie est la lumière des humains (Jean I, 4), que cette vie c’est Aimer même, le mot « vie » étant la métaphore la moins mauvaise pour nous faire comprendre son être, l’être à quoi toute conscience est invitée.

 

La conscience du Don fait jaillir la reconnaissance, qui est accueil et joie.

 

Cela ne sert à rien de dire que le combat contre la transcendance est un combat d’arrière-garde. Le Don n’est ni devant ni derrière ; il n’est pas historique, étant partout et toujours proposé aux consciences capables de Lui.

 

5 août 2004

 

Ce qui est manipulateur ne peut être Aimer. Aimer ne peut être manipulateur ; Aimer est promoteur de la liberté de penser, qui fait partie intégrante de l’être qu’il propose.

 

Se représenter le réel comme unité, c’est se donner la possibilité de mieux le découvrir en faisant jouer les cohérences et les incohérences.

 

Arguer des déviances comportementales de l’animal par rapport à la cohérence de la vie pour les justifier chez les humains, c’est ne pas voir que l’animal n’est pas une machine, qu’il jouit de cette part d’indétermination de la matière et de la vie sans laquelle il n’y aurait pas de liberté humaine.

 

La pompe n’est pas conciliable avec le Don. Le Seigneur de gloire Pantocrator sert la fausse image que l’humain se fait de lui-même. Aimer est pauvre et ordinaire.

 

la rose est encore la rose

en sa virginité

par cette main qui jamais n’ose

s’en approcher

 

l’unique regard qui se pose

comme elle s’est fermé

pour découvrir la mer enclose

en sa pensée

 

6 août 2004

 

Hiroshima. Glas du devoir de mémoire. Heureux celles et ceux qui pardonnent cette horreur ; Elles, ils sont pardonnés.

 

Nous te rencontrons cent fois, mille fois par jour, mais nous ne te reconnaissons pas. Nous nous faisons de toi une idée tellement fausse.

 

Nous ne sommes jamais sûrs d’être totalement désintéressés, mais nous en avons la nostalgie, le désir, l’espoir, sentant que là est l’accomplissement de l’être : toi, l’autre.

 

Le pardon est un plateau d’argent pour offrir l’amour. Encore nous faut-il comprendre que nous ne l’offrons qu’en nous l’étant offert par l’amour.

 

Lire avec révérence Ci-gît la dépouille et la semence de Paul Claudel parce que c’est Claudel qui l’a dit, c’est entrer deux fois dans le mythe : par la croyance en la résurrection et par l’héroïsation. Si la conscience de Paul Claudel existe, elle n’est plus ici ou là, mais à jamais dans l’amour, au diamant de son être.

 

 

en ta danse des voiles

es-tu

la danse

le voile

incomparable inséparable

tu es en mon regard

tu es en ma pensée

ici là-bas tes rendez-vous se donnent

comme le battement d’une cloche qui sonne

sans pouvoir

sans savoir

être la danse qui se voile et se dévoile

en ta danse des voiles

es-tu

 

7 août 2004

 

Seul l’amour peut dissoudre le manque d’amour qu’est le péché. Dire que le fils de l’homme a le pouvoir de remettre les péchés (Luc V, 16), c’est dire qu’il y a en l’humain une présence de l’amour offerte à l’accueil des autres pour qu’ils sortent de leur manque d’amour.

On ne remet pas le péché comme on enlève une tache avec un détergent. Il ne peut y avoir d’extériorité en ce domaine. Le pardon est inhérent à l’amour, le pardon de la pécheresse le montre (Luc VII, 47).

Le sacrement de pénitence est un remède psychologique au sentiment de culpabilité. Il peut tout de même encourager à aimer ; s’il y réussit, on peut parler d’absolution. La formule ex opere operato relève de l’illusion magique.

 

avance

avance

passe les nuits les jours

parmi la forêt sans retour

tourne tourne tourne

tourne que le doute

de la rencontre passe à l’écoute

du silence

silence

 

Penser que tu es inséparable de l’univers, ce n’est pas penser que l’univers c’est toi, ni que toi c’est l’univers ; c’est penser que l’univers subsiste en ton être. Est-ce ce que pensait Spinoza lorsqu’il disait que Dieu est la substance du monde. La métaphore incluse dans le mot substance est à lire comme telle : tu n’es ni au-dessous ni statique. Tu es Aimer-Agir source de toute l’énergie de l’univers ; mais cela est une autre métaphore.

 

8 août 2004

 

écoutant le frémissement

des longs peupliers inclinés

dans la brise qui ne dément

jamais son discours inspiré

 

nous nous disons cette beauté

si noble horizontalement

que dans sa verticalité

elle retrouve son amant

 

Si l’on se persuade que tout l’humour du monde est bien peu auprès du tien, dont il participe, on a fort envie de le découvrir. Mais peut-il apparaître ailleurs que dans le nôtre ? Est-il, n’est-il pas des hasards qu’en secret nous pouvons prendre pour tes clins d’œil ?

 

Le péché, l’impuissance à aimer l’autre pour l’autre, est inhérent à l’être fini. Ce n’est pas un héritage de l’humanité, le péché ne se transmet pas comme une tare.

Les choses, pourtant, ne sont pas simples. Celui, celle qui naît dans une famille où l’on aime, même s’il s’agit peu d’amour totalement désintéressé, d’agapè, sera porté par imitation et invitation à faire de même. On peut penser qu’il y a eu, qu’il y a des civilisations où l’amour de l’autre est plus présent et plus influent que dans d’autres, mais il est prudent de ne pas se hâter d’en décider. Cela est de l’ordre du jugement, et, dans ce domaine, le jugement de l’autre juge le juge.

Il reste que la liberté d’accueillir l’autre, d’aimer de l’amour dont Aimer aime est une réalité de la personne en son inhérence à la réalité d’Aimer. Ces choses sont circulaires, appartiennent à une totalité qui exclut le collectif.

 

Comment ne pas excuser le manque d’amour des autres, de l’indifférence à la torture en passant par l’irrespect, le mensonge, le vol, l’exploitation, la violence et le meurtre, lorsqu’on se sent soi-même impuissant à aimer ?

 

Quelle incidence spirituelle peut avoir sur les autres, voire sur les choses, notre accueil ou notre non-accueil du Don, notre dialogue ou notre non-dialogue avec toi ? La tradition consensuelle des religions est certes à prendre en compte, mais il y faut une base de rationalité autant que d’expérience.

 

9 août 2004

 

Les croyant universelles comme son imbécile T.U., l’Occident continue avec la même arrogance ingénue à vouloir imposer ses valeurs aux autres peuples.

 

Les sept péchés capitaux, comme tous les autres, ne sont des péchés que dans la mesure où ils font obstacle à l’amour de l’autre. Et cela n’a pas grand-chose à voir avec la morale ouranienne, apollinienne, patriarcale du christianisme traditionnel.

 

La rhétorique manipulatrice qui sape le christianisme n’a rien à envier à celle qui l’a construit.

 

Remercier, c’est faire aux autres gratuitement le bien qu’on vous a fait. Il ne s’agit pas de vaines paroles, mais de la circularité de l’amour. Et la circularité de sa représentation fait la lumière où viennent celles et ceux qui font la vérité de l’être.

 

En s’en allant, Yeshoua a dû avoir l’impression que ses meilleurs amis n’avaient pas compris grand-chose à son message. Tend à le suggérer son : Il vous est bon que je m’en aille. Si je ne m’en vais pas, le Conseiller, le Paraclet, ne viendra pas à vousJ’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne les porteriez pas maintenant. Mais lorsque Lui, L’esprit de vérité sera venu, il vous guidera vers la vérité totale (Jean XVI, 7-13). Seul l’Esprit, énergie d’Aimer, peut entraîner dans la Vie d’Aimer et Le donner à comprendre.

 

ce cri de la hulotte

griffe la nuit

comme l’amante griffe

et puis s’unit

 

aux ombres du secret

souffle l’esprit

en l’indicible paix

qui nous unit

 

Une pensée qui s’enchaîne à des citations et à des références n’est pas une pensée libre.

 

10 août 2004

 

ce monde de grisailles et de lumières

aspire

curieuse mer en ses vagues si lentes

là-haut

comme à l’envers en un miroir sans tain

derrière

quoi rien n’observe en son immensité

d’espace

mais qui toute s’enchante en son arrangement

aimant

 

Il est bon de sentir que l’on est dans le vrai lorsqu’on veut la multiplicité des cultures, des pensées, des personnes ; mais il est meilleur de savoir pourquoi. Aimer veut l’autre comme autre ; Aimer le veut différent dans le dialogue d’amour.

 

L’histoire de l’énergie, de la matière, de la vie, de la conscience, est une histoire de diversification. La biodiversification se poursuit malgré la prédation humaine.

 

Le problème n’est pas de savoir combien de milliards d’humains la terre peut supporter, mais de savoir quel serait le nombre idéal pour que l’équilibre biologique du présent et de l’avenir y soit assuré.

 

Ma liberté est une participation à ta liberté parce que l’être de l’être est Aimer, et qu’il y a inhérence entre Aimer et liberté. Aimer ne serait pas libre si je ne l’étais pas (ma liberté est le signe de la tienne).

Lorsque l’Etre commande d’aimer, il invite à participer à son être des consciences qui n’ont pas encore pris conscience de leur être.

 

11 août 2004

 

quand s’échevelle le nuage en sa hauteur

insensibles se dissolvent ses bribes

mais l’eau demeure

 

lorsqu’en ses eaux dissoute et défaite en vapeur

invisible la chair s’inhibe

l’âme se meurt

 

Si la nécessité de l’être n’était pas d’Aimer, l’être serait ligoté en son infinitude.

 

On peut accueillir les intuitions des philosophes et mettre en doute les descriptions et explications qu’ils en donnent. Il ne s’agit pas de se demander si l’on se croit plus futé qu’eux ; il s’agit de chercher comme eux le réel en se défiant de ses propres interprétations comme des leurs.

 

Aimer est le secret de l’un et du multiple, en lui dialectiquement liés.

Aimer constitue le réseau de la liberté, du don, de la réciprocité, de l’élan, de la joie.

 

Si l’offre du Don ne correspondait pas au désir de notre être, elle n’aurait aucune chance d’être accueillie. Mais elle est autant révélation de ce désir qu’elle y répond. On ne peut y répondre qu’autant qu’on en découvre la vérité, et on n’en découvre la vérité qu’autant qu’on y répond (encore un cercle herméneutique pour les amateurs de logique).

 

 

Voudriez-vous que je me préoccupe de ce que deviendront mes os plus que je ne me soucie de ce que deviennent mes cheveux lorsque je rends visite à mon coiffeur ?

La profanation des tombes est une insulte à la mythologie, et nous avons du mal à l’accepter.

 

12 août 2004

 

Aimer est un acte, l’union de deux ou plus jusqu’à l’infini des possibles. C’est aussi une conscience.

 

comme la lune belle

parfaite en un ciel pur ou sous un voile

du plus svelte au plus ronde

féconde

l’aube et s’efface en l’idéal

de la lumière presque

sur la fresque mouvante du jour

fête

le cheminement éternel

 

Tu nous souhaites chacun unique, irremplaçable ; et les doctrines qui prétendent s’imposer en credo sont contraires à ton souhait. Elles croient unir, elles ne font qu’opposer groupe à groupe. Il ne peut y avoir un seul troupeau et un seul pasteur que d’Aimer. Toutes les autres forces de rassemblement sont totalitaires ou hégémoniques ; l’histoire n’a cessé de le montrer, l’histoire des religions en particulier.

 

Ce qui ne rassemble pas tout ne rassemble rien, en ce sens qu’il constitue des blocs opposés. On le voit avec les religions, les partis, les mouvements artistiques…Aimer est seul à pouvoir faire l’unité du monde en y promouvant la diversité. En son assurance disparaissent les peurs des groupes et se promeuvent les libertés des personnes.

 

La notion d’école artistique est contraire à la notion même de l’art en ce sens où l’art est singulier en chaque artiste, voire en chaque œuvre.

 

Le monde, en sa dynamique, oppose espèce à espèce ; et cependant apparaissent ici et là les connivences des symbioses et des écosystèmes.

 

L’inconnaissable (celui de la mort est le plus fort, mais il en est bien d’autres) nous invite à plus de confiance en Aimer. Si Aimer est Aimer, rien ne peut être le pire, et tout finira par le mieux que nous aurons accueilli.

 

13 août 2004

 

entre les bourrasques le silence

donne à ta présence mes larmes

tu es là en mon immense paix

tu donnes sens

 

rien personne à ce point

ne peut combler l’espace

si vaste en toi que tu me donnes

 

où sont-ils tous pourtant

où sont-elles

ces faces ces visages que tu n’es pas

là là

 

serais-tu le silence si

nous n’étions la bourrasque

 

si tu es au silence

tu es à la bourrasque

 

De vouloir diviniser / déifier (qu’importe ici les mots) à vouloir aimer, de (se) vouloir Dieu à (se) vouloir Aimer, il y a renversement, mais aussi découverte. La divinisation / déification de l’homme chez les Pères a-t-elle quelque chose à voir avec la gloire du Pantocrator ? Ce que l’on croyait Dieu a été découvert Aimer. La gloire de Dieu c’est que l’homme vive, l’humain vivant c’est celui qui partage la vie d’Aimer.

Passer de Dieu à Aimer, c’est passer de la gloire à la vie.

 

 

14 août 2004

 

Les cimetières n’ont rien à voir avec nos morts. Ils n’en sont que le souvenir, nos regrets, parfois nos seuls désirs.

Les morts déifiés sont la projection de notre désir de déification. Si notre image de Dieu est celle de la gloire, nous les imaginons glorieux. Si notre image de Dieu est celle de l’amour, nous les imaginons aimant. S’il est rare que nous les imaginions aimant, c’est que notre image de Dieu n’est pas celle de l’amour. Si elle était telle, la gloire de Dieu elle-même ne serait plus pour nous que la splendeur d’aimer.

 

si paisible la rivière

s’attarde près du grand saule

nous donne en son immobile

le repos d’une clairière

 

elle reprendra son cours

ne pouvant faire semblant

d’être notre étang qui rêve

de la marche au grand amour

 

15 août 2004

 

Nul n’a le pouvoir de remettre les péchés, pas même Aimer, car ce serait aller contre la liberté. Le penser relève d’une croyance à la magie de la parole, à une déification du verbe. Si aimer efface le péché, ce n’est pas par une efficacité extérieure, mais parce que le péché est un non-aimer, et que celui, celle qui accueille Aimer aime.

 

Aimer est si simple que l’intelligence qui ne croit qu’au complexe a du mal à l’accepter. Il n’y a rien de valorisant à le comprendre, et ceux et celles qui cherchent la gloire des humains ont du mal à l’admettre. Aimer est à la portée de toutes les consciences. Toute conscience qui répond à son offre l’accueille.

La simplicité d’Aimer est tellement forte que notre intelligence discursive doit déployer des trésors d’explications pour Le donner à comprendre aux gens qui ne croient qu’à la logique d’opposition.

 

ta chair en ses rameaux et ta peau en ses feuilles

dans les souffles s’émeuvent sans repos

même ton corps qui vibre et l’âme de tes os

en leur sève profonde vivent et se recueillent

 

L’intercession a-t-elle un sens ? Aimer n’est-il pas présentissime et l’être de tout être ? On ne peut l’accepter selon l’image des potentats. L’intercession participe de la persuasion de l’ami par l’ami, en cette liberté ultime que confère l’amour de l’autre comme autre.

 

16 août 2004

 

La beauté et l’intelligence diffusées dans l’univers sont la monnaie d’échange de l’amour.

 

A partir de l’expérience que l’on en a, on peut s’interroger sur la possibilité et sur le rôle des échanges télépathiques, extrasensoriels. C’est un domaine où il est préférable de ne croire personne, ni positivement ni négativement, de ne s’appuyer que sur l’expérience et sur la logique.

 

l’île s’est ancrée là

refuge et rêverie

ils se sont arrêtés

ils ont construit leur vie

 

ici s’accomplira

une maçonnerie

la gloire d’un été

à l’automne détruit

 

de là-bas à là-bas

fuient entre les prairies

être et avoir été

en quête d’infini

 

17 août 2004

 

A-t-on jamais fini de comprendre comment tu es présent à notre être ?

 

Le péché originel, c’est l’incapacité de l’être fini à aimer l’autre pour l’autre. L’être fini conscient de son être le découvre comme un manque parce qu’il est fait pour cet amour qui constitue l’être de l’être infini.

 

laissez libre la rive

de la source à la mer

de la mer à la source

le pèlerin s’en va

laissez libre la rive

 

à la rive personne

n’appartient et la rive

n’appartient à personne

là où le peuple est libre

comme est libre la rive

 

18 août 2004

 

les pierres usées

de la cathédrale

ont chacune à dire

les mains qui les firent

 

sans elles le pas

qui vient et s’attarde

ne peut sans faillir

se laisser ravir

 

comme les sculptures

comme les vitraux

l’amour les tailla

l’amour les posa

 

la reconnaissance

dans l’ombre complice

du cœur surgira

au cœur s’unira

 

On peut rendre à César ce qui est à César ; mais on ne peut rendre à Aimer ce qui est à Aimer, car Aimer ne possède rien.

 

L’efficacité de la parole est une vieille croyance animiste et le fondement des rites magiques. L’ex opere operato des sacrements de l’Eglise en est un avatar vivace.

Si l’on croit que Dieu parle, comme c’est le cas dans le judéo-christianisme, on en vient logiquement à diviniser le verbe si l’on admet que Dieu agit selon ce qu’il est. Si l’on croit que Dieu est amour, on le déduit aussi logiquement de ce qu’il a été ressenti, perçu, compris comme aimant. C’est la même logique qui fait dire à Jean : Le Verbe était Dieu (Jean I, 1) et Dieu est amour (I Jean IV, 16)

Pourtant un Dieu Verbe n’est pas compatible avec un Dieu Amour. Le Verbe est ici et là dans ses manifestations : il parle par quelques prophètes choisis. Aimer est partout. Le Verbe s’adresse à quelques privilégiés, Aimer à toute conscience.

On ne peut honnêtement faire parler Dieu qu’en donnant à entendre qu’il s’agit là d’une figure de style, comme lorsque Blake fait dire à Isaïe : Je n’ai vu aucun Dieu, ni n’en ai entendu aucun, au sens d’une perception organique finie, mais mes sens ont découvert l’infini en toute chose, et comme j’étais alors persuadé (et j’en demeure convaincu) que la voix de l’honnête indignation est la voix de Dieu, je ne me suis pas soucié des conséquences, mais j’ai écrit (Le Mariage du Ciel et de l’Enfer, planche XII).

 

19 août 2004

 

cette perle garde encore

sous les yeux la profondeur

d’une mère en qui son corps

élabora sa rondeur

 

qu’elle brille sur la peau

ou s’éteigne en son coffret

elle vit pure en son eau

disponible à se montrer

 

ce qui du dedans dehors

annonce pour notre monde

l’éclat que notre œil adore

est dans l’ombre qu’elle sonde

 

Les religions ne peuvent attirer et retenir librement leurs fidèles que dans la mesure où elles proposent la vie d’Aimer. Sinon ce sont des religions de crainte et/ou d’asservissement.

 

Celles et ceux qui sentent que leur accomplissement est dans l’amour de l’autre découvrent que cet amour n’est pas à leur portée et le demandent à Aimer.

 

L’amour de l’autre opère l’avènement de la liberté dernière dans la coïncidence des contraires lorsque je et tu s’attirent et se repoussent également en une altérité de réciprocité où s’équilibrent respect et tendresse.

 

Comparer l’effort spirituel à celui de la compétition sportive est d’une pédagogie maladroite (I Corinthiens IX, 24-27). L’effort spirituel est de passer de l’esprit de compétition à l’esprit de réciprocité, et c’est une discontinuité.

 

20 août 2004

 

Le sport de compétition euphémise la guerre en aspirant à se vivre dans un esprit de fraternité qui transcende les frontières des personnes et des communautés, mais il reste travaillé par le désir de domination.

 

La vérité d’une vie, c’est sa cohérence interne ; c’est aussi son inhérence à l’être ultime. La vérité parfaite d’une vie serait celle d’une conscience agissant en accord total avec Aimer. L’erreur fatale est celle d’une vie qui n’a pas su franchir le seuil de l’amour de l’autre ; rien n’en peut subsister s’il est vrai qu’en dehors de l’univers matériel il n’existe qu’Aimer.

 

Dire que la liberté c’est la nécessité comprise n’est acceptable que si l’on parle de la nécessité de l’être ultime. Agir librement, c’est agir selon son être. Si aimer l’autre est un agir libre, c’est qu’aimer l’autre est constitutif de l’être ultime.

 

Dire que la grâce et la vérité nous sont venues par Jésus Christ, c’est penser qu’Aimer est la réalité de l’être ultime en découvrant qu’il n’est accessible que par le Don.

 

Grâce à Abraham (tel que la Torah le présente) un peuple a découvert un dieu qui n’avait pas soif de sang. Grâce à Moïse, un peuple a découvert un dieu caché qui avait quelque chose à voir avec l’amour. Grâce au juif Yeshoua, l’humanité a découvert un dieu qui est Aimer. Le nom de l’Eternel est resté inconnu pour Moïse : Je suis celui que je suis ou quelque chose de ce genre. Jean, après avoir vécu l’expérience de Yeshoua a fini par comprendre que Dieu est amour. L’être de l’être est Aimer ; tel est l’être auquel aspire en secret tout humain pour se réaliser.

 

 

danse et danse sous la pluie

dans la flaque et le ruisseau

enfant danse dans la nuit

de ta chair et de tes os

 

il sera bien temps demain

dans la journée asséchée

et la tête entre les mains

de penser à mesurer

 

mais après-demain peut-être

entre ténèbre et lumière

la danse en toi fera naître

l’intelligence dernière

 

alors tu verras la pluie

danser avec le très-haut

et les ombres de la nuit

rire à la lueur des mots

21 août 2004

 

A qui s’adresse-t-on lorsqu’on parle de fracture sociale plutôt que de justice sociale ?

 

Si l’amour est la nourriture du chant le plus vrai, c’est que le chant le plus vrai jaillit de l’être de l’être.

 

Le merci véritable est un agir : faire à d’autres le bien qu’on vous a fait.

 

Qui peut pardonner vraiment s’il n’accueille le pardon-amour d’Aimer ?

 

Ce qui sauve, ce n’est ni la foi ni les œuvres. C’est l’amour d’Aimer que nous accueillons en aimant. Et cela se montre en ce que l’on fait et en ce que l’on dit.

 

Tu es l’être des êtres, leur substance ; mais tu ne serais pas Aimer si les autres étaient toi.

 

Il y aurait pire que le terrorisme international : la résignation à l’étranglement de la terre par ses conquérants.

 

Lorsque Yeshoua a dit : Qui est ma mère ? (Matthieu XII, 48) pour signifier qu’il était passé de la chair à l’esprit, du moi au je, il invitait sa mère et tous ceux qui le suivaient à faire de même.

 

sa bouche s’est ouverte

pour la première fois

dans un cri de stupeur

lorsque est venue son heure

 

quoi de plus naturel

depuis des millénaires

que la pure merveille

de l’être qui s’éveille

 

mais qui nous donnera

le regard qui la voit

fera du cri scellé

un chant d’éternité

 

22 août 2004

 

chaque petit qui naît de l’homme et de la femme

reçoit l’invitation à la vie éternelle

et la mère qui sait espère voir son dieu

 

car chaque mère vive est mère de son dieu

l’amour qui se construit en son sein se prépare

une vie qui chemine et cherche la lumière

 

en frémissant pour lui elle frémit pour elle

car dieu lui prête un ventre à l’image du sien

qui enfante des mondes en espérant des dieux

 

Aimer libère la pensée de toute croyance et de toute philosophie. Il souffle sur les choses, et la poussière s’en va ; il pleut sur elles, et les primitives révèlent leur fraîcheur.

Est-ce le mythe du héros qui asservit tous ces penseurs ? Ils n’osent penser qu’en repensant les pensées des autres. Que n’écoutent-ils bruire l’être des êtres pour en faire leurs pensées en lui donnant leur voix !

 

L’horizon d’éros est la mort, car la possession n’entre pas au monde d’agapè.

 

Le pardon des ennemis, comme l’amour des gens qui nous sont antipathiques, n’est pas difficile : il est impossible. Ce n’est qu’en accueillant en nous Aimer que nous accueillons les autres comme autres par-delà nos détestations et nos indifférences.

 

Ces foules où l’on ne peut jamais regarder sans faillir les autres dans les yeux, enfermés que nous sommes en notre possession, en notre domination.

 

23 août 2004

 

la vache dans le pré observe le passant

son regard qui le quête retient la différence

comme en sa lourde masse les ondes de son sang

en cet autre sang guette un autre sens

 

quelle est donc cette main capable de caresses

qui lui tire son lait comme un soulagement

mais dont sa peur lui dit qu’une lame traîtresse

pourrait prendre sa vie en un geste inconscient

 

Regardez les oiseaux des airs (Matthieu VI, 26). Considérez les lis des champs (Matthieu VI, 35). Regardez le figuier et tous les arbres (Luc XXI, 29). Levez les yeux et regardez les champs (Jean IV, 35). La quête d’Aimer ne détourne pas de la nature ; elle l’y voit et en chante la beauté, la bonté comme ses figures. L’acosmisme est une infidélité à celui qui fait lever son soleilet tomber la pluie… (Matthieu V, 45).

 

Yeshoua n’est pas né dieu. Il a tellement accueilli Aimer qu’il participe pleinement à sa vie. Telle est la « déification » à laquelle toute conscience est invitée en accueillant Aimer. Le mot « déification » est inadéquat, car il salit l’image d’Aimer en y laissant la trace de la glorieuse toute-puissance du Très-Haut, projection de désirs trop humains.

Aimer n’a pas pu investir une conscience humaine à son insu ; c’eût été contraire à la liberté inhérente à l’amour de l’autre.

 

24 août 2004

 

Aimer n’est ni lumière ni ténèbre. Aimer n’est pas non plus cette lumière tellement éblouissante qu’elle en deviendrait ténèbre pour qui voudrait la contempler. Les énergies contraires qui régissent l’univers sont de l’ordre du fini. Aimer est infini. Aimer est immédiatement présent aux énergies qu’il soutient et communique, mais elles sont son autre.

 

Cette humanité dans l’enfance, où l’on cherche à être le premier, peut-elle comprendre le sens de les premiers seront les derniers et les derniers seront les premiers (Matthieu XIX, 30) ? Les chrétiens continuent de croire que leur Dieu s’est abaissé afin de mieux s’élever, et eux avec bien sûr. Comment comprendraient-ils que la gloire d’Aimer c’est de faire vivre d’autres de son amour et non de se grandir aux yeux des autres ?

Lorsque Yeshoua a lavé les pieds de ses disciples, il savait qu’il n’était pas compris (Jean XIII, 8). Peut-on dire qu’il comprend, celui qui accepte de vivre dans la gloire du Bernin ? Le lavement des pieds lui-même y est devenu un rite glorifié par le sacré.

Le Nouveau testament ne cesse de parler de gloire et de glorification, les confondant avec la gloire d’Aimer : Comment pouvez-vous croire (accueillir l’amour) vous qui recevez la gloire les uns des autres et ne recherchez pas la gloire qui vient de Dieu seul (Jean V, 44) ?

Vous n’avez pas en vous la dilection de Dieu (Jean V, 42).

 

pardon de te déranger

vive en ton garde-manger

en le cueillant j’ignorais

que son secret t’entourait

 

rampe et rampe en robe rose

perdue sur la table où pose

ta tête brune qui n’ose

se dérober à la chose

 

soumise au réseau des ventres

de tout ce qui sort et entre

nulle pulpe ne te centre

que celle qui est ton chantre

 

25 août 2004

 

L’existence est le fait d’être plutôt que de ne pas être, l’essence le fait d’être ceci plutôt que cela. L’existence est donc identique pour tout être, alors que l’essence varie d’individu à individu et d’instant en instant. Donner d’autres sens à l’existence et à l’essence a donné lieu à de navrantes confusions. Les philosophes qui s’y sont livrés sont des inconscients et/ou des manipulateurs.

 

La liberté n’est pas une nouveauté radicale de la conscience humaine. Il n’y aurait pas de liberté humaine, ni de degrés dans la liberté humaine, s’il n’y avait pas de libertés animale, végétale, minérale, énergétique, c’est-à-dire de formes diverses d’indétermination dans notre univers.

 

la mauve en son minois fripé

est un visage du mois d’août

l’espoir un jour de rencontrer

celle qui lèvera le doute

 

si elle te donne le bras

que toi ni elle ne cède

elle n’appartient ni possède

malheur à qui la cueillera

 

vous poursuivrez la route ensemble

et l’une en l’autre la pensée

prendra les couleurs qui ressemblent

à l’amour de l’éternité

 

L’attirance essentielle du christianisme n’est pas de nature religieuse, c’est l’amour d’Aimer. Il ne faut pas la laisser utiliser à la domination des consciences.

 

On peut se mettre à genoux devant un homme, une femme. Toi, tu ne le souffres pas. Tu invites l’autre à lever les yeux au niveau de tes yeux, toi l’infini qui te fais tout à tous.

L’adoration en esprit et vérité, c’est cet échange de regards où tu nous donnes d’aimer comme tu aimes, de l’amour dont tu nous aimes.

 

Il faut avoir une bonne dose d’inconscience pour chanter sans frémir de dégoût : Qu’un sang impur abreuve nos sillons (il faut doubler la dose quand on l’entend chanter par un xénophobe).

 

Lorsqu’en lisant l’histoire des années trente on se rend compte que des intelligences parmi les plus solides de l’époque se sont laissé séduire par le fascisme, on s’interroge sur les forces de séduction à l’œuvre maintenant comme alors, comme toujours.

 

26 août 2004

 

S’il n’y a pas de preuve de ton existence, Infini-Aimer, alors au diable la preuve. En la vertigineuse intelligence déployée par la matière, en sa stupéfiante beauté, je te lis.

 

L’humanité primitive, toujours actuelle, a besoin de maîtres à servir et/ou à honnir. C’est à cela que Dieu lui sert.

 

Toute personne côtoyée, proche ou inconnue, est l’offre de ta présence en l’instant qui lui confère son être. Notre attention devrait s’y appliquer.

 

les veaux meuglent misérablement

interminablement

quelle étable entrave

les enferme en ses murs aveugles

l’or ou l’argent

 

les poupées gymnastes mignonnement

évoluent robotiquement

quel maître de manège les dévaste

aux sortilèges de l’espace

l’or ou l’argent

 

27 août 2004

 

L’amour de l’autre veut la diversité. Le spectacle de la diversité minérale explosant dans la diversité vitale et s’accomplissant dans l’unicité des personnes est un spectacle signé Aimer.

 

L’amour de l’autre n’est pas l’amour du il est des nôtres, de la communauté des clones.

 

 

crève l’écran de perles noires

éclatante

la salle obscure immense est ton domaine

ô vivante

réjouis-nous en tes bras de lumière

pure amante

nous t’attendrons en paix jusques au soir

 

Dis-moi ta morale sexuelle, je te dirai si tu es ouranien ou chthonien. Cela est assez loin de l’agir d’Aimer.

Aimer ne possède rien ni personne, surtout pas celle / celui qu’il / elle aime (c’est-à-dire tout le monde).

Le Dieu d’Israël est un dieu jaloux. Aimer ne peut l’être, Aimer ne possède rien ni personne.

 

Ces athlètes que l’on enferme dans la prison de leurs muscles compétitifs, déesses et dieux sacrifiés aux adorateurs des stades.

 

La liturgie d’Aimer prend toutes les formes de l’exultation où le je et le tu échangent leur amour sous les espèces de la beauté. Elle ne produit pas ces rites où l’on réactive les événements originels, elle crée des formes toujours nouvelles de danses et de chants.

 

28 août 2004

 

par les orées les clairières

où l’air allégé s’élève

nous connaissons ton secret

en la joie de notre sève

 

pour accueillir ta présence

le silence et l’immobile

ouvrent les cœurs et les bras

lorsque la flamme vacille

 

 

par la danse et par la voix

les champs les bois retentissent

des ondes de ton amour

où notre univers se tisse

 

Il n’est pas concevable qu’Aimer ait pu faire participer une conscience à sa dilection sans s’adresser à elle de liberté à liberté. Yeshoua n’a pas été conçu Aimer, n’est pas né Aimer ; il l’est devenu. Et il l’est devenu de plus en plus totalement en accueillant le Don de tout son cœur, de toutes ses forces, de toute son âme et de tout son esprit.

 

Si Yeshoua a lavé les pieds de ses apôtres, c’est que, le premier, Aimer lui avait lavé les siens.

 

Ton omniprésence dans le secret appelle une liturgie en tout lieu, en tout temps ; mais les lieux et les temps où l’excellence de la beauté, de la bonté, de l’intelligence te manifestent y ont plus que les autres vocation.

 

Tu es humble, parce que l’humilité est la vérité de l’être de l’être.

 

Tu demandes à tes amis d’être pauvres parce que tu ne possèdes rien. Tu leur demandes l’obéissance et l’abstinence afin qu’ils se libèrent de ce qui entrave leur accès à ta liberté ultime.

Croire que tu leur demandes de jeûner sur terre pour qu’ils puissent s’empiffrer dans les tabernacles éternels est absurde ; absurde aussi de penser que tu leur demandes d’être ici-bas les derniers afin qu’ils puissent être là-haut les premiers, d’être pauvres et humbles en ce monde afin de pouvoir être riches et fiers en l’autre.

 

dans le regain des roses qui s’avance

comme une dignité de l’été finissant

le promeneur poursuit la marche de son sang

et croise leur regard sans impatience

 

30 août 2004

 

il salue en passant leur sourire innocent

de tout ce qui possède en leur magnificence

à qui rien ne possède secrètement fiance

tous les chemins en ton secret présent

 

La chance du pèlerin, c’est aussi de ne rien posséder en l’espace qu’il traverse.

 

Un village sans temple, sans église, sans mosquée est comme énucléé. Il se disperse dans l’espace. Le mythe du centre nous habite.

 

Tous les atomes qui furent un jour le corps de Yeshoua sont dispersés sur notre terre comme ils l’avaient été avant qu’il n’apparaisse. Ainsi de tout humain. Vouloir introduire le merveilleux dans la marche de l’univers, c’est innocemment mettre en doute l’intelligence qui l’a voulu.

 

31 août 2004

 

Contradictions de l’Evangile : Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés (Matthieu VII, 1) et Vous qui m’avez suivi, vous jugerez les douze tribus d’Israël (Matthieu XIX, 28). Un bon sophiste réussit évidemment toujours à les résoudre. Il y a pourtant deux doctrines irréconciliables à l’œuvre dans le texte. Dieu juge, Aimer ne juge pas. S’il est vrai que la mentalité mythique est insensible à la contradiction, on comprend que l’Evangile renferme des contradictions que ses rédacteurs étaient incapables de remarquer.

 

Casser et tuer sont dans nos gènes. Quelle mutation nous en délivrera ?

 

Je ne veux pas que mon foulard islamique soit taché de sang par les islamistes. Voilà de quoi donner à penser à celles et à ceux pour qui le foulard est nécessairement lié à la faiblesse d’esprit et de cœur.

 

douceur du chant d’herbe coupée

timide au bord des routes odeur

dans le crépuscule donnée

au pas tranquille promeneur

 

lorsque si près tu l’accompagnes

de ton attentive fraîcheur

que si son oreille s’éloigne

ton murmure hante son cœur

 

1er septembre 2004

 

blonde cette rondeur qui se révolte

en la paume qui la pèse

prise au rassemblement de la récolte

où vivent l’air et la glaise

 

avant qu’elle ne livre sa flaveur

l’eau du cœur en lustre l’âme

et le feu de l’esprit en sa douceur

de sa substance la réclame

 

Celle avec qui tu as lié ta vie réclame plus que tout autre l’attention de tes pensées. Quelle illusion de croire que tu puisses aimer ton prochain, l’étranger de l’Evangile, le Samaritain, si tu n’aimes pas ainsi d’abord ta compagne.

En venir à aimer sa mère et ses frères (Matthieu XII, 46) comme on aime son prochain, c’est entrer dans la vie éternelle d’Aimer.

 

2 septembre 2004

 

Domination et terrorisme forment un couple naturel, un cercle vicieux. Mais cinq mille ans d’histoire ne peuvent pas apprendre grand-chose aux humains enfermés dans leur moi primitif.

 

Chrétien, dis-moi quelle est cette gloire que tu chantes. Est-ce celle du Très-Haut ou celle d’Aimer ? Prends garde : elle est le miroir de ton désir.

 

S’efforcer à la pauvreté, à la chasteté, à l’obéissance avant d’avoir découvert l’Amour de l’autre, c’est mettre la charrue avant les bœufs. Mais celui, celle qui te rencontre découvre que tu ne possèdes rien, que tu ignores éros et que tu es liberté.

L’obéissance est un bien mauvais mot, mais c’est celui de la loi de Moïse : Tu aimeras.

Celle, celui qui aime de l’amour dont Aimer aime découvre qu’Aimer ne décide pas sans nous.

 

Le mouvement de son esprit n’est ni extérieur ni intérieur. L’esprit est Aimer qui inspire de liberté à liberté, présentissime qui nous écoute à la mesure de notre écoute. Il nous parle au cœur pour que nous nous parlions cœur à cœur.

 

 

caresse le châtaigner

qui sait sa sève peut-être

puisée au sang de la terre

à ta sève pourra dire

et d’elle pourra entendre

une parole de l’être

 

3 septembre 2004

 

en caressant les vieilles pierres

sa main d’Afrique ouvre aux mystères

des forces qui hantent son cœur

 

les dix mille ans de l’immobile

en présagent encore cent mille

de regards et d’esprits songeurs

 

mais ce qui vibre en la matière

ne sera bientôt plus qu’hier

et la vague d’une rumeur

 

n’était ce qui dans l’air vacille

lorsque l’africaine Sibylle

reprend la main du promeneur

 

L’expérience des dominations coloniales et des luttes d’indépendance n’a rien appris à certains grands politiques qui persistent et signent leur volonté d’hégémonie et leur arrêt (ah ! ah !) du terrorisme.

La lutte contre le terrorisme passe par la lutte contre l’hégémonie, et la lutte contre l’hégémonie par la lutte contre le terrorisme. Qui veut commencer ? Pourquoi pas par un dialogue ?

 

4 septembre 2004

 

Ce qui fédère les rôles de l’Esprit, c’est qu’il est en son essence amour de dilection. C’est pour cela qu’il scrute les profondeurs de Dieuvivifie l’intime des cœurs et renouvelle la face de la terre. C’est pour cela qu’il est force, présence et grâce, libération aussi (II Corinthiens III, 17).

 

une marguerite égarée

lève les yeux dans le fossé

 

son refuge contre le vent

l’abrite aussi contre la dent

 

fait-elle de la résistance

ou est-ce que son innocence

en l’automne de cet été

la fait rêver d’avoir été

 

lorsque se brouillent les saisons

les semailles et les moissons

elle fait signe sans se voir

entre les mains du grand savoir

 

au flux du temps qui vient et passe

elle dispose d’un espace

 

la dureté de la raison

doit bien s’y faire une raison

 

Il y a une peur d’aimer et d’être aimé qui est la peur de l’engloutissement érotique. Rien de tel pour les amants de l’agapè.

 

Fonder l’Europe sur sa culture, c’est s’obliger à y intégrer les Etats-Unis d’Amérique. Y a-t-il une plus grande différence culturelle entre l’Amérique du Nord et, disons, l’Angleterre qu’entre l’Angleterre et, disons, la Pologne ?

 

L’ironie n’est pas inhérente à l’Amour, elle en est même souvent exclusive. L’humour, en ce qu’il implique le je autant que le tu, est un des signes de la présence d’Aimer dans les situations les plus désespérées.

 

5 septembre 2004

 

Ce piètre troupeau d’intellectuels qui non seulement ont besoin de servir des maîtres à penser, mais qui les choisissent parmi des gens si équilibrés qu’ils meurent fous ou se suicident, ou si bien compris que leur doctrine entraîne des peuples dans l’horreur (cette hargne et cette ironie sont-elles compatibles avec Aimer ? Aucun de ces gens-là qui ne puisse être soigné par le Bon Samaritain ? Comment soigner quelqu’un qui ne se sent pas blessé ?).

 

Renaître de l’eau et de l’esprit ? Renaître est ici une image, et l’eau de même. Seul l’esprit est littéral en son abstraction de la matière. L’esprit n’est pas plus lié à l’eau qu’au temple de Jérusalem. Pour qui croit à la sagesse de la naissance et de la mort charnelles, la nouvelle naissance ne se pense que spirituellement.

 

Soleil arrête-toi sur Gabaon

Et lune aussi arrête-toi

 

cours avec moi soleil

derrière les arbres

que mes pieds applaudissent

l’aurore en fête

 

 

lune marche avec moi

au long du jour

rends les morts à la vie

en notre amour

 

 

6 septembre 2004

 

tu t’es bâti à l’éphémère

le piège du pain quotidien

et tu attends au bord de l’air

que vibre le fil qui retient

 

reste tapie dans le destin

qui s’approche qui se transfère

de chacune la même faim

à chacun pris dans son mystère

 

Pour qui pense que le réel est un, il doit y avoir cohérence entre ses approches scientifiques, artistiques, théologiques, philosophiques. Il faut leur faire tenir des tables rondes fréquentes pour que leur concertation dans l’égalité leur découvre la vérité.

 

Penser qu’Aimer est la substance de l’être commande d’envisager l’ensemble du réel en cohérence avec l’amour de l’autre.

 

Distance et présence, respect et tendresse, existent l’une par l’autre dans l’amour de l’autre (comme amour et haine dans l’intuition cosmique d’Empédocle).

 

Le non-être des philosophies antiques grecques serait-il l’immatériel, et leur néant le vide ?

 

Yeshoua est-il dans l’hostie ? Je n’en sais rien. Mais Aimer y est sûrement présent, comme à tout grain de sable, à tout brin d’herbe, à tout battement d’ailes et de paupières…

 

Le hasard qui échappe aux lois statistiques est-il encore un hasard ? Le hasard à l’œuvre dans l’évolution de la matière et du vivant échappe-t-il aux statistiques ?

 

7 septembre 2004

 

Le message de Yeshoua, Aimer, est une affaire universelle, mais sa mort est une affaire judéo juive. Certains chrétiens oublient, ou font semblant d’oublier, que Yeshoua était Juif.

 

Précision des astres, flou du vivant ; la pensée ne devrait pas choisir. Notre civilisation occidentale vit encore du choix des astres fait à Sumer ; cela fait sa grandeur et sa misère.

 

Combien de morts au Darfour ? Combien en Ossétie ? L’horreur se mesure à l’image qu’on en donne et à la naïveté de ceux et celles qui l’acceptent.

 

L’attitude de Yeshoua face à la femme adultère est l’attitude d’Aimer, non celle de l’Eternel masculin.

 

 

les raseurs des fossés

ne savent ce qu’ils font

splendide liberté

où est passé ton nom

 

et j’avais vu les lettres

italiques romaines

qui déployaient ton être

au travers de la plaine

 

comme aux terres nouvelles

portant ta signature

avant qu’une main dure

ne t’éjointe les ailes

 

mais tu gardes ta mise

en l’alouette fière

écrivant ta devise

au fronton de la terre

 

raseurs de nos fossés

voyez ce que défont

les gestes insensés

où se perd notre nom

 

8 septembre 2004

 

Aimer ne cherche qu’à aimer. S’il souhaite à toute conscience d’aimer, ce n’est pas pour les attire, mais pour qu’elles s’accomplissent en partageant la joie.

Le prosélytisme d’Aimer n’est pas de servir les autres pour les gagner à quelque seigneur, mais pour qu’ils partagent la joie d’Aimer, qui est d’aimer. Le reste est donné par surcroît.

 

Le Dieu est amour de la première épître de Saint Jean (IV, 8, 16) ne fait pas de l’amour un simple attribut de Dieu ; il définit son identité au point d’effacer toute autre image de Dieu, de lui faire perdre jusqu’à son ancien nom.

 

Les philosophies du néant et de l’absurde ne sont pas compatibles avec celles d’Aimer.

 

chevelure esprit caresse

le jardin ensommeillé

que ne suis-je là sans cesse

l’oreille du chant muet

 

sur son visage en éveil

j’écouterais la douceur

et jusques au soir abeille

te murmurerais aux fleurs

 

9 septembre 2004

 

Le souci constant des autres n’est-il pas le signe le plus patent qu’Aimer est entré dans une vie ?

 

Qu’est la profondeur de la terre auprès de celle du ciel ? Littéralement infinitésimale, lorsqu’on a reconnu l’infinitude de l’espace. La science corrige ici l’imagination.

 

Aux petites heures resplendissent le sourcil de la Lune, l’œil de Vénus, le baudrier d’Orion, la discussion des Pléiades…Mais le regard instruit distingue les belles images de la grande machine qui les produit depuis que le soleil ni ne se lève ni ne se couche.

 

il faut bien lever les yeux

pour les voir et les compter

il faut bien les refermer

pour imaginer les cieux

 

la merveille de la voûte

éclate dans la splendeur

lorsque apparaît dans le doute

l’infini des profondeurs

 

comme au centre d’une sphère

le regard partout s’élance

et les yeux clos se repèrent

en belle circonférence

 

Mieux connaître l’espace, c’est mieux te connaître. Non seulement parce que tu l’as voulu et qu’il ne peut y avoir d’incohérence entre son être et le tien, mais parce qu’en son infinitude comme en sa finitude il te regarde.

Quel lien entre l’infinitude de l’espace et l’infinitude de l’être ?

L’espace infini fait partie de l’autre de l’être infini ; comme tel, il est cohérent avec son amour de l’autre.

 

Si le paganisme recherche le divin dans la nature, eh bien ! vive le paganisme, qui ne dit pas : je crois en Dieu créateur du ciel et de la terre du bout des lèvres, mais de tout son cœur.

 

10 septembre 2004

 

tu viens fragile à l’oriel

battant des ailes de dentelle

demander si ma chambre obscure

pourrait t’offrir un abri sûr

 

découpée sur le gris de l’ombre

par le ciseau d’une main sombre

dans l’étoffe noire de l’air

es-tu d’esprit ou bien de chair

 

je n’ai pas touché la tiédeur

ni le frémissement du sang

que dans le secret de tes mœurs

tu réserves à tes amants

 

mais je t’ai ressentie si proche

par le souffle que tu déplaces

que ma tête encore se hoche

dans la mouvement qui t’enlace

 

es-tu la fille de la nuit

es-tu sa sœur ou son amie

toi qui muette en son silence

te découvres par sa présence

 

Sont-ils en secret fâchés de buter sur un psychisme qui leur échappe, sur cet immatériel en l’humain qui résiste aux mesures de leurs instruments ? Est-ce qu’ils n’osent pas s’avouer qu’il y a bien dans notre univers autre chose que des ondes et des corpuscules ?

 

Rien n’est pleinement intelligible que par la totalité du réel. La vie qui anime l’univers est la lumière des humains (Jean, I, 9).

 

Le voir-comme tente de rendre compte de la cohérence de l’univers. Entre le « ça n’a rien à voir » de l’extrême diurne et le « c’est la même chose » de l’extrême nocturne, l’aube et le crépuscule de la pensée connaissent le comme analogique.

 

11 septembre 2004

 

Un bouquet de roses rouges devant la Moneda de Santiago, larmes de sang pour toutes les victimes de l’argent mondial.

 

Entrer dans le cercle des inhérences d’Aimer requiert une décision préalable : admettre la cohérence du réel.

La liberté terminale des consciences est inhérente à un indéterminisme de la matière, et cet indéterminisme implique et entraîne une absence d’inhérence entre les êtres finis en gardant cependant la cohérence du réel total autant que l’inhérence entre toutes les qualités de l’être infini que nous nommons Aimer.

 

En toute conversation, en tout entretien, en tout colloque, la recherche du vrai est perturbée par l’ego. La vérité n’est facilement accessible que dans l’amour de l’autre, car il permet l’écoute et la concertation dans l’égalité.

 

 

La tentation depuis longtemps inavouable d’Israël demeure écrite au chapitre XXXIII, versets 51 à 56, du Livre des Nombres.

 

 

La non-dualité vedantine est un autre nom de l’inhérence de l’être infini et de l’être fini. Elle n’est intelligible et acceptable que si l’on découvre le vrai visage de l’infini : Aimer.

 

 

 

la forêt qui séchait

sous le souffle brûlant

frémissait

une étincelle au vent

la ferait s’enflammer

 

la lave qui montait

au ventre du volcan

frémissait

le prochain gonflement

le ferait éclater

 

La joie est inhérente à Aimer.

 

12 septembre 2004

 

Aimer ne crée pas par un acte extérieur à lui-même puisque rien n’existe qu’en lui (il faut bien utiliser la métaphore de l’espace pour se comprendre). Il est l’être infini et aucun être n’est possible qu’en lui, il est le non-autre de tout être possible. Telle est cependant l’aporie de son amour qu’il ne peut aimer qu’en se donnant de l’autre. Eternellement.

 

La diabolisation de l’analogie est l’œuvre d’esprits diurnes à l’excès.

 

La relation entre le fini et l’infini est une relation d’amour de l’autre comme autre. L’infini en a l’initiative, mais elle peut devenir réciproque lorsqu’un être fini parvient à la conscience réfléchie : il commence alors à jouir d’une liberté capable d’accueillir le don d’Aimer que lui propose l’infini Aimer. Il accède à la vérité de son être ultime, à la liberté ultime, à l’amour ultime.

 

Il n’y a d’amour de l’autre comme autre en liberté ultime que dans l’égalité. L’infini Aimer se fait fini pour proposer l’amour ; sur notre terre, il se fait humain avec nous autres humains.

 

guetteur des premières étoiles

au bleu de la pâleur mortelle

où s’annonce l’âme éternelle

des mondes purs qui se dévoilent

 

le doute jamais ne t’effleure

que pourrait cesser l’espérance

quand la nuit doucement s’avance

de voir naître celles qui meurent

 

La prière est la foi en toi, l’accueil de ta force de bonté. Tu donnes force à ta bonté à la mesure de notre accueil, de notre foi.

 

 

 

13 septembre 2004

 

 

tu me réjouis de l’ultime

au décroît lorsque tu t’effaces

comme pour qu’une autre à ta place

se prépare à joindre l’intime

 

 

tu n’es plus pour cette pâleur

envahie vive en la lumière

qu’un fil ténu sous ta paupière

du regard qui enfin se meurt

 

car tu songes à disparaître

en ce soleil qui donne à voir

ton visage lorsqu’en miroir

de ses rayons il te pénètre

 

qui sait depuis des millénaires

combien d’enfants tu as portés

dans les regards ressuscités

par ta grâce de vierge mère

 

 

Inhérence et cohérence. Entre amour et procréation, il y a cohérence sans inhérence.

Entre inhérence et cohérence, il y a continuité et discontinuité.

Il ne peut y avoir d’incohérence dans l’univers ; il n’y a d’incohérences que dans les représentations que nous nous en donnons, incohérences entre elles et incohérences entre elles et l’univers. Y a-t-il inhérence entre les incohérences entre les représentations d’une part, et les incohérences entre l’univers et les représentations d’autre part?

 

L’exultation de l’être est de vivre d’amour. Si l’amour fini comble l’humain premier, c’est que l’amour infini comble l’humain dernier. L’amour infini se soucie de l’humain premier comme de l’humain dernier.

 

14 septembre 2004

 

émeraudes topazes rubis

des pauvres que le soleil

pose à l’envi dans l’herbe après la pluie

allume et l’une en l’autre mue

 

vous éveillez en l’œil ému

une eau plus pure que la nuit

où le rêve au profond sommeil

rôde en extase ravi

 

La beauté manifeste la cohérence des choses. Si certains nuages sont beaux, c’est qu’il existe une cohérence en leurs arrangements.

La beauté d’Aimer est-elle inhérente à son être comme le sont l’altérité et la liberté ? Est-elle, comme sa joie, l’accomplissement de son agir ?

La beauté est-elle inhérente à Aimer en ce qu’elle ne peut être objet d’appartenance et de possession ?

 

Yeshoua a parlé de ce qu’il vivait tel qu’il le ressentait. Il partageait l’amour d’Aimer au point de s’y identifier. Il a parlé parce qu’on ne peut aimer les autres comme Aimer lui donnait de le faire sans leur souhaiter de le faire aussi.

Pourquoi n’a-t-il pas dissocié cette expérience et ce message de la religion de ses pères, pourtant si différente ? Etait-ce que son message était si inouï en son lieu et temps qu’il n’avait aucune chance d’être entendu en dehors de la tradition mosaïque ?

 

Dans l’amour de dilection, le tiers n’est jamais il ou elle. C’est toujours tu.

 

 

 

 

15 septembre 2004

 

la croûte se craquelle et la pâte de feu

ouvre mille paupières à son regard de braise

élan tumultueux

force d’une genèse

 

le froid aime la forme et le chaud la matière

ils se donnent la main pour qu’elles se fiancent

immobile prière

découverte du sens

 

en refermant les yeux la lave entre au mystère

la roche imbue des eaux se prépare le ventre

tendresse de la terre

frappe à la porte et entre

 

Il y a cohérence entre la coexistence du fini et de l’infini et l’essence de l’infini amour.

 

Les sacrements ne relèvent pas de la magie de la parole, mais de l’analogie du visible et de l’invisible. Ils ne transforment rien, ils révèlent.

 

Tu inspires celles et ceux qui te respirent.

 

La pensée mythique, toujours à l’œuvre chez nos intellectuels, diabolise autant qu’elle divinise.

 

Dieu, cela lui va bien d’y croire, mais toi, Aimer, tu nous donnes d’aimer.

 

Conscience de nos quatre mains : deux qui possèdent et dominent, deux qui embrassent et respectent

16 septembre 2004

 

Si l’on ne peut pas se prouver que l’infini est Aimer, on peut en faire une hypothèse tellement féconde qu’on incline à l’adopter et à l’utiliser.

 

Si l’on dit qu’un visage signale un mystère, on dit qu’il ne révèle pas un contenu mais qu’il indique une existence et invite à s’en préoccuper.

 

Qui oserait écrire qu’un Américain vaut plus qu’un Iraqien ou un Français plus qu’un Soudanais ? Tous ces horribles non-écrits que sue l’agir des uns et des autres.

 

Une lecture désacralisée des Evangiles révèle les limites de ceux qui se sont efforcés de se rappeler et de fixer les faits, gestes et paroles de Yeshoua, alors que de son vivant ils n’y avaient pas compris grand-chose. Et aussi les limites intellectuelles de Yeshoua, que ses adorateurs ne peuvent reconnaître dès lors qu’ils croient voir en lui leur Dieu, et non la présence intense d’Aimer.

 

dans l’élan d’un soupir

la face de l’étang

élève son encens vers le froid qui l’attire

 

mais qui pourra me dire

de l’un ou l’autre amant

qui fait premièrement l’avance d’un sourire

 

 

 

 

ce visage que tu figures

de tes doigts de fée intérieure

se masque et ouvre la demeure

de ces autres qu’en la plus pure

offrande tu fais et reçois

 

qui pourra dire ce que doit

à ta présence son épure

et ce qui dès la première heure

et dans le secret en conçoit

la chance du petit bonheur

 

mais le temps croît où se maturent

les lignes profilées du choix

que passant au-delà se meure

pour toi ou soi la dernière heure

qui décide du grand futur

 

17 septembre 2004

 

Ce dont on ne peut parler, il faut le taire. Cela voudrait-il dire que nous n’avons pas le droit de penser à ce qui n’est pas clair ? Ou que la pensée floue ne peut trouver dans les mots la ressource de donner à sentir ce qu’elle ne peut (encore ?) analyser ? Le non-dit, voire l’inconscient qui se cache derrière la parole de Wittgenstein serait-il que ce que je ne comprends pas n’existe pas, ou que la toute-puissance de ma pensée le rejette dans le néant ?

 

Aimer, c’est y penser toujours. Aimer ne cesse de penser à son autre, à toutes celles, à tous ceux qui ne sont pas Aimer.

 

Penser que tout ne s’arrête pas à la mort implique de penser que le réel dont nous sommes faits en porte la possibilité, un psychisme que la dégradation physicochimique n’atteint pas.

 

Puis-je dire que tu nous maintiens dans l’être par la force de ta pensée, qui est d’aimer ?

 

Et la beauté que vient-elle faire ?

 

visages dévisagés

quelles larmes pardonneraient

à l’acide désir qui vous hait

 

l’amour qui vous imagine

et vous fait plus beaux que jamais

pleure de joie de vous croire

à la mort enfin consolés

 

L’électronique révèle la vertigineuse intelligence dont tu as investi la matière.

 

18 septembre 2004

 

Si nous n’arrivons pas à faire concerter en notre esprit la chimie et la musique, les sciences et les arts, nous devons reconnaître qu’une part fondamentale du réel nous échappe.

 

Le développement et la transmission de l’instinct chez l’animal peut-il s’expliquer totalement par la génétique ? Peut-on travailler sur l’hypothèse qu’il y a autre chose, de nature psychique ?

S’il existe du psychisme dans l’humain, on est logiquement poussé à admettre l’existence d’une dimension psychique à tous les degrés de complexification de la matière depuis l’indifférenciation première.

 

sous les paupières refermées

pour toujours vivait ce regard

qui dans l’amoureuse clarté

avait éclipsé tous les fards

 

jusqu’où il s’en était allé

il ne savait mais tôt ou tard

sûrement il allait retrouver

le chemin de leur au revoir

 

Parler d’inspiration divine n’est qu’une image, au même titre que parler d’une révélation divine. Il est assez facile de voir dans la parole de Dieu une métaphore, de la désacraliser afin de pouvoir en évaluer la part de vérité. Mais l’inspiration est de l’ordre de la pensée, et pour en reconnaître l’existence, il faut admettre la possibilité d’une pensée sans parole ni concept. L’inspiration paraît venir de nulle part, ce qui lui donne un caractère incertain, car ce nulle part cache une source inconnaissable sans médiation.

 

 

 

 

19 septembre 2004

 

Lorsque Yeshoua dit qu’il parle en paraboles pour se conformer au discours du prophète (Isaïe VI, 9) : afin qu’ils regardent sans voir et entendent sans comprendre, on peut le soupçonner d’être prisonnier de sa culture religieuse. On comprend aussi qu’il ait pu être amené à s’offrir en sacrifice rédempteur pour se conformer à l’image du Serviteur souffrant, de l’agneau de Dieu comme l’avait désigné Jean-Baptiste (Jean I, 29).

 

Le droit, le droit, le droit ! Peut-on avoir un droit sur une personne, une femme sur son mari, un mari sur sa femme, les parents sur les enfants, les enfants sur les parents ? La limite de nos droits, c’est la dignité incessible des autres.

 

Il fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants (Matthieu V, 45). Sa semence tombe sur le rocher, sur la route, dans les ronces, dans la bonne terre (Matthieu XIII). A toutes les étapes de la marche de l’univers, Aimer se propose à tous les êtres à la mesure de leur accueil.

 

La beauté des merveilleux nuages n’a rien à voir avec les formes qu’une folle imagination y invente. Ils sont les maîtres du non-figuratif. Une amoureuse observation quotidienne donne d’en apprécier la créativité inépuisable dans la différence et dans la ressemblance. Ils sont une jubilation sans fin, notre perpétuelle louange.

 

lune du matin

destin

lune du soir

espoir

 

décroîts et croîts

de jours en nuits

de nuits en jours

ne cessent pas

 

Entre amour et procréation, il y a cohérence, non inhérence. Est-ce si sûr ? A tous les niveaux de l’être, l’amour invite l’autre à être. Mais toute création n’est pas une procréation.

 

20 septembre 2004

 

Dire que Dieu est inutile, c’est une façon de donner à comprendre que l’amour de l’autre comme autre n’a d’autre raison que l’autre.

Et pourtant, l’autre est le meilleur de moi-même et mon accomplissement. Aimer est ainsi, et c’est l’être de mon être.

 

Penser que l’être ultime est Aimer, c’est être amené à penser que l’être est relationnel, communicationnel.

 

Est-il évident pour vous que si vous aviez vécu au temps de Galilée vous auriez pris parti pour lui ?

 

ô visage emmuré

et qu’aucune rencontre

encore n’a pu prier

par l’amour acculé

la patience te montre

le chemin détourné

 

qu’enfin entre tes cils

tu ne reste plus seul

attendu des dix mille

une main plus habile

que celle des linceuls

viendra t’ouvrir la ville

 

21 septembre 2004

 

Univers, monde tourné vers l’un ? Une étymologie peut parfois témoigner d’une vision du monde, mais toute vision du monde qui se propose doit être pesée et mesurée au poids et à l’aune de l’amour de l’autre comme autre.

 

A quoi bon connaître les classiques et les modernes si nous ne les passons pas au crible de la cohérence du réel ?

 

Notre monde serait-il possible sans prédation ? Existe-t-il des mondes qui soient en marche vers la conscience et qui l’ignorent ?

 

Intériorité et extériorité sont des images que leur spatialité fait maîtresses d’erreur. L’esprit ne nous est accessible intellectuellement que si nous nous en dépouillons.

 

Le secret où tu vois (Matthieu VI, 4, 6) est silence du silence.

 

de quel silence cette voix

jaillit coule et s’épanche

de quel visage dans la nuit

rayonne cet émoi

 

écoute au-delà des paroles

ce que tu ne sais pas

à la limite de leur air

l’esprit qui prend son vol

 

est-ce même encore une écoute

qu’appelle son secret

lorsque te vient toucher la corde

qui vibre dans le doute

 

le sens est au-delà du sens

lorsque chante la chair

animée par le nom sans nom

qui demeure au silence

 

Toutes celles, tous ceux dont l’existence a croisé  la nôtre demeurent notre prochain. Aimer nous invite à être les uns pour les autres de Bons Samaritains, à nous pardonner mutuellement, à donner et recevoir avec Aimer.

 

22 septembre 2004

 

Croire que le dire précède la pensée, c’est croire que notre moi n’est pas l’auteur de notre dire et que notre pensée ne fait que se l’approprier.

 

encore en sa fraîcheur d’une aube de l’automne

l’orbe tend son capteur

invisible à sa proie mais proie pour l’harmonie

qui veille en l’œil guetteur

 

combien de millénaires ont écrit son destin

dans le secret du cœur

combien d’autres encore pour parfaire le fil

de chasse et de splendeur

 

« Moderne », mot magique, avec son compagnon « obsolète ».

 

Cette idée selon laquelle tout être fini est suspendu à l’infini, que l’infini est la substance de tout être, n’est-elle pas présente dans le Livre de Job ? S’il rassemblait en lui son esprit et son souffle, toute chair périrait » (XXXIV, 14).

 

L’exercice de l’obéissance religieuse vise à atteindre à cette indifférence où de silence à silence dans le secret la liberté humaine s’entretient avec la liberté d’Aimer pour décider ensemble.

 

L’épisode de la mort subite d’Ananie et Saphire en châtiment de leur mensonge ne semble pas cohérente avec le message du Don. (Actes des Apôtres V, 1-11). On ne peut imaginer Yeshoua agir et parler comme Pierre le fait ici.

 

Si le refus de la xénophobie et du racisme inclut celui de l’antisémitisme, pourquoi en parler ? Un peuple aurait-il plus que les autres droit à une mention spéciale ?

 

23 septembre 2004

 

L’histoire de Job est un conte de fées, mais qu’importe. Il nous renseigne sur les positions spirituelles de son auteur. Il y a, certes, sa position sur « le problème du mal ». Il y a aussi sa position sur la figure de l’Eternel. Le dieu de Job est un dieu cosmique. Non le dieu d’un cosmos divin (il ne s’agit pas d’envoyer des baisers d’adoration au soleil et à la lune (Job, XXXI, 27) mais le dieu d’un cosmos admirable devant lequel on peut s’extasier.

 

envoie au soleil à la lune

tes baisers fraternels

 

chante en écho de leur lumière

l’hymne consensuelle

 

prends aux rythmes de leurs passages

ta part d’ouvrage belle

 

trouve en l’espace de leur course

la voie de l’éternel

 

Si, à la mort, la mémoire totale se libérait dans le désengagement de la matière, viendrait aussi la possibilité d’une attention multiple. Celles et ceux qui ont accueilli Aimer participeraient à son attention infinie à la mesure de leur participation à son amour de l’autre. Ainsi se justifierait la prière aux disparus.

 

Si le secret de la longévité de l’Eglise réside en ses croyances mythiques, elle risque de disparaître. Mais elle garde l’indestructible Don d’Aimer, que ne peuvent totalement occulter la puissance et la grandeur vaticanes. Aimer vit dans l’incompréhensible dévouement de ses justes.

 

Si le péché originel est l’expression mythique de l’incapacité d’aimer l’autre comme autre inhérente à l’être fini, nul humain ne peut s’en libérer que dans la liberté que lui confère la liberté d’Aimer.

 

24 septembre 2004

 

Yeshoua n’a pas su dégager son expérience spirituelle de son univers religieux. Il s’est efforcé de modeler ses paroles et ses actes sur les textes de Moïse, des Prophètes et des Psaumes, allant jusqu’à conformer sa mort à celle de l’Agneau de Dieu, du Serviteur souffrant d’Isaïe. S’il est vrai que sa découverte de l’être de l’être comme Aimer a néanmoins été la plus éblouissante, c’est le plus grand bienfaiteur de l’humanité. Mais c’est le trahir que d’en faire un héros et un drapeau, car ainsi il ne peut plus la rassembler tout entière.

 

L’horreur que provoque la décapitation est une émotion culturelle. Souffre-t-on davantage la tête tranchée que pendu, empoisonné ou électrocuté ?

 

Pour nous, la valeur d’une vie dépend de nos préjugés de race et de classe. Pour toi, c’est celle de l’amour, et elle se moque de la mort. Pourquoi la mort d’un Occidental devrait-elle provoquer plus d’émotion que celle de dix ou cent Iraqiens, ou celle de dix mille Haïtiens, ou celle de cent mille Soudanais ?

 

quelle distance oblique pour le papillon

qui se tourne un instant sur le mur au soleil

éveille une senteur un goût pour le lointain

de l’enfance qui se rappelle

 

à peine s’entrevoit sur la surface douce

ce que découpe l’aile en la reconnaissance

d’une fraîcheur de soie qui se laisse approcher

par cette ombre qui l’interpelle

 

cet ocre ce brun raffine

le regard qui s’attarde

repoussé par le rouge et le noir triomphants

 

comme l’oreille lassée des clairons et des cors

guette une voix de flûte ombrée de crépuscule

dans la distance qui l’appelle

 

25 septembre 2004

 

Si l’essence est le ce-que d’un être, elle ne cesse de changer, de la particule à l’univers. Alors, qu’est-ce que l’identité, l’identique d’un être ? Une réalité psychique ?

 

Qu’est-ce que l’individualité des vrais jumeaux ou des clones ? Leur histoire, la somme de leurs expériences ? L’identité n’est pas l’individualité. On peut supposer que deux atomes d’hydrogène sont parfaitement identiques ; ils n’en constituent pas moins deux individualités différentes.

 

en sa hauteur la brume

flotte sur le bocage

 

douceur de l’immobile

écoute du silence

 

de quel secret murmure

se nourrit l’équilibre

 

masses qui conversez

vous nous dites l’amour

 

26 septembre 2004

 

la digitale pourpre attarde

l’été aux portes de l’automne

à ses verts languissants redonne

l’oeil allumé d’une renarde

 

elle pousse ses cris aigus

dans le jardin qu’il ne s’endorme

pris d’une lassitude énorme

ou qu’il ne boive la ciguë

 

mais face à l’œil glacé du nord

où le soleil s’est englouti

lève vers le ciel de son lit

la semence belle en sa mort

 

Freud a confisqué le rêve, mais rien ne nous empêche de le lui reprendre.

 

In God We Trust sur le dieu dollar. De qui est cette inscription ? De CésarRendez à César ce qui est à César. Rouerie du cœur humain qui se fabrique des dieux qui le servent.

 

Patiemment depuis l’origine, répandant son sillage de lumineuse intelligence et de sombre beauté, Aimer se fait son chemin de forces qui attirent et de forces qui repoussent, d’amours et de haines, jusqu’à l’autre en ex-stase de l’autre où Aimer invite à son partage infini.

 

27 septembre 2004

 

force du texte obscur

force d’une écriture

qui se donne en miroir au regard qui s’y plonge

et devine au cristal ses pensées qui y songent

en figures

 

la sphère transparente

la sphère est une amante

 

qui se voile et dévoile au regard du désir

et ne sait plus son cœur en ce cœur qui l’admire

dans l’attente

 

La relation que l’on entretient avec son corps est évolutive. Il ne faut pas se laisser piéger par le dilemme du « j’ai un corps » et du « je suis un corps ».

L’être qui accueille l’amour de l’autre comme autre tend à ne plus rien posséder, pas même son être. Aimer est ainsi.

 

L’amour de l’autre comme autre s’offre sans attendre de retour ; mais comment aimerait-il l’autre sans lui souhaiter d’aimer ainsi lui aussi? La dilection est le bien suprême de l’être.

 

La continuité-discontinuité présente d’un bout à l’autre de l’histoire de l’univers et de celle de l’humanité est sujette à une interprétation décisive dans la compréhension de ce qui unit et de ce qui sépare le judaïsme et le message spécifique de Yeshoua. Les chrétiens ne se sont opposés aux juifs depuis deux mille ans que parce qu’ils n’ont pas saisi cette spécificité en ce qu’elle le détache du religieux et de la croyance.

 

28 septembre 2004

 

Amos s’intéressait aux nations ; son dieu avait fait monter Israël d’Egypte, mais aussi les Palestiniens de Caphtor et les Syriens de Kir (Amos IX, 7). Pourtant, il était encore incapable d’un universalisme de la dilection, il restait hégémonique (Amos IX, 12).

 

Après vingt siècles, les théologiens chrétiens les mieux armés intellectuellement n’en finissent pas d’essayer de comprendre le comment d’un homme dieu. Le simple croyant qui s’y plonge est obligé, si sa fidélité l’y accule, à croire parce que c’est absurde, à déclarer que c’est un mystère alors que c’est une énigme. Tout est si simple cependant si l’on voit en Yeshoua un humain exceptionnel ayant vécu, mieux que tous peut-être, l’amour de l’autre comme autre, découvrant l’image vraie de l’infini Aimer et la proposant à celles et ceux qui y pressentent l’objet de leur quête.

 

La liberté d’allures de Yeshoua, sa fréquentation sans façons des gens les plus divers, des plus aux moins estimés dans sa société, relève de cette liberté ultime où Aimer traite d’égal à égal et d’ami à ami avec celles et ceux qui l’accueillent.

 

Incarnation ? Aimer est trop respectueux de la personne humaine pour l’énucléer de son identité.

 

la courge au jardin se résume

à son exubérance

sa sphère de la terre donne

aux herbes tout son sens

 

accomplissement pour l’automne

d’une longue patience

elle entre dans la vie commune

en belle turgescence

 

29 septembre 2004

 

Quelle illusion de croire qu’un visage soit une invitation au respect. Il reflète si souvent la légèreté et l’évaporation, quand ce n’est pas la veulerie et la brutalité, ou simplement l’insignifiance. Oui, l’insignifiance. Beaucoup de visages ne signifient rien, si ce n’est l’existence d’une présence dont la valeur est le secret de l’amour que tu lui portes.

 

La gloire, la doxa grecque, pose un problème dans le Nouveau Testament : pourquoi le mot revient-il si souvent ? Yeshoua dit bien : Comment pourriez-vous croire, vous qui recevez la gloire les uns des autres et ne cherchez pas celle (qui vient) du seul Dieu ? (Jean V, 44). Mais qu’est cette gloire qui vient de Dieu ? N’est-ce pas le seul amour de l’autre, du seul Aimer qui appelle notre foi, c’est-à-dire notre accueil ? Ce que le commun des mortels appelle la gloire (qui va bien avec la louange et l’honneur) n’a rien à voir avec Aimer.

 

elle s’est cette la nuit donnée comme en spectacle

à ces foules venues de l’horizon des mers

se presser lentement pour que les illumine

le visage radieux offert au sanctuaire

 

ce que nous avons vu n’était que le regard

d’un ici qui se prend pour le moyeu du monde

car les foules partout recevaient sa lumière

et son passage au ciel comblait toute la terre

 

30 septembre 2004

 

Toutes ces blessures que l’on inflige en totale ou vague inconscience, et dont on ne sait pas non plus si elles résultent d’une incompréhension de l’autre.

 

Derrière le dilemme d’avoir ou d’être un corps, se profile la question de l’existence du psychique, de l’immatériel et, finalement, du spirituel.

 

Si la fonction crée l’organe, alors la pensée a créé le cerveau.

 

tête d’étoiles qui se chantent

l’une à l’autre l’entre du vide

suivant électriques chimiques

la vie des énergies du temps

 

es-tu moi sœur ou bien servante

galaxie de pensers d’agirs

qui n’a que pour l’autre de sens

en l’esprit d’amour qui te hante

 

dans l’examen de la conscience

qui te regarde du dehors

je vois ton essaim de lumières

dire ce que mon ombre espère

 

Les anciens Egyptiens avaient-ils moins le souci de la vie que de l’après ?

 

 

1er octobre 2004

 

en sa faiblesse de miroir

son cœur vacille

l’image inonde le regard

de l’imbécile

 

mais par la force de l’esprit

de l’œil au sens

se dit la pierre qui sourit

en l’apparence

 

Les adorateurs du dieu « Normal » cherchent à imposer leur propre norme. Ils se croient supérieurs aux autres et s’en autorisent pour les déranger. Mais on ne peut valablement déranger l’autre qu’au nom de l’autre, et c’est un dérangement dans la liberté, car l’amour ne s’impose pas. Aimer ne cherche pas à déranger, mais il invite à aimer et l’accueillir dérange la vie.

 

 

l’ami du présent qui passe

sait prendre la vie avec grâce

 

écouter le silence dire

au silence où l’amour soupire

 

que dans le hasard merveilleux

il est là pour ouvrir les yeux

 

2 octobre 2004

 

c’est un creux de la terre que le chemin ignore

que les yeux du marcheur ne peuvent soupçonner

mais où le guide emmène

car il cache un granit qui propose la force

de son architecture solide où l’humain vit

la joie de l’œcoumène

 

nous sommes d’un pays où le rocher se cache

et il nous faut creuser pour trouver le solide

du désir infini

mais lorsque le pionnier guidé par son instinct

a trouvé où gisait la pierre qu’il recherche

tout se découvre ami

 

Si un philosophe reconnaît l’infinité du désir humain, il se sent tenu de faire quelques hypothèses : le désir infini est une maladie puisque l’infini n’existe pas ou qu’il est inaccessible. Le désir infini n’est pas forcément un désir de l’infini. Le désir infini n’est pas une maladie, il est constitutif de l’être humain, même si tous n’en ont pas conscience. L’infini n’est pas accessible au fini par son seul pouvoir, mais l’infini, qui a voulu l’être du fini et son désir infini, lui offre d’y accéder.

Reste au philosophe d’étudier chacune de ces hypothèses et quelques autres, guidé ou non (cela fait peut-être toute la différence) par ses intuitions.

 

 

Quel lien entre l’agir et le penser ? Aucun idéalement, mais il semble préférable de nous soupçonner de penser souvent comme nous vivons. N’est-ce pas ce qu’insinue celui qui fait la vérité vient à la lumière ?

 

Ambiguïté, hésitation de l’attitude de Yeshoua face aux non Juifs. Dans l’épisode de la rencontre de la Cananéenne (Matthieu XV, 21-28), il affirme qu’il n’ a été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël, mais la Cananéenne lui force la main et lui fait s’écrier : Femme, ta foi est grande !. Et, lorsqu’il envoie les douze apôtres prêcher, il leur dit de ne pas aller chez les païens et de ne pas entrer dans une ville des Samaritains  (Matthieu, X, 5).

Cependant, dès le début de sa prédication dans son village natal, rejeté par sa communauté, il s’appuie sur la tradition prophétique pour envisager de s’adresser aux non Juifs :Elie, au temps de la grande famine, n’est pas allé aider une veuve d’Israël mais une veuve du pays de Sidon. Et Elisée n’est pas allé guérir les lépreux d’Israël, mais Naaman le Syrien (Luc IV, 16-30). Les événements et la référence à la tradition de son peuple le conduisent à l’universalisme.

Pierre a dû se rendre à l’évidence que l’esprit le poussait à s’occuper des incirconcis (Actes, XI).

 

3 octobre 2004

 

Il est des couples où la passion scientifique ou artistique de l’un ou de l’autre devient une rivale. Il en existe sans doute aussi où c’est la passion spirituelle, mais n’est-ce pas un non-sens que l’amour de l’autre puisse le devenir ?

 

Les humains se sauvent par le don et le pardon ; ils y vivent pour les autres de la joie éternelle d’Aimer.

 

Comme l’être fini participe de l’être infini, l’amour de l’autre de l’être fini participe de l’amour de l’autre d’Aimer.

 

L’ambiguïté protège le désintéressement, car il ne peut être ce qu’il doit être que s’il s’ignore. Dans l’incertitude insurmontable de se savoir désintéressé, il ne reste plus qu’à se désintéresser du désintéressement pour ne s’intéresser qu’aux autres.

 

L’humain premier est mû par l’énergie de la volonté de puissance, relais de l’élan vital, du dynamisme de la matière. L’humain ultime est mû par l’autre pour l’autre.

 

La présence réelle du saint sacrement ne peut être un viol du réel, pas plus que l’incarnation ne peut être un viol de la personne humaine. C’est la présentissime présence de l’être infini à la matière, comme c’est celle d’Aimer à celles et ceux qui L’accueillent.

 

La gloire d’Aimer, c’est d’aimer. Qu’est-ce que cela a à voir avec le règne, la puissance et la gloire ?

 

indicatrice du soleil

gps infaillible

ton visage extasié ne sait dire que lui

tu t’oublies

 

voyageuse de l’immobile

pour l’œil qui t’envisage

que serais-tu pourtant sans l’ombre qui déroule

notre foule

 

4 octobre 2004

 

Yeshoua emporté ? Pourquoi déchaîne-t-il la colère de ses auditeurs incrédules au point qu’ils veuillent le chasser de Nazareth, son propre village, et le précipiter de la falaise ? Pourquoi chasse-t-il si violemment les marchands du Temple ? Ne sait-il pas qu’ils reviendront dès qu’il aura le dos tourné ? Pourquoi insulte-t-il les Pharisiens et les prêtres ?

 

Il n’y a de véritable dialogue entre les religions que par celles et ceux qui transcendent la religion dans l’amour de l’autre.

Est-ce à un chrétien de dire à un musulman (et réciproquement) ce qu’il doit changer dans sa religion ? Non, sans doute ; du moins peut-on rechercher en chaque religion la présence et les pierres d’attente d’Aimer.

 

Il ne s’agit pas de réactualiser le passé ou de le faire revivre. Laissons cela aux rites et aux romans. Il s’agit de regarder le passé pour comprendre le présent et envisager l’avenir. Peut-être aussi, mais cela suppose d’entrer dans le mouvement de l’Amour, pour se soucier des disparus.

 

Est-ce bien méchant de dire que le mariage, c’est bon pour les homosexuels ?

 

S’il n’est rien que d’inhérent dans l’être infini, cela signifie-t-il que la beauté et l’intelligence lui sont aussi essentielles que l’amour ? Existe-t-il une hiérarchie des valeurs de l’être infini ? Et que dire de la puissance ? Au moins qu’elle est toute au service de l’amour et qu’elle ne peut contredire l’intelligence.

Suffit-il de dire que l’être infini échappe à la compréhension de l’être fini ?

 

 

ferme fraîcheur née de la terre

dans la main qui la serre

belle rondeur où exubère

une sève pour l’air

 

vers quel destin tournent tes yeux

l’enfantement pieux

de la lignée du merveilleux

au souterrain des dieux

 

ou bien l’enfournement aux flammes

te détruisant la trame

assurant que s’ouvre au sésame

l’esprit qui te réclame

 

lorsque le regard qui t’estime

envahit ton abîme

la main qui de nouveau te mime

en l’autre te sublime

 

5 octobre 2004

 

Comment les croyants se passeraient-ils de héros, que ce soit le Verbe incarné ou le verbe tout court ? Et pourtant ce n’est pas le mythe qui sauve, mais le seul amour de dilection.

Peut-on même dire « sauver » ? Ce n’est pas tout à fait dans le sens de la Rédemption chrétienne. « La vie éternelle » est un concept plus positif ; il répond au désir infini en proposant l’infini, le bonheur de l’infini Aimer.

Tout est dans la parabole du bon Samaritain : pour partager ta vie éternelle, il faut aimer comme tu aimes ; la vie éternelle, c’est d’aimer comme tu aimes.

Non, tout n’est pas dans cette parabole. Il y a aussi l’image du chameau et du trou de l’aiguille. Ce partage est un don, car la vie éternelle est impossible à l’humain, mais possible à Aimer qui la propose, parce qu’Il ne serait pas Aimer s’Il ne la proposait pas, s’il ne Se proposait pas.

 

Si le message de Yeshoua n’avait pas inclus l’ambiguïté du mythe messianique, aurait-il pu toucher tant de monde ? Le temps est-il venu de l’en épurer ? Est-ce une question de majorité et de minorité des votants? Le mythe écarte-t-il maintenant plus de croyants potentiels qu’il n’en attire ? En quelles cultures ?

 

Lier la vérité en priorité à la mort est suicidaire. La seule mort que donne la vérité, c’est celle qui permet d’accéder à la vie éternelle, la mort du moi en la naissance du je qui ne se soucie plus que de l’autre.

 

Etre à l’affût des beautés pour te les chanter.

 

fille de temps fille de muse

fluide mélodie

spirale où se redit

nouvelle cette belle intruse

 

 

tu chantes de ce que tu chantes

traces d’autres visages

surgissant d’âge en âge

verbes des souffles qui te hantent

 

6 octobre 2004

 

Orion pavoise

son illusion de surface

il n’est de profondeur

que d’univers

 

de la turquoise

où le baudrier s’efface

rayonne un cœur

comblé de mer

 

Yeshoua ne parle pas de la joie du bon Samaritain. Mais il laisse entendre que dans son acte passe la vie éternelle, qu’il demeure en Aimer et qu’Aimer demeure en lui dans le secret. Ma joie d’Aimer, c’est ta présence, c’est toi.

Découvrir Aimer donne la joie de celle, de celui qui découvre le trésor dans le champ et qui donne tout pour Aimer, car celle, celui qui donne sans aimer n’entre pas dans la joie, pas plus que le jeune riche qui est triste à l’idée de donner pour entrer dans la joie d’Aimer. La joie est inhérente à Aimer.

 

7 octobre 2004

 

La théologie du Nouveau Testament est incertaine. Ainsi, à lire la prédication de Pierre à la maison du centurion Corneille, on n’a pas l’impression que Yeshoua était Dieu : Yeshoua de Nazareth, que Dieu a oint d’esprit saint et de force, qui a passé en faisant le bien et en guérissant ceux qui étaient opprimés par le diable parce que Dieu était avec lui (Actes X, 38).

 

La cause précède (du moins dans le temps que nous connaissons), mais ce n’est pas parce qu’elle précède qu’elle est cause. La force des choses a beau leur être inhérente, l’intelligence qu’elle manifeste ne leur appartient pas. Si le plus apparaît progressivement, il existait déjà, non manifesté. La formidable intelligence qui se manifeste dans la matière existait tout entière avant qu’elle n’en commence et n’en poursuive l’investissement. Le comment est une autre affaire, celle des scientifiques.

 

L’autonomie de la matière, qui marche toute seule, se poursuit dans l’autonomie du spirituel, qui marche tout seul, lui aussi. Mais la conscience de conscience le fait passer de l’autonomie à une liberté où l’autre est sujet d’amour…Ces choses restent floues, mais le brouillard se dissipe, lentement. Avec la liberté, le réel ne marche pas tout seul, il avance dans la liberté de l’autre.

 

 

les chênes de la gélinière

tiennent la terre dans leurs serres

la terre de la gélinière

tient les chênes dans sa matière

 

entre les troncs vois l’horizon

que t’assigne cette maison

pour le départ et le retour

pour le travail et pour l’amour

 

cette surface qui t’entoure

à tes pieds donne la passion

et à tes mains la condition

de la grâce de ton séjour

 

de ton lieu vois l’orbite entière

la raison de la hauteur claire

le profond de l’imaginaire

l’évident comme le mystère

 

8 octobre

 

Comment Yeshoua a-t-il pu dire que son fardeau était léger et inviter ses disciples à porter leur croix ? La lecture sacrée des textes religieux en cache les incohérences.

 

le fossé

recreusé

allonge son interminable plaie

 

de la ville

se faufile

la percée dure de son tentacule

 

sur la rive

restée vive

veille une tige éplorée en son rêve

 

La vérité dernière est libre et ne se propose qu’à des consciences libres pour les libérer davantage. Elles ne peuvent l’accueillir que dans l’évidence.

 

Est-il possible d’agréger des humains en une communauté sans autre référence identitaire que le Don d’Aimer ? Peut-on se passer de rites et de mythes ?

 

L’expérience de Yeshoua ? Ta présence au plus intime, comme l’a vécue et décrite plus tard Augustin. Mais il l’a éprouvée avec une telle intensité qu’il ne savait plus s’il était lui-même ou toi.

 

Le sort de l’hyperpuissance se joue en un jeu de paroles, une joute oratoire. Misère des intelligences humaines qu’on manipule avec des mots.

 

Construire des mosquéglises pour des prières communes, et plus encore des temples ouverts à toute croyance pour les croyants qui attachent plus d’importance à Aimer qu’à leur foi.

 

9 octobre 2004

 

Poignée de mains, baiser, applaudissement… : gestes premiers, rites. Alors pourquoi pas d’autres ? Nous restons des animaux rituels, il faut bien jouer le jeu.

 

Puissance magique de la parole. La Bible en est remplie. Les sacrements de l’Eglise y prennent appui. Le langage performatif en relève-t-il ?

 

Il y a cohérence de matérialité entre le péché poids ou souillure qu’on enlève et la résurrection de la chair. Comprendre qu’Aimer est esprit en affranchit. Le péché n’est que le manque d’Aimer, et la résurrection est celle de l’esprit qui aime.

 

marche marche sous la pluie

là-bas là-bas

nu enfin dans la douceur

 

après le soleil brutal

brûlant

protégée par le linceul

la peau retrouve la vie

de l’eau de l’eau

qui la trempe jusqu’aux os

 

marche dans la pluie

dissous dissous

le corps en ton océan

 

Ceux qui seront dignes de la résurrection… (Luc XX, 35). Flou néotestamentaire : on pourrait comprendre ici que l’autre vie n’est accessible qu’à celles et ceux qui auront accueilli Aimer. Si tant de gens ne peuvent croire à un au-delà de la mort, c’est peut-être qu’ils ne savent pas Aimer.

 

10 octobre 2004

 

La dignité de tes amis passe outre à la considération et au mépris de l’humain premier. Car tu leur laves les pieds et tu leur donnes de laver les pieds de leur prochain. Leur dignité est celle de l’autre, ils sont passés du moi au je.

 

Le pouvoir des puissants amène un sourire dans les yeux de tes amis. Ce n’est pas celui de la pitié, c’est celui de l’invitation à aimer comme tu aimes, comme tu leur donnes d’aimer.

 

creuse le sable

ouvre la tombe

au fond de l’âge

vit un visage

 

 

au faîte de l’arbre

l’aigle te regarde

au creux des racines

le serpent t’anime

 

mesure le ciel

pénètre la terre

le père et la mère

t’assurent le miel

 

ouvre le sable

creuse la tombe

au bord de l’âge

reçoit le sage

 

Continuité-discontinuité des textes canoniques et des textes apocryphes de la Bible. Mais une frontière parallèle traverse la conscience de Yeshoua, christ-messie juif et visage d’Aimer.

 

Accueillez l’amour d’Aimer, vous verrez que la mort ne sera plus un problème.

 

11 octobre 2004

 

la basse continue du souffle dans les cimes

cherche dans le bocage les notes de ses rimes

 

appels d’oiseaux furtifs cris lancés dans l’aurore

mouvements de machines et d’autres bruits encore

forment le contrepoint et l’harmonie d’un air

qui depuis l’horizon vibre pour toute chair

 

une reconnaissance exulte en ce passage

où la musique porte l’âme du paysage

 

Il faut bien qu’existe une cohérence entre le psychique présent à la matière et la survie de la conscience. Mais il n’y a pas cohérence entre la mort et la résurrection, à moins de parler par métaphore. Le physicochimique est transitoire ; à la mort il se disperse à jamais.

 

La certitude d’Aimer donne un certain regard sur l’univers.

 

Le Sionisme est-il venu trop tard ? Sautant dans un train de la colonisation voué à s’arrêter sous peu, se retrouvant au milieu d’un islam qu’il avait contribué à réveiller et que sa présence expansionniste ne risquait pas de rendormir…

Terrible machine de l’histoire conduite par des croyances non rédimées par l’esprit d’Aimer.

 

12 octobre 2004

 

cette plaie sur la peau de la nuit

 

lumières de la ville

 

les nuages rougeoient

 

le bocage et les bois

ne dorment plus tranquilles

dépouillés de leur âme en ce bruit

 

 

il demeure là-bas

une obscure clairière

où l’oiseau solitaire

dit la lune à mi-voix

 

les étoiles t’y tendent la main

 

Il n’y a pas de destin d’exception, à chacun est offert un destin d’exception. Chaque personne est unique, et tu offres à chacune un destin d’exception..

Quelle est la part de responsabilité, de liberté dans un destin ? On n’a pas la même liberté au départ, selon la famille, le milieu, l’époque où l’on naît, selon ses gènes…Quels impondérables font que l’on te rencontre ou non ? Tu éclaires tout humain (Jean I, 9). Comment ? Tu sondes les reins et les cœurs. Tu ne demandes pas beaucoup à ceux qui ont peu reçu. Finalement, s’ils t’accueillent, même à peine et même à leur insu, tous reçoivent l’unique denier que tu es (Matthieu XX, 9ss).

 

Le destin collectif résulte en partie des destins individuels, additionnés, soustraits, multipliés, divisés.

Croire que l’âge d’or viendra est une illusion. On ne l’imposera pas à des consciences libres. Tu es le garant, toi Aimer, des libertés.

 

Job et l’étonnant spectacle du monde. Nous en savons maintenant beaucoup plus qu’à son époque, mais quelle illusion de croire que nous avons percé les secrets du réel (dont nous sommes, il vaut mieux le dire). Nous sommes plus ou moins myopes ou hypermétropes…La morgue des « intelligents », quelle misère !

 

La lecture peut n’être qu’un stimulant psychique. La lecture sacrée est un des plus puissants stimulants des croyants. Cela leur permet aussi, si mal que ce soit, de te rencontrer.

 

13 octobre 2004

 

Le seul critère du jugement ultime dans le texte de Matthieu XXV, 31-46, c’est l’amour de l’autre. La croyance en est absente. La séparation manichéenne qui semble y présider relève de la mise en scène d’un imaginaire ouranien.

 

Pouvons-nous vraiment connaître nos motivations dernières ? Est-ce bien celles de l’autre ? N’est-ce pas notre insubmersible moi ?

 

Le progrès moral d’une société est chose précaire, car il dépend des libertés individuelles de chaque génération. L’héritage des valeurs doit être à chaque fois assumé par de nouvelles consciences libres. Notre histoire, même la plus récente, montre que la barbarie est toujours prête à se déchaîner, partout. Elle demeure collée à nos gènes, à nous tous.

La liberté ou l’héritage ? Subtil dilemme. Que faire des grands philosophes qui servent de référence constante aux intellectuels ? Où est la liberté de pensée de gens qui n’arrêtent pas de citer leurs sources (leurs héros ?) ?

 

la flaque des chemins accueille les visages

le reflet des lointains leur envoie leur image

 

elle invite le lent le délicat cortège

des pas reconnaissants au bois qui les protège

 

la rencontre au silence de la forêt obscure

par grâce de la chance en son miroir s’épure

 

La diversité est inhérente à l’altérité d’Aimer. Aimer souhaite que l’autre se multiplie en visages uniques toujours plus nombreux.

 

14 octobre 2004

 

Les intellectuels sont-ils incapables de se passer de gourous ? Ou font-ils semblant ? N’utilisent-ils leurs citations que pour se protéger, se promouvoir… ?

 

Le progrès moral des civilisations n’est-il possible que par l’inertie de générations qui se transmettent des valeurs qu’elles n’assument pas vraiment, dont elles ne vivent que tant bien que mal et sans doute souvent à leur corps défendant ? Si nous nous libérions tous tout à fait, y aurait-il une tradition ? Y aurait-il même des identités collectives ?

 

aux tempes des peupliers

les signes de l’âge approchent

ici et là une touche

se développe et déploie

 

mais chaque jour a son pli

et chaque nuit son hochet

une saison vient qui flashe

une saison vient qui pleure

 

le regard qui sait la suite

espère que viendra tôt

cette sagesse qu’il tente

de se donner de la sorte

 

que l’œil oreille enfin soit

et perçoive dans le temps

tout ce que l’espace tait

au silence où tout se sait

 

Yeshoua-Messie ne se sent envoyé que vers les brebis d’Israël. Yeshoua-Aimer se porte au secours de toutes les brebis perdues de l’univers.

 

 

15 octobre 2004

 

enfin la pierre parle

chante parfois

sous ses doigts fins

 

elle a grandi pendant des millénaires

et chacun de ses grains s’est senti solidaire

de tous ceux qui l’entourent

 

si la pierre est sonore

c’est que des harmonies dorment dans ses entrailles

la taille en son nid fait éclore

ce qui songeait encore au plus lointain passé

où l’eau et puis le feu peut-être l’ont pressé

de se donner une âme musicienne

 

ô très ancienne

ô vénérable muse

donne à ses doigts en ton sommeil

la pure joie féconde où l’oreille confuse

s’éveille au chant du monde

 

Croyez-vous que Yeshoua ait lavé les pieds de ses disciples par humilité ? Qu’il se soit humilié afin d’être exalté et recevoir le nom au-dessus de tout nom ? Quelle terrible méprise ! Il n’y avait dans son geste que cet amour qui ne pense qu’à l’autre. La gloire, la gloire, la gloire…vous pouvez vous la mettre…Vous n’avez rien compris. Son geste était le geste même d’Aimer, une variante du baiser du père à l’enfant prodigue.

 

La circularité de l’amour et du pardon dans le Don n’implique pas un retrait spectateur chez Aimer. Aimer est affaire de relation, de la relation la plus forte qui soit entre deux libertés, non de mécanisme parfait.

Les inférences de l’amour de l’autre (liberté, égalité, universalité fraternelle) en signalent la perfection. C’est bien le cœur de l’être.

 

16 octobre 2004

 

ce jaillissement d’iris

qui se courbe et se recourbe

est une voûte

 

la cathédrale de lumière

en la ligne parfaite

évanescente

et renaissante

de la promesse faite

consacre aujourd’hui l’hier

 

chante que la pluie bénisse

les pieds de la lourde tourbe

et prends la route

 

Il faut que l’amour de l’autre détruise l’amour de soi, mais ce n’est pas n’importe quelle destruction. C’est une erreur néfaste de penser qu’en détruisant l’amour de soi on trouve l’amour de l’autre. Ce n’est pas ainsi que l’on accueille le Don. Ne mettez pas la charrue avant les bœufs.

 

17 octobre 2004

 

les champs qui se dénudent

disent la main des charrues millénaires

le face à face paysan

où la terre et la chair

en s’embrassant se sont pris l’une à l’autre

un peu de l’âme solidaire

 

dans le relais des ans

passant en chœur les chants de l’alouette

les glissements du ver

les parfums des racines

mille flaveurs et mille attachements

dans la tête s’exsudent

 

Le Don est sans signature, tu t’effaces. Le Don n’appartient ni ne possède. Dire que l’on ne possède que ce que l’on donne est une concession au besoin de posséder, comme de dire que celui qui s’abaisse sera élevé en est une au besoin de se glorifier. Aimer l’autre oublie la possession comme l’élévation.

 

« Non-assistance à personne en danger ». Le droit a fait quelque progrès depuis l’époque du bon Samaritain. Mais la loi ne fait que suggérer où est le bien sans indiquer que le bien et le bonheur coïncident, que c’est en servant l’autre que l’on trouve ta joie.

 

Ecrire pour les autres, par désir, non d’être lu, mais d’engager un échange, d’inviter au dialogue où chacun donne à penser aux autres.

 

18 octobre 2004

 

Présentissime, mais comment ? Est-ce sans importance ? On ne peut que s’y intéresser lorsqu’on s’intéresse à toi. Nous te connaissons en ta présence immédiate, mais c’est une présence de l’amour de l’autre. La possession t’exclut.

Proximité du Tao : Celui qui saisit perdra.

Mais peut-on voir la proximité des religions et des philosophies sans se libérer du langage ? Ne penser qu’avec des mots, c’est se condamner à la coupure avec le réel ultime, puisqu’ils ne sont faits, nous dit-on, que de différences et de rapports.

 

Ces contradictions de la Bible plaçant côte à côte : Le Seigneur parlait à Moïse face à face et Tu ne peux voir ma face (Exode XXXIII, 11 et 20). Est-ce parce qu’on ne peut dire l’expérience de ta rencontre qu’au-delà des mots intercontredits ?

 

 

que voile cette musique

en marche dans la forêt

qu’elle croise sans jamais

ne laisser à entrevoir

que l’espoir

d’un instant fugace et magique

 

quand se tait la mélodie

 

après d’étranges clairières

et des sentes traversières

l’ultime écho du hautbois

laisse au bois

le silence où tout se dit

 

jamais aucune parole

ne réplique à la douceur

du vide bruissant du cœur

dans la lumière infinie

où la vie

comme ton oiseau s’envole

 

19 octobre 2004

 

Si les affamés font des rêves d’affamés et les frustrés des rêves de frustrés, peut-être que les communiants du monde font des rêves de communiants du monde.

 

chenille nymphe papillon

œuf

neuf

qui de l’ancien surgit

filles fils mères pères

aucun jamais ne fut

autre que soi

 

mais l’amour incessant

marche depuis longtemps

vers la pure rencontre

du face

à face

de mutation en mutation vers toi

 

Si la joie est en l’autre aimé comme autre et si les reclus ne sont pas des égarés, alors c’est qu’il existe un amour dans le secret.

 

Reconnaître la spécificité du message de Yeshoua comme humain universel plutôt que comme Messie conduit à réviser la morale patriarcale inculquée aux chrétiens depuis vingt siècles et d’exalter la morale de l’amour de l’autre (si le mot « morale » vous hérisse, dites « éthique », ou « agir » ou tout ce que vous voulez).

 

20 octobre 2004

 

Comme l’amour et la liberté, la joie est une réalité en marche de l’humain premier vers l’humain ultime. La joie ultime est celle que l’on trouve en l’autre comme autre. Elle est grâce, car elle participe du Don d’Aimer.

Dynamique de l’être en continuité-discontinuité : du jouir au se réjouir, de l’amour de possession à l’amour de dilection, de la liberté du moi-moi à la liberté du je-tu.

 

 

totale rose tes pétales

émulent leur conciliabule

sur le berceau fermé du sceau

où le secret de l’amour crée

l’âme fatale

 

écoute donc ce qu’il en coûte

en cet isolement du sol

de ne faire le don qu’à l’air

de cette âme qui la réclame

au bord du doute

 

il n’est patience que du sens

pressenti dans l’immensité

lorsque se bâtit la beauté

tant précieuse que radieuse

de ta présence

 

Toute totalité est-elle belle ? La nature, tes énergies, tend à former des totalités. La beauté d’un être, beaucoup le pensent, est l’harmonie rayonnante de sa totalité (integritas, consonantia, claritas).

 

La beauté qu’on admire nous fait nous réjouir de l’existence de l’autre. Elle entre dans la joie de l’amour de l’autre.

 

21 octobre 2004

 

totalité sonore

poème circulaire

le parfum qui s’échappe de tes boucles nouées

diffuse à la limite

de l’univers

 

ta subtile matière

s’attachant au papier

de relais en relais se pose en tous les temps

sur la bouche lyrique

de tes amants

 

L’universalisme détruit le sacré puisque la sacralisation est une mise à part. Il n’y a plus de lieu ni de temps sacrés, il n’y a plus de personnages sacrés, il n’y a plus d’écriture sacrée.

Tu es présent à tout être, et tu t’y manifestes à la mesure de sa beauté, de l’harmonie rayonnante de sa totalité. Alors oui, Yeshoua est bien le plus beau des enfants des hommes, en tout cas l’un des plus beaux.

Dommage qu’il lui ait fallu mourir pour que le rideau du Temple se déchirât et que la finitude d’une religion historique éclatât en universalisme.

Les chrétiens ne l’ont toujours pas compris et continuent de sacraliser leur héros sauveur, ne voyant pas qu’ils sont infidèles à l’universalisme d’Aimer.

 

 

22 octobre 2004

 

va

cours dans la bourrasque

serre les mains du vent

les mains les plus fantasques

que se donne l’amant

 

pour toi elles se changent

en l’esprit répandu

pour le combat de l’ange

et la face éperdue

 

mais les armes égales

des amours et des haines

dans la bourrasque étale

chantent à perdre haleine

 

La volonté, une force psychique à la disposition de la liberté ? En lisant ceux et celles qui l’ont étudiée, on remarque au moins en quel brouillard nous sommes, et que la recherche reste largement ouverte.

 

Dire que la pensée sécrète le cerveau n’est pas plus fou que de dire que le cerveau sécrète la pensée. Le réel est psychique autant que physique. Le problème est de savoir comment, et, plus encore, comment le psychique peut prendre ses distances et se détacher du physique.

 

Penser à tous ceux et celles qui viennent à l’idée en se réjouissant de leur existence, n’est-ce pas un don du Don d’Aimer ?

 

23 octobre 2004

 

la porte du silence est une porte close

mais qui sait y attendre entend dire des choses

qu’en lui le vide invite à peser lentement

car elles sont parfois des paroles d’amant

 

de subtiles senteurs s’exhalent de la rose

fermée sur son message et que son ombre expose

aux voix intérieures expliquant doucement

les sombres hiéroglyphes de ses sentiments

 

hiérogrammate parle de l’avenir

devant la porte feinte du tombeau

où l’image des dieux obscurément te mire

 

pour toi les aromates recomposent le beau

et la rose au désert éternelle respire

le silence où l’esprit te souffle un air nouveau

 

Le parc dont le propriétaire ne se sent plus que le dépositaire et gestionnaire le fait passer de la jouissance à la réjouissance, le conduit dans l’allée où l’amour passe de soi à l’autre

 

24 octobre 2004

 

petit crachin tout fin tout fin

qui embrasses la plaine entière

déposant tes mille baisers

au fond des feuilles au creux des pierres

 

ce que tu dis ce que l’écrin

de tes perles dans le mystère

répond est enfant de beauté

et toute la plaine exubère

 

Refuser de porter des jugements sur les valeurs culturelles, c’est implicitement penser qu’elles se valent toutes et avouer qu’on n’a pas de repères.

S’il est bon de se poser des questions sur ses propres valeurs, ce ne peut être qu’au nom des valeurs que l’on soupçonne supérieures sans les avoir encore clairement identifiées.

Lorsqu’on se croit habité par un esprit universaliste, il est sain de se demander si ce n’est pas, pour une part, un esprit hégémonique.

Passer de l’hégémonie à l’universalisme de la dilection, c’est passer de l’humain premier à l’humain dernier, et cela ne peut se réaliser que par l’accueil du Don.

 

Puissance de la liberté ? Une contradiction dans les termes. La liberté s’oppose à la puissance. Exit le Dieu Tout-Puissant, entre la liberté d’Aimer.

 

Pour l’humain dernier, la liberté de posséder une arme est une double aberration puisque posséder c’est être possédé et que l’arme sert à conquérir ou retenir la possession. Cette liberté-là est pour lui une honte et non une fierté (si tant est qu’il soit encore sensible à la honte et à la fierté) : elle témoigne d’un passé dont on n’a pas renié les horreurs, d’un héritage barbare auquel on a renoncé en accédant au Don.

 

25 octobre 2004

 

monstre sacré des profondeurs

qui pourra redire à ta forme

parfaite beauté que les eaux

franchies façonnent de ta chair

 

tu circules du sombre au clair

du clair au sombre bas en haut

fluide en ce royaume énorme

lourd en la légère hauteur

 

tu pèses le pour et le contre

en l’équilibre de tes choix

libre de déployer l’ardeur

de tes faims et de tes élans

 

et bellement ou vivement

de reconnaître et de connaître

l’autre toi comme en un miroir

chair de ta chair enfin de voir

 

Si tu nous pardonnes comme nous pardonnons, si tu nous aimes comme nous aimons, tu es miroir. Mais comment Aimer serait-il un miroir alors qu’il est l’autre de l’autre ? Tu précèdes. Nous pardonnons et donnons à la mesure de l’accueil que nous réservons à ton amour. Tu nous libères à proportion que nous libérons ton image des idoles divines. Vienne l’heure du face à face où nous serons tellement toi que nous converserons avec toi comme l’ami avec l’ami de silence à silence dans le secret.

 

Tu es l’être, et ta reconnaissance comme Aimer organise les valeurs, donne les repères de tout être. Ils peuvent aller se rhabiller, les gourous déboussolés, aveugles guides des aveugles.

 

26 octobre 2004

 

un aboiement dans le lointain

dit toute la nuit qui écoute

découpe les sentiers les routes

révèle de secrets jardins

 

et plus diffusément le vin

d’une présence que le doute

affine pour cette ivresse où

te devine déjà demain

 

Accueillir l’étranger, c’est le reconnaître en son altérité, accepter qu’il ait d’autres valeurs et qu’il nous juge en fonction de ces valeurs comme nous le jugeons en fonction des nôtres, jusqu’à ce qu’ensemble nous les fassions concerter pour reconnaître en elles ce qui tient et ce qui ne tient pas dans l’amitié où nous nous sentons nous accomplir.

 

Si mon silence bruit de musiques, comment retrouverai-je le silence du silence de ta présence ?

 

Si l’on peut dire que le système de valeurs d’une société reflète sa structure, on peut bien dire aussi que la structure d’une société reflète son système de valeurs. C’est un peu le problème de l’œuf et de la poule. Et choisir d’insister sur l’une ou sur l’autre façon de voir les choses est aussi un jugement de valeur.

L’expérience de la liberté dernière libère de ces cercles vicieux. Au risque d’exaspérer certains, on devrait dire qu’on a besoin de transcendance pour être libre. Ceux qui nient l’objectivité des valeurs sont ceux qui refusent toute transcendance (on s’en douterait). Mais la transcendance du bien n’est pas la volonté arbitraire d’un Dieu potentat, c’est l’objectivité immanente à l’être.

 

27 octobre 2004

 

au jardin dans les souffles écoute chuchoter

les confuses paroles que dispensent

des cœurs trop lourds pour s’élever

jusqu’au miroir où l’on ne pense

 

écoute susurrer la beauté qui se veut

plus belle que la brume n’est encore

lorsque le mauve de l’aveu

un instant révèle l’aurore

 

Ce n’est pas la parole qui est vie, c’est l’esprit. Il est des paroles inspirées, il en est qui ne le sont pas. Il est des paroles inspirées par l’amour de dilection, il est des paroles inspirées par la volonté de puissance. L’humain s’accomplit dans l’amour, non dans la puissance.

La parole porteuse de vie est celle qu’inspire l’amour et qui l’inspire. Encore n’est-elle porteuse que du message d’amour, non de l’amour lui-même (sauf à croire à la puissance magique des mots).

 

Une parole belle est inspirée par la beauté ; sur l’harmonie de ses rythmes cheminent ses images fortes. Elle est porteuse de vie première. La parole belle porteuse de vie éternelle est celle qui invite à passer de la vie première à la vie dernière.

 

28 octobre 2004

 

pourpre fugace aurore

le temps précieux

du sourire incertain disparu à jamais

donne à l’instant

son poids d’inquiétude que confie

à l’infini

seule mémoire entière

notre espoir de le vivre en son alchimie d’or

 

Quand pourrai-je tout sentir, tout penser, tout faire sans que jamais nos regards ne se quittent ?

 

La loi de continuité-discontinuité telle qu’elle apparaît dans l’évolution incite à reprendre à nouveaux frais la question de l’immortalité de l’âme. Quel est le seuil de l’immortalisation ? Celui de l’humain premier ou celui du second ? Du second sans doute, mais qui peut être sûr du moment où l’humain passe de premier au dernier dans l’accueil de l’amour de l’autre ?

 

Si nous admettons qu’il ne peut y avoir plus d’être dans un effet que dans une cause, nous devons aussi admettre que lorsque notre expérience nous semble infirmer cette logique, c’est que nous ne comprenons pas ce que notre expérience nous propose ou que notre expérience ne nous livre pas la totalité du réel qui la fonde. La querelle de la causalité s’en éclaire en se portant sur le comment des choses, où il reste tant à découvrir.

 

29 octobre 2004

 

Mondialisation, anti-mondialisation, alter-mondialisation ; des mots de ce genre sont forcément objets de manipulations. Il faut sans cesse retourner à leurs référents et offrir à chaque conscience la possibilité de les examiner.

La pire mondialisation serait celle de l’hégémonie d’une doctrine (religieuse, politique, économique…) avec son credo et ses hérétiques. La meilleure serait celle de l’humain dernier, où chacun vivrait pour tous les autres. Faut pas rêver ? C’est le vieux Royaume des cieux, proposé individuellement à chaque conscience en voie de libération ultime. Plus d’individualités l’accueillent, plus la terre se rapproche de cette utopie. Rien n’est jamais historiquement gagné puisque la mort emporte les individualités qui accueillent le Don. La meilleure mondialisation est une impossibilité ; c’est d’ailleurs ce que dit l’expression Royaume des cieux. Un monde terrestre parfait au sens qu’il exclurait le mal est impossible. Il fallait choisir entre la liberté et le déterminisme absolu dans lequel l’amour est impossible, et le choix, pour la Dilection, était vite fait. Le meilleur des mondes possibles est celui où l’amour de dilection est possible, et cet amour n’est possible que dans la liberté (la liberté d’accueillir cet amour n’est possible qu’avec la liberté de le refuser).

 

Une création voulue par l’amour de l’autre pour l’amour de l’autre fait de la mort individuelle une nécessité, car la communauté des amis de l’autre n’est pas de ce monde.

 

quelle main douce

automne

dans le secret des feuilles

mitonne

cette sauce dorée

 

et quelle bouche

gloutonne

dans le vent qui les cueille

s’étonne

aussitôt dévorée

 

L’humain premier doit se gouverner selon l’équilibre des deux imaginaires de la nuit qui unit et du jour qui sépare (de philia et de neikos ) en marche binaire vers l’humain dernier où chacun est pour l’autre.

 

30 octobre 2004

 

Le doute systématique est la mort de la tradition. Mené en toute sa rigueur, il met à mal l’héritage philosophique lui-même. Il supprime toute autorité intellectuelle comme toute croyance.

 

La logique de la cohérence de l’être, étendue à la totalité du réel, est un scalpel capable d’exciser tant d’erreurs de notre corps de pensée.

 

Si l’on croit à « l’efficacité de la prière » dans le quotidien d’une vie qui implique la matière, il faut admettre que la matière n’est pas totalement déterminée, qu’il s’y trouve des fissures où peut se glisser ce que nous décrivons comme des hasards.

 

la voix qui mue change de monde

pousse la porte d’un jardin

où l’autre est vraiment l’autre enfin

d’amour et de haine pétri

 

le chant porte aux ondes la chance

d’un duo qui ne soit pas vain

mais qui traversant le destin

trouve le face à face ami

 

31 octobre 2004

 

L’amour de l’autre ne juge pas, ne pardonne pas non plus, n’ayant rien jugé donc rien à pardonner. Ou plutôt, il est au-delà du jugement et du pardon. Il n’est que dilection, et qui l’accueille est aussitôt pardonné que jugé. N’est-ce pas l’intuition que propose la parabole du père du prodigue ?

Les péricopes des évangiles qui parlent du jugement n’appartiennent pas à cette logique, mais à celle du messianisme ouranien.

 

sous quelle voûte cette voix d’enfant

a chanté la dernière fois

lâchant la main de l’ange pur

pour s’élancer dans l’aventure

 

en quel vaisseau de pierre millénaire

s’est ouverte à la vie la bouche

touchée par l’oreille attentive

qui l’attendait près de la rive

 

quelle voix de quel envoyé s’y mêle

grave maintenant embarquée

ravissant calmes et tempêtes

sans cesse poursuivant sa quête

 

L’intelligibilité de l’être se manifeste dans le réel auquel nous avons accès par nos sens (et par les instruments qui les prolongent) et par le réel que notre esprit appréhende. Ces deux aspects du réel nous en montrent l’intelligence et nous laissent soupçonner que sa totalité est intelligible.

L’intelligibilité de l’être suppose sa cohérence en ce que nous en appréhendons, en ce qui nous en échappe, et dans leur entre-deux, nous permettant de le soupçonner.

Le fondement premier de notre intelligence du réel est celui de la relation de l’être à lui-même, de l’être infini à l’être fini. L’intuition que cette relation est une relation d’amour de l’autre n’apparaît pas forcément de soi ; elle peut n’être qu’une hypothèse, mais elle se trouve validée par la compréhension de proche en proche des inhérences que cet amour entretient avec lui-même (égalité, universalité) et des cohérences qu’il entretient avec le réel total tel qu’on peut le soupçonner à partir de ce que l’on en connaît.

 

 

 

1er novembre 2004

 

au miroir du silence

j’aperçois derrière moi

ta présence

 

mais quel visage prête

à la fleur de ton cœur

l’interprète

 

quelle foule secrète

appelle d’heure en heure

ma requête

 

mille et mille s’élancent

rejoignant avec toi

cette chance

 

Est-ce croire à l’Evangile que d’y reconnaître comme une évidence la valeur suprême de l’amour de l’autre ? La croyance exclut l’évidence, elle s’appuie sur des signes, des témoignages ou une tradition qui ne lui sont pas inhérents. Peut-on parler de foi ? Oui, mais à condition de définir la foi comme l’accueil de l’amour de l’autre.

On trouve cette foi-là dans le christianisme, on la trouve aussi en dehors du christianisme. Mais on trouve également dans le christianisme une masse de croyances qui s’y mêlent, la dissimulent, risquant de la rendre difficile d’accès, d’en voiler l’évidence surtout, car on se contente de la recevoir comme une croyance parmi les autres.

 

Ceux qui salissent ou cassent les tombes ne peuvent rien contre les morts. Ils ne font que blesser les vivants qui croient plus ou moins à la présence de leurs disparus dans les cimetières. Le plus grand mal est celui qu’ils se font à eux-mêmes en refusant le Don d’Aimer par leur malveillance.

 

Croire que Dieu a le pouvoir de remettre les péchés, c’est penser plus ou moins consciemment que Dieu est Aimer et que L’accueillir fait entrer dans l’amour et sortir ainsi du péché. Toute autre explication relève de la magie de la parole et de sa puissance – forces de l’imaginaire ouranien – et de la croyance au péché comme souillure – autre imagination ouranienne.

Le péché est une réalité relationnelle, c’est le non-accueil de l’autre, le contraire de l’amour de l’autre.

 

2 novembre 2004

 

Ceux qui possèdent ne peuvent nous libérer de la possession. Aimer le peut, car il ne possède rien ; mais il ne le fait que si nous en découvrons le bien dans l’amour de l’autre, comme nous y découvrons l’accomplissement de notre plus vrai désir, celui qui exprime la réalité dernière de notre être.

 

Rien du réel ne peut nous être étranger. Il faut toucher à tout, et le faire en tentant d’assembler le puzzle, de comprendre l’organisation de l’ensemble en son dynamisme. Mais le réel est infini, et nous ne pouvons y avoir accès qu’en participant à Aimer infini.

 

est-ce la pluie qui chuchote derrière la vitre

ou les mille ondes que l’on sait

en silence passer

 

ou le silence même de chauds regards qui vibrent

miroir où leur esprit se tait

plein de pensées

 

il semblerait que des présences

se donnent à sentir

lorsqu’on tente dans l’immobile de saisir

leur immanence

 

on dirait que leur souvenir

rêvant en la conscience

peu à peu ranimé se donne de faire sens

pour les tenir

 

3 novembre 2004

 

« Nul n’est innocent » est une expression qui n’est vraie que dans la perspective d’Aimer, au sens où nous sommes par nature incapables d’aimer l’autre en tant qu’autre, alors que c’est là que se joue notre destin essentiel. C’est le si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même de Yeshoua après la mort des « innocents » écrasés par la tour de Siloé. On est loin du dualisme des bons et des méchants, on est loin du jugement lui-même, car c’est un jugement général qui dissout tous les jugements particuliers.

Faudrait-il penser que Yeshoua s’est fait baptiser par Jean parce qu’il s’excluait lui-même de l’innocence? Il se savait fils de l’homme et savait ce qu’il y a dans l’homme, et qu’Aimer qui l’habitait n’était pas lui, et qu’il était de lui-même incapable d’aimer de dilection bien qu’il accueillît l’amour de toute son âme, de toute sa force et de tout son esprit.

 

 

 

cette eau qui doucement s’écoule

dans la vasque de la rivière

invite

 

si pure au creux de la main pour la boire

si forte sur la peau qu’elle emporte

la souillure

 

n’est-ce donc pas ici qu’il faudra que les mots

résonnent d’un appel à accueillir l’amour

rien que de l’autre

 

et ne faudra-t-il pas que sur des fronts honteux

je dise la menace qui pousse au repentir

du non-amour

 

il faut que ce projet mûrisse encore

et que le miel et que les sauterelles

en ma chair

 

à l’esprit donnent la parole

juste qui ouvre le chemin

du désert

 

 

 

4 novembre 2004

 

ces billons gras qui luisent doucement

sous la grisaille

ont encor la fraîcheur du soc étincelant

qui les entaille

 

le pied qui s’y enfonce immensément

comme aux entrailles

d’une force échouée marche en rêvant

d’une bataille

 

le château fort là-bas dit au ponant

sa vieille taille

veille en souvenir des guerres d’antan

qu’il ne s’en aille

 

notre terre nourrie d’un peuple maintenant

vaille que vaille

sourit que vienne à notre sang

d’autres semailles

 

Si nous savions tout ce que les puissances occidentales ont fait en Iraq et ailleurs depuis deux siècles, nous dirions du 11 septembre 2001, du 11 mars 2004 et du reste, y compris de ce qui vient, qu’il n’y a pas de quoi fouetter un chat.

 

Immanence – transcendance. A lire les uns et les autres, on ne sait plus très bien ce que cela veut dire, ni surtout quelles sont les bonnes questions à poser. Il faut d’abord sortir de l’imaginaire spatial sur lequel ces concepts ont été bâtis. Il n’y a ici ni haut ni bas, ni verticalité ni horizontalité, ni surface ni profondeur, ni extérieur ni intérieur, ni avant-monde, ni monde, ni arrière-monde. Il n’y a que relation de l’autre à soi et de soi à l’autre. Et ce n’est pas une opposition binaire.

 

5 novembre 2004

 

Il n’est de communication matérielle que par contact, qu’il s’agisse d’ondes ou de particules. Et pourtant, s’il existe des communications instantanées, sont-elles immatérielles ?

 

Le bipartisme est commode, mais il révèle et renforce un manichéisme latent, et qui risque d’envahir toute la politique, surtout la politique extérieure de l’axe du bien et de l’axe du mal, ou, plus largement, du qui n’est pas avec nous est contre nous. Accueillons l’arc-en-ciel, en bonne hygiène de l’imaginaire.

 

l’arbre de feu qui s’effeuille

est un buisson ardent

de beauté qu’on approche

à pas tremblants

 

la juste distance donne

le regard qui frissonne

fait la bouche lyrique

en son extase

 

de quel esprit est sorti

ce pur arrangement

où ce qui se dévêt

mire sa face

 

le pèlerin se déchausse

lentement comme en rêve

quitte toute vêture

danse la joie

 

6 novembre 2004

 

au crépitement doux répond

un doux crépitement

la gorge à la gorge mêle

un seul ravissement

 

de buisson à buisson s’appellent

des jeux reconnaissant

la paix à la paix de l’automne

d’aube en aube croissant

 

Tu es présentissime à toute feuille qui tombe comme à tout lis des champ qui fleurit, à tout rouge-gorge qui vit comme à tout moineau qui meurt. Tu répands à pleines poignées la nourriture et la beauté.

 

Isaïe VI. L’homme aux lèvres impures habitant au milieu d’un peuple aux lèvres impures, c’est tout un chacun parmi tout un chacun en notre commune misère de ne pouvoir aimer. La braise de l’autel est ta grâce d’aimer.

 

Dire que les embryons sont des personnes a l’avantage de proposer une solution claire au problème de la continuité – discontinuité au niveau de l’individu, mais cela ne résout pas le problème au niveau de l’espèce, si l’on accepte l’évolution. Et cette absence de solution au niveau de l’espèce remet en question celle proposée au niveau de l’individu (Faut-il être créationniste pour refuser l’IVG ?). La première question à soulever dans ce problème de bioéthique est de se demander ce qu’est une personne, un sujet, un être humain, puisque cela a varié et varie selon les temps et les lieux. Avant d’arriver à des certitudes et dans l’urgence, la prudence est de confier les décisions juridiques à prendre à des comités de sages représentatifs des peuples.

Le seuil de l’humain serait-il celui qui rend possible l’accès à la conscience libre ?

 

7 novembre 2004

 

les morts ne sont pas sous la terre

ils ne sont pas dessus

ils ne sont pas dans l’air

l’eau ni le feu la quintessence de l’éther

l’espace

en rien n’embrasse

leur présence

 

leur connaissance

est au silence du vide

au vide gravide du Vide

au vivant du Vivant

à l’amour de l’Amour

les morts qui aiment

ne sont pas morts

 

Refuser de s’intéresser aux causes est une démission de l’intelligence scientifique. C’est aussi une illusion, car dans la description du réel et dans la tentative inévitable d’énoncer des lois, on est subrepticement rejoint par l’explication causale. Et à moins de ne vouloir savoir que pour pouvoir, on est conduit à l’enchaînement des causes.

 

Les êtres finis sont différents entre eux par leurs différentes finitudes. De ce point de vue, l’infini n’est différent d’aucun être fini. Il est le non-autre.

 

Prière. Hypothèse : la force de vie d’Aimer passe par le cœur attentif de celles et ceux qui l’accueillent, à la mesure de leur accueil.

 

8 novembre 2004

 

la lame est froide et dure

comme un front conquérant

naguère cependant

elle était feu liquide

 

quelle âme garde-t-elle

qui dansant ou rigide

dans l’ombre ou l’étincelle

regarde d’un œil pur

 

La dignité que propose l’amour de l’autre n’est pas une dignité de dignitaire, mais une dignité égalitaire de participation à l’infini. L’amour sert et honore chacun, il ne le glorifie pas ; il lave les pieds de l’autre, il ne l’assoit pas sur un trône.

 

 

9 novembre 2004

 

la feuille morte se recroqueville

dans la sécheresse de la chambre

prisonnière que pille le désir

de préserver le temps dans l’ambre

 

ses mille sœurs dans l’humide recueillent

l’argent de leur passage en l’indistinct

où les dissout doucement la caresse

de la vie assoiffée de l’instinct

 

nourris de pourriture les spores vont surgir

de l’ombre au ventre tiédissant

confiant l’écriture lancée

sur la terre le feu l’eau et l’air

 

Enfant, nous n’arrêtons pas de croire ce que nous voyons et entendons. Grandissant, nous nous arrêtons pour ne plus croire sans avoir douté. Là se joue le destin humain, dans cette conscience de conscience où la pensée en se libérant le libère.

 

10 novembre 2004

 

Pour juger un être humain selon l’équité, il faudrait connaître tout ce qui l’a construit. Aucun être humain n’en est capable, ni pour les autres ni pour lui-même. La justice humaine ne peut juger que de la nécessité et des moyens de protéger la communauté de la violence sous toutes ses formes.

 

le clair de terre sur la lune

en écho du soleil

donne un visage au casque d’or

dans la nuit brune

 

pas de damné de chérubin

mais la présence pure

du miroir où l’âme contemple

un grand destin

 

l’ample parcours de cette reine

qui sans cesse en ses rimes

décline qu’il n’est pas de mort

qui ne revienne

 

elle ignore que le sommeil

où paraît sa splendeur

s’illumine pour une aurore

au grand éveil

 

Ta compagne est ton premier souci, le premier objet intérieur de cette altérité qui fait de toi un participant de l’amour éternel. Elle doit être ta pensée la plus récurrente au long des heures (parler de devoir, c’est simplement comprendre le fonctionnement de ce qui est au cœur de la liberté dernière ; ce n’est pas une soumission, si ce n’est du moi au je).

 

Dieu demande la soumission, Aimer propose d’aimer.

 

11 novembre 2004

 

Qui adore un Dieu puissant et glorieux adore la puissance et la gloire. Qui aime Aimer aime aimer.

 

Dans l’histoire des peuples, ce qui se construit dans la violence est un jour ou l’autre déconstruit dans la violence. Espoir ou réalité ? Que dire aux Quechuas ? Aux Palestiniens ?

Existe-t-il un pouce de notre Terre qui n’ait été un jour un objet de querelle, qui n’ait connu l’odeur acre du sang ? Les gènes qui nous portent portent la violence de nos dix mille ancêtres.

Et qui démêlera l’écheveau des responsabilités collectives ? La violence sioniste est pour une part une conséquence de la violence nazie ; la violence nazie est pour une part une conséquence de la violence du diktat de Versailles…

 

La présence de l’Autre qui nous est présentissime nous ouvre la porte de la conscience de conscience, qui va s’élargissant à d’autres et d’autres et d’autres.

 

Le silence du silence est le lieu de la conscience de conscience et de la conscience de toutes les présences de l’être.

 

C’est à une étrangère, « une femme de Samarie » et à une femme sensée peu recommandable puisqu’elle « a eu sept maris » que Yeshoua révèle le Don d’Aimer, l’essence de son unique message. Cela donne à penser.

 

le regard en vain scrute

le ciel de l’aube

la présence n’est plus

qu’une invisible

 

la mère se recueille

en ses douleurs

car son heure est venue

du mal d’enfant

 

et sûrement

il n’est plus que d’attendre

ce bel enfant

au visage si pur

 

que l’oiseau chante

pour cette nuit qui vient

tendre à l’obscur

l’espoir du lendemain

 

 

 

12 novembre 2004

 

Bien des questions sur l’humain ne trouvent leur sens que dans la dynamique du temps, à commencer par le passage de l’humain premier à l’humain second qu’exprime le symbolisme chrétien du premier et du second Adam, ou l’idée de Paul Ricœur d’un mouvement de l’archéologie à la téléologie.

 

L’altérité de la conscience vis-à-vis du corps peut-elle devenir une évidence logique ou reste-t-elle la fugace évidence d’une expérience que l’on pourra toujours qualifier d’illusoire ?

 

Si l’on accepte de laisser faire le langage, de lui permettre de ne point choisir ses mots sans quelque méprise, il en vient à donner à sentir ce dont la logique claire et distincte ne peut rendre compte.

 

lumières rassurantes

fixes depuis l’enfance

et que l’on sait nommer

 

la perte de mémoire

et même l’ignorance

ne peuvent faire douter

 

qu’elles ont un nom que d’autres savent

et depuis fort longtemps sont l’ordre

de l’éternelle déité

 

mais l’amour insoumis

se réjouit d’apprendre

leurs jeux de liberté

 

et comment frère temps

les mille et mille engendre

de leur immensité

 

les dieux n’ont jamais existé

que dans la tête des babouins

alpha bêta et oméga

 

13 novembre 2004

 

Ceux qui se soumettent à un dieu adorent la soumission, et ils se sentent tenus d’y amener les autres.

 

Aimer, c’est se réjouir que l’autre soit et souhaiter qu’il soit davantage. C’est l’acte d’Aimer.

 

On peut aussi apprendre à aimer un poème en se réjouissant simplement qu’il existe, et que l’on puisse, par la voix et par l’âme, l’éveiller.

 

La liberté ultime face à la mort est celle de l’amour qui décide avec Aimer dans le secret.

Comment comprendre que celles et ceux qui croient à la survie soient aussi celles et ceux qui s’opposent le plus farouchement au suicide et à l’euthanasie suicidaire ? Dans ce domaine, le plus personnel qui soit, il n’y a pas de généralités, de lois, mais des décisions dont le seul critère est l’amour de l’autre comme autre.

 

parole parole

idole

si forte forte

que morte

 

 

la vie la vie

sourd du silence

et le sens

de l’amour

 

Si le péché est le manque d’amour, cela a-t-il un sens de parler du pouvoir de remettre les péchés ? Il n’y a que l’amour pour échapper au manque d’amour, et l’amour n’est pas un pouvoir. Il ne se conçoit que dans la liberté.

Le pardon n’est pas une parole de puissance, c’est un amour offert et accueilli. Et les mots n’ont d’autre pouvoir que de le constater.

 

14 novembre 2004

 

Il est tout aussi illogique de s’abaisser ici-bas afin d’être glorifié là-haut que de se priver de la chair et de la bonne chère en ce monde pour en mieux jouir en l’autre.

Le concept de gloire est incompatible avec celui de l’amour évangélique, sauf à lui faire subir une complète métamorphose. Mais, après tout, il y a autant de discontinuité entre éros et agapè qu’entre la gloire de l’humain premier et celle d’Aimer, qui est la vie de l’humain dernier (gloria dei vivens homo).

 

Dans le monde spirituel, la récompense – mais le mot change de sens – participe de ce qui la mérite : aimer donne Aimer tellement qu’il donne de participer à sa joie d’aimer.

 

Obatala solitaire

souffle en ta flûte blanche

l’harmonie de tes formes claires

ou dans la anche

le destin d’une vie entière

 

longue patience donne

le sens de l’imparfait

en tes dissonances résonne

d’une tolérance où l’amour pardonne

le pur bienfait

 

Ces gestes irréfléchis qui produisent des coïncidences signifiantes.

Si l’aléatoire est un produit quantique, on peut comprendre la possibilité des hasards merveilleux et d’une prière exaucée jusque dans l’univers matériel.

 

15 novembre 2004

 

Une partie du corps peut connaître une autre partie du corps, mais le je n’est pas spatial et n’a pas de parties. Il n’a pas non plus de miroir. Alors, peut-il se connaître ? La conscience est conscience de l’autre, même si cet autre est moi. Le je ne serait-il que conscience ? Il disparaîtrait dans l’inconscience. Pourtant il n’est vraiment lui-même que conscient.

N’est-il conscient que de l’autre ? Ne devient-il vraiment lui-même que dans la conscience de l’autre qui fonde son existence ? L’altérité d’Aimer fonde son être comme être d’altérité, l’invite à se connaître et à agir comme être pour l’autre, à aimer de la dilection dont Aimer aime.

 

elle était belle dans l’ouest

au plus loin de l’océan pur

pour la clarté où tout le reste

voyait en elle son épure

 

frêle si jeune mère au front

à peine incliné sur les fonts

dont la lumière l’inondait

que son visage révélait

 

La perle de l’Evangile, c’est le Don d’Aimer. Il faut pour elle vendre tous ses dieux, y compris le dieu unique.

 

16 novembre 2004

 

Les troupes françaises en Côte d’Ivoire. Comment une armée étrangère peut-elle demeurer sur le territoire d’un pays contre le volonté de son peuple et de ceux qu’il s’est choisis pour le diriger ? Si la communauté internationale a un droit d’ingérence dans les affaires d’un pays ravagé par une guerre civile ou par quelque autre catastrophe, si même elle peut s’autoriser à y envoyer des troupes, ce ne peut être que des troupes placées sous son mandat. Cela aussi fait partie de la logique de l’amour de l’autre.

 

Peu importe que le bon Samaritain ait existé ou non (et même Yeshoua d’ailleurs puisque c’est l’intuition présentée dans l’Evangile qui compte, même s’il a bien fallu quelqu’un pour l’avoir et pour la répandre).

Alors on peut s’affranchir du schématisme du texte et faire des hypothèses, en accord avec d’autres textes qui relèvent de la même intuition.

La relation qui s’établit entre le voyageur et le blessé est une relation de prochains. Le Samaritain en a l’initiative, mais, s’il est pleinement conscient de son acte, il s’aperçoit qu’il agit dans l’altérité. Même si elle est instinctive, sa décision, son bon mouvement, relève d’une liberté qui agit de concert avec la liberté d’Aimer. La pleine conscience n’est cependant pas nécessaire à la validité de l’acte, si l’on en croit la scène du Jugement dernier : J’ai eu faim, et vous m’avez nourriQuand t’avons-nous vu avoir faim ? (Matthieu XXV, 35, 37).

 

l’abeille veille encore à l’entrée de la ruche

ventile et guette

sa reine marque en elle le signe de l’esprit

où ses compagnes avec elle respirent

 

inspirent au plus loin de leur vol velouté

dans l’air doux qui les porte et l’odeur qui les mène

vers le nectar

et vers cet impalpable que leurs pattes réclament

 

puis leur vol alourdi qui vogue dans les souffles

en longues courbes

expire au cœur du monde où le trésor

de leur butin ravit la foule familière

 

17 novembre 2004

 

était-ce une lamentation

ce cri âcre au tout petit jour

qui dans le plus sombre du sombre

lançait son incompréhensible

 

le loger dans l’identifiable

lui mettre le collier d’un nom

ménageait pourtant le secret

libre d’être pur compagnon

 

l’espoir qu’il saura résister

sauvage parmi les soumis

dans le jour qui vient encourage

à la compassion de la nuit

 

Les Eglises gardent le trésor du Don d’Aimer, mais c’est un trésor caché, enfoui dans le champ d’une religion messianique de culture ouranienne.

Est-ce un hasard de la métaphore si la perle et le trésor du texte évangélique sont des êtres des profondeurs plutôt que des hauteurs ?

 

Il est une façon de faire comprendre à l’autre qu’il a tort pour avoir raison de lui, lui imposer soumission (comportement de babouin alpha).

 

Dans la mesure où l’on peut observer objectivement le comportement animal, les similitudes qu’on y note avec le comportement humain nous invitent à réfléchir sur notre archéologie.

 

Lorsque l’artiste a le sentiment que ce qu’il crée n’est pas totalement sa création, il peut l’aimer comme on aime l’autre, se réjouissant simplement de son existence.

 

18 novembre 2004

 

brassée de paille ramassée

douceur presque impalpable

fugace comme sable

entre les paumes caressée

 

haleine plus fraîche et plus pure

dans l’ombre de la grange

que le souffle de l’ange

en sa fragile chevelure

 

La prédestination est inacceptable dans la théologie d’Aimer, comme elle est inévitable dans la théologie d’un Dieu qui se révèle. Il ne peut y avoir de révélation que par un humain élu et, presque inévitablement dans un peuple élu. Hélas, la notion de peuple élu ressemble étrangement à cette idée, si courante parmi les nations, qui les fait se croire les seuls hommes véritables, ne voir dans les autres peuples au mieux que des sous-hommes. Tout cela est si familièrement proche du racisme et de la xénophobie. Une théologie d’Aimer exclut la révélation parce qu’elle exclut l’élection. Aimer se propose à tous dans le secret de sa présence à tous.

 

19 novembre 2004

 

quelques larmes perlent encore

au visage du cerisier

veillent le deuil réconforté

de toute une année où son corps

s’étirant dans la liberté

a mimé la vie et la mort

 

faut-il chercher ce que deviennent

en la terre en l’air leur semblance

retournant derrière l’enfance

au dispersé de l’ère ancienne

où mêlant leur indifférence

le hasard proposait la sienne

 

ce qui s’assemble pour un an

et prête à l’arbre sa beauté

sa vie et sa caducité

s’en vient s’en va ne mesurant

ni l’être ni l’avoir été

de ce qu’il reçoit en donnant

 

Dire qu’il faut croire parce que c’est absurde, c’est admettre qu’il est absurde de croire. Et penser que Dieu nous a donné une intelligence pour que nous la lui sacrifions, c’est faire de Dieu un tyran et un imbécile.

 

L’accueil du Don d’Aimer remet en cause l’institution du mariage. A tout le moins, il bouleverse la vie sexuelle puisqu’il tend à bannir l’appartenance et la possession. Mais cet accueil est personnel, enté sur la liberté qu’il confère, et seuls ceux et celles qui le réalisent peuvent envisager d’en vivre les conséquences.

 

20 novembre 2004

 

La parole permet-elle de prendre conscience de ce que l’on pense ? Qu’est-ce qu’une pensée dont on n’a pas conscience ?

 

Comme la conscience réfléchie qui la réalise, la liberté n’est qu’un lumignon hésitant sur une masse sombre et confuse de déterminations inconscientes. Elle n’accède à sa fin que dans le secret du face à face avec la liberté totale d’Aimer.

 

Le mal de la violence du monde a pour remède le dialogue des pensées, mais le dialogue des pensées n’est pensable que dans l’accueil de l’autre. L’accueil de l’autre déborde le dialogue des pensées, car il est le dialogue des êtres. Il entraîne aussi le dialogue de tous les autres biens, y compris les plus matériels, l’échange des richesses.

 

Le monde humain premier est malade de soi, de son désir infini dont il ne trouve pas l’objet infini et qu’il cherche à satisfaire dans l’accumulation des biens finis.

 

et guette le sourire

fugace

aux lèvres de l’aurore

qui passe

 

d’instant en instant glisse

la touche incarnadine

au front des immobiles

extasiés sur les rives

 

le rêve d’un accord

efface

en un dernier soupir

sa trace

 

21 novembre 2004

 

Si vous affirmez que Dieu est invisible, pourquoi refusez-vous de reconnaître qu’il est inaudible et muet ?

 

Une des chances de vivre de deux cultures, c’est de pouvoir se distancier de chacune par le regard de l’autre.

 

La divinisation de la parole relève de la mythologie ouranienne, tout comme la patriarcalisation du divin.

Avec la diabolisation du serpent, l’ouverture de la Bible annonce sa couleur ouranienne.

 

ils s’habillent de tant de miels

tilleul acacia sycomore

ambre topaze ou labrador

 

du clair au sombre leurs nuances

rien que nuances sur le ciel

de l’automne pâle révèlent

à leurs feuilles le dernier sens

 

ou sans doute l’avant-dernier

comme un adieu dans la douceur

aux mille frères des milles sœurs

 

La liberté dernière se rit du politiquement correct et des tabous comme des courants intellectuels, des écoles littéraires, artistiques, philosophiques, des mouvements idéologiques, théologiques…

 

22 novembre 2004

 

Encore une fois, le but de la justice de nos tribunaux, c’est la concorde sociale plutôt que l’équité. L’équité n’y est servie que comme servante de la concorde.

 

Le réel dont la matière est le visage est émission et réception, information multiple, communication foisonnante.

 

La peur de la clef de la peur de la clef. « De » est un des mots les plus élastiques de la langue française. La clef est une invention de la peur, qui est une création du danger et de la protection, entre lesquels elle marche en leur donnant les mains.

Il n’y a pas de clef du paradis, car n’y entrent que celles et ceux qui le veulent, qui accueillent Aimer.

 

comme l’engin sur l’éteule ronronne

sous la caresse de l’air cru

promène par les routes ta charrue

comme autrefois sur les sabots qui sonnent

 

23 novembre 2004

 

Nous ne savons pas grand-chose des activités de celles et de ceux qui ont accédé à la vie éternelle, mais il y a une certitude : elles, ils aiment. Peut-être aussi peut-on les soupçonner de vivre en partage de la beauté et de l’intelligence, voire de l’humour et de la drôlerie.

 

Le politiquement correct est un objet d’étude pour l’intellectuel. Lorsqu’il devient le ressort réflexe d’un rejet, il peut devenir aussi dangereux que son acceptation sans critique. Que dire du remplacement du mot « allemand » par celui de « nazi » lorsqu’on parle de la seconde guerre mondiale ? Il est un politiquement correct qui guérit les humains de la haine, comme il est des souvenirs de victimisations passées qui, sans cesse agités, favorisent l’indulgence pour les victimisations présentes.

 

Les musulmans qui ne condamnent pas la violence islamiste sont aussi condamnables que les juifs qui ne condamnent pas la violence sioniste, ou que les Allemands qui ne condamnent pas la violence nazie, ou que les chrétiens qui ne condamnent pas la violence esclavagiste et coloniale, ou que…

Arguer qu’il existe des différences de degrés, voire de nature entre les violences meurtrières témoigne de parti pris et participe des techniques d’évitement. Il y a aussi des degrés de condamnation. Pour les unes et pour les autres, que les plus fines intelligences et les meilleures sensibilités se concertent et décident.

Les violences spectaculaires ne sont pas plus condamnables que les violences discrètes. Un enfant qui meurt de faim en trois semaines doit susciter autant (ou plus ?) d’indignation qu’un enfant qui meurt égorgé en trois secondes. Et pour un enfant qui meurt en spectacle, il en est mille qui meurent dans l’oubli.

 

Affirmer que l’art ne naît de la vie qu’à travers un art antérieur insinue que l’art a toujours existé, que nos plus lointains ancêtres ont trouvé l’art dans la nature.

 

ce manteau bleu

qui t’emmitoufle

si transparent

que de mille ans

des yeux d’amants

brillent devant

ton corps de rêve

 

comble les vœux

de tant de souffles

en tant de vents

de l’orient

de l’occident

que tes enfants

dansent de sève

 

24 novembre 2004

 

La censure à laquelle la conscience soumet les productions de l’inconscient n’est qu’une part du jugement que porte l’esprit sur la masse de ses productions. Ce jugement est parfois moral, parfois esthétique, parfois intellectuel…

 

Les mythes, cosmiques, élémentaires, végétaux, animaux, humains doivent et peuvent être époussetés et exploités comme sources de connaissance. Il faut les débarrasser du fantastique et les faire dialoguer avec les sciences.

 

Admettre qu’il y a plus dans la cause que dans l’effet, c’est s’ouvrir la porte sur l’immense intelligence, l’immense beauté, l’immense dilection.

Quid de l’immense stupidité, de l’immense laideur, de l’immense amour de soi ? La stupidité, la laideur, l’égoïsme sont des manques, des négativités, des faiblesses d’être. Parler ici de cause, c’est parler de force d’être.

 

A quoi bon se préoccuper de preuves de l’existence de Dieu ? Celles qu’on a cru trouver n’ont jamais convaincu personne, à part quelques croyants. De toute façon, le Dieu que l’on prouve n’est pas le vrai. Le vrai Dieu n’est pas Dieu ; c’est Aimer, et Elle/Il n’a que faire du règne, de la puissance et de la gloire qui hérissent le poil aux athées. Elle/Il lave les pieds des autres, et nous partageons sa vie lorsque nous lavons les pieds des autres. Si j’étais Elle/Lui, je serais assez délicat pour laisser aux autres la liberté d’accepter ou non mon existence. Peut-être bien qu’Elle/Il est d’accord lorsque je dis cela, peut-être bien que c’est Elle/Lui qui pousse certaines et certains à rejeter ce Dieu tout-puissant qui demande qu’on lui soumette sa liberté. Que serait Aimer si Elle/Il donnait la liberté pour avoir le plaisir de la reprendre ?

 

ces feuilles arrachées avant de resplendir

et de chanter

comme l’on dit du cygne avant que de mourir

 

parties dans le silence comme sans avertir

les isolés qu’on sait depuis longtemps se taire pour se dire

 

dispersent leurs destins dans les eaux qui les mirent

comme vidées

de leur être épuisé pour leur être à venir

 

25 novembre 2004

 

le poisson lune glisse sous l’écume

illumine sa profondeur

dans la dérive où s’accumule et file

la fugitive de la fleur

 

qu’importe l’immobile de la mer

qu’importent ses flux incessants

le fixe et le repère disparaissent

en cette danse des amants

 

les voiles qui se tissent se détissent

en demi-nuits en demi-jours

sont le jeu incessant qu’un éternel

à jamais ne lasse d’amour

 

Aimer, dont Yeshoua avait l’intuition et se sentait le messager (comment participer à Aimer sans souhaiter à tout autre le même accomplissement ?), pouvait-il se passer des signes et du messianisme pour attirer l’attention de son peuple ? Heureux ceux qui ont cru sans avoir vu, ceux qui accueillent Aimer sans davantage s’appuyer sur les signes et sur le messianisme judéo-chrétien.

Les Eglises sont maintenant presque totalement privées de signes (les miracles se font rares), mais qui les privera de leur croyance au messie-christ ? Il faudra qu’elles y soient acculées par le refus généralisé de la croyance dans des cultures de plus en plus rationalisées. Mais la croyance a encore de beaux jours devant elle si l’on en juge par les succès de librairie du magique et du fantastique et par la persistance de la crédulité dont l’astrologie est un exemple florissant.

Que feront cependant celles et ceux qui dans les Eglises prennent conscience de leur crédulité, mais aussi de la valeur suprême d’Aimer ? Elles, ils jetteront l’eau du bain en se gardant de jeter le bébé.

 

26 novembre 2004

 

ces brins qui déjà dru affirment le printemps

en leur vert tendre et leur courage

d’affronter le froid et le vent

raniment dans le cœur l’élan du premier âge

 

le pas est plus léger et la pensée plus vive

en leur présence qui s’étend

de bocage en bocage furtive

annonçant sa nouvelle et le retour aux champs

 

ce qui meurt et renaît dans le grain enfoui

passe le relais de l’espoir

prémisse où l’enthymème vit

de la pensée en face à face de te voir

 

Fier de ses ancêtres ? Fier de sa race ? Fier de son sang ? Quelle ignorance ! Comment peut-on être fier de ce sur quoi notre liberté n’a pas prise ? Mais le domaine de notre fierté s’amenuise encore à mesure que nous découvrons le réseau de forces et d’influences qui nous ont faits ce que nous sommes. La lucidité totale est-elle d’ailleurs possible ? Nous ne pourrons jamais nous apprécier, pas plus qu’apprécier qui que ce soit en toute équité.

Ce que nous pouvons tenter, c’est d’être de plus en plus libres, de nous détacher des forces et des influences. Le doute systématique sert à cela. Mais il n’y a d’accès à la liberté aboutie que dans le face à face avec la liberté d’Aimer. C’est elle qui nous libère dans la réciprocité de l’amour de l’autre.

 

Comment vivrais-je sans la beauté du monde ? Comment sans te voir t’y mirer ? Comment sans tenter de le dire ?

 

27 novembre 2004

 

la grappe qui demeure et tremble

aux souffles frémissante

et sous sa pruine garde le sang sombre

des terres nourrissantes

 

suspend serrés des globes qui ressemblent

à la foule que hantent

la grande peur et la force du nombre

qui sur la place chante

 

La connaissance et la conquête de soi-même n’ouvrent pas à l’amour de l’autre, mais l’amour de l’autre donne par surcroît la connaissance et la maîtrise de soi au service des autres.

 

Ni l’eau ni le sang ne donnent Aimer ; cela n’a tout simplement pas de sens puisque Aimer est esprit. Cela relève d’une pensée qui ne comprend pas l’immatérialité. Le baptême d’eau est un baptême de repentance, de metanoïa ; mais il pense le péché comme une souillure à laver, voire comme une mort que détruit la mort symbolique de l’ensevelissement dans les eaux. Cela parle à l’imagination, mais l’intelligence doit s’en détacher pour comprendre la vraie nature du péché. Il est relationnel et c’est l’absence d’Aimer.

Déclarer que Dieu est esprit, comme Yeshoua le fait devant la Samaritaine (Jean IV, 24), c’est déclarer caducs les moyens physiques de le joindre : non seulement l’espace (ni sur cette montagne, ni à Jérusalem, IV, 21), mais le temps (ni il y a 2000 ans, ni avant ni après), et toute matière (le sang, l’eau, le pain, le vin…). Le monde physique passe au statut symbolique, qui n’est pas celui de l’efficacité mais celui de l’évocation imaginaire.

 

N’est-ce pas toi qui me donne la conscience multiple, le zapping intérieur, dans le vide du silence de ta présence ?

 

Il faut apprendre à tordre la syntaxe et bosseler le lexique pour tenter de dire les intuitions nouvelles qui souffrent mutilées sur le lit de Procuste de la langue établie.

 

28 novembre 2004

 

Dire que la récompense de la vertu, c’est la vertu s’applique très bien à la force d’Aimer, à l’amour de l’autre comme autre. Le mot récompense s’y charge d’un sens nouveau, s’il est vrai qu’une récompense est le plus souvent étrangère, voire contraire à ce qui la mérite : c’est une joie pour une peine, un bien reçu pour un bien donné. Cette déformation du sens est inhérente à l’intuition d’Aimer de Yeshoua lorsqu’il dit que le Père qui voit dans le secret te le rendra »(Matthieu VI, 46) ou lorsqu’il affirme la nécessité de donner sans attendre de retour, d’aimer ceux dont on n’a rien à attendre et à qui l’on n’a rien à rendre, et que si l’on aime ceux qui nous aiment, poia umin charis estin / quae vobis gratia / à quoi vous sert la grâce ? (Luc VI, 32-34). Mais que veut dire ici charis ? Qu’a dit et pensé Yeshoua en araméen ? Est-ce bien le don d’Aimer qui alors nous donne d’agir, et qui est à la fois le Don et notre participation au Don, la vertu et la récompense de la vertu, quasiment au sens de Spinoza ?

 

La nouveauté du message de Yeshoua aurait-elle pu se faire accepter par la religion judaïque si elle n’était apparue comme son accomplissement ? Mais cet accomplissement devait se réaliser dans l’ambiguïté d’une continuité-discontinuité. Il y avait l’accomplissement littéral, celui de la continuité, dans la réalisation des prophéties ; les textes évangéliques la soulignent à tout propos. Il y avait l’accomplissement spirituel, celui de la discontinuité, tel qu’il apparaît dans la parabole du bon Samaritain, et dans des affirmations de rupture : Vous avez entendu qu’il a été dit : Aime ton prochain et aie de la haine pour ton ennemi. Mais moi je vous dis : Aimez vos ennemis (Matthieu V, 43).

 

brins d’émeraude la vie

jaillissant au ras de la terre

qu’elle tient ferme dans sa main

brave les couleurs de l’hiver

 

chantez cette ode à l’esprit

qui bat des ailes sur la mère

tandis qu’en son rythme il empreint

votre pensée dans la matière

 

29 novembre 2004

 

Ce n’est qu’en sa discontinuité et nouveauté que l’intuition de Yeshoua intéresse toute l’humanité. N’est-il pas significatif qu’elle se fonde sur une certaine vision cosmique : Aimez vos ennemisafin d’être les fils de votre père qui est dans les cieux et qui fait se lever son soleil sur les bons et sur les méchants et pleuvoir sur les justes et sur les injustes (Matthieu V, 44-45) ?

 

Comment saurais-je ta beauté si je ne la voyais sans cesse dans la lumière et les nuages et les jeux de la lune ? Si la Genèse dit : Dieu vit que la lumière était belle, pourquoi ne pas se réjouir avec toi. Toi, Dieu, tu es un connaisseur, dit la Bible au croyant. Si je veux, moi aussi, être un connaisseur de la beauté, c’est que je t’y reconnais quand je la vois.

 

La beauté non plus n’est pas sans cause, et la cause d’une beauté ne peut être qu’une beauté supérieure, comme la cause de toute intelligence ne peut être qu’une intelligence supérieure, comme l’amour de toute chose positive…

La cause d’un être est un être plus grand. Ne pas l’admettre, c’est renoncer à la raison, et toute discussion devient impossible (Est-ce trop violent ? Est-ce de l’intolérance ? Non, l’intolérance, c’est de ne pas admettre l’autre comme autre, non ses idées si on les juge erronées).

 

lorsqu’ils lui ouvrent des paupières

pour son lever de pleine lune

sa pupille étonnée dévore

les yeux d’une terre attentive

 

afin que demain comme hier

jamais ni mont ni plaine aucune

ne soient privés du regard d’or

enivré de la fugitive

 

que de ses eaux là-bas la mer

envoie les formes opportunes

donnant aux peuples qui l’honorent

toujours de nouvelles missives

 

30 novembre 2004

 

Ces spectacles érotiques où l’écran fait d’innocents voyeurs. Comment inviter chacun à être plus conscient de ses actes, et des manipulations permanentes dont il est l’objet ?

 

Les juifs comme les chrétiens et les fidèles de toutes les religions sont des handicapés spirituels, même s’il y a handicap et handicap.

 

L’ontologie pose un sol ferme sous les pas de la mystique. L’intuition de la relation que le fini et l’infini entretiennent fait d’Aimer une vérité de l’être, que les paroles de Yeshoua ne font qu’expliciter en sa force de vie. S’il n’y avait pas au moins cohérence entre les vérités d’Aimer et celles de la raison, comment pourrions-nous l’accueillir sans aliéner notre liberté ?

 

tu filtres le soleil en ton miroir d’argent

et tu inondes l’eau en son air suspendue

de ce lait de lumière plus douce qu’une mère

 

marche dans la clarté qui suffit à prêter un guide pour passer

et qui donne à penser la saveur de l’espace où les ombres conversent

 

tu verses sur les champs la brume de la mer

jusqu’ici par les chauds et les froids advenue

quand les astres eux-mêmes te répondent présent

 

 

 

 

1er décembre 2004

 

Que ressentaient-ils, ces poètes pour qui la beauté et la vérité étaient sœurs ? John Keats (« On a Grecian Urn »), Emily Dickinson (« I died for Beauty »), Rabindranath Tagore (« Creative Unity »).

 

Les choses observées, senties, ressenties ont une immédiateté qui manque aux livres. Elles sont le présent du présent.

 

Yeshoua a été amené à changer le sens des mots, disons à le gauchir pour tenter d’exprimer son intuition et de la faire comprendre à ceux qui l’écoutaient. Le mot « récompense » est de ceux-là, mais comment savoir ce qu’il représentait en araméen pour ses auditeurs ? Est-ce le mithon du texte grec ? Et qu’est-ce que le mithon à l’époque des rédacteurs des évangiles ? Lorsque Jésus dit que ceux qui font le bien pour la gloire que cela leur procure ont reçu leur récompense, mais que ceux qui le font dans le secret seront récompensés par le Père, ils les met sur la voie du bien, de l’amour de l’autre pour l’autre. Pourtant l’histoire de l’Eglise montre qu’il n’a pas été compris. Faire le bien dans l’espoir d’une gloire future n’est guère mieux que de le faire pour une gloire présente. Mais pouvait-il dire que faire le bien, c’est-à-dire aimer, trouve en ce bien sa récompense ? Aurait-il été compris ? Peut-on dire qu’aimer est une récompense d’aimer ? Le mot « récompense » y perd son sens. L’amour est gratuit, il est grâce, il est reçu d’Aimer dans l’acte où il opère.

 

Les chrétiens n’ont pas saisi la radicalité des paroles de Jésus à la Samaritaine : Ni sur cette montagne, ni à Jérusalemmais en esprit car Dieu est esprit. Sinon ils n’auraient pas de lieux saints. Les cathédrales sont de fort belles choses, mais qu’ont-elles à voir avec le Don d’Aimer ? Ce sont peut-être des portes du ciel, des portes de Dieu, des Bab-El. Mais du point de vue de l’amour de dilection, elles ne méritent pas plus d’attention que la célèbre tour ou que le Temple de Jérusalem, dont il ne restera plus pierre sur pierre (Matthieu XXIV, 2).

 

dessus la lourde plaine

ces flèches

qu’on lance vers le ciel

pourtant

qu’on aimerait plus hautes

encore

 

défi à l’horizon

repère

qui attire ou que guide

le centre

que l’on sait nulle part

pourtant

 

2 décembre 2004

 

Cela fait-il sens de parler de transcendance et d’immanence lorsqu’on tente d’exprimer la relation d’Aimer avec les êtres finis ? Avec les êtres finis conscients, à la mesure de leur conscience, c’est une relation libre et libératrice : elle se noue dans la liberté et conduit à la liberté ultime du je et du tu.

 

Tu n’es pas là pour nous imposer ta volonté, mais pour nous proposer ta connaissance, qui est amour de l’autre comme autre.

 

Qui pourra me déloger de la demeure de la conscience libre ? C’est toi qui la construit.

N’invites-tu pas tout un chacun à se libérer par la conscience de conscience ? Peut-être est-ce un don surérogatoire au Don d’Aimer, peut-être lui est-il inhérent ?

 

Comment tant de saintes et de saints n’ont-elles, n’ont-ils pas compris que l’Eglise était pour une part une religion comme les autres, et dont l’agir était en contradiction avec le Don d’Aimer ? Cela voudrait-il dire que celles et ceux qui l’ont compris ont été ignorés, rejetés dans l’oubli par les responsables de l’Eglise, qui recherchaient le règne, la puissance et la gloire plutôt que l’amour de l’autre ?

 

Lorsque Yeshoua dit : « Vous avez entendu qu’il a été ditmais moi je vous dis…(Matthieu V, 21s, 27s, 31s, 43s), il exprime la nouveauté de son intuition, qui le met en rupture avec sa religion. Pour autant, il ne semble pas prendre toute la mesure de cette rupture. Il croit pouvoir maintenir la continuité du judaïsme en spiritualisant davantage ses aspirations. Ses premiers disciples hésiteront et ils prendront certaines décisions qui paraîtront faire de la voie chrétienne une nouvelle religion. Ainsi de l’administration du baptême à des incirconcis, comme forcés par l’Esprit (Actes X, 47).

 

Pensée d’opposition et pensée de participation ne sont-elles que les produits des imaginaires diurnes et nocturnes ? Comment s’articulent-elles pour viser le réel ?

 

marche dans la pâture

avance et broute

seules tes cornes brillent

et sans qu’on voie

tes pattes remuer

à tout jamais

tu t’en vas vers l’ouest

 

3 décembre 2004

 

Il vaut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes (Actes V, 29). Le malheur c’est que le Dieu dont on parle n’est pas Aimer, car on n’obéit pas à Aimer, on aime avec lui.

Le langage avec lequel on parle d’Aimer n’est pas celui avec lequel on parle de Dieu. Un des problèmes de Yeshoua, c’était qu’il devait parler d’Aimer dans une langue qui était celle de Dieu, celle d’une théologie différente de celle de son intuition. Son entreprise était vouée à l’échec, et il en avait sans doute un peu conscience, mais il posait des actes qui faisaient question : ce que je fais, tu ne le comprends pas maintenant, mais tu le comprendras plus tard (Jean XIII, 7). Le paraclet (l’aide), l’Esprit Saintvous enseignera tout et vous suggérera tout ce que je vous aurais dit (Jean XIV, 26).

 

Insinuer ou affirmer qu’il y a des intraduisibles, c’est donner à croire que les mots sont nos maîtres. Il n’y a que des mots non traduits, qui nous invitent à découvrir des réalités qui nous sont étrangères, et qui le resteront si nous refusons ou si nous n’avons pas le temps, ou pas le courage, ou pas…de les accueillir.

 

Insinuer qu’il n’y a que des mots et pas vraiment de concepts, ou qu’il n’y a pas de pensée, d’intuition si ce n’est qu’en des concepts-mots (on nous le répète à satiété depuis cinquante ans), c’est faire de celles et de ceux que l’on réussit à convaincre des esclaves des mots, manipulables à merci.

 

Parce qu’elle les trouve inadéquats, la pensée libre ne cesse de bosseler, fissurer, malmener les mots, de les choisir parfois avec quelque méprise comme dit le poète (car le poète sent ce qu’ils sont mieux que personne).

 

il se donne des harpes

dans les nuages

cordes évanescentes

en son silence

 

écoute leurs lumières

en jeux de paires

résonne de leur âme

chante les harpes

 

nuages au soleil

de notre veille

notre destin s’exhume

en vos figures

 

plonge-toi dans leurs chants

jusqu’au couchant

que ton œil s’émerveille

grain de soleil

 

4 décembre 2004

 

la brume se dissipe au fil des ans

mais comme en l’escalade

où le sommet atteint donne d’apercevoir un autre qui surprend

chaque rideau de brume

dit à qui le franchit

dans l’émerveillement des beautés découvertes

d’autres formes brumeuses où l’infini attend

 

Sommer le croyant de choisir entre sa religion et sa nation (il vaut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes), c’est montrer que sa religion est aussi humaine que sa nation en les envisageant sur le même plan. Aimer, en son infini et en sa relation au fini, fonde la laïcité.

On dit qu’aux temps archaïques tout était religieux, puis que vint le profane qui réserva le temple, puis vint la destruction du temple, puis vint l’amour (il était là, discret, depuis longtemps) où l’esprit donne vie à tout ce qui l’accueille à la mesure où il sait l’accueillir. L’humain dernier, et il est présent quasi certainement depuis plus longtemps que Moïse, Bouddha et les autres, est celui qui rencontre l’amour de dilection, secrètement en tout être. Il tend à inspirer toute conscience à aimer. Il accepte les théologies et les philosophies en ce qu’elles sont compatibles avec l’amour de dilection et il les invite à s’y conformer davantage.

 

Penser que l’on va établir le Royaume des cieux sur terre, c’est nier la liberté, chose personnelle ; c’est penser à ce royaume comme à une puissance ; c’est céder au vieux mythe de la fin de l’histoire.

 

5 décembre 2004

 

La manipulation langagière, constante et comme inévitable. Il faut en prendre et en garder conscience.

 

Parler de lapidation pour adultère aujourd’hui en France en accusant une culture étrangère, c’est en partie l’histoire de la paille et de la poutre quand on sait que dans notre pays un million six cent mille femmes, de tout milieu social, sont actuellement touchées par des problèmes de violence conjugale, que selon l’AFP il y a eu cet été vingt-neuf meurtres de femmes, soit un tous les deux jours (même s’il n’est pas précisé s’il s’agissait dans tous les cas de tuer une femme parce qu’elle était femme).

 

Au lieu d’affirmer avec condescendance que l’adultère n’est pas un péché, on pourrait ouvrir les yeux sur les violences et les souffrances qu’il entraîne dans le monde premier de l’appartenir et du posséder. Le remède est d’accueillir Aimer, d’aimer l’autre comme autre plutôt que de condamner ceux qui condamnent.

 

On peut être son corps comme l’artiste est l’arbre qu’il exprime.

 

Comment chercher à aimer l’autre comme autre si l’on n’a pas pressenti, déjà un peu senti, que c’est là ce que cherche le désir infini, ce que d’ordinaire on appelle simplement le bonheur.

 

je parlerai à tes bourgeons

je parlerai à ton écorce

je parlerai à tes racines

 

et si mes lèvres ne murmurent

 

que l’inaudible joie

d’être si près de toi

que je te sache moi

 

je serai il me semble sûr

 

que la figure où tu dessines

cette vie qui en toi s’efforce

est ce en quoi nous nous changeons

 

6 décembre 2004

 

La parole ou le concept, la parole et le concept. Quel imaginaire te guide ? Celui de l’opposition ou celui de la participation ? Celui des philosophie du et ou celui des philosophies du aut ? Ou encore les imaginaires de l’opposition en dialogue avec ceux de la participation ?

Innocent ou coupable, innocent et coupable ? La justice humaine, qui vise à préserver la cohésion sociale, ne peut s’embarrasser de nuances. Le verdict de ses tribunaux déclare l’accusé coupable ou innocent. Tout au plus peut-il se prononcer sur le degré de culpabilité et sur le degré de gravité du délit ou du crime. Il ne s’intéresse pas à la culpabilité de la victime, ce n’est pas son problème.

Mais l’équité selon l’amour de l’autre ne peut s’en satisfaire. Elle prend ses distances. Elle ne peut non plus se contenter de juger ou de s’abstenir de juger ; elle agit, selon cet amour de l’autre pour lequel tout autre est sujet d’amour.

 

L’amour de l’autre comme autre a nécessairement un impact sur la vie sociale et politique, mais ce n’est pas celui d’une puissance sur une puissance. Rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ne place pas César et Dieu dans la même sphère. Le « ce qui » n’est pas, ici et là, du même ordre. Quelle commune mesure entre l’ordre de l’infini et l’ordre du fini ? Mais il est tout aussi faux de penser que l’un n’a rien à voir avec l’autre : découvrir que le fini n’existe que par participation à l’infini, mais que cette participation est de l’ordre de l’amour de l’autre pour l’autre, non de l’ordre de la puissance, fait du social et du politique, comme de l’ensemble du spatiotemporel, un objet de préoccupation pour la dilection.

 

Quelle est l’influence de la relation de dilection comme fondement de l’être sur l’activité de l’imaginaire ? Celle d’une approche équilibrée entre la nuit et le jour, la terre et le ciel, le féminin et la masculin. Patriarcat et matriarcat sont renvoyés dos à dos dans le face à face de l’amour de l’autre comme autre.

 

l’air qui chante dans la caverne

tend la corde du cœur intime

jusqu’au désir de son désir

 

la voix qui d’instant en instant

construit l’éphémère sculpture

laisse une forme en souvenir

 

car l’impalpable impermanence

demeure pour cette atmosphère

où au secret l’âme respire

 

7 décembre 2004

 

Ce que le discours théologique et philosophique de trente siècles nous apporte de pensée n’est rien s’il ne sert à la rencontre de l’Être ici maintenant à portée de silence.

 

Naïveté des évangiles désacralisés, où les faits et les paroles dessinent entre les lignes la psychologie de Yeshoua, de ses disciples, du monde social et culturel où il a vécu son intuition et sa rencontre avec Aimer.

Une des évidences qui se font jour alors est l’inconscience et l’inintelligence de ce à quoi les disciples avaient affaire, en l’attirance même que les plus spirituels d’entre eux éprouvaient pour la personne du maître et pour son discours de vie éternelle.

Mais n’est-ce pas outrecuidance de penser que cette méconnaissance du message d’Aimer se soit poursuivie au sein des Eglises jusqu’à nos jours ? Si cette pensée, pourtant, a force d’évidence pour quelqu’un, comment ne se sentirait-il pas entraîné à la faire connaître ? Comment accueillir l’amour de l’autre sans que l’inhérence de cet amour lui fasse souhaiter à tout autre qu’il le partage ?

 

comme un visage se dessine

un instant et puis s’illumine

quand son intégrité consonne

à l’œil étonné qui se donne

 

ainsi en ta source s’efface

qui dit tes silences et repasse

le miroir où vit ce regard

dont le feu presse le départ

 

car en ce regard mille faces

en ton ravissement s’affinent

lorsque l’un à l’autre pardonne

et l’un à l’autre s’abandonne

 

8 décembre 2004

 

au magasin des masques

où l’ombre et la poussière ici et là se posent

que choisir aujourd’hui pour être l’autre

 

c’est l’esprit qui inspire

ça on s’en douterait mais on oublie souvent

de parler au silence où naît l’agir

 

il n’est pas d’autre choix

qu’entre le monologue tueur des libertés

et l’écoute secrète de l’amour

 

Le taoïsme peut-il nous apporter une pensée participative capable de rééquilibrer notre pensée oppositive à l’excès ?

 

Les chrétiens font de Marie une déesse masquée. Dans leur univers ouranien, il est tout à fait décent pour un homme d’être dieu, tout à fait indécent pour une femme d’être déesse. Mais l’inconscient est assez malin pour se jouer de nos imaginaires.

 

incomparable sœur de joie et de douleur

tu ne vis que pour l’autre en ses mille visages

 

Tous les peuples n’éprouvent-ils pas le besoin de se sentir supérieurs aux autres ? Au regard de la dilection, tout peuple est précieux, unique. Il en est des peuples comme des individus.

 

Si Pascal vivait maintenant, dirait-il qu’il croit des témoins qui se laissent égorger ? Aurait-il pu le dire s’il avait été mieux informé de l’histoire ?

 

La fascination des histoires de fiction, comme celle des discours charismatiques (qu’ils soient idéologiques ou théologiques) n’opère qu’en l’absence de conscience de conscience. Il en est ainsi de toute fascination.

S’attacher à une personne relève-t-il toujours de cette fascination ? Dieu est fascinant parce qu’il est sacré, numineux. Aimer ne l’est pas, car la liberté est inhérente à la dilection.

 

9 décembre 2004

 

Ton autre ne t’aliène pas, car tu l’aimes en son altérité. Aimer ni n’aliène ni n’est aliéné, ni ne possède ni n’appartient.

 

A voir comment l’humanité se conduit, on se dit que vraiment il n’y a pas longtemps que nous sommes descendus des arbres. A 90% notre comportement est celui d’un mammifère supérieur, certains diraient à 99%. Nous n’utilisons souvent le progrès de notre intelligence que pour nous cacher notre rapacité et notre cruauté.

 

comme l’enfant s’assied sur l’herbe ou sur la terre

insoucieux d’être bas en ses jeux et travaux

demandant de ses yeux ses sourires et ses larmes

que l’on plie les genoux pour le bien accueillir

 

ainsi l’autre éternel habite la poussière

de l’humain qui s’abreuve aux torrents de ses eaux

et vive est son image au miroir qui désarme

lavant les pieds salis aux portes du désir

 

La laïcité peut se percevoir comme l’ennemie de Dieu. Aimer ne peut se percevoir comme l’ennemi de la laïcité, inhérent qu’Il est à la liberté la plus radicale, celle du je. Cette laïcité-là, qui est un des noms de la liberté, est libre des idéologies autant que des religions.

 

10 décembre 2004

 

quand le sombre et le gris envahissent la plaine

on pense à la lumière aux astres au cocon bleu

mais l’habit de brouillard que revêtent les cieux

donne et reçoit le sens par toute l’œkoumène

 

le jour dit à la nuit et la nuit dit au jour

des secrets que l’abîme échange avec la cime

le dernier au premier et l’ici à l’ultime

en face à face chantent les duos de l’amour

 

Il n’y a pas d’inhérence entre la parole et la chose dont on parle, sinon le mensonge ne serait pas possible, et l’erreur pas davantage. Il ne peut y avoir d’inhérence entre le Verbe et Dieu. Penser que le Verbe est Dieu (Jean I, 1) relève de la croyance, non de l’évidence rationnelle.

Mais penser que la dilection est inséparable de la liberté et de l’universalité relève de l’évidence, car ces réalités sont inhérentes les unes aux autres (comme il n’y a pas de véritable fraternité sans liberté et égalité, de véritable égalité sans fraternité et liberté, de véritable liberté sans fraternité et égalité).

 

Comment aurais-je envie de t’aimer si je ne voyais sans cesse ton intelligence et ta beauté dans la nature, dans l’humain même qui sur cette planète est sa plus belle et plus intelligente fleur ?

Et ta bonté ? Elle dépend entièrement de la liberté ; elle en dépend d’autant plus que les êtres sont libres. Son refus le plus fort est le signe le plus fort de la liberté donnée à la personne.

 

 

 

 

11 décembre 2004

 

Ceux qui pensent à toi obstinément comme au super babouin alpha de l’univers, au Seigneur tout-puissant, ne peuvent pas te rencontrer, toi le doux et humble de cœur, le serviteur de tes amis.

 

Si la foi est l’accueil du Don d’Aimer, c’est une éthique, un agir avant d’être une connaissance (à moins de donner à la connaissance le sens biblique).

 

la chair qui vibre en la voix qu’elle emplit

fait vibrer toute chair en l’air complice

souffle invisible et messager de vie

passant les ondes aux ondes qui l’unissent

 

elles faiblissent de distance en distance

et la chair attentive qu’elle attire

rend à la voix l’air que sa réticence

rassemble vers le centre qu’elle admire

 

Sacraliser un texte c’est le figer pour l’éternité. La rouerie humaine peut bien se débrouiller en pensant qu’il n’est jamais totalement compris, qu’il faut sans cesse en reprendre l’étude à nouveaux frais. Un esprit désacralisé tant soit peu conscient n’y voit qu’une théologie marquée par un lieu et un temps.

Les premiers seront les derniers et les derniers seront les premiers (Matthieu XX, 16). Il renverse les puissants de leur trône, il élève les humbles  (Luc I, 52). Pensée oppositive, quasi manichéenne, qui s’accorde mal avec l’égalité universelle d’Aimer.

 

12 décembre 2004

 

Le message d’Aimer répond au mal moral, qui n’est que l’absence de dilection. Il annonce la rémission du mal par la force de l’amour qu’il propose.

 

le papier le cadeau

dans l’ombre de l’armoire attendent la rencontre

 

l’œil adroit la main douce et le cœur attentif

préparent l’éblouissement

 

l’œil étonné et la main impatiente

oubliant le donner comme le recevoir

 

ô bel esprit de fête

où le regard espère et comble le regard

 

où la touche à la touche offre un frémissement

au vif de l’instant fugitif

 

où se délaisse le cadeau papier

où l’autre à l’autre passe

en amour à l’amour

 

Dois-je penser que Yeshoua avait une pensée divisée, schizoïde, partagée entre sa culture dualiste et son expérience totaliste d’Aimer ? Il invite à imiter celui qui fait lever son soleil sur les justes et sur les injustes, mais il laisse entrevoir un jugement dernier où l’on séparera les brebis à droite et les boucs à gauche.

 

Ce mensonge quasi permanent : on ne donne presque jamais la vraie raison d’un refus, parfois même lorsqu’on n’a rien à y gagner, par une sorte d’habitude perverse, à moins que ce ne soit par un instinct animal de camouflage pour la défense ou pour l’attaque. Ne peut-il y avoir de transparence que dans la relation de dilection ?

 

13 décembre 2004

 

Comment Aimer aurait-il pu dire : Qui n’est pas avec moi est contre moi, si ce n’est par une métaphore invitant à aimer plutôt que pas ? Ne dit-il pas aussi, ce qui en bonne logique y est contradictoire : Qui n’est pas contre nous est pour nous (Marc IX, 40) ?

Il reste un grand travail à faire sur (ce qui est censé être) les paroles de Yeshoua, non parce qu’elles seraient révélées et toujours à mieux comprendre en leur profondeur, mais parce que nous n’avons pas compris à quel point elles étaient liées à sa culture et à la difficulté d’exprimer en sa langue une expérience d’Aimer dont ses utilisateurs avaient à peine idée.

Lorsque, du bien qu’on fait aux autres, Yeshoua dit que c’est à lui qu’on le fait, ce n’est pas que les autres ne comptent pas ni que c’est lui qui compte parce qu’il est Dieu et que ce Dieu récompense le bien qu’on lui fait. Ce serait ne rien comprendre à Aimer, qui donne à chacun la valeur d’altérité où s’accomplit l’amour de dilection. Ce que l’on fait à tout autre, on le fait à Aimer, car tout autre en participe en son eccéité même. On le fait à Yeshoua en ce que Yeshoua n’est plus un individu de chair mais une personne d’esprit.

 

La réversibilité des mérites ne peut être qu’une métaphore lorsqu’on répudie la notion de mérite et que l’on reconnaît la liberté de la personne dans l’amour de dilection, où nul ne peut aimer à la place d’un autre. On peut comprendre que celles et ceux qui aiment de cet amour constituent par leurs actes et leurs paroles une invitation à l’accueillir.

Existe-t-il aussi une communication spirituelle à laquelle notre culture matérialiste nous ferme ?

 

Ceux qui dévalorisent le multiple au profit de l’un ne comprennent rien à Aimer. Aimer multiplie l’autre.

 

assis à sa nouvelle place

et dans l’odeur qui l’imprégnait

il ressentait comme en l’espace

le cœur qui l’avait précédé

 

et son geste en lui se mouvait

le changeait presque en ses désirs

en ses craintes

et dans son miroir

il crut le voir en son sourire

 

quelle empreinte quelle mémoire

se dépose en notre présence

et combien de temps si fugace

demeure-t-elle pour les sens

 

14 décembre 2004

 

Si le bonheur est l’amitié universelle, la présence de chacun à tous, nous ne pouvons le vivre totalement qu’en espérance. Nous ne le vivons ici qu’à peine.

Comment les cloîtrés et les ermites la vivraient-il, elles s’il n’existait aucune communication spirituelle dans le secret ?

 

La conscience de conscience inclut la conscience morale puisqu’elle s’ouvre à la totalité de ce qui concerne celle, celui qui l’exerce.

 

Si être de son temps et de son lieu c’est maintenant chanter le sperme, le sang et la boue, le cloaque et le bec, eh bien je ne serai ni de mon temps ni de mon lieu. La belle affaire ! L’accès à l’Etre, l’accueil d’Aimer me comble, et qu’importe qu’un grand nombre n’y voient qu’une illusion.

Aimer les autres, est-ce adopter leurs misères ? Je ne suis pas là pour pleurer avec ceux qui pleurent, mais pour les faire sourire (peut-être à mes dépens ? Non, si cela devait leur nuire.)

 

dans l’ombre de la tronche creuse

son gîte et son couvert

il remue mange et rêve

à la vieillesse qui se donne

 

n’est-ce pas pour la rendre heureuse

qu’il se revêt de vert

et qu’à défaut de sève

de sa parure elle s’étonne

 

L’observation des animaux nous offre bien plus d’indications sur nos tendances primitives et sur les lois du réel que nous n’en explorons jamais.

 

Ecrire vrai, écrire ce qui vient dans le secret, est un idéal fuyant qui nous entraîne à l’effort quotidien et qui nourrit la faim de beauté et d’intelligence.

 

15 décembre 2004

 

vivante pierre

topaze étincelant

offrande du soleil à notre terre

fibule à son manteau changeant

 

annonce au monde

avant de t’effacer

dans le secret du jour qui nous inonde

l’amour qui les tient enlacés

 

quand dérobée

par l’éblouissement

tu te rappelles au silence éprouvé

à mille autres tu joins ton chant

 

L’interview est un faux dialogue, truqué en son essence même, non seulement en ses questions orientées et manipulatrices, mais dans la relation inégale qu’elle établit et sur quoi elle se fonde.

 

Croire que la liberté divine permet à Aimer de choisir entre les personnes et entre les peuples, c’est contredire son invitation à aimer tout autre sans distinction ni acception.

Tu ne choisis même pas d’appeler à l’existence telle ou telle forme d’être dans l’élan de l’évolution.

 

16 décembre 2004

 

Donner à croire que Dieu a parlé risque de détourner celles et ceux qui veulent rencontrer la vie au silence où elle sourd dans le secret, les invitant à la chercher dans des mots qui en seraient porteurs.

La vie est esprit, et les paroles ne peuvent entretenir avec lui que des rapports d’extériorité. Si Yeshoua a dit que ses paroles sont esprit et vie (Jean VI, 63), il faut peser ici la valeur de notre verbe être, si ambigu. La parole ne peut faire davantage que signaler la vie. La croire porteuse d’une force créatrice, c’est retourner à la pensée magique.

 

 

ton impalpable se dissipe

dix mille particules fuient

 

la dynamique de tes flux

se fond au profond de l’espace

 

la profusion qui te produit

naît de ce feu qu’elle anticipe

 

et dans l’imprévu de tes faces

naît l’œil ardent du jamais plus

 

17 décembre 2004

 

L’esprit est étranger au temps et à l’espace ; c’est aller à contresens de l’histoire que d’insister sur l’étymologie du terme qui le désigne. Même si elle peut orienter une pensée balbutiante, elle dessert la pleine compréhension de sa réalité.

 

La pensée symbolique ne remplit son rôle d’approche du réel que si elle se double de sa correction aphairétique, apophatique.

 

La prière aurait-elle un sens si elle n’avait aucune « efficacité matérielle », si elle n’avait aucune incidence sur les événements ? Cet infléchissement de l’événement serait-il possible si la matière ne comportait pas une dimension par laquelle elle donne prise à l’esprit ? Serions-nous tels que nous sommes si nous n’étions pas capables de mouvoir notre corps par notre volonté ? Réduire la matière, ou le réel, à du physico-chimique est-il tenable ? Si l’on ne renonce pas à la cohérence du réel, on ne peut défendre ce genre de matérialisme.

 

tu fauches l’air humide

passes repasses

déposes dans l’espace

des andains translucides

 

lorsque le vent s’envole

tu coupes coupes

pour la moisson des souffles

sa danse en files folles

 

ta lieuse limpide

lace et enlace

des gerbes que ta face

engrange dans le vide

 

Ta vérité au silence du silence nous libère du religieusement correct comme du politiquement correct et du scientifiquement correct.

 

18 décembre 2004

 

Il ne s’agit pas de surveiller ses voisins, il s’agit de veiller sur eux (c’est cela passer de l’humain premier à l’humain dernier). Avec toi l’autre n’est plus une proie ou un prédateur, il est l’autre que tu aimes comme autre.

 

S’il n’y avait pas d’indicible, nous n’en parlerions pas : c’est parce que nous en avons quelque expérience que nous disons notre impuissance à le dire. Elle ne nous fait pas nous taire, mais tenter d’exprimer son inépuisable richesse d’être en une interminable poésie.

 

huit ou six pattes qu’importent

les ailes qui portent

 

qu’elles volent ou qu’elles courent

de haine ou d’amour

 

ce qui entre ou ce qui sort

dedans et dehors

 

le nectar ou bien le sang

tout est nourrissant

 

de la toile ou des rayons

se valent les dons

 

ce qui pique et ce qui mord

c’est la vie la mort

 

l’araignée comme l’abeille

en toi toujours veillent

 

La révélation n’est pas un ajout à la réalité connaissable, elle en est le dévoilement par des esprits qui en ont l’intuition en en vivant. Yeshoua ne nous a dit de nouveau que son expérience d’Aimer où l’infini se dévoile comme amour de dilection. Si nous n’étions pas capables d’accueillir cette intuition parce que c’est celle de l’être et de notre être, nous aliénerions notre liberté, ce qui ne peut s’accorder avec l’amour de dilection.

 

19 décembre 2004

 

toujours éveillé il attend

la voix qui le fera vibrer

comme le violon se tend

pour accueillir l’archet

 

en son innombrable silence

et sa sérénité d’esprit

il sait que surviendra le sens

du chant qui l’a surpris

 

car le sanglot qui se repent

comme le rire exténué

trouvent leur assouvissement

en son vide fermé

 

Il est une façon de regarder une photo, ou de lire un poème, comme l’imbécile regarde le doigt qui lui montre la lune.

 

Si la dilection est la récompense de la dilection, c’est que l’autre accomplit qui l’aime. Telle est la joie qui ne peut être ravie (Jean XVI, 22), car elle n’est pas une possession. Joie parfaite en espérance, comme le bourgeon de l’automne.

 

La dilection ne peut que provoquer l’indignation face à l’injustice d’une planète où des millions vivent dans la misère pour qu’une poignée vive dans le luxe. Mais elle n’agit pas au nom de la haine ni de la volonté de puissance. Elle ne perd jamais de vue la liberté de la personne, que l’on ne pourra jamais forcer à aimer.

Le messianisme, l’espérance d’installer le règne du bien sur notre planète, est incompatible avec la liberté inhérente au Don d’Aimer.

 

 

 

 

20 décembre 2004

 

Mais le doigt du sage est parfois si beau et si intelligent qu’il vaut qu’on s’y attarde un peu pour penser et chanter.

 

Ce n’est ni la foi ni les œuvres qui sauvent, mais l’amour qui agit en nous. Il ne sert à rien de dire Seigneur, Seigneur pour entrer dans le Royaume des cieux ; il faut faire la volonté du Père des cieux. Il ne sert à rien de prophétiser au nom de Yeshoua, ni d’accomplir toutes sortes d’œuvres en son nom, car ce n’est pas là le connaître (Matthieu VII, 21-23). Le Royaume des cieux, c’est aimer ; connaître Yeshoua, c’est aimer. Mais aimer est une grâce que l’on accueille de liberté à liberté, car c’est participer à l’Eternel Aimer.

 

L’amour de l’un veut le multiple, et l’amour du multiple veut l’un. L’un infini et le multiple fini sont inhérents à la dilection, car l’être est dilection.

 

 

vive des pattes et des antennes

en la chaleur de son refuge

elle vibre

 

puis cherche un abri dans l’abri

et disparaît dans l’invisible

du silence

 

je ne la sens qu’ici ou là

heureux de savoir dans la chambre

sa présence

 

et chacun s’isolant à peine

en la chaleur de son refuge

reste libre

 

21 décembre 2004

 

le produit a produit le séduit

et conduit le séduit au produit

et séduit le séduit a produit

le réduit du séduit au produit

et induit le séduit du produit

et déduit le séduit du produit

qui produit a produit le produit

 

Sommes-nous libres dans un monde où toute chose est le produit de toute chose ? Le vieux déterminisme est toujours là pour les libertés premières, illusoires mais relayées par la liberté dernière qui naît dans la rencontre où l’infini se propose.

 

Classer les artistes en courants, écoles, mouvements, tendances, c’est nier ou rejeter la création artistique en son essence. Les -ismes sont incompatibles avec la création en tant que création. La création est libre de l’époque, de la géographie, de la culture où elle apparaît. Si elle s’inscrit en elles, elle s’en détache. Elle est unique et singulière, et cela la rend inaccessible à la critique scientifique, car il n’y a de scientifique que du général.

Les artistes qui lancent un mouvement artistique le font poussés par la volonté de puissance et non par l’art.

 

Une inspiration qui non seulement préserve mais promeut la liberté ne peut être ressentie comme transcendante : elle naît de ce qui constitue l’être de l’inspiré.

 

22 décembre 2004

 

cette batée brillante de pépites

exulte de la joie du chercheur d’or

inaccessible à ses mains qui palpitent

mais à ses yeux plus forte que la mort

 

car elle est son espoir la douce invite

et l’image profonde où le vieux corps

devine un infini si joyeux qu’il hésite

en cette vie à le chercher encore

 

Tous les peuples de la terre ont à donner et à recevoir, à dire et à entendre, chacun à tous de tous les autres.

 

Fécondité heuristique du totalisme conceptuel africain, où le réel se découvre dans l’interconnexion de tous ses éléments, où la science ne cherche pas plus à s’imposer à la religion que la religion à régenter la science. Car elles s’écoutent, s’interrogent, se répondent dans un dialogue égalitaire, tout comme les religions entre elles et les sciences entre elles. Et cela vaut pour tout art, pour tout agir, tout penser, tout imaginer, tout sentir.

 

Le discours sur l’analogie de l’être depuis la Grèce antique n’est-il qu’une tentative avortée de préserver le totalisme en le réduisant au conceptuel (le totalisme africain n’est conceptuel que parce qu’il est cosmique), voire à un imaginaire de distraction ou d’hygiène psychique ?

 

Le meurtre d’Abel par Caïn, diabolisation des agriculteurs chthoniens par les pasteurs ouraniens dans la mutation culturelle d’il y a quarante siècles ? Le pire y est sans doute la diabolisation même, le schéma dualiste (ouranien par définition). Serait-elle liée au concept d’élection, qui rejette l’autre ?

 

L’Afrique ne semble pas avoir connu cette mutation du chthonien à l’ouranien. C’est une des raisons pourquoi elle est si précieuse à l’Occident.

 

23 décembre 2004

 

je t‘inspire et t’expire sans jamais le savoir

ou presque

 

le soupir qui parfois m’échappe et te devine

si proche

dit la marche de jours et de nuits qui s’avancent

sans trêve

vers l’horizon fuyant infini dont la courbe

jamais

ne se ferme sur l’autre mais en l’autre avec toi

respire

 

je t’espère et t’espère sans jamais te pouvoir

sourire

 

Le rocher quotidien de Sisyphe. L’amour de l’autre comme autre est un impossible permanent que la rencontre permanente de l’Autre rend possible. Insuffisance innée, et nécessaire pour que l’autre soit bien l’autre.

 

Aimer n’est pas un bien que l’on possède. Ce n’est pas de notre propre moi que nous pouvons aimer l’autre, quand bien même nous n’en avons pas conscience. Comme ceux qui nourrissent ceux qui ont faim, vêtent ceux qui sont nus, visitent les prisonniers sans savoir qu’ils rencontrent Aimer en l’acte qu’Il inspire en eux par sa lumière et par sa force.

 

L’intuition de Yeshoua subvertit la pensée dualiste. Sa parabole où les journaliers de la vigne reçoivent tous un salaire égal pour un travail inégal est encadrée par la formule : les premiers seront les derniers et les derniers premiers, qu’elle démolit en lui donnant un sens égalitaire (Matthieu XX).

 

La participation fait de l’autre un non-autre, et pourtant chaque autre non seulement demeure autre mais renforce son altérité dans sa participation à la vie d’Aimer, dont l’être même est un vouloir l’autre.

 

Qualifier les Indiens d’inhibés relève de l’arrogance d’un Occident qui se prend pour la norme de l’humain.

 

Je ferme les yeux, car tu n’es rien de ce qui se voit. Mais je les ouvre aussi, car rien de ce qui se voit ne peut être sans être de ton être. Les mots pourtant ne peuvent rendre le sens que j’ai de ta présence, de ton être, de ton je aimant qui ne possède rien de son être.

 

24 décembre 2004

 

Quelle liberté ? L’usage commun du mot « libre » est à considérer, comme tous les usages communs. Il peut couvrir des vérités que, dans leur intelligence supérieure, les philosophes ignorent. « L’air libre », « libre comme l’oiseau ». Etre libre, c’est pouvoir agir selon son être. La rigidité des lois de la physique ne frappe pas nécessairement d’illusoire ces libertés ; elle ne fait que les situer dans ce qu’on a appelé les degrés d’être. Il existe aussi des degrés de liberté chez l’humain. La liberté plénière à laquelle nous aspirons plus ou moins consciemment est celle d’Aimer, et il nous la fait partager en nous donnant d’aimer comme il aime. Aimer nous conforme à notre être dernier, et cette conformité est une vérité qui nous libère.

 

Quelle certitude pour la pensée? On peut parler de doute, on peut parler d’incertitude. Il y a dans le doute une connotation du même ordre que celle de la croyance, et qui disparaît avec elle. Mais l’incertitude est partout dans la recherche du réel, et elle n’est tolérable que s’il existe au moins une certitude sur laquelle nous pouvons fonder cette recherche. Celle qui prévaut ici est celle de l’être comme relation d’altérité positive de l’infini au fini.

Si nous étions tout à fait vrais et tout à fait conscients de nos incertitudes, il nous faudrait faire un usage immodéré du point d’interrogation et du conditionnel.

 

 

belle errante accourue des confins de la terre

servante nue de ta peau de tes rêves

pour épouser toute forme et combler

la soif de chaque vie sur ton chemin

 

tu n’es que pour les autres et quand tu n’es que toi

tu te fais invisible en la lumière

qui cependant s’incline en te sachant

si parfaite

qu’en mille fugues l’air t’enlève

 

25 décembre 2004

 

Célébrer un anniversaire au point de vouloir le réactualiser dans un rite, c’est se moquer de l’histoire, du temps et, implicitement, d’Aimer qui les a voulus.

 

S’il y a quelque chose d’utile à l’humanité dans ce que j’écris, ce ne peut être que détaché de ma personne, et dans l’anonymat (le pseudonyme est une concession au mythe).

 

la lumière ne cesse

de revenir

sans jamais la promesse

d’un repentir

 

et les yeux qui se ferment

dans la confiance

se retrouvent au terme

d’une naissance

 

26 décembre 2004

 

S’il n’avait pas accompli de signes, Yeshoua aurait-il pu faire comprendre à l’humanité, à une partie du moins, que Dieu est Amour (que Dieu n’existe pas, mais que celui qu’on appelait tel est Aimer). Ses premiers disciples pouvaient-ils dire en vérité qu’ils ne le suivaient que parce qu’il avait les paroles de la vie éternelle ? Il ne semble pas, en tout cas, qu’ils aient accordé plus d’intérêt à son message qu’à sa personne, ni qu’ils aient compris qu’il n’y avait pas inhérence entre sa personne et son message. Comprenant que son message est éternel, ils ont accordé l’éternité au Yeshoua de chair en le ressuscitant, sacralisant un homme et avec lui une partie de sa culture, historiquement et géographiquement marquée et prétendument élue par l’Eternel (une culture ouranienne en partie incompatible avec son message).

 

L’exquise délicatesse des amis raffinés n’est qu’une pâle expression de ce que tu es. Mais une théologie archaïque continue de nous présenter de toi l’image d’un despote arbitraire: Seigneur, prends pitié. Combien de temps te faudra-t-il recevoir ces gifles répétées au don de ta fraternité, de ton égalité, de ta liberté ?

 

Comme la dilection, le pardon est un air qu’on respire, qu’on inspire et expire : toi. Qui pardonne est pardonné, qui aime est aimé. Qui pardonne montre qu’il aime de dilection, qu’il accueille Aimer et qu’Aimer ne peut que toujours pardonner.

 

 

tu portes ou tu détruis

en ton invincible ignorance

servante formidable

 

tu te berces et t’agites

aux vagues que les vents lutinent

en leur in sa ti able

 

tu conçois et enfantes

aux grèves de ta bouche aimante

la vie interminable

 

27 décembre 2004

 

Le sinistre épisode d’Ananie et Sapphire montre que Pierre lui-même n’avait pas encore compris Aimer (Actes V, 1-10).

 

La haine est un sentiment que l’on attribue à ses ennemis lorsqu’on n’est pas habité par l’amour.

 

Travail de deuil ? Laisse les morts ensevelir les morts et monsieur Freud prendre possession de leur imaginaire.

 

La rationalité ne peut s’accommoder du merveilleux et du fantastique qu’en concédant à la pensée symbolique des capacités heuristiques.

 

Il n’y a pas de règne de l’Esprit, de puissance de l’Esprit, de gloire de l’Esprit. L’Esprit est liberté ; il ne soumet, ni ne force, ni n’éblouit personne.

Il se propose dans le silence. Le Verbe peut commander, imposer, séduire. L’Esprit est au-delà de l’équivoque verbale, des mots à double face de possession et d’oblation : amour, autre, universel, laïcité…

 

Le souci d’Aimer gémit au secret du silence. N’est-ce pas sa force même pour celles et ceux à qui l’on pense ? N’est-ce pas la vieille prière de demande ?

 

surfeuse de nuages

tu files en l’immobile où s’illumine

ton visage d’amante

 

jeune éternellement

tu te meurs tu t’enfantes et tu te renouvelles

en douleur et douceur

 

davantage se creusent

et l’abîme et la cime où tu excelles

heureuse d’âge en âge

 

 

 

28 décembre 2004

 

en son sommeil la bête à la langue si sage

rêvait de sables tendres et d’enfants à aimer

 

le monstre aux profondeurs l’a réveillée

et elle est venue mordre les rivages

 

Trente mille morts dans le raz-de-marée. Comment ne pas en parler ? Comment en parler ?

Quelles réactions ? Celle du châtiment divin a disparu, ou presque, en Occident. Yeshoua aurait dit, après l’écroulement d’une tour sur ses habitants : Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. Faut-il comprendre que pour lui celles et ceux qui vivent dans la dilection sont protégés ? A l’évidence ces gens-là ne le sont pas toujours. On a même vu des cas où c’étaient apparemment les « meilleurs » qui étaient frappés. On en a vu d’autres où certains échappaient « miraculeusement ». La mort, pourtant, n’est pas le grand problème pour celles et ceux qui vivent de la vie éternelle.

Mais il y a la mort des autres, il y a les blessés, il y a les maisons et les biens dévastés. Et ceux qui vivent sur les rivages sont souvent les plus pauvres, ceux à qui l’on refuse les terres abritées…

Si Dieu existait, il ne permettrait pas des choses pareilles ( si y’avait un bon Dieu…) Voltaire, Camus…Oui mais voilà, le Dieu dont vous avez idée n’existe pas. Aimer n’est pas le Tout-puissant qu’on adore parce qu’on adore la puissance ; il est l’ami qui propose l’amitié, l’amour de l’autre. Si vous compreniez cela, vous vous poseriez moins de questions ; vous viendriez en aide à ceux qui souffrent, y compris en luttant pour les pauvres et les exposés. Et vous gémiriez dans le secret du silence où Aimer vous écoute, Aimer qui ne peut faire un monde indéterminé et libre où le mal n’existerait pas.

 

La philosophie est présente en toutes les activités humaines. Le nier ou l’ignorer, c’est se priver de leur sens. La mettre au jour, c’est progresser dans la connaissance du réel et s’offrir un meilleur agir.

 

29 décembre 2004

 

Comment pourrions-nous continuer à médire du temps qui passe alors que nous connaissons toujours mieux l’évolution de l’univers, du vivant, de la conscience ?

 

L’analogie est la voix du continu dans le discontinu. Elle nous représente le monde comme un cosmos avant que nous n’en ayons la connaissance aboutie.

 

Dans l’Evangile la vérité de la parole s’établit sur les manifestations de puissance que sont les signes et les prodiges accomplis par Yeshoua. Mais la dilection n’a pas d’autre preuve que la dilection, elle est sa propre vérité et sa propre évidence.

 

Il n’y a plus séparation ni relation entre pouvoir spirituel et pouvoir temporel, car l’esprit d’Aimer n’est pas un pouvoir.

 

La mort de cent mille humains dans une catastrophe naturelle impressionne davantage que la mort quotidienne de trente mille enfants mal nourris et de bien d’autres victimes de la violence et de la rapacité du monde.

 

L’analogie de l’être infini et de l’être fini gagne du sens dans la conscience de la présentissime présence de la dilection infinie dont elle participe.

 

enfantée dans les ombres millénaires

une terre nouvelle tète une lune fière

 

le lait diffuse dans la nuit

une présence où toute chose vit

 

30 décembre 2004

 

Si une catastrophe frappe les imaginations et les sensibilités, provoquant des réactions de solidarité ou de compassion, on peut tout de même s’en réjouir. Tout ce qui invite à l’amour de dilection est bon à prendre, même si l’on regrette que tant d’autres misères, et bien plus grandes, laissent tant de gens indifférents.

 

Le messianisme naît-il parmi les gens qui ont des problèmes avec le temps, que la pensée de Chronos dévorant ses enfants remplit d’effroi, qui ne voient pas le mariage fécond d’entropie et de néguentropie ? Espérer la fin des temps, c’est ne rien comprendre au temps. Dommage que la Bible ne dise pas : Et Dieu vit que le temps était bon.

 

une navette au ventre tisse

sur la chaîne d’esprit une trame de chair

 

patience

à la porte du métier

le fil enfin se tranche

 

unique

l’étoffe d’un visage offre à nos yeux ses yeux

 

Si un organisme vivant tel que l’animal n’existait qu’à un seul exemplaire, la perfection de son organisation nous frapperait tellement l’imagination que nous nous extasierions. Mais il y en a des milliards, et ils se reproduisent avec une telle aisance que leur reproduction non plus ne nous stupéfie pas.

 

31 décembre 2004

 

la maison sur l’horizon

est au cœur une demeure

 

en l’ombre de l’œil éteint

une main touche ta main

 

au silence du silence

la bouche brûle la bouche

 

Deux cents mille morts ou davantage, mais chacune est pleurée. Un million de détresses, et chacune t’attend.

 

A quoi bon une lecture si elle n’est pas doublée de réflexion en conscience de conscience ?

 

Le salut qu’apportent les mythes et les rites n’est de soi que psychologique et social, mais il peut devenir la voie de la rencontre d’Aimer.

 

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