Bonhomme de chemin 2005

1er janvier 2005

La vérité dernière affranchit du psychiquement correct et du parapsychiquement correct. Elle libère des engouements et des préjugés.

 

Tu es et tu n’es pas le non-autre et le tout-autre. Notre intellect ne peut te comprendre, pas plus que notre cœur t’aimer. Donne-toi à notre désir et fais-nous partager ton amitié et ton intuition de toi-même.

 

la main se pose sur la pierre

et sur l’épaule de l’ami

 

le cœur parle au cœur attentif

aux pensées qui s’entreproposent

 

ce qui cesse de posséder

s’ouvre à l’âme de la matière

 

2 janvier 2005

leur corps se dissout dans la mort

leur eau nourrit la terre

et leur feu l’air

 

à la mesure de l’amour

leur vie dans le vide grandit

leur nom au cœur de leurs amis

 

Le sexuellement correct évolue : après les femmes, les hommes se dénudent. Mais la liberté dernière apporte l’égalité en maîtrisant les forces du désir.

 

A quoi correspond en toi notre sensibilité, nos larmes et nos rires, notre plaisir esthétique ?

 

Non pas eux ou nous, mais eux et nous : Caïn et Abel, Jacob et Esaü, Isaac et Ismaël. Aimer n’en finit pas de nous guérir de notre dualisme.

 

Yeshoua n’est pas né dieu. Il a tellement accueilli Aimer qu’il participe pleinement à l’amour. Telle est la déification à laquelle toute conscience est invitée en accueillant Aimer. Mais le mot déification est ambigu, il salit l’image d’Aimer en y laissant la trace de la glorieuse toute-puissance du Très-Haut, projection de désirs trop humains.

Aimer n’a pas pu investir une conscience humaine malgré elle ; c’eût été contraire à la liberté inhérente à l’amour de l’autre.

 

3 janvier 2005

donneur d’éclairs

au buisson pâle

ton aile a l’air

d’un cœur d’opale

 

et au taillis

ton chant caché

dit l’énergie

de la beauté

 

même au silence de ta flûte

ton corps en âme se transmute

 

le plus fugace

de tes passages

laisse la trace

d’une ombre sage

 

et bien après

le souvenir

de ta clarté

nous fait sourire

 

La curiosité que donne Aimer pour le réel n’est pas d’abord possessive mais admirative ; elle ne peut être que non possessive lorsqu’il s’agit du réel personnel.

 

Une poétique animée par l’esprit d’Aimer ne peut s’arrêter aux techniques ; elle en recherche le dynamisme, l’origine et le but.

 

Tenir à la résurrection de la chair témoigne du goût pour la chair. Mais Aimer est esprit et la chair ne lui manque pas, contrairement à ce que pourrait donner à croire le mythe du Verbe fait chair, qui lui aussi témoigne de l’attachement à la chair. « C’est l’esprit qui donne la vie, la chair ne sert à rien » (Jean VI, 63). En tout cas, l’évidence physiologique le montre, elle est provisoire.

 

La sensibilité d’Aimer doit nécessairement se comprendre par analogie. C’est, pour employer un oxymore maladroit, une sensibilité spirituelle, mais dont notre sensibilité charnelle ne peut être qu’un pâle reflet. Et le mot reflet ne peut être, lui aussi, qu’une métaphore. Et pourtant, tout notre être fini ne pouvant être qu’une participation à l’être infini, notre sensibilité charnelle est une participation à la « sensibilité » spirituelle de l’être infini.

 

Une philosophie qui se veut acte avant d’être parole ressortit à la vie spirituelle.

 

4 janvier 2005

L’intuition vraie du temps élimine les messianismes, les mythes de l’origine et les mythes de la fin des temps. Oui, mais pourquoi ? Comment ?

 

Dans la conquête du monde, les civilisations ouraniennes sont fatalement gagnantes : elles tiennent le glaive, alors que les chthoniennes tiennent la coupe. Mais l’humain dernier les renvoie dos à dos.

 

sur la lune et les nuages

le soleil et le ciel clair

 

sur les monts et sur les mers

les sables et les rochers

 

sur les champs et sur les bois

les sentiers et les clairières

 

les étangs et les marais

les fleuves et les torrents

 

sur la neige et sur le givre

sur la brume et l’air limpide

 

sur les herbes et sur les feuilles

sur les fleurs et sur les fruits

 

les pelages et les plumages

les chairs et les chevelures

 

ton regard partout se pose

et partout sa joie dépose

 

5 janvier 2005

 

Birmanie ? Bangladesh ? Il semble que les frontières arrêtent les tsunamis comme les nuages radioactifs.

 

Aimer respecte la création puisqu’il l’aime, et ce qu’on appelle miracle n’est pas une violation de ses lois mais une mise au jour de ses propriétés inconnues.

 

Quand on réfléchit au sens qui a permis à certains animaux de pressentir l’arrivée du tsunami du 26 décembre, on se dit que l’humain a peut-être perdu l’usage de certaines facultés, mais qu’elles demeurent, latentes, plus ou moins atrophiées chez les uns et les autres (à verser au dossier de l’indignation face à l’indifférence divine).

 

Entre ceux qui disent vouloir comprendre Hitler et ceux qui disent qu’il n’y a rien à comprendre, quelle différence ? Celle qui sépare le dualisme ouranien affrontant le dragon du totalitarisme du totalisme chthonien vivant la commune misère du loup et de l’agneau.

Il faut de toute façon, avec Aimer, passer au-delà, comprendre et ne pas comprendre, juger et ne pas juger, espérer sans espoir, bref aimer de l’amour dont Aimer aime.

 

6 janvier 2005

Questions. Il faut poursuivre, poser ces questions dont on est presque sûr qu’elles resteront sans réponse, faisant de ce presque une faille où l’espoir puise force. Non par curiosité possessive mais par curiosité oblative, non par volonté de puissance mais par impuissance à communier comme on sent que cela répondrait au désir essentiel.

 

Le cerveau peut bien vieillir, mais la conscience ne cesse de s’élargir et de s’intensifier.

Tu es si proche, si proche que je ne puis te rejoindre. Mais dans la mort sans doute…

 

« Dieu se tait », lisait-on dans la vie des saints. Mais Aimer ne parle ni ne se tait.

 

Mais…mais…mais. La pensée oppositive est indispensable pour nous frayer un chemin à travers l’inextricable réel, MAIS il faut garder conscience que c’est un chemin artificiel.

 

cette pierre limpide

cueillie dans la montagne

le regard la décide

au front de la compagne

 

comme un œil solitaire

où le feu et la mer

oubliant l’alentour

échangent leur amour

 

mais l’alentour y gagne

car le tiède et l’humide

pénétrant la campagne

font la terre gravide

 

7 janvier 2005

comme le galet du jardin

rapporté de la grève et que peut-être

on aurait dû laisser parmi les siens

et dans le lien ou mille et mille ans l’ont roulé

poli baigné de sel d’algues d’embruns

et de la voix rythmée des grandes eaux

 

la main qui le sent et l’étreint

écoute les images de son être

tente de deviner par quels chemins

il a couru marché rêvé s’est attardé

depuis qu’au jour sans jour ils n’étaient qu’un

aveugle tourbillon dans l’éruption des flots

 

Pourquoi cette répugnance pour la fiction ? Elle n’a jamais été aussi intense. L’accès à la vérité dernière dans l’intimité d’Aimer mène-t-elle au refus de toute illusion dans la quête passionnée du réel ? Comme le mythique, le fantastique et le simple fictif ne trouvent plus grâce à ses yeux.

 

Comment la parole serait-elle éternelle ? Elle est marquée par son origine biologique et par ses aventures culturelles.

Faire de la parole une force relève de la magie mythique.

 

 

 

8 janvier 2005

main dans la main marchons par le sous-bois

où l’ombre et la lumière

la cime et la racine

le hallier et le fût

en nous tendant les bras attendent notre marche

 

L’humain premier est enfermé dans le sexe et dans son dilemme du dominant et du dominé, du supérieur et de l’inférieur, du patriarcat et du matriarcat, de l’empire de la verge et de l’empire du ventre. L’humain dernier échappe à ce dilemme, car son désir n’est que de rencontrer l’autre comme sujet de dilection. Ainsi peut-on comprendre et accepter le « il n’y a plus ni Juif ni Grec, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme » (Galates III, 28).

 

Comme la vérité est l’accord du penser et du réel, la liberté est l’accord de l’agir et du réel. Nous sommes libres dans la mesure où nous pouvons agir selon notre désir infini de partager l’infini du Don d’Aimer. Nous sommes dans le vrai lorsque nous découvrons la réalité de notre désir infini comme être de notre être.

 

9 janvier 2005

Lorsque dans son étude du réel un scientifique reconnaît l’existence d’un inexplicable, il peut admettre l’imperfection de la science, son inachèvement, ses ignorances. Il peut interroger sans répugnance ni condescendance les autres sources du savoir, les reconnaître comme sources de savoir.

Il ne doit pas, il ne peut pas y avoir de frontière hermétique entre le scientifique et le religieux. Leur désaccord interpelle les scientifiques comme les religieux, les invite à une concertation à voix égales au nom d’une commune passion pour le réel en ce qu’il satisfait le désir ultime de l’humain.

 

levez le glaive tendez la coupe

n’avez-vous pas deux mains

 

les ailes vont d’un même élan

les jambes vont en alternant

 

dans l’espace et le temps

marche et vole en chantant

 

10 janvier 2005

Admettre d’abord que nul n’est totalement bon et nul totalement mauvais, puis admettre que nul n’atteint le degré d’information complète et de conscience parfaite qui le rendrait totalement responsable de ses actes.

 

Hypothèse : l’humain premier est chair et parole, l’humain dernier a franchi le seuil de l’Esprit. A son invitation la chair et la parole, relativisées, prennent un nouveau sens instrumental et symbolique.

L’Esprit ne jouit pas de l’autre, il s’en réjouit. Et l’Esprit n’est ni maître ni disciple de l’autre ; il s’accorde en sa liberté à la liberté qu’il lui offre pour qu’ils décident ensemble.

 

La vie spirituelle est sans chemin et sans autre guide que l’Esprit, qui est Aimer. Mais l’Esprit ne guide pas par l’obéissance, il guide dans une liberté pure, qui délivre de toute aliénation, car elle inhère à l’être même du guidé.

 

Le silence du silence est celui de l’écoute de la conscience d’Aimer.

 

jailli du vide nu

le chant qui vient au souffle

ne trouve que partout

l’écho qui le consume

 

au silence perdue

l’oreille qui l’écoute

en son immense foule

rejoint son absolu

 

11 janvier 2005

Existe-t-il un seul mètre carré de notre territoire qui n’ait fait l’objet de combats, de tueries, d’exploitation, de domination ? Ce qu’Israël fait à la Palestine n’est qu’une miniature de ce que l’Europe a fait à l’Amérique, et une copie conforme de ce que se font les peuples de la terre depuis la préhistoire.

 

globe né de la mer

qui dérobe ton eau à son immense sève

ta peau douce dans l’ombre

murmure les secrets d’un amour qui enfante

 

le regard qui te hante

au silence discret de ta circonférence

s’irise et te rejoint

aux confins des abysses où les étoiles naissent

 

Le dialogue entre juifs, chrétiens et musulmans ne peut conduire à un progrès doctrinal. Qui renoncerait à un point de doctrine sans que sa conscience ne l’accuse de trahison ? Que ce dialogue soit désiré peut manifester des aspirations mêlées : il peut y avoir celle de l’ennemi commun auquel il faut résister (celui de l’athéisme croissant). Il peut y avoir le sentiment, trompeur, que leur dieu unique est véritablement le même. Il peut y avoir la conscience plus ou moins claire qu’Aimer est au-delà de leurs diverses croyances, invitant tout humain à partager son acte d’Aimer.

 

Combien de couples vivent en mutuelle aliénation, ne s’accommodant que par des concessions plus ou moins mutilantes ?

 

L’émotion esthétique est également sensible à l’unicité de chaque objet et à sa parenté avec tous les autres.

 

 

12 janvier 2005

un peu de lait ainsi parmi

dans la bassure l’ample nature

où viendra boire l’œil aux aguets

notre désir vient se nourrir

 

comme la manne en attendant

quotidienne que l’heure vienne

se réjouit où toute brume

d’être mangée sera levée

 

Si on a eu la chance ou le mérite d’être formé dans une institution prestigieuse, il faut d’autant plus se dégager de son influence qu’elle nous a rendu fier de lui appartenir. La liberté dernière affranchit de toute appartenance.

 

La reconstitution historique d’un personnage est-elle fatalement illusoire ? Comment retrouver fidèlement le contexte culturel qui l’a marqué et dont il s’est démarqué ?

Ce qui importe en Yeshoua, ce ne sont pas les images diverses, sans doute en (grande) partie inexactes que les croyants et les incroyants se sont faites de lui, mais la spécificité de ce qu’il a apporté, pour autant qu’on puisse le distinguer de ce qu’il a repris de la tradition de son peuple. Car il n’y a pas eu rupture totale : lorsque la loi de Moïse demande qu’on aime l’Eternel, elle insinue déjà que l’Eternel est Amour, et l’on peut supposer que Yeshoua n’a fait qu’en prendre une conscience inégalée en la vivant avec une intensité extrême.

 

13 janvier 2005

 

ouvre tes ailes pour une heure

et laisse les mots s’y poser

plane sur l’esprit de la terre

observe et fond sur la pensée

 

qui sait si le nuage

qui t’aspire vers la hauteur

pourra remplir les pages

d’une journée entière

 

L’acte est le fruit d’un projet. Cela est déjà vrai du vivant, de l’animal, du prédateur en chasse par exemple. Le projet de l’humain conscient est un développement de ce mécanisme, qu’il concerne l’acte à court, à moyen ou à long terme.

Que dire de l’utopie ? C’est un projet mal informé de la réalité du temps et de la réalité de la liberté. En tout cas dans cette utopie qui prétend réaliser une société définitivement heureuse, puisqu’elle arrêterait le temps et nierait la liberté humaine. Le messianisme, qu’il soit juif, chrétien, marxiste…est un produit de cet irréalisme, de cette ignorance du réel physique et du réel humain.

 

14 janvier 2005

la tourterelle dans la flaque

vient boire et voir

ce qu’à peine un instant fluide

donne à sa timide ombrelle

d’abriter sa frêle image

 

avant que la soif et le bec

trouble le souple

miroir où douce se reflète

sur la paix de la lumière

cette tête qui l’épelle

 

Toi, si proche ; te fais-tu si distant pour te protéger, toi, l’infiniment sensible ?

 

Penser qu’un tsunami puisse être une punition divine…Ils ne savent pas ce qu’ils pensent, ces blasphémateurs inconscients de l’Amour.

 

Si pour certains l’art est à lui-même sa fin, serait-ce qu’ils perçoivent la gratuité de la beauté, en sa source, en son parcours, en son but ? L’Amour ne jouit pas de la beauté qu’il suscite, il s’en réjouit.

Le beau met de soi en question toute inharmonie, psychologique, sociale, politique…Ceux qui rencontrent vraiment la beauté, en particulier les artistes qui lui donnent forme, ne peuvent que se révolter contre le mensonge et l’injustice, car ce sont des dysharmonies.

Partout la voix de la beauté est trop frêle pour troubler les consciences obscurcies ou faussées. On a vu des tortionnaires torturer avant d’aller écouter Mozart. Et l’on voit tous les jours les objets d’art faire l’objet d’un commerce.

 

15 janvier 2005

cette paix bleue dans la lumière

s’étonne de sa transparence

car l’air n’est pas le vide immense

mais une eau plus pure et plus claire

 

dont on ne goûte la présence

qu’en ce que donne le mystère

du proche au lointain de la terre

sous les espèces de l’absence

 

Il n’y a pas de peuple élu qui ne se pense supérieur aux autres. C’est le mobile premier de sa croyance en son élection. Il s’illusionne, celui qui ne se croit élu que pour l’autre. Non seulement parce que l’histoire lui donne tort, mais parce que chaque personne comme chaque peuple a reçu en sa conscience de quoi trouver l’Eternel. Car « il n’est pas loin de nous ; nous avons en lui, le mouvement et l’être » (Actes des Apôtres XVII, 28). Les rencontres entre les peuples qui ne sont pas celles du don mutuel égalitaire sont destructrices et/ou aliénantes.

 

16 janvier 2005

Penser que le judaïsme est éternel, c’est admettre qu’il a compris qui est l’Eternel et que cette intelligence est devenue ce qu’il y a de plus cher en sa vie, en son être. Mais cela l’oblige à renoncer au messianisme et au sionisme, car l’Eternel n’est pas dans l’histoire, pas plus que l’Infini n’est dans la géographie. Israël est avec l’Eternel lorsque « Tu aimeras » est au centre de ses préoccupations. Cela vaut pour le christianisme aussi, et pour toute doctrine.

 

L’essence du judaïsme n’est pas juive, car elle est universelle. C’est la découverte progressive du visage de l’Eternel, tout entier déjà présent dans le « Tu aimeras », et dont le dernier voile se lève avec la parabole du Bon Samaritain. Mais le messianisme garde le judaïsme enfermé dans un temple.

 

j’ai peur de la douleur

j’ai peur que vienne l’heure

de l’insupportable douleur

 

lorsque rien que la mort

pourra sceller le sort

de ce dont délivre la mort

 

tu seras là toujours

ton sourire d’humour

sera mon entrée de toujours

 

Le judaïsme se présente comme un agir, comme une loi. Mais il n’y a pas d’agir sans raison d’agir. Cependant Israël n’a pas compris qu’agir par amour n’a d’autre raison que l’amour, que le « Tu aimeras » se suffit à lui-même, que son universalité exclut le messianisme.

 

17 janvier 2005

ne sont-elles que moi ces deux mains devant moi

qu’on me les ai données

qu’on me les ai greffées

ou qu’on me les reprenne et donne

à l’autre

 

n’ai-je pas à savoir ce qu’elles ne sont pas

en la faible conscience

de leur appartenance

lorsque le repos prête l’une

à l’autre

 

n’ai-je pas à leur dire ce qui les fait frémir

de me donner à voir

comme de recevoir

ce qu’on ne sait s’il ne revient

à l’autre

 

Dire que l’amour peut commander l’amour, c’est donner au commandement un nouveau sens, ambigu, inutile.

 

S’il n’y a pas de vrais grands hommes pour leur valet de chambre, c’est que les vrais grands hommes n’ont pas de valet de chambre. D’ailleurs ils ne sont pas grands…Car la vraie grandeur est celle de l’Amour, où les petits et les grands, les premiers et les derniers n’ont plus cours.

 

Lorsque le je se dégage du moi dans l’Amour de l’autre, le corps lui-même devient comme autre, comme un sacrement de l’autre. Comment dire ? Etat transitoire, fluctuant comme la conscience de conscience.

 

18 janvier 2005

entre les haies

la stéréo

de leurs appels

de leurs réponses

est un écho

de leur histoire

 

mais leur chant est plus vaste

leur mémoire est plus longue

et le raffinement

de leurs désirs obscurs et de leurs sombres luttes

résonne jusqu’au cœur

 

alors écoute

incomparable

cet autre peuple

mais si parent

que dans ses jeux

tu vis enfant

 

« Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre… »

Les chrétiens comprennent-ils ce qu’ils disent ? Mettent-ils tous les mêmes pensées sur les mêmes mots ?

Qu’est-ce que croire ? Est-ce admettre une chose parce que je suis incapable de la comprendre ou de la découvrir tout seul ? Parce que l’Eglise me le dit et que je lui fais confiance ? Mais pourquoi lui faire confiance ? Parce que je sens confusément que cela doit être vrai et que cela peut m’aider à comprendre le réel et à y vivre selon ce qu’il y a de meilleur pour moi ?…

« Dieu, le Père tout-puissant » ? L’image du père que l’on porte en soi est-elle la même pour un garçon et pour une fille, pour un homme et pour une femme ? Ne varie-t-elle pas largement selon l’expérience du père que l’on a eue (ou pas eue) ? Qu’est-ce que ce père superlatif et sans défauts ? Et pourquoi Dieu ne serait-il pas mère ? La charge psychologique et psychanalytique est lourde. Et que faire d’un père tout-puissant ? Son amour n’est pas affirmé dans le credo, il semble même pour ainsi dire atténué. Il est puissant pour quoi faire ?

Pour être créateur, semble-t-il, puisque « créateur » lui est mis en apposition. Mais qu’est-ce que créer ? « Tirer du néant ». Etrange formule. D’abord, le néant, ça n’existe pas. Avant que n’existent le ciel et la terre, n’y avait-il que Dieu ? Pure conjecture. Mais penser que le ciel et la terre ont commencé, c’est aussi penser qu’ils auront une fin. Telle est la logique implicite : une certaine conception du temps, une façon de chercher à maîtriser le temps, sans doute parce qu’on en a peur, parce qu’on ne fait pas confiance au temps, comme si Dieu était créateur de l’espace (le ciel et la terre), mais pas du temps.

« Le ciel et la terre ». Que cache cette formule binaire ? Une victoire sur le dualisme perse ou une demi-défaite, une allégeance secrète au régime ouranien de l’imaginaire ? Car enfin l’Evangile dit « Notre Père qui êtes aux cieux ». Dieu a choisi le ciel pour résidence, pas la terre. Il est le dieu des hauteurs, le Très-Haut. Comment pourrait-il être bas ? Ce qui est bas, dans nos cultures ouraniennes, est abject, ignoble, indigne, infâme, méprisable, servile, vil…Comment Dieu pourrait-il être d’en bas ? Si Jésus est descendu aux enfers, il en est bien vite remonté ; s’il s’est abaissé jusqu’à la mort de la croix, c’était pour être exalté au-dessus de tout nom (Philippiens II, 8s). La cosmologie nous dit depuis pas mal de temps que le ciel est autant en bas qu’en haut, à gauche qu’à droite, etc., mais le langage, et la pensée qui va avec, est doué d’une immense inertie. Et le croyant est (invinciblement) piégé par les mots de son credo, d’autant plus que leur caractère sacré lui interdit de les sonder.

 

19 janvier 2005

l’étang frémissant sous les souffles

voile ses profondeurs

et l’eau brunie par sa richesse

la vie qui s’y professe

 

la vierge des eaux claires

le trouble des eaux mères

sont tour à tour en la spirale

ce que l’éternité dévoile

de son mystère

 

il est un temps pour l’immobile

et la contemplation

où s’effaçant l’eau pure

donne accès au grand fond

 

il est un temps pour le mobile

et les jeux de l’action

qui dans le sang la vie

les donnent aux surfaces

 

Excuser de parler d’un Dieu père qui est aux cieux en alléguant qu’il s’agit d’un langage symbolique, c’est ignorer la force des symboles, d’autant plus dangereuse qu’elle agit incognito.

 

Ta présence partout et toujours dans le secret nous invite à nous joindre à ta joie de tout autre. Il n’est pas un instant du temps, pas un point de l’espace où nous ne puissions avec toi être l’être des êtres. Toute beauté et toute intelligence nous convient à ta joie.

 

Comme la musique a besoin du silence, la lampe a besoin de la nuit.

 

20 janvier 2005

Dis-moi ce qu’est pour toi la transcendance, je te dirai qui tu es. L’autre comme maître ? L’autre comme esclave ? L’autre comme ami ? L’autre comme ennemi ? L’autre comme accoucheur de ton être ultime ? Ce tu sans lequel tu ne serais pas je ?

 

La liberté n’est bénéfique à l’humanité que si elle œuvre de concert avec l’égalité et la fraternité.

Il n’y a pas de liberté sans justice économique, sociale, politique…Dire que l’on veut répandre la liberté dans le monde alors qu’en ses actes on montre qu’on cherche à l’exploiter et dominer relève du cynisme ou de l’aveuglement.

 

le chant de cette montagne

est celui des radiolaires

leur souvenir qui s’éloigne

te rapproche de leur ère

 

imagine-les compagnes

en l’immense de la mer

et que leur beauté te gagne

au concert de l’univers

 

21 janvier 2005

A quoi bon se dire, se croire désintéressé puisque le désintéressement est impossible si ce n’est par ta grâce ? Le Don reste le don de l’autre ; pouvons-nous en avoir l’intelligence claire et distincte alors même que nous en vivons ?

 

Le pardon donne la paix psychologique par surcroît, car il participe de l’amour de l’autre et avec lui de ta paix essentielle, de la belle harmonie de l’être.

 

Ton grand jeu, c’est aussi celui de la recherche, de l’assemblage du grand puzzle du réel.

 

Le rêve du renard : le libre accès à tous les poulaillers de la terre. Qui est renard ? Une hyperpuissance ? Une multinationale ? Tout humain premier ?

 

dans le redoux déjà

la tourterelle à la tourterelle gémit

noue l’alliance à la gorge

de notre alliance endormie

 

éveille-toi et chante

notre douceur en la douceur de l’air nouveau

reprend la spirale des jours

plus forte que celle des nuits

 

le temps où l’un à l’autre

renoncera nuptial pour l’envol éternel

des mille et mille envisagés

s’annonce au croît de la lumière

 

22 janvier 2005

le sourire qui passe sur les peupliers

dans le regard fugace se disperse

repasse et se disperse encore

 

au vol du vent dérivent les nuages troués

maîtres de la lumière et de l’averse

qui transperce et baigne les corps

 

le souvenir entasse éphémère à ses pieds

ce que l’espoir dans l’infini déverse

sourire où s’envole la mort

 

L’hypothèse qui fait du temps et de l’espace des énergies a au moins le mérite d’être stimulante.

 

Il est une vérité de l’écrit liée à ses coordonnées spatio-temporelles. Un texte se comprend au mieux lorsqu’on sait où et quand il a été produit, qu’on peut le situer après, avant les autres textes de son auteur, dans la trame et la chaîne des autres textes.

Sacraliser un texte lui fait perdre son caractère temporel et spatial. La sacralisation déborde le monde religieux. Et il y a une façon de citer un auteur qui sacralise la citation.

 

Le vrai pardon, celui de l’amour de l’autre, ne cherche pas à pardonner pour retrouver la paix intérieure. Il cherche simplement à accueillir l’Amour qui se propose aux justes et aux injustes, car l’humain ne peut pardonner par pur désintéressement en puisant dans son propre fond. Le pur pardon participe du pur désintéressement qui est celui du Don.

 

23 janvier 2005

L’éphémère est la chance des possibles, il s’efface et leur laisse la place.

 

Le souvenir d’un génocide doit devenir le souvenir de tous les génocides. Cela fait partie de l’œcuménisme des peuples du monde fondé sur le souci de l’autre. Il y a le génocide que je ressens dans ma chair parce que j’y suis lié par mon histoire et ma culture, comme victime ou coupable. Il y a les génocides récurrents, quasi incessants pour celles et ceux qui se tiennent informés de la vie de la planète. Le chemin de l’espoir d’y mettre fin n’est pas le souvenir mais l’accueil de l’autre.

L’amour de l’autre veut la diversité autant que l’unité. Il suscite la multiplicité des différences. L’énergie qui suscite la diversité des éléments, des roches, des plantes et des bêtes est aussi à l’œuvre dans la diversité des cultures. Mais avec la découverte et l’accueil du vrai visage de l’Amour qui l’anime, il n’y a plus de prédateurs et de proies, de dominants et de dominés, mais l’égalité de la dignité.

 

les souffles se poursuivent

mères et pères aux fils et filles cèdent

la place

 

les eaux du fleuve coulent

les graines dans les champs meurent enfantent

le pain

 

la chair poursuit la chair

le sang surpris dans sa course élabore

l’esprit

 

 

24 janvier 2005

Il est des situations tellement complexes que les choix qu’elles appellent ne peuvent résulter du seul raisonnement. Ce sont souvent pourtant les choix les plus importants de la vie personnelle comme de la vie politique. Alors ? Lorsque le maximum d’informations a été rassemblé et que l’évidence ne s’impose pas, il faut bien s’en remettre à l’intuition si l’on ne veut pas recourir au non-sens de l’arbitraire ou au pari du hasard. Chez celles et ceux qui vivent le cœur attentif, l’intuition s’éclaire dans le secret de la liberté au silence du silence.

La voyance et la divination en sont des ersatz désastreux dans leur renoncement à la liberté.

 

Ce qu’un autre tient pour sacré, tu ne peux t’en moquer si tu respectes l’autre. Le défi iconoclaste ne sied pas à l’Amour. Il ne sied pas même à la lucidité du connais-toi toi-même : es-tu sûr de ne pas vivre toi aussi, en ton penser et ton agir, de mythes rationnellement indéfendables plutôt que de la seule liberté de l’Amour ?

 

Se souvenir des massacres de l’histoire n’a de sens que pour lutter contre ceux d’aujourd’hui et de demain.

 

ton souvenir hante le jour

comme le soleil rêve d’ombre

 

grand ouvert était l’œil

qui nous donnait de voir

au cœur de la douceur

le grand visage obscur

 

tu as veillé toute le nuit

en ton passage sans nuage

 

25 janvier 2005

Nous soupçonnons parfois que le mot « imagination » couvre des significations diverses et, plus largement, que le langage est simplificateur et trompeur. C’est bien une des tâches des penseurs de toute sensibilité (philosophique, psychologique, poétique…) de mettre au jour les différences et les nuances des formes verbales dans la recherche du réel et de son sens.

Affirmer que le langage est notre seul moyen de trouver le sens du réel relève d’une coupable irréflexion, car cela risque d’enfermer et stériliser la pensée.

 

la braise qui s’allume sur la plume

de la tourterelle au couchant

a la douceur fragile de son cœur

et de sa tête fine pour l’amant

 

l’or de la nuit qui lui perce de suie

l’oeil insondable d’une sphère

révèle en son inconnaissable belle

si proche le feu noir de son mystère

 

Dire que l’unité des chrétiens sera un don de Dieu peut signifier que leurs divergences sont irrationnelles et sacrées, mais que Dieu les résoudra parce qu’elles ne sont pas essentielles à l’Amour de l’autre comme autre.

 

Le « Tu aimeras…Dieu est Amour » est essentiel au judéo-christianisme. S’il disparaissait, il ne resterait qu’un mythe messianique.

 

26 janvier 2005

L’écriture donne une chance de penser en conscience de la présence d’Aimer dans le secret. Mais le dialogue est comme l’autre jambe dans notre marche vers le vrai et le juste. L’alternance est un des bienfaits du temps.

 

A voir l’attitude de Yeshoua avec les femmes, en particulier avec « les femmes de moeurs légères » : la femme adultère (Jean VIII, 3ss), la pécheresse repentante (Luc VII, 37ss), la Samaritaine qui « a eu cinq maris » (Jean IV, 18), on mesure la distance que le Don lui fait prendre avec la morale sexuelle ouranienne de sa culture.

 

éphémères myriades

sylphides sylphes en vos mille glissades

valses balades

ici posées

votre blancheur fragile et la douceur

qu’un souffle de chaleur pourrait tuer

prient vos adorateurs de n’approcher

qu’à la juste distance où se devinent

à peine

et se dévoilent

parfaites

les graciles étoiles

de votre fête

 

Prendre ses distances avec la théologie de Paul, y faire des choix, c’est implicitement reconnaître que ses lettres ne sont pas (tout entières) inspirées. C’est mettre à mal la révélation.

 

« Le tsunami nous a permis de montrer à l’Asie que nous étions un peuple généreux ». Une telle insensibilité à l’autre donne froid dans le dos lorsqu’elle est celle d’un haut responsable politique.

 

27 janvier 2005

Il est dangereux d’ajouter au merveilleux du réel. Le fantastique risque d’en détourner l’intelligence.

 

en ton miroir profond et sombre

chaque visage se retourne

inverse la droite et la gauche

où homme et femme sont

 

quand la terrible symétrie

perd son invincible pouvoir

invitée par ton regard pur

à passer au-delà

 

est-il besoin de déchiffrer

je ne sais quel code secret

et de titiller le savoir

d’une belle illusion

 

le regard en son innocence

rejoint le regard proposé

où l’autre peut donner son sens

à l’amour libéré

 

Ce n’est pas l’œil qui se voit voir, c’est le regard. N’est-ce pas pour cela que « le regard d’autrui masque ses yeux » ?

 

Il n’y a pas inhérence entre ses miracles et la personne de Yeshoua. Il n’y en a pas non plus entre sa personne et son intuition du Don d’Aimer.

 

La religion qui justifie la violence (l’abus de la force) se dévalue face au Don. Si le Don est la réponse au désir essentiel de l’humain, la violence suscite le rejet chez celles et ceux qui accueillent le Don et remet en question la religion.

 

28 janvier 2005

Quand peut-on dire que l’usage de la force est un abus ? Et d’où nous vient ce concept d’abus ?

 

Peut-on dire que l’athéisme est dès son affirmation pris au piège du langage parce qu’il s’exprime en niant ? Il ne peut avoir d’être qu’en affirmant un être. De quel athéisme parles-tu ? L’animal est athée ; l’humain premier émerge de cet athéisme par le sentiment du sacré ; l’humain dernier émerge du théisme par l’accueil de l’Amour de dilection. L’Amour de dilection libère des mythes et du sacré, même du sacré résiduel des cérémonies du pouvoir politique, judiciaire, militaire…

 

Tenir à l’unité du réel interdit de poser en principe la totale discontinuité du concept et de l’image.

 

à l’appel du silence

aller voir au non-sens

 

attendre que le vent

efface toute trace

 

pour pencher immobile

vers quoi le cœur vacille

 

 

29 janvier 2005

l’enfant qui te prend par la main

découvre ton enfance

 

le sang au sang qui se transporte

en douce confidence

rappelle appelle d’âge en âge

une suc-ces-si-on

depuis la nuit de tant de pages

tournées en pas-si-on

 

écoute se dire au silence

cette vie de demain

marche en elle jusqu’à la porte

où chante le refrain

 

La parole qui accompagne les sacrements n’est pas une parole magique, pas même une parole illocutoire. Son seul pouvoir (mais peut-on parler de pouvoir dans le monde de l’Amour ?) est de révéler la réalité des choses.

Si l’Eglise propose sept sacrements, c’est que ce chiffre est symbolique de la totalité. Il n’y a pas que la naissance, la nourriture, le passage à l’âge adulte, le mariage, la mort, le relation humaine, le pardon qui offrent l’occasion du Don, mais toute chose.

Le sacrement de l’ordre révèle que nous sommes, chacun pour tous, des prêtres, c’est-à-dire des chemins de l’Amour dans la relation du je au tu. N’est-ce pas le sacrement par excellence ?

 

30 janvier 2005

Les Eglises ne peuvent pas parler aux Etats, parce qu’elles se présentent comme des pouvoirs.

Si Yeshoua a pu dire : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu », c’est que Dieu était, pour ses interlocuteurs (et il l’est encore pour beaucoup) un pouvoir. Mais on ne fait pas la part d’Aimer, Il-Elle est présente à tout être pour le promouvoir.

Non pas : « Il vaut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes », mais, simplement inspiré par Aimer, refuser le refus d’aimer. La désobéissance à une autorité (religieuse, civile, militaire, policière, judiciaire, administrative…) n’est pensable qu’au nom de l’amour de l’autre.

 

L’imagination hypothétique est celle qui cherche le réel. Elle ne naît pas du désir de puissance, ni du désir de possession, mais du désir de connaissance et de communion.

 

marcher main dans la main de la beauté

de vallée en montagne

et de ville en campagne

de forêt en bocage

et de plaine en rivage

de marais en colline

et de crête en ravine

l’œil partout de ta grâce émerveillé

 

 

31 janvier 2005

L’imagination modificatrice peut embellir (elle peut aussi enlaidir) le passé, notre passé d’enfant, d’adolescent…, le passé d’une famille, d’un peuple. En histoire agit l’imagination révisionniste, presque toujours à l’œuvre, plus ou moins subtilement, avec des conséquences heureuses ou malheureuses, voire désastreuses pour les peuples.

 

la flamme nous débarrasse

déplace

les dix mille particules

du bois solide en la fumée

 

lance à l’aventure de l’air

la chair

nouée fugace pour faire

une âme pour le bien-aimé

 

Est-ce la sensibilité de l’artiste qui souffre des déséquilibres de l’imaginaire en sa société et tente d’y remédier par la création ? Lorsque, dans nos civilisations ouraniennes, un artiste produit des œuvres chtoniennes, quelle sensibilité agit en lui ?

 

Est-il rationnel de déclarer irrationnel ce que la science en son état actuel ne parvient pas à expliquer ? Pour qui part du postulat que le réel est rationnel et que l’irrationnel relève de l’imaginaire et de la croyance qui l’accepte, l’incompréhensible du réel est la matière première de la recherche.

 

1er février 2005

la braise

toute la nuit a consommé

l’amour de la flamme et du bois

 

ne reste

que cette douce enfant trouvée

impalpable presque à mes doigts

 

irai-je

prendre en ma main cette beauté

avant que son cœur ne soit froid

 

que blesse

un peu plus mon âme brûlée

cette absence au vide de toi

 

La technique n’est pas bonne et mauvaise, elle n’est ni bonne ni mauvaise.

Si l’on accepte le concept de légitime défense, les armes elles-mêmes ne sont pas mauvaises.

La question du bien et du mal ne se pose pas à propos de la technique, mais de l’usage que l’on en fait. Cependant, plus la technique est puissante, plus elle exige de conscience chez son utilisateur. L’exemple extrême est celui des armes de destruction massive, avec sa subtile notion de menace terrifiante.

 

Comment pourrais-tu ne pas avoir le sens de l’humour ? Existe-t-il pourtant un chapitre de théologie consacré à l’humour divin ?

 

2 février 2005

Le fondamentalisme suppose que l’histoire de l’humanité s’est arrêtée avec la fondation dont il se réclame. Mais l’idée même de révélation en un temps déterminé de cette histoire implique le fondamentalisme : il n’y a plus rien à attendre de nouveau si ce n’est une victoire messianique ; l’humanité n’a plus rien de nouveau à comprendre.

Si on limitait cette « révélation » à l’intuition d’Aimer dont l’humanité prend peu à peu conscience, on pourrait avoir un fondamentalisme sans danger, mais les fondamentalismes que nous connaissons ne font pas de distinction entre l’universel et le culturel, continuent de soutenir un messianisme dont l’universalisme n’est qu’une hégémonie masquée.

 

Si l’on considère l’homophilie comme un handicap, il faut chercher à comprendre ses origines afin d’y remédier. N’est-il pas drôle de la croire héréditaire alors qu’elle est stérile ?

 

Présenter une chose comme tabou, c’est inviter à la transgresser, à oser la transgresser (le terme oser est un excellent manipulateur).

 

oeil gris où le feu s’est éteint

en la douceur de ton destin

tu attends qu’une pluie te vienne

tremper de larmes notre peine

 

nous laver enfin nous dissoudre

et que si fine cette poudre

qui n’a pu en l’air se répandre

se voie en terre mise tendre

 

3 février 2005

Qu’importent les sentiments que tes père et mère, frères et sœurs charnels ont pu t’inspirer, ou ceux que leur souvenir t’inspire. Ils sont passés au-delà dans le je-tu de l’Amour Eternel « qui est ma mère et qui sont mes frères » (Matthieu XII, 48)

 

Tout uniforme est-il un vêtement sacré ? La démythisation radicale que le Don opère en sa vérité libère de sa force aliénante comme de toutes les autres.

 

Vivre d’attente en attente ou de souvenir en souvenir, c’est lâcher la proie pour l’ombre. L’Eternel-Amour ici maintenant se propose, et il donne par surcroît sens au passé et à l’avenir.

 

Et si le « cœur attentif » était la conscience de conscience en ta présence ?

 

la pierre seule sous la lune

ne parle vrai qu’au solitaire

qui l’approche le cœur sensible

au vide où le silence chante

 

ne serait-elle que la rive

lente à glisser près de la terre

où se mire l’ombre attentive

de ses peurs et de ses colères

 

ou plus lente encore quelqu’une

immobile au point de la sphère

comme au plus loin de l’extensible

où l’amour en l’amour la hante

 

4 février 2005

nuage dont jamais

je ne pourrai dire l’exquise

pâleur ombrée de mauve

ni le jeu d’épaules sises

sur l’horizon qui te sauve

 

voilà bien la raison

pourquoi de jour en nuit je meurs

en la noire écriture

de chanter à la blancheur

d’âge en âge que tu meurs

 

 

La conscience de conscience est le garde-fou de l’imagination.

 

La neurobiologie peut-elle être acculée à la frontière psychique ? La querelle entre Ioniens et Eléates est-elle fondatrice de la pensée occidentale ?

 

La conscience multiple est une musique dont ta présence est la fondamentale et les harmoniques : le souci et le merci, l’invitation et l’acceptation, la recherche et la découverte, la célébration et la jubilation.

 

Le poids du pardon à soulever varie tellement entre les uns et les autres ! Est-ce une chance d’aimer beaucoup que d’avoir beaucoup à pardonner ?

 

5 février 2005

Le pardon n’est pas l’oubli. C’est un acte qui doit renaître avec le souvenir de l’offense. C’est tous les jours qu’Hiroshima doit pardonner.

 

Le souci des autres fait partie de la mélodie intérieure ; les noms et les visages en sont la dominante et la tonique.

 

Le sexe est une de tes plus splendides trouvailles, mais la liberté en fait souvent un instrument de possession et de domination, d’avilissement. Les diverses formes du mariage n’y échappent pas.

 

La lecture spirituelle peut n’être qu’une délectation où l’on s’illusionne de vagues bonnes intentions, mais la bonne intention est tout de même une mise en chemin vers l’acte d’Amour.

 

l’eau qui danse sur les pierres

en descendant le torrent

garde vive pour un temps

leur mémoire forte et fière

 

va t’agenouiller près d’elle

lui offrir la main la bouche

que dehors dedans te touche

un secret de l’éternel

 

Le dimanche est la chance du vide, et le vide la chance de tes rencontres. Encore faut-il l’avoir découvert. Combien ont dit leur haine ou leur horreur des dimanches !

 

6 février 2005

la main qui se referme sur le coquillage

éprouve et goûte l’âpre et le lisse du sage

 

la crête du dehors et le creux du dedans

la courbe et la cambrure où se plaît le vivant

 

le ferme souvenir de ce don de la mer

l’entraîne par la main jusqu’au bout de la terre

 

la complice beauté de ses formes parfaites

réalise en sa chair l’élan qu’elles revêtent

 

que chante le duo qui enfante les mondes

pour les faire danser en éternelle ronde

 

Entre héritage et projet la plasticité, la plasticité de l’être dans le temps est la chance du progrès des éléments, des espèces, des sociétés, des individus.

 

Existe-t-il des têtes bien faites incapables de reconnaître l’existence de l’immatériel ?

 

7 février 2005

Infini, si tu n’étais pas Amour de l’autre, ce n’est pas seulement la liberté de l’être fini qui serait impossible, mais son existence même. C’est l’Amour qui fait exister l’autre de l’infini de l’être, sinon il n’y aurait pas place pour l’être fini, car l’Infini de l’être en est la totalité. A prendre les choses par l’autre bout, l’Infini ne serait pas Amour s’il n’y avait pas d’êtes finis.

L’infini-Amour-Eternel semble bien supposer la nécessité de l’être fini éternel si cet amour est bien amour de l’autre, c’est-à-dire du non infini.

 

Si l’Amour-Infini ne peut que se donner un autre, est-il libre ? Oui, être libre c’est pouvoir agir selon son être (cela s’applique à tout être, depuis la plus petite particule jusqu’à la plus vive conscience).

 

L’autre de l’Infini ne peut être tiré que de son être, de sa substance, en participer. Notre intelligence peut-elle comprendre cet acte ? Cet acte est-il conceptualisable ?

 

Un politique qui parle de pédagogie des travailleurs révèle naïvement son mépris pour la classe enfantine du pays.

 

coureurs infatigables

 

vous filez en tous sens

vers ici vers là-bas

et lancez au-delà

vers l’espace infini

vos troupes d’éclaireurs

 

courriers de l’univers

 

8 février 2005

au centre du trou noir

le plus vaste du monde

est le poids le plus fort

 

est-il une limite

où en son énergie

un autre monde naît

 

On ne peut dire que la langue est totalement dominatrice et manipulatrice, et ajouter aussitôt que la littérature en libère. Non seulement parce que la littérature, usage poétique de la langue, est aussi vieille que la langue, mais parce que ni la syntaxe ni le lexique de simple communication ne sont forcément manipulateurs. Si toute parole était mensongère, nous ne pourrions communiquer ; nous ne saurions même pas qu’il nous arrive de mentir, et de mentir à nous-mêmes.

Certains de nos linguistes pratiquent une folle inflation des pouvoirs de la langue, se faisant ainsi eux-mêmes manipulateurs. Leur assurance péremptoire tend à produire du linguistiquement correct.

Aimer nous libère de tout, y compris de la manipulation linguistique, car il est la vérité et il se communique de silence à silence.

 

9 février 2005

Dire que la langue est intrinsèquement trompeuse est une outrance qui montre que l’on veut en faire une réalité mythique, divinisée ou diabolisée. La langue incarne des mythes manipulateurs, et ce sont eux qu’il faut dénoncer, non une langue dont nous serions les créatures prisonnières.

« Péché » est un mot chargé de mythe. De même que l’on devrait cesser de parler de Dieu pour ne plus parler que d’Aimer, on devrait cesser de parler de péché pour ne plus parler que de « manque d’amour ».

 

Dynamique analogique des mots : l’amour est d’abord la force élémentaire d’attraction, partenaire de la haine répulsive, selon le schéma d’Empédocle. Puis c’est le sexe qui anime, réjouit et produit le vivant dans sa marche évolutive. Puis le ravissement du don mutuel de la possession humaine. Puis ton universelle présence de chacun à tous.

 

Aimer

 

toi la grâce

toi la beauté

toi l’harmonie

toi le sublime

 

toi le savoir

toi la rigueur

toi la souplesse

toi la lucidité

 

toi l’énergie

toi la vigueur

toi la douceur

toi la vie

 

toi la finesse

toi l’humour

toi l’esprit

toi le goût

 

toi la sollicitude

toi le tact

toi la prévenance

toi la délicatesse

 

Aimer

 

10 février 2005

Si je dis que tu es la substance de la substance de l’être fini, je dois me débarrasser de l’étymologie du terme « substance », et puis convenir qu’aucun langage ne peut sans doute exprimer l’intuition que j’ai de toi.

 

A l’instar de la pauvreté, de la chasteté et de l’obéissance religieuses, le jeûne se justifie comme un exercice de libération de l’amour de désir par l’amour de don, un passage de la possession à l’oblation, du moi au je de la vie éternelle.

 

toi mon merci toi mon souci

 

 

cette eau qui accueille le verre

ce verre qui accueille l’eau

se réjouissent transparents

l’un à l’autre et pour tous

 

le dur et l’infiniment souple

le sédentaire et la nomade

ont leur rencontre éphémère

un baiser sans attache

 

Pourquoi Yeshoua a-t-il parlé en paraboles ? Afin que ses auditeurs ne comprennent pas son message comme le suggère le texte de Matthieu (XIII, 13) ? Afin d’en réserver le meilleur à des privilégiés, gnostiques ésotériques ? Ce serait contraire au message même de cet Aimer offert à tous.

 

11 février 2003

Il a bien fallu qu’un jour au cours de l’évolution une femme ou un homme, ou un couple accueille-découvre l’Amour de bienveillance, sans même tout à fait savoir ce qui lui arrivait. Mais cela laisse supposer que jusque-là personne sur notre planète n’avait encore accédé à la vie éternelle et vaincu la mort. Cela donne à penser que maintenant encore n’accèdent à la vie éternelle et ne vainquent la mort que celles et ceux qui Le découvrent-accueillent. Pour les autres, la mort est bien la mort, et ils le sentent.

 

Quelle autorité pour l’enseignant animé de l’esprit d’Aimer ?

 

tu marches marches marches les gouttes

sur la capuche doucement crépitent

murmure compagnon de la présence

en l’abîme insondé du silence

 

tu montes montes montes les lignes

de pas en pas sur la côte découvrent

ton écriture enluminée de rides

sur la face impénétrée du vide

 

 

12 février 2005

le nouveau-né qui lance un cri

en son étonnement

illumine l’horizon

 

le genêt soudain qui s’étoile

au détour de la route

en l’œil éclaire l’étendue

 

L’accueil du Don d’Aimer libère aussi du socialement correct, du moralement correct. C’est ainsi qu’il permet d’aborder le suicide sans tremblement.

On peut imaginer mille mobiles et mille motifs au suicide. On peut les juger plus ou moins regrettables, plus ou moins admirables. Théoriquement. Qui peut en effet connaître ce qui y a conduit telle ou telle conscience ?

On ne peut se voiler la face devant le suicide puisqu’il fait partie de la question de la mort, que toute conscience doit un jour aborder pour progresser.

 

Quelle mémoire et quel projet pour l’animal en sa conscience primitive ? Quelle image du temps ? Cyclique sans doute avec, chez certains, la perception des rythmes saisonniers. L’homme primitif en sa vie et conscience plus claire y participe, et l’homme moderne en reste marqué. En témoignent les rites de réactivation du passé, d’un événement fondateur, en préparation et annonce d’un événement final comme retour aux origines censées parfaites.

 

13 février 2005

toi mon rire toi mon sourire

 

Le Royaume des cieux est chose spirituelle et/ou chose fantastique. Il fallait, dans la croyance messianique où il vivait, que Yeshoua le croie pour bientôt. Le Royaume n’est pas venu, et, pour ceux qui ont compris qu’il ne viendrait jamais, il a fallu comprendre aussi que le messianisme était un mythe et donc en faire une métaphore du trésor enfoui dans le champ, celui d’Aimer qui partout et toujours s’offre à tous.

 

Les règles morales, érigées ou non en lois citoyennes, ne peuvent rien contre la liberté intérieure des actes personnels. Ainsi, que peut la réprobation sociale contre la décision du suicide ?

 

Ce n’est pas la souffrance qui est force de vie, mais l’amour avec lequel on la traverse et les gémissements que l’Esprit prend en charge. Ce peut être une force de prière.

 

Sommes-nous toujours un peu coupables du suicide d’un proche ? Encore une fois, il est des suicides, sans doute fort rares, qui sont des actes de liberté ultime.

 

quand dans le vent il vole

moins vite que ses ailes

le corbeau dit de l’air la force et la substance

 

ô bel effort du cœur

affrontant la tempête

lorsque l’esprit des airs se révèle à tes sens

 

14 février 2005

La fin de notre univers ? Un unique trou noir où sa totalité implose en un point avant d’exploser en un nouveau big-bang ? Attirante hypothèse, mais qu’en disent nos astrophysiciens ?

 

L’Amour de l’autre donne à comprendre l’amour et la haine des forces primitives antagonistes, la philia et la neikos d’Empédocle, car il n’est pas d’amour de l’autre comme autre sans mutuelle séparation et union.

 

Polysémie du verbe être (outre celle de l’essence et de l’existence). Dans l’expression « Dieu est amour », amour peut indiquer une qualité de Dieu aussi bien que son essence.

Il faut tenter de comprendre ce qu’il signifiait pour son auteur avant de se prononcer sur la validité du passage de l’un à l’autre sens ; mais peu importe au fond ce qu’il pensait si l’ambiguïté permet l’accès à Aimer pour celles et ceux qui l’éprouvent comme le secret de l’être, de leur être.

 

Ne peut-on être athée qu’en renonçant au principe de causalité ?

 

toi ma conscience et mon regard

 

 

tu m’as tendu les lèvres de l’aurore

soleil au goût de feu

tu m’as gardé à la juste distance

du regard amoureux

 

quand tu répands à midi ta douceur

sur les paupières closes

tout le visage envahi par le cœur

à ton regard s’expose

 

t’en retournant en sourire de braise

avant de t’effacer

dans le clos froid

ton souvenir viendra

en l’autre s’annoncer

 

15 février 2005

Ta présence au monde en fait pour tes amis un temple où ils te chantent. Ce n’est plus la vieille présence du sacré redoutable, mais la discrétion des silences où

« de vivants piliers

Laissent parfois sortir de confuses paroles »

Le corps même, le nôtre comme celui de tous ceux et celles que nous rencontrons est « le temple de l’Esprit », car tu es esprit, à l’intime de tout être.

 

« Ouvrir une école c’est fermer une prison » ? Ce n’est pas la connaissance mais la conscience qui entraîne l’humain premier vers l’humain dernier. La conscience de l’autre comme conscience de son moi ultime, de son je, ouvre la porte de la liberté, de l’égalité et de la fraternité.

L’exercice de l’attention dans l’acquisition des connaissances doit favoriser l’attention intense à tout être en son altérité.

 

L’utopie est un projet déréglé. Elle vise, d’une manière ou d’une autre, à établir le règne du bien sur la terre, mais le bien ultime de l’Amour ne peut être un règne, la liberté ultime lui étant inhérente.

Yeshoua voulait établir le règne des cieux, sachant que ceux qui l’entouraient attendaient un règne, mais ses efforts pour faire comprendre que les cieux excluent toute idée de règne et de pouvoir ont été, au mieux, un demi-échec. Les Eglises sont des pouvoirs, même si elles ne le sont pas toujours au même degré.

 

la tête haute de l’aveugle

ressent son alentour

situe le passage et l’obstacle

l’hostilité l’amour

 

 

des chemins dérobés lui offrent

sans plus d’autres détours

la présence à toute présence

des forces qui l’entourent

 

que peut-il proposer aveugle

aux aveugles du jour

quand dans sa nuit il s’illumine

du sens de son séjour

 

16 février 2005

Quelle liberté dans la passion amoureuse ? Celle d’une force échappant à la maîtrise de l’intime de l’être, qui s’en trouve asservi. La liberté ultime est inhérente à l’amour de l’autre.

 

Faute de s’inscrire dans la perspective de l’humain ultime, un projet de société est finalement voué à l’échec, souvent après avoir entraîné l’oppression, l’exploitation et la mort qu’il prétendait abolir.

 

La louange de Dieu est morte, vive l’exultation d’Aimer. Aimer n’attend pas qu’on le loue. Il / Elle nous invite à partager sa joie de voir exister l’autre.

 

Continuité – plasticité – discontinuité. L’évolution, modèle de la vie politique ? Une révolution au service d’une utopie ne peut avoir que des effets ambivalents sur le progrès d’une société. Elle doit être surveillée en permanence. Le succès des révolutionnaires n’est un avènement du bien que dans la mesure où y grandissent ensemble la liberté, l’égalité et la fraternité comme manifestations de l’amour de l’autre.

 

quand les mouettes sur le champ en tourbillons de souffles

s’enlèvent et se posent

s’effarouchent et osent

des figures qui semblent

être depuis toujours ce que se font

l’air et les paires d’ailes

 

la chair de tout regard émerveillé frémit jusques à l’âme

comme en l’hostie se touche

la beauté que ta bouche

en s’évanouissant

donne au flocon qui se fond de donner

à voir et recevoir

 

Sous peine de tomber dans leur piège, il faut essayer de comprendre ceux qui disent qu’il n’y a rien à comprendre.

 

17 février 2005

Demander pardon n’a de sens que si, regrettant que l’autre ait pâti de nos actes, nous cherchons à les réparer par amour de lui.

Pardonner n’a de sens que si, aimant l’offenseur malgré le mal qu’il nous a fait, nous lui souhaitons d’accueillir comme nous le faisons nous-même l’amour qui peut lui donner la force de demander valablement pardon.

 

L’érotisme porte atteinte à l’amour de dilection dans la mesure où il est possessif, réduisant la dilection chez ceux qui le pratiquent.

 

On peut bien chercher à imaginer, à retrouver la conscience de Yeshoua, mais cela n’a de sens qu’après coup, lorsqu’on a reconnu son intuition inouïe, l’amour de l’autre, Aimer. La connaissance incertaine de sa psychologie ne peut fonder l’intérêt de son message. C’est la reconnaissance de la valeur et de la teneur de son message qui nous incite à nous demander comment et à quel degré sa conscience l’a perçu alors qu’il ne l’a pas totalement distingué des aspirations messianiques de son peuple.

 

ô pure mélodie

ta ligne qui s’irise dans l’esprit

de l’air où elle s’efface

 

en l’instant qu’elle dure

de souvenir en avenir se tend

et se perd en sa trace

 

murmure qui se dit

de chair à chair s’épanche va s’accueille

ta subtile parole

 

fragile en la fragrance

de ses mille nuances recueillies

se propose s’envole

 

18 février 2005

La transcendance que tu me donnes me libère du politiquement, culturellement, religieusement, moralement, artistiquement, philosophiquement, scientifiquement…correct.

 

Tu t’effaces dès que l’on cherche à jouir de ta présence au lieu de s’en réjouir. Tu échappes au détenir et à l’appartenir, tu es pour l’autre, et l’on ne peut être avec toi que pour l’autre. Tu es Aimer.

 

Le problème théologique chrétien de la coexistence en Yeshoua de la nature humaine et de la nature divine est un analogue de celui de la coexistence de l’être fini et de l’être infini. Comment l’expliquer autrement que par la nature de l’être infini comme Aimer, volonté et capacité de faire de l’autre à partir de soi ? C’est ce dont Yeshoua aurait pris conscience, mais existentiellement plutôt que métaphysiquement, selon sa psychologie de Juif d’il y a vingt siècles.

 

sur le galet

échoué

putréfié déjà

presque

 

est-ce que

ce qui le dissout là

est le cheminement

 

que ne reste

au loin de toute main

que le dispersement

 

alors n’approchez pas

laissez-moi sans toucher

rejoindre l’élément

sur le galet

 

19 février 2005

C’est en comprenant son intuition d’Aimer que l’on peut comprendre qui était Yeshoua, non l’inverse.

 

Yeshoua avait conscience qu’il était venu « accomplir et non détruire », mais il ne semble pas avoir vu tout ce que cet accomplissement détruisait, et que l’Amour de l’autre met fin aux messianismes.

Le trésor de l’Evangile, c’est Aimer. Mais Aimer n’est pas plus l’Evangile que le trésor n’est le champ dans lequel il est caché.

 

Il ne suffit pas de constater la liberté de comportement de Yeshoua ; il faut comprendre qu’elle est inhérente à l’amour de l’autre.

 

couché près de sa mère

figure attendrissante

il attend

 

il sait que viendra l’heure

de l’échange et du don

de son lait

 

et cette communion

de soi-même et de l’autre

vit l’amour

 

en la séparation

de soi-même et de l’autre

sans retour

 

 

20 février 2005

la bouche qui inspire

embrasse l’air immense

 

et l’inconnu dépris

est sans que l’on y pense

 

la bouche de l’esprit

qui avec nous respire

 

Peut-on se sentir citoyen du monde dans l’esprit universel sans se sentir exilé parmi celles et ceux qui se sentent d’abord d’un pays, d’une communauté, d’un groupe, d’une identité. Aimer est l’autre de tout autre, un tu pour tous les je.

 

Pour se sentir immortel, il faut vivre d’Aimer.

 

Sacramentalité de l’univers. Un sacrement n’est pas une présence, mais le symbole d’une présence (symbole au sens de signe motivé).

Si l’hostie catholique est un sacrement, c’est que la nourriture partagée dans l’amour des autres est un signe d’Aimer. Mais le pain y reste le pain. Comment Aimer annihilerait-il son autre pour le remplacer par lui-même ? Ce serait contraire à son amour de l’autre.

 

21 février 2005

Notre conception du temps est inhérente à notre vision du monde, et aussi à l’agir qu’elle dirige. Il n’existe pas de vision juste du réel sans vision juste du temps – on s’en douterait – et on ne peut en négliger l’étude sans risque majeur.

 

la lampe à huile dans la nuit

est le centre d’un monde

où en attente le silence

féconde la parole

 

car la parole se suspend

au feu qui la séduit

et au silence de son âme

de sens elle s’emplit

 

Le silence est le champ où le trésor est caché.

 

Dire qu’Aimer habite le silence et dire que dans le vide on trouve la compassion, serait-ce un peu la même chose ?

 

Passéisme, présentisme, futurisme ; toutes ces maladies que l’on dénonce sans trop savoir si l’on n’est pas soi-même un malade qui s’ignore.

 

La science devrait nous avoir délivrés des eschatologies et des messianismes qu’elles sous-tendent.

 

22 février 2005

Le premier amour qu’a pour moi la Terre, c’est que son corps attire mon corps.

 

 

cette incessante pesanteur

cet insensible amour

du premier jusqu’au dernier jour

nous façonne le cœur

 

le sang qui pourtant s’affranchit

et tourne sans repos

ne cesse de saluer l’eau

que son bras affermit

 

ses mille doigts tiennent le bleu

qui imprègne l’infime

de notre chair où sa chair rime

pour en nourrir le feu

 

qui sait si même la conscience

force qui se déprend

de l’étreinte de son amant

n’en garde pas le sens

 

Ces gestes irréfléchis dont on observe les coïncidences signifiantes du résultat n’ont valeur de signe de la sollicitude d’Aimer que pour celles et ceux qui en ont l’expérience.

 

Le pardon que l’on accorde est un signe – le plus fort ? – que l’on accueille le Don d’Aimer.

 

Ce sondage du « croyez-vous en Dieu ? », quel sens et quelle valeur ? Qu’est-ce que croire ? Qu’est-ce que Dieu ? Qu’est-ce que croire en Dieu. Si on me posait la question, je serais bien obligé de donner une réponse de Normand, et si l’on m’acculait au manichéen « oui ou non », je choisirais de dire non, car on se méprendrait plus gravement sur mon oui.

Mais je sais qu’Aimer est l’être de l’être. Irai-je jusqu’à dire que je connais la saveur de ce savoir ?

 

Je maintiendrai, je m’efforcerai de maintenir mon corps souple et droit jusqu’au dernier possible. Je lutterai contre le voûtement et l’avachissement, car l’agilité du corps se prête à celle de la parole, et la pensée se communique au moins mal par le discours.

 

23 février 2005

N’est-il pas fructueux de penser toute chose en relation avec son opposé ?

Penser le métissage en partenariat avec la pureté du sang, c’est déjà refuser de faire de la pureté une valeur absolue.

Aimer seulement est pur, c’est le seul absolu infini. Tout être fini relève d’abord de la dualité – la philia et le neikos d’Empédocle – et puis d’une pluralité indéfinie. Il ne peut être lui-même qu’impur.

 

Ne te chagrine pas, métis, si cette philosophie échappe aux racistes, forcément demeurés. Si un raciste noir te regarde de travers, tu peux (presque) toujours lui dire que ta mère (ou ton père) est plus noire que la sienne. Si un raciste blanc t’insulte, tu peux (presque) toujours lui dire que ta mère (ou ton père) est plus blanche que la sienne.

 

Ceux et celles qui pensent que Dieu est lumière pensent également qu’il est parole ; cela relève du même imaginaire, qui le veut aussi fatalement père, très-haut, tout-puissant, glorieux, etc.

 

la nuit s’en va en très douce lumière

presque en son invisible

et pour l’oreille fine

son silence se glisse aux soupirs de la terre

 

comme en son âme sombre le soleil

rêve de s’effacer

au cœur de la clarté

l’obscur veut se mêler pour qu’elle se réveille

 

La syntaxe permet des ambiguïtés capables d’exprimer une pensée participative.

 

A quoi sert la philosophie si elle ne change pas la vie de celles et ceux qui la pratiquent ?

 

24 février 2005

En Aimer, quel regard porter sur l’histoire qui s’est faite et qui se fera ?

 

Aimer libère du passé, du présent et de l’avenir, de l’archéologie et de l’eschatologie, car il / elle dégage de toute possession et de toute soumission. Mais elle / il nous fait participer à son amour du prochain passé, présent et à venir. Nous n’en sommes plus les serviteurs ni les maîtres, mais les amis.

 

La continuité de l’histoire de l’univers, qui inclut la nôtre, laisse un peu présager son avenir. Le progrès de la complexification-conscience est parvenu, à un certain stade de l’humain, au seuil de l’intuition d’Aimer. Mais Aimer est liberté, et on ne peut envisager une humanité dont tous les membres en accueilleraient la volonté de vivre pour l’autre.

La perspective d’un règne, que ce soit du Père, du Fils ou de l’Esprit, ou de je ne sais quelle surconscience humaine, est l’utopie d’une imagination qui s’emballe parce qu’elle ne fonctionne pas en concertation avec la mémoire et l’intelligence.

Aimer n’est jamais intervenu dans l’histoire de notre univers et de notre humanité ; c’eût été contraire à son être même en sa relation à son autre. On ne voit pas pourquoi il / elle le ferait à l’avenir.

Le problème que pose la « prière de demande » dans cette perspective incite à en revoir la formule et le concept à la lumière de la rencontre de la liberté d’Aimer avec celle qu’il nous offre en participation avec elle. Si cela échappe au langage et à la pensée langagière, cela s’expérimente dans le silence d’Aimer. Et, qui sait, peut-être existe-t-il une syntaxe à inventer pour l’exprimer. La fonction crée l’organe.

 

des voiles impurs mêlés à mes yeux

me cachent ton visage

 

le voile des images

qui se pressent sans nombre

accumulant leurs ombres

 

 

le voile des musiques

se donnant la réplique

en des interférences

qui brisent ton silence

 

le voile du saisir

ce que la main désire

 

le voile d’amertume

la plus épaisse brume

obscurcissant le don

de ta compassion

 

que ton regard pur

se mêle à mes yeux

 

25 février 2005

« Qui est ma mère ? Qui sont mes frères ? » (Matthieu XII, 48). Qui est ma femme ? Qui sont mes enfants ? Aimer transmue éros en agapè. Il n’y a plus que tu, tu, tu…

 

L’éducatrice, l’éducateur n’invite pas à penser ceci ou cela, mais à penser tout court. Aimer éduque toute conscience qui l’accueille.

 

ce jeu de neiges sur les haies

les jardins et les champs

cet à peine posé

fragile touche au goût sans faille

comme un ailleurs

migrateur qui va s’évapore

sous la caresse de l’aurore

 

irai-je un peu en ce que j’ai

de passage d’élan

pour toi à jardiner

avec grâce pour que s’en aille

vienne son heure

le dessin fugace qu’honore

ton regard en ma belle aurore

 

Ceux qui sont morts dans l’amour de l’autre sont entrés dans le silence et c’est dans le silence qu’on les rencontre.

Pourquoi voudriez-vous que celles et ceux qui refusent le Don d’Aimer l’autre comme autre accèdent à la vie éternelle, alors que la vie éternelle est d’Aimer ? L’au-delà de la mort n’a rien à leur offrir d’intéressant.

L’enfer ? Celles et ceux qui y croient honorent Aimer du bout des lèvres, leur cœur est loin d’Elle / Lui.

 

Une Eglise qui ne fût pas un pouvoir était-elle possible ?

 

26 février 2005

- Croyez-vous pouvoir avoir raison contre Platon, Démocrite, Aristote, Thomas d’Aquin,

Descartes, Locke, Hume, Kant, Hegel, Marx, Nietzsche, Freud, Bergson, Heidegger, Sartre, Foucault, Lacan, Derrida et quelques autres ?

- Mais non, il ne s’agit pas d’avoir raison contre ni avec, il s’agit d’Aimer et de pouvoir ainsi penser ce que l’on veut lorsque Aimer habite votre intelligence.

 

- Croyez-vous qu’Aimer puisse être habité par le désir ?

- Si le mot, le concept de désir peut s’appliquer à l’infini, ce doit être avec une singulière pirouette. Si vous trouvez cela regrettable, c’est peut-être que vous ne pensez pas dans Aimer. Aimer souhaite – désire si vous voulez – le bien de chacun et il s’en réjouit. Elle / Il est sans éros, Elle / Il est pour l’autre.

 

Il existe une valorisation du corps qui dévalorise la condition angélique des disparus telle que Yeshoua la présente aux Sadducéens (Luc XX, 36). A Aimer, pur esprit, devrait-il manquer quelque chose ?

 

A quoi cela sert-il de faire de toi, Aimer, un dieu impersonnel ? Tu n’es ni dieu ni impersonnel. Tu es impersonnel par excès de personnalité, non par manque, pourrait-on dire en tâtonnant.

 

quel souffle oriental a jusqu’ici

apporté ce métal et ces émaux

ton sable et ton argent

tes gueules frémissants

 

tu tournes à dextre et à sénestre ton écu

comme en attente d’autres armoiries

d’une autre armée venue par monts et vaux

non pour le châtiment

ni pour donner l’aman

mais en espoir que viennent je et tu

 

27 février 2005

Epouvantable sincérité ? Fondée sur la méconnaissance de nos manques, sur notre inconscience. Mais elle contient, sans tout à fait la contenir, un souci de vérité. Ainsi chaque imparfaite conscience, ainsi de ce qu’elle parvient à transmettre.

Dans la transmission judaïque, il y eut Abraham, qui comprit que son dieu n’aimait pas les sacrifices humains, et puis Moïse, qui comprit que son dieu voulait qu’on aimât, et puis Yeshoua, qui comprit que l’amour était universel et qu’il était la vérité libératrice de l’être même.

Mais peut-on dire que les Eglises, en leur sincérité, aient compris toutes les incidences de cette intuition ?

 

L’islam ? N’est-ce pas, après le message d’amour universel de Yeshoua, une régression de parler de soumission à un dieu, et ainsi d’en donner une image qui permet, voire encourage, le meurtre de ceux qui ne se soumettent pas ?

 

L’hindouisme ? Si la Baghavad-Gîta en est le dernier mot, il apprend le détachement. S’agit-il du désintéressement qui marque l’amour de l’autre dans la conscience de sa présence à l’intime de l’être ?

Le bouddhisme des bodhisattvas est celui de la compassion universelle. N’est-ce pas un autre mot pour l’amour tel que le révèle Yeshoua ? Et le Vide est plus vrai que le Verbe, puisque l’Amour ne peut être que silence.

 

Aimer s’est « révélé » par la sensibilité de l’agir que les consciences ont peu à peu affinée. Nous La, Le connaissons par l’amour de tout autre, en inhérence à son être.

 

jusqu’à l’extrême

tendu ton bec avance

au battement puissant de tes ailes s’appuie

sur l’impalpable

 

ce que tu aimes

cygne de l’air c’est la reconnaissance

de cet inconnaissable presque où tu t’enfuies

 

ton étonnant passage donne

ce qui depuis des millénaires

s’allonge

du désir de dépasser le même

 

28 février 2005

Il est des beautés que les doigts eux-mêmes découvrent lorsqu’ils ont appris à dépasser le plaisir pour trouver la joie de l’altérité. S’il est vrai que la beauté, en sa participation à Aimer, n’est pas objet de jouissance mais de réjouissance.

 

est-ce un silence est-ce un murmure

que ce ruisseau où tu perdures

m’invitant au vide du même

 

cette eau vive est dans la nuit noire

une absence en moi où vient boire

le sans nombre pour toi qui aime

 

Lorsque philosophie et théologie s’aperçoivent qu’elles ne savent que faire l’une de l’autre, l’heure est venue pour elles de se renoncer davantage.

 

L’accès à la vérité est un dévoilement, un déchirement de voiles successifs jusqu’à la réalité dernière de l’être, Aimer, tel qu’en lui-même enfin où l’infini et le fini s’expliquent.

« Celui qui fait la vérité vient à la lumière ». Nous autres Occidentaux, ne pensons-nous pas plutôt que celui qui fait la lumière vient à la vérité. Il faut comprendre qu’agir et connaître vont de pair. Conscience morale et conscience psychologique ont par bonheur en français un seul vocable. Mais on n’y pense guère (bienheureuse étude des langues qui nous détache des mots).

 

1er mars 2005

Est-ce faire de la philosophie de penser que l’être ne peut avoir commencé et qu’il est donc infini, qu’étant infini il ne peut laisser place au fini que par participation, que cette existence participée s’explique au mieux par une relation d’altérité positive dont le nom approché est l’amour de l’autre comme autre.

Est-ce faire de la théologie de penser qu’Aimer est la réalité dernière de l’être, l’objet du désir au-delà du désir de l’humain dans l’amour de l’autre comme autre ?

La même conscience use dans la première du raisonnement, dans la seconde de l’intuition, mais qu’importe le nom donné à l’une et à l’autre démarches si l’on est satisfait de leur convergence sans avoir à faire de l’une la servante ou la maîtresse de l’autre.

 

Qui ne te trouve pas dans le silence y cherche un faux dieu, ou, si l’on préfère, y cherche un dieu au lieu d’y chercher l’amour de l’autre en sa pureté.

 

Peut-on parler de toi à une conscience qui ne te connaît pas déjà, qui n’a aucune expérience de l’amour de l’autre, à qui tu n’as pas parlé au cœur ?

 

Qu’on le reçoive ou qu’on le donne, le pardon d’amour est passage d’Aimer. On ne peut l’accueillir sans vouloir réparer, restituer, rendre…Seul l’amour de l’autre accueille l’amour de l’autre.

S’en sentir incapable, c’est découvrir que l’amour de l’autre est un don d’Aimer, le Don d’Aimer, son être même. Il n’est que de l’accueillir, telle est la grâce.

 

face de neige dans la neige

tes yeux presque te mangent

comme si voir était ta vie

 

est-ce que ton regard te donne

ou qu’il simplement peine

à prendre ce qui sera pris

 

il n’est que ta beauté qui sache

en cette beauté blanche

sûrement dire l’harmonie

 

 

2 mars 2005

Apprendre une autre langue, c’est aussi une façon d’accueillir un autre peuple et d’y être accueilli.

 

Les arrangements du verbe poétique doivent se faire en deçà du seuil de la conscience, dans ce monde où les énergies de la nature sont à l’œuvre et produisent les agencements de la vie cristalline, végétale, animale, humaine primitive.

 

Le sexe, plaisir et génésie ; mais une pensée dualiste veut y voir l’un ou l’autre. Après des siècles de refoulement du plaisir, l’Occident bascule dans le refoulement de la génésie.

 

Pas plus que de cosmique, il n’est bien sûr rien d’humain dont Aimer ne se préoccupe, non comme un pouvoir, mais comme une inspiration.

En Aimer, quel regard poser sur l’histoire qui s’est faite, se fait, se fera ?

A qui accueille Aimer il est donné de regarder tout être avec sa bienveillance créatrice et de se réjouir de sa beauté, de son intelligence, de sa bonté. Combien plus de son accueil d’Aimer.

 

Faire de Yeshoua, ou de quiconque, son héros, c’est demeurer dans la possession. Aimer est au-delà, Aimer est don.

 

oscille oscille

oscille oscille

tu chuchotes la pesanteur

à l’oreille de la hauteur

aussi longtemps que ton élan

résiste au doux embrassement

oscille oscille

oscille oscille

je ne sais que te demander

de me chanter ou m’expliquer

du message venu des mondes

murmuré par la voie des ondes

oscille oscille

oscille oscille

tu es d’ici tu es d’ailleurs

et ceux qui te font dire l’heure

savent bien qu’en ton maintenant

en l’espace tu es le temps

oscille oscille

oscille oscille

 

3 mars 2005

Désir du non-désir ? Mutation du désir pour soi en aspiration pour l’autre, volonté de n’être que pour les autres, de n’être plus moi mais je pour tous les tu de l’univers. Cet impossible n’est réalisable tout à fait qu’au-delà de la mort, mais quelle aveugle perversité de penser que ce soit un désir de mort alors que c’est l’aspiration à la vie éternelle.

 

Le Vide est le négatif de la Compassion : vide du moi, compassion pour l’autre.

 

Que serait une Eglise dépouillée de tout pouvoir ? Serait-ce encore une Eglise ? Que serait, en l’absence d’Eglise, un rassemblement de consciences accueillant Aimer ? Il faudrait bien une organisation, des organisateurs, des lieux et des temps de rencontre.

 

est-ce un regard est-ce un miroir

un flot de feu qui l’un en l’autre coule

ou l’un en l’un

 

est-ce de te voir un espoir

cette eau des yeux qu’en l’autre l’un refoule

et l’autre en l’un

 

mille yeux alors en mille yeux autres

exulteront de la beauté du monde

pour l’autre en l’autre

 

ce voir de l’autre ici se fonde

et se bâtit au-delà de la mort

en ce miroir

 

4 mars 2005

Un éducateur gagné par Aimer peut-il être une autorité ?

 

le face à face des miroirs

le seul à seul

est le secret de la poussière

de la lumière

 

jusqu’à l’infini se poursuit

la seule absence

du regard qui pourrait le voir

sans sa présence

 

plus que le voir est le savoir

de tous en tous

qui se libère à l’infini

en sa lumière

 

Il est assez facile de comprendre comment on devient un Oussama Bin Laadin ou un George W. Bush, mais comment comprendre ce qui fait que l’on devient un Adolf Hitler ? S’est-on penché sur la question et sur les moyens d’en éviter de nouveaux ?

Bien malin qui saurait juger une conscience. L’Infini en connaît les secrets, mais l’Infini ne juge pas, l’Infini est Aimer. Pourtant, pas même Aimer ne peut forcer une conscience à L’accueillir.

 

comme l’ongle qui disparaît

quand tu le coupes

te défaisant un peu du corps

par les ciseaux du doute

au bout de tes doigts ton pouls

serait-il toi

 

cette distance de la peau

autre te sait

 

5 mars 2005

Croire au jugement dernier, c’est ne pas connaître l’infini du temps ; c’est surtout ne pas comprendre le ne jugez pas et vous ne serez pas jugés (Matthieu VII, 1) ni le pardonnez jusqu’à soixante-dix-sept fois sept fois (Matthieu XVIII, 22). Mais si une conscience refuse d’aimer, elle n’entre pas dans la vie éternelle, qui est Aimer.

 

le cœur insensiblement bouge

nul autre que toi du chemin

ne sait où se franchit le rien

qui passe l’invisible mur

 

l’orangé tient la main du rouge

le violet lui tient la main

ce serait-il qu’il soit un point

qui le voit tel qu’il marche pur

 

En Aimer le corps devient objet d’altérité, objet de bienveillance en sa mise à distance. Jusqu’où cela s’étend-il ? Jusqu’à l’intelligence, la sensibilité…tout ce qui n’est pas je ?

 

Utiliser les termes intérieur, extérieur, dedans dehors ; dessus, dessous ; hauteur, profondeur…pour parler de l’esprit, c’est s’exprimer par analogie et risquer de s’égarer, car l’esprit n’est pas spatial.

 

Si l’on admet que le judéo-christianisme est un mixte d’Aimer et de religion messianique, et que l’on rejette le messianisme comme une erreur et la religion comme dépassée parce que mythique, il faut par voie de conséquence passer au crible les valeurs judéo-chrétiennes. Dans la seule perspective d’Aimer, il ne peut y avoir de vertu qu’inspirée par la dilection et de vice que privé de la dilection.

 

6 mars 2005

ce passage incessant du vent

n’a rien à dire

que ce qui de là-bas s’en va

porter la vie

 

ce dérangement impuissant

secoue ta chair

réveille un souvenir en toi

du goût de l’air

 

Il existe une forme d’intuition qui incite à penser à des communications non physico-chimiques. Est-il possible d’arriver à des certitudes en ce domaine ? Faut-il s’en priver en la rejetant dans le monde de la croyance ?

 

Le concept de faillibilité est à penser, comme les autres, à la lumière de l’amour de l’autre.

 

est-ce pourquoi ou pourquoi pas

la réticence ou bien l’audace

n’hésite pas le temps est là

pour l’alternance et l’efficace

 

le piano seul ouvre son cœur

dans le silence tout à lui

écoute écoute où il s’avance

sur son chemin baigné de pluie

 

perdu dans sa tristesse il pleure

et ne dit rien d’autre que lui

mais tu sens bien que le silence

lui offre son chemin de nuit

 

7 mars 2005

ouvre ta parenthèse de lumière

sur cette page blanche encore

vaste et pure où s’avance

tout un jour d’écriture attentive à l’esprit

 

tu la refermeras sur le mystère

où se dissout enfin ton corps

dans cette nuit des sens

d’où naîtront d’autres pages de l’à jamais écrit

 

Puisque tu es présentissime à tout instant, il n’est pas besoin de te chercher dans la mémoire d’un événement fondateur, encore moins dans le rite de sa réactualisation. Le ressourcement, le retour à l’origine, ne peut avoir qu’un sens figuré dangereux. L’origine de l’amour de dilection n’est pas dans le temps, pas même dans le Grand Temps mythique des religions, sauf à en faire un figure de l’Eternel.

 

Le judéo-christianisme se prévaut d’être une religion historique, alors que sa valeur propre tient à ce qui en lui est anhistorique, Aimer.

Dans une Eglise dépouillée de sa croyance historique en la Révélation et en l’Incarnation, la notion de continuité apostolique serait vide.

 

Les communautés d’Aimer ne peuvent avoir d’autre fondement qu’Aimer. Il faut pourtant qu’elles adoptent, en les adaptant, des structures sociales compatibles avec Aimer selon les lieux et les temps.

Aimer exclut le pouvoir, et donc la domination hiérarchique

Les communautés d’Aimer sont indépendantes dans leur communion, n’ayant en commun partage qu’Aimer, qui est universel et libre.

 

8 mars 2005

Parce que tu es amour-de-l’autre, tu ne cesses de nous inviter à nous tourner vers les autres pour nous réjouir de leur existence, de leur beauté, de leur intelligence, de leur bonté, de leur créativité…et d’y aider.

Si tu apparais comme vide (certains disent comme néant), est-ce parce que tu es vide de toi-même, pur amour-de-l’autre ? Tu es infini d’être, et tu fais être un infini autre, la multitude indéfinie des êtres finis.

 

L’infini de l’espace est une évidence des sens et de la pensée : pointez le doigt dans quelque direction que vous voulez et dites-moi où son prolongement s’arrête. L’espace courbe de la relativité n’y change rien ; ce n’est pas l’espace qui est courbe, mais le chemin des énergies qui s’y propagent.

 

la bête par l’humain dressée

partage son admiration

avec celui celle qui monte

et qui prétend lui inspirer

immobile son mouvement

 

comme soumise la passion

en fierté transforme la honte

de l’ange contraint à l’aman

 

Tout ce qui dans la nature et dans l’ouvrage humaine est vêtu de beauté donne de se réjouir avec toi ; il murmure ta présence à l’oreille attentive à la dilection.

 

9 mars 2005

Un artiste peut-il se définir par rapport à ses prédécesseurs et à ses contemporains ? Il n’est créateur que dans la mesure où il échappe à ses références, et aux définitions que les critiques d’art cherchent à lui appliquer.

Mais alors, la transmission ne serait-elle que technique ?

Les écoles et les mouvements seraient-ils le produit d’une commune inspiration ?

Le problème du critique d’art est qu’il ne peut parler de son objet essentiel parce que celui-ci est absolument singulier, totalement nouveau, et qu’il faudrait pour en parler adéquatement inventer à chaque fois un nouveau langage pour le décrire et l’interpréter.

Pourtant, en sa singularité esthétique, une œuvre d’art parle à la sensibilité esthétique (de celles et ceux qui en ont une ; les autres doivent accepter de se laisser persuader ou de faire semblant).

 

Les physiciens passionnés par leur recherche d’une théorie unificatrice des forces de la matière montrent que le désir d’unité les habite (habite-t-il toutes les consciences, quel qu’en soit le degré ? Est-il inhérent à l’intelligence ?).

L’impossibilité d’apporter une preuve expérimentale à la théorie des supercordes ne les empêche pas d’y travailler. La mathématique mise au jour par l’intelligence humaine est identique à celle qui préside à l’organisation de la matière. Cette identité s’est souvent vérifiée dans le vérifiable expérimental, et cela incite à penser qu’elle peut conduire à la vérité de l’invérifiable factuel : il suffit qu’elle rende compte de la totalité des phénomènes (vaste programme, évidemment).

 

Lorsqu’on voit à quel point certains films réalistes poussent l’invraisemblable, on se dit que le niveau de conscience critique du spectateur moyen ne peut lui permettre d’accéder à la vérité, qu’il est à la merci des manipulateurs d’opinions et de croyances.

Les croyances, les religieuses surtout, font partie de l’insuffisance intellectuelle encore invincible de l’humanité. Il faut bien s’en accommoder, voire les utiliser au moins mal en son cheminement vers la vérité.

 

Le pardon est une relation où l’on reçoit en donnant, comme l’on donne en recevant.

 

il faudra bien perdre la face

pour enfin te voir face à face

il faudra que mon nom s’efface

comme le tien en ton amour

 

je le sais tu n’as pas de face

pas plus que de dos en la place

où la place même s’efface

en l’infini de ton amour

 

plus de famille ni de race

il n’est plus trace en cette masse

que de chacun lorsque s’efface

tout ce qui n’est pas notre amour

 

10 mars 2005

dernières feuilles de l’hiver

tourbillonnez

posez

vos baisers blancs sur le visage assoiffé de la terre

 

Vouloir libérer le symbole de l’empire du mythe, c’est ici penser que le symbole a sa place dans l’économie de l’Amour éternel.

 

Retrait des troupes syriennes du Liban, retrait des troupes israéliennes de la Palestine. Arme atomique israélienne, arme atomique iranienne. Vous êtes sûrs que ces comparaisons sont indécentes ?

 

L’éducateur n’enseigne pas des vérités, il apprend aux jeunes à penser pour les découvrir.

 

L’utopie est un projet fou. Elle apparaît lorsque l’imagination ne consulte plus la raison et l’expérience.

 

Le pardon, en notre condition faillible, est une composante quotidienne du Don. Toute animosité qu’évoquent en nous un visage, un nom, un groupe…fait avec Aimer l’objet d’une neutralisation intérieure préparant aux rencontres futures.

 

En Aimer, l’autorité n’est pas une supériorité ni un pouvoir. C’est un service du groupe, de la communauté.

 

L’infinité des êtres finis est une infinité de possibles, la non-limitation des êtres actuels.

 

Les années qui passent ne sont pas que le délabrement du corps ; elles peuvent être la marche de la connaissance et de la conscience.

 

Le chant du troglodyte dans la haie convoque ta réjouissance et ta sollicitude

 

 

 

11 mars 2005

Si le terrorisme (non aveugle) est dans les situations extrêmes une arme nécessaire de la résistance à la domination, c’est toujours un risque d’incendie difficilement maîtrisable. Bien malin qui pourrait en attribuer les diverses responsabilités. Mais la force dominatrice en est la première responsable.

 

Le monothéisme d’un dieu marqué du sceau d’un imaginaire est-il plus proche d’Aimer que l’athéisme ? Peut-être, mais à condition qu’il ne cesse de s’épurer, de se travailler pour se débarrasser de cet imaginaire.

 

Faire du mythe un remède à la mort, c’est admettre qu’on a besoin de se leurrer pour l’affronter. Attribuer la même fonction à l’art, c’est risquer de lui dénier sa fonction d’exaltation de la beauté du monde, tout au moins de la secondariser et affaiblir.

 

L’espérance fondée sur le mythe ne peut être que provisoire. Sans doute est-il inhumain d’en priver les consciences qui n’ont pas encore trouvé accès à Aimer, mais celles qui l’ont découvert n’ont plus que faire du mythe.

 

laitances pâles des fumées

tourbillonnant

donnant

aux nuages l’espoir gravide des terres semées

 

12 mars 2005

brûlantes sentes des abysses

noirs tourbillons

des fonds

dix mille vies de votre nuit obscure se nourrissent

 

L’hypothèse scientifique de l’inversion du temps pourrait n’être qu’une fiction secrètement motivée par le refus du temps.

Identité. Vivre de l’Esprit, c’est participer à son infinité et n’être plus d’ici maintenant, mais de partout toujours. N’est-ce pas ce qui faisait dire à Yeshoua : Avant qu’Abraham fût, je suis ? (Jean, VIII, 58).

Notre situation : chair, famille, langue, peuple, époque…en est relativisée. Elle demeure pourtant l’ancrage de cette eccéité que veut Aimer pour chaque conscience.

 

Le deuil des Madrilènes révèle un peu de la blessure inguérissable des victimes d’attentat. C’est le sort quotidien des Iraqiens. Que les médias ne nous le montrent pas n’y change rien. Depuis la parabole du bon Samaritain, nous savons qu’un Iraquien vaut un Français.

 

Quelle liturgie pour les Communautés d’Aimer ? Aucune ? Les éléments du monde, les chants et les gestes élémentaires de la vie ne peuvent-ils pas nourrir le silence de la communion au silence d’Aimer.

 

 

 

13 mars 2005

il faut descendre au fond du puits

les fables l’ont rempli de sable

il faut avancer dans la nuit

pour y retrouver l’eau capable

de nous délaver le visage

où tu disparais en l’image

 

la présence de ton absence

nous envoie vers tous ces visages

baignés dans l’eau de ton silence

qu’y apparaisse cette image

qui nous attend au bord du puits

pour nous emmener dans sa nuit

 

La sacramentalité de l’univers s’approche dans la lumière d’Aimer, dans l’attention créatrice qu’il porte à tout être. Elle tient à l’unité de la diversité des êtres, car l’amour veut l’autre comme autre, mais dans un appel à la réciprocité où il s’accomplit.

 

L’aléatoire quantique sert-il la liberté dès l’origine ?

 

tes paupières s’écartent

au bord de l’univers

c’est toi cet œil c’est lui

qui l’un de l’autre s’émerveillent

donnant de voir en se donnant à voir

et nous en sommes

 

Pour les frères et sœurs des Communautés d’Aimer, pèlerinages aux sources et aux mers, aux montagnes et aux gouffres, aux volcans et aux forges, au nulle part des tempêtes et des brises.

 

14 mars 2005

La pluralité symbolique des éléments se fonde sur leurs propriétés physiques. On peut d’abord la comprendre en y repérant des couples d’opposés, de mort et de vie : le feu qui brûle et réchauffe, l’eau qui noie et abreuve, l’air du cyclone et de l’haleine, la terre des volcans et des champs. Pour aller plus loin, on peut envisager les moyens termes et leurs nuances en ce qu’ils affectent l’humain ; on peut aussi observer les mixtes : l’eau et le feu des vapeurs, l’air et le feu des fumées, l’eau et la terre des boues, l’air et la terre des poussières…jusqu’aux foisonnements les plus complexes où le vivant paraît.

Les signes, ceux du langage surtout, permettent d’exprimer et de communiquer les pensées les plus affectives et les plus abstraites en utilisant des images analogiques.

 

Se pourrait-il que le comportement moral en ses dimensions psychiques soit capable d’influencer le comportement de la matière en sa dimension quantique ? Quelle part de vérité physique dans les pratiques animistes dont le christianisme ne s’est jamais totalement privé ?

 

Quels imaginaires peuvent être un chemin de l’être de l’être dans la lumière ultime d’Aimer ? Quelle cohérence entre l’imaginaire et le réel ?

 

discrète la lumière se retire

à petits pas crépusculaires

et dans le temps bleu qui s’étire

le grand silence de la terre

s’ouvre sur le silence infini de la mer

 

 

œil clos quand ta lumière

déborde de ton rêve

ta paupière

exulte dans l’obscur

clarté pour le regard

dans au seuil de la nuit

futur

 

15 mars 2005

Est-il possible d’interviewer quelqu’un sans en faire un objet ? Il n’y a de sujet face à un sujet que dans la dialogue. Cela est vrai aussi dans une salle de cours, un tribunal, un commissariat de police…Notre civilisation en est encore à des années-lumière.

 

On ne peut comprendre la Bible si l’on oublie qu’elle a été écrite par des croyants pour des croyants. C’est en la lisant comme telle qu’on peut y découvrir et apprécier les valeurs éternelles qui ne doivent rien à la croyance qu’on leur accorderait.

 

L’organisation hiérarchique de l’Eglise fait partie de son imaginaire ouranien. Elle devrait être absente des Communautés d’Aimer.

La dogmatisation des croyances relève d’un excès d’imaginaire ouranien. Les Fidèles d’Aimer pratiquent la discussion théologique libre, assuré/e/s que l’Amour en peut penser des idées qui mettrait en danger l’Amour.

 

Le ne jugez pas s’explique, entre autres raisons, par le foisonnement inconnaissable des causes proches et lointaines qui interviennent dans les actes humains. La justice humaine est incapable de juger les consciences. Elle ne peut juger que les comportements en vue de protéger la société. Elle est faite pour cela seul.

 

offrant à l’espace ébloui

ses pieds humains

ses mains

la croix de saint-andré se tend vers les quatre infinis

 

16 mars 2005

 

Le réel fini est fait de singularités, de singularités innombrables. Chacune est de soi impensable, incompréhensible. Nous n’avons prise que sur leurs ressemblances. La science les comprend ainsi, la technique les maîtrise ainsi. L’art comme activité esthétique cherche au contraire à les rencontrer en leur eccéité. Il les approche comme des quasi-personnes et ne peut y parvenir que dans un amour de bienveillance dont on peut penser qu’il participe d’Aimer.

 

Pas plus que le saint ne cherche la sainteté mais Dieu, le philosophe ne cherche la philosophie mais la sagesse, le savant la science mais le réel pour le comprendre, le poète la poésie mais le réel pour le connaître. L’agir vrai est un agir pour l’autre. Il participe ainsi à l’acte d’Aimer.

 

La connaissance esthétique est une communion.

 

Une pensée naissante est un parfum fragile ; il faut la respirer avant qu’elle ne s’évente.

 

La parole poétique est une tentative d’exprimer et communiquer la connaissance esthétique.

 

douce l’haleine sur la plaine

flâne et folâtre

s’attarde

caresse ici une herbe drue

là un bourgeon tendu

passe en revue haies et fossés

se promène sans but

 

nul ne sait d’où elle est venue

pourtant elle va

ne cesse

de suivre les dix mille traces

de l’invisible face

fugace posant ses baisers

en signe de sa grâce

 

17 mars 2005

Les conflits religieux invitent les incroyants à rechercher ce qui peut réconcilier les consciences. C’est Aimer, qui inspire le meilleur de toutes les religions sans se confondre avec aucune.

 

Faire de la liberté la valeur politique suprême, c’est risquer d’en faire l’absolu, alors qu’elle n’en est que l’un des visages. Mais si l’on fait de la liberté une valeur universelle de l’humanité, on y trouve impliquées l’égalité et la fraternité. Pour certains, cela va sans dire ; mais comme cela n’est pas évident pour tous, mieux vaut le dire.

 

elle a les bras chargés d’ivresses

et libérale distribue

à toute bouche de la terre

le désir de tenir promesse

et de chanter

 

il n’est que de répondre ouverte

aux mélodies que sa venue

inspire aux souffles de la mer

lorsque avec ses champs ils concertent

en vérité

 

18 mars 2005

Qui est le premier ? Question aujourd’hui essentielle à en juger par le nombre d’émissions télévisuelles qui y sont consacrées. « L’important est de participer » est un rideau de fumée qui masque l’évidence. Les jeux agonistiques nous envahissent jusqu’à l’absurde : « Quel est le premier des Français depuis 2000 ans ? » Triomphe de l’imaginaire hiérarchique. Yeshoua avait tenté de renverser la vapeur sans changer le schéma : Des premiers seront derniers et des derniers premiers. Son message incompris est inclus dans la parabole des ouvriers de la onzième heure : Ils reçurent chacun un denier (Matthieu XX, 10).

 

les arbres chantent dans la brume

en murmure ébloui

d’une vêture que consume

le feu de l’œil ravi

 

tu les habilles de douceur

et d’une mélodie

aussi pure que tes couleurs

se mêlant à l’envi

 

ce camaïeu où l’œil de l’âme

les imagine dit

chacune où chacune se pâme

en l’autre de l’esprit

 

La propagande rebaptisée communication ne sert qu’à décider celles et ceux à qui l’on n’a pas appris à penser, voire désappris.

 

En attachant tant d’importance à l’étude, la tradition juive donne au monde des leçons de penser et produit des penseurs : scientifiques, artistes, philosophes…

 

Que l’on puisse qualifier la fidélité conjugale de relation incestueuse montre à quelle extrême aberration la perte de repères peut mener.

 

Faire d’Aimer la clef du réel total, c’est se donner la chance d’apercevoir son unité et d’en faire concerter les dimensions éthiques, métaphysiques, scientifiques, artistiques…

 

19 mars 2005

le soc déchire le vieux champ

émeut le sang de sa chair brune

comme lorsqu’aux temps ignorants

il croyait lui faire un enfant

 

qu’importe ce qui se méprend

si la main menée par la lune

trouve un chemin vers le couchant

où la vie enfin le surprend

 

Toujours et partout sont des mots trop absolus pour qu’on ne réfléchisse pas avant de les prononcer ou après les avoir entendus. Ils appartiennent souvent à la manipulation hyperbolique.

 

Ceux qui prétendent que Yeshoua n’a pas existé ne risquent guère de se faire entendre des croyants. Dommage ! A en faire l’hypothèse, on peut découvrir la vraie valeur de l’Evangile, celle qui n’est liée ni à un temps ni à un lieu, ni à un peuple ni à une personne : Aimer. On peut pourtant soutenir que Yeshoua a effacé son existence. Comme Jean-Baptiste s’était effacé devant lui, il s’est effacé devant l’Esprit : Il vous est bon que je m’en aille ; car si je ne m’en vais pas, le consolateur…l’Esprit de vérité…ne viendra pas à vous (Jean, XVI, 7, 13, 7). Mais il y a tant de paroles contradictoires dans l’Evangile qu’il est aisé de neutraliser celles qui ne cadrent pas avec le théologiquement correct.

 

Si vous ne comprenez pas que ce qui est écrit ici est anonyme, c’est que vous ne comprenez pas ce que vous lisez. Ce qui y porte une empreinte culturelle, géographique, historique, est secondaire, dépourvu d’intérêt par rapport à son propos essentiel.

 

20 mars 2005

belle comme la Pietà

de Michel-Ange

comme en ses bras

celui qui loin du temps n’étais plus son enfant

mais celui-là

qui la voyant déjà

hors de sa chair au ciel un ange

 

Quel avenir pour l’Eglise ? Bien que le mythe ne soit pas inhérent à l’humain dernier qu’Aimer réalise, l’humanité est encore très loin de pouvoir s’en passer. On ne peut sans doute pas écarter totalement l’improbable hypothèse que l’Eglise s’épurera de ses croyances mythiques, mais il faut plutôt travailler sur l’hypothèse qu’elle ne le fera pas, qu’elle ne donnera même pas naissance à un schisme qui réaliserait cette épuration.

 

Alors, que serait une communauté fondée sur la seule évidence d’Aimer. La condition corporelle et sociale demande des paroles et des actes dont la finitude risque de s’opposer à la vérité de l’amour, ne serait-ce qu’en étant l’objet d’interprétations erronées. Que seraient les symboles détachés des mythes où ils sont intégrés dans les rites religieux ?

 

Une Communauté d’Aimer ne peut rassembler qu’un nombre de personnes capables d’entretenir des relations interpersonnelles. Disons, par hypothèse, qu’elle ne doit pas compter moins de trois membres ni plus de douze. Un excès donne lieu à la création d’un nouveau groupe.

Les Communautés se fondent par cooptation. Une Communauté ne cherche pas à recruter, mais elle demeure ouverte à celles et ceux que son idéal attire. Elle ne cherche pas à se perpétuer et n’éprouve à disparaître que le regret de pas voir Aimer se répandre davantage. Elle sait que la recherche de la persistance dans le temps comme de l’extension dans l’espace et le nombre relève d’un désir de puissance étranger à Aimer.

 

21 mars 2005

Ubi caritas et amor Deus ibi est. Où est l’amour de l’autre, là est Aimer. Aimer seul peut aimer ainsi.

Viens à nous en ta présence ultime, Aimer.

 

Illusion de penser que l’on puisse vraiment distinguer le pouvoir de la puissance. Certaines langues n’ont d’ailleurs qu’un mot pour les deux. Le pouvoir est l’actualisation de la puissance.

 

L’éthique d’Aimer prend le relais de la morale de la honte et de l’honneur et de la morale de la culpabilité et de l’innocence.

 

Les membres des Communautés d’Aimer s’entretiennent quotidiennement de ce qu’Aimer fait de leur vie.

 

Tout m’est permis, mais tout ne m’est pas profitable. Tout m’est permis, mais rien ne doit me dominer (I Corinthiens VI, 12 ; X, 23) Pensée libératrice dans l’esprit d’Aimer, qui donne d’abord de tout relativiser. Car si Aimer permet de ne pas aimer, Aimer ne nous y invite pas. La liberté est inhérente à Aimer.

 

ici ni là elles hantent

fugaces arabesques revenues

 

les mêmes forces

d’amour de haine

qui dans l’espace

lente font tourner insensible ta lourde face nue

attirent écartent

 

mais l’indicible de la vie libre ici entraîne

d’imprévisibles sentes

là se dessinent fines

si fuyantes les belles

que pas même l’esprit ici là ne saisit

 

Ce n’est pas l’autre qui pardonne, c’est l’amour qu’on lui porte. Mais cet amour est un don d’Aimer accueilli de liberté à liberté.

 

22 mars 2005

Celles et ceux des Communautés d’Aimer ont chaque jour leur heure de silence, et la nuit leur est le silence du silence avec Aimer.

 

Pas d’autre nom que celui de la vie ordinaire pour celles et ceux des Communautés. Même (petit) frère et (petite) sœur se sacralisent, alors qu’Aimer échappe au sacré.

 

Les Communautés accueillent tout ce qui dans les théologies, les philosophies et les idéologies ne s’oppose pas à Aimer. Elles les étudient en vue d’y identifier ce qui s’accorde avec Aimer et en prépare l’accueil.

 

Quelle place pour la beauté dans les Communautés d’Aimer ?

 

comme désespérément retenu

ton mât frémit dans la toile se tend

au grand souffle de nulle part

 

quelles racines pourraient nues

lâcher avant que ne vienne le temps

de la voile sur le départ

 

Avec Aimer, le besoin de pardon ne naît pas du sentiment de notre culpabilité, mais du sens de notre insuffisance d’amour. Il ne s’agit pas de la simple finitude : un animal n’a pas besoin de pardon. Il s’agit de la distance qui sépare notre amour effectif de notre capacité d’aimer. Il ne s’agit pas seulement de la quantité de bien que nous aurions à faire aux autres, mais de la qualité de notre amour, que nous voudrions pur de toute recherche de soi.

 

23 mars 2005

Sans même prendre en compte ce que les philosophes en ont dit et fait, à s’en tenir au dictionnaire, être a de multiples sens, dont chacun invite à la méditation celles et ceux qui cherchent à te connaître.

 

Dire que Dieu est amour, ce n’est pas te comprendre, mais chercher à te rencontrer. « Dieu » ? Tu n’es pas dieu, n’ayant que faire de la puissance et de la gloire. « Est » ? Tu es au-delà de ce qui est attribué comme de ce qui est défini. « Amour » ? Qu’as-tu à voir avec le désir et sa satisfaction ? Tu ne veux que le bonheur de l’autre, et de le dire ainsi est loin de ce que je te pense être, et plus encore sûrement de la réalité.

 

Tu es au-delà de ton nom. Comment ne le serais-tu pas en ton infinitude ? Les mots ne comprennent même pas la singularité du moindre être fini.

Mais toi, tu connais le nom-sans-nom de chaque conscience jusqu’à la limite de la liberté que tu lui donnes face à la tienne.

 

le verbe être à toutes les sauces

est le sel qui leur donne goût

non c’est le fond qui donne à tout

ce sans quoi rien ne se rehausse

 

c’est ce qui mange et qui se mange

c’est l’ambroisie noire du trou

qui s’engloutit jusqu’au dégoût

pour que naisse l’amour de l’ange

 

 

 

24 mars 2005

chasse le loup chasse

mange le mouton mange

 

le premier occupe le dernier

quel titre pour l’arbitre

herbivore carnivore

en l’espace chacun veut sa place

nostalgique pratique

 

le mouton mange

le loup chasse

le mouton mort

a tort

 

L’œil d’Aimer donne et reçoit, voulant le bien de l’autre et s’en réjouissant.

 

Quelle place pour la nature dans la vie des Fidèles d’Aimer ? Le monde physique inculte est la première approche de l’être à comprendre et à connaître par la main et par l’œil.

 

Les Communautés d’Aimer sont esprit. Elles ne possèdent pas de biens. Seuls ses membres en possèdent, suffisamment pour assurer leurs besoins. Elles n’ont pas de structures, étant prêtes à disparaître comme elles sont apparues. Le désir de se maintenir est un désir de puissance, étranger à Aimer. Aimer demeure.

 

Aimer radicalise la laïcité. On ne peut créer en son nom des écoles, des hôpitaux…Si un membre d’une Communauté travaille dans un établissement privé, il ne le fait pas au titre de la Communauté mais de sa seule compétence. Il ne cherche qu’à exercer son activité professionnelle dans l’esprit d’Aimer.

 

25 mars 2005

la brume dans sa confidence

les retient quand la nuit s’en va

 

la mélodie qu’ils se murmurent

est un appel au cœur qui danse

 

et qui s’approche perd le sens

qu’on ne devine que là-bas

 

de leur beauté dont rien ne dure

qu’en l’éternelle évanescence

 

La vérité à laquelle Aimer donne d’accéder rejette la fiction. La fiction cependant continue de remplir sa fonction consolatrice et motrice dans la vie des individus et des sociétés. Il faut s’en accommoder pour en tirer le meilleur bien commun, tout en travaillant à son élimination de la pensée de celles et ceux qui découvrent Aimer.

Aimer ceux et celles qui n’aiment pas, c’est les inviter à Aimer. Car c’est pour eux que l’on aime en l’amour auquel Aimer nous donne de participer.

Cela ne se fait pas avec un sentiment de supériorité ni une volonté d’imposer à l’autre son point de vue. Aimer n’est pas ainsi, Aimer promeut la liberté dans l’égalité en nous faisant participer à son être.

 

26 mars 2005

de ces pierres le souvenir

rayonne la paix que leur donne

depuis des siècles le murmure

des corps bruissant de leur prière

 

ou n’est-ce que ce que soupirent

le souffle et le sang qui s’étonnent

des lignes si doucement pures

de leur idée dans la lumière

 

Quelle idée se faisaient-ils de toi, ceux qui me faisaient chanter : Notre Père, notre Père, nous te supplions à genoux ? Tu fais de nous tes amis, non tes suppliants.

 

Nous sommes pauvres d’Aimer : Aimer est intelligence, beauté, énergie…Mais Aimer n’est-il pas son vocable essentiel, le nœud de son être ?

 

Rien ne t’est étranger. Tu t’intéresses à tout être en la totalité de son être ; non pour le posséder ou dominer comme certains le croient encore de Dieu, mais pour lui donner d’exister à la mesure de ses virtualités. C’est ainsi que tu appelles toute conscience à plus et plus d’amour de l’autre, mais aussi et de surcroît à plus d’intelligence, de créativité, en liberté face à ta liberté.

 

Les Fidèles d’Aimer se réjouissent des beautés qui naissent au fil du temps et s’efforcent d’en créer.

 

27 mars 2005

 

Lorsque Aimer remet en cause toute croyance, quelle place pour les traditions ? D’abord leur sacré est mis au rebut ; puis vient le tri. Rien ne demeure que le vrai. Aimer pourtant tolère le sacré, il fait partie de la dynamique du provisoire.

 

 

L’œil scientifique voit un sapin, un saumon, un ours et l’œil esthétique ce sapin, ce saumon, cet ours, ici maintenant. Combien l’humanité compte-t-elle de borgnes ?

 

Comment avancer à travers l’abîme de notre insuffisance d’Aimer si ce n’est par la force d’Aimer ?

Puisque notre finitude nous interdit d’être l’auteur de notre liberté, elle demeure une énigme tant que nous n’y voyons pas un don gratuit d’Aimer. Gratuité radicale, car elle n’appelle aucune reconnaissance, Aimer s’effaçant en son altérité. Mais cette façon de le dire laisse insatisfait, comme si notre langage n’y avait pas accès.

 

de toutes tes mains étoilées

tu applaudis sur le talus

au passage des inconnues

qui défilent tête baissée

 

mais si l’une d’elles tressaille

en apercevant ton espoir

tu laisses au fond de son regard

un signe de vos retrouvailles

 

30 mars 2005

Encore une fois, les artistes ne s’intéressent pas à l’art mais au réel. Et elles, ils s’y intéressent parce qu’elles, ils le sentent et le savent beau. Créer, c’est pour l’artiste rendre sensible le réel virtuel, « rendre visible l’invisible », même si ce n’est pas ce que Paul Klee a voulu dire.

 

Il y a des degrés parmi les artistes, non seulement quant à leur capacité technique, mais quant à leur perception du réel. Penser qu’en art tout se vaut, c’est reconnaître que l’on a perdu ses repères, ou qu’on ne les a pas encore trouvés.

 

Aimer n’aime pas l’amour, mais les autres.

 

S’il n’y avait pas quelque esprit à la plus élémentaire particule, il n’y en aurait pas non plus à l’humain.

 

Personnifier les choses, c’est leur reconnaître la singularité, et sans doute davantage.

 

Il faut partir de l’hypothèse que tout peut se dire et qu’il suffit de trouver le langage adéquat pour le dire. Cela incite à la recherche, au moins. Dans cette perspective, l’ineffable est ce qui attend encore ses mots pour se dire.

 

murmure au plus bas de la terre

tu en creuses les creux

en te glissant plus bas encore

fidèle à tes fluides comme à la pesanteur

 

 

sur les galets ta bouche claire

pose les mille feux

des baisers frais que de ton corps

la lumière enflammée tire vers les hauteurs

 

31 mars 2005

Si l’on enlevait à l’Eglise tout ce qui n’est pas Aimer, elle n’en serait que plus fidèle à son fondateur. Si on lui enlevait Aimer, elle ne serait plus qu’une religion de puissance exploitant la naïveté humaine.

Une Eglise réduite à Aimer serait-elle l’ombre d’elle-même ? Partout délocalisée, toujours détemporalisée, elle serait comme désincarnée, privée de succession apostolique et de continuité historique, de hiérarchie et de structure.

 

ce remuement de ta ramure

semble hésiter

entre le souffle retenu

de l’immobile

et les emportements de la tempête

qui déracine

 

quelle intelligence capture

en vérité

les états de ta force nue

ou se peut-il

que rien jamais de ton âme secrète

ne se devine

 

Prier serait te permettre de faire le bien que notre liberté peut t’interdire. Non, je ne comprends pas. Le langage traditionnel de la prière serait-il totalement, presque totalement inexact, inadéquat ? Tu fais, certes, avec nos insuffisances, mais tu nous pousses doucement, insensiblement, vers une relation plus vraie.

 

1er avril 2005

Avec Aimer, la fiction prend valeur quand elle ouvre des portes du Réel. La fiction que nous connaissons en ferme plus qu’elle n’en ouvre, détournant la conscience du Réel en la divertissant dans l’irréel.

 

La dualité sens propre / sens figuré n’est qu’une commodité de la pensée oppositive. Ce n’est pas que l’on ne voit pas toujours où est le propre et où le figuré, c’est que l’on passe de l’un à l’autre par toutes sortes de nuances.

 

Quelle est l’évolution de la conscience dans la marche du vivant depuis les protozoaires ? Après le seuil de l’humain dernier, elle est toujours plus conscience de l’autre.

La conscience d’Aimer est conscience de la totalité, et l’on peut penser que partager Sa vie c’est avancer sans fin dans la conscience de la multitude en chacune de ses singularités.

 

Amour, liberté, conscience, désir…Le sens des mots évolue dans la continuité discontinuité du chemin vers l’altérité d’Aimer. Comment comprendre un désir qui n’est pas intéressé, et un intérêt qui n’est pas de soi-même mais de l’autre ?

 

pourquoi la graine est-elle tombée là

et quelle haleine

et quel regard

ont su lui donner sa chance

 

que mûre de sa peine et de sa joie

ici s’en vienne

et sans retard

l’amoureuse du silence

 

 

2 avril 2005

La joie d’Aimer ne dépend pas de ce que je suis pour l’autre, mais de ce que l’autre est pour moi. C’est une joie que je ne possède pas, et je ne puis la perdre : Votre joie, personne ne vous la prendra. (Jean XVI, 22)

 

L’amour de l’humain premier est un manque, l’amour de l’humain dernier est un don. C’est le Don d’Aimer, c’est Aimer même. Le passage de l’un à l’autre est un chevauchement plus ou moins brutal, une révolution plus ou moins douce.

 

les dix mille sur le gazon

se sont rêvées se disent espèrent

dans la demeure de leur don

messagères de la lumière

 

que pour une heure en l’éphémère

les nuances du corindon

viendront illuminer leurs sphères

pour qu’elles gagnent l’horizon

 

En raison, encore une fois, aucun être ne peut s’expliquer par un être qui lui soit inférieur. Telle est la causalité, que l’expérience ne peut contredire ; et le refus de la causalité est un suicide de la pensée.

 

Le moindre cristal, la moindre fleur, la moindre bête nous opposent leur insondable. Ainsi leur présence est-elle à l’image de ta présence.

 

Les bouddhistes donnent-ils à Aimer le nom de compassion parce que la souffrance est le moteur de leur recherche ?

 

3 avril 2005

 

Plutôt que de renvoyer dos à dos traditionalisme et modernisme, il convient dans l’esprit d’Aimer de les faire dialoguer pour que s’épousent l’ancien et le nouveau et que naisse l’humain dernier.

 

Le choix de vivre dans l’instant peut naître du désir d’oublier un bonheur désormais inaccessible ou un malheur dont le souvenir serait affligeant, ou encore une culpabilité dont on croit illusoire le remède mythique d’un pardon magique. Il peut aussi naître d’un refus d’envisager un avenir de bonheur inaccessible ou de malheur certain. Avec Aimer, le vivre l’instant s’intéresse au passé et à l’avenir en ce qu’ils affectent le bien de l’autre.

 

si peu de distance atténue

ta présence dans l’insensible

où ton haleine se diffuse

et se dilue jusqu’à l’infime

 

ta substance en l’indéfini

de l’origine perpétue

toujours plus loin toujours ductile

l’or de l’amour du je et tu

 

4 avril 2005

« Ceci n’est pas une pipe » bien sûr, mais la représentation d’une pipe, l’ombre d’une ombre qui évoque pour moi une réalité susceptible d’engager mon sentiment et ma volonté. Brûler un drapeau peut être une offense à l’égard de personnes qui s’y sentent représentées. Si une représentation de la Cène introduisant une obsession sexuelle que l’on croit sacrilège choque les disciples de Jésus, pourquoi s’en étonner ? Ce qui vibre dans l’image consone avec ce qui vibre en moi.

 

une à une se détachent

les syllabes de la fleur

et tombent doux les pétales

sur la terre de leur cœur

 

leur parole rend hommage

au grand silence sans peur

lorsque au juste de leur âge

le dernier mot chante l’heure

 

La résurrection de la chair ? Désolé, il n’y a, franchie la mort, que des corps spirituels (ô sublime oxymore). Si vous croyez que c’est une misère de ne pas avoir de corps, votre Dieu est misérable. Aimer est esprit, et Elle, Il se trouve très bien de ne rien posséder, pas même un corps.

 

Ce qui sauve le croyant du doute, c’est la foi (l’accueil de l’Amour), l’expérience indicible d’Aimer. Mais il ne le sait pas ; il lâcherait, sinon, sa croyance et l’ombre pour la proie.

 

5 avril 2005

Le seul nom par lequel nous puissions être sauvés (pour reprendre le langage biblique), c’est celui d’Aimer puisque seul Aimer est la vie éternelle. Peut-on relire ainsi les Ecritures ? A chaque fois qu’apparaît le nom de l’Eternel, comprendre qu’il ne peut être qu’Aimer et en tirer les conséquences ? Est-ce imposture ? Manipulation ? Au croyant de la Bible d’en juger.

 

Plaisir et douleur peuvent l’un et l’autre devenir moteurs de recherche d’Aimer. On peut penser qu’il ne faut donner la préférence ni à l’un ni à l’autre.

 

Les Communautés d’Aimer ne cherchent ni à s’agrandir ni à essaimer ; elles ne cherchent qu’à aimer. Si la dilection dont elles vivent invite celles et ceux qui les rencontrent à vivre l’accueil d’Aimer, elles s’en réjouissent avec elles et eux. Telle est la tautologie d’Aimer, qui n’a d’autre cause et d’autre but qu’Aimer

Il reste que si Aimer est esprit, il se manifeste et s’incarne en services, créations, dialogues, toutes les activités qui tendent au bien des autres.

 

Dans la perspective d’Aimer, la chasteté n’est pas du domaine de l’interdit mais de la liberté. Elle libère de désirs qui peuvent, l’expérience le montre, devenir possessifs et dominateurs.

 

 

vague après vague tu t’incarnes

et t’avances sur tes vapeurs

dans l’indécis où se renverse

l’aube des brumes en un jeu clair

 

que ton visage diaphane

ne subsiste guère qu’une heure

et dans le vide disparaisse

le souvenir te garde chair

 

6 avril 2005

Le nom de Yeshoua n’est pas un nom qui fasse fléchir les genoux ; c’est un nom qui fait aimer. Demander au nom de Yeshoua ne veut rien dire d’autre que demander à Aimer dans l’amour. Se réunir au nom de Yeshoua, c’est se réunir au nom d’Aimer. Ainsi passe-t-on de l’Eglise à la Communauté d’Aimer.

 

Le beau et le vrai sont des qualités de l’être au plus près d’Aimer ; elles intéressent les Communautés, qui s’efforcent de les accueillir et promouvoir. Celles et ceux qui en ont reçu et cultivé le don exercent des activités artistiques et, ou intellectuelles.

 

mélodie rythme harmonie

au coup de dents la beauté

a fui

 

produit cent pour cent gratuit

la joie du regard ôtée

du fruit

 

Il y a cohérence entre le mythe du centre et la structure hiérarchique. Aimer pulvérise le centre unique en la multitude des consciences. Elles sont toutes en relations réciproques ; aucune n’y est prééminente ni centrale.

 

La prière perd son nom ; reste l’attention à l’Autre en sa grâce, à Aimer en son Don. Pour l’accueillir. C’est un effort permanent.

 

7 avril 2005

Dans leur immense majorité, les humains montrent qu’ils ne peuvent se passer de mythes et de rites.

 

Les Communautés d’Aimer apportent leur soutien à toutes les religions, idéologies, mouvements de pensée dans la mesure où ils vivent d’Aimer.

 

l’aube revient et son hostie

s’offre aux com mu ni ants du monde

 

à l’heure où se dissout fugace

en lumière leur âme obscure

 

elles ils se donnent ce qui donne

sens et force pour tout un jour

 

et pau pi ères sur les larmes

disent la joie de l’éternel

 

La joie d’Aimer, c’est la joie de l’autre ; c’est en l’autre qu’Aimer se complaît.

 

Pratiquer la joie avec Aimer, c’est se soucier de l’autre ; et se soucier de l’autre, c’est aussi se soucier de sa joie, qui est la joie de l’autre.

Mais aimer l’autre se dit en actes de services, d’aide, de compassion…en tous les domaines du corps et de l’esprit. « J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger ; j’étais malade et vous m’avez visité… » (Matthieu XXV, 36ss).

 

Les Communautés d’Aimer pratiquent la joie de l’autre.

 

Le souci de la joie de l’autre est d’abord dans la pensée, dans l’attention intérieure à Aimer « présent dans le secret » (Matthieu VI, 4, 6), esprit de dilection, force de dilection, vie de dilection, joie de dilection.

 

8 avril 2005

Les funérailles plongent leurs racines au plus profond de la préhistoire, certains disent jusqu’en l’animalité. Pourtant, en voyant celles de Jean-Paul II, qui oserait dire que c’est un rite obsolète ?

L’humanité ne peut se passer de rites, et il faut savoir passer par le rite pour l’inviter à la vérité où il s’abolit. Qui pourrait trouver à redire au rite mis au service de la dilection ?

 

La survie suppose en l’humain une réalité immatérielle ; mais n’y a-t-il pas de l’immatériel présent à tout élément matériel ? Quelle réalité immatérielle peut faire de l’humain un être capable de subsister au-delà de la mort. A quel seuil de l’évolution humaine est-elle possible ?

 

Aimer, tu donnes ce regard où le paradis c’est les autres, car ta joie est en l’autre.

 

L’œil droit de la logique d’opposition, l’œil gauche de la logique de participation. En leur coordination apparaît l’image vraie du réel.

Nous n’avons pas de trop de toutes les cultures du monde, présentes ou disparues, pour tenter d’approcher ce qui fait que l’humain est humain. Nous n’avons pas de trop de tous les êtres de la nature pour tenter de connaître l’être de la nature. A la mesure de nos capacités, nous devrions nous intéresser à toutes les sciences et à tous les arts (pour employer une formule dualiste commode bien que trompeuse) si nous voulons penser le dessein d’Aimer.

La dualité est la condition minimum de la pluralité pour ne pas s’égarer dans le cheminement vers l’être et vers la vie. L’unicité mène au désastre, que ce soit en politique ou en religion. Une religion qui se serait imposée à la totalité de l’humanité l’aurait réduite en servitude ; elle n’y a historiquement réussi que dans des territoires limités. Les idéologies n’ont pas fait mieux…

Aimer veut au contraire la pluralité la plus étendue dans l’union la plus forte. C’est l’altérité de la dilection.

 

 

mille miroirs après la pluie

sur la route posent du bleu

le ciel se donne sa lumière

aux surfaces qu’offre la terre

 

mais c’est l’eau qui les lui confie

pour ce dialogue qu’entre eux

elle encourage messagère

en ses mille chemins légère

 

9 avril 2005

 

Le catholicisme rend un culte à la vierge mère et refuse la prêtrise aux femmes. Le protestantisme donne le pastorat aux femmes et refuse le culte marial. Y a-t-il une logique dans cette double antinomie ?

 

Ni anthropocentrisme ni géocentrisme. A sa mesure tout être est invité à accueillir Aimer ; et qui vit avec Aimer exerce Son amour à l’endroit de tout être.

 

Il importe de saisir la discontinuité autant que la continuité de l’animal dernier (« supérieur ») à l’humain premier. Il importe davantage de comprendre le passage de l’humain premier, vivant pour soi, à l’humain dernier, vivant pour l’autre.

 

sur la baie jusqu’à l’horizon

les sables se sont découverts

saluant de leur face immense

l’immensité qui les éclaire

 

l’eau qui les comble jusqu’aux sens

répète partout la chanson

du ciel de bleu et de lumière

en qui se réjouit la terre

 

Il faut inventer la langue qui va avec nos intuitions nouvelles comme l’humanité l’a toujours fait, nous rappelant que ce n’est pas avec des mots que l’on crée de la pensée, mais avec de la pensée que l’on invente des mots.

C’est la lumière qui a créé l’œil et non pas l’œil qui a créé la lumière. Par tâtonnements et comme guidé par son immatérialité, le vivant crée les organes des fonctions dont il a besoin pour mieux être.

 

10 avril 2005

 

L’éternité du monde n’en fait pas un être absolu. Il y a certes plus que des origines et des fins relatives dans les événements cosmiques, mais la dépendance des êtres finis à l’être infini demeure.

Faute de langage pertinent pour une réalité aussi première, on peut dire que cette dépendance est celle de l’amour d’altérité et qu’elle n’implique aucune sujétion ni appartenance.

 

 

sur la pierre précise du mur qu’il édifie

le maçon a posé un regard de défi

 

la croix de l’horizon et de son fil qui plombe

guide sa main fidèle au fait qui lui incombe

 

fier des surfaces pures et des lignes aimées

son esprit aperçoit toute l’œuvre rythmée

 

pour les siècles qui viennent déjà s’est-il peut-être

ménagé une place derrière la fenêtre

 

Quel cantique des créatures ? Tu n’es pas le Seigneur à qui tout appartient, le Dieu à qui louange et gloire sont dues. Tu es Aimer qui se réjouit de voir son énergie d’altérité donner l’existence à des êtres rayonnants.

Pour les Communautés d’Aimer, ce n’est pas : « Loué sois-tu, Seigneur, pour notre sœur l’eau », mais quelque chose comme : « Réjouissons-nous avec toi de la joie de faire et voir si belle l’eau notre sœur. »

 

11 avril 2005

Tu ne veux pas être loué pour ni par tes « créatures » ; tu te réjouis de leur existence et de leur excellence. Comme tu as vu que « la lumière était belle et bonne » (Genèse I, 4), tu vois la beauté et la bonté de l’univers et nous invite à exulter avec toi.

 

Mystique est un mot mis à toutes les sauces. Dites-moi à laquelle vous le mettez, je vous dirai si j’en mange.

 

Si l’Eglise renonçait à tout pouvoir, à toute juridiction, à toute hiérarchie, serait-elle encore l’Eglise ? Et pourtant cela n’a rien à voir avec l’amour de l’autre ; cela en tout cas n’entre pas dans les inhérences de la dilection. Tout au plus peut-on concevoir une possibilité de non-incompatibilité. En réalité, l’histoire de l’Eglise, des Eglises, montre que le pouvoir y a souvent, à des degrés divers, renoncé à la dilection.

 

Quel statut, dans la pensée d’Aimer, pour le minéral, le végétal, l’animal ? Aimer est pour chaque être bienveillance, inspiration d’un sur-être. Il n’est guère pensable qu’Aimer approuve le bétonnage des sites, le saccage des forêts ou l’élevage en batteries.

 

notre dame des brumes

murmure

de ta voix grave et nue

les harmoniques du silence

 

que ta douceur exhume

l’épure

les formes retenues

de la symphonie que tu penses

 

 

 

12 avril 2005

Je te parle en sachant que tu es au-delà de toute parole, que je dois atteindre au silence du silence pour être au plus vrai de ta présence.

 

Voyagez, voyagez… Cela vous donnera une chance de ne plus vous prendre pour le nombril du monde. Encore faudra-t-il la saisir.

 

Ton silence détruit mes paroles à mesure en leur insignifiance.

 

une arpenteuse sur la page blanche

pousse sa minuscule plume

quatre ou cinq lettres et puis se dresse

en sa quête de sens

 

ce que son encre sympathique cache

se révèle au cœur dans la flamme

jusqu’à ce que l’esprit la hisse

où la phalène danse

 

Quels sont aujourd’hui les damnés de la terre ? Les gens du Darfour massacrés, affamés, terrorisés ? Et que puis-je faire pour eux, aujourd’hui ?

 

Liberté merveilleuse et terrible, laissée au monde depuis son origine, aux consciences depuis leur origine, donnant ici et là des monstres, de plus en plus monstrueux à mesure que plus libérées.

 

13 avril 2005

Le visage à la juste distance est la présence d’un mystère. Autrement que par le sourire ou les larmes, la hauteur ou la bassesse, l’innocence ou la rouerie, la peur ou la confiance, le désir, la répugnance ou l’indifférence…c’est un silence qui appelle mon silence, celui d’Aimer qui donne l’être.

Mais comment en prendre conscience si l’on n’a pas conscience de sa propre altérité d’amour ?

 

L’Esprit Saint chrétien, c’est Aimer en ce qu’Elle, Il inspire les consciences qui l’accueillent.

 

Pourquoi l’indéterminisme quantique devrait-il remettre en question la causalité du réel ? Pourquoi la dualité quantique devrait-elle faire douter de l’unité du réel ? Ils ne font que conforter notre intuition de sa complexité et de la difficulté que nous avons à le connaître. Ils stimulent notre recherche en nous acculant à l’incertitude.

 

nées au hasard les herbes folles

qu’on déracine

déclinent

les lois de l’art qu’Apollon dicte à l’enfant de l’école

 

Si le pèlerinage te donne de sentir que le centre de ta vie est ailleurs, va en pèlerinage. Mais rappelle-toi que l’esprit n’est ici ni là-bas.

 

14 avril 2005

S’il est vrai qu’à l’échelle quantique le regard peut modifier le réel, c’est qu’il serait chargé d’énergies, comme on l’observe peut-être lorsque devant nous quelqu’un se retourne en conscience subliminale que nous le regardons.

 

Soupçonner la dimension spirituelle de la matière ne devrait pas rester une vague pensée, mais constituer une base pour notre relation au minéral, au végétal, à l’animal comme à l’humain.

S’il est vrai que les poètes sont plus que d’autres des êtres sensibles au réel total (et non de simples manipulateurs de mots), elles, ils nous en montrent le chemin.

 

Savoir qu’une idée exacte de l’espace est nécessaire pour l’approche du réel et savoir que cette approche est naturelle dans la recherche d’Aimer nous incitent à remettre en question celle dont nous avons hérité de notre culture. Si la notion de temps est évidemment faussée dans la culture messianique, on peut imaginer que celle de l’espace l’est aussi.

 

le soleil pour le champ de fleurs

parmi les verts

éclaire

un soufre si intense qu’en la distance fuit son heure

 

Ce n’est pas le silence qui comble, mais ta présence qui l’habite.

 

15 avril 2005

sur la haute branche juchée

gorge de feu

au bleu

elle tend un cri si brûlant qu’elle en est déchirée

 

Il est des réseaux de coïncidences signifiantes qui donnent à penser que tu encourages ou décourages nos initiatives.

 

Ces points de vue où l’on domine et embrasse le paysage. Aimer nous y donne conscience de notre relation au monde pour nous en départir et partager la sienne.

 

16 avril 2005

le colombier désert médite

et se console

qu’au sol

ses ailes vides battent le silence où son âme habite

 

Si, comme l’a écrit Nerval après Pythagore, « tout est sensible », si la matière n’est jamais sans esprit, peut-être un certain silence est-il capable d’y communier.

 

La « terrible symétrie » du Tigre de Blake, des jardins à la française, de l’urbanisme quadrillé…est-elle parente d’un espace de maîtrise, de domination ? Inquiétante ambivalence de mots tels que « ordre », « rigueur ».

Dans la nature, la vie observable se moque de la ligne droite.

 

17 avril 2005

On peut penser que ta sollicitude guide au long de leur existence celles et ceux qui veulent vivre de l’amour de dilection, mais il est souvent difficile de déchiffrer les hasards que tu utilises pour le faire.

 

Tous les êtres ont leur concrétude, leur individualité, leur eccéité. Si l’on admet qu’une personne se reconnaît d’abord à cela, on peut aborder tout être comme une quasi-personne.

La personnification poétique relève-t-elle de cette intuition ? Mais comment justifier la personnalisation des abstractions, la prosopopée…

 

Yeshoua a ouvert les yeux sur la nature. Ce n’était pas un acosmique. On peut soupçonner qu’il ait en partie compris que « Dieu est amour » (I Jean IV, 8) en voyant que « le père céleste est parfait, qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants, pleuvoir sur les justes et les injustes » (Matthieu V, 45, 48)..

 

dans la lumière omniprésente

elle s’allonge

et plonge

vers l’horizon du vide obscur où l’infini la hante

 

18 avril 2005

sous sa machine le pendule

dans l’immobile

oscille

dialogue de choses qui avancent et reculent

 

On peut faire l’hypothèse que toutes les religions, y compris les plus élaborées comme le judéo-christianisme, gardent des marques de la vieille appréhension du numineux.

Toute religion où apparaît la puissance est en contradiction avec l’expérience de dilection qui, chez Yeshoua, se révèle comme l’expérience de l’être de l’être même.

 

La vie avec toi, Aimer, est une vie en conscience de l’impossible d’Aimer et de la gratitude du Don d’Aimer. Elle est recherche du silence du silence où tu demeures pour l’indicible concertation de liberté à liberté où se préparent les actes et les paroles.

 

La meilleure écoute et la meilleure lecture des autres est celle que nous faisons en conscience d’Aimer. Elle est attentive à eux plus encore qu’à leurs idées et à leurs sentiments. Les idées font l’objet d’un jugement, les sentiments d’une appréciation ; tandis qu’ils sont les sujets de notre dilection.

 

La liberté d’allure de Yeshoua, que beaucoup de chrétiens découvrent dans l’Evangile, est la manifestation et le signe de sa liberté essentielle face à Aimer.

 

19 avril 2005

avec les affairés bruyants

de la surface

qui passent

tente le dialogue du silence du silence des amants

 

Omnis homo mendax ? Pourquoi croirais-je qui que ce soit, religieux, philosophe, politique, scientifique ? Tous et toutes peuvent tromper, sans même le vouloir ou le savoir. Errare humanum est. Il faudrait douter de presque tout ; on ne peut le faire qu’en ayant au moins une certitude.

La certitude de Descartes a été en partie mise à mal par le « cela pense en moi » ; je ne me sens pourtant pas prêt à croire que lorsque je pense, le je est toujours et totalement absent.

La mise en doute systématique remet en question l’héritage culturel. Je ne puis avoir qu’une confiance provisoire et limitée en tout ce que j’entends et lis.

 

Faut-il, et dans quelle mesure, proposer ce doute systématique aux écoliers, aux élèves ? Aux étudiants, cela semble évident.

 

Si le croyant vient à douter de la Parole de Dieu, pourquoi ne douterait-il pas de toute parole ?

La foi poétique préconisée par Coleridge lorsqu’on aborde la littérature est irrecevable. La fiction, en tout cas, doit fonctionner sous le régime de l’hypothétique et de l’heuristique. En faire une distraction pure, c’est renoncer, au moins provisoirement, à sa liberté dernière. Combien de pauvres gens ont la mentalité et les idées que leur ont inculquées les livres et les films qu’ils ont lus et vus pour se distraire ?

 

20 avril 2005

Ce livre n’est pas un livre pour se distraire ; c’est un livre pour ne pas se distraire, même lorsqu’il s’efforce au bien écrire.

 

la pompe et les palais

les excellences

les éminences

 

font un sourire amer

à celui qui pour poser sa tête

en fait à peine avait

cher successeur une pierre

 

Les Eglises gardent leur chance de survivre, car il semble impossible qu’elles perdent le trésor dont vivent les meilleurs de leurs membres, Aimer. Peut-être le découvriront-elles enfin en sa pureté, abandonnant le champ où il demeure caché.

 

Est-ce parce que l’Eglise est un pouvoir qu’elle ne peut se permettre de s’opposer aux autres pouvoirs sans risquer de compromettre sa neutralité et d’écarter ainsi ceux qui ne seraient pas de son bord ? Aimer est sans pouvoir, pas même spirituel ; Elle, Il peut ainsi lutter contre tous les pouvoirs asservissants et exploiteurs

 

21 avril 2005

Celles et ceux qui veulent adopter un enfant par pur désir d’enfant sont loin de l’amour de l’autre comme autre. Elles, ils font d’une personne une chose, réifient l’autre, comme on disait naguère.

 

Vous qui aimez l’autre comme autre, lui demandez-vous de se mettre à genoux et de vous supplier ? Alors, pourquoi pensez-vous qu’Aimer aime les agenouillements et les « Seigneur, prends pitié » ? Avez-vous réfléchi sur le « Dieu est Amour » de Jean ? Croyez-vous que cet Amour est un amour de désir, de possession et de domination ? Le « est » de « Dieu est Amour » indique-t-il pour vous une qualité ou l’être même de Dieu ? Le mot « Dieu », chargé de dix mille ans de crainte et de tremblement, est-il pour vous plus important que le mot « Amour » ?

 

Non pas « Seigneur, prends pitié », mais « Amie Ami, prête-nous ta force d’aimer. »

 

L’amour passion peut devenir une préparation à l’amour oblation dans la mesure où l’autre comme autre n’en est pas totalement absent.

 

à la surface l’ombre pose

sans un soupir

le dire

de ce que le soleil fait chanter à la moindre chose

 

22 avril 2005

Si ce cher Jean-Jacques avait pu observer les animaux aussi précisément que nos contemporains et qu’il eût été au courant de l’évolution, il aurait su que ce ne sont pas les humains qui ont inventé le territoire, la propriété, la possession et la domination.

 

Monsieur, Madame l’hédoniste, n’avez-vous vraiment aucune expérience d’une réjouissance prenant le relais d’une jouissance ?

 

Dire que la nature humaine aspire à s’échapper de ses limites, que « l’homme passe l’homme » ou encore qu’il n’y a pas de nature humaine, c’est tenter de dire une seule et même chose.

 

Un livre de fragments est une invitation pour celles et ceux qu’il fait vibrer à retrouver l’unique mélodie qui les inspire en leur silence.

 

sur la grappe l’un l’autre grain

doucement ouvre

découvre

à la face du monde la face des cœurs et des reins

 

« De la musique avant toute chose ». Le beau langage de la poésie est mélodie, rythme, harmonie. La tradition et la modernité (et la post-modernité et la post-post-modernité…) ne changent rien à l’affaire. Chacune, chacun écrit selon l’authenticité de son sentiment.

 

23 avril 2005

Aimer refuse le fusionnel ; il est amour de l’autre comme autre. Il est aussi éloigné de la confusion chthonienne que de la coupure ouranienne.

 

Aimer induit un langage participatif exprimant une conceptualisation participative plutôt qu’oppositive, une philosophie du et plutôt qu’une philosophie du aut.

Du bon usage du verbe être en ses imprécisions. Dans « Dieu est silence », « est » n’a pas la même valeur que dans « Dieu est amour ». Dieu (si l’on continue d’employer ce mot barbare) habite le silence, et il n’y a rien en lui qui ne soit régi par l’amour de bienveillance, que ce soit l’énergie, l’intelligence, la sensibilité, l’imagination (dans la mesure où ces mots peuvent être utilisés figurativement pour parler de lui).

 

dans l’impossible où elles naissent

et se désarment

les larmes

sèchent ou bien s’écoulent de la mer à la mer sans cesse

 

Le Don d’Aimer est le don de donner, de donner de donner…, c’est le don que l’on reçoit pour le donner. Tel est l’amour qui s’écoule de la source de l’être, eau vive qui s’invite à tout être à la mesure de son accueil.

 

24 avril 2005

Dans la logique messianique judéo-chrétienne, Dieu s’incarne en un homme et en un seul homme. Dans la logique d’Aimer, il lui faudrait s’incarner en toute femme et en tout homme, car Aimer porte à tous le même amour de l’autre.

 

Aimer ne polémique pas. En quel sens et jusqu’où peut-on dire qu’Elle, Il discute ?

Existe-t-il des dialogues où chacun ne cherche qu’à connaître l’autre, ou personne ne veut convaincre (c’est-à-dire vaincre) l’autre ? Le dialogue en Aimer vaut pour lui-même, n’a d’autre but que lui-même, c’est-à-dire la rencontre de Je et de Tu. Les idées discutées s’en trouvent relativisées

 

La logique du « Tu aimeras » de Moïse conduit au « Dieu est amour » de Jean, à Aimer, l’abolitionniste de toute acception de personne, de tout mythe, messianique ou autre.

 

lumière ma sœur

sans peur

en tes noces tu t’avances

et lances

à la brume le sourire

qui lui éclaire en silence

le cœur

 

Peut-on penser l’humain sans nature et ne pas renoncer à toute identité ?

 

25 avril 2005

Le rappel constant de la Shoa risque de conduire, par un effet de saturation, à un regain d’antisémitisme

 

Ta sensibilité n’est-elle pas infiniment plus fine que notre hypersensibilité ? N’es-tu pas en droit de te protéger, non seulement de notre vilenie, mais de notre grossièreté, tout en nous invitant à partager ton raffinement ?

 

Aimer abolirait toute hiérarchie des valeurs ? Non, Aimer est la valeur des valeurs, ce qui confère à tout être sa valeur à la mesure de son accueil d’Aimer. Appelé à l’infini d’Aimer, l’humain n’a pas d’identité acquise, de nature fermée.

 

pour le ramage clair

où l’oiseau à l’arbre se mêle

où l’un l’autre se hèlent

dans la fraîcheur de l’air

 

où la rémige vole

sur la page où l’ombre d’une aile

donne en nombres duels

à l’écrit la parole

 

Plus une pensée est vraie, plus elle est anonyme, offerte à toutes et à tous pour qu’elles, ils y participent sans la posséder ni dominer.

 

26 avril 2005

Le Don d’Aimer, c’est d’être capable de donner comme Elle, Il donne.

 

Te prier, c’est te parler comme un ami à un ami, non comme un serviteur à un maître. Ainsi déjà faisait Moïse.

« Des profondeurs je crie vers toi, Seigneur » n’a de vérité que son intensité, celle de mon sentiment d’impuissance à aimer. Et je cherche à me hisser, non, à te rejoindre en ta force d’Aimer, sachant que ce qui m’est impossible devient possible en ta grâce.

 

A-t-on besoin d’un autre qu’Aimer pour devenir une mère Teresa ou un abbé Pierre ?

 

Est-ce parce que le mot euthanasie rime avec nazi qu’il a un air sinistre ? Est-ce la simple peur de la mort qui en fait un tabou ? Dans l’amour des autres, chacun est libre d’envisager sa mort.

 

On peut mourir en n’ayant jamais fait l’amour qu’avec son conjoint sans en être fier ni honteux, regrettant tout de même que l’amour de possession passe si rarement le relais à l’amour de dilection.

 

Est-il possible d’avoir un sentiment d’identité qui ne soit pas marqué par un sentiment de supériorité vis-à-vis de l’autre, du plus proche au plus lointain ? Y a-t-il inhérence entre ces deux sentiments chez un individu comme chez un peuple ?

 

Vous voudriez qu’on dise « je suis mon corps », voire « je ne suis que mon corps ». Dommage pour les débris qui s’abritent dans nos mouroirs.

 

jumeaux qui songez l’un à l’autre

de quel brouillard

si tard

en reconnaissance lentement sort ce qui n’est pas vôtre

 

 

27 avril 2005

 

L’altérité de l’amour de dilection ne demande pas la réciprocité, elle l’offre comme le bien suprême ; car cet amour se suffit, il est le don à l’autre qui comble celle, celui qui donne. Aimer offre la réciprocité parce qu’Elle Il souhaite à l’autre le bonheur dont Elle Il se réjouit.

Nos philosophes ne comprennent pas cela parce qu’ils ne peuvent envisager la grâce, le possible offert à l’impossible par Aimer. Aucun humain n’est capable d’aimer l’autre pour l’autre, mais Aimer l’en rend capable, car Elle Il se donne en sa force d’aimer. Et cela comble l’humain. « Si tu savais le don d’Aimer… l’eau vive… tu n’aurais plus jamais soif » (Jean IV, 10, 14).

 

Seul un dieu de puissance aurait pu s’incarner, car l’incarnation (celle des théologies chrétiennes) est une irruption et une imposition où un humain est énucléé de sa personnalité, sa nature étant assumée par la personnalité divine.

Tu n’es pas un dieu de puissance, Aimer. L’incarnation acceptable, si l’on veut garder le mot pour ses valeurs affectives, c’est celle que tu offres à toute chair qui veut vivre de ton amour d’altérité et qui trouve sa joie, celle qui la comble, lorsque tu vis en elle et qu’elle vit en toi (Jean XIV, 11 ; XVI, 24).

 

sors de ta brume

va vers l’écume

ton vol se presse

en l’invisible

 

sur le chemin

du quotidien

que se dépasse

l’un de la race

 

à force d’ailes

en l’éternel

pousse sans cesse

droit vers la cible

 

Ton langage est celui du silence, mais il nous faut bien employer celui des mots tant que nous ne le maîtrisons pas. Nous abandonnons celui des mots à mesure que nous maîtrisons celui du silence.

 

28 avril 2005

deux taches blanches sur le champ

viennent repartent

s’écartent

l’une de l’autre et l’une à l’autre chantent

la géométrie des amants

 

Le dialogue démocratique des savoirs en table ronde n’est possible et fructueux que si chacun prend conscience de son sentiment secret de supériorité identitaire (primus inter pares) et s’efforce d’y renoncer.

 

L’amour du dialogue (le dialogue de l’amour) recherche l’autre comme autre. C’est une écoute d’abord ; ce n’est une parole qu’à la mesure de l’écoute de l’autre. Il n’est possible que dans l’abandon de la position supérieure ou centrale que confère et demande l’identité.

 

Yeshoua n’a pu centrer son message sur sa personne puisque Aimer, dont il partageait la vie au point de s’y identifier, est centrifuge, s’efface devant l’autre qu’Elle Il suscite.

 

L’extase du Don, c’est la sortie du soi que donne l’attention à l’autre.

 

Si Yeshoua avait été agrégé de grammaire, peut-être aurait-il pu inventer un langage capable d’exprimer son expérience avec un peu moins de maladresse.

 

Lorsque Aimer vous inspire l’aller vers d’autres peuples, ce n’est pas avec une idée de supériorité culturelle. Vous vous retrouvez au contraire comme l’étranger un peu paumé qui a tout à apprendre ; en tout cas vous ne cherchez pas à changer l’autre parce que vous le jugeriez moins cultivé que vous. C’est simplement que vous souhaitez à l’autre la joie d’aimer l’autre.

 

29 avril 2005

Yeshoua oppose la gloire (la doxa en grec, le kavod en hébreu) qui vient de Dieu à celle qui vient des hommes. « Si je me glorifie, ma gloire n’est rien. C’est mon père qui me glorifie » (Jean VIII, 54). Il « ne reçoit pas la gloire qui vient des hommes » (V, 4). Ne doit-on pas comprendre que la gloire des hommes, c’est celle de l’amour du moi et la gloire de Dieu celle de l’amour de l’autre ? Ce n’est pas un même type de gloire, dont la différence ne tiendrait qu’à deux « moi » différents. Le contexte où l’évangile de Jean parle de ces deux gloires montre que ce dont il est question, c’est de la vie éternelle et de l’amour : « Vous scrutez les Ecritures parce que vous croyez y trouver la vie éternelle et vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie » (V, 40) et « vous n’avez pas en vous l’amour de Dieu » (V, 42).

Voir la gloire de Yeshoua (Jean I, 14), c’est reconnaître la vraie nature d’Aimer, comprendre que « Dieu est amour » (I Jean IV, 8, 16), rencontrer Aimer tel qu’en lui-même.

On comprend qu’on ait pu dire : « gloria Dei homo vivens ». Aimer n’a d’autre gloire que d’aimer l’autre comme autre. C’est à cette gloire-là qu’Elle Il nous appelle. La doxa perd son sens, subverti par l’amour de l’autre comme autre, converti, retourné, dissous dans la vie éternelle. La gloire de l’humain premier n’est plus, qu’il projetait sur l’image qu’il se faisait de son Dieu.

 

intense teinte

qui tout demande

 

surface pure

où tout s’efface

 

pour qu’une somme

toute puissante

 

sur tout prétende

mettre l’empreinte

 

En logique langagière, le terme « gloire » comme le terme « Dieu » se trouve banni du discours d’Aimer.

 

30 avril 2005

cette blancheur éparse sous les arbres

avant qu’elle ne s’efface

joue insensiblement

laissant dans le regard

frêle sa grâce insaisissable

 

celles qui l’ont dansée en leur transe de voiles

invisibles se meurent

assoupies dans l’air tiède

les yeux clos sur la terre

où leur rêve à jamais demeure

 

Aimer rachète le désir pour le faire servir à l’amour de l’autre comme autre.

 

Les responsables de l’Eglise sont prisonniers des doctrines qu’ils ont reçu mandat de maintenir.

Un jour peut-être l’Eglise acculée à l’impuissance par l’incroyance découvrira le trésor caché dans son champ, Aimer, et, dans sa joie, vendra pour toi tout ce qu’elle possède et qui la possède, à commencer ou pour finir par le champ.

 

Non le silence, mais toi qui habite le silence, l’obscur, l’immobile, l’absence, le rien de ce qui ne se peut nommer, toi sans nom, sans visage, Aimer.

 

 

 

1er mai 2005

donne-nous le regard qui donne

que l’insensible source

jusqu’en l’autre consone

 

S’il existe un dilemme de la culpabilité et du bouc émissaire, Aimer ne peut manquer de nous en sortir.

 

Croire à l’Europe incite à apprendre plusieurs langues européennes. Croire au village planétaire incite à apprendre au moins une langue non européenne.

 

L’expérience que nous pouvons avoir de la « présence réelle » d’Aimer à tout être est au-delà de ce que nous appelons « signe » et de ce que nous appelons « présence », comme de la contradiction qui peut exister en leur conjonction supposée dans les théologies de l’eucharistie.

Le degré de sacramentalité des êtres de l’univers tient à l’amour qu’on leur porte.

 

Un Dieu qui choisit est une horreur aux yeux d’Aimer.

 

2 mai 2005

Détachée des religions et fondée sur la liberté, l’égalité et la fraternité, la morale de la République n’est-elle pas en marche vers Aimer ?

 

On peut préférer le mépris des autres à leur jalousie ; il est moins destructeur qu’elle. Et puis, le mépris que les autres nous portent nous aide à l’oubli de soi dans le seul goût de l’autre. Mais bien sûr l’amour de l’autre souhaite pour l’autre la délivrance de son mépris.

 

on sent que tu tentes

d’enchanter la nuit

il est dans ta voix

des larmes de pluie

 

et tu sais sans doute

que l’océan même

en son sel conçoit

les larmes qui aiment

 

nos yeux d’or se ferment

pour laisser la place

au chant noir de l’être

où le moi s’efface

 

nous pourrions peut-être

donner un concert

sous la grande tente

de nos cieux ouverts

 

Aimer, la conscience de toi est conscience de l’impossible que tu rends possible. C’est pour cela que ta rencontre est un cri répété de douleur et de joie.

 

3 mai 2005

La chance de l’autodidacte, c’est de pouvoir échapper aux courants de pensée qui règnent sur nos universités, instituts et autres écoles normales.

 

Aimer induit une philosophie du temps qui exclut les messianismes et leurs avatars utopistes, sans doute aussi les gnoses dans la mesure où elles espèrent une fin de l’histoire.

 

Que reste-t-il des traditions lorsqu’elles sont passées au filtre du doute systématique ? L’image du filtre est-elle pertinente ?

Que devient la tradition lorsqu’elle s’intègre à la juste vision du temps, à supposer que cette vision soit accessible dans la cohérence de l’être de l’être perçu comme Aimer ?

 

L’humain hiérarchique est un héritage de l’éthos animal. Dans quelle mesure ? Qu’en reste-t-il lorsque l’humain premier accède à l’humain dernier de l’amour de l’autre comme autre ? L’humain social est un humain premier travaillé par l’humain dernier, mais à jamais condamné à laisser sa part à cet humain premier de par la liberté que l’amour de l’autre ne peut dénier à l’autre sans se renier.

 

« L’impossible innocence » est la conscience de la nécessité de la grâce pour aimer l’autre comme autre.

Qu’importent les mécanismes de sa mise en place.

 

cette insolence du soleil

en aube triomphante

enfante la merveille

d’une radieuse transparence

 

cette alternance où s’équilibrent

le clair et l’indistinct

peut offrir à l’instinct

la chance de devenir libre

 

cette proposition timide

des vapeurs attardées

à l’heure translucide

donne à la passion de céder

 

4 mai 2005

Quelles structures pour les Communautés d’Aimer ? Pas de hiérarchie ? Pas de chef ?

 

Est-ce une illusion de se croire et dire serviteur des serviteurs alors qu’on en est le chef souverain ?

 

Dépouillé de la gloire, Yeshoua devient un personnage attachant. N’a-t-il pas découvert le cœur de l’être ? Ne l’a-t-il pas montré ?

Peut-on penser que Yeshoua a été délivré des limites de sa culture messianique par le spectacle de la nature et par l’universalisme qu’il enseigne ? « Il fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants, pleuvoir sur les justes et sur les injustes » (Matthieu V, 45ss).

 

Si son trésor, Aimer, est demeuré caché, non, enveloppé dans le champ messianique de sa culture, il est bien présent dans les Eglises, qui ne vivent vraiment que grâce à lui. N’est-il pas passionnant de tenter de déchiffrer le langage qui l’exprime alors qu’il demeure prisonnier d’une pensée qui le refuse par ses structures même.

 

ta chair est une terre lourde

des enfants que tu as nourris

et de ta peau couleur de tourbe

tu enchantes nue mon esprit

 

depuis si longtemps que si tendre

la vi o lence te possède

tout à toi tu me cherches à prendre

il aurait fallu que je cède

 

le corps à corps qui nous emporte

en l’ignorance de nos cœurs

finira par ouvrir la porte

de la chambre des âmes sœurs

 

Un jour vient où il faut savoir rejouer le jeu du désir, alors même qu’on l’a dépassé dans l’amour de dilection. C’est d’autant plus facile qu’on l’a ainsi maîtrisé. Ce n’est pas mensonge puisqu’il est toujours là et que l’on demeure ainsi fidèle à la vérité de l’humain premier, mais aussi puisqu’il est entré au service sacramentel de l’humain dernier dont la vérité l’a libéré.

 

5 mai 2005

deux corolles dans un visage

dont la teinte avec lui se tisse

avec lui reçoivent métisse

cette part de leur héritage

 

en ce miroir que d’âge en âge

tendent émeraude et lapis

au regard qui se veut complice

vit un cœur qui hante le sage

 

Identité ? Avec Aimer « il n’y a ni Juif ni Grec…ni homme, ni femme. » (Galates III, 28). Il n’y a même plus de parenté charnelle : « Qui est ma mère et qui sont mes frères ? » (Matthieu XII, 48).

 

L’accueil d’Aimer n’est lié à aucune tradition, car Aimer n’appartient à aucune culture, époque ni lieu ni personne. Si Aimer a été découvert ici et là par telle et tel au cours de la préhistoire et de l’histoire avec une intensité croissante de conscience, si sa découverte s’est diffusée, semble-t-il, de façon privilégiée avec le support de la tradition judéo-chrétienne, Aimer demeure détaché de cette tradition, de ses lieux et temps, de ses personnes.

Le « hors de l’Eglise point de salut » est incompatible avec l’universalisme inhérent à l’amour d’Aimer. Si certaines traditions dogmatiques et rituelles sont compatibles avec cet amour, elles ne lui sont pas inhérentes.

 

Il faut pour faire l’Europe un minimum d’amour de l’autre comme autre, ce noyau dur de l’internationalisme véritable, même si pour l’humain premier l’argument le plus convaincant est la crainte de l’autre, l’union contre un ennemi trop puissant pour qu’une nation puisse le vaincre ou lui résister seule.

 

6 mai 2005

Penser que tous les hommes sont frères parce qu’ils sont enfants de Dieu est un mauvais argument et une formule manipulatrice puisque c’est une idée bâtie sur une métaphore et que cette métaphore est d’une image patriarcale (comme serait fausse parce que matriarcale la pensée que toutes les femmes sont sœurs parce qu’enfants d’une même Déesse).

La fraternité universelle est une image de la relation d’amour de chacun pour tous les autres comme autres, dont Aimer nous donne la grâce si nous l’accueillons.

Le dogme de la Trinité résulte de l’image paternelle que Yeshoua se faisait d’Aimer.

 

Que pensait vraiment Yeshoua lorsqu’il disait : « Ne donnez à personne sur terre le nom de père, car vous n’avez qu’un père, celui qui est dans les cieux ». Il utilise l’image du père pour parler de sa relation avec Aimer, relation qu’il invite ses disciples à partager, mais il se détache de cette image en faisant d’Aimer le seul père. Cette contradiction invite à passer au-delà des images. Et la formule qui suit, censée être de lui et appliquée à lui : « Ne vous appelez pas maître, car vous n’avez qu’un maître, le christ » semble dire que le terme de maître n’a pas pour lui le sens que les hommes lui donnent, mais celui d’un docteur de l’amour qui enseigne l’amour en le pratiquant, car « le plus grand parmi vous est votre serviteur » (Matthieu XXIII, 9ss).

Ce langage si marqué culturellement tente d’échapper à lui-même (la pensée d’Aimer tente de l’éclater), mais il reste obscur car il n’y parvient pas, demeurant prisonnier du schéma ouranien oppositif du haut et du bas, de l’inférieur et du supérieur : « celui qui s’élève sera abaissé, celui qui s’abaisse sera élevé » (XXII, 12).

 

ce rire d’enfant dans les airs

que rien n’a jamais pu ternir

frôle de son aile la chair

qui n’en finit pas de frémir

 

cet oiseau file dans l’éclair

où se consume le désir

et son aile un jour ne se perd

que pour l’amour de l’avenir

 

7 mai 2005

Avec Aimer le devoir de mémoire est d’abord celui du mal que nous avons fait aux autres. Pour nous autres Français, celui des horreurs commises dans les colonies, en Indochine et en Algérie tout particulièrement, plutôt que celui du mal que les autres nous ont fait, à nous et même à d’autres.

 

Pourquoi voudriez-vous qu’un Dieu qui ordonne d’aimer n’aime pas lui-même d’un amour universel s’il est le dieu de l’univers ? Comment voulez-vous qu’il ait aimé Jacob et haï Esaü (Malachie I, 2s), qu’il se soit choisi un peuple plutôt que toute l’humanité ?

 

ces clochettes de neige

ensemble toutes sonnent

lançant au ras du sol

le timide cortège

de leur parfum unique

 

ce que l’oreille sent

accouru de l’enfance

a l’écho de l’antique

 

elle écoute demain

résonner d’autres heures

de leur blanche fraîcheur

marchant vers les lointains

 

S’il existe un sens caché des Ecritures, ce n’est pas parce que le Révélateur l’y aurait dissimulé au bénéfice ésotérique de ses élus ; c’est que ceux qui s’y expriment n’étaient pas tout à fait assurés de leur pensée et que le langage dont ils disposaient était un obstacle à son expression.

« A moins de naître de l’eau et de l’esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume des cieux » (Jean III, 5). L’eau du baptême, c’est la repentance, la pénitence, la conversion, la métanoïa ; l’esprit, c’est l’amour : dire que Dieu est esprit (Jean IV, 24) et dire qu’il est amour (I Jean IV, 8), c’est tout un. L’eau et l’esprit sont les deux faces d’un même symbole, celui du passage de la mort à la vie, du non-amour à l’amour.

Ce passage de l’humain premier à l’humain dernier est à reprendre tous les jours ; nous n’avons jamais fini de passer de l’impossible au possible dans l’accueil du Don d’Aimer.

 

Penser que Dieu est amour, c’est ne pas cesser de penser aux autres avec sollicitude et en se réjouissant de leur existence.

 

8 mai 2005

les nuages cachent ta face

comment nous serais-tu absente

je te sais là

 

toute la terre avec nous tire

te garde de te perdre au vide

de nos espaces

 

lorsque les ondes te répondent

je viens y baigner le visage

où tu te mires

 

si tu disparaissais ta place

laisserait la terre démente

en l’au-delà

 

les nuages voilent ta face

mais tes amis ici te sentent

au cœur qui bat

 

Les chrétiens ont fait de Yeshoua un dieu. Les musulmans ont divinisé le Coran et héroïsé le Prophète.

 

Lorsque le Livre de l’Exode dit de Moïse qu’il parlait avec l’Eternel comme on parle avec un ami (Exode XXXIII, 11), cela ne signifie pas qu’ils conversaient matériellement. « Dieu est esprit » (Jean IV, 24), il ne parle donc pas. Cela signifie que dans le silence Moïse communiait avec lui en amour de bienveillance et que cela l’inspirait.

Lorsqu’il est dit au même verset que l’Eternel parlait à Moïse face à face, ce geste symbolique doit être interprété en le confrontant au verset 20 du même chapitre de l’Exode : « Tu ne peux voir ma face. » Ainsi les images, au-delà de leur accumulation, donnent le sentiment de la présence indicible.

 

L’humain dernier ne vit pas du patrimoine de l’humanité, il le fait vivre.

 

Retour du religieux ? Ce sera, ce serait pour le meilleur et pour le pire. Aimer abolit le religieux et son ambiguïté.

 

Celles et ceux qui se prosternent ou s’agenouillent adorent la puissance. Elles, ils n’ont pas encore découvert que « Dieu est amour ».

 

9 mai 2005

Le néant est un concept fondé sur une représentation trompeuse du vide. Il ne résiste pas à la raison lorsqu’elle affronte l’être et l’infini qui lui inhère.

 

l’air est en la fraîcheur du givre

si long en bouche et en poitrine

que le silence où il s’affine

livre l’esprit qui nous enivre

 

si je titube en ta présence

que ta main dans ma main me guide

j’irai au-delà de mes sens

jusqu’à ta demeure du vide

 

L’eau et l’esprit, c’est un peu la volonté et la grâce, la volonté d’accueillir l’amour et la grâce de la donner : une seule et même chose, car tu te livres à la mesure de notre accueil, et le don est proportionnel au don en ce que nous transmettons ce qui nous est transmis. Telle est la relation du fini et de l’infini, dont l’amour de l’autre comme autre est la clef.

 

La liberté ultime est celle de l’autre. Nous te libérons comme tu nous libères ; tu libères le Don à la mesure où nous le libérons. Tu n’es manifesté tel qu’en toi-même que lorsque nous te reconnaissons pour cet amour des autres auquel tu nous proposes de participer.

 

Comment atteindre à la justesse du chant auquel tu nous invites si ce n’est par l’oreille attentive à ton grand silence ?

 

Notre liberté dernière participe de la tienne.

 

10 mai 2005

Tu finiras bien, Aimer, par libérer l’humanité de tout esclavage, même si ta liberté ne se donne qu’à des consciences libres à jamais de s’en affranchir ou de s’y soumettre.

 

Si « l’homme donne de la puissance à Dieu », c’est que Son amour se manifeste à mesure que l’humain l’accueille. Mais il ne s’agit pas d’une puissance de Dieu ; il s’agit d’une force d’Aimer. Et c’est Aimer qui donne à l’humain de la lui donner ; en lui donnant son consentement, l’humain permet à Aimer d’agir. Aimer est liberté et ne peut agir qu’à la mesure de la liberté de l’humain qui l’accueille.

 

On ne peut opposer la grâce et la liberté que si, enfermé dans une structure de pensée oppositive, on ne voit pas que seul l’amour donne et pardonne. C’est ce que Yeshoua a tenté de faire comprendre dans l’exemple que lui donne la pécheresse : « aphéontaï aï amartiaï aoutès aï pollaï oti egapèsen pollou » , « de nombreux péchés lui sont remis parce que / puisque elle aime beaucoup » (Luc, VII, 47). C’est cet oti qu’il faut bien comprendre, comme un « parce que » et comme un « puisque », en mutuelle causalité participative. La conscience de la pécheresse permet à Aimer d’aimer en elle et qu’ainsi elle soit pardonnée en aimant de cet amour qu’Aimer lui propose. Cela ne semble obscur, ou compliqué, que parce c’est d’une simplicité ontologique qui échappe à notre langage oppositionnel.

 

déjà la digitale pare

au tout extrême de l’élan

la coiffe de ses satellites

 

sur les orbites

elle placera le nectar

et le bouquet de ses enfants

 

11 mai 2005

Le silence est le lieu où la liberté de l’humain trouve (découvre et rencontre) la liberté d’Aimer, qui lui donne sa liberté en se donnant (le « sa » a ici l’heureuse ambiguïté d’être celle de l’humain et celle d’Aimer).

 

Une chose, un geste, une parole deviennent sacramentels à mesure qu’ils donnent à la conscience de participer à Aimer.

Aimer est indivis. Participer à son amour donne par surcroît de participer à sa beauté, à son intelligence, à sa sensibilité…

 

 

cet océan de souffle et de lumière

est un buisson ardent

où ton nom sans nom se murmure

 

lorsque s’y va baignant la chair entière

ses eaux en se vidant

jusqu’à la peau se transfigurent

 

Si la pensée humaine est passée d’un intérêt pour les êtres à un intérêt pour les relations entre les êtres, la découverte d’Aimer doit y être pour quelque chose.

 

Si dans la Bible « glorifier quelqu’un c’est manifester son être profond », Yeshoua a glorifié l’Eternel en montrant qu’il est Aimer. Et nous connaissons Aimer en participant à son amour de l’autre pour l’autre.

 

L’eschatologie ressortit à un désir de puissance : elle exprime un espoir d’imposer aux consciences le règne de l’amour. Elle est incompatible avec l’amour de dilection et avec la liberté qui lui est inhérente. L’eschatologie prépare et attend un règne, mais l’amour de dilection ne règne pas : il se donne en donnant de donner librement.

 

12 mai 2005

Aimer est esprit et nous libère de toute dimension de l’espace : du centre et de la périphérie, du haut et du bas…tels qu’ils oeuvrent dans notre imaginaire. Il dissout également la division mythique entre un espace sacré et un espace profane.

 

Il nous faut te chercher autant dans la multitude que dans la solitude, un peu comme Yeshoua pendant sa vie publique, alternant l’extrême des foules et l’extrême du désert.

 

L’esprit d’Aimer c’est pour nous sa présence à l’univers, à tout être ; et nous cherchons à en avoir toujours plus conscience comme du tu essentiel qui fait pour nous de chaque être un tu.

 

Les noms que l’on égrène et répète sont le support de notre amour des autres en présence d’Aimer.

 

de tes mille mains tu caresses

l’espace de la danse

où tu nous entraînes en l’ivresse

de ton in sou ci ance

 

mais

 

lorsque tes sylphes se dispersent

il semble dans l’immense

qu’invisible partout me presse

l’excès de ton absence

 

Espace et valeur. ? Prends ton thermomètre sur le mur et retourne-le de bas en haut. Dis-moi ce que veut dire monter et descendre en température. N’a-t-on pas dit à l’origine que l’eau gelait à 100° et bouillait à 0° ? Cette prise de conscience peut être le départ d’une révolution culturelle. Pourquoi devrions-nous continuer de penser et d’agir selon une vision du monde héritée de pasteurs sémites et aryens d’il y a trente ou quarante siècles ? Pourquoi pas, certes, mais alors en ayant conscience de sa relativité et de ses conséquences.

 

13 mai 2005

Jusqu’à la fin la vieillesse est d’Aimer jour après jour, de vouloir avancer dans l’amour en priant l’Ami/e de nous en donner la grâce, de croître dans l’éveil de l’attention à l’autre tel qu’il paraît dans l’extériorité et dans l’intériorité, dans l’espace et le temps comme dans les pensées.

 

Vivre selon la réalité non fantasmée de l’espace, ce n’est pas forcément annuler l’ouranien et le chthonien l’un par l’autre ; ce peut être leur donner leur vraie valeur de force de l’imaginaire en les faisant concerter.

Peut-être y a-t-il un bon et un mauvais imaginaires. A moins que ce ne soient un imaginaire premier et un imaginaire dernier, un imaginaire des mythes, produit du désir, et un imaginaire du réel, produit de la dilection.

 

La croyance délivre de la peur de la mort par l’image du paradis, Aimer en délivre par l’oubli de soi pour l’autre.

 

c’est comme un cœur qui bat

tu ne l’entendrais pas

 

trop loin pour qu’on le fuie

trop près pour qu’on l’envie

 

si long que tu t’arrêtes

si bref que tu regrettes

 

ses deux notes ne changent

comme l’éternel ange

 

fidèle au souvenir

espérant l’avenir

 

dans l’empreinte des pas

entends le cœur qui bat

 

La retraite est la chance des longs silences où ta présence convoque les mille autres de notre sollicitude.

 

14 mai 2005

L’attention à ton silence produit les sujets de notre sollicitude, le cortège des autres.

Qu’importe qui de nous deux prévient l’autre, nous travaillons si bien ensemble en nos transmissions de pensée.

 

déjà le tamaris grisonne

le lilas rouille et le muguet

se ternit dans le glas que sonnent

les clochettes en nos aguets

 

mais la pluie qui hâte le pas

de leur beauté si éphémère

avec elle ne doute pas

qu’elle reviendra dans l’amer

 

Les mythes des origines et leurs homologues de la fin des temps ne sont-ils que le fruit d’une nostalgie et d’un désir de retour à un paradis fantasmatique ? (Les messianismes et les utopies s’y inscrivent). La vérité des mythes et du désir qui les crée est dans le mouvement vers l’humain dernier. Le désir accompli est celui d’Aimer.

 

Le Yeshoua d’Aimer aurait-il pu annoncer son retour, lui qui aurait dit qu’il était bon pour nous qu’il s’en allât ? Il s’est effacé pour toujours devant l’Esprit d’Aimer

 

Esthétique et politique sont des identités dont il faut estimer les degrés de parenté afin de les situer dans l’univers d’Aimer.

 

15 mai 2005

Dire que la musique doit être de son temps, c’est, avec Aimer, penser qu’elle doit s’adresser à son temps, non qu’elle doit en être le reflet. Elle n’est la juste avant-garde que si elle est inspirée et qu’elle abreuve le temps aux sources éternelles pour le vivifier.

 

« Papolatrie », dites-vous ? Mais au nom de quoi la combattez-vous ? Au nom de qui vous indignez-vous ? De quel héros divinisé, de ce Jésus dont vous célébrez le règne, la puissance et la gloire, dont vous avez fait une idole en vous en faisant une image adorable ? Aimer, tel que Yeshoua l’a manifesté, n’est pas une idole, un dieu, un héros. Elle, Il est tout sollicitude pour l’autre, Elle, Il s’efface devant chacun pour le faire vivre de sa vie.

 

cette chanson

tant qu’elle dure

tend les regards

dans la lumière

 

lorsque se ferment les paupières

dans la nuit le silence pur

recueille sur son seuil

un peu de ce feu de la terre

dont l’oraison est le murmure

 

en la prison

qui se fissure

noire mémoire

chante l’éther

 

 

 

 

16 mai 2005

Venez me voir si vous voulez, mais vous ne me parlerez pas de moi et je ne vous parlerai pas de vous. Nous parlerons des autres. Notre communion sera de surcroît. Non, pas de surcroît, mais la substance de notre commune sollicitude pour tous les autres. Le mot substance est un des moins inadéquats, mais nous sentirons que la réalité qu’il cherche à décrire est indicible.

 

écoute le silence toi

écoute écoute écoute

il dit l’amour la liberté

 

il dit mille visages

de tristesse de joie

de peur et de courage

 

il dit le souffle pur et doux

ici jusqu’aux extrêmes

il dit qu’il aime libre

 

écoute écoute écoute infiniment sans cesse

le silence qui vibre en l’infini d’Aimer

 

Si l’on pouvait dire qu’Aimer crée, on pourrait dire qu’il nous fait surgir comme liberté face à sa liberté.

 

Comment la conscience réfléchie pourrait-elle considérer sa liberté comme objet alors qu’elle lui est inhérente ?

 

La présence à Aimer est de l’ordre du vouloir, du vouloir conscient. C’est un face à face de deux libertés où chacune est libre par l’autre. Aimer ne peut rien si nous ne l’accueillons pas. Telle est sa sollicitude en sa délicatesse qu’Elle Il se présente à chacune et à chacun en égal/e.

Et pourtant la force d’Aimer nous est donnée, prêtée si l’on veut, un peu comme une force électrique qui cesse dès qu’elle n’est plus alimentée. Elle est le Don inaliénable d’Aimer pourtant toujours offert à qui l’accueille.

 

17 mai 2005

La joie que rien ni « personne ne peut vous ravir » (Jean XVI, 22) est celle que nous cherchons pour les autres, le bonheur qui n’est que de donner. Quelle horreur pourrait la vaincre ? Elle a l’énergie de l’amour éternel. N’a-t-elle pas fait tenir les plus heureux des camps de concentration, qu’ils en aient réchappé ou non ?

 

Nous faut-il, lorsque nous recherchons la vérité dernière de l’humain et du monde nous moquer éperdument de ce que l’on pense de nous ? Ce serait que cette vérité est celle de l’être comme aimer et qu’aimer, tout absorbé par sa sollicitude pour les autres, s’ignore.

 

Jean a vécu au plus près de l’intuition d’Aimer de Yeshoua. Ses écrits devraient pouvoir nous la livrer, quelle que soit leur implication dans une grammaire qui n’était pas celle qui convenait vraiment à cette intuition. Lorsqu’il a écrit : « Dieu est agapè », n’a-t-il pas définitivement éclairé, explicité cette intuition ? Encore faut-il apprécier le « estin », le « est » de « o Theos agapè estin » (I Jean IV, 8).

 

immobiles les galets

disent le roulement

millénaire qui les revêt

 

dans l’attente des cris

qui lissent leur silence

ils redisent leur longue vie

 

quelle force leur peau

donne au regard qui sait

trouver l’œil ouvert de leurs os

 

18 mai 2005

On peut chercher à prouver l’existence de Dieu ou son inexistence, ou encore l’impossibilité de prouver l’une et l’autre. On ne cherche pas à prouver l’existence d’Aimer, cela n’aurait pas de sens. Aimer est une expérience que l’on fait ou non, que l’on souhaite faire ou ne pas faire. C’est sur cette expérience ou sur son absence regrettée ou désirée que l’on peut, si l’on veut, fonder une réflexion valide et la mener.

 

Une étude comparative des syntaxes des langues du monde devrait mettre au jour les structures de l’imaginaire qui les régit. Mais avec quel instrument se ferait cette étude si ce n’est avec celui de notre propre langue ? Ne sommes-nous pas au rouet ? Non, la pensée vraie transcende le langage.

Une pensée qui veut se libérer des structures de la langue où elle s’exerce est amenée à les modifier. Est-ce pour cela que l’on a accusé l’Académie française d’être un instrument de répression ? C’est à la poésie sans doute de renouveler la syntaxe et toute la grammaire ; encore faut-il qu’elle le fasse par inspiration, non par jeu verbal (comme c’est à la philosophie de mettre au jour l’imaginaire qui la structure en forgeant de nouveaux concepts). Nos langues occidentales ont prouvé leur efficacité dans la maîtrise du monde, mais on pourrait tout de même essayer de connaître leurs limites et tenter de découvrir ce qu’il y a au-delà.

 

tu marches sur les cimes blanches

et tes empreintes

enceintes

enfantent dans le vent parmi le chœur des anges

 

19 mai 2005

Si « le savant s’intéresse à la nature parce qu’elle est belle », celui qui cherche la science et se veut insensible à la beauté de la nature est un savant handicapé.

 

Si l’on admet que la croyance demeure mêlée à la découverte d’Aimer dans l’Evangile, on admet aussi qu’il faut tenter de l’en détacher.

Le mélange se situe d’abord au niveau des structures de la langue utilisée, et ces structures sont en deçà des interférences et emprunts des concepts grecs et des concepts sémites.

Le partage ne peut sans doute se réaliser qu’à la lumière d’Aimer et de ses inhérences. Aimer se révèle exclusif du mythe qui commande la croyance.

 

sur le rameau qui ploie un instant tu te poses

et l’œil noir apprécie l’espace déployé

 

le centre que tu es fugacement se porte

insaisissable ici là-bas au nulle part

de ta pensée secrète et de ton pur désir

 

ah vienne ton chant d’or en écrin du silence

comme à l’entour de l’ombre les douces mouchetures

modulent le ramage où paraît la présence

 

sous l’arbre où tu empruntes un repère for tu it

une sève diffuse l’absence dont tu vis

 

Dans la nature le croyant privilégie le beau sublime, car ce beau-là lui parle de son dieu. Le fidèle d’Aimer y recherche toutes les nuances du beau, des plus ordinaires aux plus sublimes, car elles sont toutes des sacrements d’Aimer.

 

20 mai 2005

S’il est vrai que certains nazis étaient mélomanes, on peut se demander quelles musiques les touchaient, et si elles les touchaient parce qu’ils étaient nazis.

Il importe de savoir comment on peut être nazi puisque le nazisme n’est pas mort.

 

Il faudrait, en lisant Jean, rechercher ce qui relève de la pensée ouranienne afin de libérer de sa gangue la pépite de l’amour d’Aimer.

Le mot théos est lui-même un lieu de partage. Car il ne suffit pas de dire o theos agapè estin. Il faut renoncer totalement à l’ancienne image de dieu telle qu’elle était inscrite dans la conscience juive de l’époque : celle d’un dieu qui parle, qui sauve, qui s’oppose, un dieu transcendant acosmique, un dieu de lumière opposé aux ténèbres, un dieu archaïque qui sauve par l’eau des purifications et par le sang des victimes de propitiation dont la plus sublime est son propre fils.

 

On peut aimer les chrétiens, les juifs, les musulmans, les hindous, les bouddhistes… et ne pas aimer le christianisme, le judaïsme, l’islam, l’hindouisme, le bouddhisme…en ce qu’ils sont parfois un obstacle à l’amour de l’autre comme autre, ne serait-ce que parce que les religions sont mutuellement exclusives.

 

lorsque le vent des bourrasques t’engoule

jusqu’à la dernière alvéole

que le crachin

te pénètre jusques aux reins

 

marche dans l’exultation de la foule

qui prise dans la voix s’envole

tel un essaim

préparant le miel de demain

 

Dire que « la foi est une fidélité à plus que l’homme » est tout à fait compatible avec cette foi qui accueille l’infini d’Aimer.

 

21 mai 2005

Continuité-discontinuité. La tradition concerne l’humain premier, dont les sociétés sont faites. L’humain dernier est individuel en sa liberté dernière qui s’affranchit de toute tradition par un doute radical. Mais l’humain dernier est pour l’autre, pour chaque individu rencontré. Il est invitation vivante à Aimer, et il ne peut, en Aimer, contraindre, étant en Aimer tout liberté. Il ne cherche pas à révolutionner ni à réformer la société par la contrainte. Liberté, il est faiblesse devant la liberté de l’autre qu’il promeut.

Mais l’humain dernier prend en charge le fleuve de la tradition, non seulement en ce qu’il charrie de valeurs propices à l’amour de l’autre, mais en ce qu’il est en partie fait de valeurs qui ne lui sont pas contraires.

 

L’anniversaire d’un être aimé, c’est l’exultation de le savoir exister.

 

Etre heureux de son âge est une sagesse parce que c’est une adhésion à la vérité du temps et qu’il en est du temps comme de la lumière dont Aimer « vit qu’elle était bonne et belle » (Genèse I, 4).

 

ce voile qui au bleu s’absorbe

pour la lumière

d’éther

se grise tel en l’éblouissement qu’il se résout en l’absence de l’orbe

 

22 mai 2005

Casser les collocations est une des ressources d’une pensée nouvelle. Cela rend la lecture difficile, rebutante. L’invention d’un langage capable d’exprimer Aimer en toutes ses implications est une entreprise ardue. C’est un inévitable compromis. Il s’agit de donner à entendre ce qui n’était pas entendu dans une langue que l’on entend. Ce ne peut être qu’obscur et ambigu. « Qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende » (Luc VIII, 8), répétait Yeshoua. Ces oreilles, c’est l’intuition d’une vérité que l’on ne connaissait pas encore, mais qu’en l’entendant on ressent comme vraie.

 

La vérité n’est pas à chercher dans un retour aux origines ni dans une projection sur la fin des temps, démarche mythique ignorant le sens du temps. Elle est un dévoilement de l’être dans le temps qu’il surplombe de son éternité.

 

Avoir tort, y compris tort d’avoir tort, est une chance d’échapper à l’humain premier centré sur l’identité de son moi.

 

Dire que « Dieu est amour » reste ambigu, car « Dieu » ne perd pas facilement sa dénotation et ses connotations. Dire que l’amour est dieu peut être pire puisque cela peut priver Aimer de sa vérité, l’enfermer dans un vieux concept qui lui dénie son essence. De quel amour s’agit-il ?

Aimer l’autre comme autre ne cherche pas plus ou moins secrètement à l’englober. Elle Il est incompatible avec la vieille image des dieux, y compris du plus dieu des dieux, celui des monothéismes.

 

L’image du Bon Samaritain, ce devrait d’abord être celle du Samaritain pour le Juif d’il y a 2000 ans, de l’autre comme autre.

 

Si Aimer est le secret de l’être, le concept d’Aimer est un concept glouton, non, colorant plutôt : il colore tous les autres concepts à la mesure de leur relation à l’être.

 

elles envahissent nos pentes

dans l’identique

toutes uniques

chacune en son heure distincte

sphère instinctive grossissante

qui nous propose en son bonheur

un soleil doux

dont les regards

réfléchissent l’art sur nos sentes

 

23 mai 2005

votre profil

sur ce lit de nuages

efface l’âge

 

vous êtes telle

qu’en la première aurore

et plus encore

 

vous êtes belle

de ce que la chaîne et la trame ont produit de la vie en son fil

 

L’intérêt des mythes, c’est qu’ils nous posent des questions vraies et nous proposent des réponses fausses, nous invitant à la réflexion.

 

Sommer une nation de choisir entre un oui et un non (dans un referendum) est une entreprise manichéiste (même le noir et le blanc de la première photographie fait apparaître mille nuances). Comment faire pourtant lorsque le pour et le contre sont inscrits sur le socle d’une civilisation, lorsqu’il y est écrit en lettres sacrées ce que le Christ aurait dit : « Qui n’est pas avec moi est contre moi » (Matthieu XII, 30). Yeshoua aurait pourtant dit aussi à ses disciples que « ceux qui n’étaient pas contre nous étaient avec nous » (Marc IX, 40).

 

Lorsqu’on a eu à lire des milliers de pages d’interprétation d’un ouvrage, on sait que l’interprétation est d’une diversité à peine imaginable, et l’on se dit que l’interprétation fait autant connaître l’interprète que l’interprété.

 

Il ne s’agit pas de se justifier, de se sauver. Ce serait de l’ordre du moi, de l’humain premier. Il s’agit, si l‘on tient à garder le vieux langage, d’être justifié, sauvé ; sauvé de son moi par la justice d’Aimer, ne vivant avec Lui Elle que pour les autres, je face à tous les tu. « Celui qui voudra sauver sa vie / son âme, la perdra » (Luc IX, 24).

 

24 mai 2005

La violence est le lot commun de l’humain premier sans distinction de sexe. Si les femmes sont plus souvent victimes de violences conjugales que les hommes, c’est qu’elles sont en général musculairement plus faibles que les hommes.

 

Celles et ceux qui s’imaginent que les violences qu’a connues l’Europe du XX° siècle n’y sont plus possibles ne connaissent pas l’humain premier.

 

Le pardon de l’humain premier se fonde sur l’humilité de celui qui le demande et sur la magnanimité de celui qui l’accorde. Il demeure centré sur le moi de l’offensé et sur celui de l’offenseur (« les vertus de jettent dans l’intérêt comme les fleuves dans la mer »).

Le pardon de l’humain dernier, puisque le mot pardon est utilisé en continuité-discontinuité, se comprend dans la logique de l’amour de l’autre comme autre et de ses inhérences. Qui aime pardonne, qui pardonne montre que l’amour le fait agir, étant ainsi lui-même pardonné de ses propres offenses puisque sorti du non-amour. Qui veut être pardonné selon l’humain dernier le veut au nom de l’amour de l’autre comme autre ; il est ainsi déjà pardonné, indépendamment de la réaction de l’offensé puisque l’amour le libère du non-amour. C’est, encore une fois, ce que Yeshoua donne de comprendre lorsqu’il dit de la pécheresse : « Ses péchés sont pardonnés parce que / puisqu’elle aime » (Luc VII, 47).

 

Lorsque le philosophe comprend que l’amour de l’autre comme autre explique la coexistence du fini et de l’infini, que l’être de l’être est cet amour même, il est prêt à dialoguer avec le théologien qui a reconnu en cet amour le message de Yeshoua. Ainsi cesse l’attitude schizophrénique, l’allure désunie du philosophe chrétien.

 

le bois qui craque

en la demeure

rejoue le jeu

de la futaie

 

et sur la flaque

son âme sœur

repose au bleu

qu’elle habitait

 

La métamorphose animale est l’image de notre passage de l’un à l’autre humain.

 

25 mai 2005

Si l’Esprit Saint est appelé défenseur, c’est que dans la métaphore de la justice il s’oppose à l’accusateur. Il est celui qui justifie parce qu’il est le Don d’Aimer, justifiant l’humain premier qui l’accueille en aimant de l’amour qu’Il propose..

 

Le vivre ensemble humain précède le vouloir vivre ensemble. Il prolonge le vivre ensemble animal. Il peut être simplement pratiqué, vécu, parfois subi. On le reçoit avec la vie. On peut le trouver bon sans s’interroger sur son pourquoi et son pour quoi. En fait les questions viennent lorsqu’on le trouve mauvais ou simplement médiocre et qu’on le croit perfectible. Ainsi sont nées les lois. Elles appartiennent à l’humain premier, où le droit veille à ce que les intérêts des uns et des autres soient respectés sans trop de violence, où la liberté de chacun est limitée par celle des autres.

Que vient faire Aimer dans cette organisation du vivre ensemble ? Etant pur souci de l’autre, pure sollicitude, Aimer respecte le droit de chacun, mais c’est au nom de l’autre, car Aimer trouve son bien ultime en l’autre plutôt qu’en soi.

Aimer tend à répandre cet esprit d’amour de l’autre par celles et ceux qui en vivent, induisant ainsi un progrès éthique des sociétés humaines. Aimer ne peut cependant les changer radicalement, établir son « règne », car Aimer est tout liberté et se renierait en déniant à son autre sa liberté.

 

Celles et ceux qui croient en Dieu peuvent bien espérer qu’Il régnera dans les siècles des siècles. Ce n’est qu’un espoir plus ou moins conscient de régner avec Lui, et cela n’a rien à voir avec Aimer.

 

elles serrent leur cache-cœur

dans les coulisses de l’aurore

méditent l’or de leur semence

dans l’ombre blanche qui les vêt

 

en attendant qu’en son ardeur

les déclosent la vie la mort

du prince antique de la danse

qui après chaque nuit renaît

 

26 mai 2005

Disjonction et conjonction sont-elles les bases de la pensée ? Comme l’univers d’Empédocle fait d’attractions et de répulsions ? Comme l’amour de l’autre pour l’autre en la juste distance du je-tu ?

 

 

tu me donneras des ailes

et je connaîtrai ton air

partout qui comme une mer

en me pénétrant m’emmêle

 

me soutient de sa substance

comme le manger le boire

et qui du matin au soir

vers toi me lance et relance

 

mais pour être partenaire

et te connaître en ton air

il faut que je m’en démêle

alors donne-moi tes ailes

 

Qui aime ne peut être qu’avec l’autre. Penser que l’infini est amour, c’est penser qu’il ne peut être sans autre. Est-ce une autre façon de dire que puisque l’infini et le fini coexistent l’infini ne peut être qu’amour ? (A défaut de reconnaître l’éternité du monde puisque l’on croit au mythe de la création, on doit inventer le mythe de la famille divine).

 

Difficile d’échapper au mythe des origines. Le péché originel de Freud n’est-il pas le meurtre du père ?

 

« La vie, on ne sait pas ce que d’est ; ça n’existe pas ». Parole d’un scientifique. Décidément le scientifique est bien la mesure de toute chose de monsieur Protagoras.

 

27 mai 2005

Comment, de bonne foi, pouvons-nous ainsi nous diviser sur le projet européen ? Notre dialogue de sourds témoigne-t-il de l’inextricable complexité du réel et de l’opacité qu’il dresse devant nous lorsque nous tentons de le comprendre ? Faut-il pour résoudre notre incompréhension mutuelle remettre chacun en cause nos certitudes ? Faut-il accuser notre immaturité et donc douter de notre capacité à vivre la démocratie ? Est-ce l’alternative du oui et du non qui est inadéquate à ce stade de la consultation générale ? Aurait-il fallu une enquête d’opinion de laquelle les enquêteurs auraient pu tirer une connaissance exacte de la pensée politique générale ?

Mais ne voit-on pas l’incompréhension insurmontable apparaître partout au sein des groupes, des couples même ?

L’amour de dilection devrait, en sa sollicitude, permettre l’intelligence mutuelle. Pourquoi est-il si rare et si faible dans l’humanité ?

 

grillez grillons

l’herbe pourtant restera verte

 

votre brûlot

charbon brûlant

noir de désir

et crépitant

fait du silence

l’horizontalité déserte

 

l’ardent regret

épelle appelle

de nos étoiles

présentes certes

les voix muettes verticales

 

28 mai 2005

Les textes des Evangiles sont étonnants lorsqu’on en a perdu la fréquentation depuis longtemps. Que penser de ces juxtapositions de logia qui n’ont de prime abord rien à voir ensemble ? Ainsi de Marc XI, 24-25 : « Tout ce qu’en priant vous demandez, croyez que vous l’obtiendrez et vous l’obtiendrez. Et lorsque vous entrez en prière, remettez aux autres ce que vous avez contre eux (et ce qu’ils ont contre vous puisque le non-amour est relationnel comme l’amour) afin que votre père des cieux vous remette vos manquements. ». Peut-on dire en confrontant la foi du verset 24 et le pardon du verset 25 qu’ils se conditionnent au point de se confondre, que la foi c’est l’accueil d’Aimer qui donne l’amour des autres et son surcroît ? Il faut pour le penser avoir reconnu l’absolu comme Aimer et l’avoir accepté comme moteur de ses actes et de ses pensées.

Faire des juxtapositions des logias évangéliques des asyndètes pourrait être révélateur (autant des textes interprétés que de leurs interprètes). Ici, une « prière » n’est « efficace » que si elle est une demande de l’amour de l’autre.

Si la juste prière est celle d’Aimer participée, peut-on extrapoler et se dire que la juste pensée et la juste action le sont aussi ?

 

La reconnaissance envers celles et ceux à qui nous devons sans quelles et ils le sachent ni ne nous connaissent encore ne peut s’accomplir que dans la connaissance mutuelle. C’est un secret espoir.

 

distille à midi tes senteurs

louange pourpre du soleil

à travers tes fines paupières

il pénètre ton coeur

 

exhale à midi son bonheur

qui guide vers toi les abeilles

avec lui les portent les airs

abreuvant la splendeur

 

29 mai 2005

la beauté se balade par les rues

touche ici un visage là un corps

est-ce d’argent est-ce d’or

que se revêt le nu

 

en sa fuite fugace entraperçu

elle dit que personne ne possède

ni n’appartient ni ne cède

en ce qui n’est que vu

 

et que dans la poursuite retenu

pour la rencontre d’Artémis et d’Actéon

le désir enfin répond

à la beauté qui tue

 

La juste mémoire et le juste oubli, comme toute la juste pensée, opèrent dans l’ombre et la lumière résolues en l’unité d’Aimer.

 

Le pardon n’est pas l’impossible oubli, mais la métamorphose de l’hostilité en respect par la force d’Aimer.

 

Reconnaissances, nobles sépultures, tombeaux aux défunts tels qu’en eux-mêmes enfin. On n’en peut parler sans se faire une idée de leur situation. Si l’on pense que la disparition est une abolition, à quoi sert notre reconnaissance si ce n’est pour ce en quoi nous nous sentons eux ?

 

Une idée, politique, philosophique, religieuse, artistique…vaut en elle-même. Lui attribuer la valeur de celle, de celui qui la propose, c’est la discréditer face à la vérité en lui donnant la force du mythe du héros.

 

Il n’est de pardon dernier que d’Aimer. En Aimer il se reçoit et se donne.

 

la vague énorme qui se pose

sur le peuple qu’elle est l’emporte

vers son destin que nul ne sorte

que non ou oui il le propose

 

et qu’importe qu’il soit majeur

ou oui ou non elle décide

et le plonge en son bain acide

découvrant le rongeant les cœurs

 

30 mai 2005

Peut-on parler d’une théologie naturelle de Yeshoua, de ce que sa pensée devait à l’observation cosmique plutôt qu’à la tradition de son peuple ? Ne peut-on pas dire que le soleil et la pluie lui ont donné l’intuition d’un universalisme qui devait entrer en conflit avec le sentiment de l’élection juive ? (Matthieu V, 45).

 

Notre héritage culturel (religieux, philosophique, artistique, scientifique…) requiert l’aval de notre liberté dernière. Nous pouvons-devons le passer au crible d’Aimer si nous tenons Aimer pour le secret dernier de l’être qui nous offre notre liberté.

 

Et droit à ceci…et devoir de cela… Il faudrait tout de même se demander ce qu’il peut y avoir d’irrationnel, d’affectif dans ces mots qui jouent aux grands. Ils ont quelque chose de solennel qui peut cacher quelques misères. Summum jus summa injuria. Il serait équilibrant de se souvenir de l’équité face à la justice. Comme les mots morale et éthique en face à face et par leur seule dualité donnent à penser à une réalité qui dépasse la langage, ouvrant un chemin,qui sait, vers l’être même de l’être.

 

Peut-on, faut-il, faut-il, peut-on, lorsque votre adversaire politique a eu raison de vous, se demander s’il n’a pas eu un peu raison ? Est-ce résignation ? Mollesse de conviction ? La division montre au moins la liberté de penser, y compris de mal penser et de se demander si l’on ne pense pas mal.

 

la pluie battante et le ciel lourd

doucement passent

les eaux là-haut toujours accourent

mais lasses

elles ont fini de tomber

 

ne reste que la belle traîne

de cette dame

que tire amour et chasse haine

en l’âme

qui marche vers sa liberté

 

31 mai 2005

un pétale et puis deux ou trois sur la table

où le bouquet bas fait une ombre

qu’ils éclairent de leurs couleurs

 

une journée et puis deux ou trois éphémères

joies qui rejoignent dans le coffre

la mémoire libre à toute heure

 

un souvenir et puis deux ou trois qui veillent

la longue théorie d’enfance

rassemblée en frères et sœurs

 

Admettre l’infinité de l’être, c’est admettre aussi l’incréabilité mathématique. Aucun concept mathématique n’existera qui puisse avoir été créé par un esprit fini qui l’aurait pensé : il n’aura fait que le découvrir. Ainsi sans doute de toute création, et si tel est le cas, que devient le concept de création ? L’infini de l’être exclut le néant. Toute « création » est une transformation.

Tu es présent au fini selon tous les possibles ; mais c’est par le plus près de ton être, Aimer, que nous pouvons t’être le plus présent. C’est par notre volonté de bien pour l’autre que nous entrons au cœur de ta relation à l’autre.

On peut fonder le pardon sur la valeur de l’être (« tu vaux mieux que tes actes », dit Paul Ricœur) à condition de comprendre cette valeur comme celle du Don qui lui est proposé. Il s’agit d’une valeur postulée, non constatée mais déduite de la vision du monde où, quel que soit le mal commis, l’espoir demeure de le dissoudre dans l’amour. C’est un pardon non « parce que », mais « pour que », au sens où la dette, pour parler le langage premier, peut être remise afin que le débiteur retrouve le crédit de l’amour.

 

1er juin 2005

Les lois de prédation qui règlent la vie animale arrivent à une limite avec l’émergence de la conscience réfléchie. En connexion avec celles de l’agression, elles acculent l’humanité à inventer le droit, en attendant que prenne le relais l’amour d’altérité dans la découverte de l’humain dernier.

 

Le conflit des interprétations est d’abord le fouillis des interprétations proliférant à la mesure de nos ignorances face à la complexité du réel.

 

La pluralité des convictions politiques révèle des conflits d’intérêt, mais aussi la faiblesse des intelligences face à la complexité du réel. En les sortant de l’intérêt, Aimer devrait les rendre plus lucides.

 

La pluralité des interprétations de l’intuition de Yeshoua, telles qu’elle se manifeste dans les paroles qui lui sont attribuées à tort ou à raison invite à rechercher une intuition qui serait une participation à la sienne.

Le conflit des interprétations des Evangiles que permet le libre examen incite la lectrice, le lecteur à tenter de découvrir ses propres motivations dans la recherche de la véritable intuition de Yeshoua.

 

d’autres et d’autres et d’autres pétales

se sont laissées choir sur la table basse

la mélancolie de leur guerre lasse

déroule éphémère un tapis d’accueil

 

la senteur de grâce qui flotte s’étale

dans l’air immobile où l’attend le soir

et la confidence à ne plus se voir

pénètre le cœur au-delà du deuil

 

2 juin 2005

Nous vivons de traditions, de savoirs et d’agirs découverts et mis au point par des générations de peuples ; mais nous sommes libres de les avaliser ou non. Il n’y a pour la conscience libérée par Aimer aucune tradition incontestable.

Nous ne pouvons espérer passer au crible du doute la totalité de ces savoirs et de ces agirs, mais nous pouvons vérifier leurs fondements.

Ce qui nous est transmis et que nous transmettons est plus vaste que ce que nous arrêtons et contestons. Nous ne pouvons refuser valablement qu’à titre personnel, c’est-à-dire dans la liberté dernière. Ce que nous refusons collectivement, nous le faisons entraînés par des forces qui relèvent de cette liberté première que la liberté dernière rend obsolète. Nos révolutions et nos réformes ne contribuent au progrès éthique de l’humanité que dans la mesure où elles sont inspirées par la liberté dernière où naît la liberté de l’autre, à savoir par l’amour de l’autre comme autre.

 

les herbes qui nous montent au visage

l’exubérance de leurs fleurs

invitent à entrer avec elles en partage

au passage de l’heure

 

que le midi retenant son haleine

immobile un instant demeure

que la joie proposée par ses mille pollens

en la plaine ne meure

 

3 juin 2005

L’humain premier fonctionne-t-il nécessairement sur le mode mythique ? L’humain dernier évacue-t-il nécessairement le mode mythique ? Si tel est le cas, quelle fonction l’humain dernier donne-t-il à l’imagination ? Une fonction heuristique ?

 

Le chercheur fait apparaître des objets, tels que les objets mathématiques, il ne les crée pas. Les objets idéaux ne dépendent de la conscience du chercheur que dans leur expression.

Le réalisme mathématique implique une conscience préexistant éternellement à la conscience humaine. On comprend qu’il provoque une résistance chez une conscience à qui une conscience éternelle apparaît comme un obstacle à son autonomie.

 

Il ne suffit pas d’avoir l’impression d’une évidence pour qu’elle corresponde à une réalité, mais elle invite à rechercher l’existence de cette réalité.

 

Le mot « naïf » n’est pas un mot scientifique, car il ne peut s’affranchir de sa connotation insultante. Il est naïf de penser que le mot « naïf » puisse être totalement objectif (Ah, ah !)

 

d’une fenêtre à l’autre l’air

visite la demeure

et le vide s’immerge

aux ondes qu’il transporte

 

le souffle vient oindre la chair

des pensées de l’ailleurs

en l’océan sans berges

qu’entre l’autre et qu’il sorte

 

4 juin 2005

Les philosophes du langage cherchent à le comprendre et interpréter. Ne faudrait-il pas que ce soit pour le transformer ?

Faut-il le comprendre totalement pour lui permettre d’exprimer des pensées impensables en celui des penseurs qui nous ont précédés ?

 

Une pensée qui referme le langage sur lui-même est-elle commandée par un imaginaire de la coupure, du dualisme ouranien. ?

Dis-moi si tu préfères la différence ou la référence, je te dirai quel imaginaire te gouverne.

 

Il ne suffit pas d’affirmer que l’invention culturelle fait partie de la tradition, il faut comprendre comment s’articulent préservation et innovation dans la diversité des interprétations qu’en donnent ceux qui ont le pouvoir de convaincre alors même que ce pouvoir est aliénant. Il revient à toute conscience d’accéder à la liberté dernière où elle pourra pour elle-même décider d’accepter ou de refuser, et dans quelle mesure, ce que l’ancien et le nouveau proposent.

 

cette aube pâle qui hésite

à imposer sa vérité

sait qu’à jamais elle transite

et que l’on ne peut l’arrêter

 

lumière douce ou feu aigu

ses passages déshabituent

comme notre mer qui étale

sereine parfois ou brutale

 

déambulant le temps médite

d’un pas puis l’autre ou d’un glissé

dansant donne ce qu’il hérite

et le reprend dans un jeté

 

 

 

 

5 juin 2005

Que peut-on tirer de bon de l’Apocalypse ? On pourrait dire qu’elle a tout faux puisqu’elle est fondée sur le mythe de la fin des temps. Fait-elle place à l’amour de l’autre, seul critère de validité du message de Yeshoua ?

 

touche de rose

dans la verdure

ton teint s’expose

silence pur

 

donne au jardin

de l’âme un centre

lorsqu’au matin

ton cœur y entre

 

6 juin 2005

Qui peut être sûr qu’aucun de ses ancêtres n’a été ni esclave ni maître ?

 

La dignité d’un être est celle à laquelle il est appelé à accéder par sa nature ; c’est celle de ses potentialités. N’est-ce pas ainsi que nous naissons « égaux en droit » ?

 

ce souffle qui s’inspire et qui s’expire

meut la demeure en connaît tous les êtres

ne laisse nulle part qu’il ne pénètre

libre de ses entrers comme de ses sortirs

 

depuis où et jusqu’où sa substance subtile

s’en vient s’en va à l’entour de la terre

porteuse claire secrète messagère

du noble si souvent parfois du vil

 

le corps aussi se nourrit de nouvelles

en ses murs l’eau le feu la terre et l’air

échangés se concertent et font paraître

 

en souffles raffinés la parole plus belle

et le chant du monde des îles

assemblés au cœur du désir

 

Le mythe est le soutien provisoire des individus et c’est un provisoire qui dure chez la plupart jusqu’à la mort. Quant aux sociétés, elles y demeurent plongées et n’en émergent qu’en de rares archipels ?

Le mythe entraîne les sociétés pour le meilleur et pour le pire. Celles et ceux qui s’en libèrent ne doivent-ils pas, gardant le sens de l’imparfait, chercher à l’utiliser pour le meilleur en l’épurant de ses imperfections ? Mais d’autres se sentent faits pour la protestation et refusent de travailler la société de l’intérieur. Elles eux aussi jouent leur rôle.

 

La création ex nihilo, fantasme de la volonté de puissance, mythe premier, magie suprême.

 

7 juin 2005

On n’en finit pas de chercher ton silence. Désir-effort, la vieille soif du Dieu vivant est vraie. Si tant est que l’on puisse être sûr de ce que cela veut dire pour celles et ceux qui murmurent la parole du Psalmiste. Mais désirer Aimer c’est chercher ta sollicitude pour tous et y entrer déjà un peu ; c’est prononcer des noms avec amour, que ce soient ceux de gens qui nous aiment ou ceux de gens qui ne nous aiment pas.

 

N’est-ce pas pourtant ta beauté et ton intelligence éclatant partout dans le monde qui m’attirent ? Elles y sont plus visibles que ton amour, car ton amour ne se montre que par celles et ceux qui l’accueillent de toute leur liberté.

 

Ce qui fait du christianisme une religion, c’est son messianisme et ses autres mythes hérités de la tradition commune. Ce qui l’en distingue, ce n’est pas son historicité, réabsorbée dans le temps mythique par les rites de mémoire, mais son éternité, son dévoilement du vrai visage de l’Eternel, Aimer. Ainsi se justifie la démythisation par laquelle Elle Il achève de se révéler Tel qu’en Elle Lui-même.

 

ce bleu saphir

flotte comme une mer

et pour me dire

ton silence de feu

dans un soupir

j’écoute bruire l’air

 

ces houles viennent

de plus loin que là-bas

ici se tiennent

comme accourues les foules

en l’eau sereine

au plus près de nos bras

 

la douce grève

est le don du vieil âge

où comme en rêve

notre glaive s’émousse

lorsque s’achève

le grand pèlerinage

 

 

8 juin 2005

La beauté et l’intelligence répandues dans les êtres ne sont-elles pas la révélation de l’amour que tu nous portes ?

 

la digitale gît allongée dans son sang

belle comme un sommeil de la femme que j’aime

lorsque je l’imagine morte

 

quelle lame insensible retranche des vivants

la fleur de la jeunesse avant qu’elle ne sème

l’espoir des saisons qui l’emportent

 

mais d’autres ont échappé à la triste saison

que poursuivant jusqu’au bout sa logique

comble le geste génocide

 

elles peuplent encore jusques à l’horizon

le regard de l’amour qui les veut magnifiques

et d’âge en âge les décide

 

La mémoire des grands hommes (et des grandes femmes évidemment), que voulez-vous que ça leur fasse qu’on la célèbre ? Qu’ils l’aient eux-mêmes perdue faute d’exister encore ou qu’Aimer les fasse vivre dans le souci des autres, elle ne sert qu’aux habitants présents de la terre et grâce à leur illusion mythique que cela pourrait faire du bien à leurs disparus. Leur souvenir n’a d’intérêt rationnel qu’intégré à l’histoire de l’humanité en ses expériences heureuses et malheureuses afin qu’elle en tire sagesse pour sa présente existence.

 

9 juin 2005

En faisant de la fidélité à leurs traditions un devoir sacré, on enferme leurs héritiers dans une prison intellectuelle et morale.

Libéré du mythe, non par la raison cartésienne si souvent sacralisée, mais par la liberté inhérente à Aimer, on s’ouvre à toutes les traditions des peuples de la terre à travers les âges.

L’éclectisme sélectif de l’amour universel s’élabore et s’éprouve dans la cohérence de la totalité connue et soupçonnée.

 

Nous cherchons la vérité, y compris la vérité scientifique, non par devoir mais par reconnaissance de ce qu’elle présente la beauté, l’intelligence et la bonté du réel.

Partir en reconnaissance des choses en ce qu’elles manifestent la sollicitude d’Aimer leur conférant beauté, intelligence et bonté, ce n’est pas revenir aux religions cosmiques, car Aimer dissout le religieux à mesure qu’on le reconnaît tel qu’il est.

 

L’interprétation philosophique de l’indéterminisme quantique est-elle invinciblement liée aux présupposés du philosophe ? Le matérialiste en donnera une interprétation matérialiste et le spiritualiste une interprétation spiritualiste.

 

Que peut nous apprendre l’homéopathie sur la nature de la matière infinitésimale des hautes dilutions ? Qu’y a-t-il de vrai dans le principe de similitude ?

 

ces cailles qui rappellent

font la carte des champs

l’espace

complice de l’instant

vibre pur en leurs ailes

 

être ici ou là-bas

tel un électron mou

déplace

en l’univers pour nous

le jeu du toi et moi

 

10 juin 2005

C’est mal si prendre que d’aborder un poème en cherchant à le comprendre. Il faut se laisser surprendre par ce qu’il est de beauté et de sens, de sens en sa beauté, de beauté en son sens.

 

La poésie mêle le sujet et l’objet, parle inséparablement de l’un et de l’autre, de l’un en l’autre. Mais tenter de les distinguer après en avoir ressenti la communion conforte en l’idée de la parenté des êtres autant que de leur singularité.

 

Les chrétiens qui ont peur du bouddhisme parce que sa compassion en fait un concurrent sérieux de leur amour ne comprennent pas que cet amour ne leur appartient pas et qu’il peut prendre le nom de compassion en ta sollicitude universelle. Quant à celles et ceux qui craignent secrètement pour la puissance de leur Eglise, peut-on dire qu’ils soient entrés dans le Royaume des cieux ?

 

le champ de blé diffuse

son rêve de la nuit

et sa fragile muse

en l’aube déjà fuit

 

le marcheur à peine ose

ouvrir l’air qui inspire

la fragrance des choses

mêlées de souvenirs

 

cette senteur fidèle

d’âge en âge à son être

rassure et renouvelle

son désir de renaître

 

le marcheur confondu

en sa reconnaissance

trouve le nouveau tu

de l’éternelle essence

 

le champ de blé en lui

de paroles confuses

tire l’air ébloui

de l’aurore qui fuse

 

11 juin 2005

comme un enfant qui tombe et pleure

dans l’allée solitaire

et puis se tait

découvrant dans l’ombre une sœur

et la voix de la terre

où il renaît

 

Une science qui n’arrive pas à expliquer ou, pire, refuse de prendre en compte les phénomènes avérés de télépathie, d’homéopathie et autres bizarreries de la nature, révèle sa fragilité.

 

Demander à un témoin ou à un accusé de jurer de dire la vérité est-il rationnel ? S’il est menteur, son serment est peut-être un mensonge, et s’il n’est pas menteur, son serment est inutile. Le serment est une illusion fondée sur une méprise du langage et sur la croyance en sa sacralité.

Lorsque Yeshoua demande à ses disciples de ne pas jurer, il parle selon la vérité démythifiante d’Aimer. Aimer n’a pas à jurer qu’il ne mentira pas puisqu’il ne peut pas mentir. Peut-on mentir à ceux qu’on aime ? (Leur cacher la vérité n’est pas nécessairement un mensonge).

 

Aimer libère du mensonge à soi-même constitutif de l’humain premier : Aimer révèle à ceux qui l’accueillent qu’ils ne peuvent être l’auteur de l’amour désintéressé dont ils ont fait leur idéal.

 

12 juin 2005

Le dualisme des cultures ouraniennes pervertit l’univers en le moralisant ; il asservit l’humain qui l’habite et qu’il habite. Mais « ni la hauteur ni la profondeur ne peuvent nous séparer de l’agapè… » (Romains VIII, 39).

En démythisant les cultures, Aimer restaure le sens du cosmos et la diversité unitaire des valeurs qu’il symbolise.

 

L’universalité d’Aimer lui donne une apparence impersonnelle. Davantage encore, cette sorte de réciprocité automatique de l’amour et du pardon : « Bienheureux les miséricordieux car ils obtiendront miséricorde » (Matthieu V, 7). « Pardonnez et vous serez pardonnés. Donnez et l’on vous donnera » (Luc VI, 37s).

 

Si nous ne rencontrions pas des gens qui ne cessent de nous croire intéressés, nous serions sans doute incapables de comprendre notre essentielle incapacité d’être désintéressés et d’accueillir le don du désintéressement d’Aimer.

 

la peau criblée de sable sur la dune

au vent dans la froidure

ressent paupières closes l’aventure

de l’invention qui ose

des lèvres à la narine et de l’œil à l’oreille

toujours plus loin le long chemin l’éveil

où l’accueille dans la distance l’existence

de ce qui se repousse et de ce qui s’attire

en l’ineffable une

 

13 juin 2005

Vous qui défendez la vie, êtes-vous sûrs de ne pas le faire au nom du père castrateur plutôt qu’au nom d’Aimer ?

 

A quoi cela sert-il de penser, penser, penser l’être si cela n’empêche pas 20000 enfants de mourir de malnutrition tous les jours ? Et pourtant, c’est parce que nous concevons mal l’être, le temps, l’espace, l’univers, la vie, la conscience…que nous ne nous soucions pas des autres.

 

Tous ces poètes qui gémissent sur le temps, que leur manque-t-il pour qu’ils en reconnaissent l’excellence ?

 

En son principe même, le fini est discontinu, parce qu’il est multiple. Il est fondé sur la dualité première de la répulsion et de l’attraction, de la haine et de l’amour d’Empédocle. Il mime déjà l’altérité d’Aimer.

 

cette ombre sous le pin

n’est plus ce qu’elle était

cette ombre sous le pin

est plus qu’elle n’était

 

foreuse la racine

approfondit la mine

et le rameau anime

la croissance des cimes

 

dans le bois une force

renouvelle l’écorce

et subtiles les formes

apprivoisent les normes

 

le secret du jardin

grandit dans la clarté

le secret du jardin

se scelle pour l’été

 

Il existe un devoir de mémoire qui s’inscrit dans le mythe de l’origine fondatrice, un souviens-toi qui participe de la dynamique messianique. Le meilleur devoir de mémoire n’est pas un devoir ; il participe du souci de l’autre en la vie d’Aimer.

 

14 juin 2005

Le christianisme peut-il se démythiser sans mourir ? Faut-il qu’il meure pour ne plus vivre que de son trésor caché ? Que serait un christianisme privé de sa mythologie messianique ? Que serait son rituel ?

Ce sont là des questions qui ne peuvent devenir pratiques que si l’on reconnaît qu’Aimer suffit. Aimer ne peut suffire si l’on n’y découvre pas la joie qui comble le désir suprême de l’humain.

 

Le mythe semble inscrit dans le psychisme de l’humain premier. Celles et ceux qui prétendent en sortir par le rationalisme montrent dans leur comportement qu’il continue de les inspirer.

 

Si le sacré c’est l’interdit, avec Aimer rien n’est sacré. Avec Aimer tout est permis (« Aime et fais ce que veux » : tu ne saurais mal faire si Aimer t’inspire). Avec Aimer, l’amour de l’autre est le guide du penser, de l’agir, et même du sentir et de l’imaginer.

Opposer la force du sacré aux dérives technologiques manipulatrices du vivant, voire du conscient, c’est aller à l’échec. Le sacré, s’il est vrai qu’il est fondé sur la peur, invite l’humain à la bravade, et comme tel il est condamné.

 

ce chant de feuilles tendres à l’extrême de la ramure

tend son offrande au pur

 

cette rougeur hésite à rejoindre dans la verdure

une foule mature

 

et l’arbre qui s’efforce à la limite se dépasse

complice de l’espace

 

qui l’accueille à mesure qu’avancent les bras où l’enlace

l’infini de sa race

 

15 juin 2005

dans l’air mouillé du matin

cette odeur de blés en fleur

porte le promeneur

 

le chant de son pas léger

donne à l’espace entrouvert

l’écho de son mystère

 

la chair qui parle au silence

se fait attentive à l’un

de l’infini parfum

 

Est-il trop tard pour aimer les morts que nous n’avons pas aimés, que nous n’avons pas aimés assez ?

 

La participation doit retrouver sa place à côté de l’opposition dans l’approche du réel fini, car il est structuré selon la dualité première du continu et du discontinu, comme de l’unité et de la multiplicité.

La sympathie et l’antipathie immédiates sont le ciment et les pierres de la construction de l’humain premier. Il est bon de les apprécier comme préparation à l’amour d’altérité de l’humain dernier.

 

16 juin 2005

Les apparences que nos sens saisissent ne nous livrent pas la totalité du réel qu’elles expriment, mais elles ne sont pas fausses. Elles sont partielles, mais elles ne sont pas trompeuses. L’affirmer est peut-être faire montre d’un optimisme infondé ou souscrire à la croyance que l’auteur du monde en est le garant. Le guide sûr est la cohérence de l’univers, même si elle peut n’être qu’un postulat heuristique.

La nature telle qu’elle nous apparaît, débarrassée au moins en partie de ce que la connaissance y projette dans la perception, nous livre du sens et de la beauté.

Avant de devenir une technique esthétique, la perspective est un regard fondé sur la réalité objective. Il est faux de dire que la beauté n’est que dans l’œil qui la contemple (il est d’ailleurs intéressant de se demander les raisons de cette affirmation).

La beauté imparfaite qui apparaît dans la nature nous invite à la parfaire grâce aux schémas de la beauté inscrits en nous (certains diront innés).

 

Aimer ne parle pas mais fait parler celles et ceux qui l’accueillent en son silence. Aimer fait parler d’Aimer, c’est-à-dire des autres aux autres.

 

le beau

renouvelle la peau

le sens

cherche une descendance

 

le pin

veille sur son destin

ses cônes

diffusent ses icônes

 

17 juin 2005

La poésie ne se pose pas la question de la vérité des apparences, elle les mime pour leur faire dire la beauté qui leur donne d’apparaître.

L’art voit les choses d’un regard que ne modifie pas l’utilité, d’un regard non éduqué pour les maîtriser. Il y met au jour d’autres réalités.

 

La honte et l’honneur, la culpabilité et la bonne conscience font partie des guides de l’humain premier. Et ils orientent vers l’humain dernier par leur insuffisance. Aimer libère du regard de l’autre en donnant de le regarder avec Sa sollicitude. De surcroît, il libère du regard sur soi-même.

 

un autre arum déroule le relais

parchemin blanc pur à jamais

de toute écriture qu’on lise

 

à l’empire des signes ici oppose

la lecture affranchie des choses

qui dans l’apparence se disent

 

dans le jardin celles et ceux qui osent

échanger le regard des roses

découvrent soudain que se brise

 

le bourgeon du mystère désormais

dont l’arum illettré se fait

révélateur de la maîtrise

 

 

18 juin 2005

monte jusqu’à l’épaule du chemin

et posée là

que ta tête contemple les lointains

dans les buées bleuies du déjà-là

 

l’appel à les franchir dit le destin

en l’au-delà

emporte par l’espace pèlerin

au nulle part d’ici ton regard là

 

La honte et l’honneur sont un héritage du mammifère supérieur. Leur histoire le révèle en leur lien avec la domination sexuelle.

 

Faut-il dire que Yeshoua n’aurait eu aucune chance de parler de son expérience d’Aimer s’il ne s’était appuyé sur la tradition religieuse de son milieu culturel ? Ne l’a-t-il pas lui-même vécue ainsi ?

 

Non l’argument du pari, pauvre béquille de l’existence d’un dieu incertain, mais l’hypothèse heuristique d’Aimer-Infini, passe-partout des portes de l’être.

 

Si l’Etre infini est Aimer, l’ontologie est indissociable de l’éthique. Peut-être est-ce ce qu’avait senti ce rabbin qui disait qu’il fallait aimer la Torah plus que l’Eternel.

Les philosophes qui disent que l’éthique précède l’ontologie parlent du point de vue de la subjectivité humaine, de leur intuition telle qu’elle apparaît dans l’expérience religieuse.

19 juin 2005

Aimer libère de la honte en donnant à chacun la capacité d’être seul contre tous (n’est-ce pas, Antigone ?). Ne vivant que pour tous, on ne se soucie plus d’un moi déjà presque rejeté comme une exuvie (« Dépouillez-vous du vieil homme », disait Paul.)

 

Penser qu’il existe dans l’Evangile une opposition inconciliable entre Aimer et Dieu, entre le serviteur de tous et le Seigneur, conduit à y peser toute parole pour l’accepter ou la rejeter (sans attendre la séparation mythique du grain de l’ivraie à la fin des temps).

 

Le succès du Da Vinci Code est une des manifestations de la stupidité de l’animal supérieur.

 

Si l’amour de la pécheresse lui a remis ses péchés, ce ne pouvait être l’amour de possession qui enferme dans le moi ; ce ne pouvait être que l’amour de dilection qui en libère.

 

ce crépuscule qui n’en finit pas

avance peut-être ou recule

un grand soir

 

où le soleil ayant vaincu la nuit

en sa lumière nous tuera

sans espoir

 

20 juin 2005

Lorsqu’on lit dans l’Evangile que Yeshoua a fait une infinité de choses qui n’y sont pas relatées (Jean XXI, 25), on peut mieux comprendre que si peu de ses pensées rapportées y révèlent l’inouï de son message d’Aimer. Ses auditeurs n’en saisissaient pas le sens, n’avaient pas vraiment « les oreilles pour les entendre ». Ils ne les ont retenues que par exception, surtout lorsqu’elles étaient liées à des gestes frappants : ceux de la pécheresse pardonnée, du lavement des pieds, de la parabole du Bon Samaritain plein de sollicitude pour l’autre.

Le totalisme cosmique et conceptuel africain ouvre à une approche pluraliste d’un monde ressenti comme unitaire. Il invite toutes les pensées (philosophiques, théologiques, scientifiques, artistiques…) et toutes les cultures à s’asseoir à une table ronde où elles peuvent espérer avancer vers la vérité du réel, vers son secret en l’être de l’être.

 

Splendeur d’un paysage, la profondeur d’un océan à hauteur de regard lance vers la falaise l’égalité d’un monde extérieur au monde intérieur, de l’infini à son image.

 

21 juin 2005

tous ces gens sur la plage

sentent dans la lumière envahissante

mille mains caressantes

 

et dans l’exultation

de leur peau enivrée de grâce lui font

l’offrande de leur âge

 

Travailler à la compréhension de l’être de l’être, c’est œuvrer à l’amélioration de la condition humaine.

Une vision totaliste du monde recherche les interconnexions de toutes les activités humaines. C’est ainsi qu’elle reconnaît l’impact des philosophies et des théologies sur les politiques et les invite à relativiser leurs oppositions doctrinales dans la quête de l’esprit, à rechercher ensemble la vérité de l’être dans la concertation de leurs savoirs.

Reconnaître en Aimer l’être de l’être conduit à la justesse des relations entre les personnes et entre les peuples, c’est-à-dire à l’égalité et à la liberté dans la fraternité universelle.

 

La science décrit mais n’explique pas l’embryogenèse et la phylogenèse, ni d’ailleurs aucun de ses objets. Mais il y a dans notre esprit un besoin de rendre raison de toute chose.

 

La permanence des êtres est la manifestation de leur identité. Croire qu’elle en est la cause serait penser que nous nous illusionnons sur le réel, que nos impressions sont nécessairement fausses (c’est refuser de faire crédit à toutes les apparences sous prétexte que certaines sont trompeuses).

 

22 juin 2005

au plus près la teinte des sables

passe insensiblement à la teinte des eaux

 

l’un à l’autre pastel

redit la connivence

où dans la transparence

leur amour se révèle

 

le dur et le fluide marchent à pas égaux

et s’assoient à la même table

 

Le créationnisme est-il inhérent à l’idée d’un dieu tout-puissant ? Aimer n’est pas une puissance ; sa volonté d’altérité est un don de liberté et donc d’une part d’indéterminisme dès les premiers instants de la matière. C’est une raison possible du mode d’exister de l’être fini et de ses évolutions.

 

Se réjouir d’être le peuple de Dieu (et que dire du « peuple de prêtres, peuple de rois ») conduit à penser plus ou moins consciemment : « C’est nous qu’on est les meilleurs ». Le primus inter pares de toute identité première joue ici aussi.

L’humain dernier a-t-il une identité ? En tout cas pas celle que décrivent nos psychologues. L’identité de l’humain dernier est tout entière orientée vers l’autre.

 

Yeshoua avait compris qu’il n’avait plus ni mère ni frères et sœurs. Que n’a-t-il compris qu’il n’avait plus de père non plus, que le mot « père » était tout aussi inadéquat que le mot « mère » pour s’adresser à Aimer.

 

23 juin 2005

Dire que le dieu judéo-chrétien intervient dans l’histoire, c’est commencer de reconnaître la valeur du temps, la force d’évolution où Aimer invite les êtres à avancer (de l’énergie à la matière, de la matière à la vie, de la vie à la conscience, de la conscience à l’altérité d’Aimer).

 

Que peut encore nous apprendre sur nous-mêmes la pensée archaïque ou sauvage ?

Que nous apprend la croyance aux miracles ? Une mentalité fascinée par la puissance ? La part d’indéterminisme qui permet à l’univers d’avancer ?

ô toi l’eau pure ici qui passes

ô toi l’eau douce ici qui dors

voyages ou t’attardes depuis si longtemps

et d’âge en âge sais ce qui t’attend

servante excellente

en ta liberté

et belle infidèle

d’ombre et de clarté

 

familière sœur aux goûts d’étrangère

sans laisser de trace emmène mon âme

au fil de la vie

au fil de la mort

 

La vérité de la croyance eschatologique n’est pas que l’histoire aurait une fin (pas plus qu’elle n’a eu un commencement). C’est que l’histoire a un sens, qu’une énergie positive anime le monde, une néguentropie spirituelle plus forte que l’entropie matérielle.

 

 

24 juin 2005

Il y a cohérence entre l’idée que le temps est bon et l’idée que d’être est Aimer.

 

La vieillesse devrait être le temps de la liberté. Non du « enfin libre », mais du décollage d’une conscience ayant pris assez d’intensité pour vivre en l’espace de l’infini.

 

Comment peut-on penser que le temps est le grand destructeur, que l’énergie toujours plus dégradée conduit à la mort de l’univers alors qu’il a produit la diversité de l’élémentaire, puis du vital, puis du conscient, puis de l’aimer ?

L’entropie de la matière est au service de la néguentropie de l’esprit.

 

les sandales de la falaise

ont en l’inégal éboulis

quitté ses pieds et plus à l’aise

jouent le beau jeu du compromis

entre le granite et la glaise

 

la main égale du hasard

a découvert les belles lignes

d’une matière que son art

avait pétri comme en un signe

de cette sculpture plus tard

 

en ses angles chaque galet

figure de l’autre l’informe

comme si depuis tant d’années

la force à l’œuvre de l’énorme

lui révélait leur parenté

 

25 juin 2005

Aimer lave les pieds de l’autre sans espérer avoir ses pieds lavés par l’autre, car Aimer pense à l’autre et non à soi. Mais Aimer invite l’autre à partager l’amour qui lave les pieds des autres. Si vous tenez à parler d’asymétrie et de symétrie dites qu’il y a asymétrie du je au tu et symétrie de l’altérité.

Aimer invite l’autre à la réciprocité, sachant qu’Aimer est le bien suprême de l’autre. Aimer est don, mais il est don d’Aimer. Yeshoua invite ses disciples à se laver les pieds les uns les autres après leur avoir lavé les pieds. Tout est dit.

 

Une chose est vraie parce qu’elle est vraie, non parce quelqu’un vous a dit qu’elle l’était, serait-ce votre Dieu lui-même. Que Yeshoua ait ou non existé ne change rien à la vérité d’Aimer proposée par l’Evangile. On la reconnaît comme telle par évidence intérieure. D’où vient l’évidence intérieure ? « Celui qui fait la vérité vient à la lumière » (Jean III, 21). C’est en aimant de l’amour d’Aimer que l’on saisit qu’Aimer est la vérité de l’être. Cela échappe à votre logique verbale ? Si l’opposition est le dernier mot de la logique verbale, elle doit laisser le silence à la participation.

 

à cette heure dernière de la nuit

s’attarde dans la grisaille du champ

le V de ses oreilles

 

s’annonce le réveil

où que s’en aille l’assouvissement

la grande peur d’hier à nouveau luit

 

Puisque c’est remettre en question certains grands noms du panthéon philosophique, il peut paraître iconoclaste de dénier au néant toute réalité philosophique pour n’en faire qu’une réalité psychologique (Se réjouir d’être iconoclaste n’a rien à voir avec la quête du vrai).

26 juin 2005

roule la route entre deux murs de sang

et chaque autre qui vient

chaque autre qui dépasse

menace

 

rêve la rive au mur de l’océan

où chaque autre qui vient

pour chaque autre qui passe

s’efface

 

Entre l’impossible dogmatisme et l’impensable scepticisme, la pensée libre recherche le vrai.

 

On ne peut comprendre la mort, pas plus que la vie, que dans ses relations avec la totalité des êtres, en la faisant interroger par l’être de l’être. Si nous reconnaissons que l’être de l’être est Aimer, il devient impossible de voir dans la mort un mal absolu.

 

Cette image sale de Luther que l’on a imprimée dans mon esprit pendant ma jeunesse, et qui perdure. Je n’en finis pas de remettre en question les acquis de ma culture familiale, sociale…, et je peux supposer que nous sommes tous plus ou moins marqués ainsi de préjugés.

Il n’est pas de progrès spirituel sans exercice du doute ; mais peut-être le doute n’est-il sans danger que s’il se fonde sur une certitude, et la certitude d’Aimer permet la mise en doute la plus radicale comme la plus sûre et la plus joyeuse et sereine. La parabole du Bon Samaritain en est un modèle. Les Samaritains étaient pour les Juifs du temps de Yeshoua ce que sont encore les protestants pour bien des catholiques (et réciproquement) ou les musulmans pour les chrétiens (et vice versa) etc.

 

27 juin 2005

Psychologie du oui et du non. Est-il plus facile de dire oui ou de dire non ? Pour qui ? Dans quelles circonstances ? Sous quelles influences extérieures et intérieures ?

Problème de liberté. L’humain premier est manipulable ; est-il jamais vraiment libre ? L’humain dernier agit et pense dans la liberté d’Aimer.

Importe-t-il de savoir si l’autre est entré ou non dans l’humain dernier ? Chacun est responsable de son propre passage de l’humain premier à l’humain dernier, non du passage de l’autre : Aimer veut la liberté de l’autre, et son pouvoir ne va pas au-delà. Va-t-il même jusque-là ? La liberté dernière est entre les mains de la conscience qui la choisit en accueillant Aimer. Mais Aimer ne serait pas Aimer s’il ne souhaitait à tout autre d’Aimer.

 

La seule beauté formelle d’un poème peut-elle porter remède au poison qu’il contient ? Contribue-t-elle au contraire à l’accueillir ? Question trop vague ? Chaque poème est unique parce que / puisque matière à appréciation intuitive esthétique plutôt qu’à jugement scientifique.

 

Douter de tous les doutes, oublier tout oubli, tolérer toute tolérance, questionner toute question, nier toute négation… Les spécialistes du langage doivent comprendre les faiblesses du langage et admettre que la pensée déborde le langage.

 

cette rumeur s’efface

revient

et j’y cherche ta face

en vain

 

pourtant en ses absences

un temps

s’accueille ta présence

au sang

 

quand disparaît le même

ma voix

m’annonce que je t’aime

en toi

28 juin 2005

L’alternative du oui et du non est le grand portail de la division manichéenne, car elle s’invite partout alors qu’elle devrait se cantonner à la vie la plus élémentaire.

 

Comment, sans branler tristement du chef, écouter l’indicatif de radio Vatican : Christus vincit, Christus regnat, Christus imperat ? Tu as fait comprendre à Yeshoua et en Yeshoua que tu étais le serviteur de tous, disons l’ami qui n’hésite pas à servir les autres, et voilà qu’ils ont fait de lui un vainqueur, un roi, que dis-je un empereur selon leur incorrigible désir humain premier.

 

Si les théologies méritent notre attention, c’est qu’elles sont chargées d’une mythologie vivante qui fonctionne encore non seulement dans la pensée et la vie des croyants, mais dans celle des incroyants censément désacralisés en des actes ritualisés tels que le port de l’uniforme, la décoration, le spectacle, l’héroïsation des penseurs…

 

c’est l’œil et l’aile

en leur subtile connaissance

de la distance

qui font de cette trajectoire

la belle œuvre accomplie en extase de l’art

 

c’est le poids d’air

que leur donne la terre

en l’univers

qui depuis sa naissance

donne à l’instant de grâce l’éclat des consonances

 

C’est beau parce que c’est inutile. On pourrait penser que l’attaque de l’aigle pêcheur est un bon exemple de beauté fonctionnelle donné par la nature. Mais beauté et efficacité y demeurent distinctes malgré leur accord, car il n’est pas forcément parfait. Une attaque réussie peut se conjuguer avec une beauté imparfaite et une attaque esthétiquement parfaite peut manquer sa proie.

Que dire alors de la fonctionnalité de l’art religieux ? Ici non plus, distinguer n’est pas séparer pas plus qu’unir n’est confondre.

Faire œuvre belle, c’est faire œuvre d’altérité, et le regard esthétique accompli est celui qui ne jouit pas mais se réjouit.

 

29 juin 2005

Les explications psychologiques, sociologiques et historico-culturelles de la sorcellerie risquent d’en occulter les bases matérielles. Que la croyance en la sorcellerie fasse mille fois plus de ravages que la sorcellerie incline à lutter contre la croyance plutôt que contre la réalité ; mais la quête du réel impose de s’interroger sur la réalité occulte, sur ses tenants et ses aboutissants.

Nier la réalité de la télépathie, de l’homéopathie, de la synchronicité… parce qu’elles échappent à l’expérimentation scientifique relève d’un manque de cette ouverture à la réalité sans laquelle l’humanité n’a jamais progressé.

 

Un projet de société exige la connaissance de la linéarité du temps. N’a-t-elle été découverte que par les sociétés messianiques ?

 

reviens à la rose

cette vieille chose

qui toujours revient

 

modèle la rose

en nouvelle chose

fidèle au modèle

 

 

30 juin 2005

ta rumeur de la pluie à peine

dans le gris de l’aube interpelle

 

il n’est que de s’ouvrir l’esprit

au fleuve de ton eau de vie

 

de goûter au fond du silence

le don d’aimer en ta présence

 

de la laisser gagner grisée

les grands horizons desséchés

 

 

rumeur ton écho renouvelle

la marche qui plus loin nous mène

 

« Marche en ma présence et sois parfait » (Genèse XVII, 1). Il s’agit d’un agir, d’un acte de volonté d’aimer de l’amour dont tu aimes l’autre.

 

La chance de vivre près de gens qui ne nous aiment pas, c’est d’être invité à aimer ceux qui ne nous aiment pas (Matthieu V, 43-48), c’est-à-dire à vivre de la grâce, à participer à Aimer. Mais évidemment nous souhaitons pour eux qu’ils y participent, eux aussi, puisque telle est ta joie, leur joie, notre vieux bonheur à tous.

 

La créativité de la nature, son évolution créatrice, est trop lente pour avoir pu être observée depuis longtemps en direct, mais la créativité humaine a pu depuis longtemps donner à penser et ainsi s’encourager, s’accélérer, faisant sa place au projet de société.

 

1er juillet 2005

Chercher à être heureux en ne voulant que ce que nous pouvons, c’est ignorer notre désir infini en cherchant à être sage et raisonnable.

Reconnaître l’infinité de notre désir, c’est admettre que son seul objet satisfaisant est l’être infini. Faire de cet infini un dieu tout-puissant qui demande obéissance et soumission, c’est provoquer le refus, car le désir d’infini est inhérent à la liberté. Découvrir que l’être infini est Aimer, c’est dissoudre toute appréhension ; c’est aussi aider à reconnaître la validité de l’infinité du désir.

 

Morphogenèse. Misère de l’intelligence humaine qui n’arrive pas à reconnaître la formidable intelligence qui s’y déploie.

 

les mille abeilles du soleil

chantent la joie où s’émerveille

le champ de blé changé en miel

murmurant la douceur du ciel

 

quand irons-nous à pleines lèvres

lancer le flot que rien ne sèvre

 

En refusant d’ostraciser le vitalisme, on s’ouvre à la recherche de la matière comme créatrice de formes.

L’espace est la chance des formes, leur force peut-être. Ou faut-il dire le vide dont nous ignorons la structure ?

 

2 juillet 2005

Laissée à elle-même, c’est-à-dire vraiment libre, comment la libre concurrence pourrait-elle ne pas mener à l’hégémonie des plus forts, à la « survie des mieux adaptés » ? Comment le mot « libéral », expression de la générosité la plus débordante, a-t-il pu devenir celle de la plus insatiable rapacité ?

 

Revenir à la proximité du réel par l’activité sensorielle. A quoi sert de s’intéresser à la physique des particules si l’on perd le sentiment de leur présence intime, de leur force d’être au plus proche de notre corps comme au plus lointain des extrémités de l’univers, si l’on ne vit pas la joie de leur existence ?

 

ce souffle immédiat de l’intime

si discret que dans son silence

déposant le don anonyme

il ouvre la porte à l’immense

 

cet air incessant qui nous vient

qui nous nourrit de part en part

de ce feu doux qu’il entretient

et puis s’en va sans au revoir

 

Aimer s’efface pour l’autre, sa grâce même est anonyme.

 

La figure mythique du héros qui nous habite prolonge l’empreinte du babouin alpha dans le psychisme de la troupe primitive. Elle stérilise la créativité du grand nombre en maintenant tout un chacun dans une volontaire soumission aux autorités intellectuelles dont on ne se libère que par ce que certains appellent justement le « meurtre du père ».

« Il faudrait apprendre à détecter et observer ce rayon de lumière qui nous traverse l’esprit de l’intérieur, plus que l’éclat du firmament des bardes et des sages. Et pourtant nous écartons nos pensées sans réfléchir parce que ce sont les nôtres. En toute œuvre de génie nous reconnaissons nos propres pensées, que nous avons rejetées et qui nous reviennent avec une sorte de majesté… Nous avons honte de cette idée divine que chacun de nous représentons » (Ralph Waldo Emerson, Self-Reliance). On peut bien citer cette autorité qui défait toute autorité.

 

3 juillet 2005

un ralenti de la danse des brumes

fait un reflet aux couleurs des nuages

 

quel ange de la terre secrètement arrange

cette page de fleurs pour le regard qui hume

 

corolle après corolle au fond de l’air

 

embaume l’aube dans les bandelettes

de la mémoire où gît pour tout un jour

la momie que l’on veille avec amour

 

pour qu’elle se réveille et fasse claires

les spirales dansant en notre quête

Mémoire du massacre des Arméniens, bien sûr ; du massacre des juifs, bien sûr ; du massacre des Khmers, bien sûr ; du massacre des Tutsis, bien sûr…après tant d’autres (presque oubliés). Mais s’il est vrai que vingt-cinq mille enfants meurent chaque jour de malnutrition, cela fait quelque dix millions par an. Et c’est maintenant. Peut-être pouvons-nous nous dire innocents des crimes d’Hitler, de Pol Pot et des autres, mais le sommes-nous totalement du carnage quotidien des enfants ? S’il est vrai qu’il existe un péché d’omission, ce carnage fait partie de nos culpabilités quotidiennes.

 

Les goûts changent, mais la beauté demeure. Ils se gauchissent, se voilent, se dévoient même parfois (malheureux ceux qui disent que tous les goûts de valent, surtout s’ils le pensent). Toujours la même et toujours nouvelle en ses déploiements, la beauté invite infatigablement les égarés à se retrouver et rassembler en elle. Que ce soit devant d’un bijou sarmate, un vase Ming, une toile de Nicolas de Staël…

 

4 juillet 2005

ce qui au trou noir s’engloutit

en un rien ne s’anéantit

mais au rendez-vous de l’énorme

en un nouveau diamant prend forme

 

ce qui échappe à la lumière

et dit adieu à son hier

s’en va rejoignant son ailleurs

y découvrir sa première heure

 

On peut au moins faire l’hypothèse que les grands mystiques : Yeshoua, Al-Bistami, Malarépa…ont fait des expériences similaires, psychologiquement différentes bien qu’ontologiquement identiques. Approchant au plus près d’Aimer, ils en sont habités. Leur moi y est transmué en je ; on peut dire qu’il est annihilé pour qu’apparaisse le je, mais le terme annihilé n’est que psychologique.

Ils ne peuvent, en Aimer, qu’inviter à jamais toute conscience à les rejoindre afin, avec eux, de « boire l’amour coupe après coupe sans jamais dire : assez ».

 

Ta présence est totale, à toute activité physique et à toute activité psychique ; mais c’est par ta volonté d’aimer que nous y répondons le mieux puisque l’être de ton être est Aimer.

 

L’analogie des formes suppose-t-elle une intercommunication des forces qui les créent ? La ramification de l’évolution suffit-elle à l’expliquer ?

 

5 juillet 2005

Celles et ceux qui vivent en ton intimité se moquent du tiers comme du quart : elles, ils partagent ta liberté au-delà de l’honneur et de la honte.

 

Parler à un épi de blé, c’est reconnaître son eccéité. Il y en a des milliards, mais chacun est chacun. Voilà ce que dit l’art à la science.

 

Il existe peut-être dans l’irrationalité de la métaphore auquel la pensée sauvage fait sa part une intuition des forces de la nature que notre rationalité de l’identité occulte.

Quel regard porter sur le principe de similitude écarté par la science occidentale ? Les formes sont-elles un reflet ou même un effet des structures de l’espace ? Nous ne savons pas encore ce qu’est l’espace, mais l’exploration des particules nous introduit à sa connaissance. Le fait de dire qu’il puisse être courbe le constitue comme une énergie ou comme une réalité physique susceptible de réagir à une énergie.

 

venue de l’horizon

tu poses

l’inconnu de tes sons

auprès de ma maison

la rose

de ta cré a ti on

 

lance au soleil couchant

les trilles

de ta gorge d’enfant

car tu es dans le vent

sa fille

éclairée de son sang

 

baigne de tes roulades

l’espoir

que viendra la ballade

où notre promenade

au soir

montera l’enfilade

 

referme ta chanson

dépose

aux pieds de l’horizon

cueillie dans la maison

la rose

de la so lu ti on

 

6 juillet 2005

C’est lâcher la proie pour l’ombre que de s’intéresser davantage à la pensée qu’à la réalité, et plus encore de s’intéresser au langage plus qu’à la pensée. Mais le pire est d’enfermer la pensée dans le langage ; on risque alors de croire que l’on possède la vérité alors qu’on n’a que le dernier mot.

 

Frère bouddhiste, comment peux-tu croire que la compassion que tu trouves dans le vide puisse être sans substance et sans conscience ?

Faire grand silence, c’est rechercher la présence immédiate de l’être. Et comment ne pas la rechercher lorsqu’on a découvert que l’être de l’être est Aimer ?

 

il y a si longtemps que je vis avec toi

pourtant

je ne te connais pas

 

l’espace

qui si peu nous surprend en notre quotidien

nous tient

en amour et en haine

 

que vienne

l’heure ou s’ouvrant enfin la porte de la race

humaine

sans moi je dirai toi

 

La Trinité chrétienne est une bonne expression d’Aimer si l’on n’admet pas l’éternité du monde puisque Aimer ne peut être seul, étant relationnel. Le mythe de la Trinité est lié à celui de la création.

 

7 juillet 2005

La connaissance des rythmes devrait nous introduire à la connaissance de l’espace et du temps. Les rythmes dont vit notre corps devraient nous y inviter. Leur connaissance intuitive et, de proche en proche, celle de la totalité rythmique de l’univers pourraient nous conduire à en rechercher une expression conceptuelle afin d’en dégager une conscience plus intense.

 

poussière d’eau

le fond de teint

que si légère tu tamises

appliques de ta belle main

étends sur tout

alors éprise

tu l’enivres de ton essence

 

de cette peau

au grain si fin

dont tu enveloppes la brise

tu me couvres dans le matin

et sur ma joue

poses la bise

d’une enfant vêtue d’innocence

 

Celles, ceux qui vivent d’Aimer ne savent plus si elles, ils donnent ou reçoivent, tant leur goût de l’autre leur donne de se réjouir de les voir donner et recevoir le Don d’Aimer.

 

La science s’intéresse aux comment, la philosophie aux pourquoi.

 

8 juillet 2005

Pourquoi tant d’émotion, d’indignation, de compassion face aux victimes des attentats de Londres et si peu face à celles, quotidiennes, de Bagdad ?

Notre insensibilité devant l’autre excuse un peu la sienne, nous en rend un peu responsable.

 

Il faut faire droit à l’impression d’immédiateté dans la rencontre du sensible alors même que la science en dénonce l’illusion physique et physiologique. Il n’y a pas d’illusion psychologique : c’est bien une partie du réel qui nous livrée, et c’est celle dont nous avons le plus besoin pour vivre notre vie d’humains premiers.

 

 

figé dans la rosée

timide ton minois

chiffonné se tient coi

 

mais quelque chose en toi

espère que viendra

bientôt dans la lumière ta fierté

 

Pardon, grâce, justification, sanctification, glorification sont des mots qui changent de sens en passant sous le régime d’Aimer. Car avec Aimer, en vérité dernière, il n’y a de péché que l’absence d’amour de l’autre comme autre, et de pardon que sa présence.

La formule « Dieu s’est fait homme afin que l’homme devienne Dieu » est commode pour qui croit à l’Incarnation et à la Rédemption. Pour qui ne croit pas aux mythes, mais qui leur reconnaît un sens, elle peut signifier qu’Aimer accueilli par une conscience humaine se manifeste en la faisant aimer de l’amour dont Aimer aime. Aimer comme Aimer aime, c’est participer à son être. Ce Don est grâce, pardon, justification, sanctification, glorification.

 

9 juillet 2005

« La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant » (Irénée de Lyon). L’humain vit son projet infini en participant à l’agir d’Aimer, à son penser, à son sentir. La gloire d’Aimer, c’est la manifestation de son être libéré des voiles que tissent les libertés qui ne l’accueillent pas. « Tu as vu ton frère : tu as vu ton Dieu ».

 

« Soyez saints parce que je suis saint » (Lévitique XIX, 2) devient « Soyez parfaits comme votre père céleste est parfait », c’est-à-dire : « Aimez vos ennemis » (Matthieu V, 48, 44). Etre parfait, abouti, humain dernier, c’est aimer, comme Aimer aime, les justes et les injustes.

 

Si nous sommes l’autre à proportion de la compassion qu’il nous demande, nous sommes tous Britanniques, mais combien plus tous Iraquiens, Soudanais…

 

Il appartient aux musulmans d’abord de faire taire les musulmans qui invitent à tuer au nom d’Allah. Ils sont les plus autorisés.

 

ces hommes à peau de lune

qui marchent nus

les yeux levés aux cimes

du sol feuillu

 

 

cherchent leur nourriture

leur souffle tue

dans la forêt intime

la proie prévue

 

10 juillet 2005

les ombres sur leurs corps

par tous leurs pores

posent les mille rimes

où vit leur or

 

beauté qui entre et sort

dedans dehors

en la marche sublime

qui vainc la mort

 

Le rite veut être un nouveau départ. Il tire sa force de la mémoire inscrite dans l’âme obscure pour emmener l’humain plus loin sur le chemin. Celui du mariage dit : « bonne route jusqu’à l’éternité » puisque l’amour souhaite d’être pour toujours.

 

La science cherche à comprendre le monde pour le posséder et maîtriser, l’art tente de le connaître pour y communier et y parfaire son exultation.

 

Un tennis qui ne soit pas agonistique, où le plaisir soit que la balle belle ne touche jamais terre mais rebondisse et vole ; où ni toi ni moi ne gagne, mais notre joie de participer aux secrets de l’espace.

 

Qu’est-ce qui a pu pousser certains linguistes à enfermer le langage dans une prison de signes et de miroirs ? Un imaginaire excessivement ouranien à la recherche de coupures ?

 

11 juillet 2005

si verte que les feuilles

pour l’une des leurs la prendraient

toute elle se rassemble

 

et l’or noir de son œil

une à une des heures fait

qu’à l’autre elle ressemble

 

qui sait si d’âge en âge

sa chair saura dans la patience

recueillir un à un

 

auprès du voisinage

les discours d’autres connaissances

et la science de l’un

 

L’exportation de la démocratie ne peut valoir que si elle se fait au nom de l’amour de l’autre comme autre (elle est si souvent suspecte de se faire au nom de soi-même). Elle ne peut réussir que si elle est prête à changer de nom pour être une réponse au langage du peuple qui l’accueille.

 

L’humain premier est un animal mythologique, mais le mythe même est le chemin qui le conduit vers la sortie du mythe. C’est la fusée porteuse qu’il faut larguer lorsqu’elle a rempli sa fonction.

 

Face à Aimer, le « nous sommes tous coupables » est celui de notre incapacité à aimer comme Aimer aime. Ce n’est pas la culpabilité du criminel, du délinquant ni celle de nos infidélités, mensonges et autres médisances, qui n’en sont que la conséquence ; c’est la culpabilité métaphorique de ne pas être à la hauteur de ce pour quoi nous sommes faits, de ce à quoi nous sommes appelés. C’est notre condition d’humains premiers qui reconnaissons l’infini de notre désir d’Aimer et notre incapacité à le satisfaire. C’est le début de notre découverte que le Don seul peut le faire.

Nous sommes coupables de n’être pas Aimer. Notre culpabilité mythique exprime l’invitation d’Aimer à partager sa vie. Elle nous fait crier vers un Dieu comme si nous l’avions offensé, afin qu’il nous délivre de notre mal, avant de nous faire chanter notre reconnaissance, avant enfin de partager la joie inamissible d’Aimer.

 

12 juillet 2005

La logique et la psychologie ne devraient-elles pas s’associer dans la recherche du vrai ?

Si je dis : « Je suis mort », cela ne peut vouloir signifier que je le suis maintenant physiquement ; cela peut vouloir dire que je le serai très bientôt ; cela veut habituellement dire, par métaphore, que je le suis financièrement, socialement, spirituellement…

Si je dis : « Je ne parle pas », cela ne peut vouloir dire que c’est le cas maintenant, pas plus que si je dis : « Je mens » cela peut signifier que ma parole correspond à ma pensée maintenant ici.

L’aporie du menteur d’Eubulide s’efface dans la pensée psycho-logique du locuteur dont la pensée ne se laisse pas enfermer dans les misères du langage. Le premier remède à ces misères n’est pas une meilleure logique, mais le bon sens d’une pensée qui ne s’en laisse pas compter par le langage.

 

Les hésitations et les désaccords des logiciens montrent qu’il y a encore beaucoup à découvrir dans le cheminement de la pensée vers le réel, et donc dans le réel lui-même.

 

Souffrance d’Aimer ? Yeshoua en tout cas ne parle pas de la souffrance de son Père, mais de sa joie.

Le père de l’enfant prodigue (Luc XV) se réjouit du retour de son fils pour son fils, non pour lui-même, car son fils n’est pas pour lui une possession, un prolongement de lui-même, une appartenance, mais l’autre aimé comme autre. Il n’a rien à lui pardonner, même si son fils croit avoir péché contre lui.

 

Les mystiques qui parlent d’identification, de fusion, d’absorption avec le Dieu qu’ils, elles aiment, ne font pas l’expérience d’Aimer ; en tout cas ils, elles en parlent bien mal, ou en un langage métaphorique fondé sur un amour érotique qui n’a pas sa place dans l’humain dernier.

 

la silhouette vive

l’éclair

entre deux haies rallume

notre avenir

 

ce qui de rive à rive

de l’air

en un clin d’œil résume

notre soupir

 

 

 

 

13 juillet 2005

Celles, ceux qui cherchent Aimer plus que tout comme le sujet de leur désir dernier ne doivent pas s’étonner qu’Aimer les prive de l’appartenance et de la possession, de l’autre comme soi-même et non comme autre. Aimer invite de par sa grâce, et où est-elle si nous n’aimons pas celles et ceux qui nous sont hostiles ? (Luc VI, 32).

 

Comme les mots amour, désir et tant d’autres, le mot grâce change de sens en continuité et discontinuité de l’humain premier à l’humain dernier. De la magnanimité du prince imbu de sa puissance à l’invitation à aimer l’autre en son altérité.

 

L’amnistie du peuple comme la grâce du prince sont au service d’une justice qui ne cherche pas d’abord l’équité mais l’harmonie sociale.

Dans la dynamique de l’humain premier à l’humain dernier, la mémoire et l’oubli des violences subies ou faites sont transmuées en amour de l’ennemi avec Aimer, qui invite les uns et les autres à participer à sa bienveillance pour les injustes et pour les justes.

 

Un dieu au nom duquel on prive l’autre de sa terre ne vaut guère mieux qu’un dieu au nom duquel on prive l’autre de sa vie.

 

la feuille à la lumière se révèle

sa verdure en nervures se déploie

 

aux voies du minuscule au minuscule

le soleil et la terre se hèlent

 

jubilation de la vie qui s’échange

par les anges montant et descendant

 

sans genoux qui fléchissent sous la voûte

ni autre que l’autre en son élan

 

14 juillet 2005

De même que le saint cherche Dieu plutôt que la sainteté, le philosophe cherche le réel plutôt que la philosophie. Chez l’un et l’autre, l’agir ou la pensée sont relationnelles. Elles tiennent leur valeur de leur orientation vers l’autre plutôt que vers le moi.

 

Les Béatitudes tirent leur valeur de ce qu’elles manifestent d’Aimer, l’amour de l’autre comme autre. Même le « heureux les miséricordieux car ils obtiendront miséricorde » (Matthieu V, 7) ne se clarifie que s’il est perçu comme tautologie plutôt que comme récompense. Etre miséricordieux, c’est ici participer à la miséricorde de l’Eternel. Le « comme » du « soyez miséricordieux comme votre père céleste est miséricordieux » (Luc VI, 36) n’est pas un comme d’imitation mais un comme de participation. Etre miséricordieux, c’est ici participer à la vie d’Aimer.

La « grande récompense dans les cieux », la « consolation », « la terre », « le rassasiement », « la miséricorde », la « vision de Dieu », « la filiation divine » sont des métaphores ou des synecdoques d’Aimer.

 

Avec Aimer, les valeurs ne sont pas des devoirs, pas même celui d’être libre ; ce sont des invitations à un amour dont l’agir se confond avec la liberté dernière. Ainsi que l’insinue Augustin, « Aime et fais ce que veux ».

 

Comme la serrure, l’armée est un mal nécessaire dans notre monde de l’humain premier.

 

ange éphémère aux ailes de cristal

le verre où tu te poses

fait de sa transparence

une attirance et un obstacle

 

espères-tu t’y fondre comme un gel

se libère libère

trouvant pour sa substance

un sens enfin dans sa débâcle

 

15 juillet 2005

les rochers se dénudent au plus près de la mer

la beauté que façonnent

en longue patience les eaux

se donne

 

l’œil à pas lents poursuit sa marche circulaire

ici et là étonne

la chair lorsque l’âme en écho

résonne

 

La beauté ne fait pas acception de personne, de chose ni d’usage. Il est des armes belles. Il est même des doctrines meurtrières qui tirent leur efficacité de leur beauté, que ce soit celle de leur cohérence ou celle du langage qui les promeut.

Il est impérieux de distinguer le beau du bon, en deçà de leur parenté ontologique et des concepts qui semblent lui donner corps.

 

Une superpuissance qui ne cesse de mettre au point de nouvelles armes toujours plus efficaces, destructrices et meurtrières et d’en pourvoir des bases militaires toujours plus nombreuses et plus fortes sur l’ensemble de la planète est malvenue à reprocher à quelque nation que ce soit de se doter d’armes de dissuasion.

 

Si l’on veut parler de l’ineffable, c’est que l’on sent qu’il ne l’est pas totalement et que l’expérience qu’on en a gagnerait à s’exprimer.

 

 

 

16 juillet 2005

ce moineau mort dans la main de l’enfant

retient son âme en ses pattes raidies

en son œil clos en ses ailes inertes

 

ce qu’il en dit en son étonnement

de cœur à cœur rend la chaleur du nid

à cet instant d’intimité muette

 

réminiscence trouvant ici sa place

sur son chemin un instant arrêtée

par le signal de la vieille habitude

 

qu’a cet enfant à prendre qui le fasse

marcher d’un pas plus sagement guidé

en cette voix qui doucement prélude

 

Si « ceux qui ont le cœur pur auront le bonheur de voir Dieu » (Matthieu V, 8), c’est que le cœur pur est le cœur pur de tout intérêt, l’amour qui n’est que pour l’autre, et que Dieu est cet amour-là.

Pour savoir ce que voir ici veut dire, il faut s’adresser au symbole qui « donne à penser ». A quoi correspond le voir en participation à un voir infini ? Est-ce l’image d’un face à face où chacun est l’autre de tous et se réjouit de l’existence de chacun ?

 

La tolérance fondée sur un scepticisme qui accorde une égale valeur à toutes les opinions et convictions est vite acculée à y renoncer en prenant acte de la force dévastatrice de certaines.

 

La liberté, l’égalité, la fraternité qui ne sont pas animées et constamment ranimées par le goût de l’autre risquent d’asservir les humains les uns par les autres, individus par individus, communautés par communautés.

 

17 juillet 2005

le champ est vide

la plus sage cohue qui se fût rassemblée

pour dire son murmure au soleil et à l’air

en recevant ravie les regards les caresses

n’est plus

 

le jour livide

des éteules blessées de l’absence des blés

gémit aux pieds qui foulent les espoirs de la terre

pesée et mesurée en comptes de richesse

complue

 

La commémoration appartient au monde du rite et du mythe. Elle devrait se préparer, surveiller et juger par la raison, et plus encore par le souci de l’autre.

 

La joie d’aimer l’autre comme autre est la joie essentielle, mais elle n’est accessible en sa plénitude que lorsque cet aimer s’installe au cœur de l’agir et du penser. Les autres joies, des plus grossières aux plus raffinées, à moins que l’on ne préfère dire des plus charnelles aux plus spirituelles, peu à peu se hiérarchisent en référence à la joie essentielle. Elles s’y intègrent, toute jouissance se muant en réjouissance de l’autre, de sa beauté, de son intelligence, de sa bonté…

 

L’amour de l’autre regarde la beauté, non pour la posséder, mais pour s’en émerveiller et pour lui vouloir la perfection.

 

18 juillet 2005

« Changer ses désirs plutôt que l’ordre du monde » ou l’inverse ? Il ne s’agit pas de choisir, mais de découvrir comment le désir dernier s’accorde au sens du monde dans une économie présidée par Aimer (Le « plutôt que » n’est-il ici qu’un exemple des philosophies du « aut » quand elles refusent de s’accorder avec celles du « et » ?)

 

Si dans le totalisme cosmique chaque réalité est liée de près ou de loin à toutes les autres, dans le totalisme conceptuel chaque idée est de la même manière liée à toutes les autres. La recherche s’efforce de découvrir les articulations, les ramifications…

 

Aimer se réjouit du bien que son autre lui veut simplement parce qu’Aimer est l’autre de l’autre, la possibilité pour l’autre d’être, avec Aimer, Aimer, d’être avec Aimer comme son non-autre. Comment échapper à cette irrationalité logique si ce n’est en récusant la logique inscrite dans notre langage ?

 

Le mythe du paradis perdu ignore l’évolution, l’origine animale de l’humain. La connaissance de l’évolution le détruit. Elle détruit aussi l’espérance d’un retour à un paradis qui n’a jamais existé. Elle invite à un projet qui l’intègre, qui ne soit pas eschatologique, ni utopique si l’on considère l’utopie comme un avatar de l’eschatologie.

 

la quenouille se change en glaive

le maïs assoiffé

crie sa perte de sève

 

est-il mieux de brandir ses armes

que de gémir

asséché de ses larmes

 

19 juillet 2005

Faut-il vraiment s’intégrer aux courants de pensée de son époque pour avoir quelque chance d’être écouté ?

 

A lire certains tenants du parlêtre, on a l’impression que dans l’évolution ce n’est pas l’humain qui s’est donné un langage, mais le langage qui a créé l’humain. Créationnisme sans transcendance, la transcendance étant désormais bannie du philosophiquement correct, mais créationnisme quand même.

Il faut bien affronter l’énigme de l’œuf et de la poule, ou celle de l’œil et de la vision. A-t-on vraiment expliqué comment la matière vivante s’était donné l’œil ?

 

L’humain premier se construit en construisant un langage, l’humain dernier se libère en s’en affranchissant. Les mystiques communiquent avec l’Aimé dans une contemplation muette.

 

splendeur neigeuse ou généreuse cendre

ils voyagent sans se soucier

du destin que les hasards tendres

leur réservent en liberté

 

ces bancs de pèlerins n’ont rien à prendre

et ne nagent que pour donner

pour se donner même ou pour rendre

la force qu’on leur a léguée

 

20 juillet 2005

Le mythe du verbe dieu doit se muer en symbolisme de la parole. Le mythe du nom participation à l’être qu’il désigne s’est pérennisé dans la Bible par celui de la parole sacrée. Le premier n’a pas trouvé grâce aux yeux du rationalisme matérialiste ; il est pourtant historiquement lié au second, dont ce rationalisme fait ses choux gras.

Il suffit de prononcer certains noms pour ouvrir certaines portes. L’efficacité magique a trouvé un relais dans l’efficacité psychologique qui la donne à comprendre.

 

Jouer le jeu du marché, jouer le jeu de la bourse ; voilà ce que nous impose le discours des experts. Ne voient-ils pas que cela conduit à l’exploitation du faible et du pauvre par le fort et le riche ? N’en ont-ils cure ?

 

Tu travailles tes amis à la conscience en les entourant d’incompréhension et d’hostilité ; c’est ainsi que tu les invites à décroître en leur moi et à croître en leur je, à vivre pour l’autre en ta joie éternelle.

 

par tout ce qui vit et frémit

aux portes ouvertes du vent

je chanterai jusqu’à la mort

ta présence dans le secret

 

témoin de l’oreille en retrait

je tracerai encore encore

les mélodies de tes amants

dans le souffle de ton esprit

 

21 juillet 2005

Malheureuse cette science qui fait perdre le sens esthétique simplement parce qu’elle s’en désintéresse, qui va jusqu’à convaincre les artistes que l’art n’a que faire de la beauté.

 

vers l’horizon de la métamorphose

rampe sans crainte sur l’argile

avant que dans son ombre tu déposes

la peau du vol agile

 

ce qui se perd ce qui se trouve un autre corps

dans la transe où l’âme extasiée

s’échappe de la nymphe où dort

l’espoir de la beauté

 

« Marche en ma présence et sois parfait ». C’est un agir en vue de la perfection de l’amour de l’autre comme autre. Les autres perfections sont données par surcroît. Aimer l’autre cherche la connaissance de l’autre, de tout l’autre, depuis la particule jusqu’à la conscience infinie, parce que Aimer l’aime pour lui-même, non pour le posséder et dominer. Aimer veut la beauté de l’autre parce qu’Aimer sait qu’il est plus parfait d’être beau que d’être laid.

Pourquoi la beauté dans la nature (et dans l’art où l’humain réalise son vœu) si ce n’est parce qu’Aimer souhaite le beauté de son autre ?

 

22 juillet 2005

ta silhouette passe

fantôme gris des cimes

inaperçu

 

de la nuit de ta race

senteur subtile

tenace

 

fascination déçue

présent

de ton passé vivace

 

monte des profondeurs

distille

ton amour dévorant

 

pour le troupeau bêlant

précipité au sang

de ton abîme

 

Quelle psychanalyse pour les défenseurs du loup des Alpes ?

 

Il est un athéisme qui serait bien embêté si plus personne ne croyait en Dieu ; il n’aurait plus personne à combattre, il perdrait le fantôme de ses fantasmes.

 

Il y a des images de Dieu. C’est ce que montre l’histoire tourmentée de l’iconographie chrétienne tiraillée entre l’attraction idolâtre et la répulsion iconoclaste.

Il n’y a pas d’image d’Aimer, Aimer s’efface devant son autre. Mais tout peut s’illuminer de sa présence : un nuage, un oiseau, un visage, car Aimer aime tout son autre.

 

23 juillet 2005

 

Aimer ne cherche pas des serviteurs mais des amis. C’est tellement évident. C’est Dieu qui cherche des serviteurs.

 

Pas de dogme pour les amis d’Aimer. Il ne s’agit pas pour eux de croire, mais de vivre-connaître les autres à la mesure de l’amour où ils grandissent. Portés par l’amour de l’autre, elles, ils se font une idée, puis une autre du réel, du réel spirituel comme des autres dimensions du réel.

Il n’est pas nécessaire de croire à la survie pour reconnaître l’amour de l’autre. Reconnaître l’amour de l’autre comme valeur suprême et comme réalisation du désir fondamental de l’humain finit sans doute toujours par donner de reconnaître la survie.

 

Opposer la justice à la charité, c’est ne pas connaître l’agapè évangélique. La charité n’est pas un surplus de l’ego généreux ; c’est le souci de l’autre comme autre qui confère l’existence à l’humain dernier reçue comme le Don d’Aimer. En ce souci la justice est prioritaire. Celle, celui qui donne en se félicitant de sa générosité et de sa compassion est encore loin de l’amour de l’autre qui reconnaît qu’en vérité l’acte de donner est une participation à l’Acte d’Aimer. La joie de donner en participation à Aimer n’est pas une joie intéressée ; c’est la joie de se réjouir de l’autre. Comment s’enorgueillir de cet agir alors qu’on n’en a pas la capacité, qu’on en éprouve, laissé à ses propres forces, l’impossibilité ? Comment se flatter de la grâce ?

 

ce nuage ténu

qui joue à s’effacer en sa grâce changeante

laisse la connaissance

de sa présence

 

son corps si nu

que sa peau se défait des regards qui la hantent

laisse la transparence

de sa naissance

 

24 juillet 2005

Que sera le regard sur son autoportrait d’un peintre (sur son autobiographie d’un écrivain) qui ne cherchera que l’autre en lui-même ? La rencontre de ce que la nature et la culture ont fait de lui et de ce que la grâce fait de lui ? Recherche périlleuse qui ne peut aboutir qu’encordée aux autres avec Aimer.

 

à la volée se sème l’eau

du geste juste et mesuré

qui n’ignore nulle surface

en sa maîtrise de l’espace

 

et le parcours de son passage

fait du hasard le bel usage

où en sa soif n’est oubliée

nulle graine sur le réseau

 

L’angoisse du néant n’est que la peur de cesser d’exister. Disparaître dans le néant ne peut être qu’une image : elle ne tient pas sa force de l’idée de néant, idée vide, non-idée pour l’intelligence, mais du fantasme de l’imagination.

L’éternité de l’être est une des formes de son infinitude, et l’infinitude de l’être exclut le néant. Que je ne sois pas infini ne signifie pas qu’il y ait en moi du néant, mais que je ne suis pas l’autre. Le problème intellectuel ici est celui de la coexistence d’un être infini avec des êtres finis. Il se résout au mieux par l’idée que l’infini se donne un nombre d’êtres finis asymptotique à l’infini et qu’il le fait par altérité positive. L’amour participé réduit l’aporie de l’infini comme autre et comme non-autre des êtres finis.

 

Le néant de Sartre n’est-il qu’un néant psychologique déguisé en néant ontologique ? Il n’aurait sans doute pas convaincu Kant : qu’aurait bien pu être pour lui une ontologie phénoménologique si ce n’est une contradiction dans les termes ?

 

25 juillet 2005

ces mains au bout de mes bras

étranges et familières

est-ce bien moi est-ce toi

depuis toujours depuis hier

 

faut-il vraiment tout savoir

de leur sombre intimité

nouée ici en l’histoire

brève pour l’éternité

 

les énergies qui concertent

au court ballet d’une vie

sauront sans profit ni perte

se poursuivre en l’infini

 

des mains toutes provisoires

n’ont pas besoin de livrer

l’aventure qui ce soir

rejoindra l’éternité

 

le regard persistera

sans les yeux qui le font faire

et sans les mains sera toi

dans l’ombre et dans la lumière

 

Pas plus que l’être parfait n’existe en vertu de sa perfection, le non-être n’existe en vertu de sa négation. Analogie trompeuse de l’existence et de l’inexistence. On pourrait croire qu’un abîme les sépare. Il n’en est rien puisque le néant n’existe pas et que l’être ne peut qu’être infini sous peine de ne pas exister.

 

Peut-on vivre trop près de la nature, de l’élémentaire, du végétal, de l’animal ? Non sans doute si on leur donne leur vraie place dans la totalité des êtres où ils nous aident à trouver la nôtre.

 

26 juillet 2005

L’altruisme animal n’est pas l’amour de l’autre comme autre, mais la sollicitude pour l’autre perçu comme un prolongement de soi. Tel est aussi d’ailleurs l’altruisme humain avant qu’il ne soit pris en charge par l’agapè évangélique.

 

Ravages (et stupidité) de l’étymologisme : on veut maintenant déconsidérer le service parce que servitium a signifié esclavage. Pourquoi ne pas rappeler aussi que travail vient de tripalium, un instrument de torture ?

 

Il n’y a de survie que de l’amour de l’autre comme autre. C’est ce qui fait que l’animal et l’homme animal, l’humain premier, n’y ont pas accès. Yeshoua l’avait découvert lorsqu’il proposait sa parabole du Bon Samaritain : « Que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ?…Tu aimeras…ton prochain…Et qui est mon prochain ? …Le Samaritain » (Luc X, 25ss), l’autre comme autre qui aime l’autre comme autre.

 

Participer au Don, ce n’est pas donner de soi-même, mais de l’Autre à l’autre ; c’est vivre la vie éternelle d’Aimer.

 

Le suicide n’est défendable en Aimer que lorsqu’il est compatible avec l’amour de tout autre comme autre. L’amour de soi n’y a rien à voir. Ce n’est pas que la vie soit sacrée (le sacré fait partie de l’univers mythique qui de soi est étranger à la vie éternelle).

 

elle est

rose que peuvent voir

toutes et tous au jardin si public en ses portes ouvertes

si parcouru en tous ses sens par le tourbillon des regards

que dans sa foule elle ne livre

aristocratique

de cœur à cœur qu’aux mieux aimants un peu

de son secret

 

27 juillet 2005

« Faites aux autres ce que vous voudriez que l’on vous fasse » Pour savoir quel est le bien de l’autre, il faudrait donc savoir quel est son propre bien ? Peut-être si le bien couvre un ensemble de valeurs analogues ; mais est-ce si sûr ? La santé et la richesse n’entretiennent que des liens ténus. On peut souhaiter la santé parfaite à tous sans hésitation, mais qu’en est-il de la richesse ? Le sage de la Bible ne recherche ni ne demande richesse ni pauvreté, mais ce qui lui est nécessaire pour réaliser ce qu’il considère être sa fin dernière.

Le bien que l’on souhaite (donner) à l’autre se modifie au fur et à mesure que se transforme le but que l’on se donne à soi-même dans la vie.

Si l’on admet que l’humain premier est incité par son propre désir ultime à se muer en un second humain, on l’admet pour l’autre humain autant que pour soi-même. Mais on demeure pour l’autre dans le domaine du vœu, peut-être de l’invitation, sans jamais user de pressions ni de manipulations. Pour ce qu’il en est de soi-même, on s’y efforce, sachant pourtant que cet idéal vital ne nous est accessible que par l’accueil du Don.

 

Faire ce que l’on pense devoir faire sans se soucier des conséquences implique une foi en la justesse de sa conscience, peut-être aussi en l’être à qui l’on croit devoir son origine.

 

à la porte qu’on ferme au vent

manque la clé

rouillée

morte dans l’herbe haute où le jeu des enfants l’a laissée

 

28 juillet 2005

« Un enfant si je veux quand je veux ». Pourquoi pas « un enfant si toi et moi le voulons quand nous le voulons » ? Après être passé du devoir au droit, on est invité à passer du droit à l’amour, avant de répondre à l’amour de l’autre comme autre. La réalité humaine ne se laisse pas enfermer dans les formules d’un parcours linéaire, mais ces maladroites formules invitent à penser au-delà des formules.

 

Dépouillées du caractère sacré dont les revêt la foi en la révélation, les paroles de l’Evangile retrouvent la fraîcheur de propositions ; elles invitent la pensée libre à peser la valeur que leur confère leur degré d’accord avec nos intuitions.

 

le souffle donne de la voix

à la forêt

s’y plaît

et poursuit vers son horizon la fin de ses abois

 

L’intérêt de l’humain dernier est de se désintéresser de soi-même pour l’autre. Il n’y a pas à s’étonner de ces amusements linguistiques. La vérité de l’humain transcende le langage.

 

La découverte du fonctionnement du cerveau en prière pourrait pousser quelques croyants à passer de leur croyance en Dieu à l’accueil d’Aimer.

 

surprise au souffle en son émoi

la graine ailée

lâchée

vagabonde folâtre à la recherche de sa voie

 

29 juillet 2005

Présenter le sentiment de la présence de Dieu comme lié à une modification de l’activité cérébrale, c’est donner un exemple parmi d’autres de la relation du psychique et du physique. Que ce Dieu-là ait quelque relation avec Aimer qui, esprit pur, est inaccessible au psychique, est un autre problème.

Ce qui fait problème, c’est qu’Aimer n’est pas objet de jouissance mais sujet de réjouissance, et que vivre de sa vie n’est pas une fusion, car l’amour de l’autre comme autre fait de l’altérité une nécessité.

 

Il n’est pas besoin d’avoir le sentiment de ta présence pour te savoir présent ; c’est une connaissance fondée sur l’évidence de l’infinité de l’être. Que le cerveau humain soit capable de fabriquer ce sentiment, le témoignage des mystiques (et beaucoup de croyants le sont un peu) tend à le montrer ; il tend aussi à montrer que c’est un sentiment passager, fugace, non maîtrisable. Comme si tu incitais le croyant à passer à la foi nue, à la nuit des sens et de l’esprit pour te découvrir tel qu’en toi-même.

 

Qu’Aimer puisse utiliser tout et n’importe quoi (etiam peccata, disait Augustin) pour inviter l’autre à l’accueillir ne fait pas du non-amour de l’amour.

 

compagne de la demi-nuit

fille de l’air

 

des mares d’ombre tu jaillis

crépusculaire

 

rien ne guide ta sarabande

qu’inaudibles tes moindres cris

dans l’avenue

 

mais est-il besoin que t’entende

la main qui un jour a frémi

sur ta peau nue

 

30 juillet 2005

je ne m’en retournerai pas

Eurydice te rechercher

car je sais que tu m’attendras

à la porte d’avoir été

 

rien ne se surprend qu’au passage

de ce qui à jamais demeure

et les clartés de ton visage

resplendiront quand viendra l’heure

 

l’un après l’autre prend sa place

au rassemblement éternel

à qui l’instant donne sa face

en la force de son coup d’aile

 

tes yeux brillent ici déjà

dans cette ombre où tu t’es cachée

mais mon souffle joindra sa voix

à la tienne en l’éternité

 

Comment parviens-tu à la fois à faire (faire) un monde aussi fascinant d’intelligence et des intelligences capables de ne pas y reconnaître ta trace ?

 

Est-ce faute d’avoir reconnu l’infinité de l’être en existence qu’Aristote a eu recours à la notion d’être en puissance ? Tout son système s’écroule-t-il pour autant ? Le réseau des connexions intellectuelles est si redoublé que nombre de vérités peuvent s’y glisser au sein de l’erreur, bon grain dans le champ d’ivraie.

 

31 juillet 2005

« De l’infini il n’est pas commencement… et il entoure toute chose, et toute chose il gouverne », dit Anaximandre, rapporte Aristote. J’exulte en toi de ta joie, car tu demeures, et rien en toi n’arrête le regard. Ta gouvernance est celle de l’amour.

 

On peut contester Yeshoua jusqu’en son existence. Mais qui pourra dire qu’aux quatre coins du monde par millions ne résonne pas en toute langue à toute oreille attentive la petite phrase : o theos agapè estin ?

 

d’où suinte en cette caverne

cette plainte depuis longtemps

qui résonne

 

que ce sang ici qui nous cerne

en miel se mue pour les amants

qui se donnent

 

avant qu’un jour ne se dévoile

où en géode la caverne

transfigurée

 

brillera de dix mille étoiles

en leurs regards que se discerne

l’éternité

 

Jacques Derrida ne fait-il que déplier la parole de Yeshoua, « Quand tu fais œuvre d’aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta droite » (Matthieu VI, 3) lorsqu’il écrit : « Le don comme don devrait ne pas apparaître comme don ; ni au donataire ni au donateur. Celui qui donne ne doit pas le voir ou le savoir non plus, sans quoi il commence dès le seuil, dès qu’il a l’intention de donner, à se payer d’une reconnaissance symbolique » ? A-t-il vu que le don pur du « ça donne » ne peut être que d’Aimer et de celles et ceux qui vivent de sa vie ? Il semble bien, en tout cas, y avoir reconnu l’idéal, l’objet dernier du désir humain.

 

1er août 2005

Le passage du « ça donne » au « tu donnes » n’est pas objet d’expérience immédiate, car l’esprit n’est pas sensible au cœur. La médiation qui y conduit est celle de la réflexion sur l’intelligence qui structure la matière : comment serait-elle l’œuvre d’un être inconscient (impersonnel pour employer un langage qui ne peut être qu’analogique) ?

On accueille certaines vérités en éprouvant que les mots qui les disent disent notre pensée encore inexprimée.

 

Donne-moi l’énergie de la gratitude, l’exultation de reconnaître ta sollicitude.

 

Non pas « mettez-vous à genoux, priez, abêtissez-vous et vous trouverez la foi », mais ne pensez qu’aux autres, n’agissez que pour les autres, enivrez-vous d’altérité positive, et vous rencontrerez Aimer. Le Don vous est offert partout et toujours ; à vous de l’accueillir en vos pensers et vos agirs.

 

« Croyez-vous que ? Croyez-vous que ? » Il ne s’agit pas de croire mais de penser. Est-il significatif que croire soit devenu synonyme de penser ?

 

A force d’identifier le sentiment de liberté comme illusoire, on peut en venir à se demander s’il ne l’est pas toujours, à se demander si le désir de liberté n’est pas lui-même trompeur. D’où vient alors notre intuition qu’il n’en est rien. La liberté est-elle justifiable en raison ? Est-il nécessaire qu’elle le soit ? La raison est-elle vraiment la raison dernière de la vérité ?

 

2 août 2005

splendeur de lumière

ta parole fière

toujours se redresse

svelte en sa souplesse

 

sublimé de vierge

cette cire cierge

 

dans l’air qu’elle allège

sa flamme s’élève

 

le feu de sa sève

en sa vie s’abrège

 

la vierge en détresse

s’écoule s’abaisse

 

que la mort s’éteigne

et que la vie règne

 

L’horreur de la bombe atomique, ce n’est pas seulement la mort et la souffrance de ses victimes, c’est aussi l’inconscience des consciences qui continuent d’en justifier l’usage.

 

La justesse de l’expression « ça donne », c’est que le Don est si radicalement désintéressé que le donateur s’y efface dans l’anonymat.

 

Ceux qui torturent sont des semeurs de haine. Leur imbécillité est de ne vivre que dans le présent. Peut-être devraient-ils apprendre à jouer aux échecs.

 

« Les choses cachées depuis les origines » (Matthieu XIII, 35 ; Romains XVI, 25) ne sont pas quelque profond mystère révélé à quelques grands initiés transmettant à quelques disciples privilégiés je ne sais quel savoir ésotérique. Ce qui est caché en ce mythe, c’est que l’humanité depuis son émergence de l’animalité est invitée en l’être de son être à découvrir Aimer en l’accueillant.

 

Cet ineffable dont on ne peut taire l’existence s’efface dès qu’on veut le saisir, ne serait-ce qu’avec des mots, pour en jouir. Car c’est le Don.

 

3 août 2005

S’il préfère le loup au mouton, l’homme est un loup pour le mouton ; s’il préfère le mouton au loup, c’est un mouton pour le loup, c’est-à-dire pour l’homme qui est un loup pour le mouton (Ah, les mots, les mots… ! Bah ! ça donne à penser).

 

Comme on ne peut pas lire plusieurs fois un poème pour la première fois, et s’il est vrai que la première lecture est celle de la fraîcheur et de la surprise, il faut savoir, avant de lire un poème que l’on n’a encore jamais lu, se préparer.

 

S’il y a un au-delà pour les disparus, que peut-il bien être ? Les avancées scientifiques nous mettent-elles sur la voie avec leurs mondes parallèles ? Quelle (non)matière pour l’esprit dés-incarné ? Quel (non)temps ? Quel (non)espace ? Il faut en tout cas tenir compte de l’unité du réel. La croyance peut bien se moquer de la science et la science se gausser de la croyance, la foi-accueil d’Aimer ne cesse de faire dialoguer toutes les approches du réel.

 

elles battent des mains et jasent

sur le fil ténu du matin

 

elles s’alignent dans l’extase

de la rosée qui les empreint

 

elles préparent mil chemins

que leurs vols offrent à l’espace

 

elles rêvent que s’entrelacent

les arabesques de demain

 

Aborder un poème comme une énigme, c’est chercher à en prendre possession, alors qu’il invite à la communion.

 

4 août 2005

La même question cent fois le jour : Que faisons-nous maintenant, toi et moi ? L’oubli guette, hélas.

 

Comment retrouver son chemin, comment faire son chemin au grand fouillis des interprétations ? En ce labyrinthe, n’est-tu pas mon fil, Ariane ?

 

Dire que la fin du monde correspond pour chacun à la fin de sa propre vie, c’est évacuer le mythe eschatologique en prétendant le respecter, à moins que ce ne soit lui donner un visage raisonnable pour se le garder en secret.

 

Pourquoi m’enfermes-tu dans la solitude alors que tu me donnes l’altérité des multitudes ?

 

Rien n’humilie le je qui aime l’autre, car je perd le souci de soi. Le sentiment d’humiliation qu’il éprouve est le signe qu’il n’est pas encore venu au monde de l’amour agapè, qu’il n’est pas rené de l’esprit.

 

la caresse ne cesse

la terre s’offre

la lumière offre

mille baisers de l’aube en sa course rapide

fugace

frémissement de pastels et de brumes

de nuages rougissant

un instant

transparence éclatant des espaces

 

sur la ronde de l’orbe

même toujours l’autre

rencontre à jamais se rencontre

caresse sans cesse

 

5 août 2005

Faut-il avoir des bleus un peu partout à l’âme, et récurrents, pour être conduits à aimer d’agapè ?

 

Si la moniale, le moine veulent ne rien posséder, c’est qu’Aimer aime d’un amour qui ne possède pas.

 

La terre de la béatitude, celle dont hériteront ou que posséderont les doux est d’un langage fermé à la pensée rationnelle. Avec Aimer, il n’y a pas plus de terre à posséder que de ciel où régner.

 

ne possède pas ses délices

que le jardin ne te possède

 

n’arrache pas les adventices

laisse-les t’arracher les mains

 

laisse courir les mille ombelles

entre le champ et le chemin

 

sans jamais y porter la main

immobile cours avec elles

 

Ce n’est pas aux mots que la poésie doit laisser l’initiative, mais à l’âme qui les organise comme elle organise la matière pour en faire du vivant et le vivant pour en faire de la conscience.

 

Ce n’est pas aux formes que la sculpture doit laisser l’initiative.

 

Dis-moi quel est ton devoir de mémoire, je te dirai qui tu es.

 

6 août 2005

Le désert où tu parles au cœur est le silence du silence où tu demeures.

 

La propagande internationale continue de faire pression sur ceux qui veulent acquérir la force nucléaire, non sur ceux qui continuent de l’utiliser comme une menace, allant parfois jusqu’à la rouerie de laisser croire qu’ils pourraient ne pas la posséder tout en la possédant et la posséder tout en ne la possédant pas.

 

Persuader les scientifiques que leurs chères études n’ont rien à voir avec leurs conséquences, c’est faire travailler leur imaginaire ouranien, champion des divisions. C’est une façon de diviser pour régner (certains amateurs d’étymologie diraient que c’est faire œuvre dia-bolique.)

 

Toutes ces beautés du monde que je feins presque de ne pas remarquer parce que je me sens incapable de les dire et chanter.

 

C’est bien sûr avec des mots que se fait un poème, mais ce n’est pas les mots jetés en l’air au hasard comme des dés dont le hasard assemblerait le chiffre en un poème. La force de leur arrangement n’est pas en eux. La force du discours poétique est celle de l’âme comme celle du discours scientifique est celle de l’intellect.

Un Yeshoua contre Jésus ? Un Yeshoua méconnu ? Un Yeshoua incroyant ?

 

tu ne tiens pas en place

ton regard sur le monde

tu agites ta face

aux rencontres des ondes

 

se peut-il que te voir

donne dans le regard

les mille perspectives

que tes ailes écrivent

 

propose encor mésange

les messages qui fondent

au plus pur des mélanges

l’espace de tes rondes

 

7 août 2005

Connaissance par connaturalité. On connaît Aimer à mesure qu’on lui ressemble, comme on lui ressemble à mesure qu’on l’accueille dans sa pensée et dans ses actes. Si cela vous étonne, pensez une fois de plus à l’histoire de l’œuf et de la poule. Si vous la comprenez (et qui peut être sûr de vraiment la comprendre ?) vous finirez par comprendre ce à quoi elle ressemble.

 

Rien n’est grâce, mais tout, avec Aimer, le devient.

 

La force poétique de Claudel apparaît en ce qu’il n’a été d’aucune école, ni pour y être fait ni pour y faire. Ce qu’il a découvert chez ses prédécesseurs et ses contemporains, ce qu’il a fait découvrir à ses contemporains et à ses successeurs, c’est autre chose ; et c’est cette chose qu’il faut tenter de comprendre pour connaître le fait poétique, pour y entrer.

Comme la révélation d’Aimer ne cesse pas chez celles et ceux qui se laissent inspirer en l’accueillant, ainsi, analogiquement, de la révélation du poétique.

 

Un artiste à la recherche de pures formes est-il prisonnier d’un imaginaire ouranien ?

 

ces grands corps derrière la haie

soufflent mâchent remuent

passent l’eau lourde de leurs tièdes machines de chair

 

se touchent font à l’air

le discours de leur sens obscur

 

accepterai-je que le lait

de leur substance nue

passe en cette autre chair et transmué se donne en vin

 

aux jeux de l’esprit saint

sur la conscience pure

 

Non le syncrétisme, mais l’éclectisme sélectif : non le bricolage de l’hétéroclite, mais la croissance organique assimilant tout ce qui passe à sa portée.

 

Si le royaume de Yeshoua n’est pas un royaume, le fils de l’homme non plus n’est pas un fils de l’homme premier. C’est l’humain tel qu’il devient Aimer. C’est lui qui remet les péchés des autres et de lui-même, se pardonnant en pardonnant, se faisant aimer en aimant de l’amour dont Aimer aime.

 

le papillon a refermé son livre

brusquement comme

s’il en savait assez pour que reprenne

à perdre haleine

ivre sa danse

 

ah quel espace

dans sa tête vient vivre

et lance

aléatoirement

ses traces

 

8 août 2005

Poésie. Mode d’emploi : Ne pas réciter comme on converse. Même la lecture intérieurement murmurée, inaudible, doit chercher l’intonation, le rythme, le tempo qu’appelle ici maintenant le poème.

 

depuis la nuit des temps tes doigts

de rose teintent les matins

 

et chaque aube à nouveau déploie

la merveille de l’incertain

 

quelle audace ou quel repentir

tout à l’heure donnera sens

 

à l’infini de mon désir

entre la présence et l’absence

 

Ce n’est pas parce que l’hésychasme est une technique efficace qu’elle fait des starets, c’est parce que tout avec toi peut devenir le chemin de l’agapè.

La maîtrise du souffle peut ne conduire qu’à la maîtrise de soi, ce qui ne conduit pas nécessairement à la porte du royaume des cieux, où l’on abandonne le soi pour l’autre.

 

Lorsque la plume de Thérèse écrit que « tout est grâce », il faut comme partout chercher à comprendre ou, mieux, à sentir le sens du verbe être.

On peut supposer que Thérèse livre ici son expérience autant que sa réflexion, mais comment être sûr de son expérience si elle ne correspond à rien de ce que nous avons nous-même expérimenté ?

 

Lorsque les moniales et les moines changent de nom, l’important est de perdre le premier, non d’un gagner un autre. En vérité, elles, ils n’ont plus de nom, appelées qu’elles, ils sont à vivre le Don anonyme.

 

Un visage signale une présence, une existence ; mais il en cache l’essence unique. Ce que la nature a pu lui donner de beauté, d’intelligence, de bonté même ; ce que la vie a pu y tracer, ce que les soins ont pu y occulter ou y exalter ne sont que peu de chose auprès de ce que l’esprit y sait présent d’esprit.

 

je ne sais trop quelle piqûre

vous a faite votre Epicure

 

mais il faut bien que je vous dise

qu’il faut que je vous contredise

 

vous ne m’avez pas convaincu

je préfère Mozart au . . .

 

9 août 2005

Pourquoi ne serait-il pas utile de faire dialoguer les concepts de responsabilité et de culpabilité ? Si on utilise les diagrammes d’Euler-Venn, sont-ils séparés, tangents, sécants ? Le sont-ils toujours, parfois, jamais ? Mais il ne suffit pas de travailler sur des concepts, dont la compréhension et l’extension varient avec les penseurs. Il faut travailler sur les faits en leur individualité.

Nagasaki ? Pourquoi pas ? Nagasaki ne peut s’interpréter qu’en liaison avec une multiplicité indéfinie d’implications propagées depuis bien au-delà de ses tenants et ses aboutissants.

Responsabilité des apprentis sorciers ? On ne peut trouver à redire à l’exploration de la matière ; mais travailler à la construction d’une bombe, c’est franchir une limite ; c’est entrer dans la sphère des quasi-culpabilités (même chez ceux qui travaillent pour répondre à la menace hypothétique de l’ennemi ?)

Avec l’usage se pose la question des degrés de responsabilité des exécutants comme des décisionnaires. Un militaire n’est pas exonéré de sa responsabilité par son devoir d’obéissance. Et les choses ne s’arrêtent pas là. La culpabilité s’étend, avec des degrés toujours moindres parmi ceux qui ont contribué au conflit ; elle gagne par ses ramifications les plus ténues de vastes populations liées par l’histoire et la géographie. Si je mange plus qu’à ma faim et vit dans un confort dont sont privés les trois quarts de l’humanité, ne le dois-je pas à des gens qui me sont liés par une chaîne qui en fait le prolongement de mon moi, et qui ont pillé, dominé, esclavagé pendant des siècles ?

Je suis responsable, à un degré bien difficile à préciser, de la misère du monde, très concrètement de la mort des enfants du Sahel, de l’oppression des paysans du Chiapas… La liste est interminable. Je deviens coupable si je ne fais rien pour la soulager, pour partager.

Ce jeu des responsabilités et des culpabilités a-t-il quelque chose à voir avec l’objet des spéculations sur l’intersubjectivité ? Avec le « je suis responsable de tous », avec le « je suis l’otage de tous »… ? A jouer dans cet existentialisme hyperbolique, on risque de perdre sa crédibilité, sauf à mettre en accord ses actes et ses paroles. On risque aussi de replonger dans l’affectivité mal contrôlée de la participation mystique qui justifiait la vendetta et le bouc émissaire, qui aujourd’hui encore secrètement anime le dolorisme de la souffrance rédemptrice.

 

Le sentiment de culpabilité radicale, lui, n’est sans doute qu’un expression maladroite de notre incapacité de nature à vivre selon l’idéal que nous suggère notre être. C’est un appel à la grâce, un désir du Don.

 

Entendu à la radio : « La caractéristique de l’attentat terroriste, c’est une forme d’illimitation… Il frappe sans discrétion et au cœur de la vie civile ». Difficile de ne pas faire le lien avec Hiroshima, Nagasaki et nombre d’autres crimes de guerre.

 

depuis la première cellule

jusqu’au lointain rameau

la sève avance et puis recule

en l’incessant réseau

 

le baiser de vie qui se donne

des racines aux cimes

fait une chanson qui résonne

pour tous en mille rimes

 

10 août 2005

Le bien n’est pas au-delà mais au cœur de l’être. Voilà ce que philosophiquement veut dire « Dieu est amour ».

Ce n’est pas que la philosophie aurait besoin de la révélation pour le découvrir ; c’est une découverte de l’être par la prise de conscience de l’être, et cela ne s’appelle ni philosophie ni révélation. Cela précède, parce que / puisque c’est le cœur de l’être.

 

« Si tu connaissais tes péchés, tu perdrais cœur… » La sincérité comporte si souvent tant d’inconscience qu’elle couvre la culpabilité d’irresponsabilité. La sincérité qui réfléchit se somme de ronger son inconscience. Elle ne peut le faire sans horreur qu’en connaissance de l’agapè-être.

 

La tentation est une étiquette précieuse. Le croyant la pose sur ses doutes comme l’interprète de tout poil sur ce qui contrevient à ses théories.

 

mauve lumière d’orient

tu n’es qu’en ce nuage

et

pour t’écrire

ta transparence a besoin de ce sang

d’encre qui ne veut pas finir

 

au long du jour ton souvenir

demeure cette page

et

se tournant

le temps en qui se donne à lire

l’amour d’hier qui va croissant

 

Parce qu’il est maison d’étude, le judaïsme ne cesse de produire des intellectuels.

 

Faire de l’angoisse sans cause et sans objet un accès au néant, c’est confondre son ignorance psychologique avec l’ontologie. Est-ce l’illusion existentialiste ?

 

11 août 2005

la braise qui se rembrunit

en son frémissement attend

le souffle de la vie

 

qui n’est que d’être ce qui luit

et jusqu’en son essoufflement

l’aise de l’infini

 

La question la plus fondamentale de l’ontologie est sans doute celle de la participation de l’être fini à l’être infini, l’existence de chaque être fini comme autre de tout autre être fini et de l’être infini. Peut-elle avoir d’autre réponse qu’en cette qualité essentielle de l’infini, et qu’elle révèle : l’amour d’altérité.

 

On ne peut se substituer à autrui. Aimer même se l’interdit en faisant que l’autre soit autre. La limite de la substitution à autrui, c’est sa liberté d’aimer ; on ne peut aimer à la place d’un autre, alors même que l’on peut se faire tuer à la place d’un autre par amour.

Si le salut de l’humain est d’aimer, l’idée d’un sacrifice salvateur est intenable.

 

Penser qu’un texte dévoile des sens cachés à ses lecteurs successifs, c’est justifier des interprétations qui ne sont que l’expression des pensées des lecteurs. Plus un texte est obscur, flou, difficile, poétique…, plus il accrédite cette démarche, tenant davantage un rôle de miroir que d’image.

Ce stratagème permet de faire évoluer la pensée religieuse des gens du Livre en continuant de le tenir pour sacré, en renforçant même sa sacralité par l’idée qu’il est inépuisable de sens. Grâce à l’ancrage d’un texte unique et permanent, il permet aussi à la recherche religieuse de ne pas se disperser et fragmenter indéfiniment.

 

Quelle que soit l’origine de la fascination pour l’étymologie, on peut entretenir avec elle des relations ambivalentes d’attraction et de répulsion qui permettent d’en faire une occasion de penser.

Intérêt est un terme relationnel qui veut évoquer toutes sortes de liens entre les personnes, les sociétés et, analogiquement, entre tous les étants. C’est ainsi que le passage de l’humain premier à l’humain dernier est un renversement de l’intérêt pour soi à l’intérêt pour l’autre.

 

12 août 2005

comme un essaim qui passe

inattendu

vague esquisse ondoyante

et devinée

imaginée bruissante

en l’inconnu

 

ainsi passent les ondes

et leurs messages

en réponses et sondes

d’autres visages

aux frontières du monde

au fond des âges

 

quelle antenne attentive

pourra saisir

leurs cœurs en leur esquive

et découvrir

les rivages où dérive

notre avenir

 

peuples de toute race

qui vous salue

vous dont le rêve hante

de sa clarté

les beautés butinantes

de l’imprévu

 

 

La présence insistante du judaïsme dans les médias ne peut manquer d’apparaître comme de la communication israélienne et de provoquer bien des réactions d’antipathie et de sympathie. La question est de savoir en quelles proportions, la question est celle du globalement positif ou négatif.

Mais il y a aussi l’enrichissement ou, mieux, la stimulation de la pensée, de la réflexion. Et quelque faible que soit le nombre des consciences touchées, l’humanité devrait y gagner.

 

13 août 2005

L’amour des autres pour les autres est inhérent à mon amour des autres. C’est le Don.

Quel nom donner au silence de ta présence ? Car tu n’y es que le Don, où j’échappe à moi-même pour ne penser qu’aux autres. Que puis-je faire si ce n’est témoigner de son existence ? N’échappes-tu pas à toute essence ? Est-ce à dire que tu sois autrement qu’être ? Cela n’a pas de sens, ce serait donner à l’être le pauvre sens de notre expérience d’humains premiers.

L’autrement qu’être, en bonne ontologie, ce serait l’impossible néant.

 

Irresponsabilité des vendeurs et des acheteurs d’esclaves : il n’y aurait pas eu de vendeurs s’il n’y avait pas eu d’acheteurs et il n’y aurait pas eu d’acheteurs s’il n’y avait pas eu de vendeurs. Avec cette logique sophiste, on peut aussi dire que l’on n’aurait pas pu lancer la bombe atomique si personne n’en avait pas donné l’ordre et qu’on n’aurait pas pu en donner l’ordre s’il n’y avait eu personne pour la lancer.

 

A l’heure suprême de la mort, Yeshoua a dû avoir cette pensée de l’amour qui se soucie de l’amour de l’autre en l’autre. Quel sens alors a son « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font » ? Cette parole est-elle authentique ? Le pardon d’Aimer est inhérent à son être ; il est offert à tous, partout et toujours, inconditionnellement. Mais il faut pour l’accueillir savoir ce que l’on fait lorsque l’on n’aime pas l’autre, et le regretter. Le pardon en l’humain commence par la prise de conscience de son manque d’amour et de son désir d’amour, et puis de l’abîme qui les sépare et de la demande à Aimer de la franchir.

On est loin du sens obvie qui donne à penser que le Dieu Père est cet humain premier qui accepterait de pardonner à condition qu’on n’ait pas fait exprès, qu’on ait fait le mal sans le vouloir, sans en avoir conscience, sans savoir ce que l’on fait.

 

la brise berce leur tendresse

enfants à naître

au refuge de la rudesse

de leurs ancêtres

 

jusqu’à ce que pour retransmettre

le mot de passe

ils confient à la boue leur être

et se défassent

 

les verges qui déjà pourrissent

en eux amènent

par les semences qui s’unissent

les outres pleines

 

par les cordons qui les nourrissent

et les retiennent

la sève maternelle hisse

l’amour la haine

 

ils ne sont que leur espérance

et leur mystère

renouvelle l’intelligence

de notre terre

 

14 août 2005

S’il est vrai que l’amour est le sens dernier de l’humain et qu’il ne vit que de l’autre, la vie érémitique, sauf à n’être qu’une étape préparatoire, ne peut avoir de sens que si ce qu’on appelle prière est une relation aux autres.

 

L’approche de l’être par la seule représentation est déficiente, car l’être est amour, et il n’y a pas d’amour sans énergie d’échange, sans liberté, sans… , bref sans le Don. L’être infini s’approche au mieux par la totalité de chaque être fini plutôt que par sa seule intelligence, ou d’ailleurs par sa seule volonté, par sa seule imagination …

 

Si le péché est ce dont la connaissance fait perdre cœur en soi-même, il peut aussi être ce qui fait trouver cœur en l’Autre en permettant de découvrir que l’Autre est Aimer.

 

Le prophétisme biblique naît de la conscience aiguë de l’exigence du bien face à la présence envahissante du mal. Les prophètes de la Bible ont l’idée d’un dieu moral, d’un dieu dont la figure se confond avec celle de la loi qu’il donne.

 

de pas en pas et d’instant en instant la marche

déploie les dix mille arches

où se rassemble et se compose en l’œil l’espace

qui se déploie en face

 

l’imperceptible qui se tisse et s’articule

en ténu réticule

voile et dévoile entièrement ton corps tout pur

tunique sans couture

 

15 août 2005

Tes amis incroyants, parce qu’ils refusent la croyance, refusent de croire à je ne sais quelle perversité secrète de l’Eglise. Ce qu’ils n’admettent pas, c’est que sa richesse et sa puissance patentes puissent s’accorder avec Aimer tel que Yeshoua l’a vécu et dit.

 

quelle distance cet appel

dit à cet aurore attardée

où la lumière au bain des brumes

étire ses bras engourdis

 

quelle complice nous révèle

en l’élastique liberté

de ses formes ce que nous fûmes

ce qui demain nous sera dit

 

quelle modulation nous hèle

au loin de l’avant dissipé

l’âme que de nouveau s’allume

notre marche vers l’infini

 

La croyance en la virginité de la mère de Yeshoua en fait un héros mythique. Ce mythique conduit-il à l’amour de l’autre comme autre ou en détourne-t-il ?

 

L’incroyant se hérisse devant le fait Yeshoua en le voyant pris dans le mythe. S’il l’en juge indétachable, il risque de s’en détourner, de ne pas parvenir à y soupçonner la réponse à son désir dernier.

 

L’être psychologique n’est qu’une des multiples manifestations de l’être infini. La psychologie ne peut être érigée en fondement de l’ontologie.

 

Le vêtement symbolique du prêtre, du juge, de l’avocat, du militaire, du policier, de l’universitaire…est-il encore mythique ? Pour qui ? Dans quelle mesure ?

 

Parce qu’elle était si proche de Yeshoua, on peut avoir envie de savoir qui était sa mère. Si l’on refuse l’Incarnation telle que la présente l’Eglise, on peut comprendre à la lumière de l’intuition de son fils qu’elle a vécu cette intuition avec une intensité proche de celle de Yeshoua, qu’elle a pleinement accueilli Aimer.

Mais cet intérêt pour sa personne suppose qu’elle soit accessible ici maintenant, partout et toujours, comme Yeshoua d’ailleurs, comme tous les disparus qui ont accueilli l’Autre.

 

16 août 2005

Suis-je mon corps ? Je sais que mon visage ne montre pas ce que je pense être. Est-ce parce que je me trompe en pensant ce que je pense être ? Il ne s’agit pas en tout cas d’admettre sans y réfléchir le psychologiquement correct du « Je n’ai pas un corps, je suis mon corps. » Va, provisoirement pour un « Je ne suis pas que mon corps ».

 

Il ne s’agit pas à la mort de « rendre sa belle âme à Dieu ». Aimer ne possède rien. Aimer ne m’a rien prêté que je devrais lui rendre. Aimer donne vraiment, sans retour. Quant au corps, il rejoint les énergies du monde.

Mon corps est mon médiateur. Grâce à lui, j’accède à l’univers ; grâce à lui je puis dialoguer.

Ne puis-je pas dire aussi qu’il est le fabriquant de mon esprit ? Cela suppose que la matière déborde le physique et le chimique, qu’elle a une dimension psychique qui l’organise et la conduit vers le vivant et puis vers le conscient. Ceux qui en ce domaine affichent leur assurance affichent leur ignorance.

 

que bruissent

aux portes du silence

tes prémisses

 

que viennent

aux portes de la nuit

tes antennes

 

que naissent

aux portes du grand vide

tes promesses

 

17 août 2005

Faudra-t-il qu’un prophète, un Savonarole, aille crier dans la splendeur de Saint Pierre de Rome : « Il ne restera pas ici pierre sur pierre…Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent doivent l’adorer en esprit et vérité » ? Seul Aimer dure éternellement.

Le prophétisme ne peut être déclaré révolu dans l’histoire de l’humanité, car l’humanité n’aura d’autre fin que cosmique, et la fin du prophétisme est imaginée dans une pensée qui croit à la fin des temps.

Aimer étant ce qu’il est de toute éternité, le prophétisme éthique tel qu’il apparaît dans le Bible est coextensif à la conscience morale. Depuis l’apparition de la conscience morale, il y a toujours eu (et il y aura toujours) des consciences morales aiguës pour se dresser, pour crier une vérité qu’ils savent répondre aux besoins de l’humanité où ils vivent.

 

donc il fallait que cette cire

presque épuisée en pure flamme

fasse jaillir pour le rougir

le soleil couchant de ton âme

 

que la loi antique du sang

versé en semence de gloire

trouve en toi un couronnement

dans la douleur du dérisoire

 

et que tu combles le désir

la coulure comme une larme

brillant plus belle pour finir

où toute grandeur se désarme

 

(Frère Roger)

 

18 août 2005

Il faudrait explorer davantage la « dynamique du provisoire » de l’humanité en son passage, jamais achevé, toujours à reprendre avec chaque nouvel être libre, de sa nature à sa surnature, de l’amour de soi à l’amour de l’autre.

Quels rôles y jouent le mythe et le rite ? Quelles transformations sociopolitiques s’y opère-t-il ? Quelles actions les tenants d’Aimer peuvent-ils y mener pour l’évolution des démocraties (des sens de la démocratie) ? Peuvent-ils agir à l’intérieur même des religions pour les faire évoluer ou pour les subvertir ?

 

Est-il possible d’enseigner le fait religieux avec impartialité ? Les manuels d’histoire sont truffés d’oublis. Il suffit de franchir les frontières de son pays pour découvrir que chaque peuple a sa version de l’histoire. L’enseignant idéal du fait religieux, que ce soit l’auteur de manuels ou le professeur devant ses élèves, est mû par l’idéal laïc de bienveillance pour tous, croyants et incroyants. Aimer est son esprit.

 

connais-tu la limite de ton territoire

ce qui sépare

ton sang de l’autre sang

 

en l’océan

le sang se mêle au sang

où mille îles scintillent dans la clarté du soir

 

Le nôtre, dans la perspective de l’homme premier, c’est le mien et c’est le tien comme prolongement du mien. C’est l’exclusion de l’autre comme autre. C’est pourtant une chance, une esquisse de l’amour de l’autre en son altérité.

 

19 août 2005

Une carte postale nous parle aussi de celle, celui qui en a choisi le sujet, le cadrage, la lumière, le moment…

 

En observant la vie des animaux, nous pouvons voir d’où nous tenons notre sens de la possession et de la domination, du désir et de l’hostilité, du groupe et du chef, du mensonge et de la ruse, sans doute aussi de l’honneur et de la honte, de l’amour premier même, de la sollicitude pour le prochain premier.

 

L’enthousiasme de la foule et la fascination du chef paraissent bien actuels dans les journées mondiales de la jeunesse. Va-t-on les reprocher aux croyants si cela les porte à un souci de l’autre plus fort que le sentiment d’être dans la joie parmi les siens.

 

Lorsqu’on dit que la cathédrale de Chartres est probablement bâtie sur un sanctuaire celte et qu’elle en utilise les énergies (comme le signifieraient le labyrinthe et son usage), on se sent porté à réfléchir sur la continuité discontinuité du sacré, du numineux à l’agapè, sur son ambiguïté et sur le choix que celle-ci nous invite à faire.

 

« Je me contredis, eh bien oui je me contredis ». Suffit-il de se féliciter du défi de vivre et de penser dans la contradiction pour trouver le sens de la vie ? La contradiction ne fait sens que si elle révèle une dimension de l’être en se résolvant. La contradiction n’est qu’un moment dans le processus d’approche du réel. S’installer dans la contradiction en croyant y trouver la fin de la pensée, c’est courir le risque de s’autodétruire. (Certains semblent faire de l’auto-contradiction une pose esthétique ).

 

surgissement des eaux du désert nu

monde enfanté en extase perdue

le regard qui t’approche désire ta venue

la vieille nouveauté de ses spasmes déçus

 

il découvre pourtant la beauté inutile

dans le don éphémère de tes formes fragiles

ravissement sans fin au plus loin de nos villes

sans mémoire et sans yeux où notre amour défile

 

20 août 2005

soleil de pleine nuit

œil implacable tu agites

le songe et le sommeil

 

déesse au dos bruni

retourne-toi redeviens vite

la féminine oreille

 

Mort, silence du silence du silence où les amis demeurent.

 

Enorme bibliothèque, les réserves de la mémoire stockées inconscientes s’ordonnent en multiples réseaux. Le discours y trouve l’exactitude des idées, la poésie y propose ses trouvailles vagues, de l’un à l’autre mille langages attendent de se concevoir, grossir et naître.

 

La distinction entre avoir et être est transmuée dans le passage de l’humain premier à l’humain dernier. L’humain dernier, tout inspiré d’Aimer, n’a rien, ne possède rien. Que veut-on signifier en affirmant que je n’ai pas un corps mais que je suis un corps si ce n’est une possession si forte du corps que sa cessation entraîne mon anéantissement ? Cependant l’être de l’humain dernier est suspendu à sa relation à l’autre. Il n’a ni n’est son corps. Son corps même devient son autre.

21 août 2005

C’est une belle figure de penser que le monde n’est pour Aimer en son infini ni son être ni son avoir, alors même qu’il participe de son être puisque qu’il n’existe rien qu’Il ne soit. Cela nous amène simplement à admettre que nous ne savons pas (encore) ce qu’est l’être.

 

Non le savoir pour le pouvoir, mais le savoir pour le vivre, la connaissance de l’être dont le secret dernier est le vivre pour l’autre.

 

S’il faut refuser l’idée que l’existence est faite pour se préparer à vivre plutôt que pour vivre dès maintenant, c’est qu’avec Aimer la vie éternelle post mortem ne peut se concevoir que comme un épanouissement de ce qu’elle peut être pre mortem. L’humain dernier est l’humain définitif. Sa joie est celle de l’altérité, la réjouissance de l’existence de l’autre comme autre jusque dans sa réciprocité comme épanouissement de l’autre.

 

La santé fait partie des enjeux du choix entre réductionnisme et holisme. On ne (se) soigne pas de la même façon selon que l’on considère le corps comme une pure organisation physico-chimique ou qu’on y envisage la présence active d’un principe psychique. La médecine occidentale, cela va sans dire, s’appuie sur une vison réductionniste du corps.

 

lorsque l’un entre et l’autre sort

que les mobiles à l’immobile

chantent leur mot

 

l’or à l’argent

le miel au lait

donne l’excès

de notre sang

 

au face à face de l’aurore

soleil d’opale et lune pâle

là-bas là-haut

 

22 août 2005

On peut être tolérant pour avoir reconnu que la vérité première nous échappe, ou nous dépasse. Cette tolérance est-elle compatible avec l’appartenance avec une religion ? Peut-on lucidement admettre que la religion à laquelle on appartient détient la vérité comme elle le prétend et reconnaître que les autres religions la détiennent aussi ? La tolérance religieuse n’est alors qu’une illusion, voire une hypocrisie. La tolérance fondée sur l’impossibilité d’atteindre la vérité dernière de l’humain est celle de l’agnosticisme, elle ne peut être celle du croyant.

La tolérance des tenants d’Aimer se fonde sur une modération de l’importance de la vérité comme approche cognitive du réel. Elle leur fait dire : « Aime et pense ce que tu veux », sachant que si tu aimes, ta pensée ne pourra errer dangereusement. Faisant d’Aimer une valeur incommensurablement supérieure aux autres valeurs de l’être, elles, ils voient en chaque être humain un autre à aimer sans considération de sa religion ou de sa philosophie, pas plus que de son appartenance ethnique, culturelle, politique… La vérité ultime à laquelle les tenants d’Aimer pensent parvenir est précisément l’être comme Aimer, ce qui leur fait penser que l’être ne s’approche pas prioritairement par l’intelligence, mais par la relation dialogale avec l’autre comme autre. Ils, elles sont ainsi amenées à s’écarter des religions dans la mesure où celles-ci participent du gnosticisme au sens où elles lient le salut à une doctrine.

 

cette grisaille messagère

est l’eau des océans

 

et le feu complice de l’air

l’a faite pure et si légère

 

que belle circulant

elle vient abreuver la terre

 

bon voyage sœur étrangère

en recherche d’amants

 

que bientôt leurs bras se libèrent

et te fasse l’heureuse mère

 

d’une foule d’enfants

aux couleurs où tu exubères

 

23 août 2005

la flûte sahélienne marche dans l’au-delà

vers des vallonnements de sables infinis

de farouches gawos et d’adouwas épars

 

à hauteur de regard se découvrent les plis

de terrains où se parlent les touffes et les pierres

et les ravinements de la saison des pluies

 

allant à perdre haleine et à l’épuisement

elle enivre d’espace et d’horizons perdus

jusqu’à la découverte du destin le plus dur

 

alors elle s’arrête et laisse au grand silence

la chance de se faire au dernier chant d’oiseau

qui appelle là-bas dans le kori torride

 

Malgré quelques horreurs et pas mal de banalités et de répétitions, le Coran a réussi le miracle de produire dix mille poètes, dix mille intellectuels, dix mille spirituels et un peuple immense en marche vers Aimer. De quoi faire réfléchir à la puissance du sacré.

 

Pour pasticher Poincaré, on fait des poèmes avec des mots comme on fait des maisons avec des pierres ; mais une accumulation de mots n’est pas plus un poème qu’un tas de pierres n’est une maison.

 

La poésie est faite pour ne pas taire ce qui ne peut se dire, ce dont on ne peut parler mais que l’on peut chanter.

 

24 août 2005

Que l’on parle du problème, de l’énigme ou du mystère de la création, il faut tenir à l’idée que l’être créateur est Aimer. Aimer crée librement des êtres libres parce que son être est Aimer. Sa liberté est parfaite et elle invite à la liberté de plus en plus parfaite, depuis la particule en son indétermination jusqu’à la conscience de conscience en son désir de liberté parfaite face à la liberté parfaite. S’il en est ainsi, c’est qu’Aimer, dans la vérité de son être, crée en pur désintéressement, en sa joie de l’autre comme autre. Et il invite les êtres finis que nous sommes à participer à cette joie en l’accueil qu’ils lui font.

Ce n’est qu’après avoir compris le pourquoi / pour quoi de la création que l’on peut tenter d’en comprendre le comment si l’on pense que cela peut intensifier la participation à la vie d’Aimer.

 

Dans cette perspective la création humaine, qu’elle soit artistique, technique, politique… n’atteint son sens ultime qu’en participation à l’acte créateur d’Aimer.

 

quand je te vis ex machina

monter en robe d’hyacinthe

le décor s’anima des teintes

qui rayonnent de ton aura

 

l’accueil du public éclairé

était la joie même des ondes

que recevant tu rends pourprées

aux amis de ton arrière-monde

 

25 août 2005

« Tirer du néant » est une expression vide de sens, puisque le néant n’existe pas. Il serait plus compréhensible de penser qu’Aimer nous tire de sa substance, mais on sent bien qu’il s’agit d’une image, « tirer de » et « substance » appartenant au langage de l’espace qui ne peut être celui de l’esprit. La question est de savoir quel statut accorder à l’image lorsqu’on cherche à connaître l’être spirituel.

 

Peut-on construire une philosophie sur le postulat de l’être comme Aimer s’il s’agit d’une hypothèse purement intellectuelle ? A condition d’admettre qu’il ouvre à une approche de l’être qui échappe à l’intellect, qui le détrône même dans cette approche. On ne peut validement utiliser ce postulat sans engagement éthique.

 

hors de l’abri des hautes tiges

elle piétait à l’aventure

 

elle vient faire sa voltige

dans les risques de la bordure

 

cette innocence à l’innocence

invite le passant ravi

 

et la sauvage au cœur sauvage

donne de partager sa vie

 

26 août 2008

« Tout est permis, mais tout n’est pas utile » (I Corinthiens X, 23). L’éthique d’Aimer sort de la morale de l’interdit et du permis pour entrer dans celle du nuisible ou de l’inutile et de l’utile ou du profitable, avec toutes les gradations de l’un à l’autre.

 

Le christianisme ne survivra à la démythisation qu’en renonçant au messianisme. Le messianisme est malheureusement inscrit dans sa dénomination même, puisque christ signifie messie. Le christianisme n’est éternel qu’en se tenant à Aimer, qu’en annonçant l’évangile du seul Aimer. Il risque pourtant de survivre encore longtemps puisque la démythisation générale n’est pas pour demain, même en occident si l’on en juge par le comportement des Occidentaux les plus rationnels. Mais sans doute sont-ils plus exigeants pour ce qui touche à l’essentiel que pour ce qui concerne la vie quotidienne.

 

petit noiraud qui sort de l’herbe

tout frémissant de tes antennes

ne vois-tu pas la face imberbe

qui observe ta face naine

 

cet âge est sans pitié et toi

qui ignore encor le danger

que feras-tu lorsqu’il voudra

en rapace te capturer

 

ne sens-tu pas que ce qui vibre

en l’espace de ton domaine

te fait voulant te garder libre

séparer de l’amour la haine

 

« Petite cause, grands effets ». Illusion de l’empirisme lorsqu’il ne saisit pas, et c’est presque toujours le cas, la totalité des phénomènes qu’il observe. En termes d’ontologie, nul effet ne peut avoir plus d’être que sa cause. Cela change bien des choses dans l’approche du réel.

 

27 août 2005

Orion avant que la clarté

ne le prenne en son estuaire

s’incline vers sa source

 

grave figure de l’été

finissant lorsque la lumière

s’écarte encor de l’ourse

 

n’es-tu que la sublimité

d’une rassurante prière

au hasard de la course

 

ou reviens-tu pour conforter

la pensée dure que la mer

à la fin se rembourse

 

Aimer libère l’humain dernier du péché patriarcal de la chair. Il n’y a de péché, si l’on tient à garder le mot, qu’en relation avec l’autre, qu’en ce qui va à l’encontre de l’autre.

Puisque pour l’humain premier la relation amoureuse est un érotisme de l’appartenir et du posséder, la rencontre charnelle sans péché ne peut être que celle du couple, où chacun possède l’autre et lui appartient. L’humain dernier ni ne possède ni n’appartient.

 

Si l’on renonce au créationnisme pour accepter l’évolutionnisme et que l’on croie à la survie d’Aimer dans les consciences qui l’accueillent, on ne peut manquer de se poser la question des seuils que l’on franchit de l’animalité à l’humain dernier. Auquel l’animal humain accède-t-il à la vie éternelle ? Moïse et Yeshoua ont proposé leur réponse (Luc X, 25-37).

 

Dans l’inextricable labyrinthe des philosophies toujours plus nombreuses et plus diverses malgré la polarisation de leurs courants, Aimer est notre fil d’Ariane. Quelle mémoire encyclopédique et quel ordinateur monstrueux pourraient en effet en comprendre les cohérences et les incohérences pour en organiser la totalité jamais achevée ?

 

28 août 2005

Un dieu qui parle est à peine moins fruste qu’un dieu de pierre, de bois ou de métal.

 

« Ni sur cette montagne ni à Jérusalem » (Jean IV, 21). Un dieu esprit n’est pas seulement hors de l’espace, il est aussi hors du temps. Pourquoi cette théologie qui prétend établir la supériorité du christianisme sur sa dimension historique ?

 

Les extases des mystiques qui miment l’érotisme n’ont évidemment rien à voir avec l’amour de l’autre comme autre et avec la joie d’Aimer qui lui est inhérente.

 

Penser par opposition et penser par participation. Choisir l’un ou l’autre ne peut mener qu’au déséquilibre et à l’excès.. S’agit-il là des deux formes premières de la pensée finie, conformes aux forces premières de l’amour et de la haine d’Empédocle comme organisatrices de la matière ? Le penser c’est en tout cas faire droit à cette dualité en s’y inscrivant.

 

le lactaire dans l’ombre entend

l’eau murmurer à l’air

dans la tiédeur dont lentement

notre été se déprend

que les feuilles mortes déploient

la méditation des sous-bois

 

une odeur à peine avivée

tire le promeneur

vers des remises où reposés

d’autres visages composés

attendent que dans l’ombre il sorte

pour lui ouvrir la porte

 

 

 

29 août 2005

Le croyant qui pratique la prière de demande sait plus ou moins clairement que sa liberté n’est pas conquise sur celle de son dieu, qu’il n’est pas en définitive appelé à se soumettre à la volonté de son dieu, peut-être même que sa vraie liberté est une participation à la liberté de son dieu, c’est-à-dire à Aimer. Encore faudrait-il qu’il aille au bout de la conscience de son acte.

 

Le libéralisme économique serait-il la doctrine des forts et des riches, le socialisme économique celle des faibles et des pauvres ?

 

Dans la langage oppositif du combat de Jacob et de l’ange (Genèse XXXII), la Bible propose l’image de deux libertés qui s’égalent en s’accordant. Le langage participatif proposerait celle d’une marche main dans la main où, dans une même liberté partagée, on ne pourrait dire de Jacob ou de l’ange qui décide.

 

la plage où les corps fraternisent

hésite entre l’or et la boue

entre l’enfance verticale

et l’âge mûr horizontal

une frêle trêve se noue

dans le combat qui s’éternise

 

et pour la mer et pour les sables

en leur identique nature

la stature dresse le roc

et des millénaires de choc

n’ont pu laminer ce qui dure

et surgit toujours formidable

 

des profondeurs naît la montagne

où la jeunesse en escalade

se découvre dans la hauteur

le pur amour que pour une heure

elle honore de sa bravade

dans le beau jeu du qui perd gagne

 

30 août 2005

L’intolérance est intolérable, mais il faut bien, avec Aimer, aimer les intolérants.

 

Nous pouvons rire et faire rire des mythes et des rites des autres, mais, pour l’humain premier qui nous y pousse, quelle autodérision peut nous autoriser à nous défaire de ceux qui nous touchent en nos restes de sens du sacré ? Irions-nous saccager les tombes de ceux que nous aimons ? Qui dans l’Occident le plus désacralisé oserait souiller le bouquet déposé sur le sang d’une victime innocente ?

 

La « finalité sans fin » qui conduit l’évolution du vivant devrait nous apprendre qu’il n’y a pas non plus de fin de l’histoire, que les messianismes et leurs avatars utopiques sont des illusions et qu’il ne faut pas s’étonner des horreurs qu’ils produisent. Comme l’évolution avance dans la jeu du déterminé et de l’indéterminé, l’humain progresse dans celui des lois (psychologiques, sociologiques et politiques) et de la liberté.

 

Souvenir de la forêt d’Anet, cette harde de cerfs surprise en son hallier sur le corps d’un des leurs semé de leurs défécations. Nos rites funéraires remonteraient-ils si loin ?

 

cet ongle de lumière

indique le visage de sa fascination

 

il penche des hauteurs

l’autre encore demeure dans la profondeur

l’attente

de son apparition

en cette transparence

lumineuse s’avance

 

ô pureté de l’angle

oblique inclination

salutation première

 

ton doigt dans l’invisible

nous montre l’invisible

et ton geste en silence

nous parle du silence

 

31 août 2005

Si nous pouvions mesurer à quel point notre langue est modelée par notre imaginaire, nous pourrions accéder à des connaissances qu’elle rend quasi inaccessibles au discours.

La poésie doit ruser avec la sémantique, la syntaxe et la pragmatique pour tenter d’exprimer les expériences qui la font naître. Mais ruser n’est pas le mot exact ; la poésie travaille la langue à un niveau de conscience et d’inconscience qui n’est pas celui de l’intellect calculateur.

 

Y aurait-il de l’esprit « en » l’humain si de quelque façon, quantitativement ou qualitativement, il n’y en avait déjà « dans » toute particule de matière et « dans » les relations qu’elles entretiennent ? Mais comment exprimer en langage de l’espace ce qui échappe à l’espace ?

 

tu te fais dans la nuit

tes auditeurs

et l’énergie

de ta vie te revient muette en leur écoute

 

on dirait qu’il suffit

pendant une heure

tout interdit

immobile de vivre en l’absence dissoute

 

La finalité (sans fin) est une évidence intuitive de la phylogenèse. La science la nie parce qu’elle est une intelligence des comment et que jusqu’ici le comment de la finalité lui échappe.

1er septembre 2005

ton cœur nocturne bat

vagues de sang

lancées sans fin

à l’écoute attentive des musiques de l’ombre

 

qui murmure tout bas

comme en rêvant

d’un monde enclin

à entendre les sœurs jusques au bout du nombre

 

L’enfant noue le mariage. Comment pourrait-on abandonner celle ou celui dont on a pris en sa chair la responsabilité sacrée de la dualité maternelle et paternelle ?

Pourquoi vous intéressez-vous aux preuves de l’existence de Dieu ? Elles n’ont jamais convaincu personne (pas plus que celles de son inexistence). Un assistant de preuve mathématique y changerait-il quelque chose ?

 

Les Communautés d’Aimer ne sont guère pensables à l’intérieur de l’Eglise puisque leur Yeshoua n’est pas un dieu mais un vivant d’Aimer.

 

Quels cantiques des créatures pour les sœurs et frères d’Aimer ? Une réjouissance avec Aimer, voyant que « la lumière est belle »… La louange des psaumes ? Peut-être, mais expurgée de toute puissance et de tout messianisme. « Que les fleuves battent des mains », oui, mais « le vaillant des combats » peut aller se faire voir. Et comment voulez-vous qu’elles, ils chantent, même métaphoriquement, analogiquement ou allégoriquement : « Il frappa les premier-nés des Egyptiens, car éternel est son amour » ?

 

2 septembre 2005

A parler du silence, on le détruit ; mais le temps nous fait la grâce de ses alternances où le silence a sa chance. Et comment pourrait-on louer le silence et inviter l’autre à son excellence si l’on ne pouvait en parler ?

 

La personnification est une figure poétique fondée sur une analogie ressentie comme existentielle. S’il y a de l’esprit dans l’humain, il y en a aussi dans le cosmos : ainsi la poésie personnifiante peut-elle justifier son intuition.

 

Les rythmes poétiques sont des variantes de la rythmique qui anime l’énergie, la matière, le vivant. Ainsi s’explique qu’au plus près de la vie, la poésie soit rythmée.

 

tu n’es plus ce matin que la fille légère

dont la barque fascine l’océan de lumière

 

vierge tu te diriges vers son horizon clair

où tu disparaîtras pour redevenir mère

 

Se demander « où sont les vérités avant que nous les ayons découvertes » est au mieux une confusion de concepts. Une vérité n’est pas une chose en soi, mais l’adéquation d’une pensée et d’une réalité. Les lois de l’être sont inhérentes à l’être, qu’il y ait ou non une conscience humaine pour les reconnaître.

 

Si l’on reconnaît qu’il y plus dans la cause que dans l’effet, si l’on admet la causalité, il faut bien admettre aussi l’existence d’une pensée plus forte que toutes les pensées existantes que l’on reconnaît. D’où il suit que leur horreur de la transcendance pousse certains à chercher à se débarrasser de la causalité. Mais la causalité est inhérente à l’être.

 

3 septembre 2005

Admettre comme principe moral que « ma liberté s’arrête là où commence celle de l’autre », c’est ne pas être loin de reconnaître les valeurs de l’égalité, voire de la fraternité. C’est être sur la voie de l’amour de l’autre comme autre, de la relation au tu comme essentielle au je.

Admettre que pour être humain il faut agir à l’égard de tous les humains comme ils devraient tous agir à l’égard des autres, n’est-ce pas reconnaître l’égalité des humains ?

Comment cependant nous débarrasser de cette force identitaire qui invinciblement nous fait nous considérer comme primum inter pares ? N’est-ce pas par la grâce d’Aimer ?

 

dans le recoin du champ les épis épargnés

penchent leurs têtes grises

pour les oiseaux du ciel un lieu s’est désigné

en gracieuse remise

 

pourtant l’espoir timide enfermé en leurs germes

est de gagner le sein

de terre si éprise que le don s’y referme

pour renaître demain

 

 

4 septembre 2005

Le dialogue interreligieux ne peut sortir de l’impasse qu’en dépassant les doctrines pour rechercher l’autre comme autre en valorisant cette altérité positive. Aimer y prend une telle valeur que les idées se relativisent pour devenir une simple irisation de l’être.

Le dialogue de la religion et de l’irréligion ne peut s’établir et progresser que dans les mêmes conditions.

 

Les tenants de la transcendance, si Aimer les inspire, doivent se demander pourquoi elle hérisse tant d’intellectuels athées. Ils ne peuvent les écouter avec bienveillance sans se remettre en cause ; ils ne peuvent simplement penser que cette crispation soit due à un refus d’Aimer.

 

enfermés dans le cairn leur chair et puis leurs os

enfin se sont dissous

que reste-t-il alors si près de nous

qui nous hante en la pierre hantée par le repos

 

une rude beauté parle en cet équilibre

messager de leurs masses

et rayonne de sens afin que passe

le témoin qu’entendit et dit leur âme libre

 

L’infinité du temps et de l’espace implique l’infinité de l’être qui les embrasse et dont ils ne peuvent que participer pour être.

 

5 septembre 2005

A considérer dans la cohérence de l’être la présence de l’esprit chez l’humain et la logique de l’évolution depuis le big-bang ou ce qui en a tenu lieu, on est amené à se réinterroger sur la réalité d’une âme du monde, autant que d’une conscience souveraine qui l’aurait voulue inhérente au réel que nous connaissons.

 

égrène les étoiles

redis leurs noms sans nom

qui révèlent leur vie

en chantant leur présence

 

leurs milliards sous le voile

rappellent les éons

où l’espace grandit

et où le temps s’avance

 

une mémoire totale

t’invite compagnon

dans la clarté des nuits

à leur reconnaissance

 

Pardonnez-moi, mais j’ai autant de considération pour un Iraquien que pour un Français. Le hasard m’a fait naître, et naître où je suis né ; j’entends bien aimer sans acception de personne ceux et celles que je rencontrerai par hasard ou par choix, ici ou ailleurs.

La parabole de ce Samaritain qui était en voyage et qui s’occupa de l’autre donne à penser. Encore faut-il penser.

6 septembre 2005

Pourquoi opposer aux harmonies cosmiques ou aux impératifs de la conscience une loi censée avoir été dictée par un dieu historique ? La loi est une verbalisation d’une conscience réfléchissant sur un monde voulu par Aimer dont elle est issue. L’humain n’a pas à créer des valeurs, à les tirer d’un néant imaginaire, mais à les reconnaître en son être.

 

Au commencement était le silence. Il était, il est, il sera. C’est de lui que sourd toute parole inspirée. Son autre nom est le vide où naissent toute force et toute forme.

 

 

notre rainette est revenue

au creux du fût

 

l’habitude l’a ramenée

ou l’eau rêvée

 

avec un soupçon de tristesse

peut-être ou n’est-ce

 

que l’écho du regard absent

qui la surprend

 

mais l’éclat de son habit vert

est si sincère

 

que l’on ne peut que respecter

sa vanité

 

et admirer au fond du fût

son corps menu

 

7 septembre 2005

Le silence est la demeure de la liberté, la tienne que tu me donnes. Nous y décidons ensemble.

 

Chercher à convertir quelqu’un, c’est vouloir se l’assimiler, l’amener à être des nôtres. Aimer n’a que faire du nôtre, qui n’est qu’une extension du mien.

 

Le rythme est un des signes de la vie, il est le temps vivant.

 

La rencontre charnelle des humains derniers n’est ni possession ni appartenance ; elle participe de la rencontre de l’autre comme autre. Comment connaîtrait-elle la honte ou la jalousie ? Mais qui peut être assuré d’être passé à l’humain dernier et de vivre avec des humains qui le seraient ?

 

le feu laisse les souvenirs

se détacher des choses

le posséder l’appartenir

en cendres se déposent

 

mais que deviennent les écrits

uniques dans la flamme

lorsqu’il ne reste que l’esprit

où l’oubli les condamne

 

existe-t-il donc des pensées

qui au fond correspondent

et se posent dans l’insensé

où le vieux cœur les sonde

 

 

8 septembre 2005

en cette nuit fervente

sans fin redis

les mots d’émoi

dont la chair tout entière vibre au cœur de l’espace

 

que par ton cœur d’amante

la litanie

du toi toi toi

jaillie du fond des âges d’âge en âge se passe

 

« Je ne vous appelle plus serviteurs… je vous appelle amis » (Jean XV, 15). Tu n’es plus, Marie, « la servante du Seigneur » (Luc I, 38). Il y a beau temps que l’amour a fait de toi l’amie d’Aimer.

 

Peut-on dire que le christianisme est une religion de salut si « celui qui voudra sauver son âme la perdra » ? (Luc IX, 24) Aimer ne se soucie que de l’autre. C’est cela, la vie éternelle. Le reste vient de surcroît.

 

Dire que c’est l’usage du langage qui modèle nos façons de penser et non l’inverse ; c’est s’inscrire dans une pensée oppositive qui mutile la réalité. La pensée et le langage, tantôt davantage l’une tantôt davantage l’autre, se modèlent mutuellement. Les meilleurs penseurs sont ceux qui refusent de laisser le langage modeler leur pensée.

 

En poésie parfois de nouvelles formes donnent naissance à de nouvelles pensées, mais on peut aussi trouver des pensées nouvelles qui se donnent des formes capables de les exprimer. Peut-on dire que la meilleure poésie est celle où le nouveau est indistinctement pensée et forme ?

9 septembre 2005

Il est une façon d’écouter la musique avec toi : une sonate de Mozart, une étude de Chopin, un nocturne de Debussy… Jouissance sublimée en réjouissance où avec toi l’on s’absente, laissant toute place à l’autre en sa beauté.

 

Est-il possible de ne pas se croire plus égal que les autres ? C’est un don gracieux d’Aimer.

 

l’oméga de la meute écoute

le destin que lui murmure

son corps

 

souhaiterait-il que sa route

choisisse avec l’aventure

la mort

 

ou se pourrait-il que le doute

effleure d’une aile dure

son sort

 

comme celui dont il redoute

l’approche dans sa vêture

plus fort

 

Chercher à expérimenter scientifiquement le paranormal, c’est vouloir l’intégrer à la normalité scientifique. Ce n’est évidemment pas possible pour notre science : elle se veut purement objective alors que le paranormal lie le sujet et l’objet. Pourtant celles et ceux qui en font l’expérience irrécusable ont la chance d’entrouvrir une autre porte du réel.

 

10 septembre 2005

Un système philosophique est un organisme. Sa valeur tient à sa cohérence. Un manque de cohérence interne le condamne rapidement, car il est facile à reconnaître. Mais sa valeur ultime de vérité tient à sa cohérence avec la totalité du réel. La succession des systèmes à travers l’histoire, surtout de ceux qui se croyaient définitifs, montre assez que cette cohérence est aussi difficile à atteindre qu’à reconnaître.

 

vive pâleur des fruits au ciel du chêne

étoiles d’un automne qui proclame

l’évangile de l’univers

 

la semence a donné la promesse qui mène

à enfanter des mondes que s’acclame

la vie d’un unique concert

 

approche arrête-toi que ton regard

se pose et entre en ce buisson ardent

où brille la toute-présence

 

aux échos relancés depuis le grand départ

qui résonnent au flot de ton sang

en étoiles de sens

 

La cohérence est aussi le secret, l’un des secrets, de la beauté (la consonantia de Thomas d’Aquin ?)

 

Les communications publiques sont fatalement toujours en partie faussées par le masque du personnage que le public impose au communiquant.

 

11 septembre 2005

Il y a des lectures, des lectures spirituelles même, auxquelles on s’adonne pour échapper au vide intérieur, pour meubler le silence, ignorant encore que le vide du silence est le champ où se cache le trésor de ta présence.

 

à quoi servirais-tu

si au silence

tu ne mêlais

la réplique aux appels qu’il lance dans la nuit

 

c’est lorsque tu t’es tu

que dans l’immense

le grand discret

s’invite à la présence où tu l’as introduit

 

Le malheur est une invitation à réfléchir à la vie et peut-être à accueillir Aimer. Les victimes des catastrophes naturelles ou humaines ne sont ni plus ni moins coupables que celles et ceux qui y échappent, c’est-à-dire que nous sommes tous coupables au sens où nous n’accueillons pas Aimer, où nous ne répondons pas à son invitation à aimer (Luc XIII, 1-5).

 

« Là où deux ou davantage sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux ». C’est-à-dire que mon nom est Aimer et qu’évidemment Aimer est avec celles et ceux qui aiment.

 

Qu’importe qui de Zarathoustra ou de Moïse (ou de leurs peuples) s’inventa la résurrection, l’espérance et la fin des temps. Qu’importe même comment cette croyance a pu faire bon ménage avec la réactualisation rituelle des événements fondateurs. La connaissance de l’évolution de la matière, de la vie et de la conscience nous a convaincus de la linéarité du temps comme de son absence de fin mythique. Notre « espérance », si l’on peut encore employer ce concept, n’est pas en l’avenir ; c’est l’assurance qu’Aimer nous garde du souci de l’avenir.

 

12 septembre 2005

Valeur heuristique de la concertation des savoirs. Physique et chimie en sont un bon exemple. Il faut l’étendre à toutes les disciplines scientifiques, mais aussi aux approches esthétiques, éthiques… du réel. C’est une des voies les plus sûres dans la quête de l’être.

Il ne s’agit pas d’accumuler un savoir encyclopédique depuis longtemps hors de portée des mémoires les mieux dotées. Il ne s’agit surtout pas de juxtaposer des savoirs et des agirs et des sentirs… Il faut les faire concerter sans préjuger d’une possible hiérarchie de leurs valeurs respectives.

 

Nous n’avons jamais fini de nous demander si notre connaissance n’est pas une croyance.

 

Tant qu’on fera de toi le Dieu Tout-puissant, on ne comprendra pas que tu laisses mourir de faim les enfants, écraser les villes ou régner les idéologies meurtrières (voire prospérer les religions bornées). Tu es Aimer qui fait être l’autre en sa liberté, depuis la particule jusqu’à la conscience de conscience en passant par les éléments, les molécules, les vivants…

Comprendre l’évolution nous conduit à renoncer au déterminisme total, car sans cette liberté que d’aucuns appellent le hasard, elle ne serait pas possible.

 

« Soyons réalistes ; exigeons l’impossible », aurait dit Jean-Paul Sartre. Disons plutôt : soyons réalistes ; demandons à Aimer l’impossible d’Aimer. Que les autres ne soient plus l’enfer mais le paradis.

 

par les rues de la ville les eaux fluent et refluent

visages aux yeux baissés sur les étals

arrêts départs retours où chacun veut tout voir

et se laisser tenter peut-être

 

quelles ondes secrètes baignent de leur cohue

les yeux qui les ignorent au c’est égal

de l’autre qui n’est rien jusques au soir

où s’ouvre enfin la paupière de l’être

 

y aura-t-il pourtant l’éclair d’une rencontre

où tout se figera pour le trou noir

précipité au cœur de l’autre abîme

d’où jaillira le corps nouveau

 

l’étonnant en chacun discrètement se montre

comme le don en réponse à l’espoir

que tous à tous accordent une rime

dans la ville envahie par les eaux

 

13 septembre 2005

Les mythes et les rites de la croyance demeurent le chemin privilégié vers le divin, et le divin vers Aimer. Il faut pourtant les inscrire dans une dynamique du provisoire pour les sauver d’une ambiguïté qui a souvent conduit aux pires horreurs.

 

L’Eglise est-elle schizoïde ? Comment peut-elle faire cohabiter en son enseignement une morale sexuelle du surmoi patriarcal avec l’éthique de l’autre ?

 

le couteau imite la dent

ainsi donc depuis tant de temps

il faut que la vie soit violence

 

pourquoi alors désespérer

que des chairs enfin libéré

l’esprit qu’elles ont fait soit sens

 

Lorsque Yeshoua s’adresse à sa mère, il ne lui dit pas « mère », mais « femme » (Jean II, 4 ; XIX, 26). Etait-ce une habitude dans sa culture ?

Faire de Marie la vierge-mère, est-ce la priver de sa féminité ? Cet oxymore miraculeux ne peut que hérisser l’incroyant, surtout s’il a quelque connaissance des cultures antiques auxquelles il appartient.

Dans la figure de la vierge-mère, dit en tâtonnant la psychanalyse, l’homme projette l’image de la pureté idéale de son être en contradiction avec un érotisme dont sa morale patriarcale lui fait honte. L’alternative de la pute et de la soumise n’en est sans doute qu’un avatar.

La femme que Yeshoua a vue en Miriam est celle qui n’est plus mère ni vierge, mais l’autre de l’homme en Aimer. Ni sa maternité ni sa virginité (s’il y croyait) ne lui importait mais son accueil d’Aimer : « Qui est ma mère ? Qui sont mes frères ? Celui qui fait la volonté de mon père est mon frère et ma sœur et ma mère » (Matthieu XII, 48ss).

 

14 septembre 2005

La première chose à examiner face à une alternative ou un dilemme, c’est la question de sa validité. Car la pensée dualiste y trouve un instrument attirant de ses manœuvres manipulatrices. Les ni… ni politiques, philosophiques et autres sont des réponses maladroites qui risquent de s’y laisser prendre lorsqu’elle ne se dépassent pas.

 

 

la route sur la terre s’échevelle

ou n’est-ce qu’un filet

qui la tient et qui l’ensorcelle

toute emmêlée

 

passe et repasse la caresse belle

sur la joue des forêts

et sur la paupière rebelle

à tes baisers

 

à chaque instant furtif en tes passages

les horizons frémissent

le déroulement des herbages

en basse lice

 

par ta grâce se couvre de ramages

la turgescence tisse

l’appel que les nuages

en toi bénissent

 

15 septembre 2005

L’homosexualité est-elle profitable ? Voilà la question (au diable l’interdit et le permis). Chez les peuples où la dénatalité menace, il semble inopportun de la vanter.

L’homosexualité et l’hétérosexualité sont-elles des déterminismes ou des libertés ? Piégeuse alternative, mais elle invite à penser.

 

La grâce est fille de l’instant, il faut idéalement y être accueillant en lui accordant une permanence attentive ; accomplir tout acte, toute pensée, tout sentiment face au silence où elle demeure, présence de l’esprit qui est Aimer.

 

au silence diaphane

proche ce soir

ton cœur exulte

comme si son sang fort jamais ne tarirait

 

qu’aucun bruit ne profane

épris de voir

dans le tumulte

ton visage d’ébène en l’obscur des forêts

 

Ce qui rend la polygamie inacceptable avec Aimer, c’est l’inégalité qu’elle suppose et entretient dans l’univers humain premier de la possession et de la domination. Du point de vue de l’égalité, une polygamie acceptable unirait plusieurs hommes à plusieurs femmes, mais mettre en œuvre pareille hypothèse relève du monde des communautés utopiques qui engendrent des monstres avant de sombrer.

 

 

 

 

16 septembre 2005

Le nazisme apparaît maintenant comme un monstre, et il l’est (a-t-on besoin de le dire et redire ?) mais qui nous expliquera qu’il a pu séduire certains des meilleurs intellectuels de l’Allemagne des années 30 ? Qui ? Celles et ceux qui savent que d’autres idéologies sont à l’œuvre à toute époque, nouvelles ou venues du fond des âges, et qu’il faut les identifier et dénoncer.

Aimer éclaire le paysage politique comme les autres. Qui pourrait avec Aimer admettre une idéologie, qu’elle se présente comme telle ou non et quel que soit son masque, qui enrichit les riches et appauvrit les pauvres et, ou perpétue la division entre dominants et dominés ?

 

La mondialisation d’Aimer est présente, comme le grain de sénevé de la parabole, dans celle du Samaritain en voyage.

 

« Un train peut en cacher un autre ». Les idéologies ont l’habileté instinctive de se cacher mutuellement dans les cultures dont la pensée de base est dualiste. Ne l’a-t-on pas vu avec le national socialisme et le socialisme soviétique ?

 

ce mariage est de nous déprendre

avec toi jamais ne serai

que ton autre pour qu’à jamais

nous faisions la carte du tendre

 

nous ferons mieux que nous entendre

au silence qui se distrait

lorsque le visage apparaît

dans le feu de nos moi en cendre

 

17 septembre 2005

pour le silence où se révèle

dans la coupure d’un chant de grive

en l’étoffe de l’éternel

la présence d’un cœur sans rives

 

Dire que Dieu est néant, c’est vouloir dire qu’Aimer est sans prise pour l’intellect qui veut définir l’être afin de le maîtriser, le com-prendre alors qu’Aimer est infini sans forme ni contour (pour parler en images, inévitablement). Aimer échappe, sauf à Aimer en celles et ceux qui l’accueillent et dès lors participent à son être.

 

dans la barque de haute mer

ils sont montés tous deux

il souquait dur sur une rame

elle forçait sur l’autre

 

par vents debout et de travers

ils iront jusqu’au lieu

où se perdant on trouve l’âme

pure en l’unique nôtre

 

La grâce d’Aimer n’est pas extérieure à son être ; elle est son être même accueilli et participé.

Dire que se vider de soi-même, c’est forcer Dieu à nous remplir est une image audacieuse, trop audacieuse. Aimer ne force ni n’est forcé. Aimer se livre librement en participation à sa liberté même.

Aimer ne choisit pas, n’élit pas. Oh terrible illusion des individus et des peuples, terrestres et spirituels, qui se croient élus, prédestinés. Ils « n’entrent dans le royaume des cieux » que privés de leur élection.

18 septembre 2005

Il est irrationnel de penser qu’Aimer nous a faits pour que nous nous dissolvions en son être. Aimer veut l’autre comme autre.

 

au milieu de tes cheveux gris

tes yeux garderont la merveille

resplendissant de ce feu nu

qui prépare de nouveaux mondes

 

la lumière qui pleure et rit

en ce jardin où ton cœur veille

éclairera fleurs inconnues

les fraîcheurs de tes mèches blondes

 

Ceux qui veulent posséder la vie éternelle cherchent à aimer, mais ceux qui aiment ne cherchent plus à posséder la vie éternelle ; ils ne cherchent qu’à aimer, avant de découvrir que c’est cela, la vie éternelle.

 

« Aimer n’est pas jaloux » (I Corinthiens XIII, 4). C’est cet aimer-là qui montre que l’on est passé de la possession à la grâce du Don.

Nous ne nous vidons de nous-mêmes que par la grâce du Don, librement proposé, librement accueilli.

 

19 septembre 2005

je savais bien que tu viendrais

avec ta voile sur les eaux

 

je savais que tu m’attendais

sur le rocher du Goëlo

 

Le mot « haine » fait florès dans la bouche accusatrice de ceux qui veulent dénigrer leurs ennemis.

 

Il s’agit de retrouver l’expérience fondatrice de Yeshoua, au-delà même de ce qu’il en a dit, du langage et de la culture qui l’ont informée, un peu faussée peut-être.

 

Aimer se déprend de son être en son autre de toute éternité. Avec Lui/Elle, nous nous déprenons d’Elle/Lui comme de notre être en tout autre.

Si nous découvrons Aimer en notre vide, c’est qu’Aimer vit au vide de son être

 

ensemble nous rebâtirons

la maison de nos ancêtres

à nos enfants la léguerons

à tout jamais pour la transmettre

 

Accueillant le Don d’Aimer au sein d’une religion, Yeshoua pouvait-il échapper à sa théologie ? L’eût-il pu, aurait-il pu aussi entraîner des disciples à rompre avec le judaïsme messianique, se faire reconnaître comme un messie qui sabordait le messianisme ?

 

20 septembre 2005

Si Yeshoua avait eu la science infuse divine, aurait-il commencé sa vie publique si tard ? Ou fallait-il qu’il s’accommodât d’une coutume rabbinique de son époque ? Peut-on penser qu’il ait pu parvenir à l’intuition du dieu amour sans qu’elle lui ait été donnée par un accès à l’essence divine résultant d’une incarnation, ou même d’une révélation ? Lorsque l’humain réfléchit sur les suggestions de sa conscience et sur son expérience du monde, peut-il, ne peut-il pas, entrevoir Aimer comme l’essence de l’être ?

La loi de Moïse suppose-t-elle davantage qu’une attention à cet instinct divin qu’est la conscience ? La « loi » de Yeshoua, tu aimeras ton ennemi, suppose-t-elle plus que de voir le soleil et la pluie réjouir les injustes comme les justes (Matthieu V, 44s) chez celles et ceux qui pensent le monde comme une création de l’Eternel ? Etc… Sans doute puisque si peu de gens, personne peut-être ne l’avait pensé et annoncé avant Yeshoua.

Dans le silence du silence s’établit l’alchimie du verbe où le monde et la conscience en leur concertation prononcent le réel d’Aimer.

 

Lorsqu’un juif pieux remercie l’Eternel de lui permettre de le remercier, il entre dans la tautologie d’Aimer, participant à son être en l’accueillant. Il vit la grâce du Don.

 

la cymbale du cuivre sonne

cette ouverture de la nuit

frappant celle où la reproduit

l’esprit pour qui elle résonne

 

les yeux ouverts l’âme se donne

le temps de cette symphonie

pour qu’au finale l’infini

dans l’ombre muette résonne

 

 

21 septembre 2005

 

Les victimes françaises, espagnoles, anglaises du terrorisme devraient comprendre ce qu’endurent les Iraquiens.

 

elles sont toutes là

et chacune à sa place

innombrables vaisseaux

immergés dans l’espace

 

en leurs longues spirales

où chacune pour toutes

a son mot pour se dire

sans une ombre de doute

 

elles vont l’aventure

libre en la mécanique

toutes avec chacune

en son destin unique

 

de jamais à jamais

de l’un à l’autre jour

chacune joue le jeu

avec toutes en l’amour

 

« Et ne nous soumets pas à la tentation » (Matthieu VI, 13). Phrase étonnante lorsque la croyance ne donne pas un blanc seing aux Ecritures en les sacralisant, lorsque l’incroyant naïf tente de comprendre. Il peut d’abord observer que le grec peiramois est traduit par « épreuves » (le latin dit tentationibus) en Luc XXII, 28. On trouve aussi ce terme pour les « tentations » de Yeshoua au désert (Luc IV, 2) et pour sa réplique au diable où il cite le Deutéronome : « Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu » (Luc IV, 12 cf. Deutéronome VI, 16). Tentation a donc le sens de mise à l’épreuve plutôt que d’attirance mauvaise, de séduction.

La tradition juive pensait que Dieu mettait ses amis à l’épreuve. L’exemple le plus connu est celui du sacrifice d’Abraham (Genèse XXII, 1). Et puis il y a Job. La question qui demeure pour l’incroyant étranger à la tradition judéo-chrétienne est celle de savoir si Aimer peut mettre à l’épreuve celles et ceux qui l’accueillent, si la prière qui demande à Dieu de ne pas nous mettre à l’épreuve est un geste symbolisant le dialogue de deux libertés.

 

22 septembre 2005

La valorisation de la virginité n’a rien à voir avec les valeurs d’Aimer.

 

Fallait-il que nous découvrions et comprenions l’évolution pour que le temps cesse de n’être pour nous qu’un chronos dévorant ?

 

à l’heure où les merles chuchotent

au jardin des ombres leur vie

où se transmuent en leur espoir

les souffles assoupis encore

 

une brume se lève flotte

joue de ses grâces alenties

et sur les champs donne au regard

l’élan de relancer l’effort

 

quel oiseau choisira ce jour

pour s’élancer vers l’horizon

appelé par le souvenir

et l’alerte d’autres jardins

 

en sachant bien que son retour

vers ce qui fait que nous osons

partir pour ne plus revenir

est l’ultime de son destin

 

Vouloir fonder la démocratie sur la seule liberté est une illusion destructrice. Le liberté qui ne concerte pas avec l’égalité dans la fraternité conduit à la domination des faibles par les forts comme à l’enrichissement des uns par l’appauvrissement des autres.

 

23 septembre 2005

Que l’opinion courante actuelle établisse une limite infranchissable entre homophilie et pédophilie semble bien montrer que pour elle la liberté de l’autre constitue une valeur irréfragable.

 

Le théologie est une science lorsqu’elle n’est pas nourrie de l’expérience du divin puisque la science exclut la subjectivité.

Faut-il donner le nom de mystique à cette théologie dont le discours découle du silence où Aimer rencontre ses amis ? Le subjectivité la plus radicale y concerte immédiatement avec l’objectivité pure de l’autre.

 

Les deux hommes que Paul sent en lui (Romains VII, 15-24) sont le témoignage d’une transcendance en cet appel de l’humain premier par l’humain dernier, en ce désir qui se confond avec l’être même appelé en son immanence à se dépasser. Tel est le sens du mythe du péché originel, ce cri que nous lançons en nous sentant si animal en notre rapacité meurtrière, si loin de ce à quoi en nous le fond de notre être aspire. Gémissement spirituel de notre incapacité à aimer l’autre comme autre en quoi vit notre être éternel participé d’Aimer. « Des profondeurs je crie vers toi ».

 

les mouches cognent

à la fenêtre

est-ce un miroir

à reconnaître

où l’une à l’autre

cherche passage

 

elles s’obstinent

en l’illusoire

de ce non-être

où se croit voir

le connais-toi

de leur vieux sage

 

si pour les dieux

mouches nous sommes

pris dans les murs

du premier homme

et obstinés

pour le destin

 

la transparence

nous suffit

pour au-delà

vivre l’esprit

de l’autre pur

en notre sein

 

24 septembre 2005

L’interprétation du langage symbolique sacralisé est à rectifier à la lumière d’Aimer. Crier vers toi des profondeurs, ce n’est pas croire que tu es le Dieu des hauteurs ; c’est refuser la littéralité de ce « vers » qui donnerait à penser que tu es loin de nous alors qu’avec toi nous avons l’être et que tu es « plus intime à nous-mêmes que nous-mêmes » ; et notre cri n’est pas un cri d’appel lancé comme si tu n’étais pas capable de percevoir le plus léger soupir que ton esprit nous invite à te dire.

 

ils sont entrés dans le silence

et la porte s’est refermée

avaient-ils eu cette confiance

qui triomphe d’avoir été

 

Certains pensent qu’il faut être vide de soi pour que Dieu vous remplisse. Au vrai Aimer est vide de soi et nous invite à partager son vide pour accueillir tout autre.

 

Avec ses inhibiteurs et ses désinhibiteurs, le cerveau observe les lois de la matière où les présocratiques avaient perçu l’équilibre de la haine et de l’amour, de ce qui repousse et de ce qui attire.

Est-ce la même loi qui préside à l’équilibre d’indifférence de l’âme en présence de l’esprit lors des rencontres du toi humain et du toi d’Aimer ?

 

25 septembre 2005

Le mouvement donne à connaître le temps et l’espace ; à connaître, non à comprendre. Les découvertes, les réflexions, les interprétations qui se succèdent depuis des siècles ont-elles vraiment abouti ?

Le mouvement est au cœur de la matière. Rien dans l’univers n’est immobile même s’il apparaît tel relativement à son environnement, et l’on nous dit qu’au plus petit de son être la matière vibre. En quoi cette vibration est-elle représentative du réel dernier ?

On est sans doute fort loin des philosophies où l’on considère le mouvement comme le signe d’un non-être… Si l’on a pu admettre depuis longtemps que la vie était dans le mouvement, c’était par opposition au non-vivant censé inerte. Est-il préférable alors de penser que toute matière participe d’une vie ?

 

mille festons de rameau en rameau

se découvrent dans la rosée

 

grâce du fil en son effort

de répondre à la pesanteur

 

belle géométrie

fragile utile

 

éphémère en son rôle

et de surcroît pourtant

 

exultant de son être

en sa splendeur

 

26 septembre 2005

Faire de la communication le secret de la réussite politique, c’est reconnaître, à son corps défendant en toute hypocrisie, que les électeurs sont de pauvres imbéciles.

 

silence de la mer

indicible discours d’une énorme présence

les vagues déferlantes

ont la douce insistance

de l’amoureux qui presse en tendre pa-ti-ence

 

la plage se resserre

cède pour quelque heures aux bras de la puissance

à jamais hésitante

qui recule et avance

sachant que l’autre est autre en belle résistance

 

La conscience exacte de mon rapport à mon corps est-elle à jamais inchoative, embrumée ? Quels sens ont ici ces « mon » ? Ont-ils évolué depuis le premier éveil ? Cette hypothétique évolution est-elle inscrite dans le passage du premier au second humain qu’Aimer opère en nous à la mesure de l’accueil que nous réservons au Don ?

 

Une lecture croyante des Evangiles ne peut y admettre l’existence d’incohérences ; elle se livre donc à des torsions de sens pour tenter de tout y concilier. Ne peut-on faire l’hypothèse que seule une lecture incroyante puisse y retrouver l’expérience fondatrice de Yeshoua, au-delà même de la perception intellectuelle qu’il en avait. Ce que l’on appelle parfois l’intelligence de la foi ne serait qu’une projection de la croyance sur un miroir sacré.

Peut-être faudrait-il remplacer le credo ut intelliges par un non credo ut intelliges.

 

27 septembre 2005

la goutte de rosée

sur la rose attentive écoute

le murmure amoureux des souffles raffinés

 

et si son regard chante

c’est que dans son ombre invisible

se rassemble l’élan des ondes qui la hantent

 

L’antisémitisme en son cœur serait le refus de l’autre comme autre, la haine de celui qui refuse de s’intégrer, de devenir des nôtres. La réponse du peuple juif serait de dire qu’il n’est élu que pour les autres peuples. Mais vivre une telle élection relève de l’accueil personnel d’Aimer. C’est un agir impossible sans sa « grâce », et elle ne peut être « accordée » collectivement, étant dialogue de liberté « créée » à liberté « incréée ».

Ambiguïté de ce peuple dont le trésor éternel ne peut être une possession collective, non seulement parce que, relevant du Don, il ne peut être possédé, mais parce qu’il ne peut être collectif, étant intrinsèquement libre.

L’intuition de Moïse, que Yeshoua a vécu plus fortement et annoncé plus clairement, est celle d’Aimer. Elle demeure à l’état de puissance dans la pensée juive, collective et proposée à chaque individu, à toute personne attentive au Don pour l’accueillir et le mettre en acte.

Le sionisme n’a rien à voir avec le Don en acte ; il fait fond sur ce trésor spirituel pour établir un royaume terrestre (mais quelle religion, quelle Eglise, n’a pas été tentée par la puissance la plus matérielle ?). La leçon du juif Yeshoua est que l’on adore l’Eternel ni à Jérusalem ni en quelque autre lieu, mais en esprit (Jean IV, 21, 24).

 

28 septembre 2005

La marche de l’évolution témoigne de la liberté de la matière.

 

ce premier brouillard tenace

menace le désir

pourrait-il ne pas finir

engloutir

 

le discours de la sagesse

ne cesse la douleur

ne surprend que pour une heure

le bonheur

 

que cet autre s’accomplisse

remplisse les remparts

de la lumière au plus tard

de son phare

 

que son geste les repousse

douce pour faire éclore

un toi sous l’écorce d’or

de sa mort

 

Chargez-la de tous les symboles que vous voudrez, la Jérusalem de pierre n’est qu’un territoire comme les autres, à conquérir, perdre, reconquérir, reperdre…de siècle en siècle, de millénaire en millénaire. Son symbolisme ne fait qu’ajouter à son être de possession, aux antipodes du Don.

 

La religion est chose collective, la foi ne peut être qu’individuelle, car elle engage la liberté de la personne, étant participation à la liberté d’Aimer dans la relation créatrice du je par le tu.

 

Penser que la foi est pour une part une question de volonté et pour une part une question d’intelligence, est-ce admettre qu’elle inclut nécessairement un élément d’incertitude rationnelle, de doute auquel la volonté remédie en aveugle ? Par quoi la volonté est-elle alors poussée ? Par une intuition « profonde » qui ne trouve pas à s’expliciter et justifier intellectuellement ? Ce n’est pas en fait la volonté comme arbitraire qui décide alors, mais cette intuition que d’aucuns qualifient de sentiment.

Si c’est cependant la foi qui sauve, ce n’est pas cette foi-là, mi intuition mi raisonnement, mais l’accueil du Don d’Aimer. Car le « salut » est de partager la vie d’Aimer, non de simplement croire à son existence, ni même à ce qu’Il/Elle est censée nous dire ou avoir dit.

 

29 septembre 2005

« Il est clair que… » est une expression à employer lorsque l’auditeur ne voit pas qu’il est clair que. Autrement dit, il est clair qu’il n’est pas clair qu’il soit clair. Idem pour « c’est évident », évidemment.

 

Poser une question en suggérant plus ou moins subtilement une réponse, ce n’est pas respecter la liberté de l’autre. Quant au « ne pensez-vous pas… ? », mieux vaut n’y pas penser.

 

Peut-on demander aux Etasuniens de protester contre la guerre en Iraq au nom des Iraquiens ? Et pourtant c’est la porte du royaume des cieux.

 

sauras-tu jamais que la route

affamée court à ta poursuite

resteras-tu sur le qui-vive

l’oreille l’œil et le sang même

toujours prêts à sentir les crocs

 

un pied la joie l’autre le doute

t’emmèneront vers la limite

de cette terre où qui arrive

ne sais plus rien que ce qui aime

l’autre et les lèvres au dernier mot

 

Les sciences de la vie sont-elles en mesure de nous dire si elle pouvait se développer sans prédation ? Rêver d’une terre sans crocs ne serait qu’une utopie. Aimer l’autre comme autre n’est pas de l’humain premier.

 

Vouloir que la science plie devant la religion ou la religion devant la science, c’est rester dans l’univers de la puissance, dont Aimer nous libère. Les isoler pour qu’elles ne s’entredévorent pas relève du même esprit.

 

30 septembre 2005

On peut explorer à la lumière d’Aimer le « remettez-nous nos dettes comme nous les remettons à nos débiteurs » (Matthieu VI, 12). La métaphore de la dette pour parler du pardon donne à penser. Vis-à-vis de l’Etre qui donne l’être même, nous avons la dette totale de ce que nous avons et de ce que nous sommes ; au vrai ce n’en est pas une puisqu’il s’agit d’un don et non d’un prêt. Peut-on alors parler d’offense et de pardon comme le font les traductions du texte grec en certaines langues ? Peut-on offenser Aimer ? Le « péché » envers Aimer est un non-accueil d’Aimer, qui inclut un refus de la fraternité, de l’égalité, et aussi de la liberté. Mais ceux qui refusent Dieu refusent plutôt ce qu’on leur représente comme une puissance à laquelle il faut se soumettre ; et l’on peut avancer qu’ils le font poussés par cette liberté qui est partie intégrante du Don d’Aimer.

 

Peut-on véritablement penser à toi et te penser authentiquement sans se sentir en ta présence ? Est-ce une remise en question de toute théologie scientifique, de toute théologie comme activité scientifique ? Aime et pense ce que veux ne serait valide qu’à ce prix.

 

 

ta senteur est une présence

lavande en la brume exilée

et les yeux clos sur l’air immense

me transportent dans la clarté

 

lorsque à la porte du silence

je respire ton nom Aimer

il me semble que ton essence

m’envahisse en ta liberté

 

1er octobre 2005

Tu sembles au-delà même des mécanismes du pardon que tu offres de par ton être. Aimer se propose, toujours partout et à tous ; il n’est que de l’accueillir pour participer à sa vie sans qu’il en décide.

La justice d’Aimer n’est pas une justice qui juge, mais une justice qui justifie. L’accueillir, c’est devenir un juste, un être qui aime les autres de l’amour dont Aimer aime. Si « juger les douze tribus d’Israël » ( Matthieu XIX, 28) peut avoir ici un sens, c’est celui d’aimer Israël de ce même amour en tout temps en tout lieu.

 

Remettre en cause un seul dogme de l’Eglise, c’est faire s’écrouler l’ensemble de sa dogmatique. L’Eglise se présente collectivement comme infaillible de par les Concile et les papes s’exprimant ex cathedra. Si l’infaillibilité a manqué pour un seul dogme, elle pourrait avoir manqué pour les autres. L’infaillibilité enferme le credo dans une prison fragile : un trou de dogme et tous les dogmes s’enfuient.

 

sur une feuille enclose

dans la douceur

de la lumière

tu réchauffes la seule antenne la seule patte qui te restent

 

ainsi enfin tu oses

en dernière heure

sortir de terre

le cri d’amour sans fin dispersé au silence du geste

 

 

2 octobre 2005

mains jointes repliées

sur les beaux restes

tout inutiles

de cette litanie dont tu charmais la nuit en intense au revoir

 

tu laisses inoublié

et sans conteste

l’espoir des mille

descendances d’été en été déployant les appels au départ

 

« Tout dépend de ta volonté, Seigneur, et rien ne peut te résister… » Une Eglise qui adore un dieu de la puissance ne peut qu’être animée d’une volonté de puissance. C’est contre son erreur et pour la rectifier que les lois de la laïcité sont nécessaires. Sa découverte ou redécouverte d’Aimer au coeur de l’intuition qui l’a fondée est le remède à son égarement.

 

Ces hypothèses scientifiques d’une relation de tout être matériel à tout être matériel en sa réalité ultime par un unique réseau ont-elles quelque chose à nous apprendre sur « la communion des saints », mais aussi, plus naturellement, sur ces expériences fugaces de participation à la pensée de l’autre par l’accès à son langage, proche de cette bizarrerie du don des langues telle qu’on a pu la rapporter ? Il faut en tout cas maintenir qu’il n’y a qu’un réel et que le moyen de le connaître comme tel est de relier entre elles toutes les perceptions que nous en avons, de faire de l’interdisciplinarité au moteur de recherche privilégié.

« L’union de prière » de certains spirituels est-elle fondée sur l’expérience ou n’est-elle jamais qu’une croyance ?

 

L’analogique, le symbolique, le métaphorique ne serait que l’expression d’une relation ontologique, physique aussi peut-être.

 

« Un fragment appelle et rappelle… », dit le commentateur évangélique de la multiplication des pains.

 

L’intelligent, le beau, le bien participent de l’être, d’Aimer. Il faut poursuivre la découverte des liens qui les unissent.

3 octobre 2005

cet ordonnancement de pierre

pré ci eux en sa charge d’ans

étonne au renouvellement

des visages aujourd’hui d’hier

 

pourquoi faut-il que tant de temps

se soit écoulé sans que l’air

de leur puissance solitaire

ne change en leur arrangement

 

pèlerin de cette prière

à la beauté secrètement

glissée dans le commandement

fais le tour en ton âme entière

 

chaque angle du ravissement

où se surprend dans la lumière

nouvelle ton pas te confère

l’antique joie qui t’y attend

 

Le pire chez les dictateurs, ce n’est pas tant qu’ils soient bêtes et méchants, mais qu’ils soient psychiquement fragiles et que le pouvoir les transforme rapidement en psychopathes, quasi inévitablement.

 

L’écho du « ni à Jérusalem ni sur cette montagne » de Yeshoua dans le « ni la Mecque ni Kailash » de Kabîr n’est pas forcément un exemple de diffusionnisme. Il est sans doute préférable d’y voir la commune inspiration de ceux qui accueillent la plénitude de l’être en sa vérité, la même intuition.

 

Les messages matériels, lettres, SMS et autres, comme d’ailleurs les dialogues de proximité, seraient porteurs d’occasions possibles de contact d’un type plus immatériel.

 

Dans la logique d’Aimer, le ridicule tue, hélas, les rieurs plus que les ridiculisés.

 

4 octobre 2005

 

Le sentiment de ta présence ne peut s’analyser comme intérieur ou extérieur. Il n’a rien à voir avec le sens de l’espace de ce qui est mon corps et de ce qui ne l’est pas. Il est, dirait-on, spécifique, bien que je ne puisse ni ne doive y mettre ton nom, un nom. N’es-tu pas, d’ailleurs, le sans-nom. C’est comme s’il s’agissait d’un autre espace imprégnant notre espace.

 

Le cerveau se développe selon l’usage que l’on en fait. Comme on croit à tort que « la langue modèle la pensée et non l’inverse », on fait fausse route en pensant que le cerveau modèle la sensibilité et non l’inverse. Il y a réciprocité. La fonction crée l’organe, l’organe règle la fonction.

 

Le cerveau qui fait de la science n’est pas le cerveau qui fait de l’art, même si c’est le même cerveau. C’est avec deux jambes que l’on marche le mieux.

 

à l’extrême de sa tige

elle regarde de haut

et oiseau sur sa rémige

elle est maîtresse du beau

 

il lui fait la cour discrète

voulant pas que le discours

brise le silence en fête

de l’extase qui l’entoure

 

il attend que la rosée

le souffle jamais en reste

haussent encor la clarté

de son teint et de son geste

 

et quand le dernier pétale

aura fondu dans la terre

son souvenir au grand air

poursuivra son vol nuptial

 

5 octobre 2005

Malheureux celles et ceux qui emprisonnent la pensée dans la matière. Les amis de la liberté dernière tentent de les libérer, car c’est eux-mêmes, elles-mêmes qui se retrouvent enfermées.

 

cette fraîcheur au fond de l’air

pénètre au cœur de la pensée

découvre ce qui se transfère

à l’autre matérialisé

 

la vie qui se donne à sentir

venir des profondeurs

d’un espace vide se leurre

pour ne jamais finir

 

l’espace garde son mystère

lové au fond de la pensée

mais l’air en sa fraîcheur espère

l’autre dématérialisé

 

Pourquoi désirer tant d’enfin te rencontrer dans la pure transparence d’un autre espace alors que j’ignore tout de ton visage, que j’en suis même venu à penser que tu n’en peux avoir ? Est-ce parce que ta présence se ressent comme inchoative ? Est-ce parce qu’Aimer est chaque jour l’échec renouvelé sans perspective vraie de parvenir à l’autre comme autre et d’y trouver le bonheur ?

 

6 octobre 2005

La pensée scientifique ne peut se résoudre à admettre qu’elle ne connaît que sa connaissance du réel plutôt que le réel lui-même. C’est bien pourquoi elle ne cesse de chercher au-delà de sa connaissance pour le trouver. N’est-ce pas dans la logique du réel lui-même dont la conscience humaine fait partie ? Si l’humanité scientifique n’avait plus rien à découvrir, elle en serait réduite à se coucher pour mourir. Est-ce qu’en son être dernier le réel est conçu comme heureusement inaccessible et que pourtant heureusement il apparaît comme asymptotiquement accessible ? Ou bien le réel dernier est-il scientifiquement inaccessible mais accessible autrement que sur le mode scientifique ?

 

rouge Mars et blanche Vénus

que reste-t-il de vos amours

depuis ce temps dans le ciel vide

où les regards tissaient autour

de vos corps nus l’aube dont n’eussent

pu se passer leurs corps avides

 

votre beauté s’est faite pure

et l’aube n’est plus que la scène

où vient chanter la bouche claire

l’hymne à l’amour l’hymne à la haine

se tenant la main que perdure

le grand ballet de l’univers

 

« Ni putes ni soumises », combat contre la tragédie au carré des civilisations ouraniennes doublement victimes de leur manichéisme du « ou bien ou bien » et de leur coupure puritaine de la chair et de l’esprit.

 

L’humain est pétri de nature et de surnature ; chercher à se libérer de l’un et de l’autre comme de l’un ou de l’autre pour enfin être ou se croire soi-même risque de ne nous laisser qu’une pourrissante dépouille. Celles et ceux qui accueillent Aimer ne se soucient plus de savoir s’ils sont encore chair ou déjà esprit ; elles, ils ne sont plus préoccupés que de l’autre.

 

7 octobre 2005

Si Miriam, mère de Yeshoua est heureuse, ce n’est pas parce qu’elle l’a porté dans ses entrailles, mais parce qu’elle a écouté la parole de l’Eternel et l’a gardée dans son cœur (Luc XI, 27s ; II, 51). On peut aussi penser que Yeshoua, en disant cela, ne se considère pas comme la parole de l’Eternel mais comme son porteur et annonceur.

D’où vient la conscience d’être prophète ? Faut-il dire après William Blake, faisant « parler » Isaïe : « Je n’ai ni vu ni entendu Dieu… mais mes sens ont découvert l’infini en toute chose et comme j’étais alors persuadé et demeure aujourd’hui convaincu que la voix de l’honnête indignation est la voix de Dieu, je me suis moqué des conséquences et j’ai écrit » (Le Mariage du Ciel de l’Enfer, planche XII) ?

 

rubis topazes diamants

semés sur la gorge de l’herbe

par la terre offrant au soleil

les larmes qui la nuit lui viennent

 

avant de vous sécher l’amant

désigne d’un regard superbe

vos tout éphémères merveilles

afin que l’air les fasse siennes

 

Encore une fois le pluralisme, depuis celui des sexes jusqu’à celui des peuples et des cultures, des espèces et des éléments…, est la volonté d’altérité essentielle à Aimer.

 

« Quel regard faut-il porter sur… ? », « Que faut-il penser de… ? » Il ne faut rien, mademoiselle, madame, monsieur ; votre regard est vôtre, votre pensée aussi.

 

9 octobre 2005

l’horizontale surface

de l’eau de pluie recueillie

indique en ses verticales

le centre de son désir

 

il ne s’agit pas de fuir

l’autre des profondeurs sales

mais de prendre en leur appui

la pureté d’une face

 

La vérité n’est pas le contraire de l’erreur ; le croire est le fait de cette pensée oppositive binaire qui domine l’intelligence occidentale.

Ainsi, alors qu’on avait fait du corps l’ennemi, non seulement dans les « hérésies » gnostiques et autres mais dans une certaine théologie « orthodoxe », on en fait maintenant un ami, voire un indispensable, une part de l’être humain ou même l’être humain tout entier : « je suis mon corps ». Mais le corps est la fusée porteuse de l’humain dernier, et il faut envisager sa dégradation et sa perte avec sérénité. Les chrétiens pourraient avoir quelque considération pour la réponse de Yeshoua aux Sadducéens : La résurrection, ce n’est pas de retrouver son corps mais d’être comme les anges (Luc XX, 36). Pensent-ils que leur Dieu soit fâché d’être un esprit ? Ou qu’il se soit incarné parce qu’il lui manquait quelque chose ?

 

« Paroles, paroles… » Comment le dire ou le chanter si ce n’est en paroles ? Ou comment dire : « il aurait mieux fait de se taire » sans se demander si l’on se parle alors à soi-même autant qu’à l’autre ?

 

10 octobre 2005

L’idée-image d’expulser la violence relève de cette vision spatiale du mal qui commande le vieux rite du bouc émissaire. Non, il ne s’agit pas d’expulser la violence de soi-même, de sa communauté et du monde, mais de la dissoudre dans l’esprit d’Aimer, qui n’est ni d’ici ni de là-bas, mais partout à chacun offert.

 

S’il est vrai que la poésie est principalement l’œuvre de l’instinct et de l’inconscient, sa forme ne se décrète pas à coups de manifestes et d’art poétiques.

 

les clochers de la terre lancent

leur flèche vers le ciel

l’offrande de leur âme

à la hauteur

 

chacun aussi sans qu’il y pense

vise l’autre réel

le centre que réclame

sa profondeur

 

Tout corps humain est le signe d’une présence. Le signalement de ce corps peut ne renseigner que médiocrement sur cette présence, mais qui connaît l’humain sait qu’elle est unique, et l’amour qui le porte voit cette unicité, précieuse parce qu’irremplaçable.

La simple ontologie reconnaît déjà cette unicité chez tous les êtres, même les plus semblables : leur quiddité commune se conjugue avec leur eccéité unique.

 

11 octobre 2005

la houle reviendra

briser sa majesté en douceur sur les sables

car ce sont ses enfants

 

le regard attendra

de tout nouvel élan de son cœur insatiable

d’attendrir en rêvant

 

les grandes eaux du monde

renouvellent les terres et les mers en leurs cours

où l’inouï s’avance

 

la lenteur vagabonde

depuis les millénaires de notre sang d’amour

se découvre son sens

 

La distinction coupable / responsable est juridiquement commode, mais le juridique n’est que le remède, relativement efficace, à la violence sociale (internationale ? Tant qu’il y aura des guerres, il montrera son inefficacité). La mondialisation le donne un peu mieux à comprendre : chacun est lié à tous, à des degrés divers, par l’amour et par le non amour. Les chaussettes que j’enfile le matin et que j’enlève le soir peuvent être le fruit d’une exploitation à l’autre bout de la planète. Et cette mondialisation a une dimension historique : une partie de notre richesse européenne actuelle vient de ceux que nous avons spoliés, esclavagés dans le passé. Parmi des milliers et des milliers d’exemples, on peut se demander ce qu’est devenu le trésor d’Abd Al-Qâdir (et aussi d’ailleurs comment il lui est venu).

Mais il serait trop facile de montrer qui que ce soit du doigt pour se défausser. Nous sommes tous à des degrés divers liés à tous, redevables à tous.

 

Aucun sacrement, aucun rite, ni d’ailleurs aucune décision d’amnistie ou de grâce ne peut nous délier de notre dette intime. Nous n’aimerons jamais assez ; en prendre conscience avec Aimer n’est pas un frein déprimant mais un accélérateur exaltant.

 

La fête religieuse peut être une occasion d’Aimer, à condition qu’elle soit vécue comme telle. Le rite annuel du nouveau départ, de la remise des compteurs à zéro, est un leurre s’il est fondé sur des notions de temps et de puissance (ces notions demeurent tragiquement erronées). Rien ne nous fait aimer l’autre comme autre si ce n’est Aimer.

 

12 octobre 2005

les dentellières de la nuit

imaginent leurs doigts agiles

ne préparer que des linceuls

 

mais entre hier et aujourd’hui

la terre a posé sur leurs fils

de blonde l’haleine qu’ils veulent

 

au matin pour une heure à peine

fragile de voiles s’habille

le cortège de leurs grisailles

 

et déjà pour ses mille reines

le soleil en ses enfants brille

des diamants de leurs épousailles

 

Le secret des découvertes, c’est de s’étonner de ce qui va de soi et de poser les bonnes questions.

Faire de la survie une hypothèse scientifique est le fruit de la confrontation des savoirs. Travailler dessus, c’est d’abord tenter d’ouvrir une porte de l’inconnu que l’on avait jusqu’ici négligée, mais c’est peut-être aussi découvrir que la science n’en a pas la clef.

 

La terre a donné à l’humanité assez d’intelligence pour prévoir les tremblements de terre et assez de richesses pour se construire en lieu sûr des habitations sûres. Les victimes sont d’abord les victimes de la stupidité et de la rapacité.

 

Pourquoi ces yeux vides et ces bouches stupides des héroïnes du sexe ? Est-il incompatible avec l’intelligence humaine ?

 

La honte et l’honneur sont un couple obligé de l’humain premier. Aimer délivre de l’une comme de l’autre.

 

13 octobre 2005

dans le soir qu’avaient-ils à faire

cette danse de l’énergie

moustiques en leur musculature

déployant l’espace élastique

 

droites courbes arrêts en l’air

porteur où le plus vite agir

le révélant pour l’œil ils furent

les experts de la dynamique

 

Ne peut-on pas dire à tout âge que l’homme est invité à découvrir la femme et la femme à découvrir l’homme ? L’altérité première de l’humain est là et l’on peut penser qu’elle n’est jamais aboutie. Mais dans l’humain dernier, ce n’est pas la femme et l’homme qui comptent d’abord mais chaque personne en sa radicale unicité. L’altérité sexuelle est de l’humain premier, l’altérité libre est de l’humain dernier.

Si l’on accorde quelque crédit à l’affirmation de Yeshoua : « Pour les ressuscités, il n’y a plus de mariage, on est comme des anges dans le ciel » (Luc XX, 35s), on peut penser que l’état final de l’humain dépasse l’activité sexuelle, voire la différence sexuelle.

La prise en compte de la dimension sexuelle de l’autre dérive de la prise en compte de son altérité ultime.

« Les esprits n’ont point de sexe » (Sophie Germain ?).

 

14 octobre 2005

en sa souplesse l’air accueille

cette eau pure qui le sature

et se tendant comme à l’extrême

de l’amour où il s’alourdit

s’imprègne d’une vie cachée

 

une senteur passe son seuil

et puis deux ou trois qui s’assurent

que cette demeure les aime

et leur offre tout le crédit

auprès de qui vient y marcher

 

A quelles turgescences prêtes-tu ton sang. Sexe, cerveau, muscles sollicitent ; mais il te revient en ton âme et conscience d’ouvrir et de fermer les vannes. Tout est permis, mais tout est plus ou moins profitable lorsqu’on accueille Aimer (I Corinthiens X, 23).

 

Notre mort ne nous inquiète plus, et celle des autres pas davantage lorsque nous faisons confiance à Aimer. Aimer est devenu notre souci et notre joie. Le reste vient en sus.

 

« Mari, sais-tu si tu sauveras ta femme ? Femme, sais-tu si tu sauveras ton mari ? » Personne ne sauve personne, mais comment avec Aimer pourrait-on ne pas souhaiter de toute la force du Don que sa femme, son mari, « sa mère et ses frères », disait Yeshoua, l’accueillent et vivent de sa vie ?

 

L’accès à la vie éternelle est offert à toute conscience qui la souhaite, car la vie éternelle est d’Aimer. Il n’y a ni porte, ni pont ni balance. Les consciences qu’Aimer n’intéresse pas, qu’ont-elles à faire sinon à disparaître si Aimer est le seul Eternel ?

 

15 octobre 2005

Le besoin de héros est-il indéracinable de l’humain premier. Les rationalistes, que l’on croirait immunisés, démythisés, ne cessent de citer les leurs.

 

Peut-on dire qu’il existe un agnosticisme passif de paresse ou d’indifférence et qu’il existe aussi un agnosticisme actif d’honnêteté intellectuelle qui constate son ignorance et poursuit sa recherche ?

 

la pluie au jardin s’écoute

méditer à petit pas

son corps pourtant se déploie

sur l’étendue de ses routes

 

marche ta main dans la sienne

écoute ses souvenirs

et ses projets d’avenir

se con fi er à ta peine

 

lorsque son coeur cessera

de battre au fond de ton sang

tu rentreras dans le rang

de la colonne des rats

 

à moins que son âme reste

en ton âme à murmurer

le chemin où s’enterrer

conduit à la paix céleste

 

Si tu entends dire que « la joie est guide de vérité », demande-toi quelle est cette vérité et quelle est cette joie qui ne peuvent aller l’une sans l’autre.

 

Le monde, minéral, végétal, animal, humain est la nourriture de l’âme. L’ascétisme intellectuel qui s’abstient de l’un ou l’autre de ses éléments risque l’anémie anorexique à moins d’en retenir la substantifique moelle pour s’en nourrir.

 

16 octobre 2005

Les rites procurent à l’âme des nourritures et des remèdes individuels et collectifs. Sans doute peuvent-ils parfois conduire au seuil de l’altérité ; mais ils sont impuissants à procurer le Don, car le Don ne serait pas le Don s’il ne venait au devant de l’impuissance de l’humain premier à accéder à l’objet de son désir ultime d’altérité.

« Les profondeurs de l’âme humaine, auxquelles le rite seul peut atteindre ». Mais qu’est cette âme qui a une profondeur ? L’esprit en tout cas n’a ni hauteur ni profondeur.

 

vive mésange en ta recherche

de graines, d’insectes ou serait-ce

d’étranges mélanges tu perches

avant que tu ne disparaisses

 

si ton visage se rappelle

d’autres visages dans ma tête

mon cœur tressaille car ton aile

ne reviendra pas pour la fête

 

et dans l’instant où il te perd

il ne sait quelle obscure peine

se demande où la joie se terre

qu’il puisse vivre en son domaine

 

« Rendez au Seigneur gloire et puissance. » Oui, rendez-les-lui. Aimer n’a que faire de la puissance et de la gloire. Débarrassez-le en nous de ce qui appartient au Dieu-César.

 

17 octobre 2005

vers l’occident

des meutes de peuples se meuvent

vers l’orient

des nations en passion

s’en vont cherchant l’unique où leur moi se dédit

 

à l’occident

rouge la roue se couche

à l’orient

pâle la face place

le miroir assourdi que son autre accomplit

 

La destruction du temple, c’est celle du Yeshoua de chair. Il n’y a plus que l’esprit, qui n’est d’aucun lieu, d’aucun temps, d’aucune personne, d’aucun peuple.

« Il vous est bon que je m’en aille, sinon l’esprit de vérité ne viendra pas à vous » (Jean XVI, 7, 13)

 

Faire de l’amour un commandement, c’est poser un oxymore irréductible. L’amour ne se commande pas. Il faut donc choisir de se soumettre ou d’aimer. Choisir la soumission, c’est adorer la puissance et vivre inévitablement dans la dialectique du maître et du serviteur. C’est cautionner l’inégalité, la domination et l’exploitation.

Lorsque Yeshoua lave les pieds de ses disciples, il cherche à leur montrer qu’il n’y a plus de serviteurs ni de maîtres puisque celui qu’ils appellent maître se conduit en serviteur. En choisissant l’amour, Yeshoua tourne le dos aux commandements. Ainsi l’a compris Augustin : « Aime et fais ce que veux ».

 

18 octobre 2005

instant qui file

heure qui passe

et jour qui vient

et qui s’en va

siècles et ères

forment le monde

et le déforment

et le reforment

 

quelle énergie

de l’origine

mène sans fin

à l’origine

sans que jamais

rien ne s’épuise

dans l’infini

de l’éternel

 

reçois ta place

et garde-la

en poursuivant

en cons ci ence

l’interminable

et les rencontres

inépuisables

en l’autre pur

 

ne cesse plus

d’aimer la vie

qui passe et va

vers l’inouï

d’un au-delà

en au-delà

accueille et donne

à tout jamais

 

Quelle équation entre la vitesse d’évolution des êtres vivants et leur masse et leur complexité ?

Quelle équation entre l’énergie des atomes et la vitesse d’évolution de la masse totale de l’univers ?

En quoi cela concerne-t-il le destin de l’humanité et celui de chacun de ses membres ?

 

19 octobre 2005

cette senteur si fine

qu’elle ne se respire

que dans le souffle immense de la plaine

 

offrant l’à peine

l’insaisissable

d’une présence à l’âme que le souffle

ne cesse de saisir et plus et davantage

 

Pour comprendre le temps, ne faut-il pas comprendre la vitesse, et donc la masse et l’énergie ? Il s’agit de les comprendre en leurs relations faute de pouvoir le faire en leur être. A moins que leur être ne soit fait (pour nous ?) que de leurs relations. Mais n’a-t-on pas dit que la science était descriptive plutôt qu’explicative ?

 

Ne peut-on comprendre le langage que dans ses relations avec la matière et avec l’esprit, comme un relais en somme ? Encore faudrait-il prendre en compte la pluralité des langages : scientifiques, poétiques, rituels…

La parole est rituelle par répétition comme l’écriture se sacralise par fixation. Et la fixation écrite facilite la répétition orale.

 

en ton jardin les fleurs de feu

jouent aux soleils en cet automne

où les nuages au ciel grisonnent

dans l’incertain de leur adieu

 

en leur éclatante jeunesse

comme en leur rapide déclin

passent l’hier et le demain

où ta beauté jamais ne cesse

 

20 octobre 2005

par les venelles de la ville

où le sang lourd revient au cœur

chargé de boue et de douleur

ton âme défaite vacille

 

es-tu bien sûr que notre dame

soit ce cœur de pierre où se change

en vin de vie la vie des anges

où la ville trouve son âme

 

La singularité de chaque fleur, de chaque insecte, de chaque grain de sable appelle le regard singulier d’Aimer en ses milliards. Elle renvoie l’image de sa présence.

 

La tentation, au sens de désir véhément, est une invitation à la conscience à se garder libre. Il ne s’agit pas de se demander si le désir porte ou non sur un acte jugé répréhensible, mais de résister à la domination du désir sur la liberté parce qu’Aimer te veux libre pour être, avec toi, libre.

 

Aimer ne peut pardonner à la place d’un autre puisque la liberté lui est essentielle. Attribuer à Yeshoua le pouvoir de remettre les péchés, c’est en faire le dieu de puissance qu’il se refuse à être parce qu’il est Aimer. Lorsque Yeshoua dit : « Tes péchés te sont remis » (Mathieu IX, 2 ; Luc VII, 48), il ne fait que constater l’œuvre d’Aimer en celles et ceux qui l’accueillent. Aimer c’est vivre dans l’amour et le péché n’est que l’absence d’amour.

N’est-ce pas le même Aimer qui agit dans le lavement des pieds de Yeshoua par la pécheresse et dans celui de ses disciples par Yeshoua ? (Luc VII, 38 ; Jean XIII, 5). C’est le même amour invitant à l’amour où qui reçoit donne et qui donne reçoit.

 

21 octobre 2005

terre amante

tu aimantes

tous nos corps

à ton corps

 

tout juste ce qu’il faut

pour que du bas en haut

proche ou plus dispensée

se tienne ta pensée

 

en tes souffles

que je souffles

si ta main

me retient

 

et lorsque viendra l’heure

de la lâcher ta sœur

en son mode inconnu

me découvrira nu

 

Pourquoi a-t-il fallu que Yeshoua parlât d’Aimer comme d’un père ? Quelle hésitation, quelle incompréhension, quelle décision peut-on soupçonner en son esprit d’enfant ? « Ton père et moi, nous te cherchions tout affligés… Ne saviez-vous pas que je dois être aux affaires de mon père ? Et ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait. » (Luc II, 48-50).

L’amour d’Aimer n’est pas un amour de père, ni de mère, ni de fils, ni… ni… Et que peut signifier le « je monte vers mon père et votre père, vers mon dieu et votre dieu » ? (Jean XX, 17). Ambiguïté de ce « et » qui peut aussi bien indiquer une différence qu’une ressemblance, voire une identité. L’exégèse peut-elle vraiment nous éclairer ? L’incroyant peut y trouver un problème ; s’il pense avec Aimer, il ne s’en soucie pas. La relation avec Aimer dissout les images de l’humain.

 

La spiritualité de l’abandon risque d’être une abdication de cette liberté qui est au cœur du Don.

 

22 octobre 2005

Si la douceur de ton silence est un avant-goût de ta joie, elle doit faire grandir l’écoute, le dialogue du cœur à cœur, de l’ami avec l’ami, de ma liberté dans ta liberté. Mon silence avec ton silence découvre l’idée et la force de mon agir avec ton agir.

 

Le fou regarde le doigt qui lui montre la lune. Le sage regarde-t-il le soleil que la lune lui montre ?

 

Lorsque Yeshoua dit qu’il « ne prie pas pour le monde » (Jean XVII, 9), on peut avoir l’impression que la prière est pour lui une force qui peut profiter à son objet quel qu’il soit.

 

Nous sommes d’un univers où tout s’articule. Il nous faut le découvrir, et nous découvrir, en considérant ses intercommunications. Cela fait plaisir de constater que de plus en plus de scientifiques occidentaux se rendent compte de cette articulation universelle et s’aperçoivent que les recherches des pensées uniques demeurent souvent stériles.

Les esprits diurnes / ouraniens sont sensibles à l’unicité, les esprits nocturnes / chthoniens sont sensibles à l’unité. Est-il si difficile, pour les individus et pour les cultures, de partager l’un et l’autre ?

 

sous ta paupière lourde

qui lentement s’abaisse

j’attends en vain que sourde

des larmes de tristesse

 

car il n’est dans la nuit

qui s’ouvre à ton regard

que la paix de l’esprit

enchanté de ton art

 

tu te plonges en mon âme

et ce regard absent

en mon absence clame

un infini présent

23 octobre 2005

Peut-on, doit-on entendre le langage de Yeshoua comme une subversion du langage, et de la psychologie qui l’anime ? Lorsqu’il lance : « Glorifie ton fils afin que ton fils te glorifie » (Jean XVII, 1), il ne parle que de l’amour ; car la gloire au sens où l’entend l’humain premier n’a pas accès à la vie éternelle qu’il se sent partager avec l’être qu’il appelle son père. Gloria Dei homo vivens (Irénée de Lyon ?)

 

cette lumière chaude

des peupliers du soir

où le soleil couchant

exulte en leurs couleurs

 

 

retient le souffle et l’ode

où l’espoir de te voir

se suspend un instant

dans la joie de ses pleurs

 

L’attente de l’au-delà n’est pas celle d’une récompense, d’un bien qui compenserait le mal (que nous n’aurions pas fait ou que nous nous serions donné). Le bien que nous faisons nous est donné en ta présence, et c’est d’Aimer que nous espérons vivre toujours en ta présence.

 

Libertés ? Des mots qui signalent tant de réalités différentes. Parmi quelques douzaines qui puissent encore faire tressaillir, la liberté du soldat de tuer l’ennemi ou celle de prendre le bien d’autrui dans les limites de la loi (le pillage des pays pauvres par les pays riches)…

 

24 octobre 2005

 

La foi n’est pas un pari. Elle est l’accueil d’Aimer comme le sujet de l’appel de l’être à la liberté de chacun pour chacun. Ce n’est pas une connaissance intellectuelle, encore moins une croyance pour laquelle il faudrait, en pariant, renoncer arbitrairement au doute.

 

Faire de l’angoisse un critère de la liberté, c’est ignorer l’essence de la liberté dernière, celle du face à face d’Aimer en soi et d’Aimer en l’autre. Il n’y a là aucune angoisse, mais la paix et la joie de la plénitude de l’être.

La liberté dont l’angoisse est le signe est celle qui n’a pas découvert son sujet. Elle ne devrait être que provisoire, puisant dans cette angoisse le moteur de sa recherche de la liberté qui comble dans la paix.

L’engagement selon la liberté dernière est sans risque ni doute ; il est l’agir décidé dans le secret d’Aimer.

 

Peut-on se demander si les lois statistiques peuvent nous éclairer sur la liberté, que ce soit celle de la réalité quantique ou celle de l’humain (et de tous les anneaux de la chaîne qui les relie) ? Une telle question ne peut sans doute se poser que sur l’hypothèse préalable de la cohérence du développement de la matière depuis l’énergie primordiale jusqu’à la conscience de conscience. La liberté n’existerait pas pour la conscience si elle n’existait pas analogiquement pour le quantique.

 

que le souffle de l’harmattan

vienne désensabler

le temple depuis si longtemps

défiguré

 

ou peut-être que le sculpteur

en vienne dégager la forme

vive dans la pierre énorme

de son vrai cœur

 

25 octobre 2005

la chouette au silence appelait

les amis de la nuit aux aguets

cette transe au plus loin achevait

le silence en nos cœurs sans apprêts

 

il n’était qu’au fond de la cacher

dans cette ombre enfin qui retrouvée

tôt serait en égale épousée

par un flot de lumière achevée

 

Au nom d’Aimer

Les cultures qui valorisent le nom (« agir au nom de… ») révèlent ainsi qu’elles sont fondées sur l’imaginaire de la puissance, de la puissance du langage.

Yeshoua a invité (aurait invité ? Sait-on bien ce que Yeshoua a dit et ce que ses disciples lui ont fait dire ?) à demander, agir, parler en son nom. Mais au cœur de son message, Aimer subvertit l’imaginaire et le langage. Aimer n’est pas une puissance au sens de l’humain premier. Aimer n’a pas de nom propre, et choisir un verbe pour tenter de signaler sa présence n’en fait pas un être d’ici et de là, mais un agir où sa personne se définit par l’autre. Son infini n’est pas un infini de puissance, car Aimer veut l’autre pour l’autre et le veut libre autant que lui. Agir au nom d’Aimer (agir au nom de Yeshoua ou de son père n’a pas d’autre sens) c’est Aimer, participer à la vie d’Aimer en aimant chaque autre comme Aimer les aime, de l’amour dont Aimer aime.

 

26 octobre 2005

la route droite étire son fuseau

aspire à ce qu’il s’amenuise

et tende à s’infinir

 

aux yeux de la vitesse vers ce beau

que la raison plus loin se dise

l’horizon du désir

 

Pourquoi la vérité est-elle si élusive ? Parce que l’humanité perdrait une de ses meilleures raisons de vivre si elle n’avait plus rien à rechercher ?

La vérité la plus essentielle n’est pas un objet à découvrir, car elle tient à la conscience, dont on peut soupçonner que tout humain en a la part indispensable pour être libre et pour aimer, s’acheminant vers son être dernier.

 

Est-ce parce que nous sommes depuis l’enfance conditionnés pour la communication de la parole que nous pensons sans y réfléchir qu’elle est indispensable, et donc qu’un dieu qui ne parlerait pas, au moins de temps à autre, quand il le daigne, serait un dieu inexistant ? Ce « quand il le daigne », plus ou moins consciemment reconnu, en fait pour nous un dieu tout-puissant et arbitraire, qui « fait miséricorde à qui il veut », qui « a aimé Jacob et haï Esaü » (Malachie I, 2s).

 

27 octobre 2005

reste debout sans y songer

reste éveillé

 

ce qui en toi te garde libre

en équilibre

 

n’est qu’un des dons parmi cent mille

en qui défile

 

l’être à tout jamais impensé

inachevé

 

On peut tomber amoureux des mots, de certains du moins dont les sonorités belles semblent être l’écho de leur sens, ou le sens le fruit de leur sonorité, leur apportant un vêtement qui les honore, à l’excès parfois et jusqu’à l’imposture sacrée.

Il est bon d’en avoir conscience, de deviner ce que l’habit cache, parfois si efficacement après des siècles ou des millénaires que l’on se laisse prendre aux blandices verbales les plus sophistiquées.

 

N’est-ce pas une constante, depuis l’origine de notre univers, de notre terre, de la vie, de la conscience, que règne une indétermination justifiant la thèse de l’absence de finalité, mais aussi qu’agit un élan de complexification conscience, comme le pensait Teilhard, un élan qui se joue de la liberté de l’individu en la respectant afin de promouvoir un progrès statistique.

On peut espérer que viendra « le règne de l’esprit », mais ce ne sera pas aux dépens de la liberté ultime ; il la promouvra au contraire.

 

28 octobre 2005

le coutre à nouveau dévêt

la peau brune des verdures

sauvages qu’elle se donne

en répit de ses cultures

 

pourquoi cette beauté pure

au fond de l’âme résonne

la tunique sans couture

dans le livre sain le sait

 

N’est-il pas choquant de dire que l’Eglise ne peut remettre en cause l’existence d’Israël parce qu’elle est elle-même une puissance ? Aimer n’a pas de position politique ; Aimer veut la vie de tous les peuples.

Des centaines de peuples ont disparu au cours de l’histoire sans que l’Eglise, pas plus que les autres puissances, ne s’en soit soucié.

 

Penser que s’opposer à la politique d’Israël, c’est être antisémite, est-ce penser que le judaïsme est une attitude politique ? Le problème, c’est qu’on ne le dit pas clairement et ce flou entretenu compromet la nature du judaïsme.

On peut d’ailleurs réfléchir que toutes les religions ont une dimension politique plus ou moins admise, plus ou moins affirmée. Peut-on espérer une religion débarrassée de tout désir de puissance ?

 

Le christianisme a un lien culturel avec le judaïsme ; il a aussi un lien spirituel. Mais ces deux liens n’ont rien à voir l’un avec l’autre. Le christianisme a hérité de lui une culture sémite d’une part ; d’autre part il vit comme lui d’Aimer.

 

29 octobre 2005

de chuchotis en friselis

doucement s’avance la pluie

 

aller marcher en sa présence

c’est y reconnaître son sens

 

tendre la peau pour la tâter

et l’oreille pour l’écouter

 

donne d’entrer dans le mystère

des mille rondes de la terre

 

alors avance dans la pluie

et rejoins-la où elle fuit

 

Lamentables vieillesses où l’on traîne sans même s’attendre à la mort ni la préparer, sans trop savoir ce qu’elle pourrait cacher, se voilant d’un doute pas même affirmé qu’elle pourrait être bien plus qu’une délivrance de la morne survie de l’infirme qui attend l’heure du prochain repas. Terrible obscurcissement d’une conscience qui semble régresser jusqu’à l’enfance et en deçà.

 

« Tabou », mot manipulateur qui rime avec « oser » dans l’univers débile du gros animal.

 

Lorsque l’Evangile fait dire à Yeshoua : « Celui qui s’exalte sera abaissé et celui qui s’humilie sera exalté » (Luc XIV, 11) , il situe cette parole dans une parabole : il faut aller au-delà de la logique de la compensation, de la récompense, du jeu de bascule. Aimer n’exalte ni n’abaisse ; Aimer traite d’égal à égal, d’ami à ami.

 

30 octobre 2005

retrouve le regard perdu

de l’étang étonné

de bientôt recouvrer

une plus large vue

 

tourne autour de l’orbite

pour sonder la surface

et les reflets qu’y placent

les ombres qu’elle invite

 

laisse ici et là les secondes

t’arrêter pour surprendre

l’angle fugace entendre

les harmonies du monde

 

mais ne t’attarde pas

et reprends au plus vite

l’éphémère poursuite

de l’œil vers l’horizon là-bas

 

Peut-on passer de la croyance aux ancêtres à leur connaissance ? Y a-t-il eu, y a-t-il (en Afrique ou ailleurs) des humains qui ont l’expérience de leur présence ? De quelle sorte de présence ? Ou est-ce de leur action, identifiée par déduction ?

La science occidentale a balayé tout cela. Si un scientifique croit à la survie et à l’action de ses ancêtres, ce ne peut être au nom de la science ; et le voilà divisé. Il peut alors se dire que la science est déficiente, qu’elle n’a pas encore les moyens d’accéder à cette connaissance, ou même qu’elle ne les aura jamais. Il peut aussi se sommer de choisir au nom de la cohérence du savoir.

 

L’utilisation de l’expression « au nom de » témoigne, fossile mort ou vivant, du rôle de la puissance dans la connaissance.

Reconnaître que l’humain est un animal symbolique, cérémonial ou rituel, c’est admettre qu’il échappe en partie au concept, à la science. La connaissance de l’homme comme animal symbolique est une connaissance non scientifique, où l’affect lie le sujet à l’objet.

 

31 octobre 2005

On peut devenir accro à la drogue, au tabac, à l’alcool, à la télé, aux jeux vidéo, au pari, à la violence, au sexe, voire à la religion, à l’idéologie. Mais pas à Aimer, qui ne veut l’autre que libre.

 

Pour Aimer, l’animalité humaine, même symbolique, est provisoire et transitoire. L’humain est appelé à l’esprit.

 

Alors qu’elle croit le faire au nom d’Aimer, l’Eglise propose sa morale sexuelle au nom d’une culture patriarcale. Au lieu de s’affliger de perdre ainsi tant des fidèles, elle devrait peut-être regretter de les détourner d’Aimer.

 

Est-il dans la nature de l’idéologie de ne pouvoir tout expliquer, tout embrasser dans la mesure même où elle est conceptuelle ? Ne peut-on imaginer une pensée totalisante qui allierait le concept clair et la symbole flou ?

Accepter l’infini de l’être, c’est accepter de ne pas tout com-prendre. N’est-ce pas, dès Aristote, la raison de la répugnance et du désintérêt pour l’in-fini ?

 

l’air en sa pesanteur légère

appelle l’aile qui se meut

lui donne d’être et reconnaître

en l’autre l’écho de son vœu

 

et l’eau fluide où se suspend

immobile la masse habile

avec cet autre dialogue

en se gardant l’âme limpide

 

1er novembre 2005

Le naïf, c’est évidemment l’autre, à moins que ce ne soit le moi que l’on n’est plus. N’est-ce pas un mot de l’altérité négative à bannir de la langue d’Aimer ?

 

L’interdisciplinarité gagne, péniblement, du terrain dans le champ des sciences. Mais le pensée diurne ouranienne, tellement portée à la coupure, ne peut qu’y résister, autant que l’ego enclos sur lui-même.

 

cet éphémère aux ailes d’ange

venu prendre refuge

affole celles de l’horloge

en son vertige

 

et il vient nous dire invisible

la beauté qu’en la mort

l’amour préserve du déluge

au cœur de l’ange

 

Ne me parlez pas de sainteté. Ce mot ne peut se décrotter d’une tradition de perfection qui n’a rien à voir avec Aimer. Sainteté est un terme lié à Dieu, à admiration, à adoration, à héroïsation, à une divinisation qui traîne avec elle la gloire des cours impériales inapprochables, transcendantes.

 

Ontologiquement, dire que l’existence précède l’essence est tout aussi inconcevable que de dire que l’essence précède l’existence. Y a-t-il à cette double erreur, sartrienne et platonicienne, un même moteur psychologique de simplification et d’opposition binaire, et cette erreur de croire que le contraire d’une erreur n’est pas une autre erreur ?

 

2 novembre 2005

antennes vives

tout attentives

aux fluides de l’air sensibles

aux aguets

des dangers

tu ne sais par où tu vas fuir

 

sais-tu même

que je t’aime

seule ici maintenant depuis

qu’aux millénaires

tes pères et mères

t’ont donné cette envie de vivre

 

et d’être belle

en l’étincelle

de ton chant au feu de la vie

 

La doctrine de l’ex opere operato des sacrements relève de la volonté de puissance, non de l’amour d’Aimer.

 

Le culte des cimetières témoigne de la croyance en la résurrection de la chair, mais Aimer est la vie des esprits vivants, d’Abraham, d’Isaac et de Jacob (Marc XII, 26 ; Exode III) et, pour lui, seuls « les morts ensevelissent les morts » (Matthieu VIII, 22).

 

Penser que « la vérité n’est pas de l’ordre du savoir, mais de l’ordre de la liberté », c’est se souvenir que « la vérité vous rendra libres » (Jean VIII, 32). La vérité d’Aimer, c’est qu’Aimer nous veut libres dans le mouvement d’altérité où il nous veut être en participant de son être. Aimer est libre et ne peut nous vouloir que libres.

 

3 novembre 2005

Si nous donnons le nom de matière au réel dont nous connaissons la dimension physicochimique par les sens, leurs prolongements techniques et nos raisonnements logiques, nous pouvons dire qu’elle participe à la liberté selon ses degrés d’être, le degré ultime étant la participation consciente à l’amour dont Aimer veut l’autre. La suprême liberté n’est pas de servir Dieu, mais d’aimer tout être de l’amour dont Aimer aime, voulant l’autre libre, incitant la matière à se libérer totalement dans la conscience du face-à-face avec Aimer.

 

La notion d’un Dieu Tout-puissant sans cesse réaffirmée par les Eglises dans leur liturgie est incompatible avec Aimer et peut amener le « rejet du bébé avec l’eau du bain » chez ceux qui répètent avec simplicité : « Si yavait un bon dieu, yaurait pas tous ces malheurs » ou de ceux qui développent la rhétorique du tremblement de terre de Lisbonne.

L’évolution de la matière, et du vivant en elle, montre que le monde n’est pas mené par un dieu tout-puissant mais par Aimer, qui en respecte l’indétermination, c’est-à-dire qui en veut l’indétermination, prélude et condition de la liberté ultime de la conscience de conscience.

 

dans la force de la vitesse

l’air prête appui à celle qu’il connaît

comme elle le connaît

 

pour que plus loin l’élan ne cesse

de se porter pour qu’il rencontre libre

l’autre en son équilibre

 

4 novembre 2005

Aimer subvertit les valeurs établies de la culture ouranienne. L’honneur et la honte, l’ascétisme et l’hédonisme, la grandeur et la petitesse… ne sont plus pesés que sur la balance de l’amour en ce qu’ils peuvent, ou non, plus ou moins la favoriser.

 

Les gens qui font des gorges chaudes des « confessions » de l’abbé Pierre, comme ceux qui s’en affligent, ne comprennent pas l’éclairage que donne l’amour à la vie sexuelle, comment il la relativise en la remettant à sa place.

 

l’aube réveille l’oiseau

l’oiseau le cœur

 

en ce silence le chant

au chant redit

qu’il est le frère du silence

 

et lorsque l’oiseau se taira

au cœur du monde

dans la nuit le silence attendra

 

le silence de ta présence

 

Pour Aimer, dire que la vie est un combat, c’est affronter l’impossible quotidien de faire le bien de l’autre et de le faire parce qu’il est l’autre et non des nôtres. N’est-il pas décevant et instructif que le mouvement de l’opinion publique américaine contre la guerre en Iraq naisse de la mort des boys, sans souci manifesté pour les souffrances quotidiennes des Iraquiens ?

 

5 novembre 2005

puisque le sacré n’entre pas

dans la maison de l’incroyant

incroyant ne pénètre pas

au temple fait pour le sacré

 

mais tu pourras tourner autour

circumambulant la beauté

qui ne se livre qu’intouchée

aux jubilations de l’amour

 

Notre premier souci en rencontrant les autres ne devrait-il pas être de nous demander s’ils accueillent Aimer et ce que nous pouvons faire pour les y inviter. Ce souci est de l’esprit, du Don. Il est le Don de l’Esprit, qu’il nous faut accueillir en nous-mêmes et afin que nous puissions inviter les autres à l’accueillir.

Il se fait par le service rendu, rendu dans la joie, sachant que le service est l’exercice d’Aimer et qu’Aimer est la joie qui demeure. Il ne s’agit que de gagner l’autre à l’autre qui est le meilleur de lui-même, évidemment, non de le gagner à soi ou à quelque Eglise, religion ou idéologie que ce soit.

 

6 novembre 2005

montagne au plus loin tu fais signe

masse qui se dépasse en son ocre embrumé

 

ô cible inaccessible et pourtant désirée

reste sur l’horizon

 

que ma passion de toi me rende digne

 

Le miracle est de soi un signe de puissance, non d’amour.

 

Les humains se font un faux dieu tout-puissant, et puis ils en nient l’existence. Est-ce bien cohérent ?

 

Le fouillis des interprétations tient pour une part au fouillis des interconnections des causes et des effets. A cette multiplicité tient aussi la liberté, ses conditions et ses limites.

 

Ceux, celles qui s’aiment avec Aimer ne peuvent dire : « Tu me manques », car l’autre a cessé pour elles et eux d’être objet de désir, d’être objet tout court. Lorsque dans un couple, une / un seul vit cet amour, faut-il en son nom même qu’il / elle mime le désir ? L’affection de l’altérité n’est-elle pas plus forte et plus belle que celle qui naît du désir ?

 

7 novembre 2005

berce la palme et l’insensé

de l’air qui se retire

et revient pour qu’en la pensée

la beauté en son œil se mire

 

arrête-toi si longuement

la tête haute te ravit

comme une chevelure l’amant

découvre en son voile surpris

 

que cette inaccessible étoile

occupe les yeux renversés

et que leur main rivale

leur abandonne les sommets

 

L’injustice prépare la violence et la justice la prévient. La violence, qui souvent met du temps à naître, en prend souvent davantage à disparaître. La rapacité rend aveugle à cette sagesse, et lorsque la violence se déchaîne, sa réaction naturelle est de répondre par la violence. Pourquoi faut-il que les détenteurs du pouvoir soient si souvent plus proches de la domination de l’autre que de sa compréhension ?

 

Si l’humain dernier, idéal, vit de la vie d’Aimer et ne se soucie que de l’autre, nous avons au quotidien à affronter le monde, dont nous sommes, qui vit la règle du soi (de la puissance, de la possession). Et la participation à l’altérité positive est progressive, jamais acquise, en nous comme chez les autres.

Nous sommes d’ailleurs conditionnés par notre animalité originelle à vivre dans le symbole. L’humain premier est enfermé d’un même mouvement dans le mythe et dans le moi.

 

8 novembre 2005

partout l’arc outrepassé

révèle une pensée

 

à la gloire des chevaux peut-être

qui ont conquis l’espace

 

de ce monde autrefois possédé

par l’esprit de la terre

 

« Après vous ! » Ambiguïté des gestes et des mots. Ce peut être un acte de soumission au loup alpha, réel ou feint. Ce peut être le calcul de celui, de celle qui, se faisant le dernier, espère bien être récompensé en passant le premier. Ce peut être encore le miroir où l’on s’admire en se disant qu’on est meilleur que l’autre en lui cédant la place. Il faut être avec Aimer pour que « après vous !» soit l’acte d’amour de l’autre comme autre, qui donne plus de prix à l’autre qu’à soi et qui y trouve sa joie. Ainsi Aimer face à sa création, ainsi toutes celles et ceux qui vivent de sa vie éternelle.

 

Ah ! si Oedipe l’avait compris lorsqu’il se trouva face au char de l’autre, il n’aurait pas tué son père.

 

Celui qui aime avec Aimer sait qu’il ne changerait rien à sa vie s’il acquérait la conviction que la mort est la fin de la conscience. Car son souci et sa joie, c’est l’autre immédiat. Conviction impensable pourtant lorsqu’on connaît Aimer.

 

La plasticité du cerveau est-elle le signe de sa pénétration par l’esprit ? La connaître c’est connaître l’un des secrets de la marche de la vie.

 

9 novembre 2005

c’est un jardin sans murs ni portes

dont l’âme seule est la limite

 

que jamais personne n’en sorte

à moins que son cœur ne l’invite

 

et lorsqu’il sent d’autres jardins

l’appeler par son nom secret

 

du proche jusqu’au plus lointain

l’amour lui vaut la liberté

 

Pourquoi donc Aimer est-il si difficile à découvrir comme l’alpha et l’oméga de l’être, et donc de notre être ? N’est-ce pas en contradiction avec sa nature même ? Mais non, toute conscience reçoit l’instinct divin de sa reconnaissance et sait dans le secret qu’Aimer est toute sa loi et toute sa joie. Il n’est que de creuser le champ où le trésor gît depuis toujours.

 

Applaudir est un geste primitif, animal. Faut-il dire qu’il est maintenant sublimé en pur symbole ? Ne faut-il applaudir qu’avec condescendance pour frère âne, en nous comme en nos semblables ?

 

L’armée est mobile, elle est nomade, elle est d’esprit nomade, c’est-à-dire plus ouranienne que chthonienne. Elle est par nature plus prompte à manier le glaive que la coupe.

 

Le combat féministe risque de ne pas aboutir s’il ne tient compte du dynamisme de l’humain premier vers l’humain dernier. Le réduire au combat de l’utérus contre le phallus, c’est en faire à jamais un combat douteux. La vraie réussite de ce combat, c’est qu’il n’y ait ni vainqueur ni vaincu, mais la réconciliation féconde dans l’intelligence et l’amour mutuels.

 

 

10 novembre 2005

vise ces jardins rigides

où la géométrie de la droite décide

l’œil du monarque

dur en mille projets de conquête

 

où l’arc à la justesse doit

d’acquérir des repos des richesses

de fêtes

inconscientes du sang qui les aura requises

 

Une croyance est une entrave à la liberté dernière, et, pour passer à cette liberté, il faut rencontrer une vérité libératrice des croyances. Ce n’est pas celle de tel être fini ni de tel aspect de l’être fini, mais celle de l’être de l’être qui est Aimer. Avec cette vérité, il n’y a plus de mythe, d’espace sacré, de temps sacré, de personnage sacré.

Et c’est la seule vérité qui puisse réunir toutes les consciences en promouvant chacune.

Avec le passage à l’humain dernier où Aimer prévaut, les mythes et les rites changent de statut. Ils ne sont plus objets de croyance et d’engagement, mais de jeu d’intelligence, de sensibilité et d’imagination. Dès lors ce ne sont plus des entraves à l’unité des humains.

La liturgie n’est plus sacrée et codifiée, mais festive et créative, ouverte à tous les accueillants du Don, quelles que soient leurs anciennes croyances.

 

bienheureuse nuit qui invite au silence

bienheureux silence où se dit ta présence

 

11 novembre 2005

« Les époux se doivent fidélité… » La loi, par le simple fait qu’elle est une loi, peut bien garder une fonction sacrée. Cette sacralité aliénante se dissout avec Aimer dans la vérité du don réciproque accueilli par l’épouse et l’époux.

 

La grâce de l’éloignement est le renfort des pensées que se donne l’amour.

 

les ombres qui s’allongent dans le soir

gagnent l’étang et son miroir des songes

 

la feuille morte en sa longue dérive

à l’autre rive porte sa couleur

 

cette heure vient qui sans hâte prononce

le passage où s’enfonce le feu

 

et la surface monte en son œil pur

de l’eau du ciel en refléter le vide

 

Faut-il accuser l’Eglise d’avoir failli à sa mission, d’avoir consciemment préféré la puissance à l’amour ? Ou bien faut-il dire que Yeshoua n’a pas été assez clair, qu’il a maintenu une certaine ambiguïté messianique, préparé sa figure de l’Agneau sacrifié triomphant sur le trône éternel ? Pouvait-il faire autrement que de répondre aux attentes de son peuple, d’entrer dans sa culture, ou plutôt de ne pas en sortir ? Il ne disposait pas du langage et des concepts qui lui auraient permis de présenter Aimer dans l’inévitabilité de ses inhérences.

 

12 novembre 2005

La doctrine chrétienne est si bien ficelée dans la cohérence de ses mythes du héros, de l’avènement messianique, de la paternité divine… qu’on ne peut s’en débarrasser que par une rébellion dont la protège le sentiment de culpabilité, à moins qu’on ne découvre en sa gangue le trésor dont elle nourrit en secret ses fidèles et qui, lorsqu’ils en ont saisi la nature, les libère.

 

il est un instant où cette ombre

que tu portes sur notre terre

s’allonge et plonge en l’infini

de l’espace et de l’univers

 

puis en sa mère elle s’efface

et songe sans doute à son père

dont la face à jamais se cache

pour se donner à la lumière

 

l’opaque où tu te fais visible

aura-t-il de les reconnaître

la grâce jusqu’au bout du monde

où l’un par l’autre vont les êtres

 

13 novembre 2005

Si l’amour est affaire de réactions chimiques et de connexions électriques, il faut admettre qu’il appartient à un niveau de liberté plus animal qu’humain.

« Je me livre en aveugle au destin qui m’entraîne ». Les forces physicochimiques sont précieuses pour souder deux « libertés » humaines, mais elles ne doivent être prises que comme des adjuvants, un dynamisme pour aller plus loin, un booster pour échapper à l’attraction terrestre. Même dans ces amours si touchantes de vieillards dont le couple semble toujours aussi naïvement uni qu’à la première rencontre, il y a un appel au dépassement du « trop humain ».

 

Si la liberté consiste à se croire ou sentir libre, elle ne comporte aucun degré psychologique. Mais l’humain dont la conscience s’affine dans la réflexion ne peut se contenter de la croyance et du sentiment. Plus il avance et plus il se veut lucide, affrontant la désillusion et découvrant des libertés de moins en moins illusoires, jusqu’à espérer rejoindre, au dernier degré ontologique, la liberté de l’acte où Aimer libre le rend libre.

 

en grâce de l’inattendu

la neige touche à ce sommet

où la lumière et leur baiser

se fondent dans un inconnu

 

que peut dire la froide blancheur

inspirée d’étreintes si pures

sinon que leur excès s’il dure

lui fera quitter sa hauteur

 

14 novembre 2005

Vouloir réduire la philosophie à l’histoire de la philosophie, c’est faire le chien qui court après sa queue, enfermer le savoir dans ses limites passées, alors que la philosophie est une marche dans l’inconnu. Si la connaissance du passé philosophique des peuples de la terre – non simplement du miracle grec et de la merveille juive – est matière à expérience par procuration et à réflexion, en faire une exclusivité, c’est s’interdire de soulever d’autres voiles du réel.

 

 

Le roi est nu, le pape est nu, l’humain est nu pour l’humain dernier dépouillé de tout règne, de toute puissance et de toute gloire. A l’autre nu il s’adresse nu dans le rayonnement de l’esprit du Don jailli à leur rencontre

 

La crainte et le tremblement du silence de l’aube, c’est de ne pas être attentif à accueillir avec Aimer chacun des visages que l’on rencontrera au fil des heures de la journée qui vient.

 

Quel sens peut avoir un projet s’il n’est pas étudié en consultation avec Aimer dans le tête-à-tête de l’amitié silencieuse ?

 

de toute sa masse elle tire

cette chair qu’elle t’a donnée

et la pomme en tombant aspire

auprès d’elle à se retrouver

 

sa rondeur dans le ciel respire

l’essence de sa vérité

quand l’esprit né en toi soupire

et lâche la branche achevé

 

15 novembre 2005

Ces petits hasard heureux si discrets et si anonymes ne se comprennent qu’à demi mots avant de résonner dans la lumière et la douceur de ton silence. Alors naît le chaud sourire d’une reconnaissance qui, plus que de te dire un merci qui nous tiendrait quitte de t’oublier, est de te mieux connaître en ta délicatesse et de s’en réjouir.

 

On peut écrire pour être sûr de ne pas oublier les pensées qui nous viennent ; on peut aussi le faire pour ne plus avoir à y penser, assuré qu’elles demeurent à portée de lecture.

 

va donc marcher vers la montagne

pèlerin qui n’aboutira

qu’à la voir là-bas s’éloigner

dans la lumière de ce rêve

insensé qui t’habite

 

main dans la main de ta compagne

tu ne sais pas quand cessera

le progrès ni qui le premier

aura la grâce Adam ou Eve

de répondre à l’invite

 

mais qu’importe boubou ou pagne

l’un après l’autre franchira

ou ensemble dans la clarté

ou dans l’obscur ou dans leur trêve

la dernière limite

 

16 novembre 2005

l’œil rivé sur le ver possible

elle promène un dos bossu

et les saccades de son cou

hésitantes la décapitent

 

mais lorsque l’air irréductible

à l’aile comme à son insu

lance l’appel je ne sais d’où

elle n’est plus que belle en fuite

 

Un contact fréquent et intime avec la nature, en solitaire de préférence, semble bien être une garantie d’équilibre de la pensée, particulièrement dans les domaines social et politique. Appelez cela du nom mythique de la sagesse de la terre si vous ne craignez pas le sourire condescendant du rationalisme. Peu importe, il ne s’agit pas d’abord d’en parler mais d’en vivre.

 

Aimer n’est ni respectable ni respectueux. S’il lave les pieds de ses amis et les embrasse, c’est simplement pour qu’ils soient, et que sans fin leur être croisse.

 

Il s’agit de lutter, non contre le sentiment d’injustice mais contre l’injustice, non contre la fracture sociale mais contre l’injustice sociale.

17 novembre 2005

la dent qui se brise à onze ans

casse toute l’adolescence

la honte lui remplit la bouche

et les yeux baissent en silence

 

sur le livre où vit un présent

que sur la route de la science

il marche pour qu’enfin farouche

lui vienne la reconnaissance

 

Celles et ceux qui accueillent Aimer ne peuvent que se sentir poussés à lutter pour la justice, car Aimer leur donne de voir en chaque autre le meilleur de soi, le fondement de son être. Aimer ne vit que pour son autre (le reste lui est donné par surcroît). En la multitude, Il ne peut préférer qui que ce soit. A chacun le Don est offert, et il est reçu à la mesure de l’accueil qu’on lui fait. Et celles et ceux qui l’accueillent avec toujours plus d’amour le répandent sur toutes celles et ceux qu’elles, ils rencontrent. Il est impensable pour elles, pour eux de vouloir le bien de certains plutôt que celui d’autres. Là est le fondement de la justice et de la lutte qu’elles, ils mènent.

Les moyens et les formes de la lutte pour la justice sont multiples, et chacun les utilise à la mesure de son identité et de sa situation. Il y a une gradation de la plus grande violence à la plus grande douceur. Il y a le don des biens, de l’argent, du savoir, du temps … il y a le partage de vie.

 

Jusqu’où un avocat peut-il défendre les coupables au nom d’Aimer ? Il ne devrait jamais perdre de vue l’injustice faite aux victimes.

 

18 novembre 2005

la plume n’est pas plus légère

que l’air

mais en sa force ménagère

au pair

se rend visible l’atmosphère

sincère

 

Il faudrait faire du pessimisme tendance un tabou pour inviter à le briser. Par définition, hélas, l’heure n’est pas venue, et la vision belle du monde est pour la multitude celle du fou béat.

 

La prière ? Qu’importe le mot, mais peut-être vaudrait-il mieux parler de silence et de vide. C’est dans cet ici maintenant, au-delà du temps espace, que se fait l’accueil du Don et que viennent les pensées du dire et du faire qui concrétisent l’altérité dans le quotidien, la justice d’Aimer dans le déroulement du temps espace.

 

Votre dieu peut bien prêter l’oreille aux humbles suppliants pour accéder à leurs prières. Aimer attend les demandes de ses amis pour accomplir le bien qu’il brûle de faire.

 

Tu n’es pas, Marie, « la servante du Seigneur » (Luc I, 38), mais l’une des amies les plus intimes d’Aimer. Yeshoua estimait sa mère, non parce qu’elle était sa mère, mais parce qu’elle « faisait la volonté de son père des cieux » (Mathieu XII, 50), parce qu’elle vivait tout entière de l’Esprit d’Aimer.

 

19 novembre 2005

l’air se dessèche et nu

le ciel à la lumière se déploie

en son aspiration découvre les espaces

 

où sœurs et frères inconnus

vivent peut-être attendent que l’envoi

de leur message trouve

l’écho d’une autre race

 

Les marques commerciales jouent sur le mythe du héros. Sans plus s’y laisser prendre, Aimer s’en joue, en joue.

 

L’entropie morale n’est-elle pas le fait de toute civilisation ? Il lui faut périr ou se trouver des prophètes par qui l’esprit lui insufflera de nouvelles forces de vie. L’histoire montre aussi qu’elle risque dans sa déchéance de succomber au charisme fascinant d’un dictateur enivré de pouvoir.

 

 

 

20 novembre 2005

dans sa géode le cobalt

se cristallise en la fraîcheur

d’un sombre éclat

 

c’est ici des lutins la halte

où en leur secrète splendeur

l’ombre s’ébat

 

« Va d’abord te réconcilier avec ton frère » (Mathieu V, 24). Cela ne veut pas dire qu’Aimer se fait passer en second lieu, après les frères et sœurs humains. Cela veut dire qu’Aimer est présent dans notre rencontre avec elles et eux, et que le rencontrer au temple selon le vieux mode mythique n’est plus qu’un geste symbolique.

 

La distinction entre foi et croyance risque de n’être qu’un leurre lorsque la foi que l’on présente a tous les caractères d’une croyance fortifiée par une adhésion mythique à un personnage héroïque. Peut-être vaut-il mieux abandonner le mot foi, comme le mot dieu, et parler de l’accueil d’Aimer, du Don d’Aimer, source d’un penser et d’un agir.

 

A quoi bon dire que régner c’est servir et que les serviteurs sont des rois ? Dans l’inconscient liturgique, cette royauté-là risque fort de conserver sa gloire et sa puissance. Dans les paraboles du royaume, Yeshoua détruit tout règne, toute splendeur et toute force. Aimer ne veut que des frères et des sœurs dans la tendresse et le service mutuels.

 

21 novembre 2005

au cœur de ce taillis

la colombe gémit

 

de son vœu ignorante

la plainte de l’amante

se lève dans la nuit

pour son écho surpris

 

mille branches ressentent

cet amour qui la hante

 

Lorsque le psaume LXXVIII annonce un discours en forme de parabole et raconte l’histoire mouvementée d’Israël en ses rapports avec son Seigneur, on peut bien se dire que l’on est invité à lire le texte biblique autrement. Ainsi des Evangiles qui insistent sur le caractère parabolique du discours de Yeshoua (Mathieu XIII, 34). C’est comme si Yeshoua avait à dire des choses que le langage à sa disposition ne lui permettait pas de dire, comme si sa culture ne possédait pas les concepts correspondant à l’intuition de son expérience de vie. Dès lors sa lecture n’est possible qu’avec l’Esprit qui guide vers la vérité plénière (Jean XVI, 13). Ainsi Yeshoua le suggère-t-il avant de disparaître, conscient de son échec, de son incapacité à se faire comprendre de ses disciples les plus intimes eux-mêmes.

Depuis, la réflexion théologique sur la « révélation », à commencer par celle de Paul, est un tâtonnement où quasiment rien ne peut être pris à la lettre. Nous sommes invités au progrès du langage, c’est-à-dire des concepts capables de mieux saisir l’intuition biblique en sa nudité.

 

22 novembre 2005

la fumée qui vous envahit

qui vous embrasse et vous imprègne

dans le grand feu des feuilles mortes

 

est la petite fille

de la mer et des airs

de la terre et des vents

 

ne brisez pas l’élan

parent qui vous emporte

loin de votre charmille

 

laissez s’ouvrir la peau que saigne

en vous la sève de la chair

d’un monde ouvert sur l’infini

 

Ce que l’on appelle Révélation n’est pas de l’ordre de la parole. Cela se situe dans l’expérience des consciences qui accueillent Aimer. Son expression verbale est soumise aux aléas culturels du peuple au sein duquel ces consciences évoluent.

 

Est-ce le faux dieu du souverain bien qui a engendré en des esprits rebelles le faux dieu du souverain mal auquel « aucune perversion n’est étrangère » (« qui se complaît au spectacle des famines, des génocides, des millions de corps voués à la souffrance et à la mort ») ? Le merveilleux du bien est le jumeau du fantastique du mal, comme la lumière et l’ombre, ou l’amour et la haine héraclitéens, sont indissociables dans l’univers des puissances. Aimer est au-delà comme en deçà de ces forces nécessaires à la dynamique du fini. Aimer veut l’autre, par-delà le bien et le mal de la pensée dualiste enfermée dans la finitude.

 

23 novembre 2005

ce vol de vanneaux qui tournoie

cherche sa voie

 

son horizon lorsqu’il se pose

n’est pas sa rose

 

c’est ce qui pourra en chemin

calmer sa faim

 

sur le champ pourtant comme en l’air

sa marche est fière

 

au loin quand il disparaîtra

sa joie vivra

 

Le luxe ne peut que faire problème pour les tenants d’Aimer, car Aimer en sa justice veut également le bien de tous. Comment vivre dans le luxe lorsque l’on sait que d’autres humains sont privés du nécessaire ?

 

Penser que Dieu ne peut être au-delà de l’être s’Il existe, c’est penser qu’Il ne peut exister que parmi les autres êtres. Penser qu’Il est infini, c’est penser qu’aucun être ne peut exister hors de Lui.

 

« La béatitude n’est pas le prix de la vertu, c’est la vertu elle-même », dit Spinoza. Eh oui, la béatitude c’est d’Aimer.

 

La coexistence d’un être infini et d’êtres finis suppose-t-elle sa non-toute-puissance ? Faut-il parler d’une toute-puissance théorique, limitée et maîtrisée par l’amour de l’autre, qui fait l’autre autonome, simplement autre ? Aimer n’exerce sa puissance qu’à la mesure de son amour.

Parler de la toute-puissance de l’amour est insensé lorsqu’on sait ce qu’est l’amour d’Aimer, qui n’est pas possession jalouse mais volonté que l’autre soit autre dès son origine (sinon il n’existerait pas) et, s’il est conscient, dans sa fin qui est de vouloir à son tour l’autre comme autre.

 

24 novembre 2005

La présence intime d’Aimer au moindre des êtres de la nature est une sollicitude respectueuse, non, amoureuse de son altérité.

 

C’est un signe de l’authenticité d’une « révélation » qu’elle porte sur un agir plutôt que sur un penser. Lorsque Moïse demande à son dieu son nom, il comprend aussitôt que cela ne le concerne pas. Du moins est-ce une des interprétations du « Je suis qui je suis ». Ce qui regarde Moïse, c’est de faire de ceux qui l’entourent des gens qui aiment. L’esprit du décalogue se résume en cette altérité positive. Et déjà se révèle que celui qui demande d’aimer est amour.

Si les croyants pouvaient vraiment comprendre que la parole ne vaut que par l’intuition qui tente de s’y exprimer, que la lettre peut tuer l’esprit, ils cesseraient de faire de leurs Ecritures des objets sacrés, de les répéter comme on palpe des reliques.

 

les longues ombres de l’aurore

doucement se recueillent

prennent refuge auprès des troncs

graves comme leur songe

 

dans la lumière qui les ronge

demandant protection

contre le désir de cet œil

là-haut qui tout dévore

 

ignorent-elles que cet or

déposé sur le seuil

de leur belle imagination

en son cœur se prolonge

 

25 novembre 2005

quelle voix sort de ce violon

qui ainsi chante avec ses doigts

et dit ce que sa bouche dure

ne sait interpréter

 

ce toi qui pose une question

lorsque frémis l’âme en émoi

lui annonce qu’à jamais dure

l’autre en sa vérité

 

Remonter de cause en cause à une cause première que l’on nomme Dieu, c’est ne pas prendre en compte l’indétermination du monde, essentielle à la relation d’Aimer avec son autre. Aimer donne à l’autre d’être cause de soi-même, et c’est la liberté. L’indétermination en participe, la figure et la prépare chez les êtres inconscients.

 

Une justification de l’existence qui n’appelle plus de justification est cette existence même en sa source, en son cours et en son estuaire. Il n’est certes pas d’existence finie qui existe par elle-même ; mais le secret de cette existence n’est pas une dépendance, car elle est le produit d’une volonté d’altérité d’Aimer, qui la veut pour elle-même et l’établit dans son autonomie.

Rechercher l’autonomie n’est pas une rébellion contre Aimer, même si elle apparaît telle face à un dieu de puissance ; elle est au contraire son vœu même, et c’est Aimer qui pousse à la rébellion contre ce dieu qui demande soumission.

 

26 novembre 2005

Dire que la raison de combattre pour la justice est l’accès à la joie, c’est penser que le bonheur est dans la reconnaissance de l’autre comme autre, où l’on rencontre l’essence de son être propre.

 

en sa chute chaque flocon

vers le centre cherche sa voie

trouvant ainsi à sinuer

selon ses rencontres en l’air

 

pourtant leur interposition

fait de tous un jeu où le moi

au moi sans cesse conjugué

tisse le voile de la terre

 

Les violences conjugales, ce sont évidemment celles faites aux femmes. Ce tabou-là est pratiquement rompu en Occident. L’autre a encore de beaux jours devant lui (« vous n’y pensez pas ! »).

 

Se poser la question du néant, est-ce aussi se soumettre à la vision dualiste des choses, ne penser une chose qu’en vis-à-vis de sa contraire ?

L’infinité de l’être fait de la question du néant un non-sens, mais elle est aussi une réponse de principe au dualisme. Il n’y a en tout existant que de l’être. S’il est poétique de dire que nous sommes pétris d’être et de néant, c’est sans doute que cela chatouille l’imagination dualiste de notre culture ouranienne diurne.

 

Les Français (petits) qui bouffent de l’Arabe devraient bien regarder et sentir leur main, leurs doigts lorsqu’ils écrivent un 3. C’est le mouvement de l’écriture arabe…

 

27 novembre 2005

elle se pose sans savoir

que le supplément qu’elle apporte

d’âme et de rêve sur les formes

que l’homme plie à ses raisons

fugace dit le souvenir

de toutes les belles des ondes

 

et que s’émerveille de voir

pour quelques heures s’ouvrir la porte

le grand désir d’une réforme

où reines de notre maison

elles serviront l’avenir

d’un univers qui leur réponde

 

Le « tout est nécessaire » de Spinoza est dans la logique de la puissance infinie, part de l’héritage judéo-chrétien qu’il n’a pas eu l’idée de remettre en question. Il n’a pas été sensible, intellectuellement du moins, à cette autre part qui en est le secret de vie, et où l’amour substantiel, l’amour comme substance de l’être, est le garant d’une liberté qui se joue du nécessaire.

Il existe un abîme entre le panthéisme où l’être infini est l’ogre du fini et un panenthéisme où il en est le partenaire d’amour.

 

« Celui qui aime connaît Dieu même s’il se dit athée », dit l’homélie du jour. Certes, mais il faut aller au bout de cette pensée : Aimer suffit, qu’importe les dogmes.

« L’amour qui a pour objet quelque chose d’éternel et d’infini nourrit notre âme d’une joie pure et sans mélange de tristesse, et c’est vers ce bien si digne d’envie que doivent tendre nos efforts. » Certes, mais l’amour d’Aimer n’a pas d’objet. Il est affaire de sujets libres et il est don. Ce n’est pas un bien que l’on cherche à posséder, mais une vie que l’on veut partager comme elle nous est donnée en partage avec Aimer.

 

28 novembre 2005

car les morts désormais sans visage

et sans ailes non plus au non-espace immense

ne sont que leur pensée ne sont que leur amour

que notre amour évoque et que notre pensée

interpelle au silence de l’ombre

 

dans la nuit évoquant leur image

un élan de tendresse monte à l’incandescence

le cœur qui vigilant se prépare le jour

de la rencontre enfin où l’autre dispersé

plus jamais en l’esprit ne dénombre

 

A-t-on jamais fini de découvrir ta multiple présence ? La conscience claire n’en peut saisir que l’une ou l’autre dimension à la fois. Lorsque cependant nous découvrons qui tu es, nous ne pouvons que nous efforcer de réveiller sans cesse cette conscience.

La conscience sensible, le sentiment d’une présence physique est certes illusoire et donc transitoire, mais ne peut-on pas s’en réjouir tout en en comprenant la fragilité ? La présence dans l’acte de service aux autres est tellement plus proche de ton être, participation qu’elle nous propose à ton essence.

Ta présence essentielle-existentielle est le don de l’être, ton altérité dont le mot le plus proche est Aimer : tellement vouloir que l’autre existe qu’il vient à l’être, et puis s’en réjouir et souhaiter que l’autre participe à ce don, devenant à son tour donneur d’être.

Est-il vraiment impossible de dire cette chose si simple ? Notre langage ne peut-il dire que la séparation et l’opposition ?

 

29 novembre 2005

 

ta peau est un regard et il en est dix mille

que les mille lumières

dorent ou brûlent

 

tes gants même et ton masque

ton ombre fière

s’illuminent en l’eau de l’arc où il se pare

 

le parce que

se dissout en mille autres en recevant son être

aux regards du paraître

 

Il faut libérer les penseurs quels qu’ils soient : timides, enfants, occasionnels… de leur inhibition devant les grandes figures de la pensée. Il faut les libérer des dieux et des héros ; c’est un préalable à l’aventure philosophique, théologique, artistique, scientifique même. A celles et ceux qui en Occident ne peuvent encore se détacher des « grands penseurs » qui sont leurs dieux, on peut dire qu’il y a les présocratiques et les prémosaïques de tous les peuples de la terre. Hélas leurs dieux les néantisent, les rabaissent en tout cas : « que peut-il sortir de bon » d’Afrique, d’Inde, d’Amérinde, d’Australie… de toutes ces cultures « qui n’ont rien inventé » ?

 

Le philosophe qui surfe sur les flux et les reflux de la pensée occidentale risque de ne pouvoir s’en échapper. Qu’il soit Ionien ou Eléate, matérialiste ou idéaliste, il reste prisonnier du « ou bien ou bien », du pour ou contre.

 

30 novembre 2005

avec grâce même tu fonds

lorsque tes forces s’amenuisent

sur le gazon

 

si peu à peu tu disparais

ta beauté jamais ne s’épuise

en ma forêt

 

j’irai traquer au moindre son

qui se module dans la brise

ton unisson

 

et jusqu’à ce dernier secret

où en cette harmonie éprise

tu te complais

 

Sa puissance, Aimer la laisse entre les mains des consciences qui partagent son amour. C’est le sens de notre cœur à cœur du silence au silence.

 

« Les dogmes, ça ne passe plus ; il faut transmettre le goût de la vie », dit le journaliste chrétien. Et son interlocuteur d’ajouter : « La vérité est dans la discussion que nous avons les uns avec les autres. »

Mais comment les responsables de la foi de l’Eglise pourraient-ils entrer dans ce mouvement sans éprouver un sentiment de trahison envers leur Seigneur. Certains pourtant laissent faire cette avant-garde, peut-être comme le Pharisien Gamaliel, ce docteur de la loi qui aurait dit au Grand Conseil : « Si cette idée, ou cette œuvre, vient des hommes, elle se dissoudra ; mais si elle vient de Dieu, vous ne pourrez la dissoudre et vous allez vous retrouver en opposition avec Dieu (Actes V, 38s).

Mais qui soutiendra que toute œuvre qui dure vient de Dieu ?

1er décembre 2005

 

Le bien-pensant de l’intellectuel, c’est celui qui pour lui le rebelle est en réalité le mal-pensant. Ainsi va la guerre de domination de l’autre.

 

L’antiracisme porte dans sa formulation même la trace du racisme qu’il prétend combattre. Le vrai combat contre le racisme n’est pas de s’opposer à l’autre quel qu’il soit mais de l’accueillir. Autrement dit, ce n’est pas un combat, c’est un refus du dualisme moteur de la culture où naît le racisme.

 

au pied des tours je brûle

de la rage de l’autre

qu’ai-je fait sinon d’être une main sans défense

tendue dans l’innocence

 

l’eau même qui m’éteint

aux yeux rougis ne trouve

grâce et reçoit des pierres quand la bouche impuissante

s’ouvre désespérante

 

et ma cendre partage

le cri que l’on voudrait étouffer sous la botte

car l’on de l’inconscience

dans le feu trouve sens

 

Voyant Aimer laver les pieds de l’autre, Charles de Foucauld avait rejoint l’essence en disant et vivant qu’il n’y a de frère mondial que le petit frère.

 

Albert Einstein a appris aux Occidentaux que le temps et l’espace étaient des forces. La pensée africaine le disait « depuis depuis » ; mais pour l’Occident, encore une fois, « que peut-il sortir de bon de Nazareth ? ».

 

2 décembre 2005

Le salut par le mythe est un salut psychologique et sociologique, mais ne peut-il servir de chemin au salut essentiel par l’amour de l’autre auquel il invite ?

 

ces mains qui partout sur les murs

se posent tâtent

sans y penser leur nourriture

par habitude

 

qui sait ce qui dans cet échange

gagne le plus

ou de la chair ou bien de l’ange

au cœur d’amant

 

vas-tu tenter cette sagesse

venue de loin

dans l’espoir que peut-être naisse

une autre paix

 

à ton tour que tes deux mains glissent

sur les surfaces

que d’autres mains ont rendues lisses

et tant nourries

 

il n’est pas besoin d’être sûr

de réussir

pour entreprendre dans l’obscur

cette autre étude

 

La théologie de la prescience divine obéit à une inhérence du monde déterminé de la toute- puissance. Aimer vit avec le monde l’inhérence de la liberté à l’amour, et qui n’en fait pas un dieu n’en peut déplorer l’ignorance.

 

3 décembre 2005

Ô bienheureuse erreur, signe de la liberté de l’être (plutôt que « ô bienheureuse faute qui nous a valu un tel rédempteur ».

 

« L’homme libre désire pour autrui ce qu’il désire pour lui-même » (Spinoza ?) Parce que la liberté est inhérente à l’amour et qu’il ne serait pas libre en la vérité de son être s’il n’aimait pas l’autre pour lui-même.

 

Si le pardon accordé n’a de sens que lorsqu’il est demandé, c’est que si la demande est tellement sincère qu’elle est celle de l’amour regrettant le mal fait à l’autre parce qu’il est autre, elle pardonne l’offenseur avant même qu’il ne soit accordé. Seule la contrition parfaite pardonne, le sacrement de pénitence ne fait qu’en prendre acte.

 

Reconnaître l’infini du désir tout en écartant l’idée d’immortalité, c’est (se) proposer une sagesse du non-sens.

« Le désir c’est l’impossible » (Spinoza ?) car c’est l’infini. Il est vrai cependant, conforme à notre nature en ce qu’elle n’est pas définie, mais « en suspend dans sa liberté » (Sartre) où nous dialoguons avec la liberté d’Aimer. Dès lors l’infini du désir nous est offert ainsi que son objet infini, qui abandonne son statut d’objet pour prendre celui de sujet d’amour.

 

il leur fallait donc cette image

sur la fragile passerelle

de leur amour

 

pour lui pour elle

que s’écrive cette page

la souvenance de ce jour

 

qu’importe qu’au premier orage

déjà défaite en ses pensées

les eaux l’emportent

 

au loin l’escorte

d’un souvenir inaltéré

plus forte sera que les rages

 

4 décembre 2005

côte à côte ces deux portails

fermés

 

combien de temps encore

pourquoi

 

faudra-t-il qu’une guerre abatte

nos murs

 

enfin pour que s’unisse

la force aimante de nos bras

 

Comment du même faire de l’autre ? Ce prodige qui ne cesse de se réaliser dans la maternité paternité, on peut y voir l’image où se découvre Aimer.

 

Tu es au-delà de la musique la plus spirituelle, dans le silence du vide. C’est là que se rencontre cette ineffable joie qui se nourrit du souci de l’autre. N’est-ce pas ce que vivent les bouddhistes en leurs désirs conjoints du vide et de la compassion ?

 

L’humanité ne peut se rassembler autour d’une personne, pas plus qu’autour d’une doctrine. Il n’y a que l’amour qui accueille tout autre qui accueille tout autre en l’inhérence de sa tautologie.

 

L’intuition théologique de Moïse est une intuition éthique plutôt que métaphysique ; elle commande un agir plutôt qu’un savoir. Le savoir vient de surcroît, et fort lentement. On peut se demander s’il est même abouti après quelque trente-trois siècles d’expérience spirituelle. Du « tu aimeras l’Eternel » a été déduit le « Dieu est amour », mais le Dieu-Amour n’a pas remplacé le Dieu-Toute-puissance, et l’amour de Dieu est resté ambigu.

 

5 décembre 2005

« Mon joug est doux et mon fardeau léger » (Mathieu XI, 30). Oui, Aimer nous débarrasse de la morale et nous laisse la tâche impossible d’aimer, car, avec Aimer, l’impossible d’aimer l’autre comme autre, se réalise.

 

Dire que le refus de la foi est le fait de ceux et celles qui veulent prendre la place de Dieu, c’est entraîner sur une fausse piste. Car le Dieu qui vient alors à l’idée n’est qu’une image projetée par la volonté de puissance à laquelle se soumettent les croyants aliénés.

Aimer est en dehors de la croyance, de l’incroyance et du doute. Aimer se vit dans l’immédiateté de la conscience éthique.

 

Si l’on peut poser au croyant la question de savoir ce qu’il ferait s’il découvrait que la mort est la fin de tout, on peut aussi demander à l’incroyant ce qu’il ferait s’il découvrait que la mort n’est pas la fin de tout. Mais l’un comme l’autre peuvent toujours répondre que la question ne se pose pas.

 

la radio qui se tait est un souffle sans voix

pour tous ceux qui ont faim

de musique et de bruit

 

le silence est un vide

et le souffle une absence

mais l’esprit est sans voix et ses ondes présence

 

 

6 décembre 2005

cette bouffée d’air frais

qui frappe à la fenêtre

éveille le matin

 

un jour nouveau commence

dans la nuit qui enfante

le même et l’inconnu

 

la tâche qui s’annonce

aux confins de l’espace

est la face d’aimer

 

Comment l’Eglise peut-elle benoîtement déplorer le manque de liberté religieuse en certains territoires de la planète alors qu’elle a pendant des siècles fait jurer aux rois très catholiques d’exterminer les hérétiques ? N’est-ce pas la même Eglise ? Mais les gens d’Eglise, comme tout un chacun, trouvent toujours le moyen de justifier leurs positions dans le fouillis des interprétations. Cela s’appelle l’art de la communication.

 

Le quotidien d’Aimer, c’est l’émerveillement de découvrir que le plus banal et le plus normal est un chef-d’œuvre dont la perfection même cache la perfection. La connaissance scientifique l’alimente.

 

Non pas l’Etre et le Néant, mais Etre et Aimer. Etre et Aimer sont des verbes ; ils expriment mieux le réel, approchent davantage en notre pauvre langage l’inexprimable de l’altérité créatrice qui le fonde.

Aimer est au principe du non-aimer parce qu’Aimer est volonté d’altérité. Mais le non-aimer n’est pas néant ; il fait partie d’Aimer comme l’enfant au ventre de sa mère fait partie de sa mère tout en étant son autre.

 

7 décembre 2005

La ferveur mythique qui anime la générosité altruiste de certains des meilleurs gens d’Eglise donne à réfléchir. Les priver du mythe ne mènerait-il pas à la tarir ?

L’adoration eucharistique nourrit l’amour de l’autre. Mais il paraît ambigu de l’appuyer sur un « Le Père cherche des adorateurs en esprit et vérité » alors que le texte de Jean (IV, 21ss) montre que Yeshoua entrevoit une relation avec Aimer qui ne soit ni d’ici ni d’ailleurs, non localisée en un objet mythique, mais partout présente en l’Esprit.

L’Eglise ne peut-elle survivre qu’en son mélange de mythe et de vérité, comme en son incompréhensible association du pouvoir et de l’amour ? La vérité exclut le mythe comme l’agapè bannit la puissance. Pourquoi les chrétiens demeurent-ils inconscients de leurs contradictions ? On peut comprendre que la croyance soit une passion aveugle, mais comment comprendre que les saintes et les saints, censés ne plus vivre que d’Aimer, ne s’en défassent pas ?

 

l’arrière-fleur

après le gel

incline un visage fripé

arrière-garde

de la vie

en ses derniers combats frappée

 

pour l’oeil s’allume

l’image ultime

de cette paix du cœur campée

où d’autres fleurs

de l’éternel

illuminent la mort trompée

 

8 décembre 2005

On peut bien faire de Dieu l’objet de son désir, on ne peut désirer Aimer. Ce n’est pas un objet. Aimer invite à reconnaître et traiter toute conscience comme un sujet.

 

Le prophète Amos se bat contre le culte illusoire. Pour lui, seuls importent la justice et le droit. Il défend les pauvres et attaque le luxe des riches qui leur dénient le nécessaire. Avec lui l’altérité s’annonce comme une adoration en esprit et vérité.

 

elle pleure sous le gawo

ses larmes

reflètent le feu et le sang

du village là-bas là-bas

 

où sa hutte n’est plus que cendre

et souffle

à jamais perdu dans le vent

qui se sauve là-bas là-bas

 

elle pleure sous le gawo

ses larmes

reflètent la faim et la peur

du village là-bas là-bas

 

où incendiaires et pillards

mauvais

en joie ont brûlé les récoltes

pris les troupeaux là-bas là-bas

 

elle pleure sous le gawo

les armes

ici qui font trembler son sang

peuvent-elles la ramener

là-bas là-bas

 

S’il est vrai qu’ « il y a dans le ciel plus de joie pour un pécheur qui se repent que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de repentance (Luc XV, 7), il y a évidemment plus de joie pour la Marie repentie que pour la Vierge Marie.

 

 

9 décembre 2005

dans la brume qui se dissout

l’œil lentement dévoile

le vrai visage

 

lorsque l’esprit souffle au dessous

de la peau de la moelle

sa pure image

 

ce n’est qu’une douceur prenante

le lumineux silence

où l’énergie

 

rayonnant par ses mille sentes

dans les forêts s’avance

en belle vie

 

Immaculée conception ?

Pour tant de croyants et d’incroyants, c’est l’ombre de la virginité planant sur le sexe tabou, emblème de la femme qui se garde et doit se garder pour celui qui seul la possédera, dans une culture où la femme est un objet, un bien, une chose : « Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni rien de ce qui lui appartient » (Exode XX, 17).

Pour les théologiens, cette convoitise est une conséquence du péché originel, refus de faire confiance à l’Eternel et de se soumettre à sa volonté. Si cependant on voit dans le péché premier une métaphore de la nature humaine de soi incapable d’Aimer alors qu’Aimer est le secret de sa joie ultime parce qu’Aimer invite à partager sa vie, alors Marie est comme son fils un exemple de l’accueil sans réserve du Don d’Aimer. Mais que cela peut-il avoir affaire avec sa conception ou avec celle de Yeshoua ?

 

10 décembre 2005

chauffez chauffez la forge

chauffez cette marmite

comme ses tourbillons s’abattent pour l’éteindre

 

comme la raison folle

qui enfante des monstres

la mer en bouillonnant engendre des tornades

 

Lorsque Yeshoua parle de l’Eternel en termes de paternité, il demeure prisonnier d’un langage qui défigure sa relation avec Aimer.

Lorsqu’il donne à ses disciples le nom d’amis en se fondant sur l’identité de la relation qu’il entretient avec eux et de celle qu’il entretient avec Aimer, il introduit cependant une faille dans le langage de la paternité et de la filiation, il en révèle le caractère métaphorique. Pour lui, au vrai, l’Eternel n’est pas son père, mais son ami, Aimer.

 

Les enfants de celles et ceux qui accueillent Aimer ne sont pas leurs filles et leurs fils, mais des amis.

 

Si l’on a pu dire que l’amour dont Dieu nous aime et l’amour dont nous aimons Dieu sont le même amour, c’est que cet amour est participation au mouvement de l’être vers son autre. Aimer ne demande pas qu’on l’aime mais qu’on aime l’autre de l’amour dont Il – Elle l’aime. Cet amour est sa vie éternelle offerte en partage aux consciences qui l’accueillent.

 

Deux mille ans d’histoire de l’Eglise ont montré qu’elle cède à la tentation de la puissance et de la richesse dès qu’elles sont à sa portée, et qu’elle ne les délaisse que contrainte et forcée.

 

 

11 décembre 2005

« Reconnaître le bilan positif de la colonisation », cela peut aussi vouloir dire qu’il n’est pas totalement négatif. Mais c’est aux colonisés et à leurs descendants d’en juger s’ils le souhaitent. N’est-ce pas ainsi que l’on dialogue dans la liberté, l’égalité et la fraternité ?

De toute façon, l’histoire de l’histoire montre que chacun la raconte à sa façon.

 

Lorsque, parlant comme toujours en paraboles, Yeshoua dit aux élus que « ce qu’ils ont fait aux petits qui sont les siens, c’est à lui qu’ils l’ont fait » (Matthieu XXV, 31-40), cela ne signifie pas que les humains soient des masques de l’Eternel et qu’au fond lui seul compte. Tout au contraire, cela veut dire qu’aimer tout autre en son altérité, c’est participer à l’être même d’Aimer qui aime tout autre. C’est vivre ici maintenant de la vie éternelle dont l’existence au-delà de la mort ne peut être que la continuation.

 

Si l’Eternel est plus proche de nous-mêmes que nous-mêmes, c’est que l’être est unique et que nous n’avons d’être que par participation. Mais cette participation peut-elle s’expliquer autrement que par l’acte d’altérité en quoi Aimer fait de son être l’autre qu’Il -Elle aime. Le comment nous échappe, mais qui accueille ce mouvement jusqu’à son être vit dans la maison du Père : « Tu es toujours avec moi, dit le père au frère de son fils prodigue, et tout ce qui est à moi est à toi » (Luc XV, 31).

 

Pour une intelligence infinie, y a-t-il grande différence entre un Q. I. de 60 et un Q. I. de 120 ? Comment avec Aimer faire le malin devant les uns et l’imbécile derrière les autres (alors qu’on n’a pas choisi le sien) ?

 

l’enclume où le marteau s’abat

sur la douce rougeur

témoigne que le feu au cœur

n’est pas un simple éclat

 

que sa brûlure livre au bras

violent cette stupeur

tendue que la limite meure

où l’impossible bat

 

12 décembre 2005

la tempe où le baiser se pose

sur la douce tiédeur

témoigne que le jour qui meurt

en délicate rose

 

se révèle l’âme des choses

au passage de l’heure

où la nuit redit que demeure

la joie que rien ne cause

 

Le problème du Verbe de Dieu, c’est qu’il n’existe pas de parole qui ne soit culturellement marquée et linguistiquement encadrée. « L’Eternel est esprit » dit Yeshoua, et cela Le met en dehors de tout lieu, de tout temps, mais aussi de toute culture et de toute langue. Le Verbe de Dieu ne peut être que mythique.

Le problème de Yeshoua, c’était qu’il faisait une expérience spirituelle que ses auditeurs ne pouvaient recevoir directement dans leur langue et leur culture. D’où son intuition de la nécessité de parler en paraboles, c’est-à-dire en un langage approximatif invitant à partager son expérience indicible.

Le problème de l’Eglise, c’est qu’elle a pris quasiment à la lettre le langage symbolique de Yeshoua, qu’elle n’a pas compris que la culture dont il était porteur le rendait ambigu. Yeshoua disait qu’il annonçait un royaume spirituel, Aimer, et qu’il en était le roi, Aimer ; mais l’Eglise en a fait un super-roi terrestre, un pantocrator dont elle ne cesse de chanter le règne, la puissance et la gloire, alors qu’il se voulait l’ami de tous.

 

13 décembre 2005

L’épisode d’Ananie et Sapphire montre que dès l’origine l’Eglise a cédé à la tentation de la puissance terrifiante (Actes V, 5, 11). L’Esprit Saint a eu bon dos (V, 3, 9).

 

L’union des Eglises, des religions, des (in)croyances ne peut se faire qu’en relativisant le penser au profit de l’agir, Aimer.

 

ce qui tremble et murmure au bout du monde

en cette chambre résonne

 

le vide ignore l’espace

et lorsque le silence du silence

 

écoute

 

la chair en l’esprit vibre

et donne sa réponse aux quatre vents

 

plonge donc cette sonde plus profond

que les abysses

 

le centre est le centre de tout

le nulle part de l’être

 

La répétition rituelle des mêmes mots est rassurante et stérilisante. L’esprit qui ne cesse de lancer des paroles nouvelles est libérateur et créateur.

 

S’il est vrai que les rites sont les épices de la vie, peut-être faudrait-il les détacher de leur fonction spirituelle. Les prophètes juifs dénonçaient déjà l’illusion de croire que les sacrifices honorent l’Eternel.

 

14 décembre 2005

le temps que cette flamme dure

mesure

le secret de ses minuscules

cellules

où se digère dans l’entraille

obscure

tout ce qui se mue en lumière

 

le temps que les bras alimentent

sa chair

et que le vent vienne livrer

son âme

dans le fond n’est-il pas le même

qu’il faille

sans y réfléchir lui confier

le nôtre

 

Agir par le mouvement de l’Esprit, est-ce marcher en présence de l’Eternel ? Quelle formule est la plus juste ? Celle pour chacune, chacun qui évoque le mieux le vivre-avec-Aimer ? Mais pour chacune, chacun, toutes les formules peuvent se conjoindre au service du vivre.

 

Il ne s’agit pas de transfigurer le visible, mais d’en observer la beauté et d’en explorer l’intelligence.

Le style poétique peut bien donner l’impression d’une transfiguration de par ses figures et de par le jeu sonore qui les exalte ; il ne devrait viser qu’à mieux communier au réel.

La part d’indéterminisme que l’on déduit de l’observation du réel aide à comprendre ses imperfections. L’art qui embellit ne frustre pas l’élan qui l’anime ; il l’accomplit.

 

15 décembre 2005

Les horreurs du terrorisme islamique comme celles de l’Inquisition catholique (et bien d’autres) montrent que les religions sont capables du pire comme du meilleur, et qu’Aimer ne leur est pas lié.

 

Comment expliquer le sentiment de transcendance absolue du divin dans l’histoire religieuse ? Peut-on qualifier d’inauthentique l’expérience d’un Moïse au buisson ardent ou d’un Isaïe dans le Temple ? Si l’infini prend la forme de la conscience qui l’accueille, comment peut-on espérer le rencontrer tel qu’en Lui Elle-même ?

Affirmer que l’Infini est Aimer, c’est énoncer une hypothèse que vérifie la cohérence de l’être, mais c’est d’abord exprimer l’intuition que c’est le bien suprême de la conscience.

 

aux jeux de l’ombre la lune

n’épuise pas la fortune

de l’infini des figures

en l’indéfini futur

 

la belle de l’éternel

au fond de la nuit recèle

le trésor de la caverne

où les ombres se discernent

 

tire l’enfant du sommeil

écrasé par le soleil

et dans son jeu son effort

lui partage la pléthore

 

16 décembre 2005

Une science qui refuse d’admettre que d’autres voies que la sienne sont susceptibles d’approcher le réel est-elle animée d’un véritable esprit scientifique ? Si tel était le cas, au diable le véritable esprit scientifique qui étouffe au lieu d’inspirer. Le véritable esprit de la conscience humaine est celui de l’univers, et rien ne lui est étranger des démarches de la pensée en leur cohérence heuristique.

Une conscience qui sait ne pas tout savoir sait aussi qu’elle ignore s’il existe vers le savoir d’autres voies que celles qu’elle connaît.

 

L’histoire du christianisme, et l’histoire de Yeshoua lui-même telle qu’elle apparaît dans les Evangiles, montrent que rien ni personne ne peut forcer une conscience ; et cette inviolabilité de la conscience témoigne d’Aimer. Si l’on imagine que personne n’aurait dû s’opposer à la prédication de Yeshoua, il faut aussi imaginer qu’il aurait pu violer les libertés.

Peut-on admettre que toutes celles et ceux qui n’ont pas cru en lui l’ont fait « parce que leurs œuvres étaient mauvaises » (Jean III, 19) ?

L’adhésion à la personne de Yeshoua, centrale pour « la foi chrétienne » est un phénomène de croyance. Si le « salut » est Aimer, peut-on affirmer qu’il y a inhérence entre la foi en une personne et Aimer ?

 

dans les chuchotements du soir

les bruissements et les soupirs

un silence passe et se cherche

un espace pour s’y ouvrir

 

viendras-tu es-tu déjà là

qui n’attends que le souvenir

de nos rencontres d’autrefois

pour tendre la main et l’offrir

 

il semble aux approches de l’ombre

qu’il ne faudrait plus qu’un sourire

qu’enfin s’écarterait le voile

des regards pour nous réunir

 

17 décembre 2005

Quel sens pouvait avoir « la généalogie de Jésus Christ, fils de David, fils d’Abraham » (Matthieu I, 1) pour celui qui aurait dit : « Qui est ma mère, qui sont mes frères ? Celui qui fait la volonté de mon père des cieux, celui-là est pour moi et mon frère et ma sœur et ma mère » (Matthieu XII, 49s) ?

Pourquoi certains chrétiens insistent-ils à ce point sur l’historicité de leur religion et sur l’incarnation de leur dieu, alors que Yeshoua a annoncé un culte en esprit (Jean IV, 24) détaché des lieux et donc aussi des temps ? Est-ce que dans leur inconscience cette incarnation est indissociable de leur élection, et qu’ils ne peuvent se concevoir que meilleurs que les autres (alors que cela même montre qu’ils sont « trop humains ») ?

 

 

l’avancée de la galerie

est le secret espoir

que plus loin plus loin surviendra

dans l’ombre un trésor de lumière

 

creuse creuse la tombe est proche

où reposent sans voir

les mains aimantes qui laissèrent

ici la trace de leur cœur

 

Existe-t-il une base immatérielle du langage ? Les sciences cognitives pourraient au moins se poser la question.

 

18 décembre 2005

la terre éclaire les nuages

d’un peu de douce réflexion

attire d’un jeu de feuillages

la patine d’une attention

 

non le métal à l’œil cruel

en ses ondes de soleil pur

mais l’œil sélène qui excelle

à dire la nuance sûre

 

vient ici faire l’alliage

où se répondent les questions

d’où l’or et le bronze en leur âge

attendent la révolution

 

quand elles pâliront au ciel

attirées par la terre obscure

sans qu’aucune manque à l’appel

les étoiles tomberont mûres

 

La hantise de la mort peut être un moment de la dynamique du provisoire où la conscience se découvre. La découverte de l’Etre comme Aimer la fait disparaître au profit de l’intense vie dans l’instant tout occupé de l’autre.

 

La présence d’Aimer, c’est de se sentir incapable d’Aimer et de presser Aimer d’Aimer avec soi. Cela ressemble assez à l’expérience de Paul : « Vouloir le bien est en mon pouvoir, mais non de l’accomplir » (Romains VII, 18) et « c’est le Christ qui vit en moi » (Galates II, 20).

 

19 décembre 2005

La diversité n’est pas seulement inévitable, légitime et nécessaire ; elle est d’abord la belle pluralité des autres en leur précieuse eccéité.

Il n’est qu’une unité irrécusable des consciences, c’est celle d’Aimer. Rien d’autre ne peut rassembler les consciences libérées.

 

Si « servir Dieu qui nous rend libres » a un sens, c’est qu’il nous libère de la servitude en nous invitant à être ses amis.

 

ce corps qui vient est un esprit

et l’onduleuse ligne

qui à mon corps fait signe

dirige mon regard aussi

 

vers ce visage singulier

où les teintes composent

une métamorphose

d’intelligence et de beauté

 

surprise que les yeux se fassent

plus profonds que l’aura

qui depuis tout là-bas

avait annoncé leur préface

 

et que de l’ombre en la caverne

rayonne l’étonnante

silencieuse attente

que l’accueil au cœur lui décerne

 

Peut-on parler de méthode de recherche de la vérité sans se faire quelque idée de ce qu’est la vérité ? Une certaine intuition de la vérité doit guider la réflexion qui mène à avoir des idées claires et distinctes.

Cette intuition est liée à un agir lorsqu’il s’agit de la vérité de l’être même, car l’être du penser et l’être de l’agir sont inhérents l’un à l’autre.

 

20 décembre 2005

la tête levée de l’aveugle

entend-elle des chants muets

lance-t-elle dans le secret

ce que n’entend pas ce qui beugle

 

elle ne va pas te le dire

et ignore peut-être aussi

ce message de l’imprécis

qui s’échappe à n’en plus finir

 

dans l’ombre qui n’est que présence

qui à l’ombre seule suggère

en confidente messagère

l’autre sa suprême importance

 

Lorsqu’on se trouve devant deux interprétations contradictoires, on est bien forcé en logique d’admettre qu’un au moins est erronée.

 

Le culte des ancêtres des religions, chrétiennes, africaines, chinoises… est une invitation à ouvrir notre esprit à la communion de celles, de ceux qu’on espère qui vivent éternellement d’Aimer.

 

Combattre la violence par la violence, est-ce toujours céder à la violence ? Il y a la violence aveugle et il y a la violence ciblée. Exclure la violence ciblée, c’est accepter de se soumettre à la violence de l’autre. Accepter la violence aveugle, c’est s’exclure de l’humanité.

 

La limite de la diversité, c’est la contradiction.

 

 

21 décembre 2005

que remonte en la mémoire

cette fragrance oubliée

et la trousse d’écolier

s’applique à ses devoirs

 

n’est-il rien vraiment que l’hoir

d’une vie qu’il s’est cachée

qui ne puisse parfumer

quand enfin vient le soir

 

dans le flash de l’au revoir

insensible de l’entrée

des parfums d’éternité

réveillent-ils l’espoir

 

il n’est pas besoin d’espoir

en l’école d’amitié

pour humer à satiété

la rose incantatoire

 

L’art pour l’art de Cousin, Gautier ou leurs prédécesseurs ou leurs avatars ne peut-il prospérer que chez des esprits à l’aise dans la séparation, la distinction et la coupure, ne voyant que confusionnisme chez les esprits animés de relation et de communion ?

 

Il y a la violence qui attaque et il y a la violence qui se défend ; la violence qui vole et la violence qui ne se laisse pas voler, celle qui cherche à asservir et celle qui refuse de se laisser asservir.

Peut-on répondre à la violence économique qui appauvrit et domine par la violence des armes ? Certes, en dernier recours, et la question est de savoir juger quand on y est réduit.

 

22 décembre 2005

Comme la polygamie (et la polyandrie) le mariage homosexuel donne à réfléchir sur la relativité de l’institution du mariage en la diversité de ses sacralisations (où l’admiration des uns fait l’horreur des autres).

Toutes sont dépassées avec le « qui est ma mère, qui sont mes frères » de Yeshoua (Matthieu XII, 48) où l’on passe au-delà. Avec l’Esprit-Aimer, on peut tout aussi bien dire : « Qui est mon mari, qui est ma femme, qui sont mes fils, qui sont mes filles ? » C’est-à-dire les aimer tous au-delà de la relation charnelle déclarée transitoire : « A la résurrection, on ne prend pas mari, on ne prend pas femme » (Luc XX, 35).

 

et pourtant elle tourne

la toupie merveilleuse

et pourtant nulle main

ne l’a jamais lancée

 

il ne faut qu’une idée

pour que jusqu’à la fin

en l’espace elle creuse

le vide qui l’enfourne

et que cette buée

que l’on nomme la vie

par un souffle invisible

la couvre de baisers

 

immobile tourné

vers l’adorable cible

du grand silence dis

cet amour insensé

 

23 décembre 2005

Accepter la diversité des croyances malgré leurs oppositions irréductibles, c’est reconnaître leur peu de valeur et d’importance.

 

Dire que les vertus des païens sont des vices et celles des chrétiens également, ou dire que « les vertus se jettent dans l’intérêt comme les fleuves dans la mer » (La Rochefoucauld), c’est peut-être avoir pris conscience avec Paul que « si je n’ai pas l’agapè je ne suis rien » (I Corinthiens XIII, 2) et que l’agapè n’est pas une vertu mais le Don de l’altérité éternelle d’Aimer aux consciences qu’Elle-Il appelle à l’être.

 

le flocon encore

ignore

qu’il est l’unique des dix mille

et que son éphémère

mystère

de la vie du ciel à la ville

dans l’œil qui l’admire

inspire

plus qu’en l’esprit d’une sibylle

l’unique de l’art

l’espoir

pour chacun de vivre l’idylle

 

Hiroshima, Gwantanamo… Rien à voir, dira l’amateur de distinguos ; mais l’amateur de relations comprendra que le même esprit est à l’œuvre depuis, avant, après, et qu’il n’est sans doute pas près de disparaître. Il en frémira de peur et de dégoût.

 

24 décembre 2005

Celui ou celle qui a composé « Minuit, chrétiens, c’est l’heure solennelle… et de son père apaiser le courroux » n’avait sans doute pas médité longuement la parabole de l’enfant prodigue. Mais celles et ceux qui le chantent ne semblent pas souvent s’en rendre compte. La ferveur de la croyance fait avaler les contradictions.

 

En matière d’éthique, donner la préférence aux systèmes clairs des philosophes, c’est risquer des erreurs plus graves que celles qui dérivent des intuitions obscures de notre instinct divin. C’est pourquoi le bon sens populaire doit retenir notre attention.

 

Que penseriez-vous d’un père ou d’une mère qui aimerait l’un de ses enfants plus que les autres ? Alors que pensez-vous de votre Dieu, dont vous dites que tous les hommes sont ses enfants, qui choisit, élit, les uns plutôt que les autres ?

 

où est-elle l’alouette

qui en transparence bleue

installait son air de fête

sur le léger de ses vœux

 

25 décembre 2005

c’est la flamme en la demeure

seule qui son air appelle

et qui envoie haut ses pleurs

de joie dans la joie du ciel

 

Parmi tant d’interprétations données déjà ou à donner des généalogies de Yeshoua, il y a celle de leur inanité. Encore une fois, « qui est ma mère… ? » Avoir des ancêtres glorieux ou indignes, quelle importance ? Les liens charnels se dissolvent dans l’esprit.

L’Esprit-Aimer n’est ni de Jérusalem ni de Samarie, ni de ce peuple ni d’un autre, ni de telle descendance, ni d’ici ni d’ailleurs, ni d’il y a 2000 ans ni d’avant ni d’après. Yeshoua a lui-même détruit le mythe de son incarnation.

 

En tant qu’idée force, l’esprit transcendant les temps et les lieux peut fonder la nation sur d’autres bases que celles du sang ou de la culture, car il introduit la différence comme chemin plutôt que comme obstacle. Mais il s’agit là d’un idéal asymptotique toujours en compromis avec les valeurs charnelles. On ne passe de l’humain premier à l’humain dernier que personnellement, et une communauté sociale ou politique ne le fait qu’à proportion du nombre de ses membres qui le font au cours de leur vie éphémère.

Pour l’idéal de fraternité universelle qui donne son dernier sens à celui de la fraternité dans la devise de la République, la différence est l’expression de la liberté de tout autre que veut pour lui l’agapè.

 

26 décembre 2005

 

Exclure une seule conscience de notre amour, c’est fermer la porte d’Aimer.

 

La lutte du bien contre le mal perd un peu de sa dangerosité manichéenne lorsqu’on découvre que le mal est en nous originellement, c’est-à-dire dans notre incapacité naturelle à aimer l’autre comme autre.

 

sur cette onde d’amour

qui t’attache à la terre

et sur le vieil élan

qui te jette là-bas

 

tu bâtis une courbe

si belle et si fidèle

que la nuit tes amants

s’éveillent dans tes bras

 

Si nous connaissions l’écheveau de nos motivations depuis et avant même le ventre maternel, la pesée d’une infinité de circonstances sur notre existence, nous comprendrions à quel point se réduit notre liberté, et que seul l’accès à celle du face à face avec Aimer l’agrandit peu à peu à sa mesure.

Nous comprendrions aussi que la liberté est un don, et d’une telle délicatesse qu’il n’appelle pas la gratitude mais la joie du partage.

Et nous serions remplis d’indulgence pour toute conscience, comprenant à quelles limites ses déterminations réduisent sa liberté. Nous serions par la vérité rendus incapables de juger.

Les jugements de nos tribunaux ne sont qu’une nécessité de la vie sociale, une protection contre le déchaînement de la violence de la vengeance.

 

27 décembre 2005

notre frère le feu

qui si doux dans nos veines es la force de vivre

depuis les origines

 

tu pourras si tu veux

un jour en fin de peine

disperser mon sang ivre en l’air où il s’affine

 

La formule « tout homme est un… qui s’ignore » est stimulante pour la pensée ; mais cette pensée doit rester critique, faute de quoi elle risque de sombrer dans l’imbécillité de la croyance. L’un des remèdes est, comme souvent, la parodie des raisonnements échevelés.

 

La liberté suppose-t-elle l’irréversibilité du temps en quelque monde que ce soit et quel que soit son rythme ?

 

Les rêves proposent souvent des images dont l’interprétation ne peut être qu’aléatoire et qu’il faut savoir accepter comme telle. Les certitudes en ce domaine peuvent être illusoires, voire présomptueuses, voire mystificatrices. Lorsqu’elles sont le fait des gourous de l’heure, elles risquent de perturber une culture.

 

La traduction peut être une bonne école de pensée, s’il est vrai qu’elle invite à déverbaliser et reverbaliser, à faire comprendre que la pensée peut se libérer du langage.

 

28 décembre 2005

le village de brume

qu’elle habille de givre

pour le bal ancestral

des débutantes

 

trouve en son eau lustrale

la vierge qu’il délivre

pour l’an neuf qui l’exhume

en son attente

 

L’infini du désir ne peut se satisfaire de la beauté de chair la plus parfaite, de l’œuvre d’art la plus sublime, à moins qu’il n’y découvre la trace de ce qui seul le comble

Face à cet infini reconnu du désir, il n’y a sans doute que deux attitudes : y voir un raté de la nature pourtant si étonnante en ses trouvailles, y percevoir le mouvement de l’être humain vers un infini réel qui l’appelle infiniment.

Se pose alors la question de savoir ce qui nous incline à choisir l’une ou l’autre, voire à ne pas choisir. Pour celles et ceux qui ressentent ce désir comme une blessure inguérissable, il ne peut s’agir en tout cas de se réfugier dans un pari lié à un hasard, mais d’aller vers toujours plus de conscience de soi et de connaissance du réel.

 

En matière de misère humaine comme ailleurs, la communication est essentielle. Le tsunami spectaculaire passé en boucle a ouvert bien des bourses qui restent fermées pour les enfants d’Afrique affamés, exploités, liquidés.

 

29 décembre 2005

Il n’y a pas d’ère de l’Esprit, pas plus que du Père et du Fils. Il est de tous les temps comme de tous les lieux à la mesure des consciences qui l’accueillent. Tu es et tu nous invites à ta présence immédiate : Aimer.

 

Le mythe d’un messie qui doit venir ou revenir est moteur d’une histoire ; mais d’autres peuples n’ont-ils pas trouvé d’autres chemins de l’espérance ?

 

dans l’éblouissement de la lumière nue

dont l’œil à l’instant se défait

mais qui à la mémoire donne

un spectacle de joie

 

le cœur au fond de son tressaillement revoit

le chemin de grande couronne

que parcourt sans faille en secret

le soleil invaincu

 

L’humain premier surveille ses voisins, l’humain dernier veille sur eux.

 

Méfie-toi des formules bien balancées, attirantes en leur clarté trompeuse. Ne t’en sers que pour stimuler ta réflexion. Pèse toute chose en présence de l’Esprit, qui est Aimer et qui donne toute lumière de surcroît.

 

30 décembre 2005

La criminalité raffinée des riches, c’est aussi de pousser les pauvres à la criminalité sordide.

On peut regretter de ne pouvoir au nom d’Aimer passer la place Vendôme au karsher et de traiter quelques-uns de ses habitants de racaille, mais on peut tout de même se réjouir de pouvoir exprimer ses regrets.

 

Si l’on s’indigne de l’avortement (pardon pour le politiquement incorrect) qui prive de l’existence des inconsciences, combien plus pourrait-on le faire de la richesse qui prive de l’existence des millions de jeunes consciences mal nourries et mal soignées.

Si nous nous mobilisons pour des dizaines de victimes de maladies orphelines, combien davantage pourrions-nous nous mobiliser pour les millions de victimes des maladies endémiques.

 

Si la science est l’étude des lois qui régissent le réel, elle ne peut que rester coite lorsqu’elle se trouve nez à nez avec l’indéterminisme. A moins qu’elle ne tente d’en déterminer les limites.

Si la poésie est la mère des langages et que les langages sont des portes de connaissance, il faut nous y essayer pour explorer le réel, quelle que soit la misère de nos produits.

 

insensiblement glisse

d’aujourd’hui à demain l’espace

de la lumière que les jours

nous disent de compter

 

le temps fluide passe

que ni printemps n’arrête ni été

ni nulle autre saison que l’amour

de ce don ne finisse

 

31 décembre 2005

C’est brûler de l’encens aux mythes que de fermer un livre à la Saint Sylvestre, mais ce culte est partout incessant, et le malaise qu’il nous fait éprouver appelle une analyse, et une solution pratique.

L’éthique du « marche en présence de l’Eternel » est de surcroît un exercice d’attention à la conscience. C’est peut-être un des plus précieux cadeaux d’Aimer. Est-ce la raison pourquoi les Israélites ont compté et comptent parmi eux tant d’intellectuels, savants et philosophes ?

 

La sonorité verbale peut cacher une inanité de la pensée ; elle peut aussi attirer l’attention sur ce qui n’était encore qu’implicite, et qui s’y glisse.

 

Lorsqu’on reprend conscience que les plus grandes intelligences sont passées à côté de ce que l’on tient pour une évidence philosophique, on est bien forcé de se demander si l’on ne s’illusionne pas. Mais les évidences des plus grands philosophes sont si contradictoires que l’on se croit autorisé à garder les siennes. D’ailleurs, qui pourrait se tromper à Aimer ?

 

ces particules ignorent-elles

toutes ensemble articulées

le souffle qui les coordonne

afin que soit manifestée

la vie consciente qui se donne

à la joie enfin d’être belle

 

pourquoi faut-il oublier quelle

aventure dans l’insensé

elle poursuit malgré l’automne

et l’hiver et que dispersées

les particules l’abandonnent

au souffle enfin de l’éternel

 

La femme qui sait qu’elle a conçu s’invite à vivre l’intimité de l’autre, à partager la vie d’Aimer.

 

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