Bonhomme de chemin 2006

 

1er janvier 2006

 

Le « tu aimeras » mosaïque ne s’explique au mieux que par le « dieu est amour » johannique. Mais leurs implicites, leurs inhérences sont encore loin d’être reconnues. L’intuition du Dieu-Amour, d’Aimer, qui découvre toutes ses implications détruit le divin tel qu’il est perçu depuis les origines et jusqu’en ses raffinements monothéistes. Continuer d’adorer, de glorifier des puissances ou la Toute-puissance est incompatible avec l’agapè. Le « dieu est mort » ne prend qu’ainsi son sens plénier.

Aimer apparaît comme le tout-proche de la non-dualité vedantine dès que l’être est reconnu comme infini et que le fini garde sa consistance. Si Aimer était Toute-puissance, l’infini serait seul, l’être fini ne serait pas.

 

Comment avoir conscience d’une présence à soi-même infiniment plus fine et plus forte que soi-même ?

 

nuages d’aujourd’hui et nuages d’hier

se suivent et se ressemblent

la marche se poursuit en mouvement binaire

mais il n’est pas que l’amble

qui progresse et qui aille aux confins de la terre

 

et qui sait si le fond du tout discontinu

qui n’est que de vibrer

est une seule étoffe en son infini nue

où l’espace associé

au temps déploie pour l’autre sa belle retenue

 

2 janvier 2006

 

On pourrait trouver drôle de célébrer les anniversaires de la laïcité si la laïcité était la sortie des mythes. L’existence des rituels républicains montre que la République s’appuie sur les mythes. Le mythe serait-il inhérent à l’humain ? A quel humain ? L’humain dernier vit au-delà des mythes.

« Moderne », mot pression pour les gogos des mythes. La bouche en cœur, des gens qui n’ont pas encore compris 1789 invitent à la modernité, et « ça marche ! »

 

quatre et puis trois puis deux puis un

avant que ne s’envole le dernier

de cette bande inattendue

venue se poser là

au cou de l’arbre nu

 

l’instant où le destin commun

laisse sa trace en l’œil émerveillé

préserve en l’éternel écrit

les figures de soie

et d’émaux accomplis

 

Il y a une façon de proposer sa vérité métaphysique qui est une imposture et un viol. Une imposture parce que la vérité n’est pas nôtre, ne saurait être possédée, n’est pas un bien à transmettre. Un viol parce qu’elle ne vient à personne de l’extérieur, mais qu’elle se trouve en soi-même. Echappe-t-on jamais tout à fait à cette façon ? Aimer sûrement, qui nous offre de participer à son agir et donne à celles et ceux qui L’accueillent de découvrir un peu plus le vrai en eux-mêmes.

 

3 janvier 2006

 

D’où, de quel désir fou peut bien surgir cette inintelligence de penser que l’on se perpétuerait en se clonant, que l’on peut être son jumeau ? Il n’y a que l’esprit pour défataliser l’irrémédiable où nous tient la matière.

 

Pourquoi les gens sexuellement, professionnellement, économiquement frustrés se repaissent-ils de romans censés les représenter ? Masochisme ? Besoin de se croire normal. « Misère de l’homme sans Dieu », aurait sans doute dit Pascal. Le dieu que ces gens-là connaissent n’est sûrement pas Aimer.

Il n’y pas d’Aimer dans l’univers physique, il n’y a qu’amour et haine au sens d’Empédocle, attraction et répulsion dont le jeu permet à la matière de s’organiser. Aimer n’appartient pas à la matérialité du monde.

 

les roches que tu sculptes

en ce désert

à force de souffle de sable

et de lumière

 

disent l’incomparable

d’une grandeur

si belle que le cœur exulte

en ton mystère

 

4 janvier 2006

 

Le contraire de la vérité existe-t-il ? L’erreur ? Le mensonge ? La peur de la vérité ? N’est-il pas dangereux de penser par contraires ? Le contraire d’une erreur ne risque-t-il pas d’être une erreur contraire ? Est-ce le langage qui nous pousse à penser par contraires, celui que l’espèce a élaboré au bénéfice de l’humain premier pris dans le jeu de l’attraction et de la répulsion ? La vérité qui libère est au-delà du langage parce qu’elle naît de l’esprit.

 

les eaux qui gagnent les entrailles

d’un monde qui jamais ne gèle

protégé par son quant-à-soi

sont sans attente d’un pourquoi

quand leur transhumance en ses drailles

répond à de secrets appels

 

la hauteur ni la profondeur

ne les peuvent revendiquer

gens du voyage dont les tentes

rendant au hasard qui les plante

des services inexpliqués

pour que l’autre jamais ne meure

 

L’évolution ne sait pas qu’elle y va, mais elle va vers la conscience. Le hasard fait bien les choses, et notre science a bien du mal à dire pourquoi. Seul le comment est son affaire.

Un scientifique qui ne serait que scientifique serait-il encore un humain ? Ce serait sans doute un humain qui s’ignore.

 

5 janvier 2006

 

L’univers a un autre, c’est l’intuition d’Aimer. Lorsqu’on découvre Aimer, on comprend qu’Aimer ait un autre et que cet autre est l’univers. Ce n’est pas en étudiant l’univers que l’on découvre son autre, car Aimer l’a si bien conçu qu’il l’a fait autonome et qu’il apparaît n’avoir aucun fondement que lui-même.

 

En désacralisant la lecture de l’Evangile, en y recherchant une intuition plutôt qu’un contact avec le sacré, en examinant cette idée pour elle-même, on la libère en libérant la réflexion à laquelle elle invite.

Il existe une lecture sacralisée des grands auteurs, au sens où l’on accorde à leurs idées une attention qui ne tient pas à elles mais au respect que nous rendons à celles et ceux qui les proposent.

 

si la vie t’interdit d’en retrouver les ondes

plonge-toi en esprit dans les forêts profondes

 

enfonce-toi de nuit marche toujours plus loin

dépasse l’horizon dépasse les chemins

 

jusqu’à ce que perdu sans étoile et sans nord

tu ne sois nulle part ici près du trésor

 

de la terre enfoui où il donne la sève

des feuilles qui pourrissent et des bourgeons qui rêvent

 

Il y a dans le plaisir que l’on éprouve à se pencher sur une carte quelque chose de la vision monarchique des choses, une secrète prise de possession des lieux plutôt qu’un souhait de communion aux autres. Ambiguïté de toute connaissance, au service de soi ou au service de l’autre.

 

6 janvier 2006

 

tes yeux enfin se sont ouverts

comme sur un monde à l’envers

de cette ombre écarlate et douce

où le sang reçoit et repousse

 

quels souvenirs de l’univers

espérant sa complémentaire

gardes-tu sur l’herbe et la mousse

aux grands espaces de la brousse

 

La norme définissant le trop et le trop peu de ceci et de cela varie d’un individu à l’autre, d’un milieu à l’autre, d’une culture à l’autre. Et ceci donne à comprendre pourquoi le mot normal ne s’écrit qu’avec des guillemets dans certaines sphères.

Une conscience libre ne peut pas plaire à tout le monde ; pas même à celles qui ne veulent pas plaire à tout le monde. Ce n’est pas son problème, elle va son bonhomme de chemin.

 

Un transdisciplinarité féconde suppose une attention à l’autre, à ses idées, dans l’égalité. Aucune discipline ne doit être la servante ou la maîtresse d’une autre.

La transdisciplinarité se fonde sur la conviction de l’unité du réel, et les contradictions qui apparaissent dans la confrontation des résultats des diverses disciplines sont une invitation à chercher davantage. La contradiction de deux points de vue sur le réel indique que l’un, voire les deux sont erronés. Elle invite les deux parties à remettre en question leurs découvertes. L’accord entre deux points de vue n’est d’ailleurs évidemment pas une preuve de vérité ; elle peut être le signe d’une double erreur.

 

7 janvier 2006

 

la tête qui se mire

dans les yeux en visite

a tant de choses à dire

sur le sol de son site

 

attarde-toi reviens

que les ondes secrètes

préservées en son sein

se répandent discrètes

 

ou n’est-ce que la ligne

et la pure matière

qui en toi se font signes

d’un antique mystère

 

reste en tout cas et songe

sous le regard absent

à la terre où te plonge

la vie qui y consent

 

Ce n’est pas la mort qui doit donner sens à la vie, bien qu’elle puisse y faire réfléchir. La vie donne sens à la mort lorsqu’elle est vécue comme si la mort ne pouvait la changer.

 

Le dieu qui s’incarne est un dieu de puissance qui ne demande pas son avis à un embryon pour s’y incarner. Le dieu qui sauve est un dieu de puissance qui utilise la force censée émaner d’un crucifié pour pardonner les péchés qui ont déclenché son courroux.

Aimer ne s’incarne pas, il propose sa vie pour l’autre à toute conscience qui veut bien l’accueillir. Aimer ne sauve pas, il propose sa vie pour l’autre qui sort la conscience de son enfermement en soi pour accueillir avec lui tout autre.

 

 

 

 

8 janvier 2006

 

un roucoulement de l’hiver

franchit les jours et les saisons

donne aux murailles de la terre

la transparence des raisons

 

comme une musique des sphères

au-delà de tout horizon

vient habiter à sa manière

une interminable maison

 

Peut-être comprenez-vous ce que je dis sans comprendre ce que je veux dire. Il est des domaines où le vouloir dire ne trouve pas les mots pour se dire sans pourtant se résigner à ne pouvoir se dire. Lorsque s’établit une communauté de pensée entre l’écrivant et le lisant, le lisant finit par comprendre ce que l’écrivant veut dire.

 

Vivre le « celui qui fait la volonté de mon Père est pour moi ma mère et mes frères » (Matthieu XII, 50), c’est passer d’un amour de possession à un amour d’oblation, c’est-à-dire aimer ses proches comme les autres de l’amour dont Aimer aime toute conscience. Il n’y a plus avec Aimer qu’un amour universel, et ce sont les circonstances de temps et de lieu, certains choix terrestres aussi qui font que nous sommes amenés à manifester cet amour à certains plutôt qu’à d’autres.

 

9 janvier 2006

 

tous ces faibles murmures et ces susurrements

disent l’écoute

repoussent les musiques et les chants familiers

dans l’inconnu

 

que le silence donne au corps tout attentif

au sang qui vibre

dans l’immobilité de l’esprit qui l’attend

ton ineffable

 

Certains refusent la transdisciplinarité, redoutant en secret qu’elle puisse leur faire perdre leurs certitudes, ou qu’ils soient récupérés par les diables avec lesquels ils auraient l’imprudence de dîner. La transdisciplinarité n’est envisageable que si l’on est convaincu de l’unité du réel, du caractère fragmentaire et incomplet de la discipline dans laquelle on travaille, d’une certaine capacité de synthèse de l’intellect humain dans sa recherche asymptotique de la vérité, etc.

 

Le succès du Da Vinci Code, de ses ancêtres et de ses avatars est un signe de la misère intellectuelle de l’Occidental moyen.

 

La vérité dont parle l’Evangile en sa tradition mosaïque est celle de l’être agissant avant celle de l’être pensant. C’est d’abord la conformité de son agir à l’être qui agit. Mais l’unité de l’être inconscient fait que la vérité de la connaissance devient l’écho de la vérité de l’action : « Celui qui fait la vérité vient à la lumière » (Jean III, 21).

 

10 janvier 2006

 

la plume crève la surface

les mots jaillissent

des profondeurs où leurs bancs glissent

 

elle recueille leur peau noire

et en revêt

cette peau blanche qui complaît

 

leur chair et leur âme demeurent

aux profondeurs

où s’accomplissent leurs délices

 

la plume est à jamais avide

de ces surfaces

à jamais vides

quoi qu’elle fasse

 

Le Dieu qui parle donne à sa parole une valeur incontestable. Le prophète qui dit parler au nom de Dieu doit mettre en garde ses auditeurs : c’est bien lui, le prophète, qui parle ; ce n’est pas Dieu. Sa parole est ainsi matière à analyse, à relecture, à réflexion, à révision.

Aimer, en tout cas, ne parle pas. Il n’est même pas caché « derrière le mur du langage », mais dans le silence, « dans le secret » (Matthieu VI, 6, 18). C’est en se vidant de toute parole, de toute pensée verbale, que l’on peut espérer le joindre (il est évidemment inaccessible aux têtes bourdonnantes de musiques et d’images).

 

Le sens de l’autre a des prétentions totalistes. On n’en peut parler, dans un colloque comme ailleurs, sans se sentir impliqué.

 

11 janvier 2006

 

grise la mélancolie

des brumes qui envahissent

toute une heure

 

par la fenêtre qui lit

au-delà des mots qui glissent

la splendeur

 

Si les chrétiens qui les répètent jour après jour comprenaient ce que révèlent les mots  « pardonnez-nous comme nous pardonnons », ils s’abstiendraient d’ajouter « car c’est à toi qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire ». Car le pardon que l’on reçoit comme on le donne est celui de l’amour et non de la puissance. C’est le pardon de l’absence d’amour par l’amour. On ne peut aimer l’autre comme autre sans pardonner toujours à tous comme Aimer le fait. Il n’y pas d’autre offense que le manque d’amour. Celui qui accueille le Don d’Aimer, l’amour de l’autre comme autre, est débarrassé du manque d’amour ; et il pardonne comme il est pardonné.

 

Curieux qu’il faille remettre en cause l’existence du néant. Cela vient-il de ce que certains philosophes croient lui conférer l’existence en lui concoctant une essence ? Un peu comme ceux qui arguent que l’être infini ne serait pas parfait s’il n’existait pas. Faut-il y soupçonner un acte de la volonté de puissance ? Je pense une chose, donc je lui donne d’exister ; je suis créateur. Hélas, si le néant n’existe pas, il n’y a pas de créateur, car l’être infini est éternel.

 

12 janvier 2006

 

tremble de ne pas faire assez silence

car en son vide se révèle

l’appel

de l’autre en sa misère en son désir

 

et la force de prendre enfin le sens

de la sortie de soi de celle

nouvelle

où la réponse donne sans finir

 

Le souci le plus fort que te donnent tes proches est, devrait être, leur vie éternelle, Aimer. Mais que fais-tu ? Que dis-tu ? Toi qui ne peux plus prendre le chemin du mythe et de la croyance.

 

Dire que « le vide central est la source de l’interdisciplinarité », c’est montrer que l’on n’a pas quitté le monde mythique. Il n’y a pas de centre pour le vide, il est la matrice de toute chose, et l’univers est infini. Les chercheurs de l’interdisciplinarité n’ont pas à se centrer sur quoi que ce soit mais à articuler l’une et l’autre de chacun chacune.

Refuser l’existence du néant, c’est refuser le dieu tout-puissant créateur qui « tire du néant » ses créatures. L’infinité de l’être fait de tout être fini une participation à l’être infini, et le « dieu » qui donne de participer à son être ne fait pas œuvre de puissance, mais d’amour.

 

13 janvier 2006

 

au grand loto de l’univers

combien de chances avais-tu donc

que la vie ici apparaisse

pour que tu tentes

 

est-il vrai que tu joues aux dés

avec les milliards de milliards

croyant que le temps et l’espace

te souriront

 

lorsque les plus savants bafouillent

pour prouver ton inexistence

physique ils perdent bien leur temps

tu es esprit

 

il faudrait des mailles si fines

à leur filet des océans

pour y surprendre l’infini

au plus petit

 

tu es l’autre du connaissable

et par là tu te dis l’amour

qui refuse de posséder

d’appartenir

 

ceux qui te cherchent en la puissance

ne font que montrer leur désir

d’investir et de dominer

ce pauvre monde

 

ceux qui ne cherchent que l’amour

de l’autre pour l’autre lointain

ou proche sans trop savoir

vivent de toi

 

Leur négation du paranormal, de la transmission de pensée par exemple, jette le doute sur l’honnêteté intellectuelle de certains scientifiques, sur leur lucidité du moins. Est-ce parce qu’il s’agit de scientifiques du XX° siècle qui n’ont pas plus intégré le quantique que ceux du XVI° n’avaient intégré Copernic ?

 

14 janvier 2006

 

Que l’esprit échappe à la science, ce devrait être une évidence ; mais il est des scientifiques qui préfèrent nier l’existence de l’esprit plutôt que d’être dépouillés de leur monopole intellectuel.

Que l’esprit ait prise sur la matière, éminemment dans le fonctionnement du cerveau, cela devrait amener le scientifique averti à s’ouvrir au non scientifique.

 

la lente danse de tes voiles

au crépuscule

nous entraîne vers la hauteur

ta splendeur cache les étoiles

elles reculent

dans l’ombre de ta profondeur

 

le temps qu’il faut les yeux fermés

pour découvrir

le secret de ta marche obscure

est celui du silence né

où tu respires

l’âme face à ton âme pure

 

un peu plus haute chaque fois

change ta face

où des colombes de nuages

en leurs voltiges donnent voix

tant que s’efface

la dernière encre sur la page

 

15 janvier 2006

 

Le monde de la prière est celui des forces de l’esprit. Comme tel, c’est d’abord un monde de silence. La parole et le chant n’y sont que des chemins, utiles, indispensables sans doute aux premiers stades de la vie spirituelle, et chaque fois que les spirituels entendent se faire signe dans une communauté rituelle. Mais ces chemins deviennent inutiles, nuisibles même si l’on s’y attarde ou qu’on les prend pour la prière elle-même, qui est rencontre d’Aimer et communion à ses énergies de penser et d’agir.

 

au silence du sable où la marée descend

sans même soupçonner que tes pas laissent trace

avance avance encore et jamais ne reviens

 

par la gauche où la mer vient battre dans ton sang

par la droite où le sol vient frémir en ta face

tisse en la main du vide un invisible lien

 

16 janvier 2006

 

l’effluve d’une fumée

si ténue qu’à peine elle passe

le seuil de notre pensée

diffuse l’éternité

de tant de gens de notre race

nés aux bois de la clarté

 

que les yeux qui se déclosent

dans la forêt des souvenirs

avec nous ici reposent

non pas mais ici explosent

de rires fous et de soupirs

pour la fête de la rose

 

Les tâtonnements de la matière vers la vie, de la vie vers la conscience sont-ils pensables sans une participation de ce que C. G. Jung appelle la synchronicité, ou plutôt de ce dont elle est une expression, d’une force de coordination indétectable par notre physique ?

 

L’Origine est un mythe, une illusion donc un danger si l’on en fait un idéal auquel il faudrait retourner. C’est l’histoire de l’humanité dans son ensemble en continuité avec celle de l’énergie, de la matière et de la vie qui est le matériau de notre réflexion dans l’élaboration, la découverte de notre idéal humain.

 

17 janvier 2006

 

ces vagues grises d’une mer

qui passe par-dessus nos têtes

font de cette terre une grève

et nous invitent à la marche

 

pèlerin des nues que te sert

de n’aller que là où s’arrête

la caravane de tes rêves

alors que t’attend la grande arche

 

La découverte de l’évolution des espèces nous a appris qu’il n’y avait pas de commencements radicaux, mais aussi qu’il y avait succession de seuils, et progrès. On a pu, par extrapolation, penser que cela s’appliquait en amont dans la complexification de la matière, et en aval dans l’histoire de l’humanité.

Indépendamment, ou presque, des progrès techniques que personne ne songe à nier, l’évolution de l’humanité semble bien l’orienter vers une plus belle éthique. Qu’on pense à la quasi-disparition de l’esclavage, qui régnait sur toute la planète il y a deux mille ans.

Les révolutions sont des seuils, malgré les flous et les retours en arrière. Elles ne sont pas des origines.

 

18 janvier 2006

 

la pomme diaprée en sa rondeur

s’étonne de l’exil et sent peut-être

que dispersées sa forme et sa substance

vont s’éloigner vers d’autres aventures

 

un faible arôme à cette dernière heure

se donne en nourriture à la fenêtre

pour la première fois ouverte au sens

du souvenir dilaté du futur

 

Le rite de la nouvelle naissance est l’expression d’un mythe lorsqu’il implique cette croyance refusée par Nicodème de « rentrer à nouveau dans le sein de sa mère » (Jean III, 4), ne serait-ce que de façon symbolique, c’est-à-dire en suggérant un retour en arrière vers un paradis fantasmé. Il faut découvrir que l’expression « nouvelle naissance » est un oxymore factuel. On ne naît qu’une fois (et on ne meurt qu’une fois).

Le passage de l’humain premier à l’humain dernier est une nouveauté, un seuil. Il s’opère cependant dans la continuité du passé au futur, même dans le cas limite et ambigu de la conversion. Rien n’est jamais définitif. Même le mot seuil est trompeur. On n’accueille pas le Don d’Aimer une fois pour toutes, mais d’instant en instant. C’est dans la nature même de la relation de liberté à liberté.

 

« J’ai pleuré et j’ai cru ». L’accueil d’Aimer n’est pas affaire de larmes, qu’elles soient de douleur ou de joie. Le Don est un don de l’esprit, comme Yeshoua tente de le faire comprendre à la Samaritaine (Jean IV, 10ss).

 

 

19 janvier 2006

 

la haute laine bleu de mer

enclose en ce ventre de pierre

absorbe les genoux les pleurs

de l’enfant brisé dans son cœur

 

quitte le sein de la chapelle

debout sans couronne et sans ailes

rame vers l’océan ultime

où t’espèrent tant d’autres rimes

 

Permanence du mythe ? Priver les humains de mythes, c’est risquer de les plonger dans la torpeur, car les mythes sont moteurs, ou dans l’anomie, car ils s’imposent comme un ordre des choses. Ils sont pourtant appelés à disparaître dans la progression de l’humanité, et d’abord dans le cheminement de la personne. Un humain accompli devrait quitter ce monde délivré du mythe par l’amour d’Aimer.

 

Y a-t-il dans l’idée d’une origine radicale un rêve de puissance. Le créationnisme n’est pensable qu’avec l’idée d’un dieu tout-puissant, comme le big-bang qui n’aurait été précédé par rien.

 

Le rêve de puissance des révolutionnaires leur fait concevoir un commencement radical, une société totalement nouvelle. L’histoire leur donne tort ; mais en attendant, quels ravages !

 

20 janvier 2006

 

Plutôt que de rejeter la métaphysique au nom de la science, il est intellectuellement fécond de partir de l’hypothèse que toute science implique une métaphysique.

 

Les sacrements sont acceptables si l’on ne les présente pas comme efficaces ex opere operato, mais comme des images réfractées par la vie terrestre de la force d’Aimer.

C’est son esprit qui fait vivre d’Aimer, non l’eau. Dire que l’eau lave des péchés lorsqu’elle est sacramentelle, c’est en rester à la notion du péché souillure, alors qu’il n’est que le manque d’amour.

 

silencieusement docile

à la douceur qui gagne l’heure

où seul dans le jardin tranquille

on voit se préparer les fleurs

 

on ne sait si ce qui s’éveille

d’attente sans impatience

de la sève au pied de la treille

aussi se glissera aux sens

 

l’instant se suffit à lui-même

ouvrant sans cesse une autre porte

sur ce jardin où ta main sème

l’élan d’une infinie cohorte

 

mais que sait-on de leurs parfums

aussi multiples que les noms

qui sonnent unique en chacun

comme l’instant qui leur répond

 

 

21 janvier 2006

 

ce qui diffuse en l’eau brûlante

et puis en son frère diaphane

à la délicate narine

suggère sa naissance

 

ou n’est-ce que la connaissance

et l’imagination fine

qui transportent la caravane

de ces lointains qui hantent

 

Il entre dans l’autorité un élément insaisissable pour des intellectuels inconscients des forces mythiques à l’œuvre chez la quasi-totalité des humains. Le prestige, l’aura, le charisme ou quelque autre nom qu’on lui donne sont un des secrets de l’emprise psychique qu’exerce une autorité éducative, religieuse, politique, scientifique même.

On peut s’appuyer sur certains penseurs pour proposer une altérité positive, mais on ne peut s’y référer comme à des autorités, car la liberté est inhérente à cette altérité, et l’empire mythique de l’autorité en est la négation.

Rien de ce qui crédibilise ne devrait héroïser.

Notre héritage intellectuel est objet d’attention, mais d’attention critique, quelle que soit l’autorité que la tradition lui a conférée.

 

22 janvier 2006

 

« Qu’ils soient un afin que le monde croie que tu m’as envoyé » (Jean XVII, 23). On peut comprendre que croire que Dieu a envoyé Yeshoua, c’est aimer. C’est un croire qui n’est pas de l’ordre de la croyance, mais de l’accueil du Don d’Aimer.

 

L’altérité positive, c’est la concertation intérieure des puissances de la pensée, la concertation dans le couple, la famille, la cité, l’entreprise, la nation, la planète. Mais aussi dans le temps, dans le mouvement de l’histoire. C’est en cela qu’elle est une transdisciplinarité.

 

Tiwanaku sur les hauteurs

du plateau offert au soleil

accueille le retour d’exil

du peuple de la terre

 

enfin le vouloir et le faire

par les villages et les villes

réintègrent le grand conseil

pour la voix des auteurs

 

La parole est un glaive, a-t-on dit. Elle sépare et oppose. Aimer est silence. Le dieu judéo-chrétien est un dieu de la parole, créatrice et destructrice, un dieu de puissance qui choisit, et donc sépare et oppose, même le frère au frère : « Esaü n’était-il pas le frère de Jacob ? dit l’Eternel. Pourtant j’ai aimé Jacob, mais Esaü je l’ai haï » (Malachie I, 2s). Aimer ne choisit pas, il s’offre à toute conscience.

 

 

23 janvier 2006

 

Admettre que la liberté de l’autre est la limite de la mienne, c’est renoncer à faire de la liberté un absolu, c’est introduire à ses côtés l’égalité, c’est considérer que l’autre a même valeur que moi, c’est faire acte d’altérité positive.

L’altérité négative n’est pas même la gardienne de son frère (Genèse IV, 9). L’altérité positive est la gardienne de tous. De l’une à l’autre, combien de seuils ? Accepter le temps, c’est se donner la chance d’échapper aux oppositions binaires, aux dualismes, peut-être même au tiers exclu.

L’altérité positive ne conduit pas à un égalitarisme unicitaire, mais à une égalité de la relation dont le surcroît est l’équité.

 

bouffée d’air froid là d’où tu viens

à travers monts et longues plaines

enfants et vieux hommes et femmes

peut-être bien t’ont respirée

 

que reste-t-il au presque rien

de tant d’amours de tant de haines

qui viendrait ici dans la flamme

se dissoudre en éternité

 

L’humain réduit au parlêtre est privé de l’esprit, car l’esprit est silence.

 

24 janvier 2006

 

L’émerveillement de la réalité peut être assez fort pour écarter celui de l’imaginaire. Il est, de surcroît, l’allié de la vérité et trouve ainsi à se fonder rationnellement.

Ce qu’on appelle la fraîcheur du regard de l’enfant n’en est que l’espoir, souvent déçu, parfois mille fois dépassé.

 

plaque de glace ton éclat

en place dit l’horizontale

que le rayon en son oblique

réfléchit sur mon mur

 

éclaboussant de ses ébats

le silence en l’ombre mentale

qui de les recevoir s’applique

à des débats plus sûrs

 

dois-je réfléchir les degrés

que prend avec lui à chaque heure

non d’une seconde insensible

à l’autre son témoin

 

la pensée qui bon gré mal gré

suit cette giration sans heurt

se fondant dans l’irrésistible

soleil du plus ou moins

 

Comme l’amour conduit Aimer à abandonner sa toute-puissance imaginée afin que l’humain se libère, il le condamne au silence pour que les humains soient égaux (nul humain ne doit avoir le privilège de l’entendre).

 

25 janvier 2006

 

Découvrir les précédents animaux de nos rites et de nos comportements permet de poser des hypothèses sur notre parcours de l’humain premier à l’humain dernier. « Des chimpanzés ont tendance à imiter seulement les individus de rang social élevé (Encyclopedia Universalis, « Subordination et dominance hiérarchique »). On aurait dû s’en douter en observant le prestige et l’emprise de nos héros, gourous et autres charismatiques.

« L’individu oméga exerce une véritable ‘fonction sociale’ en faisant retomber sur lui les attaques de tous les autres détenteurs de territoires ou des animaux de rang élevé » (idem). Et voilà pour nos boucs émissaires.

 

la feuille brune qui émerge

de la mare aux songes de fange

parmi tant d’autres se dispose

à disperser ses derniers restes

 

le parfum de ce plus beau geste

qui la fait rejoindre son ange

avec l’eau fait commune cause

pour nous enchanter sur la berge

 

comme pour y boire s’approchent

les yeux d’invisibles désirs

appelés par l’obscure ondine

d’une fragrance qui s’attarde

 

lorsque dans le soir vient la harde

pour s’en abreuver en sourdine

et que ses souffles pâles tirent

l’odeur d’une inaudible cloche

 

26 janvier 2006

 

Pour l’incroyant, l’Evangile est matière à philosophie. Pour le croyant, il est d’abord matière à théologie ; ne peut-il l’être aussi à philosophie ?

L’esprit d’altérité positive fait concerter théologie et philosophie, mais l’incroyant fait une lecture philosophique du donné théologique.

 

aristocratique geai

perché

indifférent à la branche

étrange

où se retient un instant

l’attente

de ton désir inconnu

 

à quel nouveau défilé

parfait

vas-tu présenter l’échange

revanche

de la durée déférente

défiant

la sophistication nue

 

27 janvier 2006

 

Ecrire (plutôt que parler) c’est livrer sa pensée au temps et à l’espace, au risque de la voir contredire et moquer sans qu’elle puisse répliquer ni sourire, n’étant plus que le fossile ou la momie de la réalité. Heureux sommes-nous si nous nous rendons capables de retrouver la vie cachée dans les mots endormis et de répondre à son appel.

 

casse la glace et livre-toi

à la morsure de l’eau pure

en la brève rencontre vois

l’éphémère de ce qui dure

au-delà de cette aventure

 

dans la violence de l’émoi

dans son passé dans son futur

considère l’autre et son moi

que l’on n’atteint qu’en la brisure

de cette glace où il perdure

 

La connaissance encyclopédique prend son sens dans la concertation des disciplines qu’elle permet. Il reste que l’on peut vouloir l’acquérir pour se hisser au rang des babouins alpha, impressionner son auditoire, etc.

 

Ce n’est pas au donateur mais au donataire de reconnaître le don. Si le colonisateur n’a pas à reconnaître ses hypothétiques bienfaits, c’est qu’Aimer ne reconnaît pas les siens. Cela fait partie de la gratuité du Don. Il est si anonyme que le donateur en est comme dépouillé, tant son attention se tourne vers le donataire pour en faire son souci et sa joie. Telle est l’archétype de l’altérité positive, et nous sommes appelés à rien moins qu’à cette perfection. Là est le bonheur inaliénable de la vie éternelle.

 

28 janvier 2006

 

Apprendre à lire un poème, c’est rechercher d’abord comment il veut être prononcé : ses rythmes et articulations, ses variations de volume et de vitesse, etc. C’est aussi apprendre à aborder le flou, la « vague littérature » dont parle Mallarmé et que « rature » la précise prose. Car la poésie est ce qui fait faire un bout de ce chemin qui mène au silence où naissent des « pensers nouveaux ».

 

« Renoncer à la violence ». A qui parlez-vous ? La définition courante de la violence, c’est « d’agir sur quelqu’un ou le faire agir contre sa volonté, en employant la force ou l’intimidation. » Croyez-vous que l’occupation d’un territoire puisse se faire sans violence ?

Que l’on puisse résister à la violence sans violence est pour certains un autre problème. L’histoire cependant est instructive ; tant de peuples ont été soumis, détruits même, parce qu’ils n’avaient pas les moyens d’une violence capable de s’opposer à la violence de leurs conquérants.

 

La découverte de l’évolution (de l’énergie, de la matière, de la vie, de la conscience) ruine le mythe de l’origine et de la fin de l’histoire. L’idée de création d’un homme parfait, de sa chute et de son rétablissement ne tient plus. Reste l’évidence d’une progression indéfinie, hésitante, lente à notre échelle humaine.

 

le papier de neige fragile

accueillerait les mots de feu

et l’eau claire ferait paraître

les pensées de la terre en creux

 

ce ne serait ce que tu veux

qu’au prix de ce que te soumettre

à l’écriture d’un aveu

te donnerait au cœur d’asile

 

29 janvier 2006

 

carré noir

bouche d’ombre assoupie et signe que la terre

fait au regard qui l’interroge

 

à te voir

en attente de l’encre où tu deviens lumière

le silence fait ton éloge

 

La chance de l’incroyant lorsqu’il lit le nom de Dieu (Exode III, 14), c’est d’y voir une intuition plutôt qu’une révélation. Il est ainsi protégé d’une interprétation ontologique impensable dans le contexte historique. Faire du dieu de Moïse l’être pur, l’être qui se définit par l’être, c’est se condamner à se sentir conforté dans l’idée d’un être qui s’opposerait au néant.

L’intuition fondatrice de Moïse (peu importe d’ailleurs l’historicité du personnage) est une intuition éthique : le bien, c’est d’aimer, et le nom de dieu n’a rien à y voir pour le moment (« Je suis qui je suis », point barre). Mais l’intuition éthique est si importante qu’elle se fait loi, dans l’espoir que ce que l’on commence par faire par devoir parce qu’on ne le partage pas encore on le fera un jour dans la joie de participer comme lui à la vie de l’Eternel.

 

Comment le vivant a-t-il découvert la lumière comme énergie de connaissance et inventé l’œil qui lui permettrait d’y avoir accès ?

 

L’idée de néant ne serait-elle qu’une invention de la volonté de puissance ?

 

30 janvier 2006

 

ce cube où le quatre et le trois

se renvoient leurs échos

ne peut emprisonner l’espace

du non-autre infini

 

mais qui lui accorde le droit

d’être avec ses égaux

l’une de ces dix mille faces

d’un être autre fini

 

la ligne rigide inventée

avec l’angle certain

lui donne de se croire maître

possesseur du volume

 

mais le vide et l’immensité

proposent à l’humain

des roses inconnues à naître

pour qu’il regarde et hume

 

L’infinité de l’être exclut une extériorité à l’être, elle exclut le non-être, le néant auquel les grands noms de la pensée occidentale ont accordé l’existence (sans doute parce qu’ils refusaient l’infinité de l’être, et réciproquement). L’infinité de l’être exclut aussi l’existence d’êtres qui seraient extérieurs à l’être infini. Il s’ensuit que l’être infini est le non-autre de tout être fini.

Cependant l’existence indéniable des êtres finis les fait autres de l’être infini et autres les uns des autres.

 

31 janvier 2006

 

qu’importe la proie immobile

tapie de peur en ses frissons

sous ta croix de menaces folles

en ses gira ti ons

ton œil accueille l’étendue

 

jusqu’à la mer là-bas perdue

en sa sombre corolle

où elle se confond

avec la fleur de l’horizon

ton œil embrasse l’inutile

 

qu’importe même l’ascension

des souffles où tu t’envoles

et tes ailes si lisses

qu’à peine tu les sens complices

de ton regard intense

 

le vide de l’immense

pour toi trace en silence

la circulaire esquisse

des mondes qui frémissent

en l’œil de ta passion

 

Existe-t-il des obsessions sans remède, des paranoïas invincibles dans la mesure même où l’on n’en a aucune conscience, où l’on projette sur l’autre l’envers de son désir ?

 

En quoi nos vêtements ont-il pris le relais des livrées animales ?

Signe d’identification de l’Occident, la cravate est le signe de sa domination culturelle aux quatre coins du monde.

 

1er février 2006

 

Avec Aimer, on ne pense pas en termes de bien et de mal, mais en termes de bien et de mieux.

 

On comprend ce que résume la formule « Dieu est amour » (I Jean IV, 8) en pesant l’ensemble de l’enseignement de l’Evangile en ses contradictions même. Lorsque Yeshoua dit que Dieu est esprit, il écarte explicitement tout lieu de culte, à commencer par Jérusalem (Jean IV, 21ss). Il écarte aussi, implicitement, tout temps et toute personne en ce qu’elle est inscrite dans l’espace-temps : il s’écarte lui-même au profit de l’Esprit.

L’omniprésence de l’Esprit s’accorde par inhérence à l’amour universel et égalitaire. Le Dieu-Amour ne choisit personne, il s’offre à tous.

 

La culpabilité est comme le négatif photographique de la responsabilité. Aimer nous fait responsables de tous théoriquement, et pratiquement à la mesure de notre situation spatio-temporelle. Notre culpabilité est de ne pas vivre à la hauteur de nos responsabilités. Ce n’est pas une culpabilité morbide relevant de la psychanalyse, mais la conscience de notre manque, de cette impuissance que prend en charge le Don d’Aimer.

La prière à Aimer n’est pas une supplication au Seigneur, mais un appel à l’Ami.

 

debout sur les rochers qui saluent leurs échos

dans l’air lucide où les ombres s’étirent

sait-il au fond de lui ce qui se réjouit

de voir aux millénaires les formes s’accorder en justes mélodies

 

un caillou qui déboule sous une vie là-haut

incline son regard vers l’avenir

de ce qu’à sa mesure la nature éblouie

dans les souffles et les sables sculptant se donnera à d’autres yeux ravis

 

2 février 2006

 

La curiosité intellectuelle animée par l’altérité positive ne cherche pas à posséder. Elle s’intéresse aux objets de connaissance pour eux-mêmes, se réjouit de leur existence et de la richesse de leur essence. Les secrets de la matière en ses bases élémentaires, les particules et les hypothétiques supercordes, en ses complexifications moléculaires toujours plus massives et plus riches de capacités chimiques, jusqu’au vivant du plus simple au plus raffiné. Ces exemples et la multitude des autres sont abordés avec admiration.

Les applications technologiques sont orientées par une bienveillance non seulement à l’égard de tout humain sans exception mais de tout être vivant et même de toute matière et énergie. L’altérité positive incite à un comportement respectueux de la nature comme autre de l’humain, la nature n’étant pas uniquement destinée à servir l’humain mais à vivre en concertation avec lui.

Le texte de la Genèse (I, 28) : « soumettez la terre » met l’accent sur la puissance. On peut se demander s’il n’a pas contribué à faire de l’humain un ravageur de la planète.

 

la fonderie des profondeurs

tourne sa pâte obscure

au feu que nul ne voit

mêler ses rires aux pleurs

 

mais sa masse pourtant attire

en précise mesure

donnant aux os son poids

à la chair ses soupirs

 

3 février 2006

 

L’affaire des caricatures de Mahomet ? Lorsqu’on est trop épais pour respecter la sensibilité des autres, on peut quand même avoir le bon sens d’éviter de déchaîner leur colère contre les siens.

 

coulent les sables dans le vent

aux faces qu’il emporte

comme les nomades du sang

dans l’élan de l’aorte

 

quels messages de vie les mots

vers l’horizon emmènent

où le désert attend les eaux

que fleurissent les rhèmes

 

« Cherchez le royaume de Dieu et sa justice, le reste vous adviendra par surcroît » (Matthieu VI, 33). Cela veut aussi dire : « Ama et fac quod vis ».

 

Il n’y a pas à dévaloriser la beauté et l’intelligence, ni à renier l’émerveillement qu’elles nous apportent. Aimer nous invite à nous en réjouir.

 

Allez-vous attribuer à Aimer les interventions destructrices du Seigneur de la Bible ? « Le Seigneur se repentit d’avoir fait l’homme… Je vais détruire l’homme » (Genèse VI, 27). C’est ce Seigneur destructeur qui cautionne dans l’esprit de ses fidèles les horreurs de la conquête de Canaan, les violences d’un Elie (I Rois XVIII, 40)…

 

4 février 2006

 

Se focaliser sur la liberté de la presse, ou sur toute autre liberté d’ailleurs, c’est risquer de la déifier, lui sacrifiant les autres valeurs de la République, à savoir l’égalité et la fraternité, voire la neutre et respectueuse laïcité. C’est en tout cas s’inscrire hors des valeurs de l’altérité positive.

 

Insulte-moi si tu en as envie, je le regretterai pour toi, car ce n’est pas le chemin qui mène à ton bien ultime.

L’éthique de l’altérité positive n’est pas une éthique du pur et de l’impur, de la coupure, mais de l’amour de l’autre en son altérité, et qui souhaite à l’autre qu’il s’inspire de cet amour parce que c’est son bien ultime, « la vie éternelle ».

 

ajoute la juste mesure

de ce que veut la pâte

pour que sa forme prenne et dure

avant que le feu ne se hâte

d’une faire chose sûre

 

n’oublie pas l’instant transitoire

qui l’a rendue utile

sachant que reste en sa mémoire

tout au long de sa vie fragile

l’union de tes pouvoirs

 

Entre les pôles imaginaires de la séparation et de la dissolution, l’altérité positive ne veut ni rejeter l’autre ni s’y fondre. Elle vit de relations.

 

5 février 2006

 

particules

mots qui se cherchent se repoussent

molécules

phrases qui coulent pour que naissent

au silence

des forces concertantes dures douces

le beau sens

des formes où l’un et l’autre se connaissent

 

Faut-il chercher à réussir sa vie ? « Celui qui voudra sauver sa vie la perdra » (Marc VIII, 35). Cherchez l’autre, et votre vie sera réussie. La réussite de la vie n’est pas un but mais une retombée.

 

Le silence intérieur est le chemin de la liberté parce qu’il délivre des images et des musiques obsédantes, permettant ainsi la rencontre du Toi qui nous invite à l’être libre ultime du face à face d’Aimer.

Le face à face, c’est dès maintenant dans le silence. Le grand silence qu’ouvre la mort lui donne toute sa lumière.

 

Dans la perspective de l’altérité positive, c’est la mort de l’autre plutôt que la mienne qui me préoccupe en mon souhait que l’autre existe et vive de la vie éternelle.

 

Epiclèse. Invoquer l’Esprit-Saint pour que se réalise la transsubstantiation, c’est prendre Aimer pour une puissance, comme dans l’Incarnation. Sauf à parler pour l’une et l’autre d’une réalité symbolique : c’est l’esprit d’Aimer qui nous invite à participer à Aimer.

 

 

6 février 2006

 

On ne parle plus en Occident de races inférieures, mais on continue d’agir comme si notre civilisation était supérieure aux autres, présumant que nos critères de civilisation sont universels.

 

Aimer ne se prévaut pas d’avoir raison au bout du compte en sachant qu’il est la solution définitive, car Aimer se porte tout entier vers l’autre en son souhait de le voir y parvenir comme il se sait le passage du Don qui lui permet de donner.

 

la route qui s’allonge

longe

les prairies et les bois

 

le flot de la distance

tance

la file qui s’éploie

 

l’œil saisit les messages

sages

de l’une et l’autre voix

 

Aimer est esprit. Il n’est d’aucune civilisation, d’aucune religion ; mais il s’offre à les affiner toutes. Accueilli, il les transcende, les relativise et donne de s’émerveiller de leur diversité. Encore une fois, aime et fais, sens, pense, imagine ce que tu veux. Si l’amour t’inspire, tes sentiments, tes imaginations, tes pensées, tes volontés, tes actes seront le manteau diapré de l’amour.

 

7 février 2006

 

l’hiver se voile

mis à l’écart

par cette toile

 

ces branches grises

sur le ciel vert

tordent la hanche

 

corolles blanches

nées de l’artiste

hors de ses jours

 

pour une chair

pauvre retour

du vent qui brise

 

la belle dure

tant qu’un regard

la garde pure

 

tisse la toile

offre surface

aux yeux des branches

 

que le ciel vert

fasse un soupir

à l’avenir

 

La découverte de ce que « Dieu est esprit » et de ses conséquences (Jean IV, 24) rejette dans l’ombre son inventeur. Peu importe par qui, où et quand elle a été faite et pleinement comprise : elle fait de Dieu un être délié du temps, de l’espace et de tout être qui s’y inscrit.

Est-il facile de vivre ses implications jusqu’au bout ? Celles et ceux qui cherchent ce dieu-là ne vont pas en pèlerinage, ne montent pas à Jérusalem. Yeshoua l’a fait pourtant. Parce qu’il n’est pas allé jusqu’au bout de son intuition ? Parce qu’il avait compris qu’il n’avait aucune chance de promouvoir son intuition du Don d’Aimer s’il n’entrait pas dans le jeu religieux de son milieu ?

 

8 février 2006

 

au recoin du vieux mur

le soleil se recueille

goûte dans la tiédeur

un effluve rené

 

respire dans l’azur

ce silence que l’œil

absorbe jusqu’à l’heure

de la belle journée

 

Lorsqu’elle veut apprendre à ses enfants les bienfaits de la colonisation, la France s’étonne que les colonisés et leurs enfants ne soient pas tout à fait d’accord. Lorsqu’elle se moque de ce qui leur tient le plus à cœur, elle s’étonne qu’ils n’apprécient guère. Sortira-t-elle, avec tout l’Occident, de sa naïve arrogance ? Ce n’est sans doute pas pour demain.

 

Il fallait que Yeshoua se présentât comme le messie. Sinon, comment aurait-il pu annoncer le Don d’Aimer au lieu de simplement le vivre caché à Nazareth ? Le risque était que le messianisme récupère le Don de Dieu au lieu que le Don de Dieu ne dissolve le messianisme. Qui soutiendra que le risque était minime ?

 

Ce n’est pas parce que le désespoir peut inspirer les chants les plus beaux qu’il faut porter le sanglot au pinacle de la poésie, encore moins bannir la joie exultante. La poésie peut être un remède au désespoir ; elle peut être aussi une exaltation du bonheur.

 

 

 

9 février 2006

 

La pensée judéo-chrétienne est commandée par l’imaginaire du glaive, de la coupure, de la séparation, de la pureté, de la mise à part : dans la création où la lumière est séparée des ténèbres (Genèse I, 4) ; dans l’histoire « sainte » où un peuple est séparé des autres peuples (Deutéronome VII).

 

ce que la montagne distille

de sève née dans sa matière

le cœur l’emporte dans son île

afin de parfumer les mers

 

sur quelles routes cet encens

a laissé le poids de son prix

emporté par l’esprit marchand

réconfortant ses pieds meurtris

 

ce qui se dissipe en essences

où le corps et l’âme blessés

se trouvent la reconnaissance

par tout un désert est passé

 

Le comportement humain premier reste sous l’emprise de l’héritage animal prédateur et dominateur ; et cela inclut les religions, alors même qu’y apparaît l’humain dernier.

 

10 février 2006

 

On n’a pas fini de déployer le sens de la rencontre de Yeshoua et de la pécheresse (Luc VII, 36-50). Habité par Aimer, Yeshoua se détache de la pureté séparatrice, et cela lui vaut la désapprobation de son hôte lorsqu’il se laisse toucher par « cette femme ». La relation qui se noue entre elle et lui n’est pas celle de l’amour de possession, mais celle de l’amour d’altérité positive, d’oblation : la pécheresse aime Yeshoua pour lui et non pour elle, et c’est cet amour qui lui pardonne ses péchés, cette foi qui la sauve (VII, 48, 50). Car ce qu’on appelle péché, c’est le manque d’amour de l’autre comme autre.

Si Yeshoua peut dire que ses péchés sont pardonnés, c’est parce que, vivant lui-même de cette altérité positive, il la reconnaît dans ses gestes. Il y a inhérence entre l’amour dont Yeshoua vit et que la pécheresse manifeste et le pardon qu’il reconnaît en elle.

 

lorsque insensiblement la chair

sait reconnaître que les jours

s’attiédissant s’allongent

elle découvre à humer l’air

la sève réveillée qui sourd

aux surfaces du songe

 

alors doucement se prépare

du souvenir à l’avenir

le nouveau réconfort

les bourgeons déployant leur art

et s’efforçant de se remplir

donnent au songe un corps

 

11 février 2006

 

Peut-on se contenter de dire que la religion est collective et la spiritualité individuelle ?

Si la mort est bien l’individualité absolue, elle est une invitation à la spiritualité. Elle est d’abord, mais n’est-ce pas lié ? une privation de la chair.

Si philosopher c’est apprendre à mourir, c’est que la philosophie apprend à passer de la chair à l’esprit, de l’humain premier à l’humain dernier.

 

le bec barré d’une brindille

il garde la juste distance

de ce nid

qu’il bâtit

et la prudence en son œil brille

 

qui dira par quelle trouvaille

l’héritage du geste sûr

de la vie

s’est transmis

pour qu’avec lui toujours elle aille

 

et qu’au passage une merveille

à chacune à chacun se donne

pour le prix

si réduit

de l’accueil en son simple éveil

 

En période d’accouplement, le diable de Tasmanie mâle cloître sa femelle au terrier… La jalousie possessive des amants a de qui tenir.

 

12 février 2006

 

L’Occident aimerait bien que toutes les civilisations s’alignent sur ses valeurs, y compris celle qui permet d’insulter les autres sans doute.

Que vous dire ? Caricaturez les gens pour qui une caricature n’est pas une insulte mais une jolie chose qui fait sourire.

 

chevelure je te connais

en tes ondes ensoleillées

 

qu’importent toutes ces années

où disparue je t’oubliais

 

si ton visage s’effaçait

dans les bourrasques affrontées

forte en ton nom pour moi rené

mes lèvres te murmureraient

 

Pardonner c’est accueillir Aimer, entrer dans l’universelle sollicitude pour l’autre, précisément l’autre qui me blesse, m’exploite, me domine. Ceci indépendamment de son attitude.

Notre pardon ne peut servir à l’autre que s’il l’accueille, c’est-à-dire s’il « demande pardon » et (se) le prouve en réparant. Ce n’est notre problème que parce que nous voulons son bien et que son bien inclut de « se repentir », de cesser de ne pas aimer, d’accueillir l’altérité positive d’Aimer.

 

 

13 février 2006

 

parmi les sables et les roches

dans la nuit enfin descendue

pour que se vident tous les sens

 

est-ce au silence le plus proche

lorsque les souffles se sont tus

qu’immobile vient ta présence

 

« Ceci n’est pas une pipe », est-il écrit sous le tableau (Un petit malin a ajouté : « ceci n’est pas un tableau »). Ce que la représentation possède, ce n’est pas l’objet mais son image, disait le vieux Platon.

Mais le tableau est un objet ; il peut devenir une possession, prendre valeur pécuniaire (alors que la beauté ne peut se posséder).

C’est le regard qui doit changer, se détacher de l’image pour accéder à ce qui ne se possède pas, reconnaître l’autre comme autre.

 

La sincérité peut-elle faire la distinction entre responsabilité et culpabilité ? On peut faire le mal en croyant faire le bien. Pourtant une conscience fidèle à elle-même s’interroge sur ses actes et découvre ses responsabilités. Il est une irresponsabilité coupable.

Cela s’applique-t-il dans un tribunal ? C’est matière à réflexion pour les juristes et les jurés.

Comment une conscience qui découvre le mal qu’elle a fait à son insu et de bonne foi pourrait-elle sans se renier ne pas chercher à le réparer ?

 

14 février 2006

 

la haie qui voile le jardin

abritera des nids des chants

afin que des rires d’enfants

puissent préparer leur destin

 

avec les oiseaux de demain

ils partiront à travers champs

certains se feront des amants

d’autres traceront des chemins

 

Dans le bon vieux langage de France, on déshonore une femme en couchant avec et on honore sa femme en couchant avec. Honneur et sexe, sexe et déshonneur, significatives associations.

 

Le bon grain et l’ivraie, ce peut être aussi ce mélange de puissance et d’amour qui fait que l’Eglise est l’Eglise ; mais il est bon alors de se dire que la puissance est l’ivraie et qu’elle est appelée à disparaître.

 

Il n’y a rien de sacré dans l’amour de l’autre promu par Yeshoua. Il débarrasse l’humanité des lieux, des temps, des personnages, des objets, des écrits… sacrés.

 

En ce qu’elle est matière, la parole n’est pas esprit (Ah bon ?). Elle appartient au temps et à l’espace, à une culture en évolution. Et vous voudriez qu’il y ait une parole de Dieu (mieux, une Parole-Dieu) alors que Dieu est esprit ?

 

15 février 2006

 

Reconnaître la contradiction première de l’Evangile, le conflit entre la parole de puissance et l’esprit d’amour, c’est aussi admettre la fragilité de la parole, la désacraliser.

Pour croire qu’il puisse parler alors que cela est contraire à sa nature spirituelle, il faut croire à un dieu tout-puissant

 

ce qui coule dans le silence

est une présence attentive

comme au bord de l’étang où vibre

l’écoute d’une rousserolle

 

ou comme les gouttes au sol

de la pluie en figures libres

chuchotant à chacun qu’il vive

la porte ouverte au vide immense

 

Penser l’être en son altérité essentielle ne peut manquer de conduire à une théorie de la connaissance et à une théorie de l’esthétique comme à une théorie de l’éthique.

 

Tout jugement est interprétation, et toute interprétation est marquée du sceau de l’interprète. Existe-t-il des jugements purement objectifs, où l’autre n’est que l’autre ?

 

16 février 2006

 

pour l’air qui vit dans le grand vent

et le peuplier qui l’accueille

dans le long applaudissement

où se réjouissent ses feuilles

 

pour l’air qui joue aux brises folles

où s’agite le buisson tendre

lorsque voulant prendre son vol

il le dit à qui veut l’entendre

 

pour l’air qui hante le jardin

en ses rêves les plus secrets

tourne et se glisse dans les coins

qui ne se livrent qu’à regret

 

pour l’air qui court à travers champs

afin d’en consoler le deuil

poussant la graine et la semant

vers le talus qui la recueille

 

La chasteté n’est pas une vertu, c’est une liberté, une indépendance des hormones pour vivre l’altérité de l’esprit.

 

L’infini d’un être exclut d’autres êtres que lui tout comme il exclut le néant. Reconnaître l’infinité de l’être, c’est être aussitôt invité à y confronter sa propre existence d’être fini. C’est (re)découvrir l’advaïta vedantine, l’être fini ne pouvant exister que par participation à l’existence de l’être infini.

 

Il ne pourrait y avoir de néant, séparant Dieu des créatures, que si Dieu n’était pas infini.

 

17 février 2006

 

A quoi bon l’ascétique et la mystique si elles ne conduisent pas à l’autre, à tous les autres comme le non-autre les envisage.

 

les ailes nous rappellent

l’existence de l’air

sa consistance et sa présence

intime à tout instant

 

précieuse substance

de notre âme rêveuse

où l’invisible se fait cible

du regard égaré

 

les ailes amoncellent

les plus lointaines terres

que ses chemins de leur destin

ici rendent présentes

 

L’advaïta vedantine, aporétique inclarifiable. D’où les formules étonnantes, illusoires ou trompeuses : « je suis toi », « tu es cela », qui semblent nier l’altérité, alors qu’elles sont proches de l’intuition d’Augustin d’un être plus intime à soi-même que soi-même et cependant tout autre par cette qualité de présence immanente.

 

Lorsque Yeshoua a dit : « Ce que vous avez fait aux petits, c’est à moi que vous l’avez fait », il aurait pu expliquer sa parabole en disant : Le bien que vous avez fait aux autres, vous l’avez fait avec moi, avec Aimer ; vous avez participé à sa vie éternelle.

 

18 février 2006

 

La compétition, en sa force hiérarchisante, est-elle un héritage de l’évolution des espèces, la condition de leur survie et de leur progrès ?

Le discours de l’amour d’altérité ne se contente pas d’inverser les premiers et les derniers, il détourne de la hiérarchisation dominatrice.

 

qu’importait si des mains fermées

sur la violence de leur creux

s’apprêtaient à les ramasser

pour briser son rêve amoureux

 

les pierres de la Galilée

comme des fleurs devant ses yeux

chantaient un hymne à la clarté

qui les inondait de ciel bleu

 

Dire de Yeshoua qu’il est le dernier des prophètes, c’est penser qu’il n’y a plus rien à reconnaître lorsqu’on a découvert que « Dieu est amour », que l’altérité positive est le secret dernier de l’être, la vie éternelle, le bonheur que l’humanité recherchait depuis toujours.

Après cette découverte, il n’y a plus qu’à la répandre et à la rappeler pour inviter toute conscience à en vivre. Mais aussi à en mettre au jour toutes les implications et conséquences, y compris en leur force destructrice des mythes dont vivent encore les religions et le commun des mortels.

 

19 février 2006

 

lorsqu’elles naissent dans la boue

mêlant à l’eau la terre vaine

elles ignorent quel destin

elles nourrissent en leur corps

 

leurs ailes savent-elles d’où

en métamorphose elles viennent

lorsque leur feu mêle au satin

de l’air qui voltige leur or

 

« Voyant leur foi, il dit au paralytique : tes péchés te sont remis » (Marc II, 5). La foi, c’est ce qui accueille l’amour, qui tire la conscience de son non-amour.

La lecture des évangiles en incroyant est une lecture parabolique : « A ceux du dehors tout vient en paraboles » (Marc IV, 11).Est-il pervers de retourner la formule quand on constate que les évangélistes n’arrivent pas à expliquer de façon satisfaisante l’utilisation du discours parabolique ? Si tout est parabole dans l’Evangile, il est aisé d’écarter ce qui y contredit le message d’amour d’altérité universelle, à commencer par l’incroyable suggestion que les paraboles pourraient être faites pour écarter volontairement ceux qui sont loin de ce message (Matthieu XIII, 10ss ; Marc IV, 11s).

 

20 février 2006

 

attends que le ciel se dégage

un peu plus en l’immensité

attends non que se propage

depuis ton esprit la clarté

 

en ce qui n’est pas son image

le reflet de l’éternité

révélant un peu à chaque âge

sa lumière en la nuit d’été

 

Les penseurs, les plus grands même, ne peuvent être nos maîtres. Ce sont les interlocuteurs de notre pensée.

Les mythes et les rites sont-ils indéracinables ? Ils continuent de gouverner nos agirs et nos pensers. Ainsi le mythe de l’origine a-t-il resurgi dans l’étymologisme. Pourtant une réflexion sur l’évolution devrait nous faire découvrir qu’il n’y a pas d’origine absolue, que tout est procès, même si ces procès comportent des seuils, des discontinuités. Il semble qu’aucune révolution, sociale, culturelle, philosophique, religieuse… n’abolisse la pensée et l’action antérieures.

 

La compétition, sportive ou autre, est un avatar de la domination du babouin alpha et de l’organisation hiérarchique des bandes d’animaux. Etre le premier est une obsession motrice puissante. On en trouve la préoccupation dans les évangiles (Matthieu XVIII, 1). Allons-nous condamner ou supprimer la compétition ? Impensable, mais nous pouvons la situer et la faire évoluer, la sublimer peut-être sur le chemin de l’altérité positive. Le « après vous » de Levinas n’aurait-il rien à dire au « avant tout les autres » de la compétition sous toutes ses formes ?

 

21 février 2006

 

le long discours des souffles de la nuit

appelle retient l’oreille qui s’éprend

de ce qu’à ne comprendre que force en mouvement

incessant elle tente de déchiffrer le bruit

 

de ce qui vient et passe et s’en va fuit

sans avoir rien livré de plus que dans le temps

de chaîne à la trame tissée pour cet enchantement

de l’espace qui danse et danse pour la pluie

 

Une doctrine qui se propage dans la violence se condamne à périr face à la liberté ultime des tenants d’Aimer. Qu’importe qu’il y faille des siècles. L’évolution est patiente.

 

Lorsqu’on découvre en Yeshoua un personnage attachant en raison même de son intuition de l’amour universel comme vie éternelle, on éprouve le besoin de saisir des détails qui dans les évangiles pourraient le rendre pour nous plus vivant. Mais on reste sur sa faim dans l’impression que ses disciples enfermés dans leurs fantasmes messianiques ne l’ont pas vraiment compris, en faisant un super héros.

N’est-il pas, après tout, dans la logique de cet amour qu’il replonge pour l’incroyant dans une sorte d’anonymat parmi la multitude des accueillants d’Aimer.

 

Enfermer la demande d’euthanasie dans le dilemme d’une demande de néant et d’une demande de vie, c’est se priver de la croyance à la survie, quelque minée qu’elle soit, et surtout de l’absolue confiance en l’amour qui ne se soucie ni du pourquoi, ni du comment, ni même du quoi, mais qui accueille le Don d’Aimer jusqu’au bout de la conscience.

 

22 février 2006

 

la main empoigne cette chaise

que le regard lui a offert

en un reflet où rien ne pèse

que la nécessité du faire

 

à qui veut se donner l’ascèse

de connaître dans le désert

le toucher ne laisse bien aise

que le baiser de la lumière

 

Quel changement Aimer apporte-t-il au regard sur les choses, à l’approche de l’objet ?

La participation à l’être d’Aimer fait-il de l’autre un non-autre ?

 

Lorsqu’on comprend que l’amour d’altérité exclut la révélation, on est prés de découvrir que les évangiles ne sont qu’un tâtonnement pour tenter de comprendre Yeshoua et ses paroles, et que cette tentative échoue presque entièrement.

On peut alors se mettre en quête de ce qui demeure indéniable en son inhérence à l’amour agapè sans s’affliger de ne retrouver au fond de sa batée qu’un reste insignifiant, l’or inaltérable d’Aimer.

 

L’existence comme l’inexistence du personnage de Yeshoua ne change rien à la valeur de l’intuition qui s’exprime dans la parabole du Bon Samaritain, dans celle du fils prodigue, dans les paroles adressées à la Samaritaine, à la pécheresse…

 

Peut-on dire que le concept sépare et que l’analogie unit ?

 

23 février 2006

 

ce mot connu depuis l’enfance

répété répété sans fin

se change bientôt en prélude

que l’oreille cherche à saisir

 

au plus loin du vide du sens

bibelot aboli en vain

que le temps et l’espace éludent

en espoir du bel avenir

 

Pourquoi faut-il que certaines expériences de la beauté, y compris celles des œuvres d’art les plus fortes, les plus émouvantes, ne semblent pouvoir se réaliser que dans la solitude ?

 

Ne peut-on souhaiter la mort comme on désire le sommeil, par simple fatigue de la vie et avec la même confiance, le même abandon qu’en s’endormant, au lien de l’attendre avec une panique insensée à l’idée que l’on pourrait ne pas se réveiller ? Mais cela ne vaut sans doute que si l’on se sent rassasié de jours ou conscient de la tâche accomplie, en accord avec cette force des choses qui ne peut se trouver en conflit avec la volonté d’Aimer.

 

Un dieu pour lequel on se croit tenu de prendre les armes ne peut être qu’un faux dieu. C’est en tout cas une figure bien éloignée d’Aimer.

 

Dites : « Je le jure ». Mais je ne suis ni croyant ni superstitieux. Si je ne veux pas dire la vérité, mon jurement sera un mensonge cohérent avec ma volonté. Et si je veux la dire, pourquoi aurais-je besoin de jurer ? Ou bien croyez-vous que j’aurais peur en mentant après avoir juré d’attirer sur ma tête je ne sais quel malheur ?

« Et moi je vous dis de ne pas jurer du tout » (Matthieu V, 34). Vous voudriez que je jure sur l’Evangile ? Quel comble !

 

 

 

24 février 2006

 

sous les jambes du fromager

où tu t’abrites méditant

veux-tu retrouver de l’enfant

l’œil pur indistinct de l’objet

 

ou entrevois-tu passager

ce regard plus loin que le temps

où l’autre en l’autre s’élançant

ne se sait plus même sujet

 

aux foules venues partager

l’énergie d’un corps sécrétant

l’esprit de ton amour vivant

tu livres ton arbre ombragé

 

La révélation serait l’objectivation du sentiment religieux, sa projection sous forme de parole.

L’acte intellectuel par lequel nous faisons des objets, plaçant en face de nous ce que nous vivons, ressentons, y compris notre conscience écrite, est un acte verbal.

 

Yeshoua a accepté « la parole de Dieu » bien qu’il ait fait l’expérience du « divin » comme amour de l’autre en tant que présence intérieure silencieuse, communion intime non verbale : « Le Père est en moi et je suis dans le Père » (Jean XIV, 10).

Il n’a pas su s’affranchir de sa culture pour aller jusqu’au bout de son intuition de l’Eternel comme esprit et amour, c’est-à-dire détaché de toute culture et vivant de dialogue avec tous. Il n’a pas, en tout cas, réussi à faire partager cette expérience à ses « disciples » au point qu’ils sachent se libérer de leur religion.

 

25 février 2006

 

iras-tu cueillir

les fleurs du hasard

qui là-bas préparent

le bel avenir

 

attends que mûrisse

au jardin secret

le fruit du regret

avant qu’il pourrisse

 

le temps qui s’enfuit

emporte ton corps

vers la belle mort

où l’étoile luit

 

l’heure va venir

où d’autres hasards

donneront leur art

et l’art d’accueillir

 

La pensée pure échappe à la dualité alternative du oui et du non, de l’attraction et de la répulsion qui sont les incontournables de la matière et donc aussi du langage qui cherche à la comprendre et maîtriser.

Il n’y a pour l’esprit ni intériorité ni extériorité. On ne peut appliquer ces notions que par des métaphores dont on ne peut mesurer le degré de proximité et qu’il est préférable d’oublier si l’on est tenté de s’y enfermer.

Le problème surgit si l’on croit ne pouvoir penser qu’avec de telles notions. Si tel était le cas, l’esprit tel qu’en lui-même nous échapperait.

 

La croyance en la puissance magique de la parole peut freiner l’exploration des perspectives futures dans la crainte qu’à les formuler on pourrait entraîner leur réalisation.

 

26 février 2006

 

quelques herbes quelques racines

ramassées cultivées

aux clairières de la forêt

rien pour vous de ce qui raffine

 

au fond de vos yeux ténébreux

la chance que commence

pour vous seulement le sens

se transporte au-delà des cieux

 

d’où viendra pour remplir vos vœux

en l’immense silence

qui habite votre conscience

l’infime messager des dieux

 

qu’en la lumière se dessine

au secret défriché

la silhouette du projet

où l’avenir enfin s’anime

 

Il convient de s’interroger sur l’interrogation. Fournit-elle en elle-même la possibilité d’échapper au principe d’identité, de pratiquer l’indécidable ?

 

L’abîme qui sépare le « ne pensez-vous pas… ? du « pensez-vous que… ? » est celui du passage de l’humain premier dominateur à l’humain dernier ouvert à l’altérité positive.

 

La vérité est relationnelle puisqu’elle est coïncidence entre la réalité et la conscience que nous en avons. « Faire la vérité », c’est agir en conformité avec cette coïncidence. La notion d’altérité est ainsi inséparable de la notion de vérité.

 

27 février 2006

 

l’haleine vive sur la plaine

emporte l’horizon

et tout amour et toute haine

vers les lointains sans fond

 

qui la respire afin qu’advienne

l’esprit des cent nations

en l’autre vit la pensée reine

jusqu’à perdre son nom

 

Si l’on peut dire que le peuple juif est éternel, ce ne peut être que parce qu’il porte en lui une chose qui transcende l’histoire, l’esprit qui peu à peu lui découvre l’Eternel. Cela veut dire aussi que seul l’esprit en lui est éternel, et que le reste peut disparaître dans les brumes de l’histoire.

Cela n’a-t-il rien à voir ? Cela a-t-il quelque chose à voir avec le mythe du Grand Temps et de l’Origine ? La présence périodiquement réactualisée d’un événement fondateur ? Il faut passer du mythe que l’on croit au symbole que l’on vit comme une annonce d’une réalité dernière.

 

Dire que la vérité est dévoilement, découverte, c’est reconnaître que la relation de la conscience à la réalité est progressive comme l’évolution le suggère, qu’elle n’est jamais totalement connue, que nous sommes invités à ne jamais arrêter notre quête.

 

Si la création artistique est pour partie œuvre de l’inspiration ou de l’inconscient, elle est concertation de la conscience et d’un autre.

 

28 février 2006

 

L’évolution nous a appris ce qu’était le péché originel : non pas un événement mythique, mais l’inertie de notre hérédité animale nécessaire à la survivance du plus apte. Ce n’est pas une faute, mais un dé-faut dans l’élan de la matérialité vers la spiritualité.

 

depuis tant d’années que ces pierres

connaissent leurs voisines

associées en douce prière

à la beauté divine

 

accueillant de l’eau et de l’air

la commune patine

elles donnent à la lumière

l’union qui les affine

 

Ami, intime ami, je ne puis m’empêcher de penser que tu es d’une invraisemblable drôlerie et que tu gémis de nous voir si rarement t’offrir l’occasion de nous la montrer. Car cela t’arrive…

 

Es-tu le tout-autre parce que tu es le non-autre ? Ce n’est pas une altérité de distance puisque tu es plus présent à nous-mêmes que nous-mêmes.

 

La notion d’infiniment petit est-elle matérialiste au sens qu’elle nierait l’esprit ? Les hypothétiques supercordes ne sont pas pensées comme infiniment petites, mais comme les plus petites réalités matérielles. Qu’est le vide où elles évoluent ? L’absence du discontinu ?

 

 

1er mars 2006

 

La fiction tragique ou simplement réaliste est fatalement contestable, car elle fait appel à la croyance et que l’on peut récuser la « suspension de l’incroyance » même si elle est orientée par des fins artistiques. La fiction comique en revanche a l’avantage de l’immédiateté, non en tant que fiction mais en tant que comique, indépendamment de toute exactitude factuelle.

 

S’il n’y a d’amitié que dans l’égalité, c’est qu’elle est conforme à l’amour d’Aimer. Mais l’amitié est restreinte (ne dit-on pas qu’avoir beaucoup d’amis c’est n’en avoir aucun ?) alors qu’Aimer est l’ami de tous. L’amitié est réciproque ou n’est pas. Aimer invite inconditionnellement à aimer, Aimer continue d’aimer l’autre lorsque l’autre refuse d’aimer.

 

On ne peut inférer la véracité totale des évangiles de la vérité de l’une ou l’autre de leurs paroles. Ces paroles reconnues comme irréfragables en leur inhérence les unes aux autres et au réel remettent au contraire en question, dans les évangiles même, tout ce qui est incompatible avec elles.

 

le ciel s’est lavé longuement

de grêle de neige et de pluie

comme pour elle son amant

en son attente de la nuit

 

comme un silence va rêvant

d’une note pure qui dit

son retour parmi le vivant

où notre terre s’interdit

 

2 mars 2006

 

ce monstre de fer où s’affairent

les esclaves de chair

de son seul dessein destructeur

 

est l’enfer en son savoir-faire

que réclame la mer

à l’infini des profondeurs

 

Lorsque le dialogue œcuménique minimise les différences doctrinales entre les Eglises pour se rassembler autour de la personne du Christ, il s’appuie sur son mythe central, celui du héros. L’avantage est effectivement que cette irrationalité permet de négliger et écarter la précision des concepts et de se concentrer sur un affect où l’amour trouve sa place. Mais ce n’est pas l’amour de l’autre qui s’adresse à tout homme, c’est l’amour qui se voue à l’élu du cœur. Et ce rassemblement autour d’un personnage historique ne peut réunir les croyants de toutes les religions. Seul l’amour de tous en est capable (et il remet Yeshoua à sa place de prophète).

 

L’altérité psychologique de l’imaginaire et de l’intelligence qu’il gouverne, c’est l’équilibre et le dialogue de la confusion et de la séparation, de l’amour fusionnel et de la haine fissionnelle, et, en langage symbolique, du couteau qui tranche et de la cuiller qui avale, de la ténèbre absolue et de la lumière totale, etc.

 

3 mars 2006

 

ils viennent poser leur musique

un instant sur les branches

 

le hasard en notes uniques

mêle à la flûte l’anche

 

leur spectacle dit la limite

de la vie dans l’immense

 

et leur chant fait place bien vite

au suprême silence

 

N’est-il pas navrant d’entendre des chrétiens chanter avec ferveur : « Seigneur, je t’appartiens » lorsqu’on sait qu’Aimer ne possède rien ni personne ? Mais enfin, « ils ne savent pas ce qu’ils font ».

 

Dans nos relations aux autres, il faut sans cesse nous rappeler que le pire est toujours possible, qu’il existe en nous des forces en sommeil capables de salir, dominer, écraser, torturer, tuer…et des forces prêtes à posséder, manger, avaler, engloutir.

 

Dire que les autres sont le reflet de Dieu est une image ambiguë. Elle pourrait nous conduire à ne nous intéresser aux autres que parce qu’ils nous présentent Dieu, alors que pour Aimer ils valent pour eux-mêmes.

 

En bonne rationalité (Descartes dixit, mais évidemment cela n’ajoute ni ne retranche rien), la cause est plus grande que l’effet ; et ceux qui croient voir dans l’évolution un phénomène qui contredirait cette évidence rationnelle sont victimes du genre d’illusion qui faisait croire que le soleil tourne autour de la terre.

 

4 mars 2006

 

cette blancheur en ces dentelles

éphémères et changeantes

révèle son âme vivante

dans les cristaux où étincellent

ses yeux d’infante

 

que va faire à l’heure fragile

d’une tiédeur dont la plainte

s’écoule et s’évapore en mainte

invisible ce que distille

cette âme sainte

 

Dire que Yeshoua n’est pas une personne humaine, un sujet humain, c’est aller contre l’amour d’altérité d’Aimer qui fait bien autre son autre et non un reflet inconsistant. Le mystère, ce n’est pas le mythe de l’Incarnation, c’est celui de la non-dualité qui fait que l’être fini n’est pas autre que l’être infini dont il participe, mais qu’Aimer le fait autre.

La réflexion théologique sur le « mystère de l’Incarnation » peut à la fois conduire à la négation de la divinité  de Yeshoua au sens où l’enseignent les Eglises et à l’affirmation de la participation à Aimer offerte à toute conscience. On sent un peu de cela dans l’affirmation patristique : « Dieu est devenu homme afin que l’homme devienne Dieu ». Ceux qui maintenant se récrient et disent que Dieu s’est fait homme afin que l’homme soit vraiment homme ne comprennent pas qu’être un humain véritable, dernier, c’est participer à Aimer.

 

5 mars 2006

 

Le dogme de la Trinité est-il lié au mythe de l’Origine ? Si l’univers a commencé, s’il n’est pas éternel de big-bang en big-bang ou autres, et si « Dieu est amour », il faut bien qu’il soit plusieurs de toute éternité.

 

le souvenir glacé se détache et s’en va

se dissoudre divers aux courants de la mer

 

un jour la lune même se noiera dans le feu

dont elle est une goutte assoupie dans les cieux

 

cette faim de toujours qui en nous se débat

ne trouve qu’en l’esprit l’espoir de l’univers

 

Aimer est le tout autre de notre existence charnelle bâtie sur les forces antagonistes de l’amour qui attire et de la haine qui repousse, et sur les multiples constructions psychiques qui en dérivent. Et cela fait que les images ne peuvent pas nous faire entrer dans le spirituel. Tout au plus peuvent-elles nous déposer à sa porte.

La théologie chrétienne sait que le spirituel est inaccessible à la chair, elle qui parle de grâce. Notre être de chair est incapable d’aimer l’autre comme autre ; il ne peut le faire qu’en participation au Don d’Aimer qui se propose à lui et qu’il accueille.

 

Dire que les intuitions humaines peuvent se trouver un langage est une hypothèse dont le mérite est de nous conforter dans la création poétique.

 

6 mars 2006

 

sur la chaîne indéfinie

peu à peu la trame tisse

toujours en leur cœur plus fines

les figures à venir

 

mais qui donc pourra nous dire

cette fleur où la destine

le jeu flou de ses prémisses

dans les yeux de l’infini

 

Les mots, les mots… Qu’y a-t-il de commun entre la croyance aux esprits des sociétés traditionnelles et l’esprit dont parle Yeshoua lorsqu’il l’attribue à ce dieu qui n’est ni à Jérusalem ni nulle part. La non-matérialité est-elle une qualité d’être qui échappe à nos matérialistes modernes ? Qu’est-ce que la force psychique, le mental, etc.

 

Reconnaître la valeur humaine de l’embryon, ce n’est pas juger si une âme est unie à cette vie qui commence, mais c’est admettre qu’elle est promise à la dignité humaine. La décision de permettre l’avortement jusqu’à tel nombre de semaines repose-t-elle sur une argumentation rationnelle ? Peut-on, devant un ventre maternel avoir le même respect et la même tendresse que devant tout humain, du plus célèbre au plus anonyme, du plus estimable au plus méprisable, simplement parce que l’on sait se trouver devant une conscience en attente d’éveil ?

 

L’imaginaire diurne propose un idéal éthique de pureté isolatrice centrée sur soi. Aimer fonde un idéal éthique relationnel centré sur l’autre.

 

La téléologie de l’évolution est inscrite dans son mécanisme ; le pourquoi explique le comment. Quelle élégance !

 

7 mars 2006

 

Les religions ne pourront s’entendre qu’en dépassant leurs mythes, en les laissant se dissoudre dans l’Esprit-Aimer. A voir l’immense respect des musulmans pour le Prophète, tel qu’il se révèle dans leurs réactions violentes ou simplement indignées devant ses caricatures, on comprend qu’ils vivent comme les chrétiens sous la régime de la mythologie du héros.

 

Faire les choses avec lenteur, c’est se donner la chance de laisser aux silences la place de ta présence. Celles et ceux qui lisent avec ferveur une écriture sacrée en s’arrêtant sans cesse donnent à leurs pauses le temps d’être avec toi. A leur insu peut-être, c’est ta présence silencieuse qui les inspire, bien plus que le texte qu’ils vénèrent.

 

les roses maintenant fleurissent

aux portes du désert

sortis dans les rues les jardins

à tous offrent leur cœur

 

si vaste est la demeure

ouverte aux enfants de demain

qu’aux confins de la terre

le parfum de l’amour se glisse

 

La curiosité intellectuelle fait partie de l’intérêt pour l’autre, mais elle garde son ambiguïté de position centrifuge ou centripète, altruiste ou égoïste. On peut s’intéresser à l’autre pour le posséder, le dominer, voire le détruire ; on peut aussi le faire pour se réjouir de son existence ; on peut enfin désirer s’y fondre. Quel rôle l’imaginaire des diverses cultures joue-t-il dans le choix de ces attitudes ?

 

8 mars 2006

 

L’humain premier a-t-il un autre choix face aux autres que celui de la double altérité négative, celle de posséder et maîtriser et celle d’être possédé et maîtrisé ? C’est l’esprit, l’accueil du Don, qui permet de traiter l’autre en sa pure altérité pour se réjouir de son existence, sans que joue l’alternative de l’attraction et de la répulsion.

 

Les secrets des évangiles ne se dévoilent pas dans une interprétation illuministe ni dans une exégèse allégorique, pas même dans une tentative frustrante et défaillante d’en accorder les contradictions en les soumettant à une tradition magistrale. Ce sont au contraire ces contradictions qui nous ouvrent la porte de leur unique trésor, celui de l’amour d’altérité qui brûle toutes les gangues qui le cachent.

 

La conscience qui vit d’Aimer ignore le vide comme néant, que ce soit celui de la solitude ou celui de la mort, car Aimer y rayonne des surcroîts de sa joie.

 

la rose au cœur du monde

ne donne sa fraîcheur

qu’à la juste distance

où le regard l’accueille

 

arrêté sur le seuil

de la pure fragrance

il faut attendre l’heure

du retour de la ronde

 

9 mars 2006

 

Faut-il, pour se sentir bien dans sa peau, avoir au moins le vague sentiment d’être supérieur aux autres, d’être à tout le moins primum inter pares, le premier de ses pairs ? L’humain dernier de l’amour d’altérité échappe à cette servitude.

 

L’amour conjugal dernier n’est ni possession ni fusion, mais altérité positive faite de tendresse et de respect.

 

Une religion de soumission à un dieu peut-elle ne pas chercher à soumettre le monde à ce dieu ?

 

ce papier sale

que tu ramasses

en promenade

dans le bocage

par la poubelle

prend la ruelle

de l’étincelle

au feu rebelle

 

essuie la face

de ces crachats

de ces menaces

de vils combats

 

dis la vie belle

dis surtout celle

qui se révèle

rose éternelle

 

Dire qu’il faut « renaître de l’eau et de l’esprit », c’est faire un compromis entre une éthique de la pureté et une éthique de l’agapè. Lorsqu’on constate que selon les évangiles Yeshoua n’a jamais baptisé, on est tenté de croire que le « baptisez-les… » est apocryphe.

 

10 mars 2006

 

le ventre en l’air

pattes en croix

aplatie déjà par les roues

sur notre impavide bitume

et devenue

un résidu

de notre stupide amertume

 

tu sauras bien

 

si pauvre et nue

redevenue

dans les souvenirs de la brume

un peu de terre

et d’eau et d’air

avoir été

tout un été

l’élégance d’une présence

 

La révolution copernicienne n’a pas supprimé l’enseignement moral du cosmos. Elle a mis à mal l’image du Tout-puissant ordonnateur, laissant déjà entrevoir la liberté, l’indétermination quantique. Elle n’a pas touché l’image de la bienveillance universelle du soleil qui brille pour les justes et pour les injustes (Matthieu V, 45).

 

Vous pouvez écrire en couleur, il y aura toujours des yeux pour vous lire avec des verres si teintés qu’ils ne verront que du noir et blanc. Sans doute sont-ils de ceux qui ne pensent qu’en termes d’opposés, des manichéens qui s’ignorent, des partisans du « eux ou nous », des gens qu’émoustille le fantasme d’un choc des civilisations.

Existe-t-il une écriture qui invite à ôter ses verres teintés ?

 

 

11 mars 2006

 

il fallait que ce voile bleu

diffuse en son omniprésence

l’atmosphère de son amante

en son grand abat-jour

 

il faut au beau jeu de l’amour

savoir attendre avec patience

que la nuit enfin représente

ta face aux milliards d’yeux

 

« Monsignor : prélat, haut dignitaire de la cour papale » (Le Petit Robert). Yeshoua de Nasèrèt, qu’en penses-tu ? Si les catholiques admettent sans broncher ce genre de contradiction, cela veut-il dire que leur foi est d’abord une croyance, une possession par des forces mythiques ?

Les hiérarchies, religieuses, nobiliaires, militaires, protocolaires, etc. sont un héritage des hiérarchies prévalant dans les troupes d’animaux.

 

Le couple est le terrain premier de la rencontre de l’autre. La différence sexuelle est pour l’espèce humaine l’invitation majeure à passer de la domination / possession de l’éros au souci de l’autre pour l’autre de l’agapè.

L’ambiguïté du mot amour, dès lors qu’elle est reconnue, peut inciter à la croissance de l’agapè et à la décroissance de l’éros.

 

Reconnaître que l’agapè est inaccessible à l’humain comme l’ont fait Nietzsche et quelques autres un bon bout de temps après que Yeshoua a déclaré que « ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu » (Marc X, 27), c’est aussi reconnaître qu’il faut l’accueillir comme le Don d’Aimer.

 

12 mars 2006

 

ne pourras-tu donc pas

dans les souffles du soir

apprendre à inspirer

la plus haute mémoire

qui hante l’univers

depuis qu’il explosa

de haine et d’amour fous

pour que ce cœur qui bat

s’exalte et se ramène

et que le sang repris

né de son feu le porte

de mille à mille esprits

 

L’Eternel (Samuel) donna l’ordre à Saül de détruire Amalek (I Samuel XV, 3). Détruire ou être détruit. Ou Amalek, ou Israël. Terrible alternative de l’imaginaire diurne pour qui l’autre est le mal.

 

Les « plus jamais ça » devant les massacres récurrents ne sont pas réalistes. Ils risquent d’endormir nos consciences face à notre capacité innée à massacrer l’autre, comme à l’exploiter, posséder et dominer si nous ne passons pas de l’humain premier à l’humain dernier, de l’altérité négative à l’altérité positive.

Dire que nous avons besoin d’ennemis, c’est prendre acte de notre humanité première. L’évolution du vivant a été à ce prix. Il reste que l’humanité première, en chaque nouvelle conscience, est appelée à se passer d’ennemis, c’est-à-dire à ne traiter personne en ennemi, tout en se souvenant qu’il est dans l’ordre de l’humain premier que beaucoup continuent, à des degrés divers, à traiter les autres comme des ennemis.

 

Ambiguïté des jeux agonistiques. Ils peuvent être une sublimation de la violence de l’humain premier ; ils peuvent aussi être sa nourriture.

 

Les juifs lisent-ils encore le livre d’Esther avec jubilation ? Ou est-ce avec honte et dégoût ? Leurs ancêtres « tuèrent soixante-quinze mille de leurs ennemis ». Ah oui, mais ils étaient honnêtes : « Ils ne mirent pas la main sur le butin » (Esther IX, 16) Maigre consolation ? Tentative de justifier l’horreur ?

 

13 mars 2006

 

La connaissance de l’évolution nous montre que la nature est eugéniste par nécessité et pour la promotion de la vie et de la conscience. Mais l’humain dernier passe au-delà de cette nécessité.

 

elle est un nom qui la signale

sans même la voir tu traverses

la rivière où ton eau s’emporte

au regard du cœur attentif

 

pour elle ce cœur se fait vif

de la source jusqu’à la porte

de l’océan où se disperse

l’élan de son flot libéral

 

La connaissance de l’évolution peut donner à penser que la mort s’ouvre sur l’inexistence pour des consciences qui n’ont pas accueilli le Don d’Aimer. L’humain ne naît pas éternel, même s’il y est invité et a la capacité de le devenir. L’humain premier reste enfermé dans ses limites animales.

 

Il y a une façon de se définir en s’opposant à l’autre, une identité par hostilité. Est-ce cela l’identité basque, beur, black, bretonne, corse, mais aussi belge, française, chinoise… ? Si ce n’était que cela, si ce ne pouvait être que cela, ce serait inacceptable dans la perspective de l’humain dernier.

L’humain dernier a le goût de l’autre en son altérité. Il vit au-delà de l’amour et de la haine, de l’attraction et de la répulsion.

Rien de tel qu’un ennemi commun pour rassembler l’humain premier. Une conscience pénétrée par l’humain dernier peut-elle entrer dans ce rassemblement ? L’humain dernier n’est pas belliciste, ni par compromis ni par compréhension. Il n’est pas pacifiste non plus : il sait faire usage des armes pour se défendre, mais il ne peut considérer ceux qui l’attaquent comme ses ennemis.

 

14 mars 2006

 

cette présence dans l’air

est une conscience un peu

dirait-on une atmosphère

qui se prête à notre jeu

 

le silence qui s’émeut

dans l’étonnement vénère

tout seul ou peut-être à deux

le visage de la terre

 

Dire que l’on a un corps, c’est avoir conscience d’une dualité entre le corps et le moi qui parle. L’animal en est sans doute incapable ; c’est une prérogative de l’humain de se distancier d’une partie de soi-même. Il peut être trompeur et dangereux de dire que l’on est son corps, car cela peut donner à penser que l’on n’est que son corps.

Ceux et celles qui sont plus conscients de leur corps que de leur esprit et qui y attachent plus de valeur ne peuvent que se désoler, ou pire, en voyant approcher l’inéluctable vieillesse, sans parler de la pourriture dernière de frère âne.

 

« L’avidité et l’orgueil » signalés comme « vices fondamentaux » sont des substantifs moraux désignant les deux forces premières de la matière que sont l’attraction et la répulsion, l’amour et la haine d’Empédocle. L’orgueil sépare le soi de l’autre, l’écarte, cherche à le dominer. L’avidité tente de s’en emparer, de le posséder, de le digérer.

 

La connaissance de l’évolution nous permet de passer d’une opposition entre le mal du péché originel et le bien de la rédemption, à une continuité entre le bien de l’humain premier au meilleur de l’humain dernier.

 

15 mars 2006

 

ce bref sourire de l’aurore

arrête le joggeur

jamais cette finesse encore

ne s’est ouvert le cœur

 

et de ce côté de la mort

aucune de ses sœurs

jamais n’ouvrira ce trésor

unique du bonheur

 

Dire que les premiers seront les derniers et les derniers premiers peut chez des esprits frustes donner l’idée de s’abaisser afin de s’élever. Avec un grain de réflexion, et à condition sans doute d’avoir compris que vivre pour l’autre et non pour soi est « le secret du bonheur », on voit qu’il ne s’agit plus du premier ni du dernier, mais de fraternité dans l’égalité et la liberté. De ceci découle évidemment la mise à mal, en tout cas la mise au point, du texte de Paul : « Il s’est abaissé jusqu’à la mort de la croix… c’est pourquoi Dieu l’a exalté et gratifié d’un nom au-dessus de tout nom » (Philippiens II, 5-11). Le Christ glorieux est un fantasme de la volonté de puissance, chère Madame Zébédée (Matthieu XX, 20-28). Arrêtez donc de déglutir jour après jour en exaltant « le règne, la puissance et la gloire ».

 

La croyance comporte des mobiles irrationnels, mais on peut au moins faire l’hypothèse que l’incroyance n’en manque pas toujours.

On ne peut se définir comme incroyant ; ce serait s’aliéner par opposition. L’incroyance de l’humain dernier ne peut être que le surcroît de sa certitude d’Aimer.

 

16 mars 2006

 

La bénédiction (la malédiction aussi) s’appuie sur la croyance primitive en la force de la parole. Les sacrements y échappent-ils ?

 

Tous les mythes sont solubles dans l’Esprit : ceux de l’Origine et de la Fin, ceux du Centre, de la Hauteur, de la Profondeur, du Héros, du Premier…

 

Il existe un déni de la transcendance si âpre, si véhément, si passionné que l’on peut douter de sa totale rationalité.

 

ces feuilles ne sont qu’à demi

preneuses de lumière

elles dispersent à l’envi

l’excès qui les éclaire

 

pour se distribuer diffuse

en se donnant à voir

elle ne s’arrête ne s’use

que dans notre regard

 

mais dans le vert elle transforme

sa force belle en vie

et dans les bois en rire énorme

elle se réjouit

 

Aimer n’attend pas l’apparition des consciences pour mettre à mal sa toute-puissance. La liberté est présente déjà dans l’indéterminisme de l’univers.

 

17 mars 2006

 

Comment y aurait-il de l’éros dans l’infini ? On ne peut désirer que ce que l’on n’est pas, que ce que l’on n’a pas. Ce qu’Aimer n’a pas, c’est l’être qu’il veut pour l’autre tiré de sa propre substance. Comment voulez-vous qu’il reprenne ce qu’il donne ? Le don est au cœur de son être.

 

Tu es la même présence au-dedans au-dehors, tu dissous la dualité de l’immanence et de la transcendance. Prenons-en l’image dans le vide entre les particules, que ce soient celles de notre corps ou celles de l’énorme univers qui l’entoure.

 

l’hostie là-bas se dissout

dans la bouche de la brume

si lentement qu’au regard

imperceptible elle passe

 

quel désespoir voulez-vous

que son avaleuse allume

elle revient tôt ou tard

tout aussi belle de face

 

de profil ou de trois quarts

lorsque l’orient l’exhume

ou que l’occident sagace

la suggère à notre goût

 

Peut-être votre Dieu est-il ravi que vous le louiez, mais Aimer trouve sa joie à voir les autres vivre de son intelligence et de sa beauté, et plus encore de son amour de l’autre.

Ni premier ni dernier. Ni servir ni être servi. L’autre est l’égal, l’ami de tous.

Non pas le malheur ici-bas pour le bonheur là-haut plus tard, mais la joie de l’altérité ici et partout maintenant et toujours.

 

18 mars 2006

 

L’image symbolique de la manducation du pain eucharistique est celle d’un amour fusionnel, où l’on ne sait d’ailleurs pas qui disparaît en l’autre. Le pain est assimilé physiquement et le communiant est assimilé spirituellement.

La lecture peut être assimilatrice et dominatrice. On peut manger les livres pour s’en nourrir et « dominer sa matière ». On peut aussi s’y soumettre, se faire assimiler par leurs pensées. C’est ce qui arrive lorsque nous faisons de l’auteur un héros, un maître à penser.

Dans l’altérité positive, la lecture est une relation dialogique, l’idéal étant de pouvoir répondre à l’auteur.

Dès qu’il est déclaré inspiré, un texte se trouve mythologisé, sacralisé comme un lieu saint, un héros divin. Ses contradictions éventuelles ne sont plus perceptibles.

 

cette boule d’énergie

lovée au cœur de la nuit

dans un parfum de lumière

discret éveille la terre

 

quelle essence ses yeux clos

ont-ils sentie au plus tôt

pour que jaillisse le champ

du premier frémissement

 

quel photon en son surcroît

a déclenché son émoi

ou quelle fraction dans l’air

a entrouvert le mystère

 

déjà plus de dix mille ondes

à la porte se répondent

qu’avec le matin se lèvent

et s’accomplissent les rêves

 

19 mars 2006

 

tu poses cette rose

sur le mur du matin

qu’il hume sa fragrance

une minute à peine

 

tu reviens d’aube en aube

murmurer sur le pain

en surcroît de ton sens

notre joie quotidienne

 

alors s’en va la marche

parfumée de la fleur

qui dit à chaque face

l’autre de son miroir

 

et porte d’arche en arche

le réconfort du cœur

cette lumière où passe

ta rose jusqu’au soir

 

Dire que l’humain est appelé au divin, ce peut être suggérer que notre aboutissement est l’altérité positive, le penser et l’agir dans la perspective que vivre pour l’autre accomplit notre désir fondamental, celui de l’être même.

 

« L’expérience de Dieu la plus fondamentale est celle du silence ». Certes, mais ce silence n’est pas celui de l’absence ; c’est au contraire la demeure de sa présence en plénitude.

 

« That in black ink my love may still shine bright » (Shakespeare, Sonnet LXV, 14 : « qu’en l’encre noire mon amour toujours brille »). Que cette encre soit la lumière où je te reconnais jour après jour et partage ta joie au monde.

 

20 mars 2006

 

Le diable existerait-il ? Le problème se résout peut-être au dilemme d’apprécier s’il est plus utile en général et plus expédient selon les circonstances d’y croire ou de n’y pas croire. Cette croyance ou cette incroyance ne change pas grand-chose à notre accueil du Don d’Aimer.

 

les eaux attendent au fossé

que d’autres viennent réveiller

leur élan pour que se poursuive

le vagabondage des vives

 

la tente n’est que pour le songe

où les vieilles sentes prolongent

la marche enfin où se devine

la terre promise divine

 

Il y a une croyance en la souffrance rédemptrice qui semble fondée sur l’horreur d’une souffrance qui n’aurait pas de sens. Le sens de la souffrance ? Il vaudrait mieux parler d’explication par les causes plutôt que par un but hypothétique que l’on soupçonne fondé sur un vieil imaginaire mythique. Les forces contradictoires sont nécessaires à la marche du monde ; la prédation l’est à la marche du vivant. Peut-il exister une prédation sans souffrance ?

Mais l’amour de l’autre conduit à une existence immatérielle débarrassée de cette condition. La vie après la disparition matérielle est dans cette logique.

 

21 mars 2006

 

« Sans la foi en la résurrection, le christianisme n’est plus qu’une sagesse ou un humanisme ». Certes, la sagesse ultime, l’humanisme de l’autre, Aimer accueilli dans la seule foi qui sauve. Car la foi en la résurrection de la chair n’est qu’une croyance.

 

« Dis-moi qui tu lis, je te dirai qui tu es. » C’est un peu court tout de même si cela laisse entendre que l’on ne peut être soi-même, unique, que l’on ne peut être que le reflet des autres. Cette altérité-là est une altérité de dépendance, une altérité négative.

 

car si légère

dissemblable de visage

une âme

ici suggère

finement par son image

la dame

 

en l’éternel

l’infatigable dessine

de l’autre encore

ou lui ou elle

de l’inépuisable mine

tirant son corps

 

Penser que la souffrance est rédemptrice pour les autres, c’est croire au mythe et au rite du bouc émissaire. La rédemption, c’est d’aimer, et c’est l’acte le plus personnel et le plus libre qui soit. Personne ne peut le faire à la place d’un autre, pas même votre Dieu tout-puissant (Aimer n’est pas tout-puissant, car il veut se limiter en voulant l’autre).

 

22 mars 2006

 

« Socialiser les différences », ce pourrait être vouloir que l’autre soit autre, se réjouir de la différence de l’autre, de la diversité, aller à la rencontre de l’autre pour le découvrir et, s’il le souhaite, se découvrir à lui.

 

La part d’agnosticisme que garde la conscience qui accueille le Don d’Aimer, c’est d’accepter d’ignorer sans angoisse ce que la mort lui réserve.

 

Aimer ne s’intéresse pas aux autres parce qu’ils sont ceci ou cela, mais pour qu’ils soient ceci ou cela. Il s’agit bien d’agapè, non d’éros. Nous ne sommes pas portés par l’Esprit-Aimer à aimer les humains parce qu’ils sont nos sœurs et frères, « images de Dieu » ou « enfants d’un même Père », mais pour qu’elles, ils soient toujours plus elles, eux-mêmes, toujours plus libres, plus vivants, plus aimants, plus l’autre.

 

Vouloir fonder la monogamie sur le monothéisme pourrait bien révéler que le monothéisme est fondé sur la monogamie, une monogamie d’amour possessif et jaloux, un éros.

Dans cette perspective, il n’y aurait qu’un dieu juif parce qu’il n’y aurait qu’un peuple élu. Le dieu des juifs est le seul dieu parce que le peuple juif est le seul peuple que leur dieu ait choisi et aimé.

 

L’image biblique des deux fils : Caïn et Abel, Jacob et Esaü, le fils prodigue et le fils fidèle (Jésus et Judas ?). Images d’opposition du bon et du mauvais. La parabole du fils prodigue inverse les rôles mais garde l’opposition du régime diurne de l’imaginaire : les justes et les injustes, les premiers et les derniers. Mais d’en faire une parabole invite à passer au-delà pour offrir le Don d’Aimer à tous.

 

tranquille

ton île

où les vagues pourtant viennent battre leur ire

le mur

obscur

abrite cette flamme où les regards s’épurent

écoutent

le doute

où ne reste à grandir que l’élan qui te pousse

à tendre

si tendre

cette main vers là-bas où d’autres mains l’attendent

qu’en l’île

l’exil

soit l’éveil de l’appel où le grand souffle inspire

 

23 mars 2006

 

Comme elle peut l’écraser lorsqu’elle devient insupportable ou qu’elle mène à la révolte, la souffrance peut faire grandir la conscience lorsqu’elle la conduit à réfléchir sur l’existence.

Surtout peut-être chez celles et ceux qui la croient rédemptrice, mais aussi chez celles et ceux qui l’abordent en sa nudité, elle peut entraîner à la prière en une plainte auprès de l’Ami, ouvrant ainsi à l’accueil de ses énergies de vie.

 

de branche en branche vont et viennent

la force vive et la vitesse

mobiles de l’espace

et de l’intermittence

 

mais elles seraient bien en peine

si elles ne trouvaient sans cesse

en quête de la face

l’autre en sa permanence

 

On peut aussi aborder l’altérité positive de l’être comme une hypothèse et réfléchir aux effets qu’elle aurait si on la déployait en toutes ses implications sur le sentir et l’imaginer, le penser et l’agir.

 

On peut se mettre en chasse des contradictions des évangiles, non pour détruire leur message, mais pour y mettre au jour sa vérité dernière.

« Nul ne connaît le jour et l’heure, ni les anges, ni le fils, mais le père seul » (Marc XIII, 32). Comment Yeshoua serait-il alors Dieu au sens que lui donne l’Eglise, « consubstantiel au Père » ?

 

24 mars 2006

 

la peau à la peau confie

son attente et son repos

 

elle tourne sa limite

vers la terre et vers le ciel

sans savoir si son destin

est dans l’espace ou le sang

si l’air qui la rafraîchit

est plus ami que la chair

 

face et pile la matière

est l’écho de sa surface

 

Il est tentant d’interpréter la parabole du bon grain et de l’ivraie à la lumière de la contradiction qui oppose dans les évangiles le Dieu Amour et le Dieu Tout-puissant. Investi par l’intuition d’un dieu qui commande d’aimer et donc tient à l’amour, Israël se rapproche de l’amour sans écarter l’antique perception du sacré fascinant et terrible. Est-ce parce qu’il se représentait l’amour de l’Eternel comme un éros jaloux ? Si l’on veut passer d’un dieu d’amour éros à un dieu d’amour agapè, il faut renoncer à l’élection. C’est impensable : ce serait détruire le fondement de la religion juive.

Yeshoua a dépassé cette intuition. Il a suggéré que l’amour de l’autre comme autre et donc de tout humain quelle que soit son appartenance faisait éclater la limite.

 

25 mars 2006

 

Peut-on prouver l’infinité du monde ? Mélissos de Samos s’est-il trompé comme le pensait Aristote ? Et Giordano Bruno avec son au-delà de l’horizon ? Ceux qui affirment que l’espace est courbe, de quel espace parlent-ils ? Est-ce une erreur de penser comme un enfant qu’en pointant le doigt dans une quelconque direction, la droite qui le prolonge ne peut s’arrêter nulle part, qu’au-delà de notre univers l’espace se poursuit indéfiniment ? Si l’imagination en est prise de vertige, elle ne doit pas communiquer ce vertige à l’intelligence.

Si l’on pense que la notion d’infini n’est pas une évidence rationnelle et donc que la relation d’altérité positive est infondée, on peut cependant l’utiliser à titre d’hypothèse afin de pouvoir considérer ses implications.

 

Yeshoua est d’autant plus remarquable comme humain qu’il n’est pas dieu, qu’il est parvenu, de par son accueil de l’esprit, à l’intuition d’un dieu purement spirituel, détaché de tout lieu et dont la relation au monde fini est celle de l’amour de pure altérité. Les évangiles nous laissent cependant l’impression qu’il n’en a pas tiré toutes les conséquences, qu’il est resté attaché à sa culture judaïque.

 

que feras-tu de la grisaille

où l’ombre à la lumière se mêle

sans plus qu’à l’une ou l’autre il faille

s’opposer pour être rebelle

 

en cette heure où lutte et désir

s’assoupissent et se confondent

attend prépare l’avenir

où se renouvellent les ondes

 

26 mars 2006

 

Le comment de l’intelligence à l’œuvre dans l’évolution n’est pas encore identifié : hasard, déterminisme, indéterminisme, probabilité statistique, sélection… Nous n’avons pas l’équation ; n’est-elle pas à liée à celle de la matière, qui continue de nous échapper.

L’univers matériel est régi par deux forces antagonistes fondamentales, celle de l’attraction et celle de la répulsion, qu’Empédocle nommait amour et lutte (ou haine). Mais ce ne peut être le secret dernier de la marche de la matière vers la vie et vers la conscience.

 

Le passage de l’altérité négative à l’altérité positive se comprend dans une perspective évolutionniste de l’énergie, de la matière, de la vie et de la conscience.

 

L’altérité positive mène à la désappropriation. Si l’on pense qu’Aimer ne possède rien, mais fait être l’autre, celles et ceux qui l’accueillent entrent peu à peu dans la désappropriation. Cette déprise est une libération ; elle fait partie de la joie de vivre la relation d’altérité, de complaisance en l’autre.

 

comme souvent la passerelle

est vide

pourquoi au-dessus de la route

ce signe

si court pour joindre les demeures

et triste

la file des indifférences

qui fuit

 

27 mars 2006

 

La transdisciplinarité qui n’est pas animée par l’altérité positive risque d’échouer dans la mise en place d’une discipline pilote, voire pilleuse. La transdisciplinarité positive est celle de l’égalité. Mais elle n’uniformise pas ; au contraire elle donne aux autres leur identité. Car l’altérité positive promeut la diversité dans la multiplicité des intercommunications.

 

Une poésie qui accepte « l’hésitation entre le son et le sens » que lui propose sa source inconsciente ne s’interprète que dans l’émotion qu’elle suscite. Elle accepte l’incertitude et la pluralité des significations analogiquement parentes. C’est une poésie du cœur à cœur.

 

pour la bourrasque qui apporte

les particules de la mer

par l’inconnu des mille portes

qu’elles franchissent solitaires

 

car plongées dans leur multitude

dont la force ensemble bouscule

réconfortant les solitudes

en l’immensité majuscule

 

elles se pressent anonymes

en servitude solidaire

où l’inconnu même s’anime

et dit l’esprit de l’univers

 

Le numineux religieux apporte-t-il quelque chose à l’altérité positive ? L’altérité positive n’est ni fascination attractive ni crainte répulsive, car elle est un détachement des forces cosmiques. Elle libère la conscience qui l’accueille de l’amour fusionnel et de la haine oppositionnelle.

 

28 mars 2006

 

pour la grande rumeur nocturne

qui hante l’arbre dans ses rêves

et le fait frémir sous le vent

de la mer par-dessus la plaine

 

découvre la bouche de l’urne

et que la cendre se soulève

et que respirant les vivants

son parfum de feu les emmène

 

On peut s’interroger sur l’authenticité de « renaître de l’eau… » de (Jean III, 5), qui n’apparaît qu’une fois dans le passage alors que le mot esprit apparaît quatre fois (vs. 5, 6, 6, 8). Yeshoua est entré dans le mouvement baptismal de Jean le baptiste, mais il ne baptisait pas lui-même (Jean IV, 2). Lorsqu’il dit que les vrais adorateurs sont des adorateurs en esprit, il répudie explicitement les lieux sacrés (Jean IV, 21) et implicitement toute matière, donc l’eau.

L’eau ne peut être qu’un symbole, et elle se révèle tel puisque l’esprit est aussi associé à d’autres éléments, comme l’air dans l’haleine (Jean XX, 22) et comme le feu mêlé de vent (Actes II, 2-4). Et Yeshoua oppose même l’esprit à l’eau : « Jean à la vérité vous a baptisés avec l’eau, mais vous serez baptisés avec l’esprit saint » (Actes I, 5).

 

La mort libère de toute matière, non que la matière soit mauvaise, mais parce qu’elle fait partie de la dynamique du provisoire.

Ces mots que Charles de Gaulle auraient prononcés à la mort de sa fille handicapée mentale : « Maintenant elle est libre ». Et Paul : « Qui me délivrera de ce corps de mort ? » (Romains VII, 24).

 

 

 

29 mars 2006

 

Faut-il s’aimer soi-même pour aimer les autres ? « Cherchez le royaume des cieux et sa justice et le reste vous sera donné par surcroît » (Matthieu VI, 33). Aimer, c’est l’altérité ; c’est en aimant les autres que l’on s’aime soi-même selon la vérité de l’être. Celle, celui qui aime les autres pour eux-mêmes aime le meilleur de soi-même.

 

A privilégier l’une ou l’autre source de connaissance, on risque de perdre le profit du dialogue en table ronde où chaque hypothèse est présentée comme conditionnée par son acceptabilité par les autres sources.

 

sous la bêche qui creuse et se soulève

le ver se glisse nu se terre

et s’insinue

 

la vie qui mange la glaise sourit

d’être l’ange des profondeurs

et puis répond

 

à l’air qui le dénude de son rêve

en replongeant dans sa lumière

et son salut

 

Si l’on peut penser que la physique et la musique n’ont rien d’autre à se dire que la mathématique, c’est que leur relation est indicible plutôt qu’inexistante.

 

L’occupation d’un territoire est une violence, et l’occupé est dans son droit en se défendant par la violence. Mais la violence aveugle sort du droit. Elle est d’ailleurs aussi inintelligente qu’inhumaine.

 

Comment te toucherais-je ? Tu es autant à l’intérieur et à l’extérieur de ma peau que dedans. Non, ce n’est là qu’une image puisque l’esprit est immatériel. Et pourtant, si esprit et matière interagissent, il faut bien qu’ils aient une substance commune.

 

30 mars 2006

 

quand la rue se remplit des cris

du tous ensemble du refus

la maison aux fenêtres closes

vibre et les vitres même

parfois explosent

 

alors le malentendu fuit

peut-être ou répète aux intrus

qu’il n’est là que parce qu’il ose

tenir tête à ceux qu’aime

la biocénose

 

La morale qu’implique l’altérité positive n’est pas une morale du pur et de l’impur, de la séparation, mais une morale du je et du tu, de la relation.

 

La philosophie qu’invite l’altérité positive n’est ni celle du « ou bien ou bien » ni celle du « et et », mais celle du « avec ». Elle ne se soumet ni à l’imaginaire du glaive ni à celui de la coupe et préfère celui de l’alternante lune.

 

Tu es, infini, le plus même et le plus autre de tout être fini. Ton attitude envers chaque être conjoint l’amour et la haine d’Empédocle. L’amour y balance la division et la haine y balance la confusion : tu es tendresse et respect.

 

De par l’inertie de l’évolution du vivant, la conscience humaine se porte à vouloir repousser l’autre ou à vouloir l’absorber.

Le champ de recherche que j’ai choisi risque de devenir mon appartenance, mon territoire de chasse et de sexe, le lieu que je marque de mon odeur d’une manière ou d’une autre pour la revendiquer.

 

31 mars 2006

 

Faire table rase en philosophie, c’est ignorer Descartes, Kant, Hegel, Kierkegaard, Nietzsche, Bergson, Heidegger et quelques autres, mais aussi Platon, Aristote, Augustin d’Hippone et Thomas d’Aquin, et bien sûr les présocratiques. Est-ce possible pour un Occidental ? On peut au moins en faire l’hypothèse. Et si l’on disait avec ou sans Parménide que le non-être n’est pas, qu’il est même impensable, qu’il est simplement pratique comme le zéro mathématique qui lui ressemble ? La philosophie occidentale depuis vingt-cinq siècles repose sur cette fiction.

 

les braises se retirent le four

suspendu en sa brûlante haleine

de sa bouche regarde venir

le rafraîchissement

 

en l’échange torride l’amour

de la pâte gonflée et la haine

enfantent apaisés le plaisir

de leur embrassement

 

regarde dans le pain de ce jour

qui te donne en ce qu’il te déchaîne

de toi-même en la mort du désir

l’épanouissement

 

Lorsque l’œuvre artistique semble se faire en partie comme à rebours de l’idée qu’en avait l’artiste, animée en quelque sorte d’une vie propre, elle se détache de lui dans l’acte même où il la crée. Elle devient son autre et il se met à son service pour lui permettre d’être pleinement elle-même. Il se réjouit de la voir apparaître (Ainsi d’Aimer).

 

1er avril 2006

 

L’altérité positive dissout le ressentiment, l’hostilité intérieure. En termes courants, cela se dit sous le nom de pardon offert à tous pour toute offense. Exclure qui que ce soit de ce pardon, c’est s’exclure de l’altérité positive. On trouve cette intuition dans ce passage de l’Evangile où Yeshoua, constatant l’amour d’une femme, constate par la même occasion que ses péchés sont remis. C’est ce que signifie ce que les bons chrétiens répètent tous les jours sans aller forcément jusqu’à une saisie logique de sa signification : « Pardonnez-nous comme nous pardonnons ». S’ils percevaient cette logique, ils renonceraient à l’idée de leur Dieu tout-puissant qui pardonne par la force de sa parole.

 

la face qui se voile

dans la rue qui la guide

cherche des yeux l’étoile

qui la rend si timide

 

enfermée dans sa foi

en l’être tout-puissant

elle garde la loi

qui domine son sang

 

mais si l’obéissance

la conduit à l’extrême

elle trouve le sens

caché du vieux mot aime

 

Donner l’ordre d’aimer, c’est miner la loi, mais elle ne peut exploser que s’il est obéi. Le problème vient de ce qu’il ne peut l’être que par une force d’aimer qui lui est étrangère.

On ne peut imposer un ordre nouveau de l’amour, car cet amour-là est la liberté accomplie. On ne peut que le proposer si l’on y a découvert l’accomplissement de tous.

 

2 avril 2006

 

tu te défends du territoire

quand le territoire te fend

l’âme commune dont l’histoire

d’un bout jusqu’à l’autre se tend

 

l’autre côté de la frontière

interpelle ton avenir

quand donc enfin l’immense hier

de la bête en toi va finir

 

dans le dernier franchissement

de l’obstacle en cette fenêtre

seras-tu libre connaissant

qu’en l’à tu et à toi est l’être

 

Le concept de néant va très bien à la toute-puissance dont on rêve. Imaginez un peu : « Créer, c’est tirer du néant. » Formule dont on verrait l’absurdité si on la regardait les yeux dans les yeux au lieu de se prosterner devant.

Ne sommes-nous pas de ta substance dont ton altérité nous détache ? Créer, c’est tirer de toi-même l’autre et le maintenir en son altérité en voulant qu’il se perpétue en son être par cette altérité même.

Participer à ton altérité, c’est vouloir le bien de tout être qu’il nous est donné d’approcher dans le grand jeu de l’espace et du temps. Aucune roche, aucune plante, aucune bête ne peut nous indifférer. L’écologie de l’altérité positive est la plus forte, la plus motivée, la plus persévérante, la plus efficace.

 

3 avril 2006

 

Le passage de l’humain premier à l’humain dernier induit des mutations sémantiques : certains mots changent de connotation, voient leur charge affective croître ou décroître, se valoriser ou se dévaloriser. Cette transmutation se fait en douceur, voire dans la confusion, statistiquement du moins, puisqu’il existe au niveau individuel des conversions plus ou moins radicales. Au niveau d’une société plus ou moins étendue, les connotations sont instables, n’étant pas également perçues par tous avec la même valeur et la même force en fonction de l’attitude intérieure de ses constituants, de leur philosophie personnelle.

 

en cette place enracinée

que pourrait faire

ta méditation si ce n’est

de toucher terre

 

et ta corolle qui éclôt

d’un pur safran

tête basse courbe son dos

de moine blanc

 

tu n’es pas narcisse amoureux

de ton image

de ton dédoublement heureux

tu te dégages

 

se pourrait-il que tu t’étonnes

qu’indifférent

tes prémisses tu abandonnes

en raisonnant

 

4 avril 2006

 

et l’hôte qui accueille et l’hôte qui reçoit

s’échangent d’un regard

jusqu’à ne plus savoir

qui est lui vraiment qui est toi

 

la face du miroir ne donne son émoi

que lorsqu’il se fait tard

et qu’il se rend à l’art

d’aimer enfin comme il se doit

 

Découvrir l’ambiguïté de ce qui nous motive, c’est être invité à presser l’hôte de nous donner son esprit.

 

Peut-on dire qu’aimer l’autre comme autre est en notre pouvoir lorsque nous accueillons l’être même de notre être toujours offert ? Recevoir son être de l’autre, ce n’est pas être en son pouvoir, car son acte d’altérité nous confère la liberté en le privant de son pouvoir.

 

La condition de l’homme premier implique la propriété ; celle de son corps d’abord, et puis celle de ses appartenances : ce dont il se nourrit, se vêt, s’abrite. Il est pris, il peut se laisser prendre dans un mouvement d’appropriation qui n’a de soi aucune limite.

L’homme dernier s’achemine vers la désappropriation dans la mesure où il perçoit dans la propriété un obstacle à la liberté, à sa liberté et à son goût de l’autre qui s’y livre. Lorsqu’il en vient à percevoir que le corps même est le dernier obstacle à la désappropriation libératrice de l’altérité totale, il comprend la sagesse de la mort.

 

5 avril 2006

 

comment embrasserais-je

cet énorme bouquet

personne à personne ne l’offre

il n’est là que pour être

et pour n’avoir été

ni coupé dans le vase

ni séché dans le coffre

 

la lumière exubère

et son flot incessant

de l’aube au crépuscule y vit

l’éphémère splendeur

d’un sacre du printemps

qui lui envoie au cœur

son regard ébloui

 

combien d’autres et d’autres

ont pu y repaître leurs yeux

et puis y rencontrer

leur perte et le chemin

de la beauté de l’un

qui rencontre le deux

 

Le détachement n’est pas un but. Ce n’est pas l’objet d’un désir, car s’il l’était il serait lui-même un attachement. Le but est l’autre.

 

La liberté et l’égalité sont les conséquences de la fraternité. C’est elle qu’il faut rechercher.

 

 

 

6 avril 2006

 

une aube encore

et combien d’autres

se lèveront jusqu’à la fin

 

en ces milliards

l’humble vieillard

de notre étoile boursouflée

soufflera l’ultime bougie

 

et cette mort

de tous les nôtres

accomplissant le grand dessein

après avoir

de tout son art

engrangé l’âme et la beauté

retournera à l’énergie

 

une aube encore

et combien d’autres

se lèveront pour que demain

 

et puis plus tard

jeunes milliards

les mondes soient renouvelés

 

en l’éternelle féerie

 

Ce n’est pas la parole de Dieu qui nourrit et fait vivre, comme si elle était son être même. La parole est souffle et ondes ; elle peut parler de l’amour éternel, elle n’est pas lui.

 

A lire les évangiles et les épîtres, on a l’impression générale d’un manque de rigueur dans la pensée, d’un enchaînement d’idées par analogies plus que par liens logiques. Les intelligences qui s’y expriment ne disposaient pas des instruments conceptuels dont nous avons hérité en vingt siècles de réflexion.

Ne peuvent s’en étonner, ou le nier, que celles et ceux qui y voient une Révélation.

 

S’il est vrai que les chimpanzés ont des ébauches de pratiques funéraires, que devons-nous garder des nôtres ?

 

7 avril 2006

 

le tout est perdu fors l’honneur

la face que l’on sauve

figure dans le rang

quelque part

entre l’alpha et l’oméga

 

car le babouin demeure là

aux égards

sensible jusqu’au sang

qui fait rougir le mauve

sublime de sa face postérieure

 

Existe-t-il une conscience de ta présence qui ne soit pas aussi conscience de conscience ? N’est-ce pas un des surcroîts précieux de la conscience de toi que la conscience de soi en toute conscience d’expérience ? La conscience de ta présence d’altérité donne la juste présence des objets, l’intérêt objectif pour leur être propre.

N’es-tu pas présence d’altérité positive à tout être fini ? N’est-ce pas y participer que vivre en ta présence ? Ce que la Bible appelle amour du prochain est une participation à l’amour d’altérité que tu exerces envers tout être selon sa nature, et, chez une conscience humaine, à ce qui la fait se dépasser sans fin.

 

Pourquoi faut-il que cette attention soit si fragile, sans cesse perdue, sans cesse à rétablir ?

 

8 avril 2006

 

quand le corps perd la tête

et que les bras

redevenus

des pattes et des griffes s’élancent vers la proie

 

qu’advient-il de la quête

jusque là-bas

où reconnu

face à l’autre l’esprit rencontre enfin la joie

 

Mon corps, c’est ce que voit l’autre, et je peux bien l’inviter à s’en réjouir en soignant un peu la présentation.

 

Introduire un peu d’altérité positive dans la vie politique, qu’est-ce que cela peut vouloir dire ? Respecter l’adversaire, toujours « meilleur que ses actes » ? « Aimer vos ennemis » ? Certes, mais comment ?

Lorsqu’en démocratie un parti croit pouvoir imposer ses volontés, ses idées, à la minorité pour la simple raison qu’il est majoritaire, on peut penser qu’on peut mieux faire.

De même qu’à la violence des armes de l’occupant il faut répondre par la violence des armes du résistant – mais en sachant que la violence aveugle est contreproductive (et cela n’est encore que de l’altérité négative, ou neutre) – de même il faut savoir mettre la pression sur le dominateur politique qui ne veut rien entendre en s’en prenant à ses intérêts. Et ici aussi l’efficacité demande une réflexion poussée sur les tactiques à adopter pour être productif (et cela n’est pas encore de l’altérité positive).

L’altérité positive insuffle dans l’action de résistance – douce ou violente – comme dans l’exercice du pouvoir une volonté du bien de l’autre quel qu’il soit, de justice pour tous, et l’espoir que tous viendront à en comprendre le bien fondé.

L’altérité positive se penche sur ce que dénote et sur ce que connote les termes « gouvernant » et « opposant » dans la vie politique. Elle observe d’abord qu’il s’agit d’une structure bipolaire, susceptible de glisser au manichéisme.

 

9 avril 2006

 

« Dieu est amour ». Question à trois mille euros. Mille pour « dieu » : qu’est ce dieu qui est amour ? Mille pour « est » : qu’est-ce qu’être pour ce dieu qui est amour ? Mille pour « amour » : qu’est-ce que cet amour qui est Dieu ?

 

visage signal

un peu signe

qui se dit

et qui se dédit

aux mouvantes lignes

du cristal

en boule infinie

 

que tombe le voile

où l’œil cligne

interdit

dans l’après-midi

que se rende digne

de l’étoile

l’ombre de la nuit

 

L’altérité première rend possible l’objet, le non-moi, mais elle peut se faire hostilité et désir, ou respect et tendresse.

L’amateur d’objets d’art est le plus souvent un possesseur ; il veut garder à portée de regard l’œuvre qui lui procure une émotion esthétique. Si pourtant il arrive à se distancier de cette émotion et à traiter avec l’objet comme avec un quasi-sujet, il parvient à la joie qui comble et qui demeure. Il est alors prêt à inviter le public à la partager en l’offrant à tous les regards.

 

10 avril 2006

 

L’humain premier a besoin d’ennemis communs pour s’unir dans le nôtre. L’humain dernier a besoin de l’Esprit pour s’unir avec tous les autres.

 

Sauf à croire à la magie, ce n’est ni l’eau ni le feu, ni la colombe ni l’agneau, ni la voix ni le toucher du verbe de vie, qui donnent l’altérité positive, mais l’Esprit.

 

comme les cordes de la lyre

qui se tendent et se détendent

lorsque chante leur chapelet

en notre esprit inspire expire

une tendresse et un respect

 

tu es le tout là-bas l’ici

dans les os et sur l’horizon

ou mieux cette juste distance

où le regard au regard lance

la beauté de ton infini

 

 

je danse devant toi et toi

dansant à reculons m’entraînes

entre haine et amour les yeux

dans les yeux où dix mille sphères

d’un big-bang à l’autre s’en vont

 

Il ne s’agit pas de condamner l’amour empédocléen mais de le dépasser comme on dépasse la lutte. Ce sont les deux moteurs de la marche de notre univers depuis l’énergie première en fissions et fusions.

Lorsque l’esprit émerge en la conscience, il invite à ne plus y prendre que les symboles complémentaires de l’altérité positive, qui sépare sans opposer et unit sans confondre.

 

Je ne suis pas là pour vous dire que penser mais pour vous dire de penser, c’est-à-dire le contraire.

 

11 avril 2006

 

ces souterrains aux plafonds bas

obscurs et déserts sous la ville

sont devenus pourtant les seuls

chemins encore ouverts si tard

 

stupidité des cauchemars

où rien ne reste que la gueule

engloutissant les mille et mille

au néant qui n’existe pas

 

dans la lumière au nulle part

tout est chemin sur les éteules

des moissons à l’heure où l’exil

s’achève avec les derniers pas

 

et le plafond du plus grand art

dans l’espace infini s’esseule

et s’allège au vide subtil

qui ouvre au plus large tes bras

 

Vouloir choisir entre l’éthique et l’esthétique ou même vouloir simplement les hiérarchiser a-t-il un sens pour l’humain dernier vivant de l’altérité positive ? Vouloir le bien et vouloir le beau de l’autre n’y peuvent être qu’alliés.

 

Lorsque Yeshoua dit que « rien n’est impossible à Dieu » (Matthieu XIX, 26), il ne parle pas de la toute-puissance de Dieu mais de son amour de l’autre qui offre à toute conscience d’y accéder alors qu’elle en est d’elle-même incapable.

 

Peut-on penser que les découvertes quantiques ont ouvert un nouveau dialogue entre science et théologie ?

 

 

 

12 avril 2006

 

ce tapis de diamants

rutile

fugace

dans l’aube qu’il appelle et qui lui donne gloire

 

le regard de l’amant

distille

la glace

dans l’air où l’invisible la garde jusqu’au soir

 

Plutôt que de se gargariser des massacres du passé, il faut lutter contre ceux du présent et tenter de prévenir ceux qui se préparent.

 

Ne suis-je que ma conscience ? Mon corps est-il même un avoir, et dont je vais me désapproprier pour être libre d’aimer de pure altérité ? Mon intelligence, mon imagination… m’appartiennent-elles ? Pour combien de temps. Que reste-t-il de nos appartenances après le grand passage ?

A quoi, à qui m’adressè-je lorsque je rencontre l’autre ?

 

Se regarder soi-même comme un autre, c’est se permettre de s’accomplir pour les autres selon son être unique en participant au mouvement d’altérité positive de l’esprit.

 

13 avril 2006

 

quelle sève monte en ces branches

pour qu’en visages elle s’épanche

que tant de formes pures naissent

fraîches aux regards des caresses

qui dans la lumière s’échangent

 

depuis quel âge et pour quel âge

ces figures parent préparent

dans l’invisible de l’esprit

les pensées belles qui sourient

ressuscitées au ciel des anges

 

« Vous n’êtes pas tous purs » (Jean XIII, 11), dit Yeshoua en pensant à la trahison de Judas. Peut-on parler d’une transmutation du sens de la pureté, concept central dans tant de religions, la juive en particulier qui est celle de Yeshoua ? La pureté deviendrait l’amour d’altérité, l’impureté serait son absence.

Ainsi le lavement des pieds, geste de purification, devient un geste d’amour ultime par lequel Yeshoua invite à aimer comme lui : « Si je ne te laves pas les pieds, tu n’auras pas de part avec moi » (Jean XIII, 8).

 

Mais cette mutation n’a pas été perçue. Le christianisme vit encore sur la lancée des religions de la pureté. Est-ce lié à la fascination de la sainteté de séparation sacrée et glorieuse du Très-Haut ? La gloire de Dieu a cependant commencé d’être perçue par Irénée comme liée à la vie éternelle et donc à l’amour : « La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant. »

 

14 avril 2006

 

tu gardes ainsi ton héritage

et graine le donne en tes graines

détachées entre amour et haine

de ce corps que te prête l’âge

en son espoir de l’éternel

 

de père et mère à fils et fille

combien de témoins faudra-t-il

pour que l’essence se distille

de l’autre qu’enfin s’établisse

notre harmonie universelle

 

« Seul l’amour donne la force purificatrice » (Benoît XVI). Parole ambiguë puisqu’elle peut donner à penser que l’amour est le moyen et la pureté le but, autrement dit que l’autre est au service du moi, que le souci des autres est motivé par le souci de soi.

 

Dynamique de l’un à l’autre humain : l’intérêt, puis le désintéressement, puis le désintéressement du désintéressement.

 

Le pardon est contagieux lorsque celles et ceux qui veulent se faire pardonner comprennent qu’elles, ils ne peuvent l’être qu’en pardonnant aux autres.

 

15 avril 2006

 

ce sansonnet qui l’autre jour

exhibait son corps irisé

ici nourrit un grouillement

 

déjà cent autres vies accourent

et chassent la mort irritée

pour s’en nourrir avidement

 

parmi ses mille et un détours

hérités renaît la beauté

en son hommage à ses amants

 

Comment concevoir une identité nourrie d’altérité ? Et comment mettre en œuvre ce concept ? Peut-être est-ce dans l’action que s’élabore le concept qui l’éclaire, la précise et la renforce .

Si l’altérité est l’origine de notre être, c’est en nous y ouvrant dans le silence que nous pouvons espérer la voir inspirer notre agir et notre penser.

 

Les « plus jamais ça » répétés après les horreurs récurrentes ne leur barrent pas la route. Ils devraient nous faire prendre conscience de la tâche permanente face à nos indéracinables gènes plutôt que de nous endormir dans des espoirs chimériques.

 

Caïn et Abel, Jacob et Esaü, Jésus et Judas. Sommes-nous devant une figure antithétique significative d’un manichéisme inhérent à la mentalité judéo-chrétienne ? Voir aussi les paraboles du bon grain et de l’ivraie (Matthieu XIII), des deux fils (Luc XV), des vierges sages et des vierges folles (Matthieu XXV).

 

 

 

16 avril 2006

 

la buse est revenue

ses girations s’enchaînent et dérivent

aux vents d’invisibles hauteurs ses grâces s’insinuent

 

une beauté l’enivre

au-delà du désir de la chair nue

propose dans l’espace de ses ailes une heure de joie vive

 

Si le banquet eucharistique s’appuie sur un héritage omophagique inconscient, on peut au moins dire qu’il le sublime. Et qu’il confirme ce qui est affirmé dans le « ce n’est pas la chair et le sang » qui révèlent l’identité cachée de Yeshoua (Matthieu XVI, 17), mais le dieu qui est esprit (Jean IV, 24). Le problème est de comprendre comment l’on passe de la chair à l’esprit en s’appuyant sur la chair elle-même ; c’est celui de la continuité-discontinuité, du seuil. Mais il est hors de doute que le point final est l’arrachement à la chair. La mort y trouve son sens.

 

Curieux ce discours de l’éthologie qui prête à l’animal une intelligence dont il ne peut avoir conscience. L’éthologie demeure-t-elle incapable d’expliquer l’instinct ? (et d’ailleurs la phylogenèse). L’ensemble des disciplines scientifiques et des autres approches du réel ne serait pas de trop pour tenter d’en percer l’énigme. Et plutôt que de (se) cacher son ignorance par des affirmations auréolées du prestige de la science, l’éthologie ferait bien, pour avancer plus vite, de la révéler et d’exciter ainsi la curiosité qu’elle endort par de forces certitudes.

 

17 avril 2006

 

les nuages rassemblent au bleu

le blanc qui s’amoncelle grisaille

et jamais ne se lasse le jeu

de nuance arrangée où qu’il aille

 

le deux l’autre de l’un se pavane

dans le balancement de la danse

de voile en voile lent diaphane

où il veut le sens au vent s’avance

 

La caricature est l’arme des imbéciles incapables de réfuter les idées des autres ; et elle s’adresse aux imbéciles incapables de reconnaître leur imbécillité. Mais elle peut aussi être l’arme des intelligents qui jugent qu’il y a mieux à faire qu’utiliser l’intelligence des autres pour faire triompher leurs idées, dans le mépris qu’ils ont pour ceux qu’ils veulent combattre et de ceux qu’ils veulent gagner à leur cause.

 

Pour la croyance à un Dieu tout-puissant, le problème du mal est insoluble, comme d’ailleurs celui de l’évolution de la matière, du vivant, de la conscience. En donnant l’autonomie à son autre, le dieu de l’altérité positive le laisse tâtonner dans son indéterminisme et cependant, statistiquement au long du temps, s’avancer vers la liberté et la possibilité de le rejoindre.

Il y a tout de même eu, il y a déjà pas mal de temps, des théologiens qui pensaient que l’amour de dieu limitait sa puissance. Croire à un dieu qui parle, c’est croire à une toute-puissance qui s’outrepasse. Un dieu esprit n’est pas matériel (faut-il le rappeler ?) La croyances aux miracles relève de cette même notion de toute-puissance si fermement ancrée dans la mentalité religieuse qu’on peut l’en croire indétachable

 

18 avril 2006

 

Une théologie qui affirme la survie après la mort interpelle la physique, qui peut ignorer ses affirmations au nom de la séparation des connaissances, ou les nier au nom de ses propres acquis. La troisième attitude est d’accepter l’interpellation et de se poser la question de son impact sur la nature ou la structure de la matière.

Ceux qui avaient repéré dans la matière un obstacle à l’agapè pouvaient-ils faire autrement que la qualifier de mauvaise en leur ignorance de l’évolution ?

 

Il n’y a de péché de la chair que s’il lèse l’autre ou qu’il amoindrit la liberté de celle, de celui qui s’y livre en se laissant absorber dans son obsession ou sa dépendance, mais surtout en faisant d’autrui un objet de désir, de jalousie, de rivalité.

Par le fait même qu’il n’y apporte pas de réponse, le Livre de Job continue de poser la problème du mal à ceux qui croient en un dieu tout-puissant.

 

passe-muraille de la brume

qui ne sais plus ici ou là

ce que tu es ce que tu humes

qui tu pénètres qui tu bois

 

se pourrait-il qu’à disparaître

avec elle en elle fugace

tu te dissolves en son être

et qu’enfin tu perdes la face

 

19 avril 2006

 

Il peut exister une connivence avec tout être vivant fondée sur la réflexion ou sur le sentiment, une intuition que nous sommes tous cousins de par l’évolution. On peut, autrement dit, aimer les bêtes et les arbres parce qu’ils sont des nôtres, des extensions de notre moi. Telle n’est pas cependant la perspective de l’altérité positive, qui envisage et accueille l’autre en sa différence plutôt qu’en sa ressemblance.

 

les yeux se ferment

le murmure intérieur

se tait

le corps qui se redresse affirme ta présence

tu es ici

car tu n’es nulle part

et partout

 

notre silence écoute ton silence

notre vide à ton vide s’accorde

 

ô toi qui n’es que l’autre pur

avec toi tout fait sens et le monde est splendeur

ton sourire éternel nous appelle à toute heure

 

D’où vient la force du désir de pureté dans les religions ? Peut-on en trouver des formes inchoatives dans la vie animale ? La toilette animale est-elle l’expression d’un désir d’être soi, de se débarrasser de l’autre comme altération de soi ? Est-ce un souci d’intégrité ?

 

Dire que l’ascèse est un dépassement de l’égoïsme vers une relation d’amour et que le jeûne n’est pas un sport individuel mais une participation à un mode de vie ecclésial, c’est subvertir le langage, tout comme de dire que la gloire de dieu c’est la vie de l’homme (le gloria dei homo vivens d’Irénée de Lyon). Mais peut-on vraiment changer le sens des mots ? Ils sont lestés de l’inertie des siècles. Le mot dieu lui-même est lourd d’une charge affective de toute-puissance inaliénable. Peut-être est-il expédient de passer à un autre langage, de mettre enfin le vin nouveau dans des outres neuves.

 

20 avril 2006

 

cet entrelacs de sabres

étoilé de corolles

livre en sa profondeur

l’espèce sidéral

 

pour l’agrandissement

de la plus vaste scène

il n’est que des acteurs

de la joie de la peine

 

dans l’arbre tu t’installes

oubliant la hauteur

et la voûte et le sol

familièrement

 

Le premier droit de l’enfant n’est-il pas d’avoir un père et une mère ? Le droit de l’enfant en sa fragile liberté naissante ne prime-t-il pas celui de l’adulte ? A quoi tient le droit d’avoir droit ?

 

« Quand t’avons-nous vu nu, affamé, étranger, en prison… ? (Matthieu XXV, 31-39). C’est le langage du jugement, mais il s’agit d’une parabole, car Yeshoua ne saurait juger, lui qui a dit à ses disciples de ne pas juger (Matthieu VII, 1). L’amour de l’altérité positive, l’agapè, ne juge pas.

 

21 avril 2006

 

une vapeur pour nous caresse

la brutalité de ces angles

dessaisis pour qu’un heure cesse

cette coupure cette sangle

 

désentravé des lignes dures

de la pensée distincte et claire

l’esprit trouve une autre vêture

ample aux ombrages de la chair

 

La survie peut faire l’objet d’une croyance et donc d’un doute. Elle peut aussi faire l’objet d’une intuition, et cette intuition peut devenir si forte qu’elle atteint à la certitude. Encore faut-il avoir l’expérience de l’intuition et savoir l’isoler de la croyance. Une croyance est l’introjection d’une pensée extérieure ; une intuition est une pensée née au plus intime.

 

Ce n’est pas en disséquant les mots qu’on peut leur faire dire l’être et surtout pas le mot être. Penser que ceux qui les ont inventés en savaient nécessairement plus que nous relève de la croyance mythique à l’Origine.

On dit que Parménide n’avait pas conscience de l’ambiguïté du verbe esti, être, à la fois attributif et existentiel.

 

Si je pensais que l’homosexualité était une anomalie ou une infirmité, je n’irais pas le dire aux homosexuel/le/s : ils, elles ont déjà bien assez de problèmes avec leur vie intérieure.

 

Si le sacré est bien ce qui fascine et effraie, ce qui attire et repousse, il est l’expression exacerbée des énergies cosmiques fondamentales, de l’amour et de la haine d’Empédocle, et le négatif de l’altérité positive qui aime l’autre en le faisant son autre dans le respect et la tendresse.

 

22 avril 2006

 

Tout être fini, du plus petit au plus grand, est par définition infinitésimal en l’infini.

 

L’amour qui ne se commande pas commande, et quelle conscience libre accepterait de le laisser faire ?

 

timide oh si timide ta senteur

diffuse attire le désir

ailé des horizons avides

 

et les souffles complices du bonheur

portent l’exploratrice à fuir

tout à l’extrême de son vide

 

Si dans nos démocraties l’opposition doit descendre dans la rue, y crier, voire y casser, c’est qu’elles fonctionnent encore sous un mode manichéen. La majorité, par définition au pouvoir, n’a cure des desiderata de la minorité. Dans une démocratie animée par l’altérité positive, la majorité écoute la minorité et la minorité participe aux décisions.

 

Si un linguiste et un intuitionniste décident de dialoguer, que pourront-ils bien se dire et/ou de se donner à penser ?

 

 

23 avril 2006

 

Le réel sensible que nous voyons, entendons, humons, touchons, goûtons et ressentons obscurément est présence immédiate d’êtres finis et présence médiate de l’infini d’altérité : « Regardez les oiseaux du ciel… Regardez les fleurs des champs… Votre Père céleste… (Matthieu VI, 26-32). Dans la mesure où nous considérons et abordons les êtres de la nature avec sollicitude, admiration, réjouissance, nous participons à la relation d’altérité positive qui leur donne « la vie, le dynamisme et l’être » (Actes XVII, 28).

Notre identité est de soi incommunicable, sinon il n’y aurait pas altérité mais confusion. Pour l’infini seul les êtres finis sont non-autres alors même qu’il les constitue en leur altérité identitaire.

 

une tulipe joint les mains

se redresse au cœur de la nuit

attentive sans le savoir

aux ombres et à leurs soupirs

 

l’aube la confie au regard

et la lumière à ses désirs

tendue vers d’autres lendemains

en sa prière à l’aujourd’hui

 

On ne peut accuser les Lumières de ne pas avoir inclus dans leur vision du monde ce que nous a apporté la découverte de l’évolution dans ses implications pour la réalité humaine, mais on peut regretter que celles et ceux qui se réfèrent à elles n’entrent pas dans le mouvement qui les animait et qui les aurait fait la prendre en compte si elles en avaient eu connaissance.

 

Est-ce une tautologie de penser que l’altérité positive est un don de l’autre ?

 

24 avril 2006

 

La sagesse des nations a depuis longtemps reconnu l’animalité humaine, mais la connaissance de l’évolution en a pénétré la racine et la dynamique.

 

la proie au bec

perche et observe

à gauche à droite

en bas en l’air

 

toujours avec

plus que Minerve

l’aile et la patte

au guet de l’aire

 

la vie qui vient

au creux du nid

attend qu’amène

la chair l’élan

 

puisque aussi bien

là-bas qu’ici

l’amour la haine

lancent leur chant

 

Quel est cet élan de perfectibilité qui incite l’humain à passer des émotions de la honte et de l’honneur à celles de la mauvaise et de la bonne conscience jusqu’à s’affiner en sollicitude pour l’autre comme autre sans égard ni mépris pour son regard ?

 

Pauvres miettes de poésie, faite d’une médiocre farine maladroitement pétrie, d’une eau commune et cuite au four banal. Il faudrait bien produire quelques pains substantiels faits d’une fleur d’épis choisis nourrie d’une eau vive et d’un feu pur qui en fassent éternellement de frais délices goûtés et jamais consommés.

 

25 avril 2006

 

Il faudrait garder conscience vive de la charge affective des mots que l’on emploie et la signaler lorsqu’on dialogue. Dans l’opinion actuelle, « morale » est presque toujours négatif et « éthique » souvent positif. La dualité des termes permet une analyse de la réalité complexe et dynamique qu’ils désignent, mais il faut se garder de négliger l’impact de leur collier changeant de connotations mélioratives et péjoratives. Le mot « dieu » est porteur d’une énergie de fascination pour certains, et d’horreur pour d’autres ; d’une énergie ambivalente pour d’autres encore. Et cela est bien conforme à ce qu’on a pu dire du sacré, dont l’expérience est censée mêler l’effroi et le ravissement.

 

fixe une étoile dans le pré

 

son exubérance dorée

toute est pareille en des millions

d’autres et d’autres dents-de-lion

mais chacune tient à sa place

et le vide qui s’y efface

pour être le même partout

accorde à chacune son où

qui est comme un unique nom

 

commun et pourtant séparé

 

Eros peut bien diffuser ses hormones de générosité dans l’organisme qui y accède et y cède ; elles finissent par s’épuiser, l’invitant à passer la porte de l’altérité positive.

 

N’est-il pas dans l’ordre des choses d’atteindre et de franchir cette porte où les héros s’effondrent et ou Dieu meurt afin que l’amour s’affirme, ne laissant rien en la conscience qui ne soit illuminé, brûlant de sa présence pour l’autre ?

 

26 avril 2006

 

L’altérité positive nous fait aimer autrui non parce qu’il est notre semblable, c’est-à-dire un peu chair de notre chair, prolongement de notre moi, mais pour qu’il soit pleinement autre, tel qu’en lui-même en son identité de pure liberté, et capable d’aimer ainsi par le don de l’infini qui nous habite en ce que nous l’accueillons (c’est tout de même un peu cela que nous invite à saisir la parabole du Bon Samaritain).

 

il faut bien qu’en vue des attaques

à quelqu’un soit volé

un peu d’argent

qu’on fasse fête

pour ses conquêtes

à notre armée

 

alors ne reste au bord du lac

des perches envolées

pour les enfants

que des arêtes

et quelques têtes

pourries grillées

 

« Dieu est mort », sur la croix. Cela pourrait-il signifier, même si ce n’était pas tout à fait ce que pensait Luther, qu’il a abandonné, dans la pensée des hommes, son statut divin ? La croyance en la résurrection montre qu’il n’en est rien. Les disciples de Yeshoua n’ont pas compris : non seulement Dieu est resté Dieu, mais il a divinisé un homme en lui faisant partager sa gloire.

Admettre que Dieu est mort (qu’importe Nietzsche et les autres), ce serait reconnaître qu’aimer est le vrai visage et le vrai cœur de l’être, que l’altérité positive est inhérente à l’être infini, et donc que les attributs de puissance, de hauteur, de transcendance, de paternité, de lumière, de parole, bref toute la panoplie ouranienne, sont désormais nuls et non avenus dans l’image que nous nous faisons de l’infini.

 

27 avril 2006

 

la tulipe qui apparaît

au plus haut de sa tige

surgit de sa profondeur

la terre mère

 

elle est si belle qu’un secret

de son regard exige

que s’explique la splendeur

du ciel son père

 

le cycle de ce qui renaît

s’effondre est le prodige

de ce monde où bat le cœur

de son mystère

 

Celui qui ment ment-il lorsqu’il dit qu’il ment ? Intéressant problème linguistique. Celui qui dit qu’il dit la vérité dit-il la vérité ? Voilà qui titille moins l’intelligence mais qui inquiète quotidiennement.

Le discours d’information d’un journal est quasiment toujours celui d’une vérité tronquée et déformée, déformée parce que tronquée. Le discours des avocats serait une drôlerie continuelle si ses enjeux n’étaient souvent sérieux, voire tragiques.

Chacun cherche à avoir raison, à se protéger, à se promouvoir, à garder la face devant les autres et devant soi-même, etc.

Lorsqu’on dit à quelqu’un : « Je te crois », ce peut être de la naïveté ; ce peut être aussi de la sagesse : la relation sociale serait impossible si l’on ne faisait pas semblant de croire l’autre, ou même si l’on n’insensibilisait et dissolvait en soi le soupçon : on ne peut vivre dans le doute perpétuel, ce serait vraiment trop inconfortable. Le mensonge en profite.

 

28 avril 2006

 

la noisette qui dans sa coque

dort dort dort

de mois en mois et d’année en année

garde la veille

 

que le prince charmant l’évoque

fort fort fort

et de sa main printanière renée

nous émerveille

 

Lorsqu’on reconnaît l’infinitude de l’esprit, on admet sa présence à tout être fini en tout espace et en tout temps. Il reste à comprendre le comment de cette présence, car il est décisif pour notre façon de sentir, de penser, d’imaginer, d’agir.

 

Pour l’être ultime du je, le pardon ne dépend pas de celui qui pardonne mais de celui qui est pardonné. Quelle que soit l’attitude de l’offensé, l’offenseur qui regrette est en son regret pardonné, à condition que son regret soit celui de l’amour de l’autre comme autre.

 

On peut à titre heuristique s’interroger sur le rôle d’une communication extrasensorielle, extra physicochimique, intuitive en quelque sorte, dans la phylogenèse. La simple mécanique génétique peut-elle expliquer l’extrême complexité coordonnée des progrès de la vie vers la conscience ?

 

Le merle qui apporte un ver à ses petits fait-il acte altruiste ? Il y aurait des degrés dans l’altruisme, une continuité de l’égoïsme à l’altruisme. On peut penser que le merle ressent ses petits comme un prolongement de lui-même, une propriété à défendre et à promouvoir.

Par analogie, on peut penser que la propriété privée est un prolongement du moi, et que la propriété commune, le patrimoine commun, l’est aussi. Le nôtre est un moi étendu.

Cependant l’altruisme, dont on estime qu’il est une manifestation de l’altérité positive, tend à la rejoindre, à être de moins en moins centré sur soi pour se centrer sur l’autre.

 

29 avril 2006

 

Le beau ne se possède pas ; il invite ainsi à l’altérité. A l’altérité positive lorsqu’on s’en réjouit. A l’altérité négative lorsqu’on la confond avec son support et que l’on tente de la posséder. On peut alors aller jusqu’à la détruire.

 

« Je ne prie pas pour le monde » (Jean XVII, 9) Yeshoua a-t-il dit cela ? Si oui, au nom de quelle intuition et de quelle expérience ? Y aurait-il une automaticité de la prière ? A prier pour un dominateur, un exploiteur, lui donnerait-on des énergies qui renforceraient sa stupide perversité ? Mais alors pourquoi Yeshoua aurait-il dit aussi : « Priez pour ceux qui vous persécutent » ? (Matthieu V, 44). Qu’est-ce que ce monde pour lequel on ne prie pas ?

 

un à un les grains de la grappe

s’ouvrent et livrent l’harmonie

ton sur ton de leurs teintes

et comme déjà qui s’échappe

le secret parfum où fleurit

le soupir de l’étreinte

 

viendra l’épanouissement

où la clarté gagnant sur l’ombre

éblouira le cœur

quand les bouffées de l’entêtant

disperseront dans l’air sans nombre

l’égrènement des heures

 

après-demain la rouille tendre

engrangera leurs souvenirs

au trésor des saisons

renouvelées où l’âme engendre

quand doucement la chair expire

l’esprit de la maison

 

30 avril 2006

 

Il doit bien venir un âge où vous ne vous souciez plus de ce que l’autre pense de vous si ce n’est en ce que son jugement peut le servir ou desservir.

Je ne peux pas vous empêcher de me coller quelques étiquettes sur le dos, mais vous ne pouvez pas m’empêcher (de tenter) de les arracher. Ainsi va la liberté. Les humains, même médiocrement animés par l’esprit de l’Autre, n’en sont pas dépourvus, et ils savent qu’ils ne peuvent juger sans se juger.

 

l’étalage est festin gratuit

pour l’œil qui le surprend ravi

lorsque sans besoin ni désir

la beauté attend qui s’y mire

 

passe au marché par les allées

où l’argent propose voilé

sous les espèces des sirènes

ce qui nourrit l’amour la haine

 

attarde-toi près du tombeau

où les belles sorties des eaux

révèlent jusque dans la mort

que ce qui brille n’est pas or

 

Qu’importe le vacarme et les cris, la tête qui éclate et les nerfs déchirés, les tornades de l’imbécillité. Lorsque dans le silence revient le seul à seul, l’immense paix de ta présence nous comble.

 

 

 

 

1er mai 2006

 

Comment être sûr que la joie que l’on goûte est le guide de la vérité si l’on n’est pas sûr d’éprouver la joie vraie ?

 

La foi qui accueille l’Altérité de l’Infini n’a rien à voir avec la croyance et avec le doute qui l’écarte, car elle est ouverture sur un agir plutôt que sur un penser.

 

un nom qui monte à la mémoire

un nom ou un visage

vient évoquer jusques au soir

le polypier d’images

 

n’est-ce qu’un beau squelette blanc

portant à bout de bras

quelques-uns des petits enfants

l’attendant ici-bas

 

ou se peut-il qu’au non-espace

de notre esprit agile

il réveille pour la surface

les dormants des dix mille

 

Celles et ceux qui croient à la valeur rédemptrice de la souffrance, allant parfois jusqu’à s’offrir en victimes de substitution à leur Dieu tout-puissant, sont-ils des consciences pitoyables ? Admirables ? Peut-être leur intention les fait-elles entrer dans l’univers de l’altérité où l’invocation au silence apporte des forces de vie à celles et ceux pour qui elles supplient.

 

2 mai 2006

 

L’effacement du moi n’est pas un but, ni même un moyen ; c’est une conséquence de l’amour des autres.

Amour est un mot d’une telle ambiguïté qu’on ne peut l’employer que dans un contexte qui en précise le sens.

 

est-ce comme un miroir que notre étang l’attire

lorsqu’à l’aube du ciel descend son aile pure

planant comme en un rêve et qui lentement vire

au-dessus de la berge où prend pied sa pâture

 

il va de longues heures guetter pour sa capture

ce qui sous la surface révèle sa vie

et pour lui passera à travers l’ouverture

de la glace sans tain son espoir de survie

 

Découvrir que la souffrance n’est pas rédemptrice au sens de la croix chrétienne ne devrait pas nous conduire à la croire inutile. On a pu parler de son rôle dans l’évolution des espèces animales à laquelle nous participons et de celui qu’elle joue dans l’éveil de la conscience chez l’enfant. Elle poursuit au long de l’existence humaine sa fonction d’invitation à la prise de conscience. Reste une part d’intolérable, d’irrécupérable sans doute même pour les plus avancés sur le chemin de l’amour de l’autre.

 

Analogie des énergies premières dans la marche des êtres : l’amour et la haine, le plaisir et la douleur, la carotte et le bâton, l’attraction et la répulsion, le moteur et le frein.

 

3 mai 2006

 

Si l’œuvre d’art authentique est inspirée, en quoi, comment appartient-elle à celui, à celle qui l’a « créée » ? L’artiste est au moins l’auteur technique de son œuvre ; mais la valeur de l’œuvre tient surtout à son inspiration.

La propriété artistique n’est-elle qu’une fiction juridique nécessaire parce qu’il faut bien que l’artiste nourrisse son corps, et son ego ?

 

toutes ensemble et une à une

tes feuilles fraîches se déploient

j’aimerais bien dire à chacune

le doux secret de notre émoi

 

par tout l’éclat de leur jeunesse

elles offrent dans le semblable

le ballet d’une même ivresse

où leurs yeux sont incomparables

 

jour après jour j’irai livrer

à l’air changeant la complaisance

de nos regards où enivrés

tes pas légers cherchent le sens

 

Malgré l’ambiguïté qui continue de les affecter, les termes « honneur » et « dignité » peuvent servir de support à la compréhension d’un changement des valeurs. L’honneur s’inscrit dans la ligne de la supériorité et de l’infériorité de la structure hiérarchique héritée du groupe animal dans son besoin de se perpétuer et développer.

 

Par le travail qu’il opère sur une matière avec ses mains et son intelligence, l’humain s’approprie cette matière, qui devient comme un prolongement de son moi. Il peut donc le vendre, c’est-à-dire l’échanger contre une matière travaillée par un autre, dans la mesure où il s’y est investi.

 

 

4 mai 2006

 

L’œcuménisme et le dialogue des religions recherchent ce que les tenants des unes et des autres religions ont en commun. Mais le seul universel commun est l’amour de l’autre comme autre, qui ne se soucie des ressemblances que pour en prendre acte et des différences que pour les promouvoir.

 

le hérisson dans la clôture

a trouvé le trou du passage

 

complice de ses yeux malins

le flair de sa petite hure

a reconnu la paysage

 

mais pourquoi serait-il certain

que de l’autre côté du mur

doit se poursuivre le voyage

de son désir et de sa faim

jusqu’au bout de son aventure

 

ce qui le mène libre et sage

vers le proche et vers le lointain

est en son âme la nature

pourvoyant le vieil héritage

que tendent d’invisibles mains

 

Est-ce à celles et ceux qui vivent entre le bitume et le béton à nous apprendre ce qu’est la nature ? Est-ce à des gens qui se sont constitués prisonniers des mots en les déclarant détenteurs de la vérité ? Comment avec des mots pourrait-on prouver la vérité des mots ? Comment pourrait-on s’assurer d’y trouver la nature en vérité ?

 

S’il est vrai que « Dieu est esprit » (Jean IV, 24) et que « la chair ne sert de rien, que c’est l’esprit qui donne la vie éternelle » (Jean VI, 63), les symboles de l’esprit, qui sont chair, ne peuvent d’eux-mêmes donner l’esprit. Certes, chez ceux qui les croient efficaces, ils peuvent avoir une action psychologique menant au spirituel, mais pour l’incroyant ce sont de simples instruments de réflexion et des porteurs d’intuitions poétiques.

 

5 mai 2006

 

Le symbole en son sens d’analogie affective et motrice relève d’une animalité qui ne disparaît totalement qu’avec la mort. Il participe de l’élan de l’esprit sans se confondre avec lui. Il est le provisoire qui dure mais qui est tout de même appelé à disparaître et dont l’esprit nous apprend à nous passer. Sa valeur est liée à la nature continue-discontinue de l’évolution individuelle comme de l’évolution collective du vivant.

 

S’il est vrai que l’individu oméga de la troupe animale se rend utile en faisant retomber sur lui les attaques d’une autre troupe ou même les disputes de ses supérieurs hiérarchiques, il préfigure le bouc émissaire, dont Yeshoua est la sublime figure héroïsée mais qui perdure dans nos comportement sociaux.

 

il doit bien neiger quelque part

si les pétales ici qui tardent

à se fondre dans le terreau

donnent à rêver de l’hiver

 

le froid qui maître de son art

prend toute blancheur en sa garde

doit pour la vie qui naît des eaux

céder à la couleur la terre

 

Tu es tout et je ne puis rien te donner, mais je peux t’accueillir au mieux de mes mains vides et de mon cœur béant pour te donner aux autres.

 

6 mai 2006

 

est-ce le matin qui s’ouvre

fleur dont le parfum à peine

accueille tout le bocage

pour une heure où se dissipe

la méditation des ombres

 

reste oh reste et ne recouvre

cet instant que ton haleine

emplie pour le jour propage

la présence et le principe

de l’un se donnant au nombre

 

S’il est vrai que les paroles de Yeshoua sont celles de la vie éternelle (Jean VI, 68), ce n’est pas parce qu’elles seraient porteuses d’une puissance de vie, c’est parce qu’elles invitent à aimer l’autre comme autre ; car la vie éternelle, c’est d’aimer comme le Bon Samaritain (Luc X, 25). La parole est chair et esprit. « C’est l’esprit qui donne la vie ; la chair ne sert de rien. Les paroles que je vous dis sont esprit et vie » (Jean VI, 63).

Tu n’attends de l’autre ni gratitude ni reconnaissance, car c’est l’autre pour lui-même qui t’intéresse. Tu espères cependant pour chaque autre qu’il adopte cette attitude envers tous et partage ainsi ta joie, ta réjouissance de ce que les autres sont et deviennent. Comment pourtant ne pas te demander toutes sortes de biens, des plus matériels aux plus spirituels et te remercier de nous les donner ? Il faut tout de même vivre en cette chair, nous-mêmes et les autres, les autres qui sont les nôtres et donc un peu nous-mêmes et les autres qui ne le sont pas.

Il ne s’agit pas de te remercier par crainte que notre ingratitude ne décourage tes bienfaits ni même qu’elle nous donne une conscience coupable. Il s’agit d’un remerciement qui n’est que la joie de te savoir être l’amour qui donne sans arrière-pensée.

 

7 mai 2006

 

Révélant celui, celle qui la propose, une interprétation est-elle toujours subjective, déformant son objet au point souvent de le trahir ? L’altérité positive devrait effacer l’interprète au point que son regard s’identifie à l’autre afin que sa parole ne soit plus que l’expression de l’autre.

L’empathie est-elle la meilleure voie de l’altérité ?

 

Si dans le métis le noir voit un blanc et le blanc un noir, cela doit bien vouloir dire quelque chose.

 

es-tu transparence de l’air

entre ici et là-bas

connivence du vide

et concert des constellations

 

l’espace il semble en l’à travers

est ce qui aperçoit

la présence limpide

de ta lumière où nous voyons

 

ouvre nos sens à cet éther

où l’invisible pas

de ta danse décide

l’élan de nos contemplations

 

Plus encore que le judéo-christianisme, l’islam est une religion de la pureté et de la puissance. Et pourtant ceux et celles qui en vivent trouvent souvent le chemin de la compassion et du don de l’accueil de l’autre. La zakat est parfois présentée comme une purification, le terme étant dérivé de zakavah, mais celles et ceux qui l’observent le font souvent en s’oubliant pour ne penser qu’à l’autre. Peut-être une conscience aiguisée par la prière et par la purification reconnaît-elle plus aisément l’altérité positive de l’être.

 

8 mai 2006

 

Dans la relation entre un être fini et l’être infini, que vient faire le désir ? L’infini ne peut connaître le désir puisqu’il est tout et sans manque. S’il est vivant, un être fini est un être de besoin. Un être fini conscient passe du besoin au désir. Il garde ses besoins de vivant, mais il aspire à l’infini (à commencer par l’infini de l’éternité dont le désir lui fait redouter la mort s’il la croit totale). S’il prend conscience de l’infinitude de son désir, il faut bien qu’il se mette en quête de l’être infini puisque l’accumulation des biens finis, qu’ils soient de l’ordre de la possession ou de l’ordre de la domination, ne peut le satisfaire.

Un paradoxe lui apparaît lorsqu’il découvre que l’infini qu’il désire est un être sans désir. S’il va jusqu’au bout de sa pensée, il accueille l’infini sans désir pour participer à sa vie de don pur.

 

il pleut des pleurs sur la terre

œil pour œil et dent pour dent

la bête la queue se mordant

mène son corps aux enfers

 

la plaie du onze septembre

doit rester vive pour la haine

brûlez brûlez votre regard

en boucle sur cette scène

 

que vos crocs vite démembrent

les autres que pour votre peine

vous rejetez dans le retard

de notre belle œkoumène

 

il pleut des pleurs sur la terre

œil pour œil et dent pour dent

la bête la queue se mordant

mène son âme en enfer

 

 

 

 

9 mai 2006

 

pour cet espace qui se trouble

puis redevient notre ciel clair

et en garde le souvenir

 

pour ces fumées de l’insensible

que le soleil en l’aube fraîche

allume disperse et dissout

 

pour ces brumes dont le sursis

en leur paraître et disparaître

nous emporte je ne sais où

 

La croix ne fut-elle pas pour Yeshoua la fin de tout honneur et de toute gloire ? Mais ses disciples ont fait de cette défaite une victoire, sans comprendre que l’amour de l’autre pour l’autre mène au total effacement de soi, à cette invisibilité qui est pour nous le visage de l’Esprit.

Comment s’étonner alors que ceux et celles qui le cherchent soient amenés à cette disparition ? Et ils, elles le sont comme malgré eux, car s’ils en étaient l’auteur, ce serait encore pour leur gloire.

 

Dire que le désert se réjouira en fleurissant (Isaïe XXXV, 1), ce n’est pas seulement faire du désert une belle métaphore ; c’est d’abord voir les fleurs du désert comme une réjouissance ; c’est partager la réjouissance de la beauté du monde et se mettre en devoir d’y collaborer. Cette écologie-là n’est pas seulement au service des hommes ; elle participe de la sollicitude de l’altérité positive de l’Esprit. « Dieu vêt l’herbe des champs » (Luc XII, 28), pensait Yeshoua ; c’est-à-dire que pour lui Dieu ne se soucie pas que des hommes ; il baigne toute la création de sa sollicitude.

 

10 mai 2006

 

On ne peut découvrir les contradictions présentes dans les évangiles sans avoir à affronter un dilemme : tenter de les réconcilier, tâche impossible sauf à croire que l’on a affaire à la parole de Dieu et qu’elles cachent une mystérieuse unité ; ou bine chercher à y distinguer le vrai du faux, ou l’essentiel de l’inessentiel, afin de mettre en lumière le premier et d’écarter el second.

 

Lorsque Yeshoua oppose la gloire qui vient des hommes à la gloire qui vient de Dieu (Jean XII, 43), il subvertit toute gloire, car la gloire de Dieu n’est pas une gloire, c’est la vie pour l’autre, la vie éternelle.

 

Commémorez, commémorez si cela peut vous inciter à agir maintenant contre le mal dont vous évoquez les horreurs et pour le bien que vous célébrez. Le reste n’est vraiment que littérature, plus exactement mythe et rite, fascination des origines et des événements fondateurs.

Il faut périodiquement reprendre acte de la force des mythes et des rites de nos sociétés qui se présentent et se croient rationnelles, et savoir les utiliser plutôt que les mépriser.

On ne peut les utiliser sans risque que si l’on n’y croit pas, mais aussi en reconnaissant leur efficacité en cette part inconsciente de nous-même qui continue d’en vivre.

 

pour trois étoiles que tu nommes

je saurai comment te rejoindre

il n’est profondeur ni hauteur

que la lumière chevauchant

je ne puisse vers toi franchir

 

à n’être plus femme ni homme

en l’esprit qui viendra nous oindre

ayant quitté largeur longueur

et peut-être même le temps

chacun à l’autre pourra dire

 

11 mai 2006

 

ô merveilleux silence où le vide frémit

de ta présence et vit

 

j’irai marcher longtemps sur la berge de l’onde

en ta forêt profonde

 

viennent dans ta nuit tiède l’attente et le passage

le souffle des visages

 

j’irai respirer l’ombre où ton parfum éclaire

les pensées solitaires

 

vienne ce nulle part qui s’enfuit dans l’espace

le partout de ta face

 

je fermerai les yeux pour le don qui s’inspire

pour le don qui s’expire

 

ô merveilleux silence de présence et de vie

où ton vide frémit

 

Ils me parlent de la parole de Dieu, mais je sais bien que tu ne parles pas et que tu n’es pas dieu. Je te sais et te cherche dans le silence, toi le sans-nom. Car tu m’y combles en me donnant d’aimer les autres, les mondes, les univers.

Tu es sollicitude infinie.

Tu dois être beauté aussi. La nature, sinon, serait quelconque, alors qu’elle resplendit. Si elle ne le fait pas toujours et partout, c’est que tu la laisses à ses indéterminations, libre avant même que n’apparaissent les consciences. Et les consciences qui te connaissent cherchent à l’embellir, à effacer ses rides.

 

Le succès du Da Vinci Code et de tant d’autres histoires de la même farine donne la température de la stupidité et de la crédulité de nos contemporains.

 

Comment se prendre pour un peuple élu – et tous les peuples de la terre sont tentés de le faire- sans plus ou moins consciemment prendre les autres pour des pas grand-chose ?

 

12 mai 2006

 

Eros peut être un déclencheur, un éveilleur de l’agapè ; l’amour de l’autre pour soi invite à l’altérité alors même qu’il est une exaltation du moi

 

le lilas pâlit au soleil

et déjà la rouille le ronge

dire que la vie est un songe

c’est espérer qu’on se réveille

 

la nuit d’un jour à l’autre passe

le témoin et le sang au cœur

afin que vienne le meilleur

que l’entraille donne à la face

 

au ruisseau qui passe la biche

vient boire un peu d’eau que le faon

devenu biche à son enfant

donne la vie qu’elle s’affiche

 

montre au visage de la terre

la part qu’elle te donne à vivre

en l’esprit pour qu’il te délivre

invisible dans l’atmosphère

 

On peut bien aménager la prison des mots, en faire un chalet douillet ou une gentilhommière, ou encore un atelier, voire une usine. Elle reste une prison, et il faut jour après jour chercher à s’en échapper, quitte à y retourner pour y prendre du travail et du repos.

 

Le silence évidemment ne s’entend pas, mais il est aussi indispensable que les mots pour découvrir le sens des choses.

 

Le mythe et le rite sont peut-être indéracinables de notre inconscient, mais il faut en faire des serviteurs après qu’ils ont été nos maîtres si longtemps. Il faut que leur force d’action soit engagée au service de l’altérité au lieu qu’elle ne l’entrave ou ne nous en distraie. Il faut surtout nous garder de l’utiliser pour asservir les autres.

 

13 mai 2006

 

« Comme un lis parmi les épines, ainsi est mon amour parmi les jeunes filles » (Cantique II, 2). Il s’agit bien là d’un amour d’élection entre l’Eternel et son peuple. Cela ne ressemble guère à l’amour universel d’Aimer. Il ne pouvait sans doute pas en être autrement au départ, mais on ne peut en rester là. Il y a bien des judéo-chrétiens pour qui il faut encore découvrir que, ô stupeur, « Dieu aime les païens » et même que son amour est offert à toute créature à la mesure de l’accueil qu’elle lui réserve.

 

L’esprit vit dans cet espace infini dont le centre est partout et la circonférence nulle part. Notre univers de quelque quatorze milliards d’années lumière y est infiniment moins qu’une poussière. Penser que cela ne peut être parce que cela est inimaginable, c’est s’enfoncer dans l’irrationalité. On ne peut de toute façon parler de l’esprit qu’en métaphore puisque notre parlance est rédhibitoirement matérielle.

 

La cravate est la corde que l’Occident passe au cou de tous les peuples qui se soumettent à sa culture. C’est aussi la corde de sécurité à laquelle l’Occidentalisé cramponne sa dignité.

 

rose protège ta splendeur

de ce qu’il faut d’épines

pour inviter le délateur

aux phrases assassines

à reconsidérer son cœur

devant ta robe fine

 

car tu es née sur une terre

où la dent est partout

où l’acacia dans le désert

reste toujours debout

où la vie s’acère et lacère

pour tenir malgré tout

 

mais tu souris dans le regard

où l’âme s’émerveille

et ta fragrance en l’air du soir

et l’immobile veille

subtile à ne pas décevoir

le rêve des abeilles

 

14 mai 2006

 

A entendre ce que l’on dit du Da Vinci Code, on a l’impression qu’il s’agit d’un combat d’obsédés pour des obsédés contre des obsédés. Et tout cela parce que Yeshoua a été récupéré comme un héros solaire par une religion ouranienne avec laquelle son intuition de l’altérité comme clef du bonheur n’a rien à voir.

 

Ces scientifiques pensent-ils que nous sommes seuls dans l’univers parce qu’ils sont secrètement travaillés par le mythe du peuple élu ? La terre serait la planète élue sur laquelle leur dieu se serait penché avec une sollicitude d’amoureux. Ou pensent-ils que le concours de hasards qui l’a réalisée est si invraisemblable qu’il n’aurait jamais dû se produire (ne pouvant évidemment nier qu’il s’est produit ici).

 

toutes ces routes ont une carte

et tu sais que pour y passer

il faut qu’avant que tu ne partes

tu aies su la mémoriser

 

que la parole des pancartes

s’accorde à celle du papier

et que les choses se départent

de toute leur obscurité

 

mais rien qu’en l’un et l’autre instant

que des pièges tu te dégages

comme il faut bien qu’incessamment

tu veilles sur l’autre au passage

 

car l’ombre et l’éblouissement

t’attendent dans le paysage

pour que tu puisses communiant

savoir ce qu’est notre voyage

 

15 mai 2006

 

Il n’existe pas de problème du mal pour celles et ceux qui passent du dieu tout-puissant à la liberté dans l’amour de l’autre comme autre qui préside à la relation de l’être infini avec les êtres finis.

 

Le pardon est la forme que prend le Don d’Aimer pour les consciences qui lui manquent et puis qui l’accueillent.

 

l’instant où la bête jaillit

dans la lumière et puis repasse

en son domaine de la nuit

sur l’âme imprime son message

 

qu’elle accueille le don gratuit

qui l’attend au fond du voyage

lorsque sa peau a tressailli

en croisant la beauté fugace

 

L’altérité positive entraîne au-delà de la fierté et de la honte, de la dignité et de l’indignité. Faut-il avoir perdu sa réputation pour y accéder ? Si c’est parfois une condition nécessaire, ce n’est jamais une condition suffisante. Pour entrer dans cette pureté de l’amour de l’autre comme autre qui est le propre de l’Infini, il faut l’accueillir en accueillant tout autre sans se soucier de soi. Certaines circonstances désagréables peuvent nous y inciter, mais non pas nous y décider.

 

16 mai 2006

 

Il n’est pas improbable qu’il se soit trouvé des esclaves parmi mes lointains ancêtres, et peut-être aussi des esclavagistes. Et alors ? Je ne suis pas mes ancêtres, ni leurs asservisseurs ou leurs asservis. Je garde seulement conscience que les gènes dont ils ont été le relais depuis la bête sont toujours présents en ma chair et capables de me faire commettre le pire.

 

cet eux égale aime ces deux

est une force folle

cachée dans la moindre présence

de ce qui nous rapproche

 

qu’en juste distance les cieux

de ton âme et le sol

de ton cœur viennent à la transe

et qu’explose la roche

 

Si le christianisme s’est construit sur l’héroïsation ouranienne de Yeshoua au mépris de son intuition, comment le faire comprendre et admettre à ceux (évidemment pas celles) qui le dirigent et gèrent jusqu’à présent ? Le besoin de héros est-il connaturel à l’humain premier qui continue de vivre en l’Occidental du XXI° siècle comme le signalent ses cérémonies, fêtes et célébrations profanes ? L’intuition de Yeshoua devrait dissoudre les mythes et les rites ; pourquoi n’y parvient-elle pas ?

 

On peut rechercher ce qui dans les écrits sacrés des Eglises, à commencer par les Evangiles, les Actes des Apôtres, les Epîtres, voire l’Apocalypse ne s’accorde pas avec l’altérité positive en ses inhérences de liberté et d’universalité. On peut aussi traquer tout ce qui s’y accorde.

On peut également écrémer les textes sacrés des autres religions pour y identifier la présence, ou non, de l’altérité positive.

 

17 mai 2006

 

la plume détachée ici par le hasard

de sa légèreté et d’un souffle hésitant

s’est posée et attend

 

qu’une main enfantine émerveillée l’élève

à la hauteur du rêve où s’étend son espoir

jusqu’aux ombres du soir

 

à défaut de l’oiseau qui palpite en la main

et qu’on laisse aussitôt s’échapper dans l’espace

pour y gagner sa place

 

cette forme parfaite immobile inutile

cette harmonie de tons détournée de sa fin

appelle un lendemain

 

« Laisser trace, mais en s’effaçant ». Curieux paradoxe ? Ne faut-il pas choisir ou passer de l’un à l’autre ?

« That in black ink my love may still shine bright », dit Shakespeare. Que nous importe la chair et le sang de Shakespeare, ses os qui peut-être se dessèchent dans un tombeau glorieux. Ce qui reste, c’est une œuvre admirable, dont on ne sait même pas en absolue certitude qui en est l’auteur. C’est la beauté d’un amour qui chante devant le temps destructeur pour s’en arracher.

La vraie trace de Yeshoua, ce n’est pas sa personne mythifiée, mais son intuition de l’amour de l’autre comme vérité dernière de l’être.

 

« Paix sur Jérusalem », dit le Psaume 121. C’est que la paix n’y va pas de soi ; c’est aussi qu’elle est souhaitée pour un lieu que l’on préfère aux autres. N’est-ce pas un progrès de lire ; « Paix sur la terre aux hommes de bon gré, anthropoïs eudokias » (Luc II, 14). C’est la paix souhaitée pour tous, non pour un peuple aux dépens des autres, ou même indépendamment des autres.

 

18 mai 2006

 

une porte qui bat à son rythme inconnu

exalte le silence

quel souffle ici hésite nu à se revêtir

d’un bruit qui fasse sens

 

si la parole est chair habitée par l’esprit

pour l’oreille attentive

d’un cœur battant au rythme des portes d’avenir

qu’avec toi elle vive

 

Interview ? Je répondrai à vos questions si vous répondez aux miennes. – Vous ne jouez pas le jeu – C’est un jeu de dupes : l’interviewé joue au serviteur avec le secret espoir de gagner quelque gloire, et l’interviewer joue au maître pour gagner sa vie lui aussi. Où est l’altérité positive là-dedans ? Pouvez-vous imaginer que Yeshoua se soit fait interviewer ? Ses rencontres, amicales ou hostiles, sont des échanges et, ou des invitations à l’échange.

 

Prêter serment sur la Bible, le Coran, la Constitution… ? Si je vous dis que je suis sorti de l’ère du mythe et du rite, qu’allez-vous me répondre ? Voulez-vous que je vous cite un texte vieux de deux mille ans ? « Moi je vous dis de ne pas jurer du tout » (Matthieu V, 34).

Au nom de quoi, de qui celui qui s’exprime ainsi parle-t-il ? D’une autorité mythique (on l’a dit dieu) ? Non, d’une intuition forte dont la nature même le porte à la communiquer : celle de l’amour des autres, qui est la substance de sa bonne nouvelle avant d’être la raison de la répandre ? Quand on découvre que le secret du bonheur c’est d’aimer les autres, on ne peut que le leur dire afin qu’ils puissent y participer.

Ne pas jurer, comme ne pas juger, fait partie du climat auquel préside l’amour de l’autre. Il n’est pas besoin de jurer puisqu’il est exclu de mentir à ceux qu’on aime et que l’on aime tout un chacun.

 

19 mai 2006

 

Si Yeshoua a parlé en paraboles, ce n’est pas par goût culturel, encore moins par ésotérisme. C’est parce qu’il avait à dire des choses qui ne trouvaient pas à s’exprimer dans un langage qui leur eût été approprié et que ses auditeurs auraient pu comprendre. Il s’agissait de choses nouvelles, pour lesquelles sa culture ne possédait pas encore des concepts adéquats. La juste interprétation des paraboles ne peut se faire qu’à partir de l’intuition centrale, celle de l’amour-agapè. Toute autre interprétation risque de n’être que projection de sens, que ce soit par allégorie, anagogie ou simple métaphore.

Lorsque je regarde ma montre, je ne vois que l’heure qu’elle indique. Lorsque je regarde tes yeux, je ne vois que le sens qui s’y dit.

 

qui es-tu qui murmure à l’oreille du vent

pour qu’enchanté il bruisse en embrassant les feuilles

et remplisse la chair d’une étrange présence

 

ces airs font au silence une cour qui l’accueille

et sans jamais te voir je devine l’enfant

qui joue derrière un mur à la balle en rêvant

 

il se tait mais son âme aux souffles se confie

et se répand au loin dans les arbres du songe

 

l’oreille qui se tend et dans l’espace plonge

au-delà de l’écoute immobile ravie

goûte combien est bonne avec l’autre ta vie

avant même qu’au soir le mur ne la recueille

 

Yeshoua aurait-il pu se faire entendre s’il avait renoncé aux mythes du royaume et du messie ? Pouvait-il même l’imaginer ? Avait-il conscience que sa bonne nouvelle devait dissoudre toute mythologie pour libérer l’être même de chacun dans l’amour des autres ?

 

20 mai 2006

 

le vent les fait étinceler

diamants de la nuit

rubis émeraudes saphirs

merveilles éphémères

 

que s’offre le regard ailé

dans le don de la pluie

au soleil qui vient y bénir

les fantômes de l’air

 

Peut-on parler d’engagement lorsqu’on vit l’altérité positive ? Elle n’est que liberté du présent devant le passé et devant l’avenir. L’engagement est un serment qui lie et asservit alors que l’amour de l’autre qu’on accueille rend fidèle au-delà de toute promesse.

 

« Marche devant ma face et sois parfait » (Genèse XVII, 1). « Soyez parfaits comme votre père céleste est parfait » (Matthieu V, 48). On pourrait discuter sur le mot « parfait » dans l’une et l’autre citations. Peu importe, il s’agit dans les deux cas d’un idéal à rechercher. La face du Puissant, la présence du père dans le secret, c’est son être même, Aimer. Nous sommes invités à cheminer dans et vers l’infini, ce qui est plus facile à dire qu’à comprendre. Mais plus que penser clairement des concepts qui dépassent notre intelligence réflexive, il faut agir.

 

Une pensée manichéenne du oui et du non ne peut manquer de provoquer la résistance d’une pensée libérée de ses attaches verbales.

 

bourrasques

buissons échevelés

quel masque

voulez-vous arracher

de ce qui n’a

au fond de toi

rien à cacher

 

tempêtes

qui te secouent entier

la tête

le cœur et jusqu’au pied

n’ayant à faire

qu’à sur la terre

t’en dépouiller

 

21 mai 2006

 

Rien ne peut t’empêcher de penser librement, pas même la libre pensée (si tant est que la libre pensée est une pensée qui pense contre une autre pensée alors que la liberté de penser s’ouvre à toute pensée).

 

S’il n’y a plus de héros, il n’y a plus de modèle. Il n’y a plus d’Imitation de Jésus-Christ ni de qui que ce soit. Chaque conscience est unique, mais, pour le devenir en vérité, elle doit accueillir la liberté de l’Esprit. L’Esprit est amour de l’autre et c’est lui qui nous permet de faire de notre identité une identité pour l’autre, qui nous crée dans notre relation aux autres comme êtres d’amour, nous faisant accéder à l’être de notre être. C’est alors que nous sommes libres, car c’est alors que nous sommes, agissons et pensons dans la vérité de notre être. On comprend comment la vérité libère ; ce n’est pas la vérité des dogmes, c’est la vérité de l’amour comme substance de l’être.

 

les brigands de la nuit ont abattu des feuilles

et les ont dispersées

quelques branches aussi ont été fracassées

et gisent sur nos seuils

 

mais déjà les blessures vives se cicatrisent

une invisible force

de compassion plus proche que nous vient et amorce

le soupir dans la brise

 

« Je te célèbre, Père, parce que tu as caché cela aux sages et aux sagaces et que tu le découvres aux tout-petits » (Luc X, 21) Ici aussi langage manichéen, comme dans « les premiers … et les derniers », « les abaissés… et les exaltés ». Derrière ce langage se dit, voilée, l’égalité des consciences face à l’amour auquel ont accès les plus intelligents comme les plus demeurés.

Les philosophies du aut sont celles de l’imaginaire ouranien (« Notre père, qui êtes aux cieux »). Il nous faut une philosophie qui sache moduler et faire concerter le aut et le et.

 

22 mai 2006

 

la digitale est de retour

dressant sa tige frêle encore

et quelques promesses de fleurs

 

chante la nuit chante le jour

j’attendrai que viennent éclore

les semences de son bonheur

 

Si Spinoza a pu penser que la vertu et la béatitude ne font qu’un, on peut dire que par analogie il pensait que l’amour de l’autre est le bonheur de l’être.

Il ne s’agit pas de réprimer le désir, au sens du conatus spinoziste, mais de le diriger vers le bien de l’autre en quoi il s’accomplit.

 

Si je pense que j’ai un corps, et non que je suis un corps, et puis que mon corps n’est pas moi, je puis l’aimer d’amour de l’autre. Ce penser libre, qui ne se soucie ni du correct ni du normal, est-il un don de l’infini amour ? Sans doute, mais même le mot don est suspect, car il peut connoter l’idée d’une dette (de reconnaissance) alors que l’Amour nous aime d’un amour sans retour et gratuit.

 

Un sexualité normale ? Ah ! ah ! Mais attention, il n’y a que l’infini amour participé qui nous libère en notre être. Ta sexualité normale, c’est celle avec laquelle tu vis libre de la liberté de l’amour de l’autre.

 

23 mai 2006

 

Une morale du devoir est une morale qui nous demande de faire des choses qui ne sont pas inscrites dans l’être de notre être, ou que nous ne percevons pas comme telles. La morale de l’amour nous incite à agir dans la liberté et pour la béatitude de notre être.

 

la terre qui s’écrase sous ses pas

rassure le marcheur

cédant elle garde ses droits

en affirmant les leurs

 

ferme en son horizon il va

bercé par sa douceur

et son esprit passe au-delà

des rires et des pleurs

 

il caresse cette peau dure

sans même s’en soucier

ce qui va de soi et perdure

échappe au cœur fermé

 

pourtant qui en l’autre s’épure

trouve l’éternité

de la chair de cette nature

qui vit de se donner

 

A la table ronde des savoirs, la science reconnaît que l’art est une approche du réel aussi nécessaire et aussi fructueuse que la sienne. Et réciproquement. Et surtout, ils découvrent en leur dialogue ce que ni l’une ni l’autre n’aurait pu rencontrer seul.

La transdisciplinarité ne peut se borner à une uniformisation des langages. Elle doit reconnaître la spécificité inaliénable de chaque approche du réel.

 

24 mai 2006

 

entre perle et anthracite

les nuages se nuancent

voulez-vous que je les cite

au tribunal des consciences

 

si vous êtes blanc ou noir

ni innocent ni coupable

les juges vous feront voir

ou puissant ou misérable

 

qu’ils sachent lever les yeux

au ciel ou les abaisser

sur terre ils verront le jeu

des teintes tout embrassées

 

mais c’est le gris des nuages

surtout qui sera leur maître

de justice et bientôt sages

ils apprendront ce qu’est l’être

 

entre perle et anthracite

les nuages se nuancent

si vous permettez j’invite

chacun chacune au bon sens

 

Ils communiquent, ils communiquent…Et ça marche ! Effrayante stupidité de la foule qui proclame ne pas croire aux paroles mais aux actes et dont les actes ne suivent pas les paroles.

 

25 mai 2006

 

Fais un pain : de la farine, de l’eau, du sel, de la levure et ton travail (tes bras, ta tête, ton savoir-faire…). Tu pourras le vendre sans doute et, bientôt mangé, il disparaîtra après avoir rempli sa fonction. Fais un poème : de l’encre, du papier et ton travail (ta parole, ton écriture, ton savoir-faire, ta chair rythmée, ton imagination, ta culture, ton inconscient…). Tu pourras peut-être le vendre ou le donner, et un nombre indéfini de femmes et d’hommes pourront le lire et le relire sans qu’il disparaisse et ne cesse de remplir sa fonction. Et alors ? Ben oui, si la chair vit de pain, l’esprit vit de parole.

 

en hâte parmi les collines

les forêts et les longues plaines

il faut aller là où s’incline

la tendresse devant la peine

 

qui sait si nos regards changés

pourront peut-être en l’énergie

de ton esprit encouragés

te relever là où tu gis

 

Nous vivons de pain et de parole, dit-on. Est-ce la même consommation ? Tout le monde sait que l’un et l’autre ne sont pas du même ordre. La matière est temporaire, l’esprit qui inspire la parole est éternel. Les productions de l’esprit perdurent dans la mesure où elles sont esprit. Un poème a pourtant quelque chose de matériel : il est fait de sonorités autant que de sens.

Existe-t-il une beauté purement immatérielle ?

 

26 mai 2006

 

La matière fait partie du non-autre de l’infini, mais l’infini lui donne l’être en autonomie. Qu’est-ce d’ailleurs que la matière ? N’est-ce vraiment que ce que nos instruments scientifiques et nos calculs sont capables d’en découvrir ? Faut-il avoir la sensibilité d’un Gérard de Nerval pour répéter après Pythagore : « Tout est sensible » ? S’il existe une conscience humaine réfléchie, une conscience animale simple, on peut bien faire l’hypothèse d’une (pré)conscience minérale.

 

la roche par-dessus les bois

règne sublime

il faudrait bien monter parfois

jusques aux cimes

 

cependant le simple regard

les escalade

et se remplit de leur miroir

en sa bravade

 

les habitants de la vallée

partout s’activent

mais s’arrêtent pour contempler

leur âme vive

 

qui s’éveille dans la clarté

de leur attente

ou rêve dans l’obscurité

dure et patiente

 

Le paranormal interpelle la science. Dommage que si souvent elle fasse la sourde oreille, prenant excuse qu’il est exploité par le charlatanisme.

 

27 mai 2006

 

Quelle présence, celle de l’être infini aux êtres finis ? Est-elle définitivement incompréhensible ? Faut-il s’en tenir à l’évidence de son existence déduite de la coexistence de l’être comme infini et de notre être comme fini ? La réflexion nous dit que cette présence ne peut être que « plus intime à nous-mêmes que nous-mêmes », comme l’a dit Augustin. La non-dualité vedantine recherche aussi l’expression juste.

Nous sommes ton non-autre, et tu es notre autre le plus autre, notre autre infini.

 

pour les périodes du silence

laisse au regard le goût du vide

sur le sfumato des collines

où les lointains appellent

 

lorsque lente l’heure s’avance

en son alchimie de l’humide

que du tiède à midi s’affine

l’étreinte d’il et d’elle

 

Notre médecine occidentale est ouranienne en ce qu’elle est tentée de ne considérer notre organisme que comme une somme de parties quasi indépendantes. L’esprit chtonien holiste peut corriger cette fragmentation, rappeler au spécialiste qu’il doit rester généraliste.

 

« Rebelle », mot d’échange chargé de tant d’affects. Qui l’emploie ? De qui parle-t-il ? De lui-même pour se féliciter ? Pour se résigner ? D’un autre pour le condamner ? Pour l’approuver ? Pour l’excuser avec condescendance ? Peut-on l’employer sans juger ?

Combien de mots sont ainsi ? A-t-on jamais fini d’écouter leurs murmures et leurs échos ?

 

28 mai 2006

 

Il ne s’agit pas de pardonner dans le but d’être pardonné. Le pardon qui donne la vie éternelle est celui de l’amour qui ne pense qu’à l’autre.

 

Le métis n’est ni chair ni poisson, dit la pensée ouranienne en son désir de pureté. Le métis est chair et poisson, dit la pensée chthonienne en son désir d’étreinte. Mais la condition du métis libre du regard des autres l’invite à passer au-delà des imaginaires et des comportements culturels qu’ils commandent, à faire de toute race, de tout peuple et de toute langue un sujet de dialogue, un compagnon de table ronde.

 

Cette relation journalière se donne la chance d’une expression non encadrée par un projet fini, comme le sont des essais discrets en leurs aboutissements. L’essai satisfait le désir ouranien des choses claires et précises ; en prendre conscience incite à le remettre en question, ou du moins à le lire en cherchant partout de possibles rhizomes, les effilochements qui sont le signe d’une pensée proche du fouillis du réel. Il faudrait écrire en suggérant à tout instant que ce que l’on propose est incomplet, et donc un peu faux.

 

en la transparence d’eau claire

de la pâleur crépusculaire

ce signe parmi les nues noires

affiche un éternel espoir

 

si frêle et cependant sans fard

il maîtrise la grande mer

sinon pourquoi au cœur cet air

de fête enfin jusque si tard

 

29 mai 2006

 

cette douceur tiède qui baigne

la paix d’un chant d’oiseau

pour une heure efface le règne

du piétinant troupeau

 

avant de reprendre la route

de ce qui cogne et saigne

immobile debout écoute

le silence des hauts

 

Il n’est pas indispensable de vouloir vivre en poésie pour lui donner la place qui lui revient chez celles et ceux qui éprouvent le besoin d’écrire. Il n’est pas même nécessaire de se croire poète ou destiné à l’être.

 

Peut-on vivre le dessein de l’univers sans tenter de participer à son œuvre de beauté ? Ne serait-ce qu’en luttant contre la laideur et la saleté.

Il existe de multiples déclencheurs du don, disons plutôt, d’invitations au don. On peut s’y sentir poussé par l’exemple, par la reconnaissance, ou simplement, dans le contre-don, par le désir de ne pas perdre son rang. Le don parfait, ou ces motivations variées peuvent conduire sans pourtant nécessairement y aboutir, est celui qui ne vise que l’autre. Il est participation au don de l’infini donateur.

La compassion qui découvre en l’autre un semblable malgré sa différence est-elle la voie royale du don parfait ? C’est l’exemple de la parabole du Samaritain en voyage (Luc X, 25-37).

 

30 mai 2006

 

chaque herbe au jardin qui s’élance

à nulle autre qu’elle ne pense

elle cherche à prendre sa place

au soleil sans perdre la face

 

la lutte pour le territoire

fait que tout être est un barbare

à moins que capable d’esprit

il n’accueille ce qui unit

 

Penser que notre esprit a virtuellement accès à la totalité de l’être, est-ce insinuer que l’infini s’offre à nous ? D’où peut bien venir pareille pensée ? Comment peut-elle s’imposer ?

 

Il est sans doute illusoire de penser que l’on pourra un jour préciser absolument des concepts tels que intuition, beauté, symbole et tant d’autres. Ils sont enfermés dans des mots ambigus, polysémiques. Nous sommes acculés à penser au-delà des mots, et c’est une façon de nous spiritualiser.

 

L’idée que notre monde est le meilleur possible ne peut faire ricaner les esprits qui récusent la toute-puissance divine au profit de son altérité positive et de la liberté qu’elle implique à tous les stades de l’évolution de notre univers. Un monde où un dieu exercerait sa toute-puissance serait parfait parce que totalement déterminé, mais ce ne serait qu’une mécanique parfaite. La liberté est impensable sans la possibilité de l’erreur et du mal ; et avant d’être la liberté de la conscience réfléchie, elle est l’indétermination de ce réel que nous considérons comme purement matériel.

 

 

31 mai 2006

 

tant de chuchotis dans la brise

animent la conversation

de la solitude des pins en leur tête dubitative

 

que l’oreille fine s’avive

et tente d’entrer dans le sein

de ce monde où notre passion enfin

trouve une onde précise

 

On peut bien accorder une confiance absolue à l’amour infini, le comment de nos relations demeure une énorme inconnue. Il n’y a pas de mots pour la décrire, pas de concepts, rien qu’une intuition indéfinie, indéfinissable.

Les mots sont des organes imparfaits créés par notre fonction expressive. Il est utile de les examiner sous toutes leurs coutures, historiques, géographiques, culturelles, psychologiques, sociologiques… Il est utile aussi de les comparer à leurs traductions en d’autres langues, de découvrir ainsi certaines de leurs limites.

Les mots étrangers que l’on dit intraduisibles sont précieux pour nous mettre sur la voie de pensées encore inaccessibles en notre propre langue. Ils nous suggèrent aussi que bien des pensées peuvent naître qui n’ont pas encore trouvé à s’exprimer, et qu’il n’y a pas de limites à leur enfantement dans l’infini de l’être, que notre monde fini lui-même est encore bien loin d’avoir livré tous ses secrets.

 

Certaines gens se sentent frustrés en constatant que les équations qui gouvernent l’univers ne sont pas des créations de l’esprit humain, mais d’un esprit auquel l’esprit humain accède. Pourquoi ?

 

1er juin 2006

 

Comment faire un concours de chanteurs alors que chacune, chacun est unique ? On ne peut apprécier que la perfection de sa technique. Le reste relève du goût de chacun des auditrices et auditeurs, même s’ils peuvent arriver à un quasi-consensus sur l’inspiration des prestations.

Le goût des concours qui envahit le non-quantitatif est la marque d’une culture où prévaut un imaginaire ouranien féru de hauteur et de hiérarchie.

 

Peut-on retrouver le chemin de la sympathie des choses ? Est-elle compatible avec la réflexion ? Ne peut-on tenter de l’exercer qu’en alternance avec la pensée conceptuelle ? Pourquoi a-t-elle si peu de succès parmi les intellectuels ? On ne peut la rechercher que si l’on y a goûté et que si l’on soit prêt à faire fi des courants intellectuels majeurs de l’Occident, qui s’en détournent.

 

le saule pleure immobile au jardin

ou n’est-ce que la tête encore

incapable d’aller main dans la main

avec lui plus loin que dehors

 

sa chevelure à la mienne quand même

se mêle en longs frémissements

et sa sève en mon sang demeure et sème

la pluie le soleil et le vent

 

de reconnaître l’unique en son cœur

laisse muet de voir son âme

exubérante épancher les humeurs

dont tout l’univers se réclame

 

2 juin 2006

 

La présence immédiate de l’infini n’est pas objet d’expérience, et pourtant toute expérience de l’être peut devenir un appel à y être attentif.

 

le jour enferme notre terre

dans son grand cocon de lumière

il faudra attendre ce soir

pour lever le cœur et le voir

 

entre les myriades de mondes

appeler plus loin que leurs ondes

qui jamais n’atteindront le vide

qu’ici tu habites limpide

 

à moins que de fermer les yeux

Tirésias puni des dieux

tu n’ouvres à la nuit de sagesse

où ta présence enfin ne cesse

 

Avons-nous tous plus ou moins le désir, la nostalgie du don pur, de l’intention de l’autre exclusive où nous ne nous réservons rien, pas même la satisfaction de le voir se réaliser en nous ?

Nous ne pouvons en logique vivre totalement pour l’autre, ne serait-ce qu’un instant, sans que ce soit l’autre qui agisse en nous. Et cette logique confirme l’expérience que nous pouvons avoir de cette réalité spirituelle lorsque nous la vivons en pleine conscience.

 

On peut penser que les silences donnent à la musique ses rythmes. On peut penser aussi que les musiques donnent au silence des formes qu’il appelle en son infinité créatrice. Il faudrait en tout cas prendre en compte le silence et y être attentif lorsque nous écoutons de la musique.

 

3 juin 2006

 

cette fumée raconte une très vieille histoire

de vies dans les bois de nuits noires

 

cette odeur douce amère insiste en la mémoire

 

mille ancêtres peut-être se rappellent en elle

les camps et les cabanes frêles

le repos où l’on parle où les songes se mêlent

 

le sang fait une pause et se souvient qu’alors

au gré des jours la vie la mort

se donnaient se perdaient plus qu’aujourd’hui encore

 

mais il est tant de choses dans la fumée subtile

qu’on peut y parcourir le fil

sans fin du souvenir des bois jusqu’à la ville

 

« Les autres, d’abord ! » Quelle chance d’avoir entendu répéter cette devise pendant l’adolescence. Que d’années gagnées sur les philosophies du sujet préoccupé de soi, prisonnier de soi.

 

L’invocation à l’Esprit naît de la conscience aiguë de notre impuissance à aimer l’autre pour l’autre. C’est de cet abîme que l’on crie vers Lui.

 

D’où peut bien venir la répugnance raciste, le mouvement de répulsion qui fait que l’on se lève lorsque dans un lieu public l’autre vient s’asseoir près de vous ? On peut bien imaginer qu’il s’agit d’un héritage de l’animalité.

 

Le grand émerveillement des mères et des pères n’est-il pas de voir s’éveiller l’intelligence de leur enfant ?

 

4 juin 2006

 

On peut contester la véracité des évangiles, mettre en doute que Yeshoua ait fait ceci ou dit cela. Ce qui demeure irréfragable, c’est la présence dans ces écrits d’un noyau de pensée qui propose une clef de l’être. Ce noyau est celui de l’amour agapè, explication dernière de l’univers et de tous les êtres qui le composent. Cette clef nous est donnée dans notre mode d’emploi, dans notre éthique de l’autre comme autre inscrite dans la relation de l’infini au fini.

 

ce peigne met dans tes pensées

un ordonnancement

te faudra-t-il y renoncer

tumultueusement

 

les lianes de la chevelure

s’appuient sur leur support

pour que leur déploiement s’épure

en l’ombre de ton corps

 

démêle au miroir insensé

le droit où gauchement

au ciel la terre renoncée

découvre enfin l’amant

 

Le lyrique ne s’accomplit que s’il prête sa voix à l’autre, à tout objet où il perçoit un sujet, un unique qui l’appelle à être lui-même en se préoccupant de l’autre.

 

 

5 juin 2006

 

la perle noire

la perle rare

est une rose qu’a rêvée

en ce jardin la main de fée

 

j’irai m’asseoir

jusques au soir

espérant qu’enfin enivré

l’œil joigne la joie délivrée

 

une demeure

s’ouvre à toute heure

à la porte de la distance

juste où se révèle le sens

 

aimable sœur

pour qu’en ton cœur

la promesse se récompense

je trouverai la complaisance

 

sombre parfum

enfin défunt

dans la brise crépusculaire

je ne chercherai plus en l’air

le goût de l’un

que cet emprunt

soumis aux ferveurs de la chair

donne à l’esprit de son mystère

 

quand revenue

en l’heure nue

la rose noire livrera

la semence de son combat

et qu’entrevu

dans l’inconnu

l’avenir à l’autre offrira

une chance pour son aura

 

S’il m’arrive un jour d’être accompli, aucun regard ne pourra plus m’humilier ni m’honorer, et le mien sera pour chacune, chacun une invitation à la liberté de l’amour.

 

6 juin 2006

 

les grillons ne se taisent plus

la stéréo de leurs appels

tisse en la pelouse une toile

qui la fait vibrer tout entière

 

ainsi de demain et d’hier

un seul univers en étoiles

passe dans un grand frisson d’ailes

quand notre chant s’y est complu

 

Y a-t-il encore du sacré lorsqu’on te découvre présent à toute chose ? Il n’y a plus de temple, de lieu élu pour te rencontrer, pas plus que de peuple élu ou de héros élu. Il ne suffit pas de sentir que « la nature est un temple » si l’on entend par là que seule elle est un temple et que d’y entrer ou d’en sortir y change quelque chose.

 

La retraite n’est pas faite pour le repos, mais pour une autre action, plus proche du souci intérieur. On peut d’ailleurs soupçonner que le « repos éternel » est pure action, participation à l’Acte Infini.

 

7 juin 2006

 

Il nous faut explorer l’évolution en ses continuités et ses ruptures, ses transitions, ses seuils. Cela concerne l’énergie, la matière, la vie, la conscience.

Comment l’amour éros peut-il passer à l’amour agapè ? Quel est le passeur de témoin ?

 

rainette de jade aux yeux noirs

dis-moi

es-tu celle que l’an dernier

ici même j’avais aimée

ou mon regard

a-t-il plus que le tien changé

 

pourquoi

ne se peut-il que je te voie

sans demander

si ta fille ton fils ou toi

garde quelque souvenir là

abandonné

 

c’est qu’il faut que tu sois quelqu’un

un nom

secret que ta beauté me tend

que ta vie qu’en moi je ressens

déploie le don

d’un éternel souhait d’union

 

une sérénade dira

peut-être

quelle délicate folie

passant en nos regards y luit

sous la fenêtre

pour l’aventure de nos vies

 

Le dialogue des religions s’inscrit-il, lui aussi, dans la problématique des continuités et des ruptures ? Dans le temps plus que dans l’espace ?

 

Lorsqu’on découvre que les philosophes ont évolué dans leur pensée, on peut prendre du recul avant d’accepter ou de refuser leur système, ou plutôt de retenir ou d’oublier telle ou telle de leurs intuitions.

 

 

 

8 juin 2006

 

Qu’est-ce que prier ? Ne faut-il pas se poser la question avant d’accepter ou de refuser de le faire ? Ce phénomène humain quasi universel mérite d’être étudié périodiquement à nouveaux frais au long de l’existence.

Chacun prie selon l’idée, souvent peu claire et distincte, qu’il se fait de son dieu. « Porter quelqu’un dans la prière », est-ce répéter son nom avec sollicitude face au vide, croyant vaguement que ce vide est attentif et peut prendre en charge notre souci parce qu’il cache quelqu’un qui aime ?

 

Est-il vraiment possible de se débarrasser de tout sentiment de supériorité ou d’infériorité vis-à-vis de ceux et celles que nous connaissons ? On se dit que le gène hiérarchique fait partie de notre chair, et que sa disparition est liée à la sienne. Le primum inter pares serait le relais vers l’égalité où l’esprit nous appelle. Il n’est cependant qu’une étape dont nous devrions rester conscients pour le dépasser. Il faut surtout se convaincre que dans ce domaine rien n’est impossible à l’Infini amour.

 

pourquoi accueillez-vous digitales l’aurore

de ce carillon mauve qui tinte en votre tête

en vain s’envolera l’espoir de votre essor

perdu dans le jardin au milieu de la fête

 

n’êtes-vous qu’un souci de passer le témoin

d’une vie comme un feu qui n’est que lorsqu’il brûle

le visage qu’il donne en le portant plus loin

au soleil qui s’enfuit derrière le crépuscule

 

votre herbe qui demain séchera dans ses larmes

rit tout au long du jour de bercer les abeilles

et de vivre pour elles en proposant ses charmes

sans se soucier qu’en elle s’opère la merveille

 

d’autres aurores viendront pour saluer le monde

et d’autres carillons sonneront le retour

éternel d’une vie où rien de ce qui fonde

en passant des accueils ne se fait sans l’amour

 

9 juin 2006

 

C’est par leurs courants mystiques que les religions convergent et peuvent espérer se rencontrer en dépassant leurs dogmes et leurs mythes. D’où qu’ils, elles viennent, ceux et celles qui font l’expérience de l’infini amour ne peuvent manquer de se reconnaître en l’autre et puis de reconnaître l’autre comme autre en sa précieuse eccéité.

 

Pardonnez-moi de vous le dire, mais si vous lisez la poésie comme de la prose, elle ne pourra que vous échapper, vous laissant sourd à ses invites. Vous aurez beau lire des rames de commentaires et de critiques, vous n’entrerez pas dans son jardin.

 

pour la foison des marguerites

lorsqu’elles rient à pleines dents

pour l’air qui les comble ravi

de les voir danser dans le vent

 

va marcher quand le souffle invite

à les contempler lentement

et que la pensée s’appauvrit

dans le vide qui s’illimite

 

peut-être au creux de l’implicite

qui se découvre tendrement

tu connaîtras cet infini

où l’âme vit obscurément

 

et marguerite aux marguerites

tu t’effeuilleras dans la nuit

illuminée où les amants

se disent leur étonnement

 

10 juin 2006

 

La terrible défense des dogmes, c’est qu’ils sont donnés comme sacrés et donc que leur dimension incompréhensible est acceptée comme l’expression d’un mystère. Mais un théologien de l’Incarnation qui met sa foi entre parenthèses se heurte à un irrationnel inacceptable, pire, à une contradiction ontologique : un Dieu-Amour ne peut s’incarner ; s’il le faisait, il absorberait l’autre en sa personne, bien suprême de l’altérité positive, de l’agapè. Ce ne serait qu’un éros fusionnant.

 

un pollen hésite aux chemins

de cet air qu’il dévoile par

ses virevoltes ses écarts

malins

 

en ces travaux de l’inutile

qui se donne tant de figures

libres que vibre ta nature

subtile

 

ce passage d’un rien fugace

seul ou par milliers dans sa quête

vient te dire un peu ce que fête

l’espace

 

un amour où chaque visage

unique à sa place étincelle

si tu ne sais le suivre quel

dommage

 

Les indécidables sont des invitations à passer au-delà des concepts et de vivre en esprit. Par exemple les antiques « ni… ni » du Vedanta donnent à sentir depuis longtemps qu’il existe des réalités que l’on dévoile, ou plutôt signale, en rejetant les concepts opposés qui pourraient avoir prétention à les décrire. Et il est sans doute significatif que ces « ni… ni » aient été proposés par des philosophes qui étaient aussi des spirituels.

 

11 juin 2006

 

la pierre manque en ces champs limoneux

il faut bien cependant trouver le dur

et donner son visage à la hauteur

 

alors tu dois partir vers d’autres cieux

marcher vers le granit gravir le mur

qui résiste à l’appel des profondeurs

 

la route le sais-tu propose à ceux

et à celles qui vont à l’aventure

l’élan du feu qui vit de ce qui meurt

 

alors prépare-toi et sois heureux

d’être né dans la plaine où l’esprit sûr

sent l’appel de la pierre au fond du cœur

 

On a parfois l’impression que certains croyants, peut-être excessivement nombreux, font de leur dieu un babouin alpha maximo. L’image du dieu-homme pourrait corriger cette pensée chez les chrétiens, mais leur Jésus christ est trop glorieux, trop pantocrator pour que cette image puisse notablement changer les choses. Si leur dieu a été homme, il ne l’est plus.

Leur homme-dieu est un petit malin : il s’est fait le plus petit afin de devenir le plus grand (Philippiens II, 5-11). On peut heureusement douter que Yeshoua ait pu faire pareil calcul.

 

Si l’on admet que Dieu est Amour, il faut choisir entre la Trinité et l’Eternité du monde, du non-dieu, car on ne peut être amour sans autre. A contrario, refuser la Trinité et l’Eternité du monde, c’est s’interdire l’intuition du Dieu-Amour. On peut bien croire son dieu miséricordieux, c’est d’une miséricorde condescendante de sa toute-puissance (et longue vie au pouvoir du souverain de droit divin !)

 

 

12 juin 2006

 

Pour lire la poésie, il faut abandonner le monde des idées claires et distinctes pour celui du flou et du vague où le rythme des mots communie à celui des êtres.

 

ouvre à la nuit ta porte et ta fenêtre

il est des bruits qu’elle éveille en son cœur

et vient te proposer t’annoncer te remettre

si tu sais l’accueillir au fil des heures

 

en quel souffle insensible se fait-elle connaître

quel mufle humide vient inspirer les fleurs

quel pelage musqué doit caresser les êtres

pour les marquer de sa douce senteur

 

son silence pourtant est ce qui te pénètre

de longs gémissements de cris de pleurs

t’invite à te lever pour combattre les reîtres

abrutis de soleil où les enfants se meurent

 

Le ressentiment contre l’inégalité n’a tout de même pas le même sens ni la même nature selon qu’il est celui de l’alpha ou celui de l’oméga de la troupe. Mais la lutte pour l’égalité qu’inspire l’altérité positive n’a rien d’un ressentiment rongeur ; elle naît de la joie de partager l’amour.

 

Est-ce perversité de dire : « On ne peut aimer que des ruines » ? (les gens du quatrième âge ont de quoi se réjouir). Ou n’est-ce qu’un désir de se faire remarquer en choquant, le vieux goût bohême de scandaliser le bourgeois ? Ou alors l’envahissement d’un instinct de mort ?

Si les ruines sont souvent si belles, c’est sans doute à cause de cette force de beauté à l’œuvre dans le temps qui partout dans la nature sculpte, polit, patine.

 

13 juin 2006

 

cette ouverture inattendue

du livre à la page cherchée

nous dit un intime discret

guidant les muscles et la vue

 

non il ne faut pas ignorer

ces hasards que notre inconnu

plus proche que notre âme nue

offre parfois cadeau muet

 

mais nous souhaitant toujours plus

attentifs toujours moins distraits

la main dans l’autre main serrée

jouer ensemble à je et tu

 

La vérité qui ne conduit pas au bonheur n’est pas la vérité. Le bonheur qui ne s’appuie pas sur la vérité est illusoire. La vérité de la conscience humaine est son ouverture à l’infini (on a dit aussi son absence d’essence ou de nature). Son bonheur est son accueil de l’infini amour.

On voit qu’il s’agit d’un bonheur et d’une vérité qui sont aussi d’accord avec la vertu. La vertu n’est autre que l’amour de tout être, et cet amour est conforme à ce qu’est l’être de l’être.

 

A chaque étape de la conscience vers le secret ultime de l’être, et donc de son être propre en ce qu’il est appelé à l’infini, correspond une vérité provisoire de l’agir et du penser.

La vérité est l’adéquation entre l’idée que l’on se fait de soi-même et l’agir que l’on adopte, ou du moins tente d’adopter.

La vérité dernière se révèle à mesure que l’on se découvre en son infinitude et que l’on soupçonne que cette infinitude d’être est être-pour-l’autre.

 

 

 

 

14 juin 2006

 

Peut-on séparer le temps des énergies qui entraînent la matière dans sa marche évolutive ? Comment les différents rythmes et tempos s’organisent-ils dans ce flux d’énergies ? Comment s’articulent les forces créatrices et les forces destructrices ? La complexité de ces articulations est-elle indéchiffrable ?

Il faut au moins tenter de trouver une intuition du temps afin de le vivre selon sa vérité.

 

ombre de forme parfaite

libellule tu n’es plus

posée sur cette tablette

qu’un souvenir superflu

 

ta présence n’est connue

qu’en tant que momie muette

ton esprit a disparu

ne laissant que ce squelette

 

quelles ondes évoques-tu

en ma chair si ce n’est cette

dure géométrie nue

que la mort ni rien n’affecte

 

une belle idée sans tu

véritable à qui ma tête

doit adresser un salut

sans pouvoir lui faire fête

 

Un système de pensée peut être totalement cohérent et harmonieux sans être vrai. Il n’est vrai que s’il est cohérent avec la totalité du réel. N’est-ce pas une des leçons du totalisme conceptuel africain ?

On peut cependant douter que cette cohérence totale soit conceptuellement exprimable. Il faut recourir à l’intuition.

 

15 juin 2006

 

la fièvre mord dans ta chair

enchaîne tes poignets

te rappelle que fragile

ainsi s’en va la vie

 

au refuge de l’esprit

les souvenirs agiles

déchiffrent le grand secret

du ciel et de la terre

 

Le dévoilement n’est pas une inhérence de la vérité de l’être mais des consciences temporelles qui la recherchent.

 

Pour comprendre la valeur positive du temps, il faut prendre en compte le dynamisme de l’être fini, comme par exemple celui qui fait grandir la graine ou l’œuf.

Dans l’évolution des vivants, on peut dire que le temps détruit pour mieux construire, que des espèces inférieures disparaissent afin qu’apparaissent des espèces supérieures.

Peut-on dire que la ruine du corps doit permettre la construction de l’esprit ? La traditionnelle sagesse des vieillards témoigne-t-elle du travail positif du temps ?

 

16 juin 2006

 

Continuité – discontinuité. La croyance au divin devrait introduire à l’infini. La croix suggère que ce ne peut être qu’au prix d’une rupture radicale : la mort. Si violente et si inadmissible que les croyants chrétiens l’escamotent en résurrection.

 

pour le sphinx aux ailes bruissantes

champion de l’immobile et de la courbe pure

où l’enlacent le poids et la vitesse folle

de ses désirs et de ses peurs

 

pour la senteur et la couleur

des corolles qui sentent au-delà du haut mur

les portes de sa chair ouverte à tout chemin

où l’entraîne sa faim

 

pour le volume en son espace

libre en tout sens horizontal et vertical

et l’air qui le soutient et lui offre sa place

qu’en beau retour il le présente

 

Il existerait dans notre cerveau des circuits neuronaux nous incitant à la croyance religieuse. On peut rester dubitatif, sinon de leur existence, du moins de la priorité de l’organe sur la fonction.

A titre d’hypothèse, on pourrait ainsi comprendre non seulement la religion instinctive de la quasi-totalité des humains, mais aussi l’agressivité d’une incroyance qui donne à penser qu’elle est un combat contre une force d’oppression intérieure.

 

La relation à l’infini ignore la croyance et l’incroyance, car elle est fondée sur une évidence rationnelle. Ceux et celles qui en nient la rationalité le font peut-être parce que pour elles et eux l’infini est synonyme de ce dieu de la croyance qui les opprime.

 

17 juin 2006

 

ici à l’ombre du temple

de Parvati

sais-tu à quelle déesse

tu offres ta chevelure

pour ses bienfaits

 

minaudant entre les murs

de son palais

c’est là-bas qu’elle s’empresse

exhibant les cheveux amples

qu’elle t’a pris

 

Vends ton corps 100 euros pour 1 nuit et tu seras méprisée. Vends-le 1.000.000 d’euros pour 10.000 nuits et tu seras honorée. Qui alors oserait dire que tu t’es vendue ou même le penser sans se le reprocher ?

 

S’il existe un circuit neuronal de la croyance, alors il doit exister aussi, et beaucoup plus puissant, un circuit neuronal du jeu agonistique. Il suffit de comparer le contenu des stades et celui des églises et autres lieux de culte.

 

Le cerveau ne semble pas porté à la conscience de l’infini intimement présent. Il faut à l’esprit un effort incessant pour ne pas l’oublier. Est-ce parce qu’il s’agit d’une présence que rien ne révèle dans la nature (dont notre cerveau fait partie) ?

 

18 juin 2006

 

l’horizon de la mer invite

abats ton arbre et bâtis ton vaisseau

 

toute la profondeur

et toute la hauteur

ne peuvent te servir

qu’à jamais conjugués pour cet autre là-bas qui fuit dans la surface

 

et chacun à sa place

dans le vent qui le porte à la force des bras

vers le bel avenir

s’éloignant à tire-d’aile

lance sa parallèle

 

trace éphémère

au silence des eaux où s’abandonne la limite

 

L’infini est par inhérence présent à tout être fini. Tu es présent à toute chair, que ce soit dans un camp de réfugiés du Darfour qui prient Allah ou chez un joaillier de la place Vendôme qui n’en a rien à battre, partout à l’affût d’une conscience qui pourrait s’ouvrir à l’amour de l’autre et vivre avec tous la fraternité dans l’égalité et la liberté.

 

La vertu selon Yeshoua n’est pas admirable ; elle est cachée aux autres, mais surtout à soi-même. La notion de vertu héroïque devient un oxymore accablant. Il n’y a pas de héros dans le Royaume des cieux. La vertu n’y vise pas le mérite ni le contentement de soi (« en grandissime gloire »). Elle recherche l’autre au point de s’oublier.

 

19 juin 2006

 

Existe-t-il beaucoup de spectatrices et de spectateurs d’un match de football qui ne prennent pas partie pour l’un ou l’autre camp ? Il y a les nôtres et il y a les autres. Les nôtres sont notre moi prolongé, étendu ; les autres sont notre non-moi. Nous voulons évidemment gagner, vaincre le non-moi, le dominer. Nous voilà bien dans le monde de l’altérité négative, de l’humain premier.

Il faut replacer le jeu agonistique dans la dynamique de l’humain. L’agressivité est un incontournable de la vie première, une nécessité ; mais elle peut et doit être régulée. Le comportement animal donne l’exemple de cette régulation par la pratique de combats symboliques, ritualisés.

La compétition sportive entre individus ou entre groupes humains est une sublimation de la guerre. Mais elle en garde le souvenir et peut facilement y retourner, comme le montre le phénomène du houliganisme des stades. La compétition sportive est une étape et devrait être pratiquée et observée comme telle. Le but est bien de parvenir à donner la priorité à l’autre et ainsi, de surcroît, de se réaliser. Tout individu y est invité et donc finalement à abandonner le combat jusqu’en sa ritualisation.

 

un oiseau mort dans une allée

est un œil clos sur une vie

fallait-il donc le ramasser

plutôt que l’attendre pourri

 

bientôt les larves ont entrepris

ses restes pour les disperser

il n’est pas de petit profit

dans le commerce des idées

 

des mouches en ses entrailles nées

d’autres oiseaux non loin d’ici

se nourriront et nos pensées

vivent parfois la mort d’autrui

 

20 juin 2006

 

On pourra accuser d’anthropomorphisme ceux qui parlent de ritualisation pour décrire la régulation de l’agressivité animale. La question est de savoir si cette régulation n’est pas objectivement du même ordre que la régulation humaine de l’agressivité, que ce soit sous ses formes dures telles que le combat singulier pour régler le sort de deux armées ou sous les formes douces du jeu et du sport.

Certains « primitifs » semblent avoir été plus « humains » dans la régulation de l’agressivité guerrière que nos modernes. Voire ! On ne peut oublier ces victoires où les vaincus étaient passés au fil de l’épée, à moins que l’on ne préférât les esclavager pour en tirer quelque profit.

 

L’économie du don témoigne, en son implicite, de la valeur de la gratuité s’il est vrai que ceux qui la pratiquent prétendent ne rien attendre de retour. C’est bien un cas où l’hypocrisie, à peine consciente peut-être, est un hommage que le vice rend à la vertu. L’économie du don serait une corruption d’un idéal toujours plus ou moins bien perçu, à moins que ce ne soit une de ses expressions encore imparfaites.

 

au crépuscule une caille rappelle

 

elle se livre toute dans son chant

s’accorde en l’horizon une pleine mesure

de rythme et de silence

 

qu’importe la distance

 

mais plus faible est l’écho plus fine est la blessure

qui vibre en l’ombre où l’oreille se tend

pour ne rien perdre en ce qui se révèle

 

les teintes qui s’estompent en son mystère

orchestrent la voix pure où se signale

une chair avivée par le sang qui la brûle

de son désir ardent

 

qu’importe que l’attend

la folie d’un chasseur dont le fusil ulule

ou les crocs d’une bête

 

elle chante l’étoile

que son oreille guette dans les terres

 

21 juin 2006

 

Il ne suffit pas de rejeter les sens ésotériques des écritures sacrées ; il faut tenter de se faire une idée de ce qui a poussé leurs interprètes à les inventer. Cette motivation éclaire en effet leur sens historique, unique, et nous invite à concentrer nos recherches sur ce seul sens lorsque nous avons cru y reconnaître un trésor.

 

la pouponnière aux araignées

à la moindre approche s’anime

la masse brune se disperse

en grains de vie souples rebelles

 

d’un voile de soie protégés

ils voient en l’espace sublime

se préparer pour leur commerce

la haine et l’amour éternels

 

ces intelligences subtiles

resplendissent en petitesse

d’un multiple si identique

qu’il semble que toutes s’y fondent

 

en sa manière et par son style

pourtant chaque vie intéresse

proposant son visage unique

à la face infinie du monde

 

le problème de la relation entre le physique et le psychique (puisqu’il est désormais interdit de parler en termes dualistes du corps et de l’esprit) est un problème de causalité réciproque. Sous peine de devoir se réfugier dans un improbable parallélisme occasionnaliste à la Malebranche, on ne peut envisager sa solution qu’en faisant l’hypothèse d’une causalité qui échappe à notre connaissance présente de la matière et de ses propriétés (dont les théories quantiques nous proposent peut-être un aperçu).

 

 

22 juin 2006

 

pour cette odeur de foins coupés

palimpseste des souvenirs

depuis l’enfance où enivrés

couraient dans la prairie les rires

 

cette permanence rassure

en s’étendant jusqu’aux ancêtres

au plus lointain de l’aventure

qui aujourd’hui nous donne d’être

 

pour la senteur élaborée

au laboratoire où soupirent

tant de tentatives avortées

pour qu’une puisse réussir

 

cette reconnaissance augure

le bon goût des belles à naître

pour que jusqu’à la fin perdure

le trésor de la vie champêtre

 

On ne peut clore le dossier de l’IVG sans savoir ce qu’est la relation du physique et du psychique. Et on en est loin. La non causalité réciproque est intenable sans fantaisie de l’imagination. L’évidente causalité demeure inexpliquée au stade actuel de notre connaissance scientifique.

On peut tenir qu’un être humain est un être humain dès sa conception sans avoir recours à une intervention divine infusant l’âme dans un début de corps (comme l’Esprit Saint est censé avoir incarné Dieu dans le corps de la Vierge Marie lorsqu’elle accepta l’offre apportée par l’ange Gabriel). Cela donne-t-il à l’ovule le droit à la vie au même titre que l’embryon, qu’au fœtus, qu’au nouveau-né ? Nos décisions et nos jugements relèvent de la sensibilité historique plutôt que d’une compréhension objective du processus de la mise en route d’une vie.

Mais que penser des militants/e/s anti-IVG qui demeurent indifférent/e/s aux massacres militaires, aux famines destructrices, etc. ? Des millions d’enfants mourant de malnutrition auraient-ils moins d’importance que des milliers d’embryons disparaissant sans même avoir eu conscience d’exister ?

 

23 juin 2006

 

restes épars de l’herbe sèche

que le regard sur le pré glane

votre blonde douceur empêche

de regretter qu’elle se fane

 

à la terre vos mille mèches

font une grâce paysanne

lorsque surgit du caillou rêche

cette beauté dont elle émane

 

Si j’accueille la parole de Yeshoua : « Dieu vêt l’herbe des champs… » (Luc XII, 28), ce n’est pas parce que ce serait la parole de Dieu ; c’est parce que c’est une intuition conforme à la présence de l’infini à tout être fini. Et cette intuition de Yeshoua me conforte en ma vision des choses en m’encourageant à rechercher en ses paroles tout ce qui s’en rapproche.

 

En philosophie, toute question est toujours d’actualité, s’il est vrai que la philosophie prétend embrasser la totalité du réel.

 

Il faut lutter pour la liberté intérieure dans le seul but de vivre mieux pour l’autre, mais il faut lutter : comment pourrais-je aimer l’autre comme autre si je suis dominé par des impulsions et des répulsions ?

 

point de promenade en calèche

ni infante ni pavane

quelques pas pour saluer l’âne

dont l’œil débonnaire vous lèche

 

En philosophie cependant, aucune question ne peut se poser sans s’articuler de proche en proche à toutes les autres. Et il importe de ne pas ignorer ces articulations : elles sont porteuses de sens.

 

24 juin 2006

 

Accorder au langage une fonction créatrice, c’est en rester au mythe et au rite. Les formules : « Je pardonne », « Je promets », « Je déclare » n’agissent que dans la mesure où le sujet parlant et le sujet écoutant fonctionnent selon la croyance aux forces magiques. Si l’on s’en tient aux faits et à la rationalité, ces formules ne font qu’exprimer et constater une attitude d’esprit de celles et ceux qui en usent. Le fait qu’il puisse s’agir de mensonges donne de le comprendre.

 

comme une phrase au détour d’une page

si fraîche et ronde aux lèvres qui la disent

elle paraît à l’œil qui la formule exquise

 

elle se cache et pourtant son visage

si près du sol qu’il devrait s’y salir

resplendit du délice qu’elle promet d’offrir

 

de quel secret donne-t-elle l’image

gratuite et simple en l’absence de fard

et si près de sa chair qu’il semble qu’elle s’en pare

 

en innocence elle va vers son âge

sans crainte que la ride la défasse

contente et sans regret d’avoir tenu sa place

 

Si le langage ne relève que de lois mathématiques, en est-ce fini de la spiritualité ? les mathématiques, en ce qu’elles sont liées aux nombres, sont-elles indissociables de l’univers en sa face matérielle ?

Le langage poétique apporte-t-il un démenti à la conception mathématique du langage ? Doit-il, pour le faire, s’affranchir de la syntaxe, ne serait-ce que partiellement comme on le voit dans l’irradiation ou l’hypallage ?

 

25 juin 2006

 

les commentateurs et les herméneutes peuvent bien se contorsionner devant la mort de Samson. Elle reste un glorieux attentat suicide. Une lecture historique nous permet cependant de comprendre d’où nous venons et d’apprécier le chemin parcouru par l’humanité depuis trois mille ans. Les attentats suicides actuels sont la triste illustration que rien n’est jamais gagné, que le retour en arrière ne cesse de nous menacer, que les gènes de la violence primitive sont toujours en nous.

 

ce que touche le bout des doigts

ouvre au fond du cœur les fenêtres

de mille et mille et dix mille êtres

qui sont l’autre au plus près de toi

 

ce que tait la paix de l’esprit

à toute matière suspecte

est le vide qu’elle respecte

en l’écoute du feu surpris

 

ce qui se crie dans la brûlure

où s’impose la lave hostile

est le regret de l’inutile

perdu dans le désir qui dure

 

ce que dit la garde attentive

devant ce qui hésite ou passe

est un accueil de toute face

à la bonté pour qu’elle vive

 

ce que murmure en confidence

la pulpe au visage étonné

est qu’elle espère l’éclairer

des secrets de l’intelligence

 

ce que chante le beau discours

irradié pour qu’il donne force

à toute peau à toute écorce

est le di a mant de l’amour

 

ce qu’effleure le bout du corps

en l’à peine de ton extrême

est le signe de ceux qui aiment

par le dedans plus qu’au dehors

 

 

 

26 juin 2006

 

Faites donc parler Dieu ; c’est sans risque : il ne vous contredira pas puisqu’il ne parle pas.

 

Face à un Occident qui se dénude toujours plus, l’Orient s’habille de plus en plus. C’est dans l’ordre.

 

Peut-on vraiment mettre entre parenthèses l’axiologie lorsqu’on fait de la psychologie ou de la sociologie ? Est-ce simplement jouer sur les mots de dire qu’ignorer les valeurs c’est encore faire acte axiologique ? C’est risquer de (ne pas) les voir se réintroduire par la fenêtre lorsqu’on les a mises à la porte. C’est considérer, ne serait-ce que provisoirement, que les valeurs n’ont pas de valeur. Au bout du compte, c’est s’appuyer sur un imaginaire de la coupure, qui isole les réalités que le réel total nous présente comme articulées entre elles. Ce devrait en tout cas faire froncer les sourcils aux tenants de la transdisciplinarité.

 

nul souvenir dans les herbes ne prêche

défunte ici l’infante et la pavane

point de lèvres de peau de pêche

mais le regard que le vent tanne

 

L’immédiateté de la présence infinie ne devrait-elle pas être la base de départ et de retour de toute opération ? Elle est l’archétype de l’acte d’amour de l’autre comme autre en lequel nous réalisons notre être.

Notre ignorance de sa modalité peut donner libre cours à l’imagination, libérer une production poétique que l’on espère capable de l’approcher davantage. Cette poésie doit s’articuler à un vivre, le nourrir, et s’en nourrir pour faire chose belle.

 

27 juin 2006

 

que fais-tu donc de cet égrènement

du chapelet enduit de tes prières

adressées au silence du mystère

chrétien bouddhiste ou musulman

 

que fais-tu donc de ce discontinu

qui remue en tes doigts et sur tes lèvres

robotisées pour la transe et la fièvre

adorant la présence nue

 

qui sait si ce soufflet de la ferveur

réchauffant les vieux rythmes de la nuit

laissera la parole au miroir infini

des murmures confus du cœur

 

qui sait si se prêtant à ta misère

il ne se glissera au machinalement

pour lui prêter cette âme de l’amant

qui vit de se donner entière

 

Il faut bien quelque inattention aux gestes que l’on fait pour qu’inspirés ils soient justes, au point de nous étonner, révélant parfois l’agir en nous d’un guide secret, nous incitant à saisir quelque chose de sa présence constante et à en vivre.

Comment concilier l’intense attention à ta présence et cette inattention à nos propres gestes qui lui permet d’agir selon son inspiration ?

 

La mélodie allie le continue du souvenir et de l’anticipation au discontinu des notes successives. On ne peut donc l’assimiler à une hypothétique durée pure. Si celle-ci existe et si elle est accessible, ce ne peut être que dans le silence.

 

28 juin 2006

 

le duo de leurs grandes ailes

se double au miroir de l’étang

et s’il n’y dure qu’un instant

il laisse trace en l’éternel

 

quelle mémoire en l’océan

de l’univers des étincelles

pour toujours préserve les belles

de l’illusi on du néant

 

cherche la corbeille profonde

que le vide jamais ne vide

c’est là que tes amis résident

quand tu les cherches au bout des ondes

 

les ailes au reflet limpide

sont au-delà de toute sonde

en l’infini qui surabonde

où vers elles l’esprit les guide

 

Peut-on rêver d’une relation avec les autres qui soit toute transparence jusqu’au je.

L’eccéité est un pont-levis qui se lève en voyant venir éros et qui s’abaisse lorsque agapè paraît.

 

L’éternel s’efface devant l’élan irrépressible de l’esprit entraînant la matière vers toujours plus de conscience. Elan vital, énergie cosmique, dynamisme de la matière… Qu’importent les mots si l’on peut rejoindre avec ou sans eux l’intuition à laquelle ils invitent.

 

Obscurément poussé par la vérité qui l’habite, Job d’adresse à un dieu puissant pour contester sa puissance (mais il finit par s’incliner). Car la vérité de l’infini en son rapport au fini est un rapport de liberté, une invitation à se libérer des fausses images de l’Eternel.

 

29 juin 2006

 

La clameur qui s’élève des stades et des rues après une victoire sportive nationale crève les tympans de celles et ceux qui nous croient sortis de l’ère du mythe et du rite.

 

La pensée libre ne s’en laisse pas plus compter par la modernité que par la tradition . le concept de modernité s’est auréolé d’un tel prestige qu’il est devenu une force mythique manipulatrice des esprit faibles.

 

attache au cou de l’autre cette laisse

puisqu’à ton cou tu la sens caresser

le sang qui de ton cœur à ta tête ne cesse

de se donner des rêves de puissance

 

ainsi n’y aura-t-il qu’un seul troupeau

bêlant joyeux en entendant les tropes

l’emmener au galop au fond des grandes eaux

du désir fou et de la jouissance

 

arrache de ton cou cette cravate

de commandeur de chanvre toute faite

invite tous les peuples à manier l’hyperbate

où se délivre en l’autre chaque sens

 

Lorsqu’on fait de la Bible une parole divine, il faut bien justifier ce qui, à une conscience de notre époque, paraît contredire l’idée qu’elle se fait de son dieu. Ainsi fait-on de la colère divine une valeur en lui donnant un sens pseudo historique de résistance et d’affirmation de soi. Si cependant on fait de la colère une manifestation de l’agressivité comme expression de la haine qui équilibre l’amour au sens d’Empédocle, on peut y apercevoir une image de ce quant-à-soi qui fait l’autre autre en son eccéité et ainsi capable d’agapè.

 

C’est renier les Lumières que de s’autoriser d’elles : elles remettaient les autorités en question.

 

30 juin 2006

 

ils ont levé en mille lieux la pierre

afin de s’assurer par ces repères

que le soleil chaque année obéit

aux cycles de la vie

 

ils ont en mille endroits dressé la table

pour inviter leurs dieux à leur être comptables

de toutes additions et toutes retenues

où la vie continue

 

que reste-t-il de ce qui les fit vivre

archivé dans le sens disposé sur ces livres

tout noyés de sueur d’intelligence

qui résiste à l’immense

 

que lèguent-ils guettant dans l’invisible

leurs successeurs qui du soleil leur cible

mouvante ont fait un centre provisoire

de leur dernier espoir

 

Faut-il vraiment accepter ce que répètent celles et ceux qui ont la certitude de t’avoir rencontré, disant que tu es le tout inconnaissable, que l’on ne peut parler de toi qu’en affirmant que tu n’es ni quoi que ce soit ni son contraire, ou que tu n’es pour notre esprit que négativité et qu’enfin tu ne peux avoir de visage que celui de l’inexistence ?

L’affirmation irréfragable où conduit la découverte de la coexistence de l’infini et du fini est que tu es amour créateur de l’autre. Yeshoua et quelques autres en ont eu l’intuition, même s’ils n’en ont pas posé l’argument ni développé toutes les conséquences.

 

Cette inattention qui permet l’inspiration du geste, est-ce le non-agir de l’archer dont la flèche paraît guider le bras ?

 

1er juillet 2006

 

la folie des petits hommes

aura-t-elle raison

finalement de l’atome

prince des horizons

 

la peau lacérée du ciel

vite se cicatrise

irrévocablement belle

elle refait sa mise

 

pourtant pour combien de temps

encore l’énergie

de la terre en son tourment

pourra vivre sa vie

 

croire ou ne pas croire à quoi

l’âme de la matière

nous pousse au bout de la foi

où l’esprit se fait chair

 

qu’enfin ou non se résorbe

la moisissure humaine

la terre au plein de son orbe

te dira qu’elle t’aime

 

Le vainqueur d’une lutte juste ne peut chercher à écraser le vaincu : il se déconsidérerait. Il y a pire que la honte dont souffre le vaincu déshumanisé par sa défaite ; il y a le mépris dont est l’objet le vainqueur déshumanisé par sa victoire. Dans la perspective de l’agapè, en tout cas, on voit qui est objet de béatitude et qui objet de malédiction.

 

Tu es amour créateur de l’autre, agapè, mais tu es aussi beauté, même si nous ne pouvons nous faire une idée d’une beauté infinie. Comment la nature serait-elle si belle, si créatrice de beauté si tu ne l’étais pas ? Quant à l’intelligence, elle « éclate tellement » dans ta création…

 

On a accusé la théologie d’avoir corrompu la philosophie. Certains inclinent à penser que la philosophie le lui a bien rendu.

 

2 juillet 2006

 

L’articulation entre les différents domaines de connaissance ne peut se faire qu’en maintenant leur spécificité. Partout, pour le progrès de la pensée, joue le loi de l’agapè, qui s’intéresse à l’autre pour lui-même, non comme un domaine, un territoire à dominer ou à assimiler dans un mouvement primaire de neikos ou de philia, de haine ou d’amour.

 

Que se cache-t-il derrière cette conviction que d’époque en époque la théologie doit dialoguer avec la philosophie du jour ? La crainte que la philosophie ne balaye la théologie ? Le désir de la théologie de gagner à elle la philosophie ? Le dialogue est-il entrepris par la théologie plutôt que par la philosophie ?

La théologie ne peut prétendre qu’à une cohérence interne. Son dialogue d’égal à égal avec les autres domaines de connaissance ne peut que se heurter à des incompatibilités.

Le premier signe de l’inacceptabilité rationnelle des croyances, c’est qu’elles s’opposent en credos inconciliables.

 

Les termes qui cherchent à parler de l’amour, leur histoire le montre, sont tous ambigus. On vous dira qu’agapè a pu signifier faire l’amour. Il faudrait donc, à chaque emploi du terme, assez souvent en tout cas pour que l’ambiguïté soit levée, spécifier en quel sens on en use.

 

et un et deux et trois

c’est le match à Gaza

un pont deux ponts trois ponts

on leur met la pression

plus d’électricité

ça va les faire chanter

bientôt y aura plus d’eau

ça c’est très rigolo

il faut bien qu’ils comprennent

qu’on les mate sans haine

mais surtout qu’on est prêts

à les écrabouiller

que leurs petits voisins

Syriens et Egyptiens

ne lèveront pas le doigt

ils savent bien ma foi

qu’on a l’arme absolue

qui les laissera tout nus

quant aux Européens

et aux Américains

ils ont trop bonne conscience

pour avoir le bon sens

d’imposer la justice

eh bien qu’on en finisse

et un et deux et trois

c’est le slam à Gaza

 

3 juillet 2006

 

Commerce d’esclaves, d’armes, de femmes ? S’il n’y avait pas de demande, il n’y aurait pas d’offre ; s’il n’y avait pas d’offre, il n’y aurait pas de demande. Ainsi va l’altérité négative et ses sophismes.

 

Plonge ton regard dans l’espace. Peux-tu, où que ce soit, concevoir qu’il puisse s’arrêter ? L’infinité des mondes, c’est si simple à saisir.

 

Qu’est-ce qu’une théologie qui exclut l’idée de révélation ? Est-ce une ontologie ? Penser l’être comme relation d’altérité positive, est-ce corriger l’idée de Dieu au point de la supprimer ou est-ce en prendre le relais pour la dépasser ? Dieu n’est ni celui que vous croyez ni ce que vous croyez. Mais il peut demeurer l’être en qui vous croyez, c’est-à-dire sur quoi, sur qui se fonde et s’accomplit votre existence.

 

là-bas la belle est revenue

depuis tant de jours et de jours

que l’œil avide vers le fût

hésitait courait tout à tour

 

elles sont deux au corps de jade

aujourd’hui pourtant deux regards

jouant le jeu de la balade

où chacun à l’autre a égard

 

est-ce la simple compagnie

du semblable à soi reconnu

qui les a ici réunies

au plus près de l’éteinte nue

 

car l’une garde verticale

le quant-à-soi de l’immobile

tandis que l’autre horizontale

nage la danse de l’agile

 

et le regard ici s’entraîne

non pas à percer le secret

de leur amour et de leur haine

mais à leur ouvrir le respect

 

ici ce qui leur donne d’être

échappe à l’œil qui les désire

mais le fermant lui fait admettre

dans l’ombre immense son soupir

 

4 juillet 2006

 

Ce que l’on a appelé la connaissance prophétique en l’opposant à la connaissance philosophique, est-ce l’intuition, une certaine intuition par opposition, ou complémentarité, à la réflexion ? Moïse, Yeshoua, Mohammed auraient eu des intuitions, et ils auraient réussi à les faire accepter (au prix de certaines déformations) comme révélations, leur procurant ainsi le booster phénoménal de la croyance capable de les mettre en orbite pour un certain nombre de siècles.

 

pétale à pétale te détache le temps

de la beauté

son épée

dans tes reins inexorablement

les repousse au néant

 

pétale à pétale s’épure le regard

de l’excellence

que le sens

de l’unique en chacun des milliards

à l’autre se prépare

 

pétale à pétale se décline la vie

en son revers

l’univers

s’achemine en ton cœur vers l’esprit

et t’y donne ravi

 

S’il est vrai, comme le disent tant de théologiens, que leur Dieu (qui est Amour) a la prescience totale des actions de ses créatures libres, l’enfer n’existe pas : comment pourrait-il créer des consciences dont il saurait qu’elles se dirigent vers une éternité de malheur ?

 

5 juillet 2006

 

elles n’étaient plus deux mais trois

et le sourire et la surprise

avaient l’humeur l’intelligence

d’une présence

 

chacune ou chacun avait droit

à son espace et à sa guise

dans la souple géométrie

de la fratrie

 

l’élastique triangle en toi

de la liberté des voies sises

ou se mouvant en tous leurs sens

disait l’immense

 

je reviendrai encore je crois

m’étonner qu’elles se ravisent

qu’une revienne et l’autre fuie

seules ou unies

 

On peut bien soupçonner le mariage monogamique indissoluble d’être lié au monothéisme sémitique. « Le mariage fondé sur un amour exclusif et définitif devient l’icône de la relation de Dieu avec son peuple et réciproquement » (Benoît XVI, Deus caritas est, p. 12) Peut-on être plus clair ? L’intuition judéo-chrétienne est d’un dieu qui aime, mais qui aime de désir et se choisit un peuple qui devient ainsi sa chose, qu’il protège et surveille jalousement comme l’épouse devient la chose de l’époux dans un mariage fondé sur le désir de posséder (une femme est un bien : « Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur ni sa servante, ni son bœuf ni son âne, ni rien de ce qui lui appartient » Exode XX, 17).

 

L’amour de l’autre comme autre dont Yeshoua a l’intuition, comme il le montre dans la parabole du Samaritain en voyage, n’est pas un amour de possession ni de choix. C’est celui que son Père manifeste à toute créature, sans élection ni exclusion.

 

6 juillet 2006

 

comme un vol de corbeaux en leur reconnaissance

de l’espace où s’étend leur juste territoire

qu’organise l’écho de leurs appels de sens

des portes du matin aux cavernes du soir

 

comme un réseau d’esprits en quête de sci ence

dans le temps et l’espace pour voir et concevoir

recueillir réfléchir échanger ce que pense

depuis ses origines un univers d’espoir

 

comme ses galaxies où la force et la chance

de ce qui se repousse jusqu’au plus vide noir

et de ce qui s’attire jusqu’au plus plein non-sens

rassemblant les desseins d’une unique mémoire

 

comme vers les lointains toutes les dissonances

s’accordent en marchant dans les rythmes d’un art

qui ne se satisfait qu’en cela qui s’avance

et qui depuis toujours à jamais se prépare

 

Le mécanisme de l’intuition est-il à rechercher du côté de ce que l’on appelle l’inspiration ?

 

Dans une perspective anthropologique, on se trouve avec Deus caritas est devant un type de mariage patriarcal où l’homme, le mâle, a l’initiative. Il s’agit aussi d’un mariage conçu comme une possession.

Dans l’esprit de l’agapè, le mariage peut certes se fonder sur le désir, mais sa dynamique l’entraîne à sa métamorphose, à sa mutation plutôt, car il s’agit d’un retournement, d’une métanoïa, en amour de l’autre comme autre où la jalousie s’efface, comme disparaissent l’appartenance et la possession.

 

7 juillet 2006

 

il a plu les rainettes

ont regagné les ombres et les herbes humides

quels souvenirs les guident

quel avenir les guette

au dédale des jours et des nuits du grand vide

 

une pensée s’inquiète

qu’au si faible halo de la lampe timide

où l’acte se décide

où les cœurs se démettent

elles n’aillent au-delà de la première ride

 

car si belle est la bête

en l’aboutissement de ses formes fluides

de sa teinte limpide

qu’on craint que la rejette

au trou de la laideur la main de l’heure avide

 

Le mariage vécu selon la dynamique de l’esprit passe de la philia d’attraction, du désir et de la possession à l’agapè d’oblation, de réjouissance pour l’autre.

 

A voir l’enthousiasme qui s’empare d’une nation lors de la coupe du monde de football, on comprend que le mouvement naturel de l’humanité n’est pas à l’agapè mais à la neikos et à la philia. Que ressentons-nous en observant un match lorsque notre équipe joue. Il y a bien les nôtres et les autres. La force de fascination des jeux agonistiques tiendrait à ce que nos joueurs sont nos héros, c’est-à-dire une partie exaltée de nous-mêmes. Leur victoire est bien notre victoire. Ils sont nous, c’est-à-dire moi, une extension de notre moi.

 

8 juillet 2006

 

On peut sans doute fonder sa vie sur une intuition philosophique, et c’est d’ailleurs le seul fondement solide. Mais une expérience sensible qui la vérifie est capable de lui donner l’énergie motrice de la chair qui pense et agit.

Nous autres humains, dans l’ensemble, n’avançons que si l’émotion nous entraîne. Le problème souvent, selon toute apparence, c’est que nous croyons être mus par le sujet de notre croyance, alors que c’est par la croyance elle-même.

 

Que l’islam puisse produire des attentats suicides et de la violence aveugle devrait tout de même faire réfléchir tous les musulmans. Et d’ailleurs toutes celles et ceux qui s’interrogent sur la croyance.

Que le judaïsme puisse faire passer la conquête d’un territoire avant le souci de l’autre devrait donner à penser à toutes celles et ceux dont la quête est celle de l’autre.

 

innombrables les corolles

blanches plissées de rose sur la face

préparent la farandole

 

la nuit qui les avait closes

hantées par le silence de la place

à cette aube la propose

 

cylindres ou pentagones

sont-elles plus fidèles à leur race

qu’elle taise ou qu’elle sonne

 

le silence ou bien les cloches

peuplant la multitude des espaces

qui s’éloignent ou s’approchent

 

9 juillet 2006

 

L’autre le plus incontournable que le mouvement de la vie propose à notre conscience, c’est celui de l’autre sexe. Faut-il regretter, quels que soient les avantages que l’on a pu en retirer, la ségrégation dont ont été victimes, marquées à vie, les écoliers et écolières, collégiens et collégiennes, lycéens et lycéennes ? Faut-il remettre en cause la ségrégation monastique ?

 

quels soupirs ont transformé

la chair brute en rides fines

quels sourires ont su graver

ces esquisses sur la cime

 

il faut bien toute une vie

pour que se brisent les rages

et que meurent les envies

héritées du fond des âges

 

il faut bien toute une vie

pour qu’à la fin se dégage

de la pierre dans sa nuit

les lignes du pur visage

 

quel avenir se dessine

au bout de la liberté

quelle image en la clarté

se produira pour l’ultime

 

Savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va, ce n’est pas seulement repérer les primates supérieurs comme nos ancêtres, c’est remonter toute l’évolution de la matière prétendument inerte pour tenter de saisir quelle dynamique nous emmène vers une spiritualisation toujours plus fine, une conscience toujours plus vive.

Dire que « l’homme est un singe comme les autres » peut être une provocation salutaire, mais il faut qu’elle incite à une réflexion qui ne se sente jamais aboutie.

 

10 juillet 2006

 

la route que l’on envisage

vit tout entière de son but

 

non certes pas tout entière

 

car le regard du paysage

donne au regard qu’il se transmute

en collier de perles de verre

 

La rencontre du masculin et du féminin se saisit et se vit dans la dynamique de l’évolution de la vie et de la conscience. La sexualité est une invention primitive de la vie, une trouvaille de la matière dotée de son indétermination et de l’élan qui la mène vers toujours plus de conscience. Elle sert depuis ses origines à la diversification et à l’affinement dans la reproduction. Elle est au service des générations futures comme de celles où elle s’accomplit.

Dans l’évolution de l’humanité, cette tâche se poursuit, mais on peut considérer que son travail d’affinement de l’être est premier. Il est en tout cas dépendant des consciences qui le vivent. Il doit / peut servir à la découverte plus poussée de l’autre en son altérité, réalisant ainsi le voeu de l’être de chacune et chacun : la vie éternelle.

On trouve cette intuition dès le judaïsme, voilée, tâtonnante sans doute, tendant à son accomplissement dans la relation de Yeshoua avec les femmes telle qu’elle apparaît dans le texte des évangiles. La rencontre avec la Samaritaine, cette étrangère au profil sexuel déviant pour sa culture, amène à la conscience de Yeshoua l’intuition que la relation humaine, voire la relation à l’être, transcende les frontières de l’espace et des cultures religieuses (Jean IV, 5-27).

La rencontre de la « pécheresse » repentante est emblématique de la transmutation de la relation d’amour-éros en amour-agapè. Si Yeshoua constate que cette femme est radicalement transformée dans sa conscience, « pardonnée », c’est qu’elle rencontre Yeshoua au-delà de l’éros, et c’est ce qui la transforme : il s’agit d’un amour de l’autre comme autre qui dissout le « péché », c’est-à-dire l’utilisation de l’autre pour soi (Luc VII, 36-50).

 

11 juillet 2006

 

Telle qu’elle apparaît dans le texte de Luc, la parole de Yeshoua à la pécheresse suppose chez lui une connaissance affinée de l’autre, capable de saisir ses motivations, à la différence de son hôte, qui ne voit en elle qu’une créature qui touche Yeshoua, le palpe, croit-il.

 

Yeshoua continue d’être récupéré par ceux et celles qui en font un héros, fascinant par définition, avec un statut de puissance dont jouissent par procuration ses fidèles, ses serviteurs, ses adorateurs.

L’agapè au sens de l’intuition de Yeshoua (peu importe les mots puisqu’ils sont à l’origine nécessairement établis sur l’expérience intérieure du cosmos), cet amour-là ne connaît plus le mien ni le nôtre qui le prolonge, mais l’autre. Il découvre que l’autre est le bonheur ultime du soi en ce qu’il est le secret de l’être de tout être qui nous convie à partager son être.

 

ce corps qui se délabre nu

garde le souvenir des bagues

et des gambades dans les rues

où notre nostalgie divague

 

mais les secrets de l’inconnu

qui remuent au fond de la drague

jusqu’aux surfaces insinuent

l’esprit qui souffle sur nos vagues

 

La mort, la mort, la mort ? Ne vous souciez que des autres, même en ce qu’ils vont mourir, et vous constaterez qu’elle n’est plus un problème, encore moins une angoisse.

 

Peut-on dire que le sionisme soit rétrograde dans la dynamique du judaïsme ? Est-ce aux seuls juifs d’en disputer ?

Peut-on / doit-on séparer le judaïsme comme religion du judaïsme comme nation ?

 

12 juillet 2006

 

Le pardon du « pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés » est au-delà de la parole, plus ou moins illusoire, par laquelle on annonce à l’autre et à soi-même que l’on oublie son offense. C’est un acte qui s’adresse à l’autre avec amour, une volonté de bien à l’égard d’autrui qui nous a manifesté une attitude de non-amour, en nous « offensant » par exemple.

Il faut rétablir la priorité logique du « pardonnez-nous comme nous pardonnons ». L’être infini précède. En réalité Yeshoua dit à ses disciples de demander à l’Eternel la force de pardonner comme Il pardonne, la grâce de participer à son pardon, qui n’est qu’une forme de son amour de l’autre, comme il dit d’aimer jusqu’à ses ennemis (Matthieu V, 44), d’être « parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Matthieu V, 48).

 

L’intérêt pour nous de Yeshoua, c’est qu’il n’est plus juif, ni même homme plus que femme ; c’est qu’il transcende toute époque et toute culture, qu’il s’agrandit en son intuition de l’être éternel, intuition qui naît de l’intensité de la vie éternelle, de l’amour de l’autre comme autre auquel il participe.

L’étude de la religion où il s’est élevé et de la culture qui y était liée vise justement à comprendre en quoi il les transcende, afin de pouvoir nous aussi transcender notre culture et notre religion.

 

dans la forge où le dur

cède à l’amour brûlant

donne à la masse sûre

le pouvoir enivrant

de la forme et du sens

 

un souvenir antique

des mondes en genèse

retrouve la plastique

et reprend à la glaise

son élan vers l’essence

 

le feu que l’on allume

au cœur de la matière

plus qu’il ne la consume

à la fin lui confère

un peu plus de conscience

 

13 juillet 2006

 

La loi du mensonge universel veut que l’on donne souvent à ses refus des raisons qui ne sont pas les vraies.

 

Les vainqueurs sont les maîtres de l’histoire ; ils la racontent et l’imposent à leur avantage. Encore une fois, a-t-on jugé les responsables d’Hiroshima et de Nagasaki ? N’est-on pas allé au contraire jusqu’à les justifier ?

 

Les insultes et les louanges n’ont de force sur nous que dans la mesure où nous croyons à la parole. Notre réaction nous donne d’étudier la nature de la croyance.

 

t’es-tu donc demandé

comment avait pu naître

le soleil de ta tête

la lampe de ton corps

 

et pourquoi jusqu’alors

sans pouvoir faire fête

le malheur du paraître

était la cécité

 

quel secret tient le temps

pour qu’en lui se déploie

le désir des lointains

que chante la lumière

 

quelle force d’hier

passée de main en main

des ancêtres à toi

en l’infini s’étend

 

Si le monde était une mécanique calculable, l’indétermination et donc la liberté imprédictible y auraient-elles leur place ? Il faut choisir entre mécanisme et liberté avant même de tenter de démontrer l’un ou l’autre. En se demandant d’ailleurs si toute démonstration n’est pas nécessairement mécanique, et donc que la liberté est indémontrable. A moins que l’on ne puisse démontrer l’indémontrabilité de la mécanique…

 

14 juillet 2006

 

On ne peut savoir si une machine est incapable de penser comme un esprit humain que si l’on est en mesure de le démontrer logiquement.

On peut faire l’hypothèse que la liberté est une marque de l’esprit humain. Mais si l’on admet que la liberté humaine n’a fait que prendre le relais de l’indétermination de la matière, on peut imaginer des machines assez perfectionnées pour intégrer et utiliser cette indétermination.

 

déjà les longues touches d’ocre

blanchissent dans la pâleur bleue

la splendeur décline au médiocre

de l’heure où l’on oublie les cieux

 

le temps est venu de la tâche

mécanique de la matière

dont l’esprit tendu se relâche

après une nuit de prière

 

mais le soleil ferme les pleurs

lorsque brûlant ils s’y attardent

et pour un instant les couleurs

du cœur lui retrouvent la garde

 

« Gagner à tout prix, mais pas à n’importe quel prix. » Formule stimulante parce qu’elle est floue en son exactitude. Le sport agonistique s’avance au flanc d’une montagne où il risque à tout instant de glisser dans la violence.

 

Se garder libre, c’est aussi refuser d’acheter un produit dont la marque vous vient spontanément à l’esprit parce que vous l’avez vue et revue sur le petit écran de la boîte innommable.

 

On ne peut aller vers l’infini de l’espace. Il est partout, et nous n’avons qu’à en prendre conscience.

 

15 juillet 2006

 

Il ne s’agit pas de chercher à réconcilier les théories de la pensée soutenues par des philosophies opposées – mécanisme et intuitionnisme – pas plus que de prendre parti pour l’une ou pour l’autre. Il s’agit de rechercher la vérité en faisant concerter des connaissances venues de tous les horizons.

 

Vases communicants : Dreyfus – Herzl – antisémitisme – sionisme – résistance palestinienne – Hamas – Syrie – Hezbollah – Iran – interdiction du nucléaire à l’Iran – anniversaire solennisé de la réhabilitation de Dreyfus – démolition du Liban par les Israéliens – terrorisme islamique – renouveau de l’antisémitisme … Mais la communication est subtile, et son interprétation tellement aléatoire que l’on peut toujours la nier, la minimiser ou la maximiser, la dévier…

 

La vision idéale d’un défilé militaire est celle d’une mécanique parfaite. Que ne doit-on pas faire pour que « la liberté guide nos pas » ?

 

On ne peut gémir d’être compté pour rien et se réjouir d’avoir découvert que l’autre est le secret du bonheur. On ne peut davantage se réjouir d’être compté pour rien si l’on cesse de se compter pour ne se soucier et ne s’occuper que des autres.

 

à entendre la parole

en ton jardin diffuser

tu ne sais si sa corolle

belle n’est empoisonnée

 

approche-la sur la garde

de ton cœur où le silence

démasque ce qui se farde

et ne laisse que le sens

 

 

16 juillet 2006

 

au lendemain de la fête

le grand silence revient

et le vide de la tête

résonne de tous ses biens

 

ce n’est pas que tu attendes

que l’on te dise merci

ni que le cœur appréhende

de manquer à ton souci

 

mais cette reconnaissance

de ta présence au concret

jusque dans nos mains relance

la nôtre au lointain si près

 

Le dieu du silence – celui que l’on rencontre dans le silence du silence – n’est pas le dieu de Jésus-Christ, ni celui de Mohammad, ni celui des hindous, ni celui des animistes… Il est le dieu de tous et de tout. Rien ni personne ne le limite. Il est l’être infini ; il n’est le dieu de Jésus-Christ qu’au sens où il est le dieu de tous et, sans doute, dans la mesure où l’on peut dire que Yeshoua s’efface devant tous en son silence depuis sa mort.

Dilemme. Le vrai Yeshoua est celui de Nazareth, celui en qui on ne croit pas (Marc VI, 1-4 ; Jean VII, 5). C’est celui qui s’efface pour laisser la place à l’autre (Jean XVI, 7) ; à tel point qu’il en devient infini en rejoignant le cœur de l’être. Mais comment aurait-il pu répandre son intuition s’il n’était pas devenu un héros dans une culture où comme dans tant d’autres on vivait de croyances et surtout de la croyance au héros ?

 

Affirmer que dans l’infini de l’espace il n’y a de centre nulle part, c’est aller à l’encontre d’une croyance très forte. Les cultures et les religions ont besoin de centres, d’ombilics, ainsi que le révèlent l’histoire et la géographie. Il n’a pas suffi de découvrir que la terre était ronde pour faire une croix sur la nostalgie du centre.

Le sens de l’autre est plus fort que toute croyance, car il est au cœur de l’être, il est l’être de l’être. C’est ainsi qu’il décentre.

 

17 juillet 2006

 

Expliquer que l’Eglise a parfois prêché le mépris du corps parce qu’elle se conformait à l’esprit de son époque, c’est insinuer qu’elle prêche aujourd’hui son respect pour la même raison. A quoi sert-elle si elle ne tire pas la totalité de son enseignement de l’intuition fondatrice de Yeshoua ?

 

les lignes qui de l’une à l’autre chair

lancent l’appel et le chant du désir

donnent aussi le regard qui admire

et réjouit l’âme en son atmosphère

 

la peau d’ambre révèle à la lumière

les souffles de la race en ses soupirs

mais ses reflets aussi dans l’ombre inspirent

un jeu de teintes au pinceau solitaire

 

sache choisir ce qui plus loin s’avance

vers les espaces nus du dernier sens

où la beauté gagne les multitudes

 

va vers ce monde où personne n’élude

les regards purs qui partout embellissent

pour que nul autre à jamais ne finisse

 

La liturgie ne peut être que rituelle. Qui prétendra que le croyant puisse s’en passer ?

 

18 juillet 2006

 

La causalité peut bien se découvrir dans l’expérience ; l’expérience peut bien nous inviter à découvrir la causalité. Lorsque, toutefois, la causalité est reconnue pour ce qu’elle est, il faut admettre qu’elle précède chronologiquement et logiquement l’expérience que nous en avons et aussi la réalité que l’expérience nous donne de découvrir, bref qu’elle est une propriété de l’être.

 

au ras de l’herbe où tu t’assieds

près des trèfles qui se répandent

les abeilles viennent toucher

l’héritage de leur offrande

 

sans attention pour ton regard

elles poursuivent leur travail

sou ci euses que sans retard

à leurs compagnes elles ne faillent

 

leur bonheur est tout dans l’instant

où l’aile s’éloigne du centre

et puis se pose et cueille avant

que le cœur plein elle n’y rentre

 

que leur importe que demain

la mort à ce bonheur s’ensuive

elles auront fait le chemin

pour que l’autre à son tour y vive

 

peu me chaut que tu croies au ciel

en l’au-delà dès maintenant

il te donne d’être le miel

de ce que tu donnes comptant

 

le trèfle de l’âme où se rêve

parmi les herbes le bonheur

fait aux abeilles mille élèves

au-delà du rire et des pleurs

 

19 juillet 2006

 

Qu’est la causalité dans la perspective de l’être fini comme participation à l’être infini ? Peut-on encore parler de cause première ? Son nom approché est l’altérité positive.

 

il te fait partir avec l’aube phrase écrite

mais de quelle aube parlait-il

celle qui marche sur la terre

infatigable en ses visites

 

est-ce d’âge en âge cette aube qui invite

à jouer la fille de l’air

à l’Atalante d’île en île

en vain qui te poursuit

 

est-ce pas plutôt toujours l’autre qui te quitte

pour l’autre en ses dix mille idylles

infatigable à l’infini

de l’espace où tu erres

 

La vie affective ne serait-elle que provisoire ? Qu’est-ce que la dynamique du provisoire ? Quelle appréciation du bien et du mal entraîne-t-elle ? Le mal serait-il de ne pas vivre le temps qui nous invite à avancer, à passer de l’affectivité à la spiritualité, de soi à l’autre ?

Le passage d’un stade au suivant : Quelle continuité ? Quelle discontinuité ? Quelles images pour suggérer cette transition ? La métamorphose des insectes ? L’enfantement ? La mort elle-même ?

 

Celle, celui qui aime la vérité, en participation à l’acte d’altérité de l’être, n’est pas dans le péché, car le péché n’est que le manque d’amour en l’une quelconque de ses manifestations et conséquences. Il faut taper sur ce clou, car la morale de la pureté, ancrée dans la pensée mythique, continue de régner, que ce soit chez celles et ceux qu’elle domine et qui tentent de s’y conformer en conscience ou chez celles et ceux qui se rebellent et cherchent à s’en libérer.

 

20 juillet 2006

 

la confidence du vallon

là où en lui le bois se ferme

sur des secrets d’ombre et de sens

invite aux portes du silence

 

loin de la parole que l’on

disperse au plus loin de ses termes

il recueille pour quelques heures

l’intimité où tu demeures

 

c’est là que nous nous rencontrons

pour savoir ce que l’épiderme

peut répandre par mille fleurs

en parfums de ta bienveillance

 

Il y a dans l’humain quelque chose qui semble résister à l’évidence de l’infini cosmique. Les anciens limitaient l’espace à la voûte du septième ciel ; les modernes le limitent à quelque quatorze milliards d’années-lumière. Un enfant pourtant qui pointe le doigt devait savoir que rien ne peut arrêter son signe.

Est-ce parce que l’infini échappe à tout pouvoir que même par la pensée je ne puis le comprendre ?

 

21 juillet 2006

 

La poésie propose de nouvelles collocations, de nouvelles constructions…Encore faut-il qu’elles soient l’expression du sens obscur de ce qui cherche en nous à se dire.

 

qui a écrit sur ce livre de fer

en signes d’or la lune et le soleil

sa barque et l’angle ici de ses solstices

de printemps et d’automne au regard des pléiades

 

qui a écrit cette roue de la terre

pour s’assurer que toujours elle veille

et que le ventre jamais ne finisse

de s’ouvrir et nourrir les mille camarades

 

a-t-il voulu laisser un souvenir

de ce qui recommence ou qui s’achève

au-delà sans retour dans l’inconnu

un repère que ne se perdent ses héritiers

 

a-t-il voulu penser à l’avenir

en con fi ant au fer à l’or le rêve

d’une vie assurée sans retenue

qu’ils poursuivent sa promenade sur le sentier

 

Dans un film de fiction, la musique est vraie, les paysages aussi et les acteurs en ce qu’ils sont perçus comme acteurs. Les paroles et les actes sont faux, mais ils peuvent être l’expression d’un sens vrai. Reste que la vérité de ce sens ne peut s’établir que par sa cohérence, non seulement interne mais aussi externe, en sa relation avec l’être réel.

 

22 juillet 2006

 

Les instincts sont un héritage qui nous porte en l’absence de liberté, et ce jusqu’à la mort, mais sans interdire à la liberté d’apparaître et de croître.

 

pourquoi veux-tu

marcher devant marcher derrière

plutôt que côte à côte

et cœur à cœur

 

n’as-tu pas vu

qu’aller demain qu’aller hier

n’est pas l’hôte de l’hôte

ni l’heure en l’heure

 

Que révèle d’un artéfact, d’un monument par exemple, le regard qui cherche à comprendre comment il a été fait ?

 

On pourrait lire l’Evangile comme s’il s’agissait d’une fiction. Les paroles y seraient fausses, les actes aussi, pour autant qu’ils n’inviteraient ni à ce qu’on les croie, ni à ce qu’on les récuse, mais à ce qu’on y recherche le sens premier en sa cohérence avec l’être. L’intuition centrale de l’Evangile, et peu importe son auteur, est la seule chose qui compte vraiment et qui devient le critère de vérité de tout le reste. Encore faut-il que cette intuition soit reconnue conforme à l’intuition que l’on a soi-même de l’être.

 

A observer comment les pierres d’une vieille demeure sont disposées, on accède à la sensibilité esthétique et à l’intelligence technicienne de ceux qui les ont choisies, agencées, posées. Elles nous confient un peu de leurs yeux et de leurs mains en action.

 

23 juillet 2006

 

La liturgie chrétienne, la messe, est le rituel d’un dieu de puissance que l’on supplie, que l’on glorifie, dont on honore la parole souveraine et indiscutable, dont on chante la sainte pureté, à qui l’on sacrifie le meilleur et qui donne en retour à ses adorateurs de participer à sa force malgré leur indignité. Sa mise à jour du XX° siècle y a supprimé quelques éloignements et quelques agenouillements, mais l’amour d’altérité n’y est toujours qu’un épiphénomène.

Les prosternations musulmanes sont encore plus navrantes.

 

car c’est à toi qu’appartiennent

l’amour l’amour et l’amour

et je voudrais bien que vienne

ton règne sans aucun détour

 

mais l’amour ni n’appartient

ni ne possède jamais

en ce monde en l’autre rien

de ce qui est sera était

 

ils ont vécu l’un pour l’autre

et nul ne les fera taire

que sans tien ni mien ni nôtre

l’amour n’est pas propriétaire

 

Le respect des autorités intellectuelles cache-t-il un désir de trouver place parmi elles ? Une nostalgie des origines ? Une peur de vivre sans repères ?

 

Notre photo expose à des inconnus des sentiments que nous leur cacherions si nous les rencontrions. Y prenons-nous jamais garde ?

 

24 juillet 2006

 

On ne peut nier que le sacré soit l’atmosphère privilégiée de la rencontre du divin, mais il retient souvent l’esprit plus qu’il n’invite à découvrir sous son masque le visage de l’altérité.

Le provisoire du sacré devrait faire l’objet de la méditation des croyants, et d’abord de ceux qui les guident, afin qu’ils les y invitent.

 

L’émotion esthétique est le juge de l’œuvre d’art. Les manipulations langagières de la critique, plus qu’à une illusoire éducation du goût, visent à l’embrigader dans des modes prisonnières des misères de leur époque.

 

tête de marbre quels regards

viennent caresser le silence

du fantôme insistant que l’art

au souvenir ici fiance

 

le secret du ravissement

qui arrête le visiteur

et le fait songer longuement

échappe à la fuite des heures

 

le sublime y prend son envol

autant peut-être ou davantage

que les revenants des paroles

défigurées au long des âges

 

la main qui l’a faite s’efface

au vide à jamais qui l’abrite

mais le cœur y laisse la trace

de l’esprit où l’amour s’invite

 

la pierre de la dureté

la garde en sa force immortelle

que vive la tendre beauté

en son reflet de l’éternel

 

25 juillet 2006

 

cette hauteur qui se couronne

de sombre et d’ombre dans les bois

livre au passage son message

à qui l’attend

 

aucune cloche ici ne sonne

l’appel où s’épèlent les voix

le silence lance l’image

et s’y entend

 

L’interprétation ne se limite pas à l’exercice scientifique de la critique littéraire, ni même à l’élaboration intellectuelle de la philosophie. Elle est aussi, et pour toutes et tous, la pratique quotidienne de l’amour en sa lucidité dans l’approche des autres, tentant de les découvrir, non bien sûr pour les assimiler et dominer, mais afin de favoriser leur marche vers l’esprit.

 

marche avec lui marche avec elle

par les sentes de la forêt

où sommeillent mille secrets

main dans la main de l’éternel

 

les pins allongent leurs années

à l’assaut des hauteurs du ciel

et leurs souvenirs se révèlent

plus que tu peux imaginer

 

si tu veux que ta chair s’imprègne

de leur essence pré ci euse

avance lentement et creuse

ce silence par eux qui règne

 

peut-être que l’âme charmeuse

fera qu’en elle où tu te baignes

cette sève parfois qui saigne

pour elle et lui marche rêveuse

 

26 juillet 2006

 

L’intelligence scientifique de la beauté des formes nous dévoile son comment, non son pourquoi ; et il est navrant qu’elle semble souvent croire et donner à penser que le comment suffit, que le pourquoi est négligeable, alors qu’il conduit à l’intelligence du cœur de l’être même.

 

Le mouvement centrifuge des nébuleuses spirales est-il toujours dextrorsum ? Pourquoi ? Notre mouvement circumambulatoire prend-il son sens selon qu’il dextrorsum ou sénestrorsum, centrifuge ou centripète et donc extériorisant ou intériorisant ? Les derviches tourneurs comme les pèlerins de la Kaaba viseraient d’abord l’intériorité par le centre, en un mouvement symbolique de leur recherche de l’être.

Quelle continuité, quelle rupture entre cette technique rituelle et la reconnaissance de la présence de l’infini, qui ne peut être ni intérieur ni extérieur à notre être fini (l’image de l’intimior intimo meo d’Augustin ne renie pas l’image du Très-haut, elle l’équilibre)

 

la cloche sonne l’angélus

sur la grande ville de l’est

qui l’avait fait taire que plus

à la terre qu’au ciel se teste

le cœur de la matière

 

mais la marche de la matière

nous dit son cœur plus que le reste

la droite et la gauche le bus

et la limousine contestent

le chemin de l’astuce

 

27 juillet 2006

 

L’être humain est-il pétri de mythe et de rite ? Certes, mais il est libre de s’en arracher ; c’est en cela qu’on a pu dire qu’il n’y avait pas de nature humaine. Pas si facile. Combien s’affranchissent des mythes et des rites religieux et restent pris dans leurs homologues culturels.

 

les lames du parquet s’étonnent

de leur géométrie cruelle

la forêt qui les a connues

libres dans la lumière

s’enferme en immobilités

 

leurs fibres éviscérées donnent

le secret de figures belles

mais leur élan haché n’est plus

qui se dressait si fier

qu’une surface piétinée

 

les regards pourtant où résonne

une vie qui les interpelle

s’unissent à l’esprit ému

et la main qui les sert

vibre de leur intensité

 

 

 

la spirale du nid de guêpes

est un cyclone dont l’œil noir

lance les éclairs d’une vie

aux quatre horizons de l’instant

 

tu ne sais pas tout ce qui guette

au cœur de cet antre d’espoir

lorsque s’éveille son esprit

nourri de millions d’ans

 

la bouche bée de cette jarre

ouvre le dedans au dehors

quand le dehors à l’infini

est le cri de tout l’univers

 

dans l’arrivée et le départ

de ce qui entre et qui ressort

vient battre le sang d’un autrui

du ciel et de la terre

 

28 juillet 2006

 

lorsqu’à plus de deux cents à l’heure

sur la route des Allemands

tu demandes en quoi la vitesse

donne la puissance et enivre

tu penses que le risque meurt

au regard de tes nerfs prudents

que le sage vite s’empresse

au-delà des raisons de vivre

 

l’autre cependant qui t’habite

par l’attention que tu lui prêtes

en son cœur et sa chair d’enfant

de compagne ou même d’ami

et l’autre aussi que tu évites

d’entremêler à tes tempêtes

retiennent le franchissement

des limites de la folie

 

Le pourquoi de la mort que les scientifiques achèvent de découvrir n’est en fait qu’un comment. Le vrai pourquoi est d’ordre philosophique. L’altérité positive de l’être de l’être en détient sûrement le secret.

 

Ce qui est étonnant, c’est que l’intelligence dont est pétri l’univers ne les étonne pas, qu’ils gardent en leur raison la liberté d’en ignorer la raison. Souffrent-ils du mal du cloisonnement intellectuel ?

Si l’on pose que l’être est un, on doit admettre que toute vérité, toute expression juste de la réalité, est de droit coordonnée à toute autre vérité. Mais la réalité est d’une telle complexité qu’il ne faut pas se hâter de conclure au comment d’une relation d’une vérité à une autre vérité. Le « ça n’a rien à voir » est toujours inexact, mais la nature de ce qui relie deux éléments de la réalité est souvent problématique pour notre intelligence limitée de la réalité.

 

29 juillet 2006

 

debout dans le sein de ma mère

j’ai perdu mon jumeau

jamais il n’en a rien su

ni moi non plus

 

ainsi va la vie sur la terre

autant que dans les eaux

et que voulez-vous me dire

par vos soupirs

 

l’élan des libéralités

ne cesse de répandre

féconds mille grouillements

dans l’océan

 

et la gloutonne liberté

par son massacre engendre

au bout de la souvenance

plus de conscience

 

alors m’éloignant de ma mère

j’ai découvert plus beau

l’autre où la reconnaissance

nous donne sens

 

Les milliards de graines que prodigue la nature en son élan spermatique font partie de la politique d’indétermination qui ouvre les possibles sans s’imposer, manifestant l’altérité plutôt que la puissance.

 

« Ego te absolvo in nomine Patris… » Pouvoir de la parole, pouvoir illusoire. Oui, mais pas seulement. Le vrai dieu de Yeshoua est sans pouvoir, il est amour de l’autre. Il n’a pas de nom, au sens où il n’a pas de pouvoir et où le nom n’a en réalité pas de pouvoir. Celui qui utilise ce nom n’absout pas, c’est l’amour qui absout, « couvrant la multitude des péchés », car il participe de l’acte d’aimer par lequel l’infini produit l’autre.

 

30 juillet 2006

 

Vous trouvez que je ne parle pas assez d’amour et de haine ? Vous pensez vraiment qu’il n’y en a pas encore assez dans les médias, dans la littérature de gare… ? Vous aimeriez que j’y rajoute une couche ? Ou bien vous croyez que je les condamne ? Eh non, je sais que la vie depuis ses origines a progressé à coups de sexe et de croc, et que sans eux je ne serai pas là. Mais ils ne sont pas l’avenir de la conscience, de la personne ; ils font partie de la dynamique du provisoire où l’humain premier est invité à passer à l’humain dernier.

 

Israël au Liban, ce n’est pas Moïse (« un œil pour un œil… », Exode XXI, 24), c’est Lamech (« J’ai tué un homme pour une meurtrissure, un enfant pour une blessure », Genèse IV, 23). Et comment un pays civilisé pourrait-il utiliser des bombes à fragmentation (et/ou les fabriquer) ?

 

cette rondeur de la lune témoigne

de sa naissance et de son aventure

et toutes les rondeurs deviennent ses compagnes

en un même murmure

 

mais qui dira pourquoi en cette forme

parfaites se retrouvent mille belles

pour la simple raison qu’elle observe la norme

au fond de l’escarcelle

 

le semblable au semblable qui consonne

n’est certes séduisant que s’il propose

la différence étrange où l’unique se donne

un mystère de roses

 

la chute de la pierre en l’eau sereine

lance le flux de ses courbes précises

et l’amour bouillonnant se retourne en la haine

où les bulles s’irisent

 

ce qui frémit en la chair qui contemple

est-ce un rythme là-bas qui ici même

dans la saveur des mots se trouve mille exemples

est-ce l’autre qui aime

 

31 juillet 2006

 

Israël est piégé par son histoire, et son histoire est piégée par son mythe fondateur. Il ne peut qu’aller jusqu’au bout de l’altérité négative, de l’élan qui nie l’autre puisqu’il lui est impossible de renoncer à croire qu’il est le peuple élu (et se croire élu pour les autres n’est qu’une triste illusion). Qui gagnera ? Le plus puissant, comme le montre l’histoire de toutes les conquêtes. Pour combien de temps ? Jusqu’à ce que la puissance change de camp.

 

L’opposition au métissage, forme mineure de racisme, naît-elle de l’empire du mythe de la pureté ?

 

Au royaume de la manipulation intellectuelle, l’antisémitisme devient une arme des Sémites, comme l’islamophobie une arme des Islamistes, l’homophobie une arme des homosexuels, le machisme une arme des féministes, etc. (Mais il faut prendre garde à l’usage trompeur du « comme » et à ses ambiguïtés).

 

Lorsqu’on découvre que nombre d’intellectuels de l’entre-deux-guerres se sont laissé séduire par le fascisme, le nazisme et le stalinisme, on se met en garde contre tous les courants de pensée de notre époque afin de les peser. Sur quelle balance sinon celle de la juste mesure de l’être ? Et quelle plus juste mesure de l’être que son altérité positive ?

 

La manipulation des politiques s’appuie sur la même faiblesse d’esprit que la manipulation des critiques d’art.

 

viens chuchoter à petits pas

dans les feuillages

réveille au pré de l’au-delà

les ombres sages

 

1er août 2006

 

« Je ne suis pas un juste », dit-il. Si j’ai sauvé des juifs pendant l’occupation, ce n’est pas parce qu’ils étaient juifs mais parce que c’étaient des êtres humains.

 

La croyance à la résurrection de la chair n’est pensable que dans le cadre d’une pensée religieuse qui fait de dieu le tout-puissant capricieux capable et donc libre de contrevenir à la structure et au mouvement d’un univers qu’il a voulu.

 

est-ce la sérénade aux feuilles frémissantes

d’un soleil au départ vers d’autres horizons

est-ce l’œil assoiffé sortant de la maison

en éternelle quête de ces belles qui mentent

 

cette approche médite et dans la marche lente

vers l’acte fugitif où se dit la moisson

d’une très vieille vie où nous reconnaissons

un amour obstiné une haine implacable

 

l’esprit d’une jeunesse à jamais radieuse

murmure

sa présence

 

se dit en quelques fleurs

fragiles et fugaces que la fuite des heures

emporte et renouvelle en mille tournoiements

avant qu’amour et haine enfin se confondant

regagnent la main close de la jolie semeuse

 

Pourquoi tenez-vous tant à la résurrection de la chair ? Croyez-vous que votre Dieu souffre de n’être qu’esprit, qu’il s’est incarné parce qu’il lui manquait quelque chose ? La chair est provisoire ; c’est la fusée porteuse de la conscience libre pour l’altérité. Elle remplit sa tâche si, avant de se décrépir et disparaître, elle réussit à mettre la conscience en apesanteur.

La survie ? A la lumière de l’évolution, on peut se demander à partir de quel seuil l’animal-homme, en chaque individu, y parvient.

 

2 août 2006

 

Il semble que la vie spirituelle puisse se nourrir des insuffisantes radicales de notre relation aux autres. N’as-tu pas l’exclusivité de l’amour de l’autre comme autre ? Ne nous y appelles-tu pas ? Ne nous la proposes-tu pas en participation ? La douce supplication qu’en nous l’esprit t’adresse est celle de l’amitié (celle de la servitude, puis celle de la filiation ne peuvent être que provisoires et préparatoires).

 

le papillon en fin de vie

déploie des ailes effrangées

des teintes que l’air a terni

et des forces découragées

 

il a vécu et sans savoir

dans la brûlure et dans la pluie

quel néant l’attend sans espoir

il s’arrête un instant ravi

 

sa petite tête moissonne

une saison de souvenirs

revit tous les parfums que donne

la fleur attentive à ses rires

 

avant que toute chose sombre

dans le vide qui l’a fait naître

il revoit les beautés sans nombre

dont l’a comblé son apparaître

 

chargé de journées accomplies

de vols et de relais d’amour

il contemple dans l’infini

l’ultime de ses alentours

 

Humainement, éprouverais-je du dégoût en entendant tes croyants amoureux te chanter qu’ils s’abandonnent à toi ? Non, pas même de la tristesse, mais l’espoir que cette douce folie les acheminera vers ton altérité, où l’égalité et la liberté lui donneront la main. L’éros n’est-il pas l’un des chemins privilégiés de l’agapè ?

 

 

3 août 2006

 

Dans la mesure où comprendre serait une possession, l’altérité positive invite à accepter de ne pas comprendre les autres.

 

C’est manquer d’intelligence que de vouloir être craint de ses voisins. Tôt ou tard, ils risquent de vous rendre la pareille. La surpuissance d’Israël lui fait perdre la tête et régresser dans l’humanité.

 

La science découvre maintenant dans les lois de la matière des liens entre les formes similaires que l’on observe dans la nature. Elle semble renouer ainsi avec une vieille intuition. N’a-t-il pas existé une médecine fondée sur la similitude des apparences ? Les vieux tâtonnements, malgré leurs fourvoiements, peuvent encore donner des idées à la recherche.

 

la fraîche humidité où se complaît la pluie

fait légère l’odeur du jardin qui repose

dans l’assoupissement émerveillé des roses

 

une autre découverte dans l’énigme des choses

semble prête à s’ouvrir pour le silence presque

et son dessin révèle une sorte de fresque

 

est-ce un visage enfin une personne ou est-ce

que le masque à jamais gardera le secret

d’un bal de confidences où nul ne se dévêt

 

dans les chuchotements du feuillage au plus près

de ce que solitaire exalte le repli

l’univers se propose à l’heure où vient la nuit

 

La vérité de la fiction, c’est de correspondre aux imaginations de ses lecteurs et lectrices, spectateurs et spectatrices. La vérité totale la refuse et la dissout.

 

4 août 2006

 

Les mythes et les rites sont des approches représentatives et actives de la réalité. Il faut savoir les utiliser comme telles, sans jamais oublier leur caractère transitoire et relatif. A les considérer comme définitifs et absolus, on risque de se figer, et, ce qui est plus grave, de s’opposer aux autres. Les religions en quête d’œcuménisme feraient bien d’y réfléchir.

 

Penser que les croyances sont irrationnelles, c’est accepter qu’elles ne donnent pas prise à la raison.

 

Les bateaux de plaisance se multiplient, les restos du cœur aussi. Un signe parmi d’autres que les riches s’enrichissent et que les pauvres s’appauvrissent.

 

Si « j’ai pleuré et j’ai cru » est authentique et que les croyants s’y reconnaissent, on peut se dire que la croyance est affaire d’affectivité. L’affectivité de la croyance peut servir de départ à l’accueil de la bienveillance de l’altérité. N’est-ce pas ce que l’on voit avec le Samaritain de la parabole, « touché de compassion » (Luc X, 33)

Il est regrettable d’enfermer la conscience dans le dilemme du faire le bien par devoir et du faire le bien par sentiment. L’amour de l’autre comme autre est au-delà, même si le sentiment et/ou le devoir peuvent y préparer.

 

notre sphère de graines est d’amour et de haine

où chacune s’élance et chacune s’éloigne

en égale mesure des autres et du centre

 

pure géométrie de la vie où l’on entre

portées toutes uniques avec mille compagnes

voici que s’offre à nous l’horizon de la plaine

 

notre forme dessine un espace vital

où nos courbes se plient en belles signatures

dans le vide accueillant plus loin que la limite

tout ce que la lignée au long du temps imite

 

notre part d’héritage ici donne au futur

en partage de vie l’espoir et l’idéal

 

5 août 2006

 

La bienveillance de l’altérité positive est universelle par nature. Elle embrasse tout être : inanimé,vivant, conscient, à la mesure de sa capacité.

Si François d’Assise était, dit-on, si familier avec les bêtes, c’est sans doute qu’il avait cette intuition. Les bouddhistes aussi…

 

La pensée universitaire se ligote dans les obligations de références où l’autorité joue le jeu subtil de la domination mythique sous le masque de la science.

La propriété intellectuelle est en partie une illusion lorsque l’intuition est une livraison de l’inconscient tant autant que sa réception et son élaboration par l’intellect.

 

Les limites incertaines de la liberté devraient être la norme de la propriété intellectuelle, mais la propriété ne peut se satisfaire de l’incertain. L’arbitraire qui la régit est un accord pragmatique ; il faut bien vivre. Mais la liberté demeure ce qu’elle est, et elle requiert des études précises sur ses limites et sur ses possibilités de progrès.

Est-ce être libre que d’avoir l’impression, même illusoire, de l’être (suffit-il pour être libre de se croire libre) ? Si nous découvrons au cours de notre itinéraire de vie que ce qu’en nous, en notre agir et en notre pensée nous croyions être libre n’était que le jeu de nos déterminismes physiologiques, psychologiques, sociologiques…, nous sommes invités à passer à une liberté supérieure, gardant l’incertitude encore de ce que pourrait être notre liberté ultime.

Est-ce un simple postulat intellectuel de poser que la liberté ultime n’est pensable qu’en participation à l’altérité ultime de l’être infini ?

 

approchant de la soixantaine

tu t’imagines un corps de femme

car il te fallait Tirésias

attendre que soit venue l’heure

mûrie de l’autre en ton sang fort

 

près de la rive de la mort

tu reconnaîtras le bonheur

de ne plus savoir quelle place

occupe encore la chair ou l’âme

loin de l’amour et de la haine

 

6 août 2006

 

Israël écrase le Liban. Les pays arabes se tiennent coi, à peine un geignement de leurs chefs d’Etat pour ne pas être incendiés par leurs « masses ignorantes ». Hiroshima n’est-il pas suspendu au-dessus de leurs têtes ? Les juifs américains alliés ou membres d’une oligarchie industrialo-militaire appuient Israël par la voix des marionnettes qu’ils ont portés au pouvoir. Les non-juifs européens demeurent paralysés par leurs remords de la Shoa savamment entretenus. Tout est merveilleusement bien ficelé.

 

« Cri », mot aujourd’hui tellement positivé qu’on réussit à vous le servir à toutes les sauces, à moins d’en faire le piment de mille fadeurs.

 

Est-ce être antisémite de plaindre le peuple juif prisonnier d’une culture religieuse qui le voue à l’isolement dominé-dominateur et jusqu’en l’illusion de se croire pour son dieu au service de tous les peuples de la terre ?

 

L’excision charnelle est une horreur, mais il existe des excisions mentales, spirituelles, artistiques (« c’est Mozart qu’on assassine ») auxquelles certaines consciences sont encore plus sensibles.

 

la brume m’a offert

dans la nuit ces colliers de perles

et dans l’air immobile

doucement je rayonne

 

viens ici je te donne

ce trésor que j’enfile

au soleil avant que ne déferlent

les souffles du désert

 

7 août 2006

 

« Je crois et j’existe », j’existe parce que je crois. Ici cela veut dire que la foi est un accueil de l’être infini de sollicitude pour l’autre, que vivre c’est aimer de dilection.

Si la foi est ce qui sauve et si ce qui sauve est l’altérité positive où la conscience participe à l’infini de l’être pour l’autre, la foi est bien l’accueil de l’autre comme autre (et non une croyance codifiée ou non en un credo).

 

Si l’on accepte le principe de la table rase, on refuse la tradition philosophique : chaque philosophe est invité à tout (re)construire sur l’intuition qui fait de lui, d’elle un(e) philosophe.

 

La recherche de nouvelles formes poétiques n’a de sens que si elle est l’expression de nouvelles formes de pensée. Ce n’est pas en jonglant avec des mots que l’on crée un poème, même si le hasard peut fabriquer des choses étonnantes, et que l’inspiration peut se glisser en cette jonglerie où l’attention s’abandonne.

 

le sable des étoiles

sur les grèves de l’infini

rêve que d’autres mondes

comme le sien espèrent

 

il lance sa lumière

et ses messages d’onde

dans les espaces que l’esprit

aventurier dévoile

 

un toi sans nombre appelle

un toi qui lui réponde

sans fin aux rencontres des tables

rondes de la beauté

 

vers des teintes nouvelles

et des formes que sonde

fluide en la durée le sable

éternel étoilé

 

8 août 2006

 

c’est cette odeur d’algue à l’approche

qui ranime la mer en toi

cet envahissement qui hoche

la tête en ton émoi

 

ce flux si pur en son excès

lorsqu’il assaille ta narine

est une présence au plus près

de la force marine

 

c’est ce spectacle qui s’éloigne

à l’appel de son horizon

qui le plus parfaitement gagne

l’axe de ta maison

 

lorsque tes yeux s’aimantent là

où le ciel touche sa limite

tu sais bien que tu répondras

au regard qui t’invite

 

c’est cette rumeur incessante

des déferlantes qui imprègne

le rythme de ta marche lente

et te prie en son règne

 

lorsque tu n’es plus qu’une oreille

ou même le frémissement

des grandes eaux en toi s’éveille

le sang de l’océan

 

c’est la caresse sur ta peau

du soleil entre deux baisers

de la brise sortie des eaux

qui te laisse insensé

 

lorsque se ferment tes paupières

couché sur le sable étoilé

les plus lointains de l’univers

à ta chair sont mêlés

 

c’est ce silence dans tes os

que l’immobile ici écoute

lorsque tu lui offre ton dos

dans la lumière d’août

 

lorsque tes entrailles se taisent

parfaites et que ton cœur s’affine

jusqu’en sa fin la vieille glaise

retrouve l’origine

 

 

9 août 2006

 

La chair est pétrie d’attraits et de contraintes, d’amour et de haine. Elle ne sert de rien (ne sert-elle de rien ?) dans la quête de la dilection, où l’amour de l’autre comme autre ne vient que de l’esprit.

Quelle affectivité pour l’esprit ? Quelle sensibilité en l’être infini ? Quelle analogie avec notre sensibilité ? Ou plutôt à quoi en l’infini correspond notre sensibilité ?

 

Est-il possible de maintenir l’attention à la toute-présence de l’infini ? Il ne suffit pas d’en avoir la certitude rationnelle. Un signe pourtant, une expérience incommunicable tant elle est personnelle, peut confirmer cette évidence pour notre être de chair au point de l’amener à persévérer dans sa quête incessante.

 

sur la plage les corps s’entassent

en minuscules territoires

les jeux d’enfants dans l’innocence

côtoient la vive adolescence

 

quels désirs ici font la masse

agglutinée à ne pouvoir

affronter dans la sénescence

la lumière de la conscience

 

l’œil artiste pourtant embrasse

chaque figure pour y voir

sa place embellie dans l’immense

où son regard trouve le sens

 

Il est théoriquement possible de construire sa vie sur une intuition philosophique, mais quelle prise peut-elle avoir sur la chair et le sang, sur les forces de haine et d’amour qui les habitent et qu’elles charrient ?

 

au bord de l’imperceptible là-bas

où stridule l’annonce de la nuit

appelle l’océan de ton silence

 

plus loin ici que l’au-delà

plus près que l’intime inouï

se murmure ton cœur immense

 

10 août 2006

 

La conviction qu’il n’y a rien après la mort est-elle le fait de consciences qui n’éprouvent pas en elles-mêmes une certaine immortalité ? Ou chez qui ce sentiment est étouffé par l’évidence de la science actuelle de la matière ? Ou qui n’ont pas franchi le seuil de l’altérité positive où s’ouvre « la vie éternelle » et qui ne peuvent donc pas nourrir un espoir fondé sur une expérience intérieure ?

Il semble qu’au fur et à mesure que l’altérité positive la gagne, une conscience réduise son espérance en l’au-delà à un souci mineur, tout absorbée qu’elle est par le souci des autres.

 

parce que les nuages bougent

et que la vie est mouvement

ils retentissent dans ta chair

en sa venue en son voyage

 

à suivre leurs leçons de songe

réveillant la longue mémoire

sans rivage où rien ne s’achève

tu trouves l’autre sans refuge

 

Une religion qui croit à la survie au point de compter pour rien la vie présente ne respecte pas la dynamique du provisoire préparatoire. Est-ce une explication possible de l’attentat suicide des fondamentalistes musulmans ?

 

Si l’on imagine la survie des disparus, on peut se demander ce qu’ils pensent de leur ancienne vie.

 

 

11 août 2006

 

Croire qu’il puisse exister un « sceau de la prophétie » (une fin des intuitions spirituelles), n’est-ce pas arrêter l’histoire, inciter une culture à l’immobilisme dans l’attente de sa fin ? Annoncer le fin de l’histoire relève de la même illusion.

 

l’eau qui se compte en la conduite

se presse au service des corps

emporte en son flot pur le sort

des déchets de la vie en fuite

 

l’eau qui va de la bouche au trou

est la plus belle amie de l’homme

humble servante bête de somme

bouc émissaire de nos égouts

 

la terre à qui elle se fie

lui refait jeunesse et splendeur

pour qu’à jamais elle ne meure

en elle-même sœur infinie

 

si la mer donne ses nuages

la terre donne ses entrailles

et le sang circulant sans faille

mène l’homme au bout du voyage

 

Pourquoi existe-t-il tant de gens pour qui une chose n’est belle que si on le leur a dit (ce qui fait qu’on peut leur faire admirer des horreurs, voire mépriser des splendeurs) ? Est-ce parce qu’on a excisé leur sens esthétique au cours de leur enfance ou de leur adolescence ? Le sens esthétique est-il un don si rare, si fragile ?

 

Le plaisir de la lecture peut accaparer au point d’occulter la rencontre de l’autre que le texte propose. Notre façon de lire dépens de notre vision du monde, de notre philosophie, de notre spiritualité. Qu’induit en notre approche de la littérature l’accueil de l’altérité positive ?

 

12 août 2006

 

cet incessant passage

des nuages coursiers de l’eau

allant porter la vie là-bas

trouve en l’âme un miroir

 

qu’aurez-vous fait ce soir

porteurs du secret au-delà

vers les terres du renouveau

assoiffées du message

 

Qu’il soit politique ou religieux, le pouvoir récupère à son profit l’image des gens de bien et des saints, qui deviennent son alibi et son rideau de fumée. Pourquoi ne se rebellent-ils pas ? Pourquoi ne se distancient-ils pas ? Pourquoi ne s’unissent-ils pas pour le dénoncer, alors qu’ils sont par essence des anti-pouvoir, des tenants de l’altérité positive, du service de l’autre et non de l’utilisation de l’autre ? Est-ce aveuglement ? Est-ce patience et longanimité ? Est-ce indifférence ? Est-ce confiance indue dans la bienveillance qui les porte ? Les justes devraient crier comme les antiques prophètes.

 

D’où nous vient ce regard qui, se fixant sur des formes imparfaites : un arbre, un galet, un visage…, cherche à les embellir, à leur conférer la perfection esthétique ?

 

« Si tu veux vaincre ton ennemi, entends-toi avec lui » (Machiavel ?) Vieille maxime de sagesse politique. Encore faut-il être assez lucide pour comprendre qu’on ne peut jamais le vaincre définitivement, qu’il faut bien finir par faire la paix.

La superpuissance américaine et ses alliés s’imaginent pouvoir vaincre le terrorisme islamiste ; Israël surarmé s’imagine pouvoir vaincre la résistance à son occupation.

 

13 août 2006

 

Le doute qu’avoue en confidence un pasteur qui continue de prêcher sa foi avec assurance fait-il de lui un hypocrite ou un acteur ?

 

Si l’on ressent le doute comme une tentation, que peut-on faire sinon le repousser ?

La croyance, que tant de croyants croient être une foi, appelle le doute des consciences qui veulent être fidèles à leur sens de la vérité ; mais le doute appelle la croyance de celles qui veulent rester fidèles à leur sentiment intérieur. Le dialogue du sentiment intérieur et du sens de la vérité épure la croyance, courant le risque d’y mettre fin et se donnant la chance de la transmuer en intuition irréfragable. Allant au bout de leur expérience, les mystiques ne devraient-ils pas renoncer aux croyances qui les y ont menés ?

 

résine pure et parfumée

qui d’arbre en arbre au long des âges

s’est transmise ton héritage

insensiblement transformé

peut-il encore s’élaborer

 

ta liqueur est-elle parfaite

en la vérité que le sens

t’en émerveille et ton essence

entière se dit-elle en cette

subtile joie du cœur en fête

 

je ne sais quelle forme humaine

la semence en ma chair qui coule

se donnera parmi la foule

ancêtre respirant la plaine

quel parfum prendra son haleine

 

mais je sais qu’un fleuve tranquille

la porte d’âge en âge sûr

de sa force qu’une vêture

toujours plus splendide en la ville

la découvre parmi les îles

 

14 août 2006

 

On peut bien tenir compte de ce que les termes « beau » et « beauté » ont été l’objet, comme tant d’autres, d’utilisations analogiques et anagogiques. On peut aussi s’interroger sur la validité et sur les limites de ces transferts de sens.

Le beau est occasion de sentiment, de jouissance, puis, idéalement, de réjouissance esthétique. Il donne de se complaire en un objet caractérisé par les proportions harmonieuses de ses éléments et de sa totalité ; il induit un jugement, conscient ou non, de ce qui lui manque pour atteindre à la perfection, un souhait qu’elle se réalise, une disposition à y contribuer dans la mesure où l’on s’en croit capable.

Le sentiment esthétique est lié, semble-t-il, à un sens de la perfection, et donc de la perfectibilité des objets, si nombreux, qui ne sont pas parfaits. Par cette dimension perfectionniste, le beau peut devenir l’analogue du bien.

 

le noyau où les dents se cassent

attend que la terre lui offre

son ventre attendrissant

 

car la chair en son sang

lorsqu’elle ouvre son coffre

livre la chance de sa face

 

alors l’amande prisonnière

libère son désir de gloire

de ce qui la protège

 

quel arbre antique fais-je

de ce pèlerinage au soir

pour le fruit de la terre

 

S’il faut « s’aimer soi-même », comme disent les psychologues, ce ne peut être, dans l’intuition de l’altérité positive, qu’une retombée non recherchée de l’aimer l’autre.

 

Chaque peuple est en toute bonne foi convaincu que ses valeurs sont supérieures. Il est dangereux à proportion de la puissance qui le conduit à vouloir les imposer aux autres.

 

15 août 2006

 

La passion de la vérité peut-elle s’accompagner d’un goût pour la fiction ? Arguer que la fiction dévoile une autre vérité que celle de la réalité des faits est-il fallacieux ? Est-ce se leurrer en pensant que le beau est nécessairement l’expression du bien ?

 

ce chien familier va mourir

mais pas enfin en sa vieillesse

et sa faiblesse envahissante

son bonheur tient

 

quelle réponse à ses désirs

peux-tu donner pour que ne cesse

jusqu’à la fin reconnaissante

l’hymne du tien

 

le nom que tu lui as donné

où se perpétue l’al li ance

de ton choix et de ton visage

résonne enfin

 

plus qu’un écho comme gravé

sur le disque dur des présences

il a droit à son paysage

jusqu’à la fin

 

« Marche en ma présence et sois parfait » (Genèse XVII, 1). Est-il possible de savoir avec précision ce que cela signifiait pour celui qui l’a dit pour la première fois ? (Chouraqui traduit : « Va en faces de moi : sois intègre !» L’idée de perfectionnement, de perfection visée y était-elle présente, implicitement ? Il semble qu’il ne puisse y manquer l’idée d’un effort pour être conforme, de plus en plus, à un idéal.

Avec « soyez parfaits comme votre père céleste est parfait » (Matthieu V, 38, 48), Yeshoua précise et accentue. La perfection dont il s’agit est celle de la bienveillance et de la bienfaisance pour tous et tout, qu’elle soit conçue et imaginée comme physique, éthique, esthétique…

 

16 août 2006

 

« Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? » Malheureusement, on doit parfois faire compliqué parce qu’on ne peut pas faire simple.

 

l’avant-garde des feuilles mortes

de ses couleurs éclaire

l’herbe lasse des boulevards

 

et quand s’entrouvre cette porte

le souvenir d’un air

revient allumer le regard

 

sans impatience luit la fin

d’un été ordinaire

qui jour après jour a mûri

 

la sève passe au lendemain

tous ses trésors d’hier

sûre qu’elle y portera fruit

 

La perfection à laquelle Yeshoua appelle suppose une perfectibilité. L’impératif « soyez parfaits » peut s’interpréter comme un ordre ou comme un conseil ; il indique en tout cas un idéal, et cet idéal est modelé sur l’archétype divin. A en découvrir le contenu, « faire du bien à ceux qui vous font du mal », « aimer ses ennemis »…, on conçoit que cette altérité positive est humainement inaccessible. Ce que Yeshoua laisse entendre ailleurs en disant que « ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu » (Matthieu XIX, 26). La marche à la perfection est un don accueilli. L’impact de ce perfectionnement des individus sur la société est un autre problème, mais on peut admettre que les sociétés du XX° siècle ont été moins imparfaites que celles du I°. On peut aussi concevoir que ce perfectionnement communautaire résulte de l’action accumulée et concertée d’individualités gagnées à cet idéal de perfection et assez convaincues qu’il est le secret du bonheur de l’humanité pour tenter de le lui communiquer.

Il demeure que cette perfection est celle de l’altérité positive et que la perfection de la liberté lui est inhérente. Il en résulte que chaque individu est libre de s’y soustraire ou d’y adhérer.

 

17 août 2006

 

Il n’y a pas de conflits de civilisations. Les civilisations sont belles et bonnes en ce qu’elles civilisent leurs tenants. Il y a, hélas, en tout peuple et souvent parmi ses dirigeants dominateurs et faibles d’esprit des gens qui méprisent les autres peuples et qui peuvent aller jusqu’à souhaiter leur disparition et la disparition de leurs valeurs. L’histoire l’enseigne, l’actualité le confirme.

 

dans la nuit le cri d’un tout-petit

comme au bord du sommeil une angoisse

une peur de perdre le cordon

 

tant et tant viendront où retentit

le lent éveil avant qu’il ne s’efface

dans la clarté qui accueille le don

 

Il existe probablement autant d’athéismes que d’athées (et de christianismes que de chrétiens). En existe-t-il beaucoup pour qui la lutte contre la religion est une lutte contre ce qui s’oppose à leur intuition plus ou moins consciente d’un infini amour sans transcendance ni puissance ?

 

La limite de la perfection de l’altérité positive est celle de l’être qui l’accueille, à la mesure de son accueil. Quelle que soit la durée, quel que soit son rythme, on peut concevoir que la limite se repousse à mesure que grandit l’accueil, à l’infini de l’éternel.

 

Comment toi, qui es amour de l’autre, pourrais-tu souhaiter qu’on ne pense qu’à toi, qu’on ne vive que pour toi? Vivre en ta présence, c’est partager ton souci des autres, ta sollicitude pour tous, pour tout.

 

18 août 2006

 

les mottes d’argile écrasées

sur l’asphalte qui les accueille

par le jeu de leurs énergies

dans la pluie se sont embellies

 

quelle connivence unit

pour leurs amours en ce grand lit

ces choses pour qu’elles veuillent

belles sans cesse enfanter

 

A quoi cela sert-il de vous dire votre nom au passage : jacée, mauve, campanule, ombelle, digitale, muflier, achillée… ? Cela ajoute-t-il à votre excellence, à votre beauté ? Cela y retranche-t-il ? Votre ressemblance se dit en votre nom, votre différence y disparaît. Le regard scientifique qui vous nomme est un regard de domination et de possession ; le regard artistique est un regard de communion qui cherche à rencontrer votre être unique et sans nom.

 

Que m’apporte de me ressouvenir que cette mélodie qui m’a pris par la main et fait entrer ma chair en son mystère est le premier nocturne de Chopin ? Une satisfaction intellectuelle ? Pourquoi ne pas me demander aussi ce dont elle me prive ? Cette satisfaction m’éloigne-t-elle de la simple expérience esthétique et de son invitation à me laisser approcher par une mélodie comme par un être personnel ?

 

«L’homme n’est ni ange ni bête… ». Il naît bête, il peut mourir ange (Luc XX, 36). La découverte de l’évolution nous aide à mieux considérer l’être, en particulier l’être humain en sa dynamique.

 

19 août 2006

 

La nature nous donne-t-elle matière à réflexion lorsqu’elle nous montre des animaux qui, dit-on, se dotent de couleurs vives pour signifier aux prédateurs que leur chair est peu goûteuse ?

 

Il existe en l’humain une présence de l’esprit qui l’invite à se spiritualiser. Beaucoup l’ont reconnu depuis longtemps, mais on le reconnaît plus aisément lorsqu’on observe la marche de notre univers.

 

l’escargot tend sa chair en mouvement

en un pur legato continûment

mais tu admires autant le pointillé

de sa trace témoin d’une réalité

 

les ondes qui animent son chemin

dans l’instinct qui l’entraîne vers ses fins

naissent en son esprit des mélodies

que la lumière emporte tout droit vers l’infini

 

Comme tous les « ismes », progressisme est un mot dont la mort est programmée dès sa création. Mais qu’importe les mots pour désigner la marche du temps, positive en son essence et quelles que soient les résistances que lui opposent depuis toujours l’indétermination de l’énergie, de la matière et de la vie, et puis la liberté des consciences. Celles et ceux qui pensent qu’une amibe vaut un Einstein, ou même que « l’homme a toujours pensé aussi bien » sont prisonniers d’une idéologie, quelque difficile qu’il puisse être de la caractériser et d’en déterminer les sources dans l’imaginaire.

Celles et ceux qui affirment que les religions qui ordonnaient des sacrifices humains sont tout aussi (peu) valables que celles qui se contentent de leur équivalent symbolique sont victimes du même raidissement.

 

L’emploi des synonymes est un des signes de l’imprécision de nos langues.

 

20 août 2006

 

On peut se demander si le mysticisme est guetté par l’accoutumance, l’addiction, la dépendance. La pratique de l’altérité positive ne le risque guère : c’est un effort, et de tous les instants.

 

La prière n’est pas une technique respiratoire ; mais il existe des techniques respiratoires qui aident certaines consciences à prier, ou à faire ce qu’elles croient être prier. Le cœur de la prière est-il de participer plus intensément à l’altérité positive de l’infini ?

 

Quelle frontière entre église et secte ? Que telle « secte » soit autorisée dans un pays et interdite dans un autre attire l’attention sur le flou qui entoure la définition de cette frontière et sur la subjectivité qui y préside. L’Eglise est une ancienne secte juive devenue respectable, mais dont l’histoire nous dit qu’elle s’est parfois rendue coupable de ce que l’on reproche à certaines sectes modernes (et comment être sûr qu’elle s’en soit affranchie ?)

 

la rose tardive apparue

unique sur le multiflore

qui en juin exubérait

affirme son défi

 

ou n’est-ce sur cet arbre nu

de ses charmes en l’été qui sort

que la nostalgie où paraît

infirme le répit

 

elle est bien là pour quelques jours

avant que la pluie et le vent

ne la culbutent dans les coins

de cette morgue

 

ou que s’évapore en retour

vers le parfum de son amant

le récit frais où vient le point

de son jeu d’orgue

 

Curieuse idée de désirer cloner son chat. Ces gens-là ne savent-ils pas qu’un jumeau n’est qu’un frère ? Confondent-ils l’essence et l’existence ? Ignorent-ils l’eccéité ?

 

21 août 2006

 

Il n’y a pas dans le « péché de la chair » qu’un manquement à la liberté dans la mesure où celles et ceux qui le « commettent » le font poussés par un instinct qu’elles, ils ne maîtrisent pas et qui ainsi les gêne dans leur élan vers l’altérité positive. Il y a aussi, souvent sans doute, un manque à l’altérité, lorsqu’on en est encore en son cheminement à considérer « l’objet de son amour » comme une possession à acquérir ou conquérir et à garder jalousement.

 

lorsque diffuse la lumière

dans la fraîcheur qui bruit

une dernière fois la nuit

ulule son mystère

 

garde en ton cœur au long du jour

ce viatique obscur

qui te fera franchir les murs

et passer les détours

 

Opposer l’être et le devenir, c’est faire de l’être un concept, une essence ; alors qu’il est dynamisme en son existence. L’espace-temps en manifeste l’énergie.

 

Penser que l’idée d’infini suppose un infini, c’est confondre l’existence et l’essence. On l’a vu depuis longtemps. On peut cependant se demander d’où nous vient cette idée, et si elle n’est pas d’un statut qui échappe à l’imaginaire. C’est la finitude de l’espace qui est le fruit d’un imaginaire gouverné par la limite, un imaginaire ouranien. L’infini n’est pas un animal fabuleux. Il appelle le regard au fond de l’espace, et cette immensité existentielle donne à penser.

 

22 août 2006

 

Les rites et les mythes qui leur donnent la main peuvent bien remédier aux angoisses, euphémiser la mort et parfumer la pourriture. C’est l’amour de l’autre qui ouvre à la vie éternelle : il est la vie éternelle.

 

car dans la nuit coule tranquille

le flot d’une durée

pure où s’abreuve la clarté

du chapelet des îles

 

et qui le jour nourrit la marche

le galop le trot l’amble

où se construit chez nous ensemble

le pointillé des arches

 

Dire que nous sommes mus par la nécessité, y compris la nécessité de lutter contre la nécessité, n’est-ce pas (se laisser ) prendre au piège d’un pauvre sophisme ? Un logicien démontrera que la nécessité n’a pas toujours le même sens.

La liberté et le déterminisme peuvent-ils se départager au niveau du langage ? Le langage peut-il rendre compte de la subtilité du dynamisme où la liberté, préparée par l’indétermination, assure sa maîtrise sur les déterminismes qui assurent la vie ?

 

Droit et devoir. Le « tu peux » et le « tu dois » sont des performatifs qui relèvent de l’extériorité et qui, comme tels, ne peuvent être au mieux que des forces conjuguées relevant de l’amour et de la haine empédocléens et menant vers la liberté dernière, celle où l’on vit de l’amour de l’autre, de la belle dilection.

 

 

23 août 2006

 

Dire que la joie est de connaître la nécessité semble d’abord relever de l’humour macabre. Mais que veut dire ici la nécessité. Il est nécessaire d’être libre pour vivre l’amour de dilection.

 

au ventre vide de l’armoire

des fantômes viennent sourire

seraient-ce les voix du désir

réveillées dans l’ombre du soir

 

la mère dont la main posa

et reprit ici tant de choses

a laissé ce dont le cœur ose

subtil imaginer l’émoi

 

mais c’est l’absence qui déchire

les entrailles aux entrailles prises

et qui remplit cette ombre grise

d’un esprit que l’amour inspire

 

si du ventre au vide une haine

te fait passer en solitaire

peut-être que des voix plus claires

te donneront l’autre à l’extrême

 

Faut-il interroger ses rêves ? Faut-il lire ou relire les interprétations qui en ont été données depuis les temps anciens ? A quel niveau de profondeur de l’inconscient peut-on estimer l’origine des uns et des autres ? Il est si facile de se livrer à des reconstructions imaginaires. Puisque les guides les plus reconnus ne le sont pas universellement, on peut, davantage encore que les philosophes, les remettre en question. L’assurance même des interprètes est suspecte dans un domaine où règnent le flou, la fluidité et la flexibilité.

 

Ce rêve où dans la foule je me trouve au premier rang face au « saint père ». Il interrompt son discours et me demande de poursuivre… Cela doit en dire long sur mes prétentions secrètes, et l’image est tellement inattendue, insolite dans mon paysage onirique.

 

24 août 2006

 

le lézard furtif aux surfaces

où l’aventure son désir

est un éclair de vie qui passe

et disparaît dans l’avenir

 

insoucieux de ne rien savoir

de son passé de son projet

tu te réjouis dans l’espoir

que son cœur sera satisfait

 

Dans les échanges qui président à l’organisation du vivant en son apparition et en son évolution, on peut tout de même envisager l’hypothèse de communications qui débordent le physico-chimique, au sens en tout cas où nous le présente notre science actuelle.

L’information, quelle que soit sa nature, précède et guide le développement organique de l’univers. Le problème est celui de sa nature, dont on peut supposer que le physico-chimique n’est qu’une manifestation.

 

La recherche du réel et de son intelligibilité s’efforce d’explorer sans tabou ni censure toutes les hypothèses. Elle le fait avec le moindre risque en ne cessant de faire dialoguer les savoirs. Combien de fausses pistes les savoirs auraient évitées s’ils avaient su s’organiser pour s’unifier. Prétendre que la spécialisation des savoirs interdit leur unification, c’est se priver des ressources de la transdisciplinarité.

Notre imaginaire chthonien cherche à fondre ensemble toute chose et notre imaginaire ouranien à les isoler. Notre esprit est là pour les faire jouer ensemble.

 

 

25 août 2006

 

ah Poincaré tes grands systèmes

partout libèrent le hasard

au service du grand bazar

des amours et des haines

 

ah vraiment la mathématique

joue des tours aux petits malins

qui nous voudraient entre les mains

du physicochimique

 

La force du symbole est dans ses affects, dans sa capacité à mobiliser la chair et l’imagination qu’elle produit. Sa faiblesse est dans son flou, dans son pouvoir de signifier tant de choses différentes que la recherche du réel s’y égare.

La querelle des théologies naît de l’importance indue qu’elles lui accordent.

Les symboles ont longtemps constitué la source majeure des connaissances ; ils continuent de le faire, dit-on, dans d’autres civilisations. Ils demeurent très présents dans notre psychologie individuelle et collective, sociale, d’Occidentaux ; mais ils ont été écartés de la recherche scientifique avec le profit que l’on sait.

Les symboles règnent sur les arts, la littérature surtout, et sans conteste. Cette valeur qu’on leur y accorde devrait inciter notre pensée scientifique à dialoguer avec eux sans crainte ni mépris.

 

La pluralité des religions, toutes fondées sur la pensée symbolique, les invite à s’en détacher dans leur désir de réconciliation. Leur problème est de trouver comment ce détachement ne devrait pas les conduire au sabordement.

Une maximisation de l’altérité positive au sein des religions devrait leur apprendre à relativiser leurs croyances symboliques pour en faire une diversité d’expression manifestant leur pluralisme et l’eccéité de leurs membres.

 

26 août 2006

 

Quel habitant de la terre pourrait avoir la certitude de ne compter ni esclave ni esclavagiste parmi ses ancêtres ? Qui aurait l’inintelligence de s’en prévaloir pour accuser ou s’accuser ?

Ne t’attends, ne t’en prends qu’à toi-même. Un jour, alors, tu seras libre de la liberté suprême face à l’autre.

 

lorsque le rideau de verdure

ne sera plus qu’une résille

les lointains me diront où brille

la splendeur de ta chevelure

 

cette lumière qui s’enfuit

si vite que de la rejoindre

je ne puis escompter la moindre

chance en moi de la voir qui luit

 

en toi qui m’habilles émerveille

au plus près comme en l’infini

des yeux sans nombre en qui se vit

l’espoir qu’enfin l’autre s’éveille

 

avant même que cette bure

en voilage enfin ne se mue

ton visage m’est donné nu

pour le face à face qui dure

 

Pouvoir pardonner est le signe que l’on a accès à la vie éternelle. Le pardon est d’aimer celui, celle qui ne vous aime pas. Cet amour-là n’est pas accessible à notre humanité première, c’est le don accueilli de l’infinie éternelle dilection.

 

27 août 2006

 

Je te montre la lune, et toi, tu regardes mon doigt. – Oui, je regarde ton doigt, pour voir ce qu’il montre sans le savoir : cela va plus loin que la lune, plus loin que les étoiles ; cela ne s’arrête nulle part.

 

Si toute notre connaissance résultait de notre expérience, comment parviendrions-nous à la certitude des principes ? Il est si facile de mettre en doute le post hoc ergo propter hoc que l’on peut penser que le principe de causalité est une certitude qui transcende l’expérience.

 

l’écaille d’écorce grise

a posé sa fin de vie

sur la pierre horizontale

où rien n’a changé sa mise

austère lorsqu’elle plie

sa faille telle une voile

 

qui connaît ce que révèlent

dans la splendeur de son vol

les ivresses de son cœur

ce que livre le pluriel

où la lumière console

le sobre de ses couleurs

 

n’est-il où elle s’expose

à quelque inconnu brutal

que par voeu de disparaître

en l’anonyme des choses

et préservant jusqu’au mal

l’intégrité de son être

 

Lorsque Yeshoua dit se réjouir que son père ait révélé le royaume des cieux aux petits et l’ait caché aux sages et aux prudents, il parle selon l’imaginaire dualiste de sa culture (comme dans le « qui s’élève sera abaissé et qui s’abaisse sera élevé »). Nous pouvons comprendre que l’amour éternel est offert à tous, quel que soit son « niveau » intellectuel, social…, à la mesure de son accueil (Luc X, 21 ; XIV, 11).

 

 

 

28 août 2006

 

je te le cite il te me cite

alors tu vois la chose en grand

la toute-puissance du rite

fait de nos nains des géants

 

On a pu dire que la christianisme reprenait à son compte un certain nombre de figures symboliques : la croix comme arbre cosmique unissant au centre du monde l’univers souterrain, l’univers terrestre et l’univers céleste, ainsi que la mort et la résurrection, la descente aux enfers et l’ascension aux cieux, le retour au paradis perdu…

Certaines autorités théologiques chrétiennes ont affirmé que cette reprise était un passage de la figure à la réalité. On peut admettre que le succès du christianisme s’explique en partie par l’attrait des symboles traditionnels pour l’âme humaine. Mais on peut aussi penser que ce succès est celui d’un produit d’appel et non l’essence du christianisme, si l’on admet que cette essence est celle de l’amour de dilection, qui dépasse le jeu des énergies premières d’attraction et de répulsion et de leurs répercussions cosmiques dans la conscience humaine.

Par ailleurs les progrès de la science ont ruiné la vieille cosmologie. Ainsi, que peut encore signifier l’Ascension dans un monde où le haut et le bas, pas plus que le centre, n’ont de sens religieux ? Et Yeshoua n’avait-il pas prévenu cette découverte et refusé l’enracinement cosmique de son message en disant à la Samaritaine qu’il n’y avait plus de temple ni d’autre lieu sacré, en annonçant une adoration en esprit détachée désormais de toute référence géographique et culturelle ? (Jean IV, 21-24).

 

29 août 2006

 

Faire d’un événement historique un mythe fondateur, c’est risquer de perdre de vue la valeur du temps qui, de génération en génération et pour chaque nouvelle conscience, permet la progression vers l’altérité positive.

Si le chrétien prend pour idéal de devenir contemporain de Jésus Christ comme le souhaite Kierkegaard, il prend appui sur le mythe du retour à l’Origine. S’il fait de l’attente de son retour sa préoccupation majeure, il fait fond sur le mythe parent de l’éternel Retour. Comment peut-on attribuer au christianisme la découverte de l’irréversibilité du temps, le passage du temps cyclique au temps linéaire et encourager ces mythes

L’infinie dilection n’intervient pas dans l’histoire, elle lui est présente. Ce n’est ni de la transcendance ni de l’immanence, l’une et l’autre supposeraient qu’il ne s’agit pas de l’infini dont participe tout être fini par altérité positive, mais d’un être fini manifestant sa toute-puissance mythique.

Croire que Dieu intervient dans l’histoire et que son intervention suprême est celle de son Incarnation, c’est faire de lui un être transcendant et c’est faire du temps une créature mal conçue que son créateur a besoin de corriger.

 

le rapace dérangé

a laissé tomber sa proie

chaude encore un peu de sang

révèle mon désarroi

 

faudrait-il que je ramasse

cette dépouille navrante

et l’honore d’une plainte

comme l’ami se lamente

 

quelques plumes quelques graines

échappées de son jabot

crevé d’où la vie s’échappe

lui tiennent lieu de tombeau

 

l’éphémère souvenir

laissé sur la dalle dure

range en ma chair de rapace

l’élan d’un dernier soupir

 

30 août 2006

 

En littérature, en poésie, il faudrait se rendre sensible à toutes les connotations, y compris les phonétiques et les graphiques.

Est-ce la même sensibilité qui vibre devant le langage poétique et qui perçoit les messages que s’échangent les âmes des choses ?

Les âmes des choses ? Une hypothèse pour notre science acculée, une certitude pour beaucoup d’esprits traditionnels et premiers.

 

rassemble les hirondelles

en un fouillis d’harmonies

où les énergies sont belles

dans l’espace qui les porte

 

écoute ce qui exhorte

en ce frémissement d’ailes

au nomadisme duel

du là-bas et de l’ici

 

comment sais-tu si leur cœur

choisit l’un plutôt que l’autre

ou bien encore les heures

du passage et des fatigues

 

cet inconnu qui t’intrigue

mêle à ton désir le leur

et te fait franchir la peur

qui nous enferme en un nôtre

 

L’utopie d’une communauté sexuelle où chacun, chacune appartiendrait à tous et à toutes, ou plutôt à personne, est irréalisable, car elle suppose un ensemble de consciences totalement libres face à leurs instincts, totalement égaux et ne cherchant que le bonheur de tous les autres. Cet idéal est déjà impensable pour un individu chez qui sa mise en œuvre est fatalement fragile et instable ; elle l’est encore davantage pour un groupe. Et que feraient les enfants qui naîtraient dans une communauté dont ils n’auraient pu chercher à être membres ?

Que ce genre d’utopie puisse apparaître et réapparaître semble témoigner davantage de la nostalgie d’une mythique innocence originelle que d’une quête de la pure dilection.

 

31 août 2006

 

quelle graine ailée s’en vient tourbillonner à ta fenêtre

quel air en elle se révèle

 

partenaire un instant de son invisible présence

elfe en ses bras tu danses

 

ce que l’esprit te pense

image qui attarde en toi l’aigrette de ton être

 

discrète que germe le sens

est la connivence de vie où tu te renouvelles

 

Pour avoir conclu de la causalité au déterminisme, nous avons été conduits par la découverte des indéterminismes à récuser la causalité. Pas fute-fute…

 

Dire qu’Aristote ou Démocrite ou… est (étrangement) moderne, c’est vouloir trouver en lui un appui à la modernité en prétendant le regarder de haut. C’est se donner le prestige des origines en s’affirmant soi-même d’une valeur supérieure. C’est s’adjuger le droit de le célébrer et ainsi de le réactiver, de le faire revivre auréolé du prestige du héros alors qu’en fait on s’abandonne au prestige de la mode.

On boit ainsi aux deux mamelles mythiques d’un temps imaginaire, en un jeu subtil inconscient, camouflé, dont on peut se demander s’il est bon de s’en libérer et comment le faire sans danger, voire avec profit.

 

L’altérité positive nous libère de l’emprise des mythes ou, si l’on veut, nous débarrasse de leur protection et de leur appui devenus inutiles, voire nocifs.

 

 

1er septembre 2006

 

Dire que le pouvoir d’achat des Français augmente à ceux d’entre eux qui constate qu’à l’évidence le leur se réduit, c’est les inviter à découvrir que les plus riches s’enrichissent, probablement à leurs dépens.

Les manuels sont dans l’ensemble moins bien rétribués pour leur travail que les intellectuels, et ils meurent plus jeunes qu’eux. Ils payent évidemment pour une retraite dont les intellectuels profitent davantage, à leurs dépens.

 

Le temps fane les fleurs qu’il fait éclore. Rien de neuf. Les plus grands poètes en ont tiré des vers qu’il ne peut faner que bien plus lentement au rythme de leur langage. Ainsi a-t-on fait de l’art « une lutte contre la pourriture ». Certes, et il est bon de lui faire ou laisser jouer ce rôle. Mais ne devrait-il pas être surtout une réjouissance de la beauté du monde, et plus encore une participation à la beauté que le monde se donne ?

 

au pied de l’hibiscus où le rouge s’étoile

dans le vert où intense une sève exubère

son cortège défunt fait hommage à la terre

du jeu abstrait de teintes appliquées sur la toile

 

de jaunes et de bruns ou moins francs ou plus pâles

de couleurs travaillées par une main sincère

attentive à trouver l’euphonie familière

que prête aux derniers jours la douceur de son hâle

 

n’est-ce que vaine excuse pour cette pourriture

qui partout engloutit la chair de ce qui dure

ne laissant que les os de la figure belle

 

si pure est au regard l’harmonie de ces larmes

qu’au secret de l’esprit le regret se désarme

effacé par la trace où se dit l’éternel

 

2 septembre 2006

 

Dans la perspective de l’altérité positive, on peut dire que le vieillissement est une invitation à passer à des valeurs plus sûres que la fraîcheur des fleurs, à comprendre le dynamisme du transitoire, à rechercher l’éternel, à découvrir peut-être qu’il n’est autre que l’autre.

 

est-ce avoir la tête à ton âge

à l’envers de savoir tes cheveux se mêler

aux cheveux de la terre éperdus dans la plaine

 

plonge tes pieds dans les nuages

vois cette mer de l’aube déployer

le rythme lent de ses déferlantes sereines

 

plonge tes yeux dans les abysses

vois notre vie chercher partout à naître

en tourbillons de lait où mon sein s’exubère

 

sans fond que jamais ne finisse

notre aventure aux frontières de l’être

qui vient battre à tes pieds en écume de mer

 

La lenteur de l’évolution nous fait oublier qu’elle se poursuit.

 

La dialectique du souvenir de la Shoah et de l’agir d’Israël exacerbe et l’antisémitisme et le sionisme. L’excuse de l’une nourrit l’assurance de l’autre, et l’impuni se mire dans l’impunité.

Mais pourquoi l’Occident coupable de l’une devrait-il se laisser entraîner dans le combat auquel l’autre provoque l’Orient ?

 

3 septembre 2008

 

Mon évidence n’est pas l’évidence de tous (c’est une évidence…). Est-ce une raison pour douter ? Je ne puis en tout cas accepter de fonder ma vie sur ce qui ne serait pas pour moi une évidence.

Le doute qu’opposent mes interlocuteurs à mon évidence peut l’éprouver s’il est fondé en raison. Les accusations d’orgueil sont de soi manipulatrices, et elle confirment mon évidence lorsqu’elles s’appuient sur mon refus de croire des gens censés dignes de confiance, c’est-à-dire sur mon refus de me soumettre à des autorités, à des transcendances (à des héros).

 

près des fruits mûrissant pourrissant

les frelons tournent

leur ronde

engourdit l’espace alentour

alentit

le mouvement qui s’introduit

 

affrontements rebroussements

discutent luttent

au cœur

et puis une sollicitude

s’exsude

diffuse l’accueil au jardin

 

au chant se disent les bourdonnements

dans un accord

des ondes

où l’immensité du passé

retentit

en son débord d’une autre vie

 

Il serait étonnant qu’une pensée qui réduit la vie à un phénomène physicochimique ne soit pas à l’affût de tout ce qui pourrait réfuter l’homéopathie.

 

4 septembre 2006

 

l’eau où s’exalte le poli

de la pierre en belle rencontre

brille au regard lorsque se montre

cet éclat que donne la pluie

 

le souffle de l’air qui l’absorbe

et ternit l’œil qui se referme

en pensées durcit l’épiderme

du pavage sur la terre orbe

 

la sagesse de l’alternance

élémentaire mon cher Watson

nous dit que la pierre consone

à l’esprit en stricte observance

 

Le pouvoir de bénir (et de maudire) est-il une croyance suspecte ? L’expression d’une expérience ? S’il relève du pouvoir de la parole et que l’on dénie à la parole d’autres pouvoirs que la manipulation psychologique (des autres et de soi-même), on ne peut que le mettre en doute. Tout au plus peut-on dire qu’en souhaitant du bien à quelqu’un on se prépare et conditionne à lui en faire.

Ou bien faut-il le comprendre comme un phénomène parapsychique ? L’ennuyeux avec le parapsychique, c’est d’abord qu’il donne lieu à un inépuisable charlatanisme. C’est ensuite que s’il est avéré il reste non intégrable à la science, échappant à la causalité déterministe et à la reproductibilité. On ne peut au mieux que l’observer en ses apparitions aléatoires.

 

5 septembre 2006

 

La vérité des évangiles n’est pas dans l’harmonisation désespérée de leurs contradictions. Les harmonistes sont aveuglés par une croyance à l’inspiration qui les fait sacraliser les Ecritures. C’est au contraire dans la confrontation des textes, dans leur dialogue contradictoire, que l’on peut espérer découvrir la substance de la pensée de Yeshoua. Si cette substance est bien l’amour inconditionné de l’autre, la perfection du don et du pardon offert à tous, alors le reste, l’héritage d’une religion ouranienne messianique, doit s’effacer. Mais comment se résoudre à cette confrontation lorsqu’on découvre qu’elle ruine le christianisme établi, qu’elle sape ses fondations dogmatiques et son enseignement moral.

 

la rose qui t’appelle et que tu vas humer

te ferme aussi les yeux et te ramène

au jardin de l’enfance parfumée

 

et puis te vient l’invite à t’approcher

encore et à baiser l’instant à peine

de reconnaître l’autre insoupçonné

 

enfin c’est le moment d’apprendre à reculer

à rendre aux yeux un amour une haine

où le parfum est le cœur échangé

 

Comment ne pas être attristé par le vieillissement, la dégradation de celles et ceux qui nous sont chers, et puis de toutes celles et ceux que nous connaissons simplement ? Lorsque nous voyons les visages de nos enfants perdre leur fraîcheur, quelque chose en nous s’assombrit.

 

6 septembre 2006

 

demoiselle aux ailes de gaze

la feuille amène où tu te poses

à peine pèse davantage

 

si longtemps tu t’immobilises

que l’on te dirait une chose

belle que le désir exige

l’objet dont on voudrait qu’on use

 

ce que la feuille jamais n’ose

qui te prodigue son refuge

quand pourrai-je comme elle à l’aise

être la main qui se propose

 

le sang immobile dirai-je

le nom que tu entends déclose

 

Dans la nature la causalité agit par l’immensité du nombre qui annule l’indétermination de l’extrêmement petit. Lorsque l’esprit a la capacité d’agir au niveau de l’extrêmement petit, il est en mesure de produire ce que les lois statistiques interdisent au niveau de grandeur où nos sens opèrent.

 

Comment faire face au flétrissement de la beauté ? En se réjouissant de son souvenir ? En souhaitant qu’elle se mue en splendeur spirituelle comme la fleur devient le fruit ? Si l’on en vient à reconnaître que le temps est une excellente chose, que c’est un dynamisme du provisoire et du préparatoire, on accepte le vieillissement (et la mort) comme un chemin (et un seuil). Dommage pour le poème vibrant de Dylan Thomas,

 

Il sied à la vieillesse à la chute du jour

De brûler de fureur et de se déchaîner

De crier dans sa rage la mort de la lumière

 

7 septembre 2006

 

tombées au bord de la route

deux ou trois noix que l’on ramasse

offrent leur parfum fugace

et puis dans la main qui doute

cette force d’une présence

 

une vie est là offerte

en talisman des temps anciens

germe fragile que rien

n’assure contre sa perte

si ce n’est que vienne sa chance

 

cette noix qui semble inerte

tant que ne desserre ses liens

la terre mère si bien

que dans l’air s’élance verte

et droite sa surabondance

 

invite à ce que l’on goûte

sur le chemin pour qu’on y passe

sa force assouplie que lasse

la vieille coque dissoute

se lâche l’élan de l’enfance

 

La France, nous rappelle-t-on, poursuit ses simulations des applications militaires de l’énergie atomique. Les Iraniens, on peut le supposer, sont au courant, comme ils le sont du développement des armes non conventionnelles des Etats-Unis et de leur budget militaire pléthorique ; et ignoreraient-ils que leurs voisins israéliens, pakistanais et indiens possèdent l’arme nucléaire ?

 

Comment être sûr que tel/le candidat/e sera le/la mieux à même de « conduire les destinées du pays » et de lui faire prendre sa part à celles du monde ? Il faut pouvoir le/la jauger en ses actes (non en ses paroles, pas même celles qui interprètent ses actes). Le critère essentiel ? La justice dans l’esprit de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. Encore une fois, est inacceptable une politique qui enrichit les riches et appauvrit les pauvres de la terre, qui exalte les uns et humilie les autres.

 

8 septembre 2006

 

Si la compétition (la victoire des plus forts) a été le moteur de l’évolution, on comprend qu’elle soit le cheval de bataille d’une certaine politique. Mais la découverte progressive que fait l’humanité de la valeur de chacun de ses membres conduit les meilleurs à refuser de l’enfourcher. Si l’on fait de l’altérité positive le but ultime et l’aboutissement de l’aventure humaine, on est amené à conduire une politique de fraternité, d’égalité et de liberté où les forts se soucient des faibles et les riches se soucient des pauvres.

Peut-on aller jusqu’à brutalement dire qu’une politique de gauche est plus proche de l’intuition de Yeshoua qu’une politique de droite ? Nombre de chrétiens bon teint risqueraient d’en pâlir ou d’en rougir.

 

petite merveille verte

apparue sur le papier

l’élan de tes pas agiles

écrit sur le blanc figé

une phrase indéchiffrable

 

qu’a donc ton allure alerte

ici là à s’ingénier

à dire avant que tu files

ces mots pour te protéger

de l’espace épouvantable

 

demain je dirai la perte

d’une fragile araignée

venue fraîche juvénile

apporter l’air du verger

dans le fouillis de ma table

 

Les origines des religions, si hypothétiques soient-elles, peuvent nous aider à comprendre ce qu’elles sont aujourd’hui en leurs formes les plus élaborées, les plus figées peut-être. Est-ce fol optimisme de les croire perfectibles ? Chacune est vitalement attachée à son mythe fondateur. Ses réformes mêmes sont vécues et pensées comme des retours aux sources.

 

9 septembre 2006

 

au bord de l’abreuvoir

ces feuilles de schiste à nu

sont une très longue histoire

écrite en lettres retenues

 

elles offrent leur inconnu

auprès de l’eau à boire

qui me dira qui les a lues

assoiffé de mémoire

 

j’irais bien frapper à la porte

du déchiffreur de pierre

entendre dire quelle sorte

d’aventure avant-hier

 

elle a connu vivante ou morte

dans les entrailles de la mer

et en combien de cohortes

s’est enfantée la terre

 

Il est un savoir nécessaire à la possession et à la domination du monde ; il en est un autre qui recherche la communion au monde ; il en est un autre encore qui s’émerveille de l’intelligence et de la beauté du monde et qui vise à y participer à l’œuvre de l’infini. Ce savoir-là est celui de l’autre comme autre.

 

La jouissance des nourritures terrestres ne disparaît pas lorsque l’amour de dilection investit une conscience. Elle se transmue en réjouissance, et la chair qui exulte alors avance sur le chemin de l’esprit.

 

A lire certains, certaines mystiques, on peut avoir l’impression que leur dieu est un gros bonbon que l’on suce. Mais peut-être n’est-ce que maladresse ou faiblesse de langage : comment dire l’indicible sauf en usant de métaphores ?

 

10 septembre 2006

 

dans l’indécis du matin mauve

ces quelques os ces quelques crocs

et cette touffe de poils fauves

sont l’immobilité

 

qui a jeté au bas-côté

la chasseresse de la nuit

lorsqu’aux abois éperdue fuit

devant elle la proie

 

mais le passant ici ne voit

qu’une charogne desséchée

ignorant sa haute lignée

son calme et son élan

 

et que l’éclat des yeux brillant

dans le regard ému des phares

raconte la chasse et l’alcôve

la course et le repos

 

Le vivre en poésie peut devenir une marche en ta présence ; la marche en ta présence peut se dire en poésie, et c’est peut-être sa meilleure façon de se dire. Ta présence appelle la perfection du beau langage, car tu es parfait et seule la beauté peut te voir face à face en devenant le reflet de ta face, comme seule la bonté de l’amour de l’autre peut subsister face à ton cœur.

 

Pourquoi cette insistance du judéo-christianisme sur la puissance de son dieu (il faudrait en recenser les occurrences dans la Bible) ? Sans doute y lit-on qu’il est plein de tendresse et même qu’il est amour, mais cela semble demeurer de l’ordre des attributs, non de l’être.

 

11 septembre 2006

 

ce lait qui baigne le bocage

vient sous un rêve chevelu

annoncer les progrès de l’âge

 

en son indécise douceur

est-ce le sein ou le chenu

ici qu’insinue la blancheur

 

il faut parmi amour et rage

vivre le songe d’heure en heure

lire chacune de ses pages

 

« Ces gens qui sont morts dans l’écroulement de la tour de Siloé, croyez-vous qu’ils étaient plus coupables que les autres habitants de Jérusalem ? Non, je vous le dis ; mais si vous ne changez pas, vous périrez comme eux » (Luc XIII, 4s). Les lecteurs se concentrent d’ordinaire sur le début du commentaire de Yeshoua : l’accident n’est pas un châtiment. Ils ne se mesurent pas avec l’énormité de la fin. Les auditeurs ont-ils mal entendu ? Yeshoua voulait-il souligner l’ampleur du mal dont l’humanité est atteinte ? Affirmer que le salut de l’amour exige un retournement, une metanoia, une conversion, et que peu de gens y sont disposés ?

 

On a accusé Yeshoua de s’être suicidé, d’avoir recherché le martyre. L’idée qu’il pût le faire avait déjà effleuré ses auditeurs : « Va-t-il se tuer ? » (Jean VIII, 22). On peut à tout le moins penser que son attitude face à la mort appelle des commentaires. Il semble bien qu’il croyait bientôt mourir de mort violente. Etait-ce parce qu’il était investi par l’image du Serviteur soufrant d’Isaïe (LIII), de l’agneau émissaire qu’avait vu en lui Jean-Baptiste (Jean I, 29) ?

Quelle différence entre se suicider et s’offrir à la mort alors qu’on peut l’éviter ? Est-ce la motivation qui donne au suicide sa valeur ? Yeshoua a cru mourir physiquement afin que d’autres vivent spirituellement. Sa mort physique n’a en tout cas entraîné aucune mort physique (on ne peut tout de même pas lui mettre sur le dos les bûchers de l’Inquisition ni les tueries des Croisades, pas même le décès brutal d’Ananie et Sapphire (Actes V, 1-10).

 

12 septembre 2006

 

Yeshoua sépare la mort prématurée, accidentelle ou infligée (les Galiléens massacrés de Luc XIII, 1ss), de la culpabilité individuelle, mais il déclare coupables et donc dignes de cette mort tous ceux qui ne se convertiraient pas. Il semble ainsi préserver une sorte de culpabilité collective. Toute l’humanité est coupable. De quoi ? De ne pas aimer ?

Entre la motivation du quasi-suicide de Yeshoua et son appréciation du mal qui a frappé les gens de la tour de Siloé, on peut établir une cohérence : la mort est considérée comme la conséquence collective du péché, et cette collectivisation peut justifier qu’un seul meure pour tous. On peut repérer une autre contradiction : d’une part Yeshoua affirme que le salut des humains est dans la conversion, disons dans l’accueil de la dilection ; de l’autre il fait dépendre ce salut de sa mort sacrificielle. La conversion ne peut être qu’individuelle : personne ne peut aimer à la place d’un autre, et le rite expiatoire d’un individu pour un ensemble est un reste mythologique à éliminer. On voit ce que devient la dogme de la Rédemption.

 

seule et gravide dans ton fût

tu t’es vêtue

d’une tunique qui va bien

à l’air de rien

des algues brunes qui t’enduisent

 

c’est cette mise

et ton ramassement figé

qui protégé

donne au regard d’apprécier l’art

du camouflage

 

et combien plus encor le sage

qui concilie

l’art et la vie

en cette harmonie où s’efface

sa belle place

 

que puisse paraître

d’autres regards par qui transmettre

cette splendeur

qui d’heure en heure

se change en l’âme de son autre

 

13 septembre 2006

 

les cartes que tu gardes sur tes murs

transportent ton souci ton aventure

sur elles chaque nom devient un chant

qui invite ta voix à dire en s’y mêlant

l’angoisse et la réjouissance

 

Trincomalee Djebel Marra

Allahabad ou Abeokuta

Igny Bouilly Liffré ou Marcillé

Brest Poznan Agadez ou Pabré

Dix mille autres encor font sens

 

est-il pour la pensée un non-espace

où l’amour et la haine se déplacent

et plus et mieux la belle dilection

l’hymne à la joie de notre communion

des saints au vide de l’immense

 

Combien de motivations, de mobiles divers du suicide ? Suicide est un mot autant qu’un acte et il peut couvrir mille réalités, autant que de suicidés. On peut, entre autres divisions, séparer le suicide de ceux et celles qui croient que la mort est la fin et celui des gens pour qui elle est un passage à un autre mode d’être. Et il ne sert à rien de dire que les uns se trompent et les autres non.

Si l’on peut établir des statistiques sur le suicide en relation avec des conditions cosmiques, sociales ou autres, c’est que le suicide, comme la quasi-totalité des actes humains, n’est que rarement un acte de pure liberté.

La question du suicide et du jugement de valeur que l’on prononce sur lui se pose souvent dans un climat affectif qui risque de la biaiser. Lorsque quelqu’un envisage de se suicider et qu’il s’en ouvre à ses proches, à ses amis, comment ceux-ci pourraient-ils ne pas tenter de l’aider à s’éloigner de ce spectre et de le dénoncer comme une tentation ?

On peut penser que l’altérité positive et la liberté qu’elle procure peut l’aborder avec sérénité : Ce suicide, hic et nunc, va-t-il à l’encontre de la dilection ?

 

14 septembre 2006

 

dans le déluge de l’orage

la terre va se diluer

et la maison fondre avant l’âge

 

ce n’est pas au fond de la mer

que tu trouveras le refuge

ni dans ton esprit à l’envers

 

il te faut te résoudre au dur

car tout ce qui coule descend

et la hauteur est chose sûre

 

mais n’oublie pas que tu es eau

davantage encore que pierre

vive entre tes os et ta peau

 

Yeshoua a-t-il jugé qu’il avait assez parlé pendant trois ans comme il avait suffisamment vécu en silence pendant trois ans ? Ayant livré l’essentiel de son message, il ne lui restait plus qu’à disparaître. Mais ses disciples l’ont-il vraiment compris ?

Si l’on considère que les religions, en tant que systèmes de croyances, ne sont que des moyens, on peut juger possible de les classer sur une échelle de valeurs. Et la seule valeur qui importe dans la perspective de l’intuition de Yeshoua, c’est l’amour de dilection.

 

On peut faire l’hypothèse que la prière est au fondement de la religion, dans une pensée qui cherche une puissance, ou dans une impuissance qui cherche du secours auprès d’une toute-puissance.

Lorsqu’on se fait une haute idée de soi-même et de la dignité humaine, on pense que cette impuissance n’est que celle d’aimer de dilection et qu’il ne faudrait donc prier que pour pouvoir aimer davantage et mieux. Le tout venant sans vergogne des croyants, au-dessus de sa dignité, sans doute à cause de sa misère, ne se gêne pas pour te demander des biens moins spirituels. L’important n’est-il pas de s’adresser à toi comme à l’Amour plutôt qu’à l’Hyperpuissance.

 

15 septembre 2006

 

dans l’aube grise les canards

font un vol de reconnaissance

leur escadrille

trace les courbes de son art

tendu par les forces que lance

l’aile qui trille

 

que pensent chacune chacun

en repérant l’état des lieux

de leur bocage

se font-ils part de l’opportun

que donnent la terre et les cieux

de leur partage

 

sentent-ils sentent-elles

que leurs lignes dans l’espace

font œuvre belle

qu’en l’instant leur âme distille

un bouquet de parfums qui passent

en l’éternel

 

Ceux qui s’intéressent aux origines des religions feraient peut-être bien de prendre en compte la sensibilité des gens qui vivent au plus près des forces cosmiques, percevant ce que les théoriciens adeptes du logos ont perdu. Et il ne suffit pas de parler de mana, de numen, de wakanda… Il faudrait ressentir cette puissance pour s’intéresser vitalement au rôle qu’elle a pris dans la mise en place du comportement religieux.

 

Si l’on voit dans le temps une force destructrice plutôt que constructrice, on ne peut que se cramponner au passé, vouloir à tout prix rester fidèle aux traditions en croyant être ainsi fidèle à l’être. Alors, une religion qui change, une religion que l’on nous change, ne peut être qu’une religion trahie. N’est-ce pas l’optique des fondamentalistes, et la base du retour aux sources des chrétiens fervents ?

 

 

16 septembre 2006

 

L’action de grâce se mue en réjouissance lorsqu’on passe du Tout-puissant à l’Amour : on participe à sa joie de voir rayonner l’intelligence, la beauté et la bonté.

 

subtile sensation de pisser contre un arbre

et plus encore

sous la pluie qui imprègne

 

quelque chose du règne

de l’eau et de la terre

te redit qu’elle accueille

 

il suffit que tu veuilles

négliger un instant cette poreuse peau

en notre corps à corps

 

On peut dire que l’écriture précise la pensée, la déplie, la dévoile, l’articule ; mais de là à dire que l’intuition est fille du langage…

 

Il y a dans le « après vous, je vous en prie » le danger de ne pas sortir de la hiérarchie animale, de s’incliner devant le babouin alpha. Cette ambiguïté devrait nous tenir sur nos gardes.

La soumission à Dieu que prêchent tant de religions court le même risque. Et pourtant l’Evangile insinue, et certains courants théologiques l’ont admise et promue, l’idée que Dieu s’est fait homme afin que l’homme devienne Dieu. Mais cette égalité n’est pas une égalité de puissance lorsqu’on découvre que l’Infini n’est pas le Tout-puissant mais le Tout-aimant.

 

Il ne s’agit pas de savoir qui, de celui-ci ou de celui-là possède la vérité puisque la vérité ne se possède pas.

 

La fraternité est la médiatrice de la liberté et de l’égalité. Si elle disparaît, l’une ou l’autre risque de l’emporter, pour le malheur de l’humanité, comme l’histoire et l’actualité le montrent.

 

17 septembre 2006

 

Benoît XVI accuse innocemment l’islam de violence. Bien décidés à prouver qu’il a raison, des islamistes annoncent en représailles des attentats contre les chrétiens.

 

Responsabilité, culpabilité : quelle différence ? La culpabilité inclut un engagement de la liberté, ce qu’exclut la responsabilité, où l’on est engagé dans des processus d’altérité négative que l’on n’a pas voulus. Cependant, dès que l’on en prend conscience et que l’on ne fait rien, se serait-ce qu’en se dégageant, on entre dans la culpabilité.

Il faut tout de même réfléchir à des degrés de responsabilité et à des degrés de culpabilité. Mais qui pourrait se prévaloir de jauger les consciences.

 

Dire à Dieu que l’on ne veut aimer que lui, c’est vivre un amour de désir, d’appartenance et de possession. L’amour que l’Infini nous propose n’a pas de « ne… que » ; il est offert à tout être.

 

le désir s’est tu pour toujours

son chant avait perdu le sens

par-delà la haine et l’amour

enfin retentit le silence

 

ce visage épaissi par l’âge

durci par les intempéries

du cœur et de la chair partage

le secret de ce qui finit

 

pour que naisse définitif

l’esprit promis d’une tendresse

éblouissante et que ne cesse

le pur éclat de l’or natif

 

Les distractions, le divertissement pascalien, prennent souvent des allures qui font penser à un comportement rituel, à une activité mythique, que ce soit dans le spectacle, la lecture de fiction, la manifestation sportive…

 

18 septembre 2006

 

ainsi tu es parti sans crier gare

de nuit bien sûr car c’est la nuit

tendre en qui tôt ou tard

on trouve le refuge des ennuis

 

l’aube s’annonçait pâle à l’orient

tu ne pouvais plus supporter

un jour de plus les ans

et la brûlure au fond de leurs clartés

 

peut-être n’as-tu pas gagné le prix

mais tu t’es forcé éreinté

ne sois donc pas surpris

au grand repos d’être enfin arrivé

 

regarde ici pourtant qui sur le seuil

attend le cœur et les yeux vides

face au trou noir du deuil

où incertain leur destin se décide

 

Lorsque Yeshoua rétorque aux Sadducéens qui ne croient pas à la résurrection que leur Dieu est le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu des vivants et non des morts, il leur donne à entendre que la résurrection est la vie dans l’au-delà et rien d’autre, et cela pourrait bien s’appliquer à lui-même.

 

« L’Eglise triomphante », dit-on du paradis chrétien. Il est inquiétant que l’Eglise envisage son avenir comme triomphant, même s’il ne s’agit que d’un rêve utopique de l’au-delà. Mais cela s’accorde avec l’image qu’elle se donne de son héros : « Christus vincit, Christus regnat, Christus imperat ». « Si nous souffrons avec lui, avec lui nous règnerons ». L’interprétation symbolique de ce règne comme le règne de l’amour n’y change pas grand-chose. L’amour exclut la royauté, le règne ; il voit en tout autre un égal.

Et la royauté terrestre a été longtemps présentée comme une image de la royauté céleste (L’onction royale, la royauté de droit divin…).

 

19 septembre 2006

 

est-ce une danse qu’esquisse

exilé dans le bocage

le pin de l’Himalaya

pour le plaisir lointain

 

ou seraient-ce les prémices

d’un retour où l’enfanta

la multitude des âges

au bord du long chemin

 

Le discours actuel de la droite est ouvertement inégalitaire. Où est passé l’idéal de notre République ? L’avons-nous troqué pour l’idéal étasunien de liberté, liberté, liberté (celle du fort parmi les faibles, celle de l’hyperpuissance dominant et exploitant le monde) ?

 

« La fracture sociale », dites-vous. Non, monsieur, l’injustice sociale. Vous voudriez que les exploités soient gentils avec leurs exploiteurs, qu’ils se laissent tondre (que les grandes surfaces saignent les producteurs jusqu’à les pousser au suicide). Vous êtes aussi de ceux sans doute qui disent qu’il faut désarmer la résistance palestinienne, que les Palestiniens doivent se laisser gentiment spolier de leurs terres (les implantations de colonies israéliennes se poursuivent dans les territoires occupés, l’ignoreriez-vous ?). L’occupation est une violence (le nieriez-vous ?). Et vous voudriez que l’occupé renonce à la violence ?

 

Le passage de l’humain premier à l’humain dernier n’est pas une affaire collective. Il est réservé à la conscience personnelle parvenue à la perfection de l’amour de l’autre de pouvoir « tendre l’autre joue ». En attendant cette perfection les peuples fonctionnent sous l’économie de la territorialité, du désir, de la possession, de la domination, même s’ils s’efforcent de rejoindre l’être de la pure dilection dans l’oubli de l’avoir.

 

20 septembre 2006

 

L’Eglise enseigne que son héros est le seul médiateur entre Dieu et les hommes, et donc qu’elle est la seule médiatrice entre Dieu et la conscience. « Le Christ et l’Eglise, c’est tout un », « hors de l’Eglise point de salut. »

Présentissime infini, tu es le médiateur entre tous les êtres finis.

 

La notion de souffrance rédemptrice serait-elle née de l’idée de châtiment ? Le méfait mérite d’être puni ; il faut payer l’offensé, il faut que quelqu’un le paye pour qu’il se sente mieux et, après tout, peu importe qui le paye, on peut payer pour les autres. Le Christ paye pour tout le monde, et ceux qui offrent leurs souffrances en union avec les siennes rachètent le monde de son péché. N’est-ce pas le discours théologique correct ?

Seulement voilà, Dieu est amour, tellement amour qu’on ne peut l’offenser, que son « pardon », qui n’est que son sourire à ceux qui n’avaient pas encore aimé, ne trouve vraiment rien à se réjouir dans la souffrance de ceux qu’il aime.

 

nous sommes-nous apprivoisés

dans la simple habitude

de nous voir et de nous revoir

sans amour et sans haine

 

le front des forces opposées

des dards et des mains rudes

s’exerce aux pratiques de l’art

de la décence urbaine

 

frelons pourquoi nous refuser

ce commerce en prélude

au baiser de paix dans le soir

où la vie nous emmène

 

Penser selon les correspondances baudelairiennes, c’est faire concerter les diverses approches du réel. C’est entrer dans l’esprit du dialogue des sciences et des arts, des hermétismes et des positivismes, de l’Orient et de l’Occident, et., etc. La pratique du « comme », de la logique floue des images, invite à la table ronde des connaissances et des consciences.

 

21 septembre 2006

 

ce doigt si fin si fin sur l’horizon de l’aube

que l’anneau d’or y est un souvenir

un avenir de l’éternelle alliance

que la lune à la terre propose

 

ce sourcil de nuage où se dispose

et se disperse son évanescence

vibre tant dans l’essor de l’aile libre

que le souffle à la main se dérobe

 

L’islam ne peut se démarquer de l’islamisme qu’en le désavouant ouvertement. Le combat contre l’intégrisme est la tâche des croyants. C’est aux musulmans de définir leur foi, à eux seuls. C’est aux chrétiens… C’est aux hindous… C’est aux bouddhistes… Mais toute conscience humaine en quête de l’amour de dilection ne peut qu’inviter tout croyant à cette tâche.

 

Les religions sont-elles irrationnelles par nature. Les passer au crible de la logique ne peut-il que les détruire ? La raison exclut le mythe. Ne l’ai-je pas vu dans une lecture rationnelle de l’Evangile qui y pourchassait la contradiction ?

 

Confondre le multiculturalisme avec le communautarisme est une erreur désastreuse. La fraternité universelle encourage du même mouvement la diversité et l’unité dans l’élan de l’altérité positive. Le souci de l’autre, c’est qu’il soit autre et non pas même, mais ce même souci de l’autre rassemble, rassemble les humains de toute culture.

 

-Le ridicule ne tue que les imbéciles.

-Voilà pourquoi c’est une arme de destruction massive.

 

22 septembre 2006

 

les cimetière sont

des lieux d’émanation

où le parfum des fleurs

masque notre douleur

 

et le poli des marbres

la musique des arbres

ne sont que le mensonge

que l’on dit à ses songes

 

au cimetière ne dort

enchantée que la mort

 

tout ce que l’on dépose

ici se décompose

 

la rose que tu jettes

pourrit aux oubliettes

 

laisse pourtant les morts

ensevelir les morts

et va jeter ta rose

pour que l’âme repose

 

ton ami n’est pas là

puisqu’il est au-delà

 

infiniment discret

il vit dans le secret

 

donne-lui le silence

pour l’écoute du sens

 

recueille dans l’action

la belle dilection

 

de la rose jetée

il reste le baiser

 

L’amour fou et la haine folle peuvent bien dialoguer dans l’économie de l’humain premier ; ils ne font souvent que s’y affronter. L’humain dernier de l’altérité positive les appelle à la métamorphose de la tendresse et du respect.

 

 

23 septembre 2006

 

La conscience du moi examine les motivations de ses actes : peut-elle y découvrir autre chose que son intérêt ? Le désintéressement qu’elle y recherche ne peut s’y arracher à son intérêt que par l’intérêt qu’elle porte à l’autre. « Que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite » (Matthieu VI, 3), et « quand t’avons-nous vu affamé, étranger, malade, en prison… ? (Matthieu XXV, 37ss). Le pur amour qui est la vie éternelle se cache dans le souci de l’autre. Celle, celui qui aime ainsi n’agit pas pour son Seigneur, mais pour l’autre qu’elle, il rencontre en son acte d’aimer. C’est l’amour qui aime en elle, en lui : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est (lui) qui vit en moi » (Galates II, 20).

 

quelle rose aujourd’hui veux-tu que je te cueille au jardin de l’amour

qu’as-tu donc à l’esprit pour croire que je veuille égayer mon séjour

 

je voulais dire ami que tu pourrais choisir de poser mon regard

si cela t’agréait afin de te le dire ici ou là ton art

eh bien main dans la main allons marcher et voir

ce qu’offre le désir

des mille et mille mains tendues en leur espoir

de te le faire écrire

 

ta présence je sais tourne en tout être un œil

du jardin vers la cour

avec la rose enfin nous franchirons le seuil

des haines des amours

 

Les médias, par définition, ont toujours le dernier mot, y compris pour le nier.

 

24 septembre 2006

 

Si l’on veut parler en images diurnes, la démocratie est un nivellement. Mais la démocratie peut niveler de plus d’une façon. Entre le nivellement par le bas de la voyoucratie et le nivellement par le haut de l’aristocratie, on peut monter et descendre. De toute façon, l’esprit de l’altérité positive se distancie de cette symbolique : elle fait pour chacun de chacun un égal en infinie dignité avec l’infini-amour.

 

feuilles de vigne aux ailes éployées

ces colombes décapitées

restent prisonnières du vert

que faire

des apparences qui rassemblent

en images les distances qui se ressemblent

 

ferme les yeux et rêve de l’automne

qu’au fond de l’univers résonne

le grand concert des lignes

les signes

qu’une même harmonie se mime

en multiples motifs d’une vie unanime

 

le pampre en l’éparpillement de l’heure

où se révèlent les couleurs

diverses en mille visages

propage

par la nature les figures

libres du devenir de l’aventure

 

La démocratie selon l’altérité positive travaille à l’élévation de tous, ou, si l’on préfère éviter la symbolique de la verticalité, au progrès matériel, intellectuel, spirituel de tous, à leur marche vers le goût de l’autre qui en est le fondement dernier.

 

25 septembre 2006

 

cette chaîne éphémère aligne des sommets

transporte l’horizon

 

notre vieille maison

pour une heure de rêve admire des adrets

ou n’est-ce pas plutôt qu’elle mène aux regrets

d’une maigre passion

incapable d’action

et de l’arrachement à la glaise et au grès

 

autant que l’attirance d’étage en étage

de ce qui est conquis

de ce qui est acquis

en gloire et en puissance au faîte de son âge

la montagne approchée ou rêvée aux nuages

présente le défi

de ce qui se franchit

pour aller rencontrer l’autre et l’autre rivage

 

Comme tous les amours, l’amour maternel est une force dont la conscience de la mère n’a pas l’initiative. On en perçoit l’intérêt dans le développement et l’évolution des espèces. Le crocodile donne des exemples de la tendresse nourricière et protectrice envers ses tout-petits.

Dans l’altruisme, où passe-t-on d’une liberté spontanée à une liberté assumée ? Il y a dans la nature humaine, même si le terme « nature humaine » continue d’indisposer les disciples de Sartre et quelques autres, un élan vers l’autre que les spécialistes de la vie peinent à expliquer. Avec la conscience de conscience est venue, ici et là, l’intuition que cet altruisme devait pour s’accomplir franchir la frontière du nous et d’adresser à tous.

 

26 septembre 2006

 

vives deux mésanges

se poursuivent dans le vent

font de l’arbre le terrain

de leurs jeux d’amants

 

ce qu’ici s’échangent

la touche et l’évitement

dit la vitesse sans fin

et le mouvement

 

le plaisir l’espace

où le fixe le mobile

l’énergie la masse

font l’union parfaite

laissent en l’esprit la trace

de l’aile aérienne

qu’il écrit efface

 

Le risque de la confession catholique, c’est qu’elle peut donner l’idée que l’on puisse se passer de la contrition parfaite, de l’amour de dilection ; que l’absolution transforme ex opere operato la contrition imparfaite, l’attrition, en contrition parfaite. Seul l’amour rend l’amour, tautologie de la grâce. L’état de grâce, c’est l’amour. Qui regrette de n’avoir pas aimé ne peut que demander la force d’aimer. Mais aucune parole ne peut la donner ; c’est l’œuvre de l’Esprit.

 

L’amour des amoureux les métamorphose. On peut penser que les hormones et autres humeurs jouent un grand rôle dans cette métamorphose, mais la conscience libre les maintient dans leur rôle d’adjuvant.

Pourquoi cette diversité de la métamorphose ? L’adoration d’une femme, d’un homme, peut conduire au crime possessif ; l’amour malheureux peut mener au suicide désespéré. Et l’adoration idéalisante fait de l’objet aimé la divinité inaccessible de l’amour courtois. Peut-on passer sans conversion, sans franchissement d’un seuil, de cet amour sublimé pour un seul être à l’amour universel de la dilection ?

 

27 septembre 2006

 

La dévotion à Jésus ou à Krishna, à Marie ou à Parvati… relève-t-elle de la sublimation érotique ? Si c’est la cas, peut-elle introduire à l’amour de dilection universelle ? Par imitation du modèle héroïque ? La bhakti, dit-on, donne au dévot hindou de participer à l’être de la divinité.

Faut-il décourager la dévotion, l’attachement à une personne unique, fût-elle dieu ? Dilemme de l’avenir du christianisme : ou bien se démythifier pour découvrir son essence dans l’amour de l’autre comme autre en courant le danger de priver le grand nombre d’un appui psychologique primordial, ou bien garder ses mythes et risquer de masquer son essence au point d’écarter celles et ceux, de plus en plus nombreux en Occident, qui ne peuvent plus les accepter.

Une conscience qui a perdu le sens du mythe peut-elle rester chrétienne ? Le peut-elle sans se croire supérieure à « la masse des fidèles » ? Oui certes, car l’amour de dilection exclut par inhérence toute supériorité. Dans une dynamique du provisoire, elle peut se voir comme « avancée » ou comme « progressante ». Et peut-elle le faire sans inviter les autres à se débarrasser à leur tour de leur religion mythique ?

Et que devient le rite, la liturgie, dont elle finit par s’apercevoir qu’elle s’adresse à une image dépassée d’Aimer ?

 

la maison jaune en la rue d’Arles

invite à un autre regard

 

ses fenêtres disent la nuit

comme un écho de l’infini

 

le jaune est si blanc que le bleu

lui répond par un noir aveu

 

et le dedans de la demeure

parle au ciel de la profondeur

quand la lumière et l’ombre disent

l’autre où leur amour s’éternise

 

28 septembre 2006

 

La pensée de l’Esprit est inhérente à la pensée de l’amour chez Yeshoua : « Dieu est Esprit » (Jean IV, 24). La spiritualité est la condition de l’universalité sans laquelle il n’y a pas d’agapè : l’Esprit transcende l’espace (« on n’adorera ni ici ni à Jérusalem…mais en Esprit et vérité » IV, 21, 24) et implicitement le temps, l’histoire, la culture…

Yeshoua avait conscience de ne pas avoir été bien compris : il dit à ses disciples avant de mourir qu’il aurait des choses à leur dire, mais qu’ils ne pourraient pas les comprendre et que l’Esprit les « guidera vers la vérité entière » (Jean XVI, 5-15).

Il dit aussi qu’il doit disparaître pour que l’Esprit vienne. Est-ce à dire que le Yeshoua charnel, le Juif d’il y a deux mille ans, doit s’effacer devant l’Esprit, comme Jean-Baptiste s’est effacé devant lui. Il se serait alors inscrit dans une dynamique du provisoire, et il en aurait eu conscience (Jean XVI, 7).

Pour Paul, « personne ne connaît les choses de Dieu si ce n’est l’Esprit de Dieu » (I Corinthiens II, 11). Il dit aussi que désormais nous ne connaissons plus Yeshoua selon la chair mais selon l’Esprit, selon la vérité spirituelle qu’il a annoncée, celle de l’amour de l’autre.

Reste à comprendre le, les sens du mot Esprit dans la bouche araméenne de Yeshoua et sous la plume grecque de Paul, alors que nous vivons dans une culture où le terme « esprit » a pris des sens divers selon les philosophies explicites ou implicites qui l’utilisent.

 

Celles et ceux qui choisissent la claustration monacale se privent de l’action et doivent être sûrs de la force d’altérité de la prière.

 

Le hasard est la chance de la diversité dans l’évolution de la vie. Reste à découvrir ce qu’il est. Peut-on nier son existence en arguant qu’il est l’illusion de nos esprits limités incapables de connaître la totalité des êtres et de leurs relations ? Le hasard dérange les esprits qui s’interrogent sur sa nature, sur ses conditions de possibilité.

 

 

29 septembre 2006

 

Nous faut-il avoir peur des islamistes et limiter notre liberté d’expression sur l’islam ? Voilà le genre de questions qui provoque les faibles d’esprit. Sa manipulation semble tellement énorme…Et pourtant ça marche. La bonne question est de se demander s’il est conforme à l’altérité positive de blesser la sensibilité religieuse, culturelle…de l’autre. La réponse est évidemment négative. Mais on ne peut poser cette question qu’à des consciences ouvertes aux valeurs de la spiritualité de l’altérité (pour lesquelles « le paradis, c’est les autres »).

La liberté d’expression, comme toutes les libertés, ne peut se penser qu’en concertation avec l’égalité et la fraternité. Vive le République ! Sa devise n’est pas très éloignée de l’altérité positive.

 

ce chien cette chienne que l’on vous impose

familier familière malgré vous

qu’il elle s’appelle Câline ou Bob

Youpi, Papaye ou Mage

 

devient de par le nom qui transforme la chose

en majuscule un lieu de rendez-vous

de cette altérité qui se dérobe

se cherchant des visages

 

et même l’intérêt pour la bête sauvage

veut qu’on la marque et puis qu’on la repère

qu’on suive ses ébats et ses problèmes

comme d’une parente

 

est-ce une rime en nous de l’esprit du vieux sage

à qui toute fourmi est familière

comme est pour nous cet être dont on aime

que la pensée nous hante

 

 

30 septembre 2006

 

S’en prendre violemment à l’islam, c’est entrer dans le monde de la violence islamiste. Involontairement peut-être, car l’Occidental n’a pas, n’a plus le sentiment de la force de la parole tel qu’on le garde dans d’autres cultures.

« Violence inouïe », aurait écrit ce philosophe à propos du Coran. Le Français moyen s’indigne que des islamistes le menacent de mort et prend sa défense au nom de la sacro-sainte liberté d’expression. Quelle aurait été la réaction du Français moyen si le philosophe avait parlé de la violence inouïe de la Bible ? Il aurait probablement crié à l’antisémitisme. Non, il n’en aurait rien su : aucun journal français respectable, c’est-à-dire autocensuré, n’aurait publié son article. Et pourtant, à lire certains épisodes de l’histoire d’Israël relatés sans ciller par les rédacteurs de la Torah, on frémit un peu. Quelques exemples : Livre des Nombres XXXI, 7-11, 17 ; Deutéronome II, 34 ; XIII, 15 ; XX, 13-17 ; Livre de Josué VI, 21 ; VIII, 26 ; X, 37 ; XI, 14 ; Psaume CXXXVII, 9.

On arguera sans doute que le bon israélite et le bon chrétien lisent ces horreurs dans un sens figuré. Mais n’est-ce pas ce que fait le bon musulman avec le Coran ? Le grand djihad est pour lui une lutte contre ses passions.

 

« Violence inouïe » des islamistes ? La paille et la poutre. Beaucoup de Français savent-ils que le massacre d’Oradour-sur-Glane n’a été qu’une plaisanterie auprès de ceux commis en Indochine et en Algérie par les troupes françaises ?

 

la nymphe où s’organise le mystère

de la métamorphose

s’immobilise et se concentre

sur sa vie intérieure

 

quelle réminiscence en elle vient complaire

à son rêve de rose

pour que larve pourrie dans l’antre

elle éclose en couleurs

 

 

1er octobre 2006

 

Garder les yeux grands ouverts, c’est refuser de les fermer sur quoi que ce soit, y compris le spectacle quotidien de la nature en son déploiement d’intelligence et de beauté dans les énergies de ton altérité.

 

ils seront toujours là les merveilleux nuages

aux places de la ville et aux cours des prisons

comme aux plaines sans fin courant vers l’horizon

des regards de l’enfant à ceux du dernier âge

 

leurs envolées emportent en mille migrations

des passions inconnues des nostalgies antiques

souveraines des airs où nos rêves expliquent

en changeantes plastiques nos imaginations

 

enfermée dans les murs et les lignes rigides

tendue passionnément vers leurs corps de sylphides

diaphanes et fluides jusqu’à l’évanescence

 

l’âme reprend son souffle et le sang desséché

en leur eau vaporeuse retrouve le sens

de la circulation et de la destinée

 

La liberté d’expression dans l’égalité et la fraternité exclut l’attaque destructrice. Puis-je m’accuser de violence à l’égard du judéo-christianisme ? Toutes les doctrines ne sont pas également respectables. Ce sont les personnes qui le sont, quelle que soit leur doctrine.

 

2 octobre 2006

 

Faut-il le dire plus clairement ? Il n’y a pas de fraternité sans concertation avec la liberté et avec l’égalité ; il n’y a pas d’égalité sans concertation avec la liberté et avec la fraternité ; il n’y a pas de liberté sans concertation avec la fraternité et avec l’égalité.

La liberté d’expression ne trouve sa justesse qu’en accord et consonance avec l’égalité d’expression et avec la fraternité d’expression.

 

Si je m’abaissais au niveau de ce philosophe accusant le Coran de « violence inouïe », je le traiterais de connard. Puis-je tout de même me permettre de hocher tristement la tête en me demandant ce qu’est devenu l’idéal de sagesse de la tradition philosophique ?

 

« Là où l’on donne sans attendre de retour, le rendre est un don neuf ». Est-ce du Sénèque ou du Ricœur ? Qu’importe, c’est la lumineuse vérité de l’être de l’être auquel tu nous appelles.

 

cette peau fraîche du crapaud

qui remue ses membres menus

dans la main douce qui la touche

 

ravit le regard attendri

venu au secours de l’amour

perdu dans la fête des bêtes

 

3 octobre 2006

 

ce dernier cri de la hulotte

dont on attend en vain l’écho

le renouvellement

s’efface pour celui du coq

lancé toujours toujours plus haut

et triomphalement

 

 

songe à l’ombre dans la lumière

et à minuit pense à midi

comme en belle alternance

concertent le ciel et la terre

dans leur fugue afin que l’esprit

exprime tous ses sens

 

Le problème avec la formule « Dieu est amour », c’est qu’elle est bâtie, comme tant de formules, avec des mots ambigus.

Le verbe être peut exprimer différents liens entre le sujet et l’attribut. Fait-il ici de l’amour une simple qualité de Dieu parmi d’autres ? Définit-il son essence ou son attribut premier ? Suggère-t-il la relation qu’entretient l’être infini avec lui-même, en lui-même comme le dit le dogme de la Trinité ? Avec ses « créatures » ?

Amour ? Agapè dit le grec, mais le mot agapè a eu des sens divers, y compris charnel, dit-on. Cependant il doit, peut s’éclairer dans les usages qu’en fait l’Evangile, directement ou par implication (la parabole du Samaritain en est-il le meilleur exemple ?).

Le mot Dieu est le plus embarrassant, d’autant qu’on ne pense pas à le remettre en question alors que son vieux sens atténue la force de l’attribut amour. Dieu reste le tout-puissant, expressément dans le credo chrétien. Le mot dieu, surtout avec sa majuscule, semble indécrottable et ses connotations indétachables. Yeshoua a dû le sentir, lui qui ne parlait pas de Dieu mais du Père et qui le décrivait non comme une puissance mais comme cet agapè parfaite qui donne aux injustes comme aux justes (Matthieu V, 43-48).

Tu n’es pas dieu. Tu es amour, amitié, amie, ami, amant, amante, aimer, aimée, aimé… Ce pluriel cohérent te vise en ton impersonnalité personnalité.

 

 

4 octobre 2006

 

Peut-on parler de laïcité face à Aimer ? Si l’on peut encore parler de religion, c’est une religion sans puissance, et qui ne peut menacer le politique ni rivaliser avec lui. Aimer ne peut pas ne pas l’inspirer pourtant, comme toute chose. Mais il n’y a pas de « pouvoir spirituel ». L’esprit n’est pas un pouvoir, c’est une inspiration, comme le mot le dit.

Faut-il appeler esprit cette force d’auto-organisation de la matière qui fait que ses particules, ses atomes, ses molécules de plus en plus complexes, jusqu’à devenir vivantes, et le vivant rassemblant un cerveau de plus en plus performant dont la pensée accroît sa capacité de conscience, indéfiniment ?

La chance ferait partie de l’auto-organisation de la matière, du jeu du hasard au sein de la matière.

Le mot matière est-il réformable ? La matière, en tout cas, ne peut se réduire à du physicochimique ; l’esprit lui est inhérent.

 

En s’attaquant au problème des trois corps, Poincaré a démontré mathématiquement qu’il est à jamais impossible de calculer et prévoir les mouvements de la matière, et donc de décider par voie mathématique de l’existence du hasard.

 

pourquoi sur ton gilet d’aurore

mésange

cette cravate noire

pourquoi cette cravate

 

pourquoi t’obstines-tu à croire

que le faire à l’épate

dérange

le temps qui te dévore

 

les civilisations se savent

mortelles

foulards ou cols Mao

régates disparaissent

 

au crépuscule tombent aux

poubelles

de l’histoire que brave

ton aurore sans cesse

 

5 octobre 2006

 

Si je songe que de toute ma vie je n’ai jamais couché qu’avec une seule femme et que je n’en suis ni fier ni honteux, il me faut aussitôt me demander si je ne suis pas fier de n’en être ni fier ni honteux, etc. Le seul remède à soi c’est l’autre (évidemment).

On ne sort pas aisément d’une morale de l’innocence et de la culpabilité, et l’on se dit que c’est sans doute heureux lorsque l’on voit celles et ceux qui en sortent le faire le plus souvent dans un mouvement de révolte stérile. La sortie positive de la morale du surmoi, c’est l’autre, l’intérêt pour l’autre auquel on a donné le nom d’agapè. Le désintérêt de soi-même et de son innocence est une retombée, un surcroît de l’intérêt pour l’autre. L’amour libère de soi-même et de toute finitude en sa participation à l’infini-dilection.

 

l’exubérance tombe morte

fauchée en sa première année

taille taille taille taille la haie

puisqu’ils veulent la coupe de la ligne droite

 

écoute le murmure en toi qui hait

la limite qu’ils croient être la voie étroite

aime aime aime que sortent

vers l’infini les libertés

 

Que pouvait répondre son confesseur à la question angoissée de la moniale : « Est-ce que j’aime » ? « Ne pensez qu’aux autres, ma sœur ; oubliez votre question, elle sera résolue. »

 

6 octobre 2006

 

les levées sont là-bas sur la plage

sans cesse remuées par les marées

vais-je les reconnaître à mon passage

amoureux après tant d’années

 

et pourrai-je à nouveau saluer

chacune en son nom son visage

solitaire parmi la parenté

sur la photo du mariage

 

compagnes depuis des millénaires

elles ont arrondi leurs faces

en se frottant aux vagues de la mer

qui tout rassemble et tout déplace

 

elles ont relevé les menaces

en saluant la beauté mère

pleine de grâce où se forme la race

de mes amantes de la terre

 

« Mon corps est à moi » est une formule qui fit florès en son temps et qui, depuis, est un acquis de la morale occidentale standard. Son problème, c’est qu’elle est issue dialectiquement d’une morale du mépris du corps et se situe à son niveau.

L’altérité positive fait de mon corps mon autre, l’un de mes autres. « Mon corps est un autre » fait partie du « je est un autre », ou plutôt du « moi est un autre » si l’on pense que le je, et non le moi, est le sujet ultime constitué dans l’altérité du je et du tu.

Si je prends soin de mon corps, c’est parce qu’il est un de mes prochains.

 

7 octobre 2006

 

quand la forêt s’allume sans que l’homme

ne s’en soit approché

il semble que le feu qui la consomme

accomplisse une tâche sacrée

 

l’élan vers les hauteurs gagne les profondeurs

spirales et volutes volumes et surfaces

applaudissent le feu que la fumée enlace

l’inapprochable tient la main de l’adorable

 

puisqu’il faut bien mourir autant nourrir

la bête dévorante et la langue brûlante

qui change le visible en invisible

et transmue notre terre en muette des airs

 

faut-il pour voir le feu être la femme

qui jamais approchée

sent dans la torche vive un peu de l’âme

qui s’attache à son âme épurée

 

Les critiques, positives ou négatives, que l’on donne d’une œuvre cachent souvent, sous des motif raisonnés, des motivations inavouées.

 

Les mots d’une phrase sont des fragments ; nos neurones fabriquent du continu avec ce discontinu. En réalité, ils ne font que restituer le réel continu. Ce cas de continuité discontinuité est une base de départ dans la recherche du savoir unifié. Nous avons à notre disposition dans notre cerveau une machine à organiser et à synthétiser les éléments discrets que nous lui proposons.

 

8 octobre 2006

 

Si de nous-mêmes nous étions capables d’aimer l’autre pour lui-même, nous l’aimerions encore pour nous. Il est donc nécessaire que nous ayons besoin de l’autre pour aimer l’autre.

 

va pose le baiser sur la porte du temple

 

la tempe est la douceur de l’âme

pour la douceur des lèvres qui s’aimantent

 

le sanctuaire est vide et le vide en l’esprit

frémit partout de l’autre qui le hante

 

en lui l’immensité se pâme

 

les temples en tout lieu où les âmes accueillent

au seuil l’esprit qui remplit l’univers

d’amour et de haine s’animent

 

de porte en porte passe annoncer la nouvelle

de la belle qui monte du désert

poser le baiser unanime

 

Quel parallélisme entre le dualisme du yin et du yang taoïstes et celui de la haine et de l’amour empédocléens ? Les énergies à l’œuvre dans l’univers sont nécessairement organisées en une dualité d’opposés qui ne cessent de se complexifier en des réseaux finalement capables de conscience réfléchie et de libre agapè.

 

 

9 octobre 2006

 

« L’existence précède l’essence ». Formule qui suppose un dévoiement du concept d’existence. Comment quelque chose pourrait-il exister sans n’être ni ceci ni cela ? Ce serait donner de l’être au néant, de l’existence à ce qui par définition n’existe pas.

« Je pense, donc je suis ». « Je pense » est de l’ordre de l’essence et de l’existence : il existe un je qui pense. Le suis de « je suis » exprime ici la seule existence. L’enthymème de Descartes signifie que j’existe comme pensée ; il ne peut signifier que je n’existe que comme pensée.

 

ce bâton est de fer et de bois et de corne

le berger qui l’agrippe est ancré dans la terre

par ce qui y demeure en sort ou s’en libère

 

il en exprime l’âme par la beauté qui l’orne

il en dit l’espérance par l’esprit qui conçoit

et façonne celui qui le guide en ses voies

 

La lecture d’un fragment varie selon le regard qu’on lui accorde. Le regard ouranien est attentif à la limite, à la coupure ; c’est ainsi qu’il voit dans le poème une totalité close. Le regard chthonien est enclin à voir dans le poème un fragment d’une totalité plus vaste, à en rechercher le réseau qui de proche en proche le lie à l’ensemble des êtres.

 

10 octobre 2006

 

ôte de leur bulbe une à une

mes chairs qui l’arrondissent

 

ces voiles sont sous ma peau brune

le corps que l’âme tisse

 

quand tu arrives à la dernière

tu découvres le vide

où se diffuse la lumière

de ton amour avide

 

que te reste-t-il à attendre

face à la nudité

de l’air si ce n’est de comprendre

notre belle unité

 

Les poèmes seraient, pour une part, des arrangements verbaux réalisé par la force d’auto-organisation du réseau cérébral. La conscience du poète ne ferait que l’alimenter, attendrait que sa machine intérieure lui fabrique des enchaînements de mots, les vérifierait, les rectifierait selon ses goûts esthétiques et selon son désir de produire du sens.

 

La brièveté du poème peut laisser au lecteur, à la lectrice, un sentiment d’incomplétude, même s’il se présente comme achevé, plus ou moins clos sur lui-même. Le poème peut aussi inviter à la relecture en donnant l’impression d’une richesse cachée ; et cette relecture tente d’écarter les voiles qui en laissent deviner les profondeurs. Ces voiles peuvent être des allusions littéraires ou des renvois à des symboles. L’important est de les percevoir comme des voiles, laissant transparaître autre chose que ce qu’ils sont.

 

11 octobre 2006

 

comme une poitrine bondit

au ciel de sa splendeur

le buron de craie arrondit

deux voûtes de blancheur

 

présence qui ravit

il compose sur la hauteur

une forme qui d’heure en heure

alimente l’esprit

 

et imagine dans son cœur

le feu le lait l’outil

tout ce qui fait de la demeure

le centre de la vie

 

Dire que tout être fini est un fragment de l’infini, c’est énoncer une demi-vérité qui risque de s’engloutir dans un panthéisme fusionnel. Mais elle peut aussi conduire à un repérage, jamais achevé, de ce qui relie entre eux tous les êtres finis, à une étude des articulations multiples et diverses, serrées ou lâches, qui font de l’univers un organisme.

 

Mort, où est ta victoire, Anna Politkowskaya ? Avec de la poudre et des balles, ils poursuivent leur vieux combat. Je veux une plume et de l’encre, avais-tu dit. Sous les fleurs, ton corps pourrit déjà, mais tes écrits demeurent, et tu vivras.

 

Peut-on reconstruire toutes les mythologies à partir des forces primitives de l’amour et de la haine ?

 

12 octobre 2006

 

la bure qui ensevelit

le moine sous une autre époque

un autre lieu parfois

lui fait un être qui le prend

 

tunique de Nessus présent

funeste de la loi

jusqu’à ce que la mette en loques

la transpiration de l’esprit

 

Mimer une signature, c’est faire plus ample connaissance avec le, la signataire (rien à voir avec la contrefaçon, qui appartient à l’altérité négative).

 

On peut être agacé ou amusé par le tutoiement de l’infini. Mais comment l’éviter lorsqu’on l’a reconnu présentissime ?

 

Aimer l’autre comme autre est une dépossession. Aimer échappe au mérite, si ce n’est celui (mais en est-ce un ?) d’accueillir l’Autre. C’est dans sa nature même : aimer pour le mérite d’aimer, ce n’est pas aimer l’autre pour l’autre.

Si l’on a pu dire qu’Aimer était l’Autre en nous, c’est qu’Aimer est l’Esprit d’Aimer : la force d’Aimer c’est Aimer, non une de ses énergies à l’œuvre dans l’univers ; ce n’est ni l’amour empédocléen ni sa partenaire la haine, ni aucun/e de leurs enfants. C’est l’Infini-Aimer.

Admettre que l’Esprit a pris le relais de Yeshoua, c’est se donner la liberté de s’évader du mythe du héros et du mythe de l’origine ; c’est se dégager de leur cortège de rites immuables pour vivre la nouveauté du temps toujours nouveau.

 

13 octobre 2006

 

ton âme est un jardin anglais

où la courbe s’étire en souples symphonies

mais surtout j’aime

tes pelouses car elles

inspirent et expirent un air de liberté

faisant se succéder

aux gazons courts de la raison

les farandoles

des herbes folles

 

ton cœur est un jardin français

où la ligne s’épure en la géométrie

partout du même

pourtant sa maison scelle

par l’échelle d’alliance aux cimes du grenier

l’abîme du cellier

passant de saison de saison

les douze bols

de ses alcools

 

« En son âme, la Galilée prolongeait ses jardins » (Renan ?) Si Yeshoua a pu dire que son père se souciait des oiseaux et des fleurs (Luc XII, 24, 27), c’est qu’il ressentait en lui sa sollicitude pour tout être.

Il existe une écologie qui prend soin de la Terre, non pour les humains seuls, mais pour toutes les créatures, et où les humains sont comme des sœurs et frères aînés soucieux de leurs cadets et cadettes. C’est l’écologie cohérente avec l’amour de l’autre comme autre.

 

14 octobre 2006

 

Ce que beaucoup de gens appellent miracle, ce n’est pas le fantastique bouleversant les lois de la nature qui fascine le croyant ; c’est le hasard merveilleux qui se glisse aux plis du réel.

 

« En quelque sorte » : formule distinguée qui laisse entendre que la pensée ne trouve pas le mot juste et sous-entend ainsi que la pensée précède la langage. Et cela fait plus chic que « quelque part ».

 

le ciel discret fait des pâleurs

de fragrances fragiles

et comme de nocturnes assourdis

surprend

réclame le cœur attentif

 

le promeneur

 

s’arrête

longuement lève la tête

vacille

 

la bouche à peine qui s’entrouvre dit

muette le mystère du quotidien pensif

 

Dire que l’on ne peut poser la question de l’origine de l’univers, de l’avant big-bang, relève de l’approche scientifique. Cela ne peut satisfaire la philosophie.

 

Affirmer qu’il est impossible de dire : « Je suis mort », c’est supposer qu’il n’y a pas d’au-delà de la mort. Ce peut aussi être jouer sur les mots : que l’on ne parle pas au-delà de la mort ne signifie pas que l’on cesse d’être et de penser. Sans compter que c’est là le genre d’exclamation qu’on imagine dans la bouche de celui qui se voit menacé d’une mort imminente, physique ou symbolique.

 

15 octobre 2006

 

baisant le dah li a

ta narine inspirée

éprouve peu de sens

pourtant l’intelligence

de ton œil au plus près

lui prête un peu de sa belle clarté

 

l’œil hume la couleur

les subtiles nuances

l’harmonie ton sur ton

et la narine fond

ce panache de sens

au miracle de leur simplicité

 

« Heureux le ventre qui t’a porté et les seins que tu as sucés », s’écrie une femme dans la foule. Et Yeshoua lui répond : « Autrement plus heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent » (Luc XI, 27s). Bien des chrétiens ne semblent pas remarquer que si Marie est bienheureuse, ce n’est pas parce qu’elle est « Mère de Dieu », mais parce qu’elle a accueilli le Don d’Aimer. Dommage pour l’hyperdulie de leur héroïne !

Si Luc suit la chronologie, c’est une récidive : « Ma mère et mes frères sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la mettent en pratique » (Luc VIII, 21). La maternité charnelle n’est rien ; ce qui compte, c’est de vivre l’amour de l’autre.

 

« Frère âne ». Si François d’Assise pouvait ainsi parler de son corps, c’est qu’il le considérait comme un autre, mais aussi qu’il savait que cet autre méritait d’être traité fraternellement, avec l’amour de l’autre comme autre. Le « tu trembles, carcasse… » de Turenne est d’une altérité plus rude et plus humoristique, mais proche.

 

16 octobre 2006

 

La foi qui sauve, c’est celle qui croit à Aimer, qui L’accueille en son agir. C’est cette foi-là qui sauve, sanctifie, justifie, glorifie et tout ce que vous voudrez. C’est la foi qui aime de dilection, car la dilection c’est l’éternel-infini, et aimer ainsi c’est participer à sa vie. C’est cela être sauvé : c’est aimer en accueillant Aimer. C’est tellement simple, ce n’est pas réservé aux grandes intelligences ; si ce l’était, ce ne pourrait être la dilection proposée à tous.

Le pardon n’est rien d’autre. Accueillir Aimer, c’est aimer tout être. Comment pourrait-on ne pas pardonner à quelqu’un qu’on aime ainsi ? Comment pourrait-on ne pas être pardonné en aimant ainsi ? Il n’y a pas de faute en celle, celui qui aime ainsi, qui laisse Aimer aimer ainsi en nous. Telle est la grâce justifiante, celle qui fait de l’humain un juste, un aimant. Et celle, celui qui aime de cet amour-là ne se soucie même pas de savoir s’il est sauvé, sanctifié, justifié…, ni même si elle, il aime, car elle, il ne pense qu’aux autres.

 

pour l’âme en prise sur la veille

la vie sur le flanc du volcan

est comme une vie sans sommeil

 

cette vigilance sans cesse

repère les échauffements

et la puissance qui la presse

 

et parfois se donne le temps

d’aller monter voir dans les yeux

la vie bouillonnante du feu

 

Lorsqu’on a fait l’expérience irrécusable de la télépathie, on est enclin à se demander si la violence ne serait pas aussi une force qui se communique de silence à silence dans l’obscur des inconscients, et si l’on ne pourrait pas lutter contre elle à ce niveau.

 

17 octobre 2006

 

Comme la coupe du monde de football, la campagne présidentielle est un terrain d’étude privilégié de l’humain premier. Malgré les protestations des héros eux-mêmes qui demandent des débats d’idées, l’humain premier a soif de héros. La manipulation des affects qui envahit les discours contredit les appels à la rationalité. La foule (qui nous habite tous à des degrés divers) se cherche un leader charismatique. Les dieux ont décidément la vie dure ; peut-être sont-ils vraiment immortels, et indéfectiblement fidèles à l’humanité première. Longue vie au babouin alpha !

Plutôt que d’agonir les dieux, il faut les asservir, atteler les tigres à son char, ou les mettre dans son moteur. Et d’abord mieux les connaître afin de les rendre dociles et d’améliorer leur rendement.

 

le gland qui claque sur la tôle

du toit sur qui le chêne veille

dit la dureté des surfaces

sorties de nos machines

 

en l’entendant jouer ce rôle

le monde tend sa grande oreille

espère que ce fils de race

reste de la gésine

 

la libéralité divine

pourvoit mais une seule face

de dix mille baisers se paye

condamnés à la geôle

 

le chêne rit bien près du saule

et lorsque le printemps réveille

la sève pour son cœur vivace

jaillit de cent racines

 

Philon, Origène et quelques autres, les kabbalistes tout particulièrement, ont compris depuis bien longtemps que la Torah était devenue imbuvable, qu’il fallait la filtrer, la traiter, la distiller, la sophistiquer. En se torturant un peu les méninges ou en laissant libre cours à leur imagination échevelée, ils ont pu lui faire dire à peu près tout ce qu’ils voulaient, en (s’) assurant tout de même qu’ils respectaient la lettre du texte sacré.

 

 

18 octobre 2006

 

mère de nos beaux arts

sourire lumineux dans l’attente du jour

tu stylises la courbe

 

l’informe tourbe

des pâtes et des boues vers toi se tourne

 

ô finesse

précise du sourcil haussé pour le départ

au soir t’attend l’amour

 

Intéressez-vous aux cultures de l’Amérique, de l’Afrique, de l’Asie, de l’Océanie, et vous trouverez des gens pour vous accuser de dénigrer la culture occidentale ou vous traiter de masochiste… Est-ce parce qu’ils ne peuvent penser que par opposition dualiste ?

Il existe une tournure d’esprit pour laquelle on ne peut croire à ses valeurs sans les croire supérieures à celles des autres, sans vouloir les répandre et les voir dominer celles des autres.

 

Il existe dans le cerveau une machine à faire du sens, à organiser les sensations et autres informations pour les synthétiser. Il semble que cette machine soit conduite par la peur et le désir : peur de l’étrange, de l’incompréhensible ; désir d’être à l’aise dans le milieu où l’on évolue, que ce soit celui de la nature ou celui de la société.

L’interprétation qu’elle produit devient de plus en plus aléatoire à mesure qu’on avance dans la complexité des choses, mais elle demeure un besoin quasi irrépressible, et sain. La recherche scientifique y trouve son excitateur.

La peur du non-sens nous incite à trouver un sens rapidement lorsque la vie est en jeu. Considérer ce sens comme provisoire apaise l’angoisse tout en lui laissant assez de puissance pour nous aiguillonner dans notre exploration du réel.

 

19 octobre 2006

 

Le temps de la retraite est le temps du retrait de l’action et de l’entrée dans la contemplation. Non, c’est dire les choses trop schématiquement, accepter un dualisme de confort. Mais la retraite est la chance de longues heures quotidiennes de silence et de tous ses possibles.

 

tu as fait la lune belle et le soleil puissant

tu nous a donné de voir et tu nous a donné à voir tant de merveilles

 

tu as voulu la lumière nous n’en finissons pas de voir

de voir qu’elle est remplie d’intelligence

et qu’elle fait chanter l’univers

 

par elle tu nous le fais connaître du plus grand jusqu’au plus petit

 

par elle si effacée qu’on ne la voit pas mais son autre

 

par elle tu nous donnes de connaître l’amour de l’autre

 

Dire que le mythe et le rite sont provisoires, ce n’est pas leur ôter toute valeur. Ils sont le sentier, la protection et le moteur de l’humain premier. Pourtant chaque conscience est appelée à les dépasser, à s’en passer à la mesure de son accès à l’éternel, à l’amour de dilection.

S’il subsiste quelque chose de la conscience au-delà de la mort, cela n’a plus rien à voir avec le mythe et le rite. Pour l’esprit échappé de la chair, il n’y a plus ni amour ni haine empédocléens, mais ce qui à l’origine les a fondés, la dilection qui se conjugue en tendresse et respect dans la réjouissance et le souci à la juste distance de l’altérité positive.

 

20 octobre 2006

 

petite punaise de jade

comment es-tu entrée ici

est-ce de te voir si menue

que mon regard se fait si tendre

 

tu fais bien de ne pas attendre

méfie-toi de ce qui remue

en notre monde sans merci

tout n’est pas qu’amour et gambade

 

avant que tu ne disparaisses

dans le repli ou la distance

ravi j’observe les pensées

de tes pattes et de tes antennes

 

si délicates oh qu’à peine

je soupçonne qu’y soit logée

l’idée pure en ton innocence

de m’apprendre un peu de sagesse

 

Plutôt que d’aborder les sacrements chrétiens comme des avatars d’une antique théurgie fondée sur la croyance en la puissance des rites, il serait bon d’y voir des métaphores actives de la dilection, des encouragements à l’imaginaire individuel et communautaire à vivre pour l’amour des autres.

Le baptême, alors, n’est pas un bain lustral qui nous laverait de nos péchés, mais un accueil de l’eau vive du Don d’Aimer. Il prend son sens d’être vécu chaque jour, non comme une promesse que l’on aurait faite à Dieu et qu’il faudrait tenir, mais comme une réjouissance devant les eaux du monde, messagères de la vie éternelle. L’eau quotidienne du bain et de la boisson, de la peau et des entrailles, nous comble de sa joie lorsqu’elle nous donne d’y penser.

 

21 octobre 2006

 

« Magie du verbe ». Terme ambigu, suspect. S’agit-il de la puissance de persuasion rhétorique ? De l’enchantement esthétique ? De la pratique occulte ? Si la magie du verbe entrave la liberté dernière, on ne peut que la récuser.

Si la parole peut, elle aussi, participer à l’univers métaphorique alors même qu’on lui refuse toute puissance magique, il faut l’exercer et la nourrir pour lui permettre de donner voix à l’altérité par la médiation de l’imaginaire.

 

Les mythes peuvent apporter l’équilibre psychologique, psychosocial, psychopolitique… Excellente chose, mais l’humain dernier reste sur sa faim. Le désir ultime de l’humain, ce n’est pas la bonne santé de l’animal politique, social, personnel ; c’est la vie éternelle de l’amour de l’autre. Le symbole peut cependant servir davantage que l’humain premier ; il peut invoquer l’éternel spirituel « couché dans le lit du charnel ».

 

ce visage qui vibre sur l’écran

incarne une vieille figure

inaccessible à ses amants

il appelle en leur âme une beauté plus pure

entre le souvenir et son miroir

 

à qui ainsi se donne-t-elle à voir

en cette face qui assure

éblouie de lui prêter son sang

dans le présentissime la précieuse césure

de l’éternel participe présent

 

22 octobre 2006

 

le ciel sera-t-il pur quand j’ouvrirai la porte

et vais-je retrouver la voûte rassurante

 

ce qui aura tourné autour de l’astre sombre

sera la certitude que tout est bien en place

 

le Baudrier d’Orion à l’Ourse fera face

et les myriades cligneront

 

que je sache leur nom ou l’ignore qu’importe

si leurs forces obscures et leurs clartés se sentent

et si je sais qu’au fond la multitude sombre

en un vide infini où par milliards les masses

d’autres univers vivent tous d’une même race

d’êtres qui furent et qui seront

 

En nouant tes lacets (il en existe encore), souviens-toi de ta mère, de celle qui t’as appris tant de choses. Remercie-la pour tout de silence à silence. Réjouis-toi de la savoir être.

 

Qu’importe le mode de prière, son étiquette religieuse. On ne peut l’apprécier qu’à ses fruits. Si elle fait naître et progresser le sens des autres, la sollicitude envers tous, elle ne peut être que recevable.

 

La moniale, épouse du Christ. Symbolisme bien ambigu. Peu importe qu’il fasse ricaner certains et certaines, mais la moniale risque de s’embarquer dans une aventure qui fait de son amant un super héros polygame, pour ne pas dire un mâle dominant. Ce n’est pas un raccourci évident vers la dilection universelle.

Ambiguïté de la virginité consacrée, voire de toute la morale sexuelle de l’Eglise.

 

 

23 octobre 2006

 

Les chrétiens disent que Moïse a annoncé Jésus. Les musulmans disent que Jésus a annoncé Mohammed. Qui dira qui Mohammed a annoncé, etc. ? Fatale croyances.

On tente de rapprocher les chrétiens et les juifs, voire les musulmans en les prenant dans le sens du poil. Mais il s’avère que l’on ne connaît pas bien le sens du poil de l’autre lorsqu’on n’a pas le sens de l’autre ; et cela provoque des hérissements chez les uns et les autres.

Il est douloureux pour les uns et les autres de s’entendre dire qu’ils appartiennent à l’autre, qu’ils n’ont de sens que par l’autre premier. Eternel désir de l’humain premier de bien se situer dans la hiérarchie, de préférence en babouin alpha ou tout au moins « à sa droite ou à sa gauche » (Marc X, 37).

On sait bien qu’une légère différence de credo peut engendrer des détestations mortelles entre communautés (protestants et catholiques, sunnites et chiites…) Ce ne sont pas les doctrines qui peuvent rapprocher les croyants. Se réclamer d’un même Abraham ou d’un Dieu unique pour fonder un dialogue est illusoire. Il n’y a que l’amour de dilection qui puisse rassembler tous les humains en respectant, en encourageant même la diversité des convictions religieuses.

 

pourquoi as-tu choisi la carrière des armes

et la plus rude celle des légionnaires

 

là l’obstacle rassemble à la dure les frères

les soude tous pour un et un pour tous

 

j’ai tourné une page et celle que je lis

dans sa lumière est terriblement belle

 

une langue nouvelle me refait les oreilles

et ma bouche se tend vers l’inconnu

 

l’aventure du feu et du sang répandu

n’est encore qu’une ombre dans la brume

 

je suis fait pour tuer et pour être tué

je le sais vaguement c’est mon métier

 

après on verra bien il sera temps demain

de vivre et regarder l’autre autrement

 

24 octobre 2006

 

ce que dit ce que cache ton visage

est une inquiétude un émerveillement

le regard qui s’y pose en compose le sens

et s’en émeut

 

ton masque ta personne est un nuage

où s’arrange la joie aux formes du tourment

le cœur en est atteint qu’importe la distance

il s’en émeut

 

le temps peut l’effacer mais ses messages

rayonnent dans le vide où éternellement

ils s’offrent au parcours de la reconnaissance

qui s’en émeut

 

Les fautes d’orthographe et de prononciation sur le petit écran, c’est un peu comme les rats dans la rue : lorsqu’on commence à en voir pendant la journée, cela veut dire qu’ils grouillent la nuit.

 

Une perspective créationniste a de la difficulté à voir dans le temps une force positive. La création sortie toute belle des mains du Créateur ne peut que s’enlaidir, déchoir (jusqu’au grand soir où Il viendra remettre tout en ordre). L’évolutionnisme a l’avantage de voir la néguentropie à l’œuvre, et la vie, lentement sortie de la matière, s’élancer vers la conscience.

 

Dire non, c’est affirmer son être. N’est-ce pas ainsi qu’on explique l’âge du non du jeune enfant ? Mais dire que je ne suis pas l’autre ne veut pas dire que l’autre n’est pas. Parler de néantisation de l’autre semble relever de l’obsession du néant.

Il faut, semble-t-il, une volonté de puissance exacerbée pour affirmer que le Tout-puissant est capable de donner l’existence au néant. Le néant de Sartre serait une réalité psychologique, une imagination ; le néant ne peut en effet avoir de réalité substantielle. Dire que le néant existe, c’est prendre son désir, ou sa peur, pour la réalité.

 

25 octobre 2006

 

La réalité, ce n’est pas le néant. La réalité, c’est que je suis un être fini, non que je suis seul face au néant, ni que je néantise ce qui n’est pas moi (à moins que ce ne soit là la psychologie de l’humain premier poussée à bout). La réalité, c’est que je coexiste avec une infinité d’êtres, ou plutôt avec l’infinité de l’Etre dont participent tous les êtres finis existants ou possibles.

Pour conférer l’existence au néant, il faut lui attribuer les qualités de l’être infini, la non-finitude par exemple, mais c’est une existence conceptuelle (ou, si l’on veut, une essence sans existence possible).

 

le rang de peupliers est un navire

dont la proue au levant s’illumine

en rêve d’orient

 

jusqu’où ira son cœur pour qu’il chavire

dans les brumes où l’amour le destine

à son dévoilement

 

L’absolu. Si l’on pouvait faire l’histoire de ce concept, que trouverait-on ? Une idée de pureté ? Quelles connotations le mot charrie-t-il ? Absolu et absolutisme. Le dieu absolu est celui qui règne sans partage, qui n’a pas de rivaux en tout cas, pas de pairs. Ce dieu-là a pour inhérence la révolte des consciences libres. D’où l’existence du Satan, de l’adversaire et de ses tenants, les anges déchus.

La mise à mort du monarque absolu, ou jugé tel, est dans l’ordre. Et, théologiquement, l’affirmation d’un Être absolu appelle, par inhérence, la négation absolue.

 

 

 

26 octobre 2006

 

Ne serait-il pas opportun, si l’on croyait à l’Europe, d’en montrer tous les jours la carte (météo ou autre) sur le petit écran ? C’est ce genre de petites choses qui construit une conscience commune.

 

On en vient à parler de l’identité comme relation. N’est-ce pas la vieille dilection ? Il n’y a pas de je sans tu. J’aime, donc je suis.

 

toutes les baies du monde accueillent cette mer

ici qui doucement vient te laver les pieds

et te soumet sa force et se fait familière

comme une amie qu’on va revoir pour l’écouter

 

son âme est la plus vaste et ses mille mains tendres

sur le seuil parfumé de son haleine vide

disent que ce n’est rien que l’on n’a rien à rendre

si ce n’est d’être pur en son regard limpide

 

mais si à l’écouter on entend le silence

où s’échangent les cœurs habités par l’immense

on comprend qu’être pur c’est entrer dans le don

inépuisablement offert aux multitudes

 

et l’on rejoint les eaux qui doucement s’en vont

laver les pieds salis par la vieille habitude

 

La différence, la rupture entre le mythe et le symbole est dans la réception : le mythe est pris au premier degré, et le symbole est perçu comme figure. Le mythe est objet de croyance, et le doute est la porte du symbole.

 

Ces bêtisiers où l’on apprend à rire de la douleur des autres nous font hocher la tête et nous demander où la bêtise se cache.

 

27 octobre 2006

 

« L’hôtellerie de luxe est en pleine croissance », la misère aussi. Mais évidemment, la misère n’est plus ce qu’elle était : c’est la condition « des plus démunis », « des moins favorisés », et tout de même (faisons quelques concessions) de « ceux qui vivent au-dessous du seuil de pauvreté ». Veillons à ne pas incommoder les bonnes consciences.

 

Laissé à sa seule intelligence spéculative, l’esprit peut bien construire des systèmes cohérents, mais il n’est plus en prise avec le réel ultime.

Les grands philosophes de l’antiquité, grecs, égyptiens, perses, indiens, chinois, étaient aussi des spirituels, des gens qui sentaient que philosophie et mystique devaient entretenir des relations constantes, qu’il ne fallait pas séparer ces deux approches du réel.

 

la lumière diffuse te propose

la chance des métamorphoses

 

sa nymphe donne force à la pensée

qui s’absorbe dans l’insensé

 

les formes qui se cherchent et s’arrangent

en ton éternité se changent

 

du cocon diaphane de la brume

la vie finalement s’exhume

 

Si je suis sûr que l’infini existe, ce n’est pas parce que l’idée d’infini inclurait son existence (autant dire que l’idée de néant inclut son existence). C’est parce que l’être ne peut avoir commencé.

 

28 octobre 2006

 

La philosophie occidentale s’est détachée de la théologie, mais c’était déjà une théologie que la spéculation avait peu à peu éloignée, parfois même coupée de ses sources mystiques. Peut-être était-ce une dérive inévitable pour une pensée fondée sur le Verbe plutôt que sur l’Esprit. Le christianisme oriental n’a pas connu cette mésaventure.

 

Quels caractères absolutistes peut-on observer dans l’institution pontificale ? L’infaillibilité n’a-t-elle pas été un des privilèges des Louis XIV, des Frédéric II, des Akbar, des Mao Ze-dong ? Est-ce à dire que c’est un caractère religieux ? C’est un caractère inhérent à l’absolutisme, misère humaine attribuée à Dieu comme prétexte à l’arrogance des princes.

 

 

empreint jusques à l’âme de son feu

tu es entré dans le buisson ardent

 

es-tu encor toi-même ayant perdu

ce qui peut de ton cœur se consumer

 

l’univers s’illumine en ta présence

et l’espace rayonne en ta chaleur

 

pèlerin galactique le plancton

en ton trou noir engendre l’origine

 

La prédestination, qui a obsédé et terrorisé tant de chrétiens, est un concept quasi inévitable dans une religion qui croit en un Dieu qui se choisit un peuple et à qui l’on fait dire qu’il a « aimé Jacob et haï Esaü » (Malachie I, 2s).

 

29 octobre 2006

 

Un policier peut-il se sentir l’ami de tous ? Est-il conditionné pour ne pas l’être ? Combien de policiers sont entrés dans la police par désir de dominer, maîtriser, mater l’autre ?

« Police de proximité » ? Pour certains dirigeants politiques, on a l’impression que c’est une contradiction dans les termes. Faut-il aller jusqu’à affirmer que la gauche est plus proche que la droite du « Dieu est amour », du « aimez vos ennemis » et du Bon Samaritain ?

 

Le nombril ou le voile. Les extrêmes se nourriraient-ils l’un de l’autre ? la tentation est toujours forte pour l’humain premier de rechercher son identité en opposition à l’autre.

 

cette muraille que tu passes

est celle du temple sans porte

nul ici qui n’entre ou ne sorte

sans que son image s’efface

 

ce qui te reste est la lumière

qui se réjouit que paraisse

l’autre enfin quand la brume cesse

elle-même d’être matière

 

la transparence du cristal

si pur qu’au fond il se pénètre

si dur qu’il affirme son être

figure l’univers total

 

Les rosaires, chapelets, dhikr, mantra et autres litanies ne valent que par le souffle qui les inspire et les expire ; et le souffle ne vaut que s’il est le produit de l’Esprit.

L’Esprit est bien l’esprit d’Aimer s’il se manifeste par le souci de l’autre.

 

30 octobre 2006

 

sur ce tapis de l’éphémère

où brûlent des couleurs d’automne

chante marcheur de feu

 

ici l’entraille de la terre

sur sa peau de braise te donne

l’éclair de nouveaux yeux

 

le souvenir des origines

qui doucement refait surface

en fournaise de vie

pour ton âme claire imagine

un instant la dernière face

la moisson accomplie

 

l’indémontré de la planète

clôturera son compte juste

dans l’incendie final

 

et le dernier ange au cœur net

rejoindra la phalange auguste

veillant sur les étoiles

 

A la limite de notre univers, passé la dernière étoile, que devient la lumière ? Ne poursuit-elle pas son chemin, à la distance maintenant que lui offre sa vitesse après treize ou quatorze milliards d’années ?

 

La sainteté d’aimer se résume au souci de l’autre. Aimer subvertit l’idée de sainteté. L’ascèse, la vertu, le mérite rejoignent le magasin des accessoires. Yeshoua lui-même ne s’est-il pas fait traiter de goinfre et d’ivrogne ? (Matthieu XI, 9)

 

31 octobre 2006

 

lorsque enfin la nuit est close

dans sa haute loge paraît

en sa vaporeuse voilette

cette face de lumière

 

ne la fixe pas mais ose

un instant observer ses traits

voyant ce qui en sa toilette

a changé depuis hier

 

le spectacle qu’elle admire

sur la scène sous l’horizon

est décidément trop ardent

pour tes faibles yeux mortels

 

l’absolu de ton soupir

doit bien se faire une raison

dans sa lumière en attendant

de rejoindre l’éternel

 

« Dans l’histoire des idées, il n’y a jamais de première fois. » Que se cache-t-il derrière cette formule péremptoire ? Une mise en garde ? Un rabrouement des idées nouvelles ? Une interdiction de penser par celles et ceux qui s’en adjugent le monopole ? Le « rien de nouveau sous le soleil » de Qohèlèt (I, 9) est aussi affligeant, mais les prophètes affirmaient que l’Eternel créait parfois du nouveau. Est-ce Lévi Strauss qui a dit que « l’homme a toujours pensé aussi bien » ? Qu’appelait-il « homme » ? Qu’appelait-il « penser » ?

Peut-on retenir de l’histoire des idées qu’elle est régie par la loi de continuité-discontinuité que l’on observe tout au long de l’évolution depuis la pure énergie jusqu’à la pure conscience ? Une idée ne peut être valide que si elle s’avère cohérente avec le réel, et ce réel inclut le vaste passé, un passé de l’être en mouvement.

L’histoire de l’humanité est jalonnée d’intuitions qui sont des seuils, des discontinuités, mais mûries dans la continuité.

 

1er novembre 2006

 

ces deux corbeaux qui planent éployés

et se grisent d’espace dans le vent

ont l’un avec l’autre connivence d’ivresse

 

peut-être connaissance

de la complicité de leurs ailes et de l’air

 

leur paire

et le silence de leur âcre gosier

dit la paix de leur âme et la joie de leur cœur

 

en l’instant qui ne cesse

 

On ne peut nier l’efficacité du mythe de l’homme-Dieu, la force psychologique des sacrements chrétiens, celui de l’eucharistie tout particulièrement. Mais cela demeure de soi de l’ordre du salut temporel, même si cela peut acheminer vers le salut éternel. La vie éternelle, qui ne peut être que participation à la vie de l’éternel, est la dilection, le souci de l’autre tel que Yeshoua le donne à entendre avec la parabole du Bon Samaritain.

Cela tient à la nature des choses, à la relation entre l’infini-éternel et les êtres finis, relation de pure altérité positive.

 

Une relativisation de leurs mythes et de leur rites, de leurs croyances et de leurs pratiques devrait permettre aux religions de cesser de s’affronter et de se concurrencer. Les sacrements chrétiens, les cinq piliers de l’islam, les puja hindous sont des moyens efficaces d’orienter les croyants vers la dilection, mais ce ne sont que des moyens. On peut, certes, discuter de leur efficacité respective, mais, en les maintenant dans leur statut de moyen, on peut faciliter un accord de tous les croyants sur le partage de la dilection.

 

La dilection ne tolère pas la diversité : par inhérence, elle la promeut. C’est dans sa nature même : elle veut l’autre.

 

2 novembre 2006

 

Le drame des relations entre les religions, c’est qu’elles prennent leur voie pour un absolu sur lequel elles ne peuvent transiger.

 

La dilection est universelle ; elle exclut que l’on puisse refuser le pardon à qui que ce soit. Celle, celui qui aime de dilection ne peut évidemment pas imposer à qui que ce soit d’accepter son pardon, mais elle, il le souhaite pour le bien de l’autre et y œuvre. On ne peut être animé par l’Esprit, qui est esprit de dilection, sans souhaiter que toutes et tous le soient aussi, sans souhaiter à tous la vie éternelle.

 

les corbeaux de Vincent prennent au ciel sa face

en viennent rafraîchir le soleil des moissons

 

le moiré de leurs ailes discrètement efface

l’absolu de la nuit dans un bleu moins profond

 

que serait la lumière sans cette ombre de vie

et que serait le ciel sans l’élan de la terre

 

dans leurs yeux de charbon la matière se dit

et dans leurs ailes sombres le vide s’agglomère

 

par leur vol immobile la vigueur de leurs traits

et leur nombre choisi l’acte de l’art abstrait

un dessin véhément plus près de l’origine

 

quelle juste distance au regard accordé

peut inviter le cœur à s’y laisser toucher

lorsque sur une toile la grande âme s’affine

 

La paix intérieure est une retombée du pardon que l’on accorde à tous ; elle n’en est pas le but, qui est de vivre pleinement la dilection, souci de l’autre et réjouissance en l’autre.

 

3 novembre 2006

 

On peut sans doute accepter de prier dans une langue que l’on ne comprend pas si on a l’évidence intérieure que ce ne sont pas les mots qui prient mais l’élan du cœur animé par l’Esprit.

 

quel esprit nous visite en ces langues de feu

accrochées au buisson qui accueille l’automne

lorsque privé de sève le feuillage se donne

en spectacle de rêve

 

faut-il y pénétrer ou rester à distance

être le corps vibrant dont la peau s’environne

nue de cette vêture que la flamme façonne

au seuil de la froidure

 

ne peut-on à la fois être dedans dehors

 

si l’esprit répandu nous livre l’univers

le feu qui nous habite aux portes de l’hiver

libère des limites

 

Benoît XVI parle d’une sainteté qui se résume à faire la volonté de Dieu en renonçant à soi-même. Pas un mot sur l’amour, la dilection. Il sait pourtant bien que son dieu est amour. Pourquoi ce cloisonnement ? Va-t-il avec le « souffrez en ce monde et vous jouirez en l’autre » que l’on reproche au christianisme ? L’intuition de Yeshoua n’est-elle pas plutôt : « Aimez en ce monde et vous aimerez en l’autre. »

 

La chasteté vise à la liberté intérieure, mais la liberté intérieure ultime est celle de la dilection (ce n’est pas d’être maître de soi pour être maître de l’autre).

 

4 novembre 2006

 

L’érotisme est enraciné dans des forces si puissantes qu’il peut posséder un psychisme jusqu’à l’obséder et le priver de la liberté nécessaire à la dilection.

Ambiguïté de la chasteté, qu’elle soit plus ou moins imposée et plus ou moins choisie : est-elle un hommage à un dieu mâle dominant ou un moyen de gagner en dilection par la maîtrise de soi et par la disponibilité au plus grand nombre ?

La chasteté des cloîtrés est au service de la prière. Le cloître n’est envisageable pour les disciples de Yeshoua que dans la certitude de « l’efficacité de la prière », de la force d’Aimer dans le secret.

Faire de l’Eternel un dieu jaloux, c’est montrer que l’amour qu’on lui attribue est un éros et non l’agapè, universelle par inhérence.

 

d’où vient que cette lame n’est parfaite

que pour ôter

 

la haine qui l’anime la sépare

reine de la limite

 

que serait l’univers sans qu’ainsi faite

en l’unité

l’amour ne se taillait sa part

la coupe qui l’invite

 

L’idée que l’on se fait d’un dieu ne peut manquer de retentir sur l’idéal que l’on se fait pour les personnes et pour les sociétés. Un dieu-éros ne peut qu’asservir, et l’on est bien forcé de constater qu’il n’a pas disparu de l’image/idée de dieu telle qu’elle apparaît dans le christianisme.

 

5 novembre 2006

 

D’où vient l’idée que l’on se fait d’un dieu ? C’est un héritage culturel, et l’un des plus sacrés. Comment peut-on la remettre en question si ce n’est par une révolte ? Et quelle meilleure révolte que l’athéisme ?

D’où vient que certaines, certains préfèrent la continuité discontinuité à la rupture ? Est-ce une question d’imaginaire, plus ou moins diurne ou plus ou moins nocturne ? L’idée que l’on peut passer de l’éros à l’agapè en douceur, par mûrissement ou métamorphose, concorde-t-il avec le processus de l’évolution dans son ensemble ?

 

sur les plaines sur les rivages

les montagnes et les déserts

les fleuves et les nuages

nulle part elle ne fait signe

 

qui a posé au fond des âges

la croix comme un repère

pour qu’à jamais sur toute page

du monde elle nous aligne

 

Conversion d’un individu, révolution d’une société : questions de continuité-discontinuité. Ceux qui étudient les phénomènes de conversion (Paul, Augustin, Charles de Foucauld…) semblent s’accorder pour dire que ce ne sont pas des actes imprévisibles, ou tout au moins incompréhensibles ; et ils s’ingénient à en retrouver les signes avant-coureurs et les explications. Un volcan ne fait pas éruption sans l’avoir annoncé.

La rengaine « touché par la grâce » est l’affirmation d’une croyance impossible à démontrer. C’est ainsi, c’est bien, c’est bien ainsi : l’action de l’infini est scientifiquement indétectable. C’est une expérience que l’on peut vouloir rapporter, mais que l’on ne peut prouver ni imposer.

 

6 novembre 2006

 

au crépuscule

les moustiques alentissent leur danse

élargissent l’espace

 

dilatant les distances

dans la rencontre et dans l’écart chacun trouve sa place

 

quelle extase est leur part après toutes ces heures agitées de leur transe

 

espèrent-ils la face

 

lorsque va l’impuissance

l’épuisement du sang le souffle court le cœur tel une masse

espèrent-ils qu’enfin précipités dans l’abîme des sens

à cette heure où tout recule et passe

viendra la fulgurance

 

Nietzsche avait-il raison d’accuser le christianisme d’avoir empoisonné éros ? Si on lit Deus Caritas Est, on voit Benoît XVI s’efforcer à répondre. Mais l’éros de Nietzsche est un éros glorifié, purifié, idéalisé, presque platonicien à force d’exaltation. Benoît XVI dit que le christianisme n’a rejeté que les déviations d’éros et ses excès, que le christianisme « n’a en rien refusé l’éros comme tel ». En fait il montre bien que l’éros n’a de sens que s’il se transmue en agapè.

On ne peut comprendre la valeur de l’éros que dans la dynamique de l’évolution de l’humain partant de l’animalité pour s’acheminer vers la divinisation. L’animal est commandé par des forces complémentaires d’amour et de haine, d’attraction et de répulsion. Le divin, tel qu’en lui-même, est au-delà de l’amour et de la haine : il est pure agapè. Le malheur est que le judéo-christianisme nous montre parfois un dieu qui choisit et qui jalouse, érotique, « humain, trop humain. »

 

7 novembre 2006

 

« Si mon voisin est borgne, je le regarde de profil. » Certes, mais lequel ? L’altérité positive de la dilection regarde le bon profil, l’altérité négative le mauvais. Alors, quel regard poses-tu sur l’islam, le judéo-christianisme… ? Et sur tous ceux qui dans notre monde d’hyper-communication sont devenus tes voisins ? Peut-être faut-il d’abord admettre que nous sommes tous borgnes.

 

aux sables chauds du ciel

une terre tortue a pondu solitaire

son trésor de lumière

 

mille têtes se lèvent

et mille yeux éblouis contemplent sa descente

dans la profonde nuit

 

si lente et solennelle

qu’il se métamorphose en enfant éternelle

 

Le tableau du monde n’a pas de titre, ni de signature ; il ne parle pas, il rayonne.

 

On peut s’obstiner à écrire de la poésie (ou ce que l’on croit tel) sans pouvoir se justifier discursivement, mais en se fondant sur la seule force d’une intuition. Cela peut devenir une tâche, même si cela demeure un besoin, l’expression d’un appel ou d’une nécessité intérieure. On peut le faire parce qu’on est agréablement surpris du résultat, que l’on trouve cette production scripturaire étonnante, éclairante, source de pensée. D’auto-découverte ? Peut-être, mais le « connais-toi toi-même » n’est pas un souci dans une perspective d’altérité positive.

Il faut au poème une certaine longueur pour déclencher l’état poétique, encore que cela puisse dépendre du lecteur, de la lectrice. Si l’on sent, malgré qu’il soit court, qu’il pourrait nous toucher, eh bien il faut le répéter, plusieurs fois si nécessaire. De toute façon, un poème que l’on n’a pas envie de répéter, est-ce pour nous vraiment un poème ?

 

8 novembre 2006

 

« La poésie pure tend vers le silence ». Cela peut vouloir dire bien des choses. On devrait, entre autres, pouvoir écrire le mouvement d’un poème qui s’épure, qui va se dissolvant comme une neige qui peu à peu ne laisse que ses traces :

 

aux sables du ciel

une tortue a pondu

son trésor

 

mille têtes

ébloui contemple

la profonde nuit

 

solennelle

se métamorphose éternelle

 

 

 

du ciel

une tortue

son trésor

 

ébloui contemple

nuit

 

solennelle

éternelle

 

 

ciel

ébloui contemple

éternel

 

 

contemple

éternel

 

 

Exercice gadget ? Peut-être. Texte rongé par le silence acide ? Métamorphose continue discontinue, où le premier texte donné est déjà un résidu alchimique, une concentration, une élaboration ?

 

Même si l’on trouve ce qui vient sous la plume assez médiocre par comparaison avec ce que l’on a pu lire ici et là, on peut toujours se dire que personne d’autre ne peut l’écrire, que le « ça écrit » par moi est un ça personnel, un « je profond », et non le simple cliquetis de mots qui s’entrechoquent agréablement dans le réseau neuronal.

 

9 novembre 2006

 

De par son eccéité, chaque personne a des choses à dire qu’aucune autre ne peut, et tant mieux si elle parvient à les dire dès cette vie.

 

Un miracle ne peut impressionner que ceux qui en sont les témoins. Leur témoignage est objet de croyance, et donc de doute. Depuis Descartes, et même bien avant, peut-on être autre chose que des Thomas incrédules ? La béatitude de la croyance est de plus en plus inaccessible.

 

Peut-on dire que l’on a pardonné lorsque reviennent avec la force de l’actualité les souvenirs des aigreurs ? Ce qui a eu lieu est-il effaçable ? Comme de Don qui l’inclut, le pardon vient de l’autre. On se sent impuissant à le produire de son propre fonds. Il faut l’appeler et l’accueillir comme une grâce.

 

Un poème qui se défait et se dissout est-il encore un poème ? Il a perdu son rythme, son élan. C’est un cadavre en décomposition, même pas une de ces momies auxquelles on peut prêter son souffle pour la faire revivre. A moins que l’on y trouve d’autres poèmes.

 

Israël donne l’impression de ne vouloir d’autre paix que celle où il aurait défait, maté l’autre. Mais n’est-ce pas ce que l’on voit depuis l’aube de l’histoire et que l’on peut supposer avoir toujours été ? Pourtant la dure expérience d’un ennemi toujours invaincu invite à envisager une paix où l’altérité positive jouerait son rôle.

 

dans la salle d’attente

sous le masque doré de Venise

est-il un seul visage qui ne voile

le secret d’une vie

 

faudrait-il que tu tentes

au faisceau des ondes imprécises

d’aller sonder jusqu’au cœur des étoiles

l’abîme des esprits

 

ou vas-tu croire que

les masques ne se disent qu’en paroles

lorsque tournés l’un vers l’autre en la danse

leurs pensées se devinent

 

et qu’il faut être deux

pour qu’au miroir ton masque se décolle

que les yeux dans les yeux chantent le sens

où l’âme se dessine

 

10 novembre 2006

 

« Certains reçoivent le don de la foi, d’autres pas…La foi est un don de Dieu ». Parole d’un évêque de France parlant des élèves reçus dans les établissements catholiques. Autrement dit, la vieille prédestination est bien vivante (« J’ai aimé Jacob et j’ai haï Esaü » Malachie I, 2s). On est encore loin du « Dieu est amour » de Jean (I Jean IV, 8). Le don de l’agapè est universel ou il n’est pas.

« C’est le Christ qui fait la différence dans le dialogue avec les autres religions. » Hélas, ce n’est pas seulement la différence de la diversité en altérité positive ; c’est aussi le différend, que seule la dilection peut dissoudre.

 

la pomme d’or ne tombait pas

et il fallait dire pourquoi

et qui l’avait lancée si fort

et quelle belle fronde

la portait sur ses ondes

 

sorti de ton étonnement

sais-tu ce qui dit vrai ou ment

et si ce cercle envoie au fond

de ta batée le lourd

que cherche ton amour

 

ne t’attarde pas Atalante

à ramasser l’or qui te hante

et qui alourdirait tes pas

suis l’incessante trace

Diane légère passe

 

La poésie, et la poétique qui sous-tend son écriture, sont toujours plus ou moins influencées par le milieu culturel, artistique où elles sont produites. Mais idéalement elles doivent se moquer de la réception qui leur est faite.

La poésie française du XX° siècle est sous, disons à, la botte de Mallarmé. Peut-être même la linguistique structuraliste est-elle venue lui faire allégeance pour régenter à son tour la production poétique.

 

11 novembre 2006

 

Péguy cueilli par la grande guerre à quarante ans. Etait-il déjà mûr pour l’au-delà ? Que ne nous aurait-il pas encore donné, lui le poète sans attache ni gourou, exubérant de la force mystique de la terre, rayonnant de son indomptable prophétie ?

 

Le raidissement puritain de l’Islam face à l’Occident qui se dénude toujours davantage est comme dialectiquement inévitable. Si vous vous sentez libre de réduire votre vêture à un confetti, laissez l’autre se sentir libre de faire de la sienne une tenture.

 

Ceux et celles qui se plaignent que les Africains s’intègrent mal à la vie française feraient bien d’aller voir en Afrique comment les Français ne s’intègrent pas à la vie africaine.

Ces musulmans français dont on regrette qu’ils ne se considèrent pas comme Français, peut-on innocemment les comparer aux juifs français qui se sentent tellement Français qu’ils pensent à émigrer en Israël ?

 

rocher et roche dorment dans leurs draps de sable

et leurs songes répondent aux caresses des vents

leurs grandes formes disent la durée vénérable

qui les a enfantés en sublimes amants

 

dans l’écart immobile de l’air infranchissable

qui dompte leurs amours sevrées jusqu’à la fin

passe le long discours de leur frugale table

de l’insensible pain de l’invisible vin

 

que peuvent l’une par l’autre dire au passant leurs âmes

lorsqu’il vient d’un pas lent se coucher au silence

de leurs ombres qui vibrent au soleil de midi

 

avec elle avec lui s’il sait comment se taire

échanger son langage pour celui de la terre

il se relèvera fort de nouveaux amis

 

 

12 novembre 2006

 

Le désert offre la chance de spectacles que les forces de la nature ont été totalement libres de façonner. Le vent est un sculpteur incomparable.

 

On peut se sentir invité à faire parler le tableau du monde, mais cette parole ne peut être vraie que si c’est bien le monde qui s’exprime en elle et non un intellect qui s’en est détaché. Sans doute cette parole ne peut-elle être que chantée, et sa musique doit lui donner le ton.

 

la peau est un vin pour la peau

et pour l’enfant déjà sorti du ventre

chez qui le lait se mêle à la tendresse

c’est une attente autant qu’un souvenir

 

lorsque l’âme achevée sort enfin de son antre

que le vin distillé en esprit de finesse

aux mille esprits se joint libre de son désir

l’eau fait retour aux grandes eaux

 

Cette formule de Sartre si connue, « l’enfer c’est les autres », apparaît horriblement juste lorsqu’on découvre que la dilection et la béatitude ne font qu’un. Le paradis c’est les autres ; si l’on ne parvient pas à la dilection, on le manque, et c’est l’enfer.

Le paradis n’est pas une récompense, une compensation pour la dilection ; c’est la dilection même, un peu comme Spinoza disait que la béatitude n’est rien autre que la vertu.

Le paradis, c’est de rencontrer chacun en toute transparence et conscience ; c’est la mutuelle dilection.

 

 

13 novembre 2006

 

Ce que nous rappelle aussi la campagne présidentielle, c’est le pouvoir de la rhétorique. C’est bien ce que les politiques disent qui fait varier les sondages qu’ils font mine d’ignorer alors qu’ils ont les yeux rivés sur eux. Et il existe aussi une rhétorique des images.

On manipule les esprits en attirant leur attention sur des faits soigneusement choisis et présentés, cuisinés pour flatter le goût, ou le dégoût, que l’on veut leur inspirer.

 

comment si pâle inclinée sur l’épaule

du buisson qui te porte en un dernier hommage

peux-tu garder si fraîche ta vêture

 

comment si approchée de l’empire des saules

fais-tu pour témoigner à la dernière page

de la noblesse de ton aventure

 

L’humain premier est un homo mimeticus. La série récente des incendies de bus en est un rappel. Quel rôle joue le mimétisme dans le « conflit des civilisations » ? A force d’en parler, on finira bien par la déclencher.

L’altérité positive, en tout cas, se réjouit de la pluralité des civilisations et la promeut. Elle invite aussi au don mutuel de leurs valeurs.

 

La dilection se rit des lois, des devoirs et des droits. Le droit à la liberté d’expression est pour elle sans objet. Car ce qui l’anime, c’est l’autre. Ama et fac quod vis. Même si la loi m’en donne le droit, comment irais-je blesser l’autre si je l’aime ?

 

On peut aimer tous les autres et penser pis que pendre de certaines de leurs croyances et convictions. Le leur dire ou le leur taire relève de la sagesse, guidée, encore et toujours, par la dilection.

 

14 novembre 2006

 

elles font sur la vieille souche

leur attroupement ton sur ton

d’œillades brunes

 

leurs venues où l’arbre se couche

toutes en leur diverse façon

n’en forment qu’une

 

surgissement de quelques jours

épiphanie d’un inconnu

qui parle à l’âme

 

avant ton départ sans retour

délivre les mots retenus

de ton sésame

 

« Mon âme a soif du Dieu vivant » (Psaume XLII, 2). Aimer n’est pas objet de désir. Aimer Aimer, c’est participer à sa dilection, à sa sollicitude pour tout autre, et y trouver la joie qui demeure.

 

Bioéthique. Adores-tu la vie ou adores-tu la dilection ? Je n’adore rien du tout, je cherche à aimer avec Aimer, souhaite vivre de la dilection en m’efforçant de l’accueillir. Considérer la vie comme un pré carré de Dieu, c’est maintenir l’image du Tout-puissant propriétaire. Aimer n’a pas de pré carré, de domaine, de territoire.

 

Si la poésie est polysémique, cela peut vouloir dire que son langage est vague parce qu’il est le produit fidèle d’un inconscient manipulant les mots selon les affinités multiples d’une symbolique. Mais on a parfois l’impression que son obscurité réelle ou déclarée telle est le prétexte des projections de ses lectrices et de ses lecteurs.

 

15 novembre 2006

 

où caches-tu tes ailes de dentelle

et dessous quelle feuille morte tes yeux d’or

se sont-ils à jamais fermés

 

mais surtout comment ta larve peut-elle

de lion dévorant après qu’elle s’endort

en beauté pure se changer

 

les secrets de la vieille histoire

l’improbable trouvaille entre les doigts agiles

d’un esprit de sollicitude

 

guidant la main aveugle du hasard

sculptant l’informe masse en merveille gracile

taquinent notre incertitude

 

Le dicton martelé par le Fils de l’Eternel, « les premiers seront les derniers » subvertit le règne politique et social du babouin alpha, bouleverse aussi par inhérence l’image de l’Eternel : comment l’Eternel pourrait-il demander aux êtres qu’il aime de se comporter autrement que Lui ?

 

Dans un conflit politique ou social, c’est au plus fort de prendre l’initiative, non celle de la carotte et du bâton, mais celle de la main tendue et du dialogue.

 

Dire qu’il n’y a pas d’idée isolée, c’est inférer qu’un fragment (un aphorisme par exemple) n’est pas un petit tout clos sur lui-même, mais une partie qui ne peut se comprendre qu’en référence à d’autres fragments et donc à un ensemble, que cet ensemble est lui-même un élément d’un autre ensemble plus vaste ou de plusieurs, et ainsi, d’enchaînement en enchaînement, jusqu’à la totalité des êtres finis, eux-mêmes participant tous de l’être infini. Telle est bien l’intuition qui anime la transdisciplinarité.

 

16 novembre 2006

 

La loi en marche vers son accomplissement en dilection, c’est l’aspiration à la liberté et à l’égalité. Son âme est la fraternité universelle.

 

A-t-il jamais existé des sociétés humaines qui auraient échappé à l’alternative du patriarcat et du matriarcat ? Chez l’humain premier, il faut un dominant à tous les niveaux de l’organisation sociale, y compris à celui du couple ; il faut un chef. Même s’il faut du temps pour le comprendre, la notion de dilection universelle, intuition fondamentale de Yeshoua, sape le fondement de toute hiérarchie, y compris ecclésiastique.

Au niveau du couple, il n’y a plus de dominant ou de dominante, mais une égalité qui se traduit par la prise en commun des décisions. La femme ne peut être « soumise à son mari » comme le pensaient Paul et Pierre (Ephésiens V, 22 ; I Pierre III, 1), ni le mari soumis à sa femme. La notion de chef de famille est abolie.

 

fluide l’eau t’a faite

 

les galbes de ton corps

sont l’héritage d’âge en âge

conçu, transmis, parfait

de tes entretiens avec elle

 

quelle rivière en fête

t’a donné sur ses bords

en partage la nage

et poussant son attrait

s’est dite en toi plus belle

 

17 novembre 2006

 

Ne faut-il pas être déraisonnable pour ne pas aimer la pluie ? Sans elle pas de vie ; ce serait le désert. Mais nous vivons dans l’immédiateté du présent de notre petite personne, de nos aises et de nos malaises. Peut-être faut-il aller vivre quelque temps au Sahel, où il ne pleut que trois mois par an et dans l’incertitude, pour ressentir la pluie comme une merveille, pour aller danser dans la joie de ses pleurs.

 

écoute le jardin s’égoutte

en l’ombre du silence

qu’en toi fait l’autre immense

libéré de tes doutes

 

la multitude de ses voix

fondues en l’anonyme

au fond de toi sublime

en esprit ton émoi

 

puisque ce n’est la pluie

ni l’herbe ni les feuilles

que la présence accueille

muette au bout de cette nuit

 

mais l’autre au cœur du vide

dans l’immobile cesse

ton beau discours et presse

la main du grand taiseux timide

 

Parler de droit naturel n’a de sens que si l’on comprend l’évolution de la nature humaine en sa continuité discontinuité de l’animalité à la spiritualité, de l’amour de soi à l’amour de l’autre.

Le droit ne connaît pas le don pur ; il ne croit pas au désintéressement, à la dilection sans retour. C’est ainsi ; le droit protège l’humain premier de ses excès. L’humain dernier n’est pas son affaire ; l’humain dernier est celui qui accueille la vie éternelle de la belle dilection.

 

18 novembre 2006

 

La croyance au néant est l’archétype de toute croyance : elle affirme l’existence de ce que la raison sait ne pas pouvoir exister.

 

Il y a en l’humain premier qui nous habite une capacité à ne pas voir les faits patents, une liberté de vouloir ne pas voir, et sans même en être conscient. On la trouve jusque dans les milieux scientifiques, au point que c’est une banalité : certaines découvertes ne sont reconnues que laborieusement ; et la rigueur scientifique peut se mettre au service de cette réticence. Ainsi l’homéopathie n’existe pas pour certains scientifiques puisqu’elle ne peut pas exister selon la science matérialiste qui se satisfait de l’expliquer par l’effet placebo.

 

au fond de la carrière

résonnent les échos les voix

le beau discours des pierres

et le murmure d’un rêve de choix

 

la main l’œil et l’outil

se concertent l’emportent sur

la masse indéfinie

pour imposer la ligne droite et dure

 

la poussée de l’esprit

de la terre en la terre aura

la grâce de parfaire

finalement son fils comme un fruit mûr

 

Comment, Infini, ne pas te tutoyer alors que tu es le présentissime ami et que la plus grande joie est de se savoir vivre en ton être. Il n’y a pas à te rendre présent, tu l’es éternellement, mais à se rendre présent à toi dans le silence des voix, des désirs…

 

 

19 novembre 2006

 

Exemple encore de la liberté de ne pas voir : l’affirmation si souvent entendue que les spectacles de la télévision n’ont aucune influence sur les spectateurs, que l’on peut tout montrer au cinéma parce que les spectateurs savent faire la différence entre fiction et réalité. La réfutation ? Pourquoi les firmes commerciales dépenseraient-elles des sommes aussi considérables pour vanter leurs produits dans les médias si les images publicitaires n’avaient aucun impact sur les ventes ? Mais cette réfutation reste sans effet sur celles et ceux qui ne veulent ni voir ni entendre.

 

Comment le discours de la raison ne serait-il pas sans effet sur les croyants si la croyance est irrationnelle ?

 

le jaillissement dur déjà

des jacinthes et des jonquilles

au jardin transi de l’automne

dit l’impatience de la terre

 

le temps s’en vient le temps s’en va

engendre ses fils et ses filles

par cet amour où il se donne

aux entrailles de la matière

 

l’élan qui porte un peu plus loin

de jour en jour la vie

pénètre ton cœur et tes reins

d’une mélancolie

 

car ce qui les attend demain

c’est tout ce qui pourrit

afin que des mains du destin

s’échappe enfin l’esprit

 

alors choisis la valeur sûre

le baiser que la beauté pose

sur la jonquille et la jacinthe

d’année en année sans faillir

 

et cette intelligence obscure

qui élabore en mille roses

le parfum d’une pure étreinte

qu’aucune main ne peut saisir

 

20 novembre 2006

 

la pluie n’est plus qu’une rumeur

un murmure au-delà des mers

mais insupportable son sable

s’insinue au cœur du silence

 

quel souffle animera que meure

au vide lucide l’envers

de son unique l’innombrable

ta présence en sa transparence

 

Pourquoi cette résistance persistance à la fiction, cette réticence à l’égard du roman ? Non du fantastique, qui se présente à visage découvert, mais de l’histoire fictive qui se propose comme vraie, avec des effets de réel, qui suscite l’intérêt passionné du lecteur abusé pour connaître la suite et la fin ? Cette résistance est-elle l’envers d’une passion lucide du réel, exclusive de l’irréel ? Est-ce une résistance à une curiosité si forte qu’elle constitue un danger pour la liberté intérieure ?

 

Les utopies sont-elles des avatars du mythe ? Relèvent-elles de la croyance ?

 

« La foi n’est pas héréditaire. » Qu’on ait besoin de le dire montre peut-être que cela ne va pas de soi, qu’en réalité ce que l’on pense être la foi est une croyance, un credo transmis et adopté sans réflexion dans la famille et le milieu social. La foi vraie est un acte de la personne, l’accueil libre de la dilection éternelle par la conscience.

 

21 novembre 2006

 

Lorsqu’on a été sensibilisé aux traumatismes subis par les victimes des attentats du métro parisien, on doit pouvoir compatir à celles, quotidiennes, nombreuses, de la violence en Iraq. C’est insupportable. Pourquoi ne nous hantent-elles pas ?

 

L’utopie est-elle une expression de la nostalgie d’un paradis perdu ?

L’utopie est fondée sur le constat de l’écart entre ce que nous vivons et ce que nous aimerions vivre. Ce fondement est sain ; les divers égarements naissent des méprises sur l’idéal à atteindre.

L’idéal de dilection universelle est certes irréalisable en une République terrestre parce que c’est un idéal qui concerne chaque conscience en son eccéité ; mais plus de consciences l’accueilleront et plus les sociétés humaines tendront vers l’utopie capable de les combler.

 

la mouche bourdonnante

sait-elle quel jeu de dés

guide son vol imprévisible

 

ton âme est-elle conscience

de l’électricité

qui l’oriente vers sa cible

 

sa musique du monde

enchante les étoiles

sans rien savoir de ce qui vibre

 

et le concert des ondes

dans cette nuit sans voiles

jusqu’à la fin te garde libre

 

La connaissance des autres cultures permet de nous distancier de la nôtre. Mais cette distanciation, voire ce décentrement, n’est possible et sain que si nous pouvons nous adosser à un fondement commun à toutes les cultures. Nous sommes, sinon, acculés à choisir entre le dénigrement de l’autre culture et le reniement de la nôtre. De même la connaissance des religions…

Peut-on concevoir meilleur fondement commun que l’altérité de dilection ?

 

 

22 novembre 2006

 

La façon dont on explique Paul de Tarse par l’épilepsie ressemble-t-elle à celle dont usent Origène ou Jean Chrysostome pour expliquer la Pythie de Delphes par une déviation sexuelle ? Il s’agit surtout de salir l’autre parce qu’il vous répugne.

 

ce pur arc-en-ciel

où s’exalte le jeu des grisailles

ne peut se tenir

 

ce qui s’y révèle

qu’importe qu’il s’en vienne ou s’en aille

ne saurait mentir

 

rien que toute belle

la lumière un instant qui défaille

ne se peut ternir

 

La poésie appelle une réflexion chez le poète parce que le poète n’est pas que poète. Mais la théorie poétique n’est pas la poésie, lors même qu’elle se dit en poésie. L’influence de la théorie poétique d’un poète sur sa poésie est-elle profitable à sa poésie, même si elle est toute personnelle ?

Si le poète prend conscience de ce qui se produit alors qu’il conçoit et écrit un poème, il, elle ne peut le faire qu’en alternance avec son écriture poétique et le type de fonctionnement de son cerveau qui la lui fait écrire. Ce sont deux fonctionnements différents.

Risque-t-il d écrire une poésie moins conforme à son génie propre s’il s’efforce d’écrire selon la théorie qu’il adopte, même s’il élabore cette théorie sans référence aux courants poétiques avec lesquels il est en contact.

 

23 novembre 2006

 

La prise en compte effective de l’évolution dans notre vision de l’humanité détruit les mythes de l’âge d’or, du bon sauvage, du péché originel, du retour à l’origine, de la fin des temps… Elle nous donne de voir clairement à quel point nous demeurons des animaux dans notre comportement, mais aussi comment l’élan de l’évolution nous porte vers la spiritualité, avec, cependant, une liberté croissante qui fait que nous pouvons lui résister.

On comprend aussi le combat des créationnistes qui prennent conscience de ce dont l’évolution les prive en sapant les fondements de leur croyance.

 

Sur une tombe, cette épitaphe : « Il n’y a rien ici que de la poussière et ton amour ».

 

un chardon tend l’intensité

unique de ses yeux mauves

aux teintes pauvres

 

quand cette touche vient si près

de l’atonie de l’automne

en sa peau molle

 

et que si sombre le cyprès

projette son ombre morne

sur notre fosse

 

quel esprit fait cette clarté

pour que s’illumine l’aube

comme une rose

 

Comment Pascal a-t-il pu écrire que « la contradiction n’est marque de fausseté » ? Avait-il assez d’esprit de finesse pour percevoir les contradictions de la doctrine chrétienne et trop de crainte de l’infini pour accepter de suspendre sa croyance ? A-t-il pris refuge dans la sécurité lumineuse mais trompeuse d’une belle formule antithétique ? « Ni la contradiction n’est marque de fausseté, ni l’incontradiction n’est marque de vérité. » (on peut sans difficulté admettre que « l’incontradiction n’est (pas) marque de vérité » lorsqu’elle concerne deux erreurs cohérentes entre elles).

 

24 novembre 2006

 

coquillage secret

que cache la substance de ta nacre

quel antique héritage

en ta maison figé

s’est plus loin transporté infinitésimal

 

la mer par qui s’échangent

fondus d’amour en son eau plus légers

les durs de la matière

enfante pour la terre

la race délicate en son grand mémorial

 

Ces mécanismes qui font que nous déformons nos souvenirs, mais aussi notre regard sur ce dont nous sommes témoins. Les mêmes peut-être que ceux qui nous font nous intéresser à certaines choses et nous désintéresser d’autres.

Une idée qui nous semble capitale peut pour d’autres ne présenter aucun intérêt. On le voit dans certaines avancées scientifiques ; on le soupçonne dans le domaine de l’éthique ; on le constate surtout dans celui de l’ontologie, que tant de gens ignorent alors qu’il commande tout le reste : se faire une certaine idée de l’être et du néant, de l’infini et du fini décide de l’essentiel de notre existence. Le problème, c’est que beaucoup, la plupart sans doute, n’ont pas conscience de ce qu’est leur idée principielle de l’être et ne songent donc pas à la remettre en question.

 

25 novembre 2006

 

Si Bergson avait démontré que la mémoire était pour partie un phénomène immatériel, faudrait-il en inférer que les animaux ne sont pas des machines. A dire ainsi les choses, on se sent provoquant. La Bible s’interroge quelque part sur le destin des âmes à la mort : « l’âme des humains monte-t-elle ? L’âme des bêtes descend-elle ? »

Quelle rupture spirituelle entre l’âme de l’humain premier englué dans l’animalité et l’âme de l’humain dernier participant à la dilection éternelle ?

 

Si l’on doit juger l’arbre à ses fruits, on reste songeur en voyant les horreurs que le christianisme a cautionnées au cours de son histoire. Et celles qu’avalise le judaïsme en Palestine laissent pantois.

On ne peut tout de même pas ignorer les merveilles de dilection que les religions n’ont cessé de réaliser. La parabole du bon grain et de l’ivraie (Matthieu XIII, 24-30) n’a pas fini de nous étonner, de nous éclairer peut-être, de nous donner à penser surtout. Etait-il inévitable que la puissance compromît la dilection, que la dilection dût s’accommoder des excellences, des éminences et autres saintetés sans autrement s’émouvoir ? Cela est-il condamné à perdurer ? Le christianisme pourra-t-il tenir s’il ne se débarrasse pas de la puissance pour ne plus s’attacher qu’à la dilection ?

 

pomme poire ou raisin

le poète du centre

aperçoit dans l’espoir

le secret de votre image en fête

 

délaissant le festin

de la langue et du ventre

il cherche le regard

de l’extase en la forme parfaite

 

courgette ou aubergine

le sage de l’amour

en la totalité

considère votre substance

 

remonte à l’origine

aux hasards des parcours

jusqu’au précipité

où soudain s’illumine le sens

 

26 novembre 2006

 

Réversibilité des mérites : un avatar du bouc émissaire ?

 

Dire qu’Aimer est un feu dévorant, cela peut signifier que finalement ne subsiste en son intimité que la dilection, qu’une conscience qui franchit la porte de la mort sans en avoir en elle ne serait-ce qu’une parcelle cesse toute existence. Seule la dilection est la vie éternelle.

 

en Joséphine de lumière

sur ton lit de parade

tu rayonnes et tu nous éclaires

 

et qu’importe le stade

ou que tu te dégrades

vers l’orient ou l’occident

 

en souvenir en avenir

c’est dans ton alternance

que se livre le sens

 

tu es l’éclat d’une saison

où dans l’indifférence

tu te retires à Malmaison

 

La dilection se soucie de la totalité des êtres, car elle est au cœur de l’être. La compassion bouddhique y fait penser.

 

Le multiculturalisme est sûrement vivable pour des consciences vivant de la dilection. La dilection est une volonté d’altérité, un souci de l’autre comme autre en toute chose : en sa culture, en sa religion, en sa langue… Mais pour l’humain premier qui n’est qu’un humain premier, pour qui l’enfer c’est les autres, le multiculturalisme se solde par le massacre.

 

27 novembre 2006

 

la pomme tend son ombilic

le souvenir de l’origine

discrètement à l’œil pudique

qu’émerveille ce qu’il raffine

 

l’intelligence se délecte

d’une sphère presque imparfaite

se réjouit que l’architecte

donne au cœur autant qu’à la tête

 

la peau qui joue ses teintes vives

avec leurs plus tendres cousines

par ses subtiles passes esquive

un instant la dent assassine

 

la pulpe livre au goût esthète

les finesses de sa réserve

et dans la joie du cœur en fête

se délivre de l’âme serve

 

lorsqu’en enfin se jette le reste

que même se dissout le vide

il faut bien que l’esprit se teste

si la matière se décide

 

La féminité (mais il ne suffit pas d’être femme pour y avoir part, et l’homme peut la partager) est chthonienne. Elle promeut la participation alors que l’imaginaire ouranien et viril favorise l’opposition. Les progrès de la démocratie participative marchent avec le rééquilibrage de la culture occidentale marquée depuis des millénaire par la prédominance, voire la domination, de l’ouranien.

 

L’humain premier sort de l’ennui du vide par la porte du divertissement, l’humain dernier par celle de l’infini où l’accueille la dilection.

 

Aletheies eukoukleos. La vérité est un beau cercle où chaque courbe rime avec toutes les autres ; mais c’est un cercle infini, ou presque, pour nos pauvres regards.

 

 

28 novembre 2006

 

que trois pommes de même sorte

nature morte

s’entretiennent

 

que les nuances

de leur essence

ici se donnent le concert

de leur dessert

 

elles rayonnent en leurs voiles

sur cette toile

de l’une aux autres sans faillir

à l’avenir

et ne laissant à l’œil dépris

rien que l’esprit

 

qu’importe leurs couleurs le nombre

de leur belle ombre

pourvu que le parfum d’espace

bientôt l’enlace

 

et que l’autre en sa pure haleine

enfin s’en vienne

 

La parabole du bon grain et de l’ivraie est bien faite pour nous donner le sens de l’imparfait, et du futur. Qu’à quelques excellences, éminences et saintetés se mêlent tant de petites sœurs et de petits frères universels permet de tenir le cap de l’espoir ;

 

Si ce sont les sophistes qui ont donné l’existence au néant, eh bien ils se sont sabordés. En attribuant au langage la force créatrice, ils ont déclaré leur allégeance au mythe. Qu’ils soient les pères du roman est peut-être leur gloire, mais ils demeurent à l’écart de la vérité de l’être.

Il faut cependant tenter de rendre raison de la fascination de la fiction sur l’imagination, et de voir comment faire de ce fleuve boueux un élan vers la mer.

 

 

29 novembre 2006

 

« La vérité, toute la vérité, rien que la vérité. » Expliquez-moi pourquoi la vérité des avocats de la défense n’est pas la vérité des avocats de l’accusation.

 

La rhétorique serait-elle l’art de dissimuler le faux, que ce soit celui de l’erreur ou celui du mensonge ?

 

Rationalisme et dilection marchent main dans la main pour libérer l’humain de la croyance.

Si l’on trouve paradoxal que la foi chrétienne rende le dialogue difficile, c’est qu’on n’a pas compris que cette foi, tout comme la musulmane, la juive, l’hindouiste, la bouddhiste, l’animiste…, n’est qu’une croyance et qu’elle est donc inconciliable avec les autres, non seulement par son contenu mais surtout parce que ce contenu est sacralisé et que l’on ne peut donc s’en distancier. Il n’est que la dilection, l’amour de l’autre comme autre, qui puisse sans perdre la raison relativiser les croyances et ainsi permettre leur dialogue.

 

pluie qui dans le matin t’affaires

à accomplir ton beau devoir

dis la musique de la terre

en notre espoir

 

il suffit de tendre l’oreille

au murmure que font tes ondes

il suffit que notre cœur veille

au cœur du monde

 

eau ici tu t’épanouis

en poursuivant ton long voyage

tu rappelles le don gratuit

des vieux rois mages

 

à l’enfant nouveau-né partout

dans la soie ou dans le coton

mais fidèle à son rendez-vous

de l’horizon

 

linga et yoni père et mère

pluie droite ou plate donne à voir

le mystère de l’univers

jusqu’à ce soir

 

30 novembre 2006

 

Il est bon de se sentir bête, car c’est être réaliste. Il est bon aussi de se sentir appelé à devenir ange, car c’est également être réaliste. Il ne s’agit pas de faire la bête en voulant faire l’ange ; il s’agit de vouloir être ange parce que c’est le désir de la bête.

Après la vision statique du « ou bien ou bien » et du « ni ni », l’évolution nous propose celle du « et puis et puis ».

 

transportée dans la gueule de ma mère

fragile j’ai vagi

quittant la berge où enfouie

j’avais germé en terre

 

depuis cuirassée vorace saurien

agile dans les eaux

de la douceur entre les crocs

toujours je me souviens

 

à mon tout un jour en ma grande gueule

l’enfant je porterai

depuis la terre où chacun naît

je ne serai plus seule

 

En ta présence la tristesse est de ne pas aimer, de ne pas être sûr que la dilection nous habite et que dans le secret nous nous sommes vraiment réconciliés avec tous ceux et celles que nous avons offensés ou qui nous ont offensés, que les vieilles aigreurs ne sont que des cicatrices, que nous sommes enfin libres et prêts pour la rencontre à voix nues et visages découverts.

 

1er décembre 2006

 

entre les nuages elle passe

s’efface

d’âge en âge sa face

laisse sa trace

 

Prendre conscience que rien n’est étranger à l’être infini, que tout être en participe, fait du sacré une chose non avenue, s’il est vrai que le sacré est le pré carré du divin.

 

Question : communautarisme

Réponse : fraternité universelle

Le communautarisme, comme le nationalisme, appartient au « il est des nôtres » de l’humain premier, encore proche de la meute et de la colonie animale dont la vie et la survie sont faites d’inclusion et d’exclusion. La fraternité universelle est l’idéal de l’humain dernier.

Il est illusoire de vouloir supprimer le règne de l’humain premier centré sur lui-même pour établir le règne de l’humain dernier centré sur l’autre. La notion même de règne, plus ou moins imposé, est incompatible avec l’humain dernier, qui est liberté aboutie et qui ne peut s’établir qu’en chaque conscience individuelle.

La parabole du levain dans la pâte (Luc XIII, 20s) est utile cependant pour appréhender la dynamique de l’humain. La dilection est l’avenir de l’humain, et les consciences qui l’accueillent contribuent à la répandre.

 

Où est l’articulation de la pensée analogique et de la pensée logique ?

 

2 décembre 2006

 

inséparables deux mésanges

parmi les branches dépouillées

en leur vivacité s’échangent

l’espace qui s’est écarté

 

la flexible géométrie

de la distance qui s’allonge

se fixe un instant raccourcit

nourrit le regard de nos songes

 

qui dira la transe fugace

où le multiple se dessine

cette totalité que trace

un duo de consciences affines

 

qu’importe il suffira que l’œil

éveillé par cette merveille

de deux beautés qui se recueillent

plus jamais de mots ne se paye

 

mais au monde de l’indicible

mime au cœur les rythmes de vie

et pénètre dans l’impensable

où son être plus loin s’en va

 

Le doute de l’existence de l’au-delà, tel qu’ont pu le vivre les consciences les plus proches de leur dieu dans l’angoisse et dans la crainte du blasphème, est une des portes à franchir pour ne plus vivre que d’altérité.

Il en existe une autre, souvent plus étroite, celle de l’incompréhension des proches qui ne voient en vous que mensonge et vice, même si vous savez ou croyez maladive cette incompréhension.

Combien d’autres encore ? Mais qu’importe lorsqu’on a aperçu, au-delà rayonnant jusqu’ici, la lumière de la pure dilection.

 

 

3 décembre 2006

 

La tristesse de la mort des autres ou la rage (rage, rage against the dying of the light), s’apaise, se dissout dans la dilection pure. Absorbé par celui du Don et par sa joie d’être, l’élan du temps se suspend dans l’instant, comme si l’éternel l’avait déjà envahi.

Lorsqu’on disait que l’amour est plus fort que la mort, on pressentait sans doute que l’autre est une force capable de faire oublier la mort, non parce qu’il serait un divertissement, mais au contraire parce qu’il est au cœur de l’être.

 

Ce souci de l’autre, que l’on trouve chez tant de femmes et d’hommes, quelle que soit leur religion, pourquoi l’attribuer à la religion ?

Il est au cœur de l’intuition de Yeshoua, mais le christianisme semble l’oublier : sa liturgie ne le donne pas à ressentir ; elle s’adresse au Seigneur, non à Aimer. L’eucharistie en sa sacralité, en ses paroles de solennelle consécration, en son élévation du pain et du vin proposés à l’adoration, en sa communion même, s’adresse au héros glorieux. Pourtant l’homélie invite souvent à la dilection.

La musulmane, le musulman qui s’est prosterné en soumission à son Seigneur se sent-il au sortir de l’assemblée soulevé au-dessus de ses intérêts et disponible pour le service des autres ? Cela dépend-il de ce qu’aura été le prêche de l’imam ?

Un rassemblement sacré unit ceux et celles qui y participent en une fraternité, mais ce n’est pas de soi une fraternité universelle.

 

la brume naît du ras du sol

rampe se glisse il semble

que d’elle même en son envol

ses enfants se rassemblent

 

ils vont pour elle interpréter

quelques heures en fête

la balade des libertés

qui lui monte à la tête

 

et puis entre les bras des airs

doucement endormir

en leur dissipation légère

la mère et ses soupirs

 

la brume jamais ne revient

au sol de sa naissance

l’autre la sépare des siens

et lui donne son sens

 

4 décembre 2006

 

La découverte progressive de l’immatérialité chez les présocratiques est une œuvre philosophique. La physique y sera-t-elle bientôt acculée ?

La théorie du tout ne peut se contenter d’unifier les forces physiques du plus grand au plus petit de notre univers. La symphonie des cordes demande un artiste génial créateur d’instruments, de musiques et d’auditeurs dont l’âme s’y accorde. Nous en sommes loin encore intellectuellement, mais le cœur nous y fait communier dans la dilection.

 

tant s’attachent encore à leur rameau

à leur branche à leur tronc

et leur tronc à la terre

en leur frémissement

 

irrémédiablement

tombe devant l’hiver

leur pensée qui n’est bon

qu’à pourrir et nourrir l’élan nouveau

 

La force de la rhétorique, à la tribune politique, judiciaire, publicitaire, universitaire aussi, c’est la faiblesse d’esprit d’auditeurs qui confondent dire et penser, et plus encore penser et être. L’oreille en éveil ne cesse de demander si le dire exprime le penser, si le penser dévoile l’être. Elle vit le plus souvent dans une inconfortable incertitude.

 

Le cosmos est l’ordinaire de la poésie parce qu’elle sourd en nous de la terre, de l’eau, du feu, de l’air dont nos entrailles sont pétries.

 

5 décembre 2006

 

engoule le vent

engoule le vin

engoule le vin doux du vent

du vent d’ouest

tu ne sais d’où il vient

tu ne sais où il va

enfin presque tu sais

qu’il a connu la mer

qu’il a connu la terre

engoule le vent

engoule le vin

engoule le vin doux du vent

du vent d’ouest

il a connu le chaud

il a connu le froid

il a connu l’amour

il a connu la haine

il fuit et il accourt

engoule le vent

engoule le vin

engoule le vin doux du vent

du vent d’ouest

il est force et douceur

il est l’ami la sœur

ne va pas l’affronter

marche pour écouter

le flot de son haleine

engoule le vent

engoule le vin

engoule le vin doux du vent

du vent d’ouest

marche que tu pénètres

le sang de l’univers

marche que te pénètre

l’esprit de l’univers

marche pour être l’être

engoule le vent

engoule le vin

engoule le vin doux du vent

du vent d’ouest

le vent de l’autre vient

engoule sa présence

et découvre son sens

le vent de l’autre vient

marche au-devant du vin

engoule le vent

engoule le vin

engoule le vin doux du vent

du vent d’ouest

 

Les deux forces fondamentales de l’univers physique, l’attraction et la répulsion, l’amour et la haine d’Empédocle, sont un reflet de la relation de l’infini et du fini, respect et tendresse.

 

6 décembre 2006

 

L’utilisation de la parabole dans les évangiles est confuse, énigmatique. Yeshoua utilise pour prêcher sa pensée un mode de présentation connu de ses auditeurs. Il est censé accomplir ainsi une prophétie, se conformer à ce qu’on aurait annoncé du messie (Matthieu XIII, 35). Mais l’explication qu’il est censé en avoir donné est qu’il ne veut pas se faire comprendre des foules, qu’il réserve son enseignement à ses disciples (Matthieu XIII, 11). On peut tout de même s’interroger sur cette façon de faire. Si l’on accepte l’idée que Yeshoua vivait de dilection, on ne peut admettre qu’il ait délibérément caché son message à certains de ses auditeurs. S’il n’a pas été compris, c’est d’abord de ses disciples ; on a l’impression qu’ils se sont crus les seuls dépositaires autorisés du message de leur héros, mus par un secret désir de possession et de domination qui est aux antipodes de la dilection.

L’idée d’un secret messianique, dont on a quelquefois fait participer le secret des paraboles, est une idée trouble. Il semble parfois que Yeshoua ait été ambigu : messie et pas messie. On s’accorde pour dire qu’il ne voulait pas être un messie temporel (sioniste, dirait-on maintenant), mais un messie spirituel. Peut-on cependant encore parler de messianisme à la lumière de la dilection qui largue les amarres historiques et géographiques de la religion d’Israël ?

 

la terre est bleue sous une orange

et le sombre semeur qui va

une main serrant la semence

et l’autre la lançant

en l’âme de Vincent

marche le dos dans la lumière

 

sur l’horizon sa tête ronde

fait une éclipse au grand soleil

et sa gestuelle sous l’arbre

éternise tendu

le tronc oblique nu

qui s’accroche aux feuilles dernières

 

la sève prend l’homme à son bras

et Vincent y baigne son âme

mi-partie de ciel et de terre

où le bleu et l’orange

en leur mystère échangent

la communion complémentaire

 

 

7 décembre 2006

 

Que l’on choisisse de faire dériver le mot « religion » à la fois de religare au sens de relier et de relegere au sens de mettre à distance pourrait relever de l’intuition de l’altérité de dilection, qui attire et repousse dans une respectueuse communion.

 

Refuser de parler avec l’autre, que ce soit dans la vie sociale ou dans la vie nationale et internationale, est impensable pour qui participe tant soit peu à l’esprit de dilection. L’actualité comme l’histoire montrent que le dialogue est aussi l’attitude la plus intelligente et la plus profitable pour tous.

 

L’imaginaire chthonien de la féminité a plus de propension à l’écoute et au dialogue que l’imaginaire ouranien de la virilité. Serait-ce que l’imaginaire viril favorise la répulsion et l’imaginaire féminin l’attraction ? Ne pas oublier cependant qu’il existe des hommes faisant droit à leur féminité et des femmes faisant droit à leur virilité : l’animus et l’anima jungiens ne sont l’apanage ni de l’un ni de l’autre sexe.

 

la pomme sous les doigts résonne de toute sa peau

car elle vibre comme une chair

pulpeuse où le parfum évanescent est l’ombre et l’âme même

 

sa forme en la géométrie subtile se formule

par une asymétrie du cœur

faite pour qu’alentie en sa circumambulation

 

une main suive l’œil au parcours de la reconnaissance

de cet autre simplement là

pour le plus beau jour de sa vie consommée en son innocence

 

8 décembre 2006

 

la route mange ses enfants

ils se croient l’avaler mais elle

plus vite là-bas les invite

en se faisant le pis-aller

de l’idée qui les téléporte

 

prends-la tu l’as faite et qu’importe

si plus folle que ta pensée

raisonnable elle précipite

ton désir de trouver des ailes

pour franchir l’espace et le temps

 

Penser que l’islam n’est pas responsable de l’oppression des femmes dans les pays musulmans, c’est ignorer qu’il est né, tout comme le judaïsme et le christianisme, dans une culture ouranienne qui le marque jusqu’à présent, et le plus fortement dans les pays où il a vu le jour et dans le monde arabe qui l’a d’abord propagé en s’étendant (Il existe un islam subsaharien où le vieux fond chthonien tempère encore l’ouranisme de l’islam premier. On dit aussi l’islam indonésien plus équilibré en son vécu imaginaire.

L’occident qui se déchristianise perd un peu de son imaginaire ouranien. La réinstallation progressive de la femme dans la vie professionnelle, sociale et politique en est le signe ; la déculpabilisation de la sexualité en est un autre.

Le monde musulman, surtout celui du berceau de l’islam, se raidit contre ce rééquilibrage occidental des imaginaires qui le menace, croit-il, en son essence.

 

 

9 décembre 2006

 

L’altérité positive de la dilection est disposée à écouter le pire, à offrir le dialogue à la bêtise et à la méchanceté, accueillant sans y participer celles et ceux qui en souffrent. Refuser de parler avec le diable, c’est participer à sa diablerie (s’il est vrai que le diable est le diviseur).

 

L’angoisse de la mort pourrait naître en nous de l’affrontement du sentir de l’immortalité et du savoir de la mortalité. Ainsi viendraient la croyance à la survie et le doute de survivre, car il n’est pas de croyance sans sa remise en question chez un esprit lucide.

 

En sa liberté aboutie, Yeshoua n’obéissait pas à l’Eternel ; il décidait avec lui.

 

trois droites dures aux quatre coins

de la chambre se rassemblent

 

figées dans l’immobilité

de Méduse ou Atalantes

filant chacune vers un autre coin

qui chacun les emprisonne

 

ce découpage de l’espace

te protège mais t’enclot

 

ô infini d’une fenêtre

ô liberté d’une porte

 

dont les quatre coins se concertent

pour s’ouvrir et se fermer

dans la demeure ou le voyage

de Pénélope et d’Ulysse

 

10 décembre 2006

 

L’amour des autres commence par l’amour des siens, du compagnon, de la compagne, des enfants… Très bien, mais les crocodiles n’en font-ils pas autant ? Le tout autre de la dilection invite l’amour à aller un peu plus loin, et puis encore un peu plus loin que l’altruisme d’un égoïsme rationnel, jusqu’à ce que les autres, tous les autres, soient reconnus comme le meilleur de nous-même et reçoivent la préférence sur nous-même.

 

Considérant les équations : être = infini, infini = dieu, dieu = dilection, si la dilection était le plus petit commun dénominateur entre les religions, ce serait un plus petit bien grand.

 

Si « chaque conscience veut la mort de l’autre » (Albert Camus ?), on peut penser que le chemin est long de la première à la seconde humanité, du « mépris de l’autre » au « mépris de soi » et de « l’amour de soi » à « l’amour de l’autre ». Mais l’Eternel offre à toute conscience sa dilection, son vouloir et son faire.

 

à l’échelle des cordes fines

qui vibrent dans le plus petit

cet insecte qui trottine

minuscule sur le papier

est comme une galaxie

tournant dans l’immensité

 

faut-il que tu te ratatines

afin d’en faire ton souci

 

lorsque le cœur examine

dans l’infini multiplié

il n’est ni grand ni petit

que tu ne puisses apprécier

 

 

11 décembre 2006

 

Le droit est le moins mauvais moyen que l’humanité en marche ait inventé pour se protéger de la barbarie.

 

Le mot Jésus est tellement chargé d’affects que l’on peut éprouver le besoin de le retraduire en son original. Il s’agit, certes, de se détacher de la mièvrerie enfantine du Petit Jésus. L’image des Petits Frères et des Petites Sœurs de Jésus telle qu’ils, elles la projettent écarte sans nul doute cette mièvrerie. Mais beaucoup de chrétiens français préfèrent parler du Christ avec un bon K bien viril. Il s’agit plutôt ici de voir que la dilection, qui efface le messianisme de Yeshoua, rend le mot « christ » irrecevable (et que dire du Christ Roi ?). Appeler Jésus Yeshoua, même si l’on prononce mal ce que lui-même entendait, cela a la mérite de le replacer dans sa culture, sa géographie et son histoire, de faire ainsi ressortir plus clairement la spécificité de son intuition éternelle.

 

la neige vit sur les hauteurs

qui la dessinent

en l’élégance cristalline

de sa blancheur

 

les monts reçoivent la primeur

de ses amours

de la grâce qui les entoure

de sa fraîcheur

 

la glisse des yeux et du cœur

au fil des planches

enivrée exalte les hanches

de sa douceur

 

12 décembre 2006

 

trois droites au coin du cadeau

par ses huit coins cela fait douze

 

que cache-t-il donc sous sa peau

sous sa chemise ou sous sa blouse

 

et quelle autre métamorphose

de mon attente et du plaisir

à savoir qu’en lui quelque chose

pourra répondre à mon désir

 

car la présente découverte

de sa belle géométrie

en moi fait oublier la perte

de mon enfance et je souris

 

Le millénarisme latent qui s’est propagé au cours de l’histoire du christianisme à partir de l’attente du retour (ou de la venue) du messie donne à penser qu’un certain nombre de chrétiens n’ont jamais compris la nature spirituelle de l’intuition exprimée par Yeshoua. Le royaume qui n’est pas de ce monde (Jean XVIII,36) ressemble fort à celui qui est de ce monde, celui où l’on met ses ennemis sous ses pieds, où le Christ vainqueur règne en empereur (Christus vincit, Christus regnat, Christus imperat).

Celles et ceux qui vivent le cœur du christianisme, la dilection dans la liberté, l’égalité et la fraternité universelles, semblent parfois gênés par la messianité, voire l’historicité du Christ. Ils donnent l’impression de sentir, plus ou moins confusément, l’incompatibilité d’une révélation et d’une incarnation nécessairement inscrites dans un temps et un lieu, avec l’offre d’une dilection intrinsèquement universelle, spirituelle et donc délivrée de toute limitation spatio-temporelle. Leur réaction est de dire que le message lancé il y a deux mille ans en Palestine est fait pour se répandre sur toute la terre à travers les siècles parce qu’il concerne toute l’humanité. Ainsi l’universalisme de la dilection se dégrade-t-il en prosélytisme, risquant même, l’histoire en témoigne, de dégénérer en conquête hégémonique.

 

 

13 décembre 2006

 

Si l’on veut donner à la Shoa son vrai sens, il faut la replacer dans l’interminable série d’horreurs qui ont jalonné l’histoire, tenter de comprendre que le massacre fait partie de l’humanité première, qu’il faut être vigilant pour surveiller ses menaces et se mobiliser lorsqu’il se déclenche, sachant qu’à la vitesse de l’évolution des espèces, et selon les données de l’histoire, il faudra bien quelques millénaires encore pour le réduire.

 

Les juifs qui refusent d’avoir un Etat fondé sur leur foi témoignent de la réticence de l’Eternel à se laisser enfermer dans le temporel, sachant que « le Seigneur du ciel et de la terre n’habite pas les temples faits de main d’homme » (Actes XVII, 24). Israël a réussi le tour de force intellectuel de se vouloir un Etat laïc plutôt qu’une théocratie, alors que sa création et son maintien sont vitalement liés au judaïsme.

 

sur la table les épluchures

ont disposé le beau hasard

de leur harmonie sans figure

invité le regard

à se garder de ses censures

 

qui dira quelle loi obscure

préside aux destinées de l’art

quelles forces cachées assurent

une si belle part

aux attentes de la nature

 

le promeneur de la maison

découvre en ses mille recoins

les splendeurs d’une profusion

qui fait de tant de rien

d’exquis trésors de la raison

 

la nature en ses provisions

pour satisfaire ses besoins

de légumes fruits et poissons

sait aussi prendre soin

de son esthétique passion

 

14 décembre 2006

 

oubliée retrouvée entre les pages

la photo de l’enfant que j’ai été

au vieil album est une découverte

 

ce moi qui est un autre par son âge

me demande en mon corps de vérifier

d’évaluer le profit et la perte

 

une question peut en cacher bien d’autres

pourtant savoir de forme ou de matière

laquelle assure que le moi est le même

et s’il existe pour nous deux un nôtre

fait de demain d’aujourd’hui et d’hier

et puis lequel plus que les autres il aime

 

et puis dans le regard de l’innocence

quelles questions de la brume diffuse

cherchaient à se faire jour et qui depuis

 

se sont trouvé pour découvrir un sens

des compagnes complices chez les muses

ou chez les anges et puis et puis et puis

 

On ne peut nier la puissance mobilisatrice du héros dans l’imagination, et donc celle de l’image de l’Homme-Dieu, super-héros, pour mobiliser les énergies des croyants. Mais à centrer une foi ou ce que l’on dit tel sur un personnage historique et géographique, on la prive de son universalité de liberté, d’égalité et de fraternité, comme l’histoire et l’actualité des religions ne cessent de le montrer.

 

On peut être en partie responsable des idées fausses que les autres se font de nous sans pouvoir les corriger. La dilection nous invite à le regretter, mais nous en sommes réduits à la prière, comme toujours lorsque nous sommes acculés à l’impossible (hélas pour celles et ceux qui ont fait de la prière un tabou).

 

15 décembre 2006

 

il est autant de lunes que de nuits

ouvre donc tes fenêtres

 

peut-être que la brume ou les nuages

viendront entre le crépuscule et l’aube

en leurs instants choisis

offrir un nouveau diadème

ou qui sait une robe

de voile de tulle d’organdi de faille ou de dentelle

 

et faire de sa promenade

en son allée du ciel

un long collier de larmes dans pour âme

 

Le « tout est politique » peut exprimer une volonté totalitaire du pouvoir, comme le « tout est religieux » risque de régenter les consciences. La parade de Yeshoua est de « rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » (Luc XX, 25).

Il n’y a que l’être qui puisse être reconnu total en son exclusion du néant. Et de comprendre que l’essence de l’être est relationnelle permet d’entretenir avec la totalité des êtres une conscience de lien. Lorsque de surcroît on en vient à voir que de l’être infini aux êtres finis cette relation est celle de la dilection et qu’il nous est offert d’y participer, on peut envisager un « tout est dilection » qui nous rende libres, égaux et fraternels et où nous découvrions le bonheur qui attend notre être dans l’altérité positive en nous faisant aborder tout être avec bienveillance.

 

Sur une stèle du chemin de Compostelle en Aubrac : « Dans le silence et la solitude on n’entend plus que l’essentiel ». La solitude et le silence, denrées rares à une époque où tant de gens ont la tête saturée de ruminations domestiques, professionnelles, sociales et politiques qui les tracassent et de chansons qui les divertissent. Mais le sens de l’essentiel qui pourrait les en libérer en attirant sur lui leur intérêt est une denrée plus rare encore.

 

16 décembre 2006

 

Peut-être suffit-il d’avoir une fois vraiment goûté à l’essentiel pour rechercher chaque jour un peu de silence et de solitude. N’est-ce pas le trésor caché dans le champ qui fait que l’on achète le champ ?

 

S’il s’agit de se désapproprier de nous-même, ce n’est pas afin que Dieu se nous approprie, mais parce que l’Infini-Dilection n’est pas propriétaire et qu’Il Elle nous invite à participer à sa pauvreté pour le bonheur des autres qui est le nôtre.

 

ce qui ne cesse en son discontinu

est le rythme multiple et un

menant du plus énorme au plus ténu

l’aventure du rare et du commun

en son emprunt

 

et l’eau qui te traverse chaque jour

en fontaine d’intermittence

tente de rappeler que son discours

interminable ne prend tout son sens

que dans l’immense

 

alors bois et puis évacue fonctionne

de bouche en cul de haut en bas

sans plus de souci sûr sous ta couronne

toujours de marcher plus loin jamais las

de ton trépas

 

« Je crois à la justice de mon pays. » Ben oui, faut bien. Elle fait beaucoup d’erreurs, commet pas mal de fautes, Denis Seznec ; mais si elle disparaissait, et cela vaut pour toutes les justices de la terre, nous retournerions à la barbarie du non droit. Il faut tout de même lui mettre l’épée dans les reins, forcer quasiment ses représentants et acteurs à se remettre tous les jours en question ; mais en mesurant ses critiques : une perte totale de crédit signifierait, encore une fois, le chaos social et politique national et international. Il faut avoir quelque sagesse pour consommer cet exercice périlleux avec modération.

 

 

17 décembre 2006

 

Hanukkah, « s’illuminer en illuminant les autres ». Dans le judaïsme, on trouve aussi le meilleur, l’idéal de la dilection.

 

Si l’esprit des Lumières est de « se servir de son entendement sans recourir à autrui » (Emmanuel Kant ?), il faut oublier tout ce que les Lumières nous enseignent d’autre. Les Lumières ne sont pas une autorité puisque les Lumières ne reconnaissent aucune autorité. Sinon cela ressemblerait au trop connu « Ôte-toi de là que je m’y mette. »

 

après un dernier au revoir

plus une flamme dans le soir

 

il reste pourtant sous la cendre

un murmure qu’on peut entendre

 

le feu en sa rumination

va au bout de ses convictions

sachant qu’avant de disparaître

pour la narine sensitive

à l’écoute de l’âme vive

il se redira chêne ou hêtre

 

les derniers sourires de braise

pour la nuit doucement se taisent

 

Quelle passerelle mène de l’animalité à la sacralité ? On a vu des corbeaux, des biches, des éléphants rendre comme un hommage à leurs morts. Si l’un des premiers signes religieux de l’homo sapiens a été celui des sépultures, on peut estimer qu’il répondait à une sensibilité plus ancienne.

 

 

18 décembre 2006

 

derrière le miroir sans tain

quel monde parallèle

regarde et quelle passerelle

la traverse mine de rien

 

si proche au cœur de ta matière

qu’il n’est aucun espace

pour que tu puisses voir sa face

en sa réalité dernière

 

mais il est un certain silence

où survient en ta voix

l’autre confondu avec toi

pour que tu découvres le sens

 

Crédibilité des médias ? « On ne peut pas embobiner le public avec des faits. » Mais si, mais si. Il suffit de les choisir, les faits, de taire les uns et de multiplier les autres. ON n’arrête pas de le faire, et ON ne se prive pas de les présenter dans un contexte et une lumière qui déforment leur sens (ON, parce que les manipulateurs font de leur anonymat l’un des secrets de leurs manipulations).

 

Tu as beau avoir la conviction que l’Esprit n’est pas sensible au cœur, tu tentes de reconnaître une Présence que tu sais universelle mais dont tu ignores le comment.

 

19 décembre 2006

 

le tournoiement de la fumée

dans le feu de broussaille

happe son servant où qu’il aille

dans le vent s’enfermer

 

ici et là il faut nourrir

les langues de la bête

qui privée du repas de fête

risquerait de mourir

 

mais pas trop le monstre sans peau

ne dit jamais assez

insatiable l’insensé

boirait toute notre eau

 

il est pourtant sorti de rien

et je sais tout à l’heure

qu’il rentrera dans sa demeure

muet parmi les siens

 

que le tourbillon dissipé

saura vaille que vaille

regagner aussi le bercail

dissout dans l’immensité

 

Le péché originel de Freud, le meurtre du Père, s’éclaire un peu à la lumière de l’éthologie. Le mâle dominant, ou la femelle, est l’autre à abattre parce qu’il brise le vouloir être des membres de sa troupe. On peut supposer que sa domination est autant psychique que physique, et lorsque l’humain commence à prendre conscience de lui-même, le désir de prendre la place de celui qui domine, voire de le supprimer, se double d’un sentiment de culpabilité.

Que Yeshoua ait appelé l’Eternel Père n’était pas tout à fait nouveau dans le judaïsme, mais il en a sensiblement amélioré l’image. Qu’on pense à la parabole du Fils Prodigue (Luc XV, 11-32), où le Père ne manifeste aucune sévérité à l’égard de son fils coupable de tant d’écarts. Le Père céleste de Yeshoua pardonne toujours, puisque c’est pour cette raison qu’il faut toujours pardonner.

C’est dans cette lumière que l’on peut comprendre la rédemption comme fin du péché originel freudien : il n’y a plus de Père à tuer puisqu’Il ne se comporte pas en mâle dominant.

 

20 décembre 2006

 

Si se sentir libre c’est prendre plaisir à faire ce que l’on fait, la liberté commence avec le monde animal, voire avec le monde végétal, à la mesure du degré de conscience de leurs ressortissants. Elle grandit chez l’humain avec de nouveaux seuils de conscience qui permettent un raffinement progressif du plaisir vers la joie, et donc une échelle de la liberté où l’on comprend en l’escaladant que les libertés précédentes étaient à dépasser.

La joie que nul ne peut ravir (Jean XVI, 22) est celle de la liberté dernière, partagée avec l’Infini-Dilection

Mais cette liberté n’est pas un pouvoir, encore moins un pouvoir absolu, car c’est la liberté de l’altérité. Son intuition débarrasse la conscience humaine dernière de l’image du dieu tout-puissant. L’infini est Dilection et donc impuissant face à une conscience qui refuse de participer à sa vie, et à la joie de sa liberté dernière.

 

cette Sainte-Victoire

semble si près du ciel

elle en a la pâleur

elle en a l’imprécis

 

et ce qui l’en sépare

n’est plus qu’une dentelle

opposant sa minceur

au cœur qui la séduit

 

il semble qu’à les voir

si proches lui et elle

la terre de bonheur

en leurs flous s’affranchit

 

et perdant la mémoire

de ses lignes cruelles

se donne en ses couleurs

une nouvelle vie

 

21 décembre 2006

 

N’es-tu pas prêt à revisiter l’histoire si à dix-huit ans un séjour à l’étranger t’a appris que chaque peuple raconte l’histoire à sa façon ? Mais le révisionnisme peut devenir dangereux. Si tu ne veux pas avoir d’histoires avec l’histoire, tiens-toi coi.

 

un faible souffle dans le gel

fait vibrer le rameau rigide

et la boue maintenant frigide

assure au pas la sente belle

 

l’œil qui étincelle de givre

plus avant dans la solitude

grandit lorsque le baiser rude

du nord s’en vient qui le délivre

de la parole et désenivre

la tête grisée d’habitudes

lui laissant pour unique étude

un monde affranchi de ses livres

 

bientôt la face ne sait d’elle

ou bien de l’autre ce qui guide

et entrevoit dans l’air lucide

le vrai visage du réel

 

Chez ceux qui participent à la Dilection, le Pardon est toujours offert à tous, que les offenseurs se repentent ou non, que les offensés offrent ou non le pardon. La Dilection les pousse à inviter les uns au repentir et les autres au pardon, sachant qu’Elle ne peut forcer la liberté de quiconque et priant pour que l’impossible se réalise (impossible puisque le Pardon est inclus dans le Don, de soi inaccessible à l’être fini).

Entrer dans le pardon inconditionnel, c’est entrer dans la Vie éternelle de l’Infini-Dilection.

 

22 décembre 2006

 

Le Pardon de la Dilection est le but et le sens ultime de tous les pardons, des plus utilitaires aux plus désintéressés. Plus qu’eux, Il donne la paix intérieure et puis la Joie.

 

Personnifier le Don, le Pardon, la Dilection, l’Infini…, c’est reconnaître que l’Autre est pour nous impersonnel et personnel, au-delà de l’un et de l’autre en la profusion de son être présent à tout être.

 

combien de temps sous la cendre

ce feu pourra-t-il attendre

 

si tu le laisses dormir

il n’aura plus qu’à finir

 

à cesser de le nourrir

tu le condamnes à mourir

 

entends dans ton cœur se plaindre

la flamme qu’on laisse éteindre

 

il est des feux délaissés

que l’on ne peut rallumer

 

Es-il imaginable que toi, la Dilection, tu n’aies pas la même bienveillance pour tous les peuples de la terre ? Est-il pensable qu’en t’accueillant nous ne cherchions pas le bien de tous avec le même souci ?

Chaque peuple peut bien écrire le nom de son dieu sur ses billets de banque, ou même sur le ceinturon de ses soldats, il est invité à comprendre que tous les autres peuples peuvent en faire autant et à découvrir que le vrai dieu unique s’appelle Dilection.

 

23 décembre 2006

 

La conscience de ta Présence invite au grand maintien. Tu donnes au corps debout le hiératisme de l’orant.

 

ce chien qui aboie sa misère

enfermé au fond de la cour

donne à penser par son détour

au désir de ce qui libère

 

la malaise de l’impuissance

si près à lui venir en aide

au cri de tous les autres cède

jusqu’au plus loin de sa naissance

 

l’élan qui veut la liberté

de conscience pour l’univers

si fraternel égalitaire

gémit dans l’ombre et la clarté

 

La Dilection fait passer de l’identité du soi-même à l’identité de l’altérité, de la terre maternelle et du sang paternel à l’Esprit de l’univers. Le Logos est le médiateur de ce passage.

Cela fonctionne pour une conscience au cours de son existence ; cela lui est spécifique parce qu’il n’est de liberté dernière que personnelle. Les sociétés, elles, fonctionnent sous le mode statistique où le déterminisme est beaucoup plus apparent. La plupart des peuples et des nations fonctionnent encore selon l’identité du territoire, voire du sang, et de leurs imaginaires. Le Logos y prend pied lentement, et l’Esprit n’y est le fait que de communautés restreintes, et toujours imparfaites.

 

24 décembre 2006

 

ces formes où l’intelligence pétille

pourtant si discrète pour l’œil

ignare qui ne sait s’y voir

quand elle parle à son miroir

qui ne cesse de l’étudier

 

car elle sait organiser

la multitude avec un art

si consommé que tôt ou tard

elle parvient en son accueil

à admirer l’œil qui ne cille

 

L’examen de conscience est le silence où l’on attend les souvenirs. Ils y prennent une présence plus forte. Sa dimension éthique est vraie lorsque l’éclairage qu’on y apporte est celui de la dilection, c’est-à-dire des autres.

 

Le silence est la chance de tant de fruits mûrs. On y découvre de nouveaux tenants et de nouveaux aboutissants de l’expérience, celle de la vie ou même celle que nous faisons par la médiation des lectures et des spectacles.

 

La dimension mythico-rituelle de l’existence s’amenuise à mesure que l’on progresse dans la vie-pour-l’autre, où elle se transmue en un réseau de métaphores débarrassé de la sacralité. Mais ceci ne vaut pas pour la vie collective sociale, politique, culturelle, où statistiquement elle joue comme un ensemble de déterminismes.

 

 

25 décembre 2006

 

qui est ma mère qui

ma mère a-t-on jamais

au nom du père dit

pareille folie

 

au nom mais c’est au nom

du père qui habite

dans les cieux dit-on

peut-être à Sion

 

tu verras verras-tu

un beau jour au désert

que la chair des vertus

en esprit se mue

 

que père et mère que

fille fils frère et sœur

pour tout autre tu veux

en ton cœur heureux

 

L’intensification de ma conscience met en lumière mes motivations, ne cessant de débusquer l’intérêt sous les actes les plus altruistes. C’est la découverte renouvelée de l’impossible Dilection qui fait jaillir l’appel à l’Ami.

 

« On me dit qu’il faut aimer celui qui va me tuer. Je n’y arrive pas », aurait dit Sigmund Freud. Evidemment. Si le moine de Tibhirine a pu d’avance s’adresser fraternellement à son bourreau, n’était-ce pas qu’il vivait de l’impossible Dilection ?

 

L’histoire d’un peuple fait partie de son identité. Comment s’étonner qu’elle comporte une dimension sacrée et que le révisionnisme y soit perçu comme un sacrilège qui vous met au ban de la société ?

 

 

26 décembre 2006

 

les paupières sont les dernières

forces de ton corps qui se dépossède

avec la toile neuronale

 

invisible dont la machine

parle le discours intérieur et cède

à l’insupportable porte

 

alors ton insensible masque

se défaisant enfin remercie l’aide

de ta liberté prisonnière

 

Les nationalismes sont les avatars de l’instinct identitaire de la harde, de la meute ; et le territoire national est un héritage du territoire de chasse du prédateur. Ainsi peut-on les considérer comme provisoires et relatifs dans une humanité en marche vers la fraternité universelle. Utopie asymptotique, motrice d’un progrès qui se compte en millénaires plutôt qu’en siècles.

 

Hypothèse simpliste mais stimulante ; il est des artistes qui oeuvrent parce qu’ils éprouvent du malheur et il en est qui oeuvrent parce qu’ils éprouvent du bonheur. Malheureux vraiment, ceux qui créent parce qu’ils sont malheureux ! Heureux en vérité ceux qui créent parce qu’ils sont heureux !

 

Suicide, euthanasie…, mots dont chaque sens en cache tant d’autres qu’ils ne sont que des stimulants de la pensée. Face à la mort, une conscience en dialogue avec la Dilection décide avec Elle au-delà des lois que la société se donne pour se protéger.

 

27 décembre 2006

 

petite fille à la colombe

ta tête tendrement s’incline

et les obliques s’illuminent

 

le feu brûle sur tes cheveux

sur tes lèvres sur ton ballon

et jusque sur le ciel te veut

 

mais à ton visage succombe

et ta vêture à l’innocence

de l’oiseau de la non-violence

 

Peut-on établir une relation d’analogie psychologique entre le diffusionnisme et le monogénisme ? Les religions « révélées » devraient incliner leurs croyants à une mentalité diffusionniste, comme elles devraient nourrir leurs réticences à la pluralité des mondes habités.

La Dilection rend indifférent à ces thèses comme à leurs contraires..

Quel désir pousse certains à dépenser des millions de dollars ou d’euros dans leur intérêt pour d’éventuels habitants d’exoplanètes alors qu’ils se désintéressent des millions d’habitants de la nôtre plongés dans la misère ?

 

Ce que certains, philosophes ou non, prennent pour le néant, ce n’est sans doute que leur finitude et l’effroi qu’elle inflige à leur désir infini.

 

La non-violence peut-elle se fonder, ultimement, sur autre chose que sur la dilection participée ? A entendre une non-violente témoigner de son action, on en a l’évidence.

La non-violence tend à remplacer la violence terroriste face à la violence dominatrice lorsque celle-ci présente quelque faille dans sa toute-puissance, à condition que la dilection lui en donne la dynamique.

 

28 décembre 2006

 

Certains pensent que les pauvres ne peuvent sortir de leur pauvreté que par la croissance. Si l’on garde les yeux ouverts, on s’aperçoit que la sacro-sainte croissance enrichit les riches bien plus que les pauvres, et que souvent les riches l’utilisent pour s’enrichir aux dépens des pauvres.

 

lorsque le plumier ouvre large sa bouche

de hêtre bien poli dont les veines encore

se souviennent du temps jadis

il semble qu’un enfant vienne sourire et touche

de ses mains ignorantes sa forme et que son corps

invisible dans l’ombre frémisse

 

un fantôme surgit sans doute davantage

qui dormait dans le creux parfumé aux essences

des bois dont ses crayons sont faits

et ces senteurs fugaces recomposent l’image

d’un volume si accompli que tous les sens

éblouis s’y déclarent parfaits

 

ce qui s’ouvre et se ferme au dedans au dehors

murmure en son sourire que le grand espace

a des frères que son miroir

sans tain cache où derrière peut-être les morts

attendent qu’un à un les enfants de leur race

les rejoignent dans la paix du soir

 

Un poème sourd de l’inconnu. Si tu sais avant de l’écrire ce qu’il va chanter et comment, est-ce encore un poème ?

 

« Tabou », mot puissant dans la bouche des manipulateurs des braves gens chez qui un interdit suscite le courage d’oser le briser. Ces jours-ci, c’est celui de l’automédication.

 

 

 

29 décembre 2006

 

Le grand silence est la base de départ et de retour. On y retrouve l’être de son être, par quoi, par qui tout autre est sujet de rencontre vraie dans la dilection.

 

cette source où jaillit l’eau de ton écriture

se cache au fond du bois du plumier qui l’entoure

 

quelle bête a donné le cuir dont il se gaine

et qui respire l’air de sa campagne obscure

 

son fer bien travaillé garde le souvenir

du feu qui l’épura du feu qui le forma

peut-être des entrailles du sol où il songeait

où il retournera un jour pour y dormir

 

sa forme et son usage en font un artéfact

de la main à la main préparé et remis

après avoir été pensé et repensé

en l’écriture même qui lui donne son acte

 

entre les doigts du cœur qui s’en fait un relais

il se laisse oublier de l’œil qui suit sa trace

 

entre signe et pensée qu’importe le chemin

un nuage de sens habille le sujet

 

Peut-on définir l’eccéité d’un être par la cohérence organique de toutes ses relations avec les autres êtres ? Cette intuition structuraliste n’est satisfaisante et libérante que si elle prend en compte la totalité de ces relations, et d’abord celle que tout être fini entretient par participation avec l’être infini. Chez l’être conscient de sa conscience, l’eccéité de cette participation s’accomplit dans la dilection.

 

30 décembre 2006

 

le corps en spectacle qui livre

l’idée désirée de ses lignes

donne au regard qui s’y enivre

la chance d’en déchiffrer les signes

 

de quel secret la forme pure

en l’imparfait même s’assure

se découvrant par la fissure

d’une matière cherchant l’épure

 

l’esprit en éveil y projette

le symbole de son mystère

ou révèle ce qui se terre

en son admiration muette

 

Le grand jeu de l’amour et de la haine apparaît dans le vocabulaire cherchant à décrire et expliquer les mécanismes du vivant : réaction, interaction, inducteur, inhibiteur, attracteur, médiateur, transfert, transition, ligand… Ce qui émerveille dans ce jeu physicochimique, c’est sa complexité raffinée. Quelle intelligence a pu penser et mettre en œuvre une telle combinatoire ? Evidemment, si vous pensez que le principe de causalité est une illusion…

 

Un corps humain totalement dénudé transfère au visage le refuge de son intimité. Le regard y oppose son défi à la violation de la personne.

 

« Amour sacré de la patrie ». une nation peut-elle continuer de vivre sans son dynamisme mythique, une certaine image motrice, « une certaine idée » ?

 

31 décembre 2006

 

Immobile dans le silence, mon cœur attend, espère rencontrer ton cœur.

 

Chaque matin pense à tous ceux et celles qui vont mourir de la violence aujourd’hui en Iraq et ailleurs, à celles et ceux surtout auxquels la vie sera retirée avant qu’ils n’aient pu la remplir de ce qui faisait leur espoir.

 

Tels ou tels lecteurs, lectrices attribueront telles et telles des idées de cette relation journalière à tels et tels penseurs de renom, ne comprenant pas qu’aucune des pensées valables exprimées ici ne m’appartient, pas plus qu’aux autres. « Les idées sont de libre parcours », disait-on il n’y a pas si longtemps.

 

A douze ans, dit l’Evangile, Yeshoua fugue à Jérusalem ; sa mère lui en fait doucement reproche : « Ton père et moi, nous te cherchions avec angoisse ». A quoi il réplique : « Ne saviez-vous pas que je me dois aux choses de mon père ? » (Luc II, 48s). Marie lui parle de Joseph comme de son père tandis que Yeshoua, comme il le fera vingt ans plus tard en parlant d’elle (Luc VIII, 20s) montre qu’il est passé de l’humain premier à l’humain dernier, du charnel au spirituel, où la dilection l’emporte sur l’amour, où le nôtre rejoint l’autre.

 

de toutes ses fibres le bois

sous la main vibre

touche sens écoute pour quoi

chante son sang

 

ces doigts qui enlacent les tiens

disent la face

de la terre qui va et vient

ici là-bas

 

dans la fuite des jours qui passent

cherche l’amour

dans le silence de l’espace

trouve le sens

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