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1er janvier 2007

 

diffuse la clarté de ta veilleuse

aux nuits où renaît l’espérance

aux profondeurs où la graine précieuse

patiente dit le jour s’avance

 

annonce que les lunes reviendront

qu’au balancement de la terre

le soleil préparera les moissons

les victoires de la lumière

 

promets l’abondance du pain du vin

pour la fête des horizons

où l’autre nous conduit jusqu’aux confins

des solennelles communions

 

« Liberté, humanisme… ». Voilà ce qu’on souhaite aux chers compatriotes pour 2007. « Egalité » serait-il devenu un mot trop brûlant pour les lèvres d’un chef de l’Etat français ?

 

La stratégie du babouin alpha fait partie de la marche du meilleur des mondes possibles. Comment la vie aurait-elle pu progresser autrement ? Elle garde toute sa place chez l’humain premier, mais l’humain premier conscient de son être dernier s’en distancie et cherche à passer à la dilection, qui lui fait perdre sa force et son sens.

 

En leur innocence, les rédacteurs des Evangiles y ont laissé suffisamment d’indications pour nous permettre de les désacraliser, d’en observer les contradictions et d’y dégager l’intuition essentielle de Yeshoua. Encore faut-il pouvoir les aborder d’un regard libre. L’Inquisition ne l’avait-elle pas compris, qui en interdisait la lecture aux catholiques ?

 

2 janvier 2007

 

les livres qui sommeillent sur leurs planches

semblent parfois faiblement faire appel

au somnambule

que l’un ou l’autre attire

et qui vers lui s’en va comme on va le dimanche

sans but et découvrant au bout d’une ruelle

un visage soudain où la pensée se mire

 

l’ouverture inconsciente à la page précise

des lignes évidentes pour l’œil illuminé

découvre une présence si proche que le cœur

touché exulte et lâche prise

 

en l’insensible avant de retourner

plus fort à la tâche de l’heure

 

« Il se réjouit de voir les autres heureux plutôt que d’être heureux de voir ce qui professe de le réjouir » (Mesure pour Mesure, Acte III, Scène 2, 255ss). On trouve aussi chez Shakespeare cet idéal de l’humain dernier, de l’altérité positive, de la dilection.

 

N’est-ce pas une hypothèse stimulante de voir la devise ternaire de la République couvrir, du pôle ouranien au pôle chthonien, toute la gamme de l’imaginaire, comme d’intégrer les deux forces primaires de la haine et de l’amour d’Empédocle et de leur dialectique. La liberté sépare, l’égalité confond et la fraternité, toute proche de l’altérité éternelle, agit en médiatrice des deux autres.

La mise en veilleuse de l’un ou l’autre de ces trois principes, et, pire encore, sa déconsidération, mènent à tous les déséquilibres domestiques, sociaux et politiques.

 

3 janvier 2007

 

elle a marché toute la nuit

et semé partout sa lumière

sur l’opaque et le transparent

le translucide et le diaphane

 

sur le sacré et le profane

du premier jusqu’au dernier rang

sans choix de demain ni d’hier

de ce qui sert de ce qui nuit

 

et qu’y peut-elle si l’accueillent

plus ou moins les rues que les champs

ou le convexe ou le concave

ou l’oblique ou l’horizontal

 

marées hautes basses étales

plus que d’autres sans doute savent

ce qu’elle doit au plus aimant

dans le clair obscur de son œil

 

 

il faut bien pourtant que la haine

en son tourbillon sans retour

la garde du baiser fatal

où la flamme tue la semence

 

qui ne germe qu’en la distance

qui n’est mère que virginale

pour que la Diane de toujours

jusqu’à la fin des temps la tienne

 

La multiplication des droits et l’insistance de chacun à réclamer les siens signalent un déficit de la fraternité qui veut pour chacun la justice.

La dilection lutte pour les droits des autres plutôt que pour les siens. Pour parler le langage juridique, elle s’intéresse davantage à ses devoirs qu’à ses droits.

 

La conscience de vivre en dilection inclut celle d’en être incapable, de la recevoir en l’accueillant, de participer ainsi à la vie éternelle.

 

4 janvier 2007

 

A quel stade de son évolution l’humain se pose-t-il le dilemme de la violence et de la non-violence ?

Chez l’animal, l’autre est objet d’amour ou de haine selon qu’il est, ou non, ressenti comme un autre soi-même. Ainsi un caméléon dévorera indistinctement un jeune lézard ou un jeune caméléon qui n’est pas de sa descendance.

L’humain premier considère l’autre avec des degrés divers d’altérité négative. A l’intérieur du groupe, de la famille, de la nation, il se met en position hiérarchique, position instable où il tente de s’élever et risque de descendre. La haine peut y opposer père et fils, frère et frère. Vis-à-vis d’un autre groupe, l’identité, de celle du peuple à celle de l’espèce, peut comme chez l’animal déclencher l’amour exogamique, qui parfois entre en conflit avec la fidélité au groupe. Le drame de Roméo et Juliette en est un exemple.

 

alors le soleil était femme

ou la femme soleil

et la lune était homme

à moins que l’homme ne fût lune

 

certaines langues en conservent la trace

dit-on

en Afrique surtout

en Allemagne sans doute

 

ainsi l’un après l’autre

dans la reconnaissance

de soi

tous deux ont revendiqué la lumière

 

avant que tous deux ne découvrent

en soi-même et en l’autre

la lune et le soleil

dans leur monde au dernier horizon

 

5 janvier 2007

 

Croyance – Appartenance – Violence

La croyance religieuse agrège à une communauté. Une communauté est un groupe avec un dedans et un dehors. Il y a ainsi ceux qui sont des nôtres et ceux qui ne le sont pas. Il y a l’autre, potentiellement menaçant, à moins qu’on ne réussisse à l’intégrer à la communauté.

Le simple fait qu’un autre ne partage pas notre croyance risque de renforcer entre lui et nous l’altérité négative. La violence qui habite tout être face à l’altérité négative, son ministère de la défense, se tient prêt, parfois passe à l’attaque préventive.

La croyance religieuse est d’autant plus porteuse de violence qu’elle se sacralise, s’érige en absolu. Elle est prête à tout perdre, la vie même, si elle est menacée. C’est le secret du martyre, c’est aussi le secret de la persécution. Le christianisme qui s’est donné des martyrs sous Dioclétien en a donné au mithraïsme sous Constantin. « Exterminez les hérétiques » est une formule qui a eu cours dans le catholicisme. Les rois de France, dit-on, en faisaient le serment le jour de leur sacre.

La croyance est aussi la chance de l’altérité positive. Les croyants y accèdent par la fraternité qui les unit, les prépare à l’accueillir et à la reconnaître en son universalité, et plus encore par la prière où ils sont invités à rencontrer l’être en son secret dernier, la dilection.

 

le bois sous les doigts chante

chaque fragment présente

sa partition

 

le violon

est sa plus belle chance

de donner tout son sens

 

son silence est l’attente

des chansons qui le hantent

 

quelle passion

renaît des sons

où se lance la danse

et concerte l’immense

 

 

6 janvier 2007

 

et d’autres trains viendront

trouer notre bocage

pour qui simplement nous ferons

partie du paysage

 

de l’immobile à l’immobile

un pas ou deux tout change

comme au passage d’île en île

ici là veille un ange

 

ici pour la première fois

cet arbre prend un sens

qui attendais que tu le voies

pour faire signe à l’immense

 

là cette mare et ses émois

fugaces dans la brume

si différente chaque fois

aujourd’hui se résume

 

le marcheur arrêté contemple

les angles de l’espace

du plus aigu jusqu’au plus ample

se découvre sa face

 

et d’autres trains viendront

faire d’autres ravages

mais jamais ils n’effaceront

les secrets du bocage

 

Etablir une ontologie sur l’étymologie, c’est croire que les créateurs du langage étaient des métaphysiciens de plus haut vol que ceux qui nous ont laissé les premières traces de leur philosophie. A moins que ce ne soit croire que le langage est incréé, ou qu’il soit un don originaire fait à l’homme au paradis terrestre. Il y a dans la fascination pour l’étymologie une atmosphère qui fait penser à la nostalgie des origines.

 

7 janvier 2007

 

Dire que « l’angoisse est l’accès authentique au néant » peut donner à penser que le néant est une création fantasmatique de l’angoisse. Une conscience pour laquelle l’existence du néant apparaît comme un non-sens ontologique sera séduite par cette hypothèse. Une conscience qui vit en présence de l’infini et reconnaît dans l’existence des êtres finis le signe de l’altérité positive de l’infini est imperméable à l’angoisse.

Le néant, on peut en faire l’hypothèse, est une création fantasmatique d’une imagination effrayée par un infini qu’elle conçoit comme écrasant et dont elle se donne un double négatif.

 

quelle note nouvelle

dans le petit matin

candidement appelle

 

il a suffi que la lumière

reconquière un peu de terrain

pour que dans l’atmosphère

ce rien

infailliblement se repère

 

quand s’ouvre la fenêtre

une onde manifeste

dit que tout peut renaître

 

mais un assaut du froid humide

vient rebuter cette avant-garde

comme face au fusil morbide

la harde

se remise aussitôt timide

 

et déjà se dissipe

dans les souffles du jour

l’annonce du principe

 

Peut-on penser que chez un philosophe aussi pénétrant que Heidegger la participation au national-socialisme n’ait entretenu aucune relation avec sa conception de l’être.

 

D’où peut venir le sentiment du néant ? D’un défaut de conscience de l’infini de l’être ? D’une fausse idée de l’infini de l’être, d’un être infini fantasmé comme une gigantisation d’un super babouin alpha ?

 

8 janvier 2007

 

c’est en levant la tête que la nuit

nous nous souvenons des étoiles

mais le savoir fermant les yeux

nous les fait voir tout alentour

 

la transcendance nuit et jour

mêle à l’immanence les cieux

la pensée libérée dévoile

l’esprit présent à l’infini

 

Qu’adviendrait-il de l’institution judiciaire si elle était totalement désacralisée ? Quelques procès ratés peuvent-ils suffire à l’ébranler ?

 

Si « l’éthique est la philosophie première », c’est que l’être est relationnel, que l’infini et le fini sont liés par une relation d’altérité positive. L’ontologie ne peut être qu’éthique.

 

Que l’autre ait pour moi une approche d’altérité positive, cela m’intéresse plus que tout puisque je sais que rien n’est meilleur pour autrui que ce qui est pour moi le meilleur : Aimer.

S’adresser à l’être dernier d’une conscience, ce n’est pas ici tenter de la forcer, dominer ou assimiler, mais au contraire contribuer à la libérer de l’altérité négative.

 

Il est une jauge des humains que l’on peut valoriser sans crainte d’excès, c’est celle de la conscience. Dire de quelqu’un : « Ce fut la conscience de son époque » ou « c’est la conscience de son pays », n’est-ce pas lui accorder la plus grande estime ?

 

« Cela ne se dit pas. » Qui est derrière ce pronominal ? Le gros animal, parfois plus subtil et plus dissimulé que derrière le « ça ne se fait pas » ?

 

9 janvier 2007

 

Si la solitude de l’être (« on ne peut être l’autre ») est ressentie comme une souffrance, voire une angoisse, c’est que l’on vit dans l’éros de l’humain premier, qui veut fondre l’autre en soi-même et soi-même en l’autre. La participation à l’altérité positive de la dilection donne à l’humain dernier de vouloir l’autre comme autre et de trouver dans cette relation la joie éternelle.

 

« La nature a horreur du vide ». Le vide est une horreur pour notre nature tant que nous n’avons pas découvert qu’il est la demeure de l’infini-dilection.

 

Peut-être le néant, le non-être et le vide n’étaient-ils chez les premiers philosophes grecs que des synonymes.

 

Dire que l’existence précède l’essence ou que l’essence précède l’existence laisse penser que l’existence puisse être l’existence de rien ; cela serait lié à l’idée de néant qui, par définition, ne peut être et qui pourtant fascine les philosophes comme s’il existait, comme s’il existait autant que l’infini, comme le double ténébreux de sa lumière.

 

cette aile file et se faufile

entre les branches entre les troncs

éblouissante

de vitesse et de précision

 

qui pourrait médire du temps

 

depuis des âges que la hante

ce fabriquant

elle a su attendre patiente

en leur interminable idylle

que l’œil à qui elle se donne

enfin enfante

cette beauté qu’il affectionne

 

10 juillet 2007

 

La liberté dont parle le libéralisme économique est à décrire, analyser et juger à la lumière du parcours de la liberté de notre univers, depuis l’indéterminisme de l’énergie et de la matière jusqu’à la liberté dernière des consciences de l’humain dernier.

 

Le délinquant court parce que la police court après lui, et la police court après lui parce que s’il court devant eux c’est que c’est un délinquant. Moralité, délinquant ou pas, ne courez jamais devant, ni derrière, la police. C’est la première chose à dire à vos enfants lorsque vous leur parlez de la police (il vaut mieux rater son bus, son métro ou son train).

 

le banc de harengs tourbillonne

en impuissance face aux dents

surgies des profondeurs aux becs

s’abattant des hauteurs

 

pourquoi faut-il que tu t’étonnes

face à Vénus éblouissante

engloutissante tout entière

à sa proie attachée

 

cette amoureuse monstrueuse

lie à la mort la vie première

d’où ne s’évade la dernière

qu’en la voie de l’esprit

 

la faim dévoreuse de l’autre

s’apaise enfin la gueule

se change en ces lèvres de l’ange

où le baiser se donne

 

La croyance en l’existence du néant relèverait d’un imaginaire manichéen posant un absolu négatif face à l’absolu positif  de l’être (l’infini n’est pas un absolu. Il est relatif aux finis).

 

11 janvier 2007

 

Essence – Existence. Un être peut être pensé comme possible non existant, mais ne peut exister sans être ceci ou cela. Un existant sans essence est une impossibilité, sauf à faire de l’existence un nouveau concept (et non le fait d’exister plutôt que pas).

Si Descartes peut dire : « Je suis », c’est qu’il a conscience de penser, et cette conscience est conscience d’exister comme pensant, c’est-à-dire selon une certaine essence. La notion d’existence des existentialistes n’est pas celle du dictionnaire, selon laquelle il apparaît aussi étrange de concevoir une existence qui serait sans essence que de conclure de l’essence de l’infini à son existence. Peut-on aller jusqu’à dire que l’existentialisme sartrien est fondé sur un faux sens qui n’a fait florès que parce qu’il fascinait les imaginations à la manière du néant ?

 

remonte vers la mort remonte vers la mort

comblé de la tâche accomplie

 

toute ton existence dans ta tête

un souvenir t’a dit ton avenir

à quelle tradition es-tu fidèle

pour revenir ici en fête

 

les eaux de la naissance appellent

remonte vers la vie remonte vers la vie

 

Les traditions d’un peuple, d’une famille, sont un volant d’inertie, une force de persévérance qui les protège autant qu’elle freine leur progrès. Dans une religion, ces deux fonctions sont comme exacerbées. Pour la majorité des croyants, la religion est « la religion de leurs pères ».

 

12 janvier 2007

 

Même si elle sympathise avec ses valeurs, la conscience de l’humain dernier ne peut s’inféoder à un parti politique, pas plus qu’elle ne peut se réclamer d’une religion. Sa citoyenneté la porte à participer aux votes, mais ses critères de choix sont ceux de la justice, de la liberté, de l’égalité et de la fraternité pour tous selon l’esprit de la dilection, et personne, pas même un dieu ne peut le lui dicter.

 

minuscule une guêpe noire

jour après jour sur cette table

trotte bondit tourne volette

et puis retombe et recommence

 

mais je sais bien que tôt ou tard

en obligeance au temps comptable

figée se courbera sa tête

sans que j’en approuve le sens

 

il demeure dans ma mémoire

je ne sais quoi d’inacceptable

à voir quelqu’un quitter la fête

et s’évanouir dans l’immense

 

Or noir, or blanc, or rouge, or bleu…Tout semble se convertir en or dans une société en quête de plus-être matériel.

 

Que penser d’un système politique où une insignifiante majorité impose ses décisions à une minorité signifiante de citoyens ?

 

Reconnaître que le concept de démocratie est un concept vague et indéfini laisse la voie libre à une évolution dont on espère qu’elle sera guidée par un esprit d’altérité positive. Il ne s’agit pas de retourner aux sources de la démocratie mais de poursuivre son cours.

 

13 janvier 2007

 

Est-ce la même loi statistique qui fait que la vie produit quasiment autant de femmes que d’hommes et la démocratie autant de gens de gauche que de gens de droite, ou presque ?

Les statistiques sociologiques nous révèlent certaines limites de notre liberté.

 

dans un coin de la chambre assise

avec ses souvenirs avec ses avenirs

elle semble rêver

 

à peine si rare un coup d’œil

doucement quelquefois effleure son sommeil

pour un nouveau voyage

 

à moins que la limite d’âge

la condamne déjà à prendre le soleil

percluse sur le seuil

 

et que devenu casanier

ou presque son ami de désir en désir

ne la laisse indécise

 

Qu’un éminent journaliste dise sentir son sang se glacer à l’idée que le métissage puisse se répandre en France comme au Brésil semble montrer à quel point le racisme guette nos mieux disants, peut-être même nos mieux pensants.

 

Comprendre que la vie éternelle c’est aimer l’autre comme autre interdit de penser que la souffrance puisse être rédemptrice. Mais tant de choses peuvent conduire à accueillir la Dilection. La plainte que la souffrance arrache peut se muer en dialogue avec le silence de l’Eternel. N’est-ce pas ce que dit le Livre de Job ?

 

Imaginer le vide comme la demeure de l’Eternel, c’est le savoir présent à l’intime de nos atomes et de nos os comme à l’infini de l’espace.

 

 

14 janvier 2007

 

celle qui nous relie aux dernières limites

de notre univers les refoule

et qui l’arrêtera

 

lançant vers d’autres et d’autres univers l’invite

des feux de l’innombrable foule

sans fin elle dira

 

que notre cœur amant de l’infini l’imite

qui tant que l’éternité coule

jamais ne faiblira

 

« L’adoration que j’ai eue pour Hegel… » Dans la recherche du savoir, de la sagesse elle-même, il semble conforme à l’ordre des choses d’avoir un héros, que nous l’appelions maître ou modèle. Mais le « j’ai eu » montre que cette adoration est transitoire. Certains, certaines peuvent bien aller de maître en maître adoré, mais le mouvement de l’esprit est de rejoindre le mouvement de la liberté, de l’égalité et de la fraternité avec tout autre esprit, y compris l’Esprit infini qui nous y invite en sa dilection.

 

Le détachement est illusoire s’il vise à la maîtrise de soi, qui est un attachement à soi. Le vrai détachement ne peut être celui qui tend à renforcer l’attachement à la liberté première ; ce n’est pas même celui que l’on recherche afin d’être disponible pour faire la volonté du Tout-puissant. C’est celui que la dilection donne, qui en résulte, qui est donné par surcroît (Luc 18, 29s). C’est un détachement dont on est détaché parce que c’est l’autre comme autre qui importe.

 

« Je t’embrasse très fort ». Méfie-toi quand même. Ton embrassade risque toujours d’être une appartenance et / ou une possession, même si tu la veux être la tendresse de la dilection.

 

15 janvier 2007

 

Anonymat du savoir ? Cela peut signifier que le savoir ne nous appartient pas, qu’il est tout entier orienté par la recherche de l’autre comme autre.

 

S’il n’y a de science que du général, l’humain lui échappe en son eccéité. La connaissance de l’humain ne peut être que statistique. Mais il n’y a pas que la science qui ne peut traiter que du général. La morale codifiée et le droit sont eux aussi exclus du particulier, du personnel. Le jugement éthique est impossible en stricte rigueur, et le jugement juridique est une application approximative du droit à un cas particulier, où doit donc intervenir la sagesse des jurés et des juges.

L’approche du personnel est affaire de sentir, que ce soit le sentir esthétique de l’approche artistique ou le sentir mystique de la dilection.

L’approche du réel en sa totalité s’efforce de conjuguer le général et le particulier, sachant que seul le particulier est concret, existentiel.

 

Le médecin doit savoir mettre sa science (générale) au service du malade (particulier). Il ne peut se contenter de sa connaissance scientifique des maladies.

 

cette bulle d’argile a crevé la surface

du gazon fatigué où s’avance l’hiver

 

la fraîcheur toute neuve où rayonne sa face

dit le baiser de l’air que lui offre la terre

 

la bête aux profondeurs qui creuse avec nous passe

la limite d’un monde et donne le concert

 

des singularités venues de tout l’espace

au vestibule vide où finit l’univers

 

16 janvier 2007

 

L’attention à ta présence devrait être le silence de fond de mes sentirs, de mes imaginers, de mes pensers, de mes agirs. Comment y parvenir si ce n’est en y consacrant plusieurs heures par jour comme un contemplatif ? Je suis loin de compte.

 

De la croyance à la puissance magique de verbe on a pu passer à l’ignorance de sa puissance psychologique, qui en avait été la source. Elle est pourtant l’instrument privilégié de la manipulation des foules par les leaders charismatiques (cela va jusqu’à s’appliquer aux discours  des colloques universitaires).

 

 

les fibres du lin tiennent

un peu dans leur tissu

le souvenir de leurs élancements vers la hauteur

où chacune et les siennes

fermes et souples mues

par un même tropisme en hommage tendaient leur fleur

 

à quelle main sensée

à quelle main aimante

leur vie transfigurée dans l’entrelacement des ondes

transmettra sa pensée

l’énergie frémissante

assouplie en vêture où rêve un peu l’âme du monde

 

17 janvier 2007

 

Le Grec d’Homère cherche l’honneur et fuit la honte ; sa conscience vit par l’autre. Le Grec de Socrate cherche à se connaître ; sa conscience vit sans l’autre. Le Grec de Paul cherche à sauver sa vie en la donnant ; sa conscience vit pour l’autre. Evolution de l’humain de l’identité tribale à l’identité individuelle à l’identité intersubjective de la dilection.

 

Dis-moi comment tu interprètes, je te dirai qui tu es.

 

Visites des candidats présidentiels au Moulin de Valmy, au Mont-Saint-Michel…, imprégnation symbolique, marquage du territoire. La question est de savoir quel pourcentage du troupeau suivra.

« Seigneur accorde ton secours

Au beau pays que mon cœur aime

Celui que j’aimerai toujours

Celui que j’aimerai quand même »

 

Vivre de ta dilection, c’est se soucier de l’avenir politique de tous les peuples de la terre et agir à la mesure du temps et de l’espace où nous vivons. En quoi ce que nous te demandons dans le secret peut-il y contribuer ? Le comment n’importe que s’il peut nous porter à te le demander.

 

le pointillé des tentes sur la berge

lui fait un bel arrangement de teintes

où çà et là le monotone rouge

s’allège ou se souligne

 

de Quechuas Don Quichotte submerge

les vieux cartons d’où s’arrachent les plaintes

muettes face au luxe  auprès des bouges

dans l’univers des signes

 

douce violence des rêveurs tu payes

aux SDF un abri d’espérance

en ces heures pressées où les babouins

politiques s’affolent

 

quelques-uns même auront le doux réveil

d’une chambre où l’intime est la chance

de retrouver la troupe et le destin

de la foire aux idoles

 

18 janvier 2007

 

Dis-moi qui tu es, je te dirai comment tu interprètes.

 

dans le tambour de la porte

ce qui suit ce qui précède

vient jouer à qui pousse qui

et justifie qui accuse

 

tourne et tourne que t’importe

pourvu que grâce à ton aide

vers l’entrée vers la sortie

l’autre de l’autre bien use

 

Ambiguïté de l’hommage aux Justes de France que l’on présente comme d’actualité dans la lutte contre l’antisémitisme, en rappelant que vivre dans le présent, c’est aussi interroger le passé et préparer l’avenir. L’interprétation est multiple : que sera celle du Palestinien dépossédé ? Que sera celle de l’Israélien irrédentiste ? Peut-on à la fois dire que l’antisémitisme français actuel n’a rien à voir avec la politique d’Israël et inviter les juifs français victimes de l’antisémitisme à émigrer en Israël ? Cela fait-il partie d’un ensemble. Le chef de l’Etat d’Israël peut-il embrasser le chef de la Palestine et envoyer des troupes protéger de nouvelles colonies en territoire palestinien ? Est-ce inconscience ou cynisme ? Comme d’affirmer qu’on n’a pas la bombe atomique en laissant entendre qu’on la possède ?

 

 

Il y a un vouvoiement qui repousse l’autre et il y a un tutoiement qui avale l’autre.

 

Il faut évidemment aimer de dilection celui qui vous accuse de le haïr parce que vous lui dites ce que vous pensez être la vérité et le bien de l’humanité.

 

Un poème sans titre invite à affronter un inconnu, à espérer un regard neuf.

 

19 janvier 2007

 

il faudra bien manger demain

le charbon en moi se consume

et la machine

de l’esprit en quête de vie

réclame un avenir

 

dans sa lutte avec le destin

qui la retient au sein des brumes

elle s’affine

se fraye un chemin qui la suit

et qui ne peut finir

 

commensaux partageons le pain

de chaque jour où se résument

les disciplines

inventons la cartographie

de notre grand désir

 

On peut d’un seul souffle dire que la remémoration de la Shoa est une mise en garde contre la haine de l’autre sans distinguer le juif opprimé du juif oppresseur. Il importe surtout de prendre conscience des causes et des conséquences de cette commémoration.

 

La récupération de la conduite admirable des meilleurs citoyens par les détenteurs du pouvoir est une constante. Ainsi des Peace Corps Volunteers américains visant à donner en Afrique une image positive du gouvernement des Etats-Unis ou des Volontaires du Progrès français dorant le blason de la République. Ainsi des saints de l’Eglise, où la dilection risque toujours de servir de prétexte à la puissance.

 

Si l’on pense que les communications extrasensorielles sont scientifiquement impossibles, c’est qu’elles ne sont pas reproductibles à volonté. Si l’on en fait l’expérience irréductible, on est acculé à douter des certitudes de la science.

 

 

20 janvier 2007

 

Si nos idées modifient nos circuits neuronaux, on comprend qu’elles puissent y acquérir une certaine stabilité, avec les avantages et les désavantages que cela représente. Se forger des convictions, c’est se donner un certain corps, et dont on ne peut changer aisément.

Dans cette perspective, la conversion s’éclaire d’un jour nouveau, mais aussi l’évolution, l’habitude, l’encroûtement…

 

Ambiguïté de la belle histoire, du roman qui vous envoûte (« évadez-vous avec un bon roman »). Cette distraction, ce divertissement de soi-même est une perte de conscience. Un peu comme celle qu’induit la rhétorique charismatique du chef qui entraîne les foules pour le meilleur ou pour le pire. Peut-on sauver cette littérature et ses lecteurs possédés en disant qu’il y a un temps pour la lecture et un temps pour la critique ? Quid de ceux et celles qui ne réfléchissent pas sur leurs lectures, ou qui n’en discutent pas avec d’autres ?

 

Une culture qui valorise la ruse est-elle un culture qui valorise aussi l’honneur ? Cette conjonction chez certains héros d’Homère relève en tout cas d’une conscience qui dévalorise l’autre, en faisant un objet d’amour et de haine ou un miroir du moi.

 

     la bourrasque incessante où l’âme se cramponne

avec l’arbre mugit gémit

il semble que l’abri que la maison lui donne

ne couvre que son corps

 

l’oreille qui s’angoisse de la peine de l’autre

l’imitant gomme la limite

pour qu’avec toi le moi ne soit plus que le nôtre

et possédé possède

 

mais l’arbre qui s’écrie et le vent qui l’étreint

en aimant animent la haine

et la main qui résiste se donne à la main

comme à la vie la mort

 

21 janvier 2007

 

Il est une poésie qui est une liturgie de la reconnaissance, de la découverte émerveillée dont on sent le besoin de la dire en la mimant.

 

Saluer l’originalité d’une pensée, ce peut être une façon de l’écarter, de ne pas se poser la question des relations qu’elle entretient avec la vérité.

 

L’écriture peut devenir une école de conscience : on peut y lire ses pensées comme en un miroir. On peut aussi, en se relisant, reconnaître son évolution au fil des ans.

 

S’il faut se référer aux Lumières, c’est qu’il faut se référer à toutes les mutations de l’humain depuis l’aménagement du caillou en outil, depuis le premier usage du feu, depuis le premier troupeau, le premier champ, depuis le passage du matriarcat au patriarcat, depuis l’écriture, depuis la grande cité, depuis Moïse, depuis Lao Tsu et K‘ung Tsu, Parménide, Platon et Aristote, depuis Yeshoua, Mohammed et Luther, depuis Copernic, Descartes, Kant…depuis Darwin, depuis Planck et tant d’autres.

Peut-on, à reconnaître ce parcours, observer un mouvement uniforme, une direction dans la suite des discontinuités ? Lorsqu’on prend en compte toutes les nouveautés, chacune avec ses insuffisances et les recherches auxquelles elles incitent, on a quelque chance de comprendre où va l’humain et d’y prendre sa place selon la liberté qui ne cesse de s’y affermir

 

regardant l’eau puis la botte de foin

j’hésite

à accuser Buridan sur ce point

limite

 

qui sait quel conatus me portera

ici

ou là pour satisfaire et atteindra

ainsi

le désir de l’autre complémentaire

enfin

la soif où se dira l’autre arbitraire

la faim

 

mais je suis convaincu qu’au bout du compte

compris

je trouverai mangée et bue ma honte

l’esprit

 

22 janvier 2007

 

A chaque fois qu’elle définit un dogme, l’Eglise se ligote un peu plus, irrémédiablement. Surtout depuis celui de l’infaillibilité pontificale, elle se peut plus revenir en arrière. C’est l’effet roue à rochet.

 

Croire quelqu’un, croire quelque chose, croire à quelque chose, croire à quelqu’un, croire en quelqu’un, croire en quelque chose, se croire quelqu’un, se croire quelque chose. Quelle que soit la polysémie du croire en ses formules et la polysémie de ses formules elles-mêmes, il n’est pas, pour une conscience lucide, de croyance certaine, de croyance exempte de doute, exemptée du doute. La certitude ne vient à la croyance que de qui lui est extérieur : la volonté, l’habitude, la suggestion du milieu social… Si l’on croit la rationalité essentielle à l’existence, on ne peut fonder sa vie sur la croyance. Pour qui aime la liberté de la dilection, il n’y a plus de credo : « Aime et fais ce que veux », aime et pense ce que veux.

 

laisse à leur paix les tombes

leurs habitants te disent

va soigner les blessés

de la chair et du cœur

 

console ceux qui pleurent

refuse l’insensé

de la guerre où la guise

multiplie l’hécatombe

 

Dire que la France entière pleure l’abbé Pierre, c’est faire de la récupération. Les gens dont la richesse crée la misère sont exclus de ces pleurs. A chacun de se demander s’il mérite de le pleurer.

 

23 janvier 2007

 

Il y a en moi quelqu’un qui aime tout le monde et qui en conséquence, évidemment, aimerait bien que tout le monde aime tout le monde. Ce quelqu’un, c’est je participant à la vie éternelle proposée et accueillie.

 

« Libre pour aimer », disait l’abbé Pierre. Ceux qui l’ont approché savent sans doute quel(s) sens exact(s) il donnait à cette formule. L’essentiel est d’aimer ; c’est pour pouvoir aimer qu’il faut se rendre libre, l’amour est le but de la liberté. Mais si l’on ne peut aimer sans être libre, c’est l’amour qui libère. L’amour de dilection, la vie éternelle accueillie par l’humain dernier, libère du moi, de l’humain premier. La dilection est la vérité dernière qui rend libre (Jean 8, 32). La liberté dernière est une inhérence de la dilection. On peut, en bonne psychologie, dire que la liberté dernière et l’amour de dilection constituent une circularité, mais ce qui précède en ce cercle, c’est l’amour de dilection proposé par l’Infinie Dilection.

Si l’abbé Pierre, dont les porte-parole autorisés et mandatés de l’Eglise disent que la théologie n’était pas son fort, était libre face à la morale patriarcale (usage du préservatif, mariage des prêtres, prêtrise des femmes), c’est qu’il aimait de dilection. On peut avancer l’hypothèse qu’en cela il était plus proche qu’eux de Yeshoua, défenseur de la femme adultère (Jean 8, 3-11), acceptant de se laisser toucher par une « pécheresse » (Luc 7, 33) et parlant, à la surprise de ses disciples (Jean 4, 27), à une femme qui « a eu cinq maris » (Jean 4, 18), la Samaritaine, l’étrangère par-dessus le marché, qu’il choisit pour lui parler du Don de la vie éternelle.

L’abbé Pierre était l’homme libre, libéré de la figure de ce Père, maître absolu du sexe, qui règne sur la morale de l’Eglise et maître aussi de l’or qui règne sur la morale de la Nation. Si la Nation l’a quasiment récupéré par ses hommages, peut-on espérer qu’il ne sera pas canonisé, récupéré par l’Eglise. Mais quoi qu’elles fassent, il vit éternellement de l’Infini-Dilection et nous invite à le rejoindre.

 

quand la tuyauterie gargouille

dans la maison qui se remue

on dirait qu’un ventre de mère

tout absorbé par son travail

vous entoure de sa tendresse

 

qui sait si le cri de détresse

en sortant il faut bien qu’on aille

gagner sa croûte ou bien sa guerre

n’est pas plutôt le ouf ému

de l’âme enfin qui se dépouille

 

24 janvier 2007

 

L’indifférence intérieure est la condition de la décision libre face à l’infini libre de la dilection. Mais elle est d’abord le résultat de notre accueil de la dilection. C’est l’amour de l’autre qui libère, plus que ce n’est la liberté qui nous permet d’aimer. La Dilection est première, mais Elle est libre, et L’accueillir nous donne de participer aussi à sa liberté (c’est à cela aussi que donne de penser l’âne de Buridan).

 

Etre différent n’est ni un droit ni un devoir, c’est la liberté inhérente à l’être. Dans l’humanité première, l’éros rassemble ceux qui se ressemblent. Dans l’humanité dernière en chemin vers son aboutissement, l’agapè unit ceux qui diffèrent et sont encouragés avec enthousiasme dans leur différence.

 

Les propriétaires de l’habitat ont tout intérêt à ce que sa crise se prolonge, s’intensifie même afin que son prix continue son ascension éhontée (Et les gens-là viennent benoîtement rendre hommage à l’abbé Pierre. On ne peut tout de même pas imaginer qu’ils soient tous inconscients). Ils ont tout intérêt à ce que la flambée foncière oblige les petites gens (ceux de l’île de Ré sont devenus emblématiques) à vendre parce qu’ils n’ont pas les moyens de payer l’impôt sur la fortune. Ainsi on peut hurler à l’injustice de l’impôt sur la fortune tout en se félicitant secrètement que les hurlements n’auront pas trop d’effet et qu’on pourra mettre la main sur les propriétés de ces petites gens obligés de quitter la maison familiale, et du même coup permettre le nettoyage des gens de condition modeste au profit des nantis. Vive le libéralisme ! L’abbé n’est plus là pour gueuler, les maîtres de la terre sont déjà occupés à l’embaumer dans la piété (« c’était un homme très pieux »). Heureusement que sa morale sexuelle risque de le protéger de la canonisation (qui « n’est pas à l’ordre du jour », dit un représentant de l’Eglise).

 

sur ta peau de pastel cette guipure grise

laissait le croissant d’or pendre à ton cou de cygne

et à ton front là-bas le diamant solitaire

disait la profondeur de ton mystère

 

rien ne se devinait de ce manteau sans nombre

qui t’enveloppe toute des clartés de ce don

où l’être semble vivre l’aventure limpide

ouverte à l’infini du vide

 

nous faut-il donc sortir de ton immensité

de ton corps qu’on ne voit qu’au-dedans limité

et même de tout autre univers parallèle

lorsque l’esprit enfin ouvre ses ailes

 

25 janvier 2007

 

Alors, ces grandes vacances, l’abbé ? Le catéchisme de mon enfance disait : « Au ciel les élus (eh oui) voient Dieu et le loup » (non, « le louent », bien sûr). « Le » et non pas « la », évidemment. Autrement dit : les âmes qui ont été choisies par le tout-puissant amoureux, les élues de son cœur pour son innombrable harem, rendent gloire à son céleste règne. Pourtant la « petite » Thérèse de l’Enfant Jésus (pas la « grande » ravie en extase du Bernin et bientôt transpercée par la flèche d’éros), la petite Thérèse, donc (docteur de l’Eglise tout de même) décida qu’elle allait « passer son ciel à faire du bien sur terre », un peu comme ces bodhisattvas qui ne veulent jouir du nirvana que lorsque leur compassion y aura fait entrer tous les êtres (ce qui devrait prendre un certain temps).

En fait, si l’on entend bien Yeshoua, et Moïse d’ailleurs, la vie éternelle c’est d’aimer de dilection, en cette existence d’abord, en l’autre ensuite (Luc 10, 25ss ; Matthieu 10, 28). Alors la « récompense » de l’amour, c’est l’amour. Si tu n’accueilles pas l’amour, tu n’accueilles pas la vie éternelle. C’est tout bête, pas besoin de faire beaucoup de théologie pour comprendre ça  (« Je te loue, Père…d’avoir révélé ces choses aux tout-petits » Luc 10, 21). Je sais, l’abbé, à quoi tu vas passer tes grandes vacances ; c’est mieux que le Club Med, et en plus, on peut compter sur toi, comme sur toutes les Petites Thérèses et sur tous les bodhisattvas.

 

Les philosophies du aut, majoritaires en notre Occident diurne de la coupure, peuvent conduire à penser l’extrême du « ou les autres ou nous ». Si j’aime l’autre de dilection, je dois me résoudre à disparaître, à voir mon moi se décréer. Mais l’agapè vit pour l’autre sans penser à soi, même pas pour disparaître. Et c’est sa relation à l’autre qui lui donne son existence dernière, sa vie éternelle.

 

Celui que vous appelez Dieu ne vit que pour l’autre, c’est sa raison de vivre et d’être. C’est cela que veut dire « Dieu est Agapè » (ce qui signifie qu’Agapè a succédé à Dieu).

 

le couchant à travers l’éclisse

pénètre au fond de la demeure

le mur du cœur que je croyais inaccessible

accueille ici le remuement là-bas des rameaux dans les airs

 

la lumière ingénue se glisse

s’insinue au silence et meurt

aux jeux d’or et de feux que lui offre sa cible

quelques instants parmi les êtres avant de disparaître amère

 

26 janvier 2007

 

Dites-moi pour quel parti vous pensez que l’abbé Pierre votait et je vous dirai qui vous êtes.

 

Comment peut-on nier ou même ignorer que le sionisme est la première cause de l’antisémitisme arabe ?

 

Dans une mentalité dualiste du « ou bien ou bien » (une philosophie du aut) accuser l’autre de refuser sa mise en question de soi par soi, c’est risquer d’écarter sa propre mise en question de soi par soi.

 

Wole Soyinka accusé par un jeune excité de ne pas soutenir le terrorisme aveugle parce qu’il est poète alors que c’est sa sensibilité poétique qui l’incite depuis toujours à mener le combat contre l’injustice en s’affligeant d’avoir peut-être un jour à passer de l’action non-violente à la violence.

 

Pour combien de consciences la liberté est-elle de pouvoir satisfaire ses désirs, de faire ce qu’on fait avec plaisir ? Quelle différence avec la liberté de l’hirondelle, du sanglier ou du dauphin ? Le problème de la liberté humaine se donne à ressentir lorsqu’une conscience s’aperçoit que ses désirs ne peuvent être comblés et surtout lorsqu’elle arrive à la conclusion que son désir est infini.

 

Si l’on admet l’évolution de la conscience grecque (ou autre) de la culture de la honte à la culture de l’altérité positive en passant par la culture de la culpabilité, on pourra penser que ceux qui veulent déculpabiliser ont le choix entre l’archéologie de la réputation et l’eschatologie de la dilection.

 

La sorcellerie appartiendrait aux cultures de la honte et de l’honneur, où le mal-être ne peut venir que de l’extérieur, que de l’autre. Ainsi la possession… même si elle est valorisée positivement dans certaines cultures traditionnelles.

 

le chien qui voulait boire a trouvé l’eau gelée

dans sa gamelle familière

sa langue lèche et lèche la surface dure

du breuvage qu’elle en espère

 

distraite il a suffi que ta température

inconsciemment se laisse faire

pour que se dresse la barrière

et que la vie dans ta froidure se trouve enfermée

 

Il faut vraiment bouffer du curé pour accuser l’abbé Pierre d’avoir fait la charité, et de l’avoir faite pour se faire bien voir.

 

27 janvier 2007

 

Alors, l’abbé, la Dilection a-t-elle déclaré recevable ta plainte en horreur des souffrances de ce monde. A-t-elle argumenté à la Leibniz, plaidant qu’un créateur parfait ne peut créer qu’un monde moindre et donc imparfait (si j’ai bien compris). Non, la Dilection veut la liberté de son autre à tous les stades de l’évolution de notre univers. Elle l’invite, l’encourage et l’aide à la rejoindre, mais sans jamais la forcer, car ce serait se contredire. La Dilection ne serait pas la Dilection si elle ne jouait pas aux dés depuis notre big-bang, et même de toute éternité. Elle ne serait pas elle-même si elle ne voulait pas un peu d’indéterminations eccéitaires au sein de la détermination statistique dans l’évolution de la matière, de la vie et de la conscience. Tu comprends, l’abbé, que l’humanité n’en a pas fini avec l’exploitation, la domination, les massacres… qui règnent dans la vie animale dont elle émerge à peine.

 

Y a-t-il toujours, dans les reproches et les critiques que l’on adresse à l’autre, une trace de l’homo animalis hierarchicus : « Je te suis supérieur » ?

 

S’il est si rare que les poètes décrivent leur expérience de la création poétique, c’est que cette création échappe par définition à la conscience. Ils ne peuvent constater que le lâcher prise de leur conscience, et puis le travail d’ébarbage et de limage de l’œuvre brute sortie du moule de l’inconscient.

 

Une cellule totipotente contient-elle en sa composition physicochimique l’explication totale de son développement ? On peut évidemment répondre oui a priori, en ajoutant que l’on ne le comprend pas encore mais que cela viendra. Mais on ne peut nier que cet a priori repose sur une certaine vision du monde.

 

trois cris brefs portés par un vol

qui les fait dériver dans l’air

et presque aussitôt un écho

répond à leur signal

 

la distance met son bémol

et sa sourdine rend plus claire

la géométrie du réseau

du muet matinal

 

et c’est sur l’élastique espace

que les messages et le concert

embrassés dans l’instant se disent

la belle utilité

 

que l’or de ses fluides masses

ductiles file l’atmosphère

tissant l’élégance précise

de la réalité

 

28 janvier 2007

 

Il ne se passe quasiment plus de semaine où l’un ou l’autre média ne nous parle de la Shoah. C’est devenu leur devoir de mémoire. Les Nations Unies viennent de voter à l’unanimité, sauf l’Iran, un texte destiné à sanctionner les négationnistes, voire les révisionnistes de l’holocauste. C’est dire qu’il s’agit d’une campagne mondiale afin que la communauté internationale ferme les yeux sur l’invasion continue de la Palestine par Israël et sur ses inévitables procédés. En refusant de s’associer au vote, l’Iran contribue à renforcer le mouvement : l’ambassadeur d’Israël profite évidemment de l’occasion, comme il y a quelques jours le grand rabbin de France au dîner annuel de CRIF (où assistaient quelques hautes autorités françaises), pour diaboliser l’Iran. Ainsi, lorsque les installations nucléaires iraniennes seront bombardées, on fermera les yeux comme on l’a fait sur les destructions du Liban (5 milliards de dollars) l’été dernier. Aujourd’hui à Coutances, une exposition dans une église désaffectée : quelques photos et dessins représentant les horreurs de la Shoah, un film les « reconstituant », et quelques livres. Est-il sûr qu’Hanna Arendt n’aurait pas encouragé les visiteurs à penser à ce qu’ils faisaient, à rechercher les présupposés de cette exposition où l’on montrait deux de ses livres ?

 

Le médecin à qui je tente de soumettre une explication de mes symptômes : « Non, c’est moi qui interprète. » Entre le profane et l’expert, asymétrie ou symétrie ? Séparation, confusion ou échange ? S’agit-il d’une question de pouvoir ? D’une disposition de l’homo hierarchicus ? (« Qui commande ici ? ») Ne puis-je parler à mon médecin qu’en faisant acte d’allégeance ?  Ou est-ce le souci désintéressé d’être efficace qui le guide ?

 

est-il à manger ou à voir

ce ciel velouté de grisailles

de blanchailles et ces entrailles

sombres sous les lunettes bleues

 

ce qui s’offre dans l’au revoir

des nuages qui se proposent

tranquilles vers le dernier âge

auprès de l’horizon s’émeut

 

au face à face des regards

lequel est dur lequel est tendre

lequel va se rendre ou comprendre

le monde ou l’esprit ou les deux

 

29 janvier 2007

 

S’il faut refuser de nier la Shoah, il faut tout autant refuser de laisser utiliser son souvenir comme un rideau de fumée devant les exactions d’Israël. Allez-vous me convaincre d’antisémitisme ? Eh bien allez en faire autant aux membres de La Paix Maintenant. Tout rappel de la Shoah doit être un rappel de la politique actuelle d’Israël. Que le souvenir soit au service de la réalité présente.

 

Penser que l’abbé Pierre n’a pu agir que par intérêt, c’est reconnaître que le désintéressement n’est pas à la portée de l’humain premier (de la nature humaine, de la « chair »). En effet l’agir pour l’autre comme autre est un comportement surnaturel, c’est celui de la grâce, de l’Esprit, de l’humain dernier.

 

« Mère de Dieu, mère de Dieu… » Vous pouvez imaginer Yeshoua dire à sa mère : « Sainte Marie, mère de Dieu » ? Il l’appelle « femme » (Jean 2, 4 ; 19, 26). Celui qui nous le dit le tient de bonne source : il a vécu avec Marie, l’a accueillie chez lui après la mort de Yeshoua (Jean 19, 27). Si Yeshoua estimait sa mère, ce n’était pas parce qu’elle était sa mère mais parce qu’elle était de « ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent » (Matthieu 12, 50 ; Marc 3, 35 ; Luc 8, 21). De là à conclure que Yeshoua ne se croyait pas Dieu, il n’y a qu’un pas.

Dieu aurait pris des libertés indignes de la dilection s’il s’était incarné dans un embryon qui n’en aurait rien su et qui n’en aurait pu mais. C’est imaginable chez un dieu tout-puissant seigneur des seigneurs ; ce ne l’est pas chez le dieu agapè pour qui la liberté de l’autre et la sienne sont inséparables.

 

géant des mers à la peau de panthère

engloutisseur du minuscule

tu dilates le cœur de l’enfant qui s’approche et qui n’ose

poser sur toi la main

 

que dira-t-il demain

hochant la tête au souvenir de la gueule déclose

se nourrissant de points virgules

pour écrire sa vie de père ou mère

 

30 janvier 2007

 

Conjuguer le « jamais plus » et le « jamais encore » peut faire de l’instant une réjouissance émerveillée plutôt qu’une jouissance avide. Le carpe diem de l’humain dernier est libre de toute angoisse comme de tout désir, car il participe de la vie éternelle. L’instant de douleur le plus effroyable y est traversé par la confiance.

 

Dieu est peut-être mort à Auschwitz. S’il a laissé la place à la Dilection, eh bien, à quelque chose malheur est bon.

 

au bord de l’imperceptible l’oreille

se tend

quelle présence à l’attentive

l’invite à aller plus avant

 

dans le silence au-delà qui veille

l’amant

taiseux offre définitive

la connaissance sang à sang

 

combien faudra-t-il de nuits sans sommeil

pourtant

pour que l’oreille trouve vive

cette eau du vide abondamment

 

et que sans un mot de plus s’émerveille

le temps

d’enfin passer sur l’autre rive

où il vit éternellement

 

Si l’on peut dénoncer le manque de désintéressement, c’est que l’on croit le désintéressement impossible, mais c’est aussi parce qu’on en a le désir.

 

Mon corps ne sera ni mon maître ni mon serviteur. Mais il ne peut être mon ami que si je le sais autre que moi.

Le corps est provisoire. Quelle folie de vouloir le rendre immortel. On va dépenser des milliards pour perpétuer le corps de quelques individus rassasiés de jours alors qu’on ne donne pas leur chance à des millions d’enfants qui meurent sans avoir vécu, sans avoir eu la chance de découvrir la vie éternelle.

 

« Qui ne dit rien consent » ? S’il fallait ouvrir la bouche à chaque fois que l’on entend une méchanceté ou une imbécillité, on crèverait la gueule ouverte.

 

31 janvier 2007

 

La politique étant ce qu’elle est, il faudra bien voter pour le candidat le moins inquiétant.

 

De la part de ceux pour qui la fin justifie les moyens, on peut s’attendre à une campagne présidentielle où tous les coups sont permis s’ils sont efficaces et que leur immoralité (pardon, « leurs entorses à la déontologie ») ne risque pas de faire déconsidérer leurs auteurs.

Leur principe relève-t-il d’une mentalité diurne régie par la coupure et pour laquelle l’éthique de la fin est coupée de l’éthique des moyens.

Le plus grand problème de la pensée d’obédience ouranienne, c’est qu’elle sépare, analyse sans synthétiser, ne voit pas ce qui relie les choses. Cela risque de lui voiler et faire minimiser les contradictions, car elle s’abstient de mettre en relation des réalités qu’elle croit totalement étrangères les unes aux autres.

 

ce que la lumière profile

de cette haie de ce visage

exalte la courbe le grain

de cette peau de ce volume

 

il ne se peut que je présume

de ce don venu de si loin

de l’espace et de cent mille âges

pour l’instant d’une belle idylle

 

cette merveille si fragile

vient dans mon grand livre d’images

trouver sa place et je sais bien

le sourire qu’elles allument

 

lors donc demain au sein des brumes

en feuilletant je dirai viens

remplir une nouvelle page

de contours où l’amour oscille

 

Simone Weil était-elle une mystique de la décréation parce qu’elle était anorexique ou était-elle anorexique parce qu’elle était une mystique de la décréation ? Question probablement insoluble. Mais la mystique de la décréation n’est pas congruente à l’intuition de l’infini-dilection, et l’anorexie est liée à une vision du corps que la dilection déplore, elle qui voit dans le corps un ami (Que l’ombre de Simone Weil me protège des regards fulgurants de ses disciples !)

 

1er février 2007

 

Pour Paul, il faut aimer sa femme comme on aime son corps (Ephésiens V, 28), et donc aimer son corps comme on aime sa femme. La Genèse ne lui avait-il pas dit qu’Eve est chair de la chair d’Adam (Genèse II, 23) ?

 

Que pensez-vous des ressemblances et des différences entre interview et interrogatoire ? Est-ce un sujet de dissertation ?

« Répondez-moi par oui ou par non » est une question ouranienne dans une société ouranienne qui ne peut facilement en remarquer le caractère manipulatoire.

 

La pensée occidentale est régie par l’imaginaire ouranien de la coupure, qui freine, voire supprime la mise en relation des faits et des idées. C’est ainsi que l’on peut enseigner la traite négrière sans la resituer dans l’histoire de l’esclavage planétaire, y intégrant l’esclavage européen (le mot « esclave » n’est-il pas un avatar du mot « Slave », les Slaves étant devenus les principaux esclaves des Germains ?) On a parlé, sans y insister, de l’esclavage arabe, qui a touché l’Afrique, mais aussi la côte nord de la Méditerranée. On ne parle que fort rarement de l’esclavage africain, sur lequel s’est appuyé la traite négrière, et qui n’a pas totalement disparu.

Derrière ces absences, il y a, et c’est aussi là qu’il faut agir, un déséquilibre des fonctions de l’imaginaire et de la réflexion qu’il provoque et conduit.

La pensée dualiste de l’imaginaire diurne fait grand usage du « pro » et du « anti » dans ses manipulations rhétoriques.

 

« L’industrie de la musique »…Eh oui, la musique aussi.

 

Le gouvernement israélien envisage de repousser son mur un peu plus vers l’est. Le grignotage de la colonisation se poursuit. Le gouvernement israélien dit qu’il veut la paix, mais il fait en sorte qu’elle ne puisse s’établir. Ce serait contraire à ses fins irrédentistes et aux moyens qui y sont liés. Le malheur est que l’opinion occidentale écoute les paroles au lieu de regarder les actes. Ah, cette puissance du verbe !

 

ton tracteur passe repasse

mais tu n’es plus

et j’habite ta présence

de disparu

 

mon âme cueille recueille

ton désespoir

en mon désir au silence

de te revoir

 

que puis-je faire refaire

en l’invisible

pour apaiser ta conscience

inaccessible

 

que sert de dire redire

tu es des nôtres

si c’est mon ultime sens

d’être ton autre

lorsque viendra reviendra

le geste auguste

j’irai revoir la semence

de ton cœur juste

 

2 février 2007

 

La manière rationnelle de choisir parmi les candidats à un poste, politique ou autre, c’est de se renseigner sur ce qu’ils ont fait (ce dont les médias nous informent peu ou mal). Ce qu’ils disent ne mérite pas notre attention. Qu’ils mentent ou soient sincères en déclarant leurs intentions, leur parole ne peut être objet que de croyance, c’est-à-dire, indissociablement, de doute rationnel.

La présente campagne présidentielle, comme les autres, ne peut manquer de laisser rêveurs les citoyennes et les citoyens qui se réclament de la rationalité.

 

Ainsi va la guéguerre contre la psychiatrie du docteur Knock : Si un psychiatre est un médecin pour qui tout homme est un malade qui s’ignore, il ne peut manquer de rendre malades quelques-uns des gens bien portants qui se croient malades. D’autant plus qu’en bonne logique il use de la suggestion en niant qu’il en use et qu’il croit mettre au jour des maladies qu’il provoque. Les méchantes langues vont jusqu’à dire qu’il leur faut transformer les bien portants en malades parce qu’ils sont incapables de guérir les vrais malades, mais tout à fait capables de guérir les gens bien portants qu’ils ont amenés à se croire malades, c’est-à-dire à faire croire qu’ils sont guéris.

 

« Etes-vous pour ou contre ? » est une question manipulatrice, et qui apparaît telle à un esprit qui n’est pas régenté par l’imaginaire ouranien.

La pratique politique de l’opposition et la pratique politique de la participation correspondent respectivement à l’imaginaire ouranien et à l’imaginaire chthonien. On ne peut exclure ni l’un ni l’autre sans déséquilibre.

 

il n’est pas de clôture sous terre

 

la taupe qui creuse et chemine

sait-elle où son désir l’emmène

de jardin en jardin

 

en elle poursuivant la mine

l’élan ne se donne la peine

de changer de refrain

 

il n’est pas de clôture sous terre

 

passera-t-elle le bitume

à quelle profondeur son âme

se fera son chemin

 

l’argile belle qu’elle exhume

révèle en ce qu’elle déclame

la chanson de demain

 

il n’est pas de clôture sous terre

Que l’on puisse sans donner à sourire faire accepter que sa seule certitude est de n’avoir aucune certitude montre que le sophisme n’est pas mort (ni d’ailleurs la croyance en l’existence du néant).

 

Considérer les avant-gardes comme des laboratoires de recherche, littéraire ou autre, les dépouille de leur aura mythique, leur permettant de percevoir leur fragilité, les poussant à poursuivre leur quête en se gardant comme en se moquant de l’intolérance.

Il y a souvent dans un nouveau courant rassemblé autour d’un chef un désir de se hausser au rang de babouin alpha.

Mais qu’adviendrait-il si l’on parvenait à démythifier toutes les activités humaines ? on les priverait d’une bonne part de leur dynamisme.

 

Il est bon d’inviter les femmes à découvrir leur masculinité et les hommes leur féminité si l’on conçoit que le masculin et le féminin sont l’expression de la polarité de l’imaginaire et que l’on reconnaît le déséquilibre de notre culture occidentale excessivement ouranienne. Mais les femmes ont vocation à porter le drapeau de la féminité comme les hommes celui de la masculinité, s’avançant côte à côte en notre marche vers l’humain dernier.

 

garde sous ton manteau humide

les bruits du bocage au travail

que les synapses du silence

ne cessent de chercher la faille

où l’esprit avide de sens

reste attentif à ta présence

 

car ta présence est une absence

et l’esprit gémissant se guide

au fin réseau des nerfs que maille

jour après jour cette relance

jusqu’à ce que même au travail

le bocage bruisse du vide

 

4 février 2007

 

Vouloir se décréer pour Dieu, n’est-ce pas vouloir rendre à Dieu ce qu’il nous a donné, comme Abraham voulant sacrifier son fils Isaac. La découverte d’Abraham, c’est que son dieu, celui dont il a l’intuition dans son cœur, n’est pas un dieu qui donne pour reprendre, que c’est un dieu d’amour et non de puissance.

Mais la leçon a du mal à passer. Même dans l’Evangile on présente un dieu qui a besoin de sang pour remettre les péchés : Yeshoua est l’agneau de Dieu (Jean 1, 29), et « sans effusion de sang, il n’y a pas de rémission des péchés » (Hébreux 9, 22).

Si Simone Weil a pu avoir l’intuition de la décréation, il devait s’agir de cette part de nous-mêmes qui se décrée en passant de l’humain premier à l’humain dernier ; et c’est l’amour de dilection qui opère cette décréation. La dilection décrée le moi en créant le je (le terme de création appelle d’ailleurs la réticence des esprits qui ne peuvent accepter l’idée de création ex nihilo).

 

On a dit qu’il fallait supprimer la peine de mort parce qu’elle était inutile et cruelle. Si cependant on donne pour argument qu’elle ne détourne pas les criminels de commettre leurs crimes, cela signifie qu’elle serait acceptable si elle le faisait. Si l’on donne pour argument qu’elle a été appliquée à des innocents et qu’elle risque donc d’être injuste, cela signifie qu’elle serait acceptable si l’on parvenait à s’assurer de ne pas l’appliquer à des innocents (on peut aussi se demander s’il n’existe pas d’autres peines qu’il ne faudrait appliquer que si l’on était sûr de ne pas avoir affaire à un innocent).

N’existe-t-il aucun motif rationnel de supprimer la peine de mort ? Dans la logique de la dilection, ce motif est l’espérance que le criminel en demeurant en vie pourra « se repentir », c’est-à-dire découvrir la vérité de la dilection, « se convertir », se réhabiliter en passant à l’amour de l’autre. Cela suppose qu’il faille non seulement supprimer la peine de mort, mais fournir au criminel les conditions de possibilité d’une découverte d’une pratique de la dilection.

 

les plis de l’ample vêtement

sur le tableau se font discrets

pour que le visage en lumière

rayonnant attire le cœur

 

mais ils déploient le mouvement

de leur arrangement parfait

dont on sait demain comme hier

qu’il pourra changer ses couleurs

 

et que leur art dissimulant

ce qui trouble sous les reflets

de leurs angles fait de la chair

le chemin de ce qui demeure

 

sans les regarder les voyant

les yeux rencontrent le secret

d’une scène où tout est affaire

d’accord en l’âme de son chœur

 

5 février 2007

 

L’uniforme uniformise, on devrait s’en douter. Il dépersonnalise, déconscientise en fonctionnalisant. L’habit fait le moine, pas seulement le signe du moine pour les autres, mais le cœur du moine pour lui-même face aux autres. Cela le touche en sa conscience en lui voilant sa véritable identité. Cela l’incite à être ce qu’il a choisi d’être en partie parce qu’on l’y a poussé et en partie parce qu’il a plus ou moins assumé cet idéal.

L’uniforme uniformise pour le meilleur ou pour le pire : le soldat qui massacre, torture…le fait, on peut l’espérer pour lui, avec une conscience obscurcie par son uniforme.

 

On peut avoir de la considération pour toute personne quelle qu’elle soit sans cependant approuver son comportement ni partager ses valeurs. La considération offerte à chacun et à chacune au nom et par la force de la dilection est celle qui croit possible et espère pour eux la découverte et la pratique de la dilection, c’est la considération pour toute conscience en ce qu’elle est appelée à la vie éternelle.

La dilection ne prodigue sa considération à l’autre parce que, ni bien que, il soit noir, maghrébin, juif, américain, indien, corse, français, breton, basque ou tout ce que vous voudrez, homme ou femme, enfant ou vieillard, de gauche ou de droite, défavorisé ou nanti, intelligent ou demeuré…, mais parce qu’elle le sait capable d’elle et qu’elle lui souhaite de vivre d’elle en participant à sa vie éternelle.

 

Le manque de rationalité que l’on constate chez nombre de gens qui luttent contre la peine de mort invite à s’interroger sur leurs motivations secrètes. Ce sont souvent des gens pour qui la mort est la fin définitive et qui seraient ravis si les progrès de la science médicale pouvaient rendre le corps immortel, bref des gens qui ont un problème avec la mort.

 

l’odeur en ses mille émissaires

ne cesse de quitter le bois

tombé inutile nu

de l’établi

 

à sa douce invite il suffit

que ta narine dévêtue

lui offre ses mille voies

pour le mystère

 

d’une rencontre où notre terre

toute peuplée de toi et moi

dans l’immédiat reconnue

s’ouvre une vie

 

comme par le regard l’esprit

accueille au fond de son affût

tous les messages qu’envoie

notre univers

 

6 février 2007

 

Résister à la torture, c’est affirmer que l’on n’est pas son corps.

 

elle a chanté la musicienne

avant même qu’on ne l’attende

elle a lancé ses notes tendres

revenues des rives lointaines

 

mais est-ce bien vraiment la même

peut-être qu’à son héritage

fidèle elle mime un appel

réverbéré du fond des âges

 

qui aura l’oreille assez fine

pour sentir ce qui a changé

une nuance plus câline

ou un timbre plus affirmé

 

le bourgeon serré dans le ventre

a frémi car sa mère vibre

à cet air venu en ses fibres

prier que le printemps revienne

 

Existe-t-il une interprétation valide d’une œuvre sans un certain sens de l’autre comme autre ? La, le critique qui en serait totalement dépourvu ne verrait en l’autre que sa propre image, le reflet de ses théories…

 

Existe-t-il un seul pouce de notre territoire qui n’ait jamais connu la violence ? Conquêtes, occupations, reconquêtes…Les quelques châteaux forts qui se dressent encore ici et là dans nos campagnes sont le rappel permanent de ce que nous apprennent les historiens. Depuis des siècles et des millénaires, nous attaquons et défendons. Nous espérons parfois que cela a définitivement cessé, oubliant que nos gènes sont ceux de gens qui vivent dans la violence depuis la nuit des temps.

N’existe-t-il pas en France des gens qui se considèrent comme occupés, en Corse, en Bretagne, au pays basque, en Savoie… ?

A partir de combien d’années le conquérant peut-il compter sur la force du fait accompli ? Le sionisme n’est-il pas fondé sur son refus après deux mille ans ? Les Palestiniens peuvent-ils renoncer à leur terre après moins d’un siècle d’occupation ?

 

7 février 2007

 

La lutte contre la peine de mort est inséparable de la lutte contre la mise à mort. Les armes de massacre massif sont, dans cette perspective, inacceptables. Les bombes à fragmentation, destinées à tuer plutôt qu’à détruire, appartiennent à la même inhumanité.

Ne faut-il pas pourtant avoir à sa disposition des armes de destruction massive lorsque ceux qui sont susceptibles de vous attaquer en possèdent ? Au nom de quoi les pays qui en possèdent pourraient-ils refuser aux autres le droit d’en posséder ?

La notion d’attaque préventive est indéfendable. Et pourtant, qu’allez-vous faire si vous êtes armé et que vous avez en face de vous quelqu’un qui vous menace de son arme ?

 

L’humain premier cherche à se faire reconnaître par l’autre, l’humain dernier cherche à reconnaître l’autre, sachant cependant que le bien de l’autre est l’humain dernier.

 

de l’une à l’autre transparence

elle se plie et modifie

par un jeu où le trouble

en distinct se métamorphose

 

je dirai la reconnaissance

de l’œil à celle qui relie

à celui dont le double

lit l’émerveillement des choses

 

8 février 2007

 

La liberté d’expression qui s’érige au-dessus de la fraternité et de l’égalité de la dilection est une idole, une idée devenue folle parce qu’elle s’est isolée.

La dilection critique ce qui n’est pas conforme à ses valeurs, mais elle n’insulte personne. Sa critique veille à ne pas être prise pour une insulte ; elle se préoccupe de la sensibilité des personnes qui sont attachées aux valeurs qu’elle critique. Elle manifeste d’autant plus de bienveillance et de sollicitude envers les personnes qu’elle critique leurs valeurs.

 

ah cette odeur néolithique

cette ombre bleue qui se dissout

entre les branches nues de la clairière

 

ce n’est pas que mélancolique

il faille sombrer dans le goût

nostalgique du temps qui fuit amer

 

c’est que l’accord qui nous imprègne

de ces ancêtres qui demeurent

si proches dans des gestes millénaires

 

rassemble encor tous ceux qui daignent

respirer la simple senteur

jusqu’aux extrémités de notre terre

 

L’islamophobie n’est pas le racisme puisque l’islam n’est pas une race, et accuser les islamophobes de racisme est une maladresse qui détourne du vrai problème. Le racisme pourtant, l’islamophobie, l’antisémitisme, la xénophobie et le reste relèvent d’un même refus de l’autre en sa différence, d’un vieil héritage tribal et animal. Que cette altérité négative ait des cibles multiples n’est pas essentiel, car la dilection est le remède commun à toutes ses formes.

 

9 février 2007

 

La honte et l’honneur, le mépris et l’estime ? Laisse ces choses régner sur l’humain premier. La dilection libère de la gloire (comme du règne et de la puissance).

 

Il y a des décisions que l’on ne peut prendre que face à une situation précise, pour lesquelles la réflexion théorique est nécessaire mais insuffisante. On peut dire que ce genre de décisions requiert une inspiration et que cette inspiration ne peut manquer aux consciences qui aspirent à vivre de la dilection.

Croyez-vous que j’hésiterais à torturer si j’avais l’assurance qu’en faisant ainsi parler quelqu’un je pourrais sauver des innocents ? Le problème cependant n’est pas là, mais en amont : comment ce quelqu’un est-il lié à la vie de ces innocents ? Comment suis-je moi-même lié à la vie de ces innocents et à celle de cet ennemi ? Comment y ai-je été conduit ? Est-ce au service d’une cause juste ?

Il faut bien admettre que certaines causes justes justifient certains moyens que d’autres causes, injustes, ne peuvent justifier. Mais combien de consciences ont assez de lucidité pour porter un jugement juste et pour en tirer les conséquences ? Si la torture française pendant la guerre d’Algérie était inacceptable, c’est parce que la France menait une guerre injuste. Mais combien de consciences françaises étaient capables de découvrir cette injustice et d’en tirer les conséquences ?

Condamner la torture à Guantanamo, est-ce condamner la guerre contre le terrorisme ? Quel terrorisme ? Les FFI de mon enfance étaient accusés de terrorisme. Ils se disaient résistants. Que se disaient les organisations juives de l’Irgoun, de la Haganah et du groupe Stern ? Haganah ne signifie-t-il pas « Défense » ? Pourtant leurs opposants les qualifiaient de terroristes.

 

à quelle profondeur la main

caresse et presse et sent les os

est-ce la chair est-ce la peau

qui la première se dissipe

 

je ne sais car c’est toi qu’en vain

la volupté cherche à rejoindre

et c’est moi qu’en voulant me ceindre

elle ignore dans le principe

 

lorsque s’achève le vertige

l’esprit qui ne cesse sa veille

et se tend vers ce qu’il essaye

espère qu’en toi vienne l’autre

 

espère qu’en moi il s’érige

hors de la chair hors de la peau

libre enfin de ne rien atteindre

et que rien en nous ne soit nôtre

 

10 février 2007

 

Le brouillon est une des chances de l’écrit. Une parole improvisée en public est presque toujours irrattrapable. Un brouillon donne la possibilité de préciser, clarifier, corriger, et aussi de développer, étendre, rattacher à ses tenants et ses aboutissants.

 

Comment un candidat à la présidence de la République pourrait-il avoir le front de dire qu’il se veut le candidat de tous les Français, allant jusqu’à se réclamer des valeurs de ceux à qui il s’oppose, alors qu’il est le candidat d’un parti ?

 

« La France, on l’aime ou on la quitte. » Qui parle à qui. Est-ce la grosse fortune qui émigre en Suisse et explique qu’elle ne peut aimer une France qui la prive de ses biens ? Est-ce le juif qui émigre en Israël en donnant à comprendre qu’il ne peut aimer une France antisémite ? Est-ce le chercheur qui émigre aux USA parce qu’il ne trouve pas en France la possibilité de poursuivre ses recherches ? Est-ce le politique qui se sent bien dans une France qui partage ses idées et qui veut dire son fait à celui qui aimerait bien que la France change un peu et l’aime davantage ? Est-ce le politique qui se prend pour la France et invite ses opposants à adopter ses idées ou à ne plus se considérer comme Français ? Etc., etc.

Qu’est-ce qu’aimer son pays ? Mais d’abord, qu’est-ce qu’aimer ? Est-ce vouloir l’autre pour soi ? Est-ce se vouloir pour l’autre ? Est-ce un peu des deux ? Est-ce une dynamique où le soi compte de moins en moins et l’autre de plus en plus ?

Aimer son pays veut-il dire ne pas aimer les autres pays ? L’aimer plus que les autres ? A quel point ? Au point d’être prêt à dominer et exploiter les autres ? Etc., etc.

 

pour ce violon alto se donnant corps et âme

en un chant déchirant aux bras qui le conduisent

et qui au cœur ouvert par sa plainte proclame

la profondeur des ombres où elle se remise

 

pour ses longs crescendos et ses fortissimo

où déborde le deuil de l’amour qui se tait

ses diminuendo et ses pianissimos

préparant le silence où se livre la paix

 

as-tu su accorder le verbe à l’infini

qui appelle l’élan dans le ventre gravide

et le détachement où la douleur grandit

l’esprit qui se libère pour la beauté du vide

 

11 février 2007

 

Qui parle à qui ?

Lorsqu’un Afro-américain dit « nigger » à un Afro-américain, c’est une claque dans le dos. Lorsqu’un WASP dit « nigger » à un Afro-américain, c’est une gifle.

Les caricatures de Mahomet en terroriste peuvent-elles n’attaquer que l’islamisme terroriste et de défendre de toute attaque contre l’islam et les musulmans ? Ce genre de distinction est possible pour un esprit ouranien animé par l’imaginaire de la coupure. Qu’il soit proposé de bonne ou de mauvaise foi, il faudrait encore demander aux musulmans comment ils perçoivent ces caricatures. A qui appartient-il de dire si une parole ou une image est une insulte ? A ceux qui l’adressent ou à ceux à qui elle s’adresse ?

Un prêtre, un évêque, un pape qui découvrirait sur le tard que l’Eglise est vraie en ce qu’elle prêche et pratique la dilection, et fausse en ce qu’elle cautionne une religion patriarcale devrait avoir la sagesse de n’en rien dire, mais de tant promouvoir la dilection par ses paroles et par sa vie qu’il contribuerait à libérer l’Eglise de toute religion. A moins que l’Esprit ne lui souffle autre chose.

 

ces ailes blanches aux grands souffles s’affolent

ivres d’espace elles livrent la joie

la basse continue oppose des bémols

dont elles rient comblées par son émoi

 

quel oui s’anime au sein de la tempête

quand le menace   ce qui lui donne vie

et que le non lui fait de la peur une fête

un jeu d’exultation de son esprit

 

le ni ni l’un par l’autre des non-sens

au vif d’amours et de haines s’invite

le mugissement noir exalte le silence

des mimes blancs que déploie la limite

 

12 février 2007

 

La chance de penser en apesanteur, c’est d’avoir tout son cerveau, ou presque, à sa disposition. On en fait un peu l’expérience en pensant couché (à la Descartes ?) Les péripatéticiens pourtant…Quant à Nietzsche…

 

La force de nos convictions ne tiendrait-elle qu’au frayage de nos circuits neuronaux ? Le frayage de nos circuits neuronaux résulterait-il de la force de nos convictions ? Cette alternative est-elle l’expression du dualisme qui se font s’affronter le matérialisme et le spiritualisme ?

Dis-moi : Penses-tu pour pouvoir échapper à Alzheimer ou cherches-tu à échapper à Alzheimer pour pouvoir penser jusqu’au bout ?

 

Qui est, qui n’est pas révisionniste ? Ceux qui prétendent que Jaurès et Blum étaient ou n’étaient pas pour le travail au service du capital ?

« Révisionnisme » est un mot actuellement chargé d’un lourd affect. Les politiques devraient être payés pour le savoir.

 

Si la violence est parfois l’expression de ceux qui ne savent pas parler, donner au plus grand nombre le pouvoir de la parole, c’est lutter contre la violence (Est-ce à cela aussi que pensait le bon Victor Hugo lorsqu’il disait que « ouvrir une école, c’est fermer une prison » ?)

 

Etes-vous un rebelle ? Ah, en quel sens utilisez-vous le verbe être ? Se définir comme rebelle, c’est se penser contre l’autre ; ce n’est pas être libre de la liberté à laquelle fait accéder la dilection. Admettre que l’on se rebelle contre certains comportements dominant dans la société où l’on vit parce qu’on les sent et reconnaît contraire à ce que l’on est, c’est affirmer son être comme être de dilection, non comme être de rébellion. L’abbé Pierre était rebelle en ce sens : il se rebellait contre certains comportements an nom de la dilection pour tous, y compris pour ceux qui étaient les acteurs de ces comportements.

Vous êtes un admirateur de l’abbé Pierre ? La dilection n’a cure de l’admiration. Elle ne veut ni admirer ni être admirée. Elle invite à la participation à ses valeurs.

 

pour le sec et l’humide et pour leur alternance

aux fleuves des nuages   aux rives de la terre

pour les champs qui s’imprègnent et puis qui se ressuient

offrant leurs ventres mous aux semences qui germent

 

pour le chaud et le froid et pour leur connivence

au long des jours des nuits des étés des hivers

pour l’âme qui mûrit et se mue en esprit

cheminant sûrement vers l’océan du terme

 

avant qu’en l’éternel l’horizon ne se ferme

derrière toi contemple un instant l’inédit

de l’unique au multiple et de l’un au divers

achevant ton parcours de la reconnaissance

 

13 février 2007

 

Comment ne pas être reconnaissant si l’on a identifié ton infini présent à tout être fini, et plus encore si l’on comprend que cette présence est don de l’être, de la vie, de la conscience, de la conscience de conscience, de la dilection enfin qui est ta Vie ?

 

La valeur de Yeshoua ne tient pas à sa divinité mythique mais à sa participation exceptionnelle à la dilection, qui le faisait vivre pour les autres, y trouver sa liberté et sa joie imprenables. C’est en cela qu’il est divin puisque la Dilection, c’est ce que l’on nommait autrefois l’Eternel : « O Théos agapè estin » (I Jean 4, 8)

 

très chère molécule

à quelle cour as-tu recours

pour t’aventurer sûre et te multiplier

 

que n’ai-je d’assez petits yeux pour suivre l’aventure

des atomes amants et de leurs beaux discours

 

pour te voir fuir aussi et te garer des mille et mille horreurs

dans ta très minuscule tâche d’écriture

 

qu’au bout de tous ces millénaires enfin s’en vienne l’heure

des cellules d’honneur dansant pour ton livre achevé

 

Il est aussi étonnant d’entendre parler de poésie pure que d’existence pure. Comme l’existence est toujours l’existence de quelque chose, ainsi de la poésie. On a pu parler de la poésie des ruines, des gratte-ciel, voire des personnages. Et même si l’on ne veut parler que de la poésie du langage, il y a mille langages. Avant que l’un ou l’autre babouin alpha de la critique poétique ne les proclame tabous, il y a eu des poèmes de narration, des poèmes de description, des poèmes de réflexion… Ils se sont vu jeter dans les ténèbres extérieures, mais l’extérieur sera toujours plus grand que l’intérieur. Il est infini, et la poésie s’en réjouit.

 

14 février 2007

 

Campagne présidentielle : projet contre projet, pacte contre pacte…C’est encore une façon de détourner l’attention des électeurs du bilan contre bilan, dont les actes comptent mille fois plus  que les paroles.

Peut-on mesurer la part de persuasion mythique de la campagne ? Il faudrait un Roland Barthes pour nous ouvrir les yeux avec humour. Nous sommes encore bien loin de la rationalité pure, et même si les candidats et leurs équipes de campagne ont les yeux ouverts, ils savent à qui ils s’adressent, et leur souci de succès les fait jouer le jeu, peut-être sans plus de cynisme que de dégoût pour notre humanité en marche.

 

Homosexualité, bisexualité, etc. Le droit ne fait-il que suivre l’évolution culturelle des sensibilités ? Peut-on envisager une culture où l’ultime tabou de l’inceste serait renversé ? le droit au mariage d’une sœur avec son frère est-il à jamais inenvisageable, comme un privilège des dieux, d’Isis et d’Osiris et de leurs représentants royaux ? Sera-t-il dans les profondeurs de l’imaginaire la dernière conquête du droit ?

(De quoi d’ailleurs l’interdit de l’inceste est-il né ? De la morale patriarcale explorée par Freud ? Du constat que la consanguinité produisait des enfants monstres et que c’était le signe de la colère des dieux ?…)

 

cette flaque qui tremble au moindre esprit

donne à la terre son œil ému

 

cette peau infiniment fine

pure surface qui frissonne

de toute la masse ténue

murmure le secret

 

répète d’onde en onde en écho de sa vie

la merveille de son insu

 

l’immense jusqu’ici infime

au plus léger muscle consonne

espérant que pour lui remue

l’œil pur de ton respect

 

15 février 2007

 

toi gorge d’ombre grivelée

qui t’arrondis dans l’aube lente

j’attends que ton œil éclairé

libère ses notes patientes

 

la chanson pure modulée

de beige et de terre de Sienne

dans le mystère du fourré

puis-je douter qu’elle soit tienne

 

la correspondance ondulée

de ce qui vibre en la lumière

en mon âme vient respirer

les flots de tes vagues en l’air

 

Personne, certes, ne peut lutter contre toutes les misères à la fois, mais lorsqu’on lutte contre l’excision, il faudrait aussi penser à la mortalité infantile qui dans certaines régions du monde est une horreur plus grande encore. Un imaginaire chthonien relie les problèmes et les préoccupations.

 

Encore une fois, on peut aimer les imbéciles en haïssant l’imbécillité. Au vrai, il faut haïr l’imbécillité si l’on veut aimer les imbéciles.

La dilection souhaite à tous le meilleur, le cheminement vers le meilleur de l’intelligence, de la beauté, de la bonté, de l’excellence en toute chose.

Mais il faut comprendre qu’il n’est pas facile de s’en prendre à l’imbécillité sans donner à celles et ceux qu’elle habite l’impression de se sentir eux-mêmes attaqués. A quoi bon attaquer l’imbécillité si ce n’est pour en libérer les imbéciles ? A quoi sert de vous en prendre à la stupidité si vos attaques sont prises par les stupides pour des insultes et les ancrent un peu plus dans la stupidité ?

 

Certains pensent qu’il faudrait écrire des poèmes comme on peint des icônes. A méditer.

 

16 février 2007

 

L’obéissance à Dieu n’est-elle que l’image extériorisée de la libération des déterminations du moi. Le doit-elle ? La dilection ne nous mène pas de l’obéissance plus ou moins consciente à nos désirs à l’obéissance consciente à une puissance supérieure. Elle nous fait accéder à la liberté dernière, celle où, de silence à intime silence, nous décidons avec l’Autre ce qui est le meilleur pour ce qui vient.

 

On peut relire Baudelaire en hésitant à dire que c’était un rebelle. N’était-il pas d’abord lui-même ? « Qui donc devant l’amour osa parler d’enfer ? » exprime son assurance hésitante face à la morale patriarcale qui se prétend divine.

Si sa vie sexuelle est regrettable, c’est par son excès, par l’accoutumance qui faisait de lui son prisonnier.

Quelle poésie nous aurait-il donné s’il avait vécu dans un monde matriarcal ou dans un monde ayant enfin assumé sa dualité sexuelle dans la liberté et dans l’égalité ? Ce n’est pas une question oiseuse pour qui remonte vers les sources de la poésie afin d’en retrouver la fraîcheur.

 

Pascal serait-il encore lu s’il n’avait pas si bien écrit ? Force du style, de l’esthétique et de la rhétorique. Avec ce sentiment, fort parce qu’il n’est pas vraiment mis au jour, analysé et dénoncé, qu’une pensée valide est nécessairement belle, et qu’une belle pensée doit être vraie. N’a-t-on pas tiré de la splendeur inimitable du Coran un argument décisif de son inspiration ?

 

une alouette déjà

discrète annonce la fête

 

des hauteurs où ton œil contemple

ravi

le temple aux dix mille colonnes

devines-tu

entre les trilles folles   de ton grisollement

l’amant

du silence ici qui résonne

 

si l’espace toujours plus ample

uni

ne t’emplissait d’ors qui t’étonnent

chanterais-tu

riche tes confuses paroles   où triomphant

l’enfant

s’éblouit du vide qui sonne

 

reste alouette tu t’ébats

au cœur muet de nos têtes

 

17 février 2007

 

Si une écrivaine, un écrivain, une lectrice, un lecteur aiment la beau langage, c’est qu’ils sont habités par la beauté, c’est que la beauté leur donne le désir du beau.

 

Il y a en nous ce qui cherche à transmuer la beauté en or (l’humain premier ?) et il y a ce qui cherche à transmuer l’or en beauté (l’humain dernier ?). Ambiguïté du bijou.

 

L’humour est-il post-mythique ? Suppose-t-il une réflexivité que l’esprit mythique n’atteint pas ? Mais de quel humour s’agit-il ? Il ne s’agit pas de l’humour teinté d’ironie, ni même de celui qui se rengorge en son intelligence, son esprit, encore moins de celui qui s’englue dans la satire et le sarcasme. C’est l’humour du je qui se distancie du moi, qui dédramatise les misères que le moi se crée ou que les autres lui font. C’est l’intelligence de l’humain dernier pétri de dilection et qui taquine affectueusement le moi.

Mais ce je, cette conscience, est si passionné de l’autre, qu’il n’a guère le temps de se consacrer au moi, qu’il ne se livre à l’humour qu’en de fugaces récréations.

 

le chœur en ouverture lui donna un adage

si lent qu’il eût dit un tableau

ceux qui se dissolvaient jouaient-ils aux nuages

pour l’air assoiffé de leurs eaux

 

de minute en minute afin que se dessinent

des figures des personnages

éphémères inédits ombres de plombagine

ils semblaient voiler leurs visages

 

les yeux levés au ciel il lui fallut attendre

d’heure en heure que s’imagine

cette matière grise de perles et de cendres

où la légèreté s’affine

 

le spectateur patient en sa quête du beau

renonça enfin à comprendre

pour se laisser porter de reflets en rehauts

par les mélodies de l’air tendre

 

18 février 2007

 

cèdre de parfums

l’air que tu rejoins

si frêle et discret

en sa transparence

invite à l’approche

de mes bras de rêve

 

est-ce que ta sève

sur moi s’effiloche

pour livrer le sens

venu de plus près

murmurer au loin

que nous sommes un

 

mon sang de résine

n’exsude pourtant

face à ton écorce

de pure innocence

nullement l’odeur

de la sainteté

 

mais d’avoir été

pour que vienne l’heure

appelle l’enfance

revenue en force

à vivre le temps

où l’esprit s’affine

 

Grâce à nos bons psychologues, nous devrions bientôt échapper à l’enfer du sentiment de culpabilité (Ce ne sont pas eux bien sûr qui accusent Maurice Papon de ne jamais avoir compris la sienne).

 

Nous ne pouvons juger une conscience que si nous ignorons notre ignorance de tout ce qui l’a conditionnée. Le refus de juger les autres (et nous-mêmes) se fonde d’abord sur la certitude que nous ne les (nous) connaissons pas vraiment, que nous sommes incapables de sonder les reins et les cœurs.

L’accès à cette certitude est-il facilité par la dilection inconditionnelle pour tout être ?

Nous devrions au moins savoir que nous avons tous les mêmes gènes que les dictateurs les plus effroyables, ou que les Francis Haulme, les Patrice Allègre et les Michel Fourniret ; et que les circonstances auraient bien pu nous pousser à les activer.

 

19 février 2007

 

Les pères et les mères sont invités à découvrir que leurs enfants ne leur appartiennent pas, mais pas trop tôt, ni trop entièrement : ils risqueraient de s’en désintéresser. Le passage à la dilection donne aux uns et aux autres le liberté intérieure, mais c’est un passage qui ne se fait pas brutalement ; c’est un relais progressif, une dynamique de coexistence où la relation de pure dilection est un espoir, une attirance. L’inachèvement y est le signe et le moteur d’un impossible que la grâce accueillie réalise.

 

honneur à la nuance honneur au ton sur ton

 

de jour en jour les symphonies

de brumes de grisailles tendres

lancent des mouvements si purs

que le temps s’y noue à l’espace

 

elles trouvent leurs mélodies

dans le feu apaisé des cendres

et la paix y semble si sûre

que l’on voudrait y prendre place

 

honneur à la nuance honneur au ton sur ton

 

Tu es au-delà du personnel et de l’impersonnel, comme du féminin et du masculin. On a pu te dire grande déesse dans le matriarcat et grand dieu dans le patriarcat, on a pu te donner cent noms, toi qui n’en a aucun. Nous pouvons te dire tu comme à toute conscience humaine, mais sans perdre de vue que tu es l’infini subsumant en toi toutes les essences possibles et réalisées, toutes les formes d’existence possibles et réalisées. Tu as ainsi tous les noms et nous ne pouvons en choisir aucun.

 

20 février 2007

 

de douce en douce intensité

le ciel dégrade ses lumières

et sa chevelure s’effile

vieillissant avec grâce

 

nulle forme de l’horizon

au noble sommet nulle ligne

au-dedans cette tête ronde

montre son apparaître

 

en la recherche de son être

quelle figure fait ce monde

en cette simplicité digne

quelle paix la raison

 

grisonnante la tête lasse

découvre en l’instant immobile

vaste l’annonce coutumière

de son éternité

 

En démontrant que tout est démontrable, y compris son contraire, les Sophistes auraient dû se saborder. Mais non, telle est la puissance de la rhétorique et la faiblesse d’esprit du tout-venant qu’elle continue d’en imposer. Les politiques le savent bien, qui roulent le peuple dans leur farine.

En fait, le secret des Sophistes, leur assurance, c’est que rien n’est sûr, rien n’est vrai, que c’est donc la parole qui crée du solide ou ce qui passe pour tel. Les Sophistes sont des nihilistes, et ils ont du succès dans les cultures qui, comme l’occidentale aujourd’hui, traversent une zone de perte de repères.

 

21 février 2007

 

     d’abord ténu et diaphane

cette écharpe de brume doucement

s’étoffe et forme enrobe insensiblement couvre voile

la terre qui lui donne en substance de sourdre

 

à l’air en oblation profane

et qui sur le parvis si lentement

vient s’élever danser en son cœur d’amant pur et pâle

sacrifier son inconsistance et se dissoudre

 

Ces présentations du journal télévisé où une voix rassurante et détachée, parfois câline ou condescendante, couvre d’un même nappage subtilement aromatisé les nouvelles les plus disparates, celles qui concernent un ou deux individus et celles qui en touchent des millions. Serait-il possible de concocter et cuisiner des menus plus familiaux, plus corsés, plus substantiels… ? Peut-être, mais il n’est sûrement pas impossible pour qui se met à table de rester sur le qui-vive, d’aiguiser son attention, de ne pas s’en laisser compter, de réfléchir à ce qui est ignoré, masqué, grimé…Mais sans jamais se départir envers les serveurs, ni même les cuisiniers, de cette bienveillance qui souhaite à tous de participer à la vérité libératrice ni se lasser d’y œuvrer.

 

22 février 2007

 

alternance

du feu au feu par le glaçant

du gaz au dur du dur au gaz

d’ère en année de mois en jour

insensiblement se transmuent

le globe et le croissant

 

parenthèse

tournée toujours vers la lumière

que tu t’ouvres ou que tu te fermes

vers le passé ou l’avenir

vers l’orient ou l’occident

vers la source ou la mer

 

équilibre

fidèle également toujours

à la masse et à la vitesse

à qui rapproche à qui éloigne

à qui allonge ou raccourcit

à la haine à l’amour

 

Lorsqu’on tente de rejoindre la pensée de Yeshoua dans les Evangiles, il est utile de se souvenir qu’on dit de lui qu’il parlait en paraboles. C’était un genre utilisé dans sa culture, mais cela ne suffit pas à expliquer l’abondance et la manière avec lesquelles il l’a utilisé. Contrairement à ce que suggèrent l’évangéliste (Matthieu 13, 10ss), on ne peut penser qu’il parlait ainsi afin que ses auditeurs ne le comprennent pas. C’eût été aussi cynique que stupide. Ni non plus pour réserver son message à quelques privilégiés, ce qui eût contredit sa volonté d’aimer toute conscience, comme son Père qui fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes (Matthieu 5, 45), qui aime de dilection ceux qui ne l’aiment pas.

On peut au moins faire l’hypothèse que si Yeshoua a parlé en paraboles c’est qu’il ne trouvait pas d’autre langage pour faire comprendre une pensée neuve, voire pour s’exprimer à lui-même son intuition. Il devait espérer que l’Esprit qui l’inspirait inspirerait aussi les consciences qui s’ouvriraient à la dilection (Jean 16, 13).

 

23 février 2007

 

ce nuage qui passe éphémère

en sa blancheur de lait se résorbe

jouant avec l’air bleu qui le porte et l’absorbe

et qu’il nourrit de sa substance mère

 

visage journalier monotone

dont insensible la langueur perd

le pur frémissement de la peau de la chair

le chant nouveau des beautés qui étonnent

 

je le sais le regard visant l’orbe

circulaire où s’écoulent ses tonnes

légères de laitage peut le voir qui fleuronne

plus vite que les coupes de l’euphorbe

 

Faut-il parler de degrés de symbolisation dans le langage des paraboles, avec en conséquence des degrés de difficulté et de compréhension pour les auditeurs et les lecteurs ? Lorsque Yeshoua donne à comprendre la recherche et la découverte de son message comme celles d’une perle rare (Matthieu 13, 45), il parle le langage du désir humain, et c’est un langage que tous peuvent facilement saisir.

Lorsqu’il se compare à une vigne et ses disciples à des sarments (Jean 15, 5), il doit sans doute faire face à une résistance de bon sens : un être humain n’est pas un végétal. Mais on voit bien qu’il s’agit d’une figure.

Lorsqu’il dit qu’il va donner sa chair à manger, l’auditeur est choqué (Jean 6, 51-66), sentant obscurément s’agiter en lui le tabou du cannibalisme. Pour comprendre ce que Yeshoua donne là à saisir, il faut admettre qu’il n’est pas son message, contrairement à ce qu’enseigne la théologie chrétienne. Pour pénétrer le symbolisme, il faut accepter l’intuition centrale du message : manger la chair de celui qui porte ce message, c’est participer comme lui à la vie éternelle en comprenant que cette vie n’est pas faite d’assimilation érotique mais de cette altérité positive dont le nom est agapè, dilection, caritas. Celles et ceux qui croient manger la chair physique de leur Jésus lorsqu’ils participent au repas eucharistique feraient bien de relire attentivement le texte : « C’est l’esprit qui donne la vie, la chair ne sert à rien. Les paroles que je vous dis sont esprit, vie » (Jean 6, 63).

Lorsque Yeshoua dit que sa nourriture est de faire la volonté de celui dont il porte le message, il dit encore qu’il vit de ce message de vie éternelle, car la volonté de celui qui l’envoie, c’est que l’humain est invité à participer à cette vie.

 

24 février 2007

 

cette aile de perles qui passe s’en va

elle ne repassera pas

mais d’autres sont venues d’autres viendront

 

unique chacune en sa forme changeante

insaisissable impermanente

de myriades qui se font se défont

 

impossible où se nourrit la nostalgie

d’une connaissance infinie

de toute perle en notre admiration

 

Avec l’avènement de la dilection, la symbolique du nourrir et du se nourrir se transmue en la commune participation à cette altérité où chacun vit de reconnaître tous les autres.

 

Cette campagne présidentielle montre à nouveau l’importance de la manipulation rhétorique (de la communication, dit le newspeak du jour). Il est bien difficile de chiffrer son pourcentage d’impact, mais les sondages (toujours déclarés peu fiables par les gens qu’ils fascinent) donneraient à penser par leurs fluctuations qu’il n’est pas négligeable ; et la gesticulation effrénée des candidats suffit à montrer qu’ils le croient décisif.

 

L’idéologie, c’est pour les gens d’en face ; nous, on est réalistes. On est la normalité, la norme, bref, le centre du  monde.

 

25 février 2007

 

cet anneau oublié qui depuis si longtemps

à ton doigt brille

ce soir est un miroir obscur où se cherche la face

 

mais elle est distordue amatie par le temps

et ton œil cille

en vain pour distinguer l’amour qui se perd en sa masse

 

alors il ne te reste que ta droite qui douce

de trois doigts touche

cette lisse rondeur qui tourne en l’un et l’autre sens

 

puis ta gauche pensive qui distraite te pousse

jusqu’à la bouche

la fraîcheur et l’or pur des baisers durs de l’innocence

 

Existe-t-il encore un pays natal, une terre ancestrale, un lieu sacré pour les consciences qui vivent de la dilection ? Elles trouvent l’autre à tout moment partout. Elles englobent le temps et l’espace dans la vie éternelle de l’infini.

Leur sensibilité ne cesse de s’aiguiser à la beauté comme à la laideur, au plaisir comme à la douleur, à la noblesse comme à la bassesse ; mais la force de la dilection les garde libres afin de vouloir pour tout être son plus être.

 

Il n’y a pas que le symbole qui donne à penser. Les jeux subtils de la rhétorique aussi, à leur manière. Regardez ce joli syllogisme : « Tout est permis », dit Paul (I Corinthiens 10, 23). « Si Dieu n’existe pas, tout est permis », dit un personnage de Dostoïevski. Donc Dieu n’existe pas pour Paul. N’est-ce pas l’intuition de Yeshoua ? « La vérité vous rendra libres » (Jean 8, 32). La vérité de Yeshoua, c’est que le dieu tout-puissant omniscient est une idole (Son Père est tout dilection) Et « nous savons qu’une idole n’est rien » (I Corinthiens 8, 4). Nous sommes donc libres.

 

26 février 2007

 

A lire à haute voix les poèmes quotidiens de ces cahiers, j’en découvre la médiocrité. En trouverai-je tout de même au long des années quelques-uns dont la forme invitera à ce qu’on s’en souvienne ? Il faudrait plutôt y rechercher leurs messages oraculaires souvent si gauchement livrés.

 

couleur d’écume

cette méduse

flotte dans le grand bleu

 

lorsque les nues

mères confuses

donnent vie en nos yeux

 

la forme pure

de son sein dur

règne à jamais aux cieux

 

Il est une grande musique qui est la musique des grands, des puissants dont elle flatte et gonfle l’ego.

 

Le chapitre VIII de l’Evangile de Jean développe un long jeu de mots sur la paternité autour de la figure d’Abraham. Yeshoua est juif et il sait bien qu’il a généalogiquement Abraham pour père (Matthieu 1, 1) comme ses contradicteurs. Mais tandis qu’ils se revendiquent de cette filiation charnelle pour affirmer leur liberté (Jean 8, 33), Yeshoua se revendique d’un autre père pour proposer une autre liberté, la seule vraie à ses yeux.

Pas plus qu’il ne reconnaît sa mère et ses frères charnels comme détenteurs d’un lien privilégié avec lui, il ne reconnaît Abraham comme porteur de ces valeurs. S’il estime Abraham (comme sa mère et ses frères), c’est dans la mesure où il vit comme lui de la vie éternelle, où il participe comme lui à la vie du Père dont lui, Yeshoua, partage l’intimité.

On peut d’ailleurs comprendre que Yeshoua donne le nom de Père à son dieu parce qu’il veut se départir de la filiation charnelle, qui ne sert à rien (Jean 6, 63).

 

 

27 février 2007

 

Si Abraham vit de la vie éternelle (Luc 20, 37s), c’est qu’il participe à la dilection, puisque la vie éternelle c’est d’aimer de dilection (Luc 10, 25ss). Comment l’a-t-il montré ? En offrant son fils Isaac en sacrifice ou en ne l’offrant pas ? L’interprétation est décisive. En offrant son fils en sacrifice, il vivait selon l’idée que son dieu était le tout-puissant maître et seigneur à qui il faut tout sacrifier, y compris ce à quoi on est le plus attaché. Oui, mais voilà : Abraham n’a pas sacrifié son fils. Il a compris que son dieu ne voulait pas ce sacrifice, autrement dit qu’il n’était pas ce que jusque là il le croyait être. Il a compris que son dieu était Agapè et non Tout-puissant. C’est en cela qu’il a marqué une étape décisive dans la découverte de la nature divine. Le premier, Abraham a compris que dieu était mort.

Moïse sera clair en donnant une loi où il faut aimer plutôt qu’adorer, aimer son dieu et son prochain, de deux amours qui ne font qu’un. Il a cependant maintenu pour son peuple spirituellement demeuré un sacrifice de substitution, comme Abraham. Les prophètes se sont chargés de décourager le sacrifice au profit du souci des autres, de la justice pour tous. Dur, dur ! Le dieu tout-puissant a la vie dure. L’Epître aux Hébreux maintient que les consciences sont sauvées par le sang de Yeshoua répandu en sacrifice (Hébreux 9, 14). Evidemment il vaut mieux ne pas tomber entre les mains de ce dieu-là, hélas toujours vivant (Hébreux 10, 31) : c’est « un feu dévorant » (Hébreux 12, 29), comme la sainte Inquisition l’a bien montré. A noter que l’Epître aux Hébreux parle en termes de pureté et de purification, typiques d’une morale patriarcale (9, 22 ; 10, 22). Dans cette perspective le péché est une souillure, non un manque d’amour. Alors on continue de penser que la foi d’Abraham est celle d’un homme qui a offert son fils à un dieu tout-puissant, et non celle d’un homme qui ne l’a pas offert parce qu’il avait compris que son dieu était amour.

 

De la gueule au visage, de l’individu à la personne, de l’humain premier à l’humain dernier, le passage se fait sous le regard de l’autre bienveillant.

Il est des regards malveillants, dominateurs ou possessifs, qui font régresser l’autre ; il en est de bienveillants, libres et fraternels, qui l’invitent à progresser.

Le regard de la dilection embellit tous les visages.

 

dans la fraîcheur de leurs têtes pensives

obscurément que sentent-elles

elles frémissent au moindre esprit

comme partout leurs sœurs dans le bocage

 

elles ont fait danser la solitude

de tant de cœurs au long des âges

qu’un regard sur une suffit

pour que dix mille dansent en foule folle

 

leurs farandoles dans la galaxie

nous redisent la multitude

où nul n’est laissé sur la rive

du fleuve qui s’en va vers l’éternel

 

28 février 2007

 

Après les clochers et les minarets, les tours. C’est moi que ch’suis l’plus haut, c’est moi que ch’suis l’babouin alpha.

 

« On a retrouvé les tombes de Jésus, de Marie-Madeleine et de leur fils…C’est vrai, même que l’ADN de l’homme et de la femme sont différents, donc qu’ils n’étaient pas frère et sœur, donc qu’ils étaient mari et femme… » J’en connais qui bavent de plaisir. Après tout, si cela pouvait contribuer à faire comprendre l’essence de l’intuition de Yeshoua, qui inclut de s’effacer devant elle, au point même que s’il n’avait pas existé cela n’y changerait rien (pourvu que l’intuition apparaisse et soit reconnue, évidemment).

 

entre dans l’aubépine entre dans le buisson

la fraîcheur de ses feux

consume le désir

 

hésite attarde-toi hésite un peu et entre

le temple qui t’accueille

est celui qui t’invite

 

ne reste qu’un instant ne reste que le temps

d’un peu te réjouir

de ce qui exubère

 

L’émerveillement devant une touffe de jonquilles, ce n’est pas seulement celui que font naître l’harmonie des formes et des teintes ou l’équilibre de la fraîcheur et de la fermeté. C’est aussi celui que donne la connaissance de la prodigieuse organisation cellulaire, moléculaire, atomique dans la dynamique de sa genèse.

Le hasard et la nécessité ? Oui, mais on a peine à croire que ce soit l’essentiel de l’intelligence ici à l’œuvre.

 

 

1er mars 2007

 

Cela ne fait pas de mal d’avoir faim de temps en temps ; disons, pour n’effaroucher personne, une heure par semaine. Cela donne quelque empathie avec celles et ceux dont c’est le lot quotidien. Cela nous les rappelle, nous en donne le souci. Comment pourrait-on vivre de la dilection et les oublier ?

 

Il faudrait écrire plusieurs volumes pour comprendre la place et le rôle de l’imaginaire du pur et de l’impur dans la culture occidentale (dans les autres aussi d’ailleurs ; ne serait-ce que pour comparer, tenter de comprendre comment il fonctionne, bien ou mal, ou pas très bien ou pas trop mal dans l’établissement d’un humanisme animé par l’altérité positive.

 

curieuse tu dresses la tête

dans l’air un instant assoupi

murmurant que si je m’arrête

j’entrerai dans ton paradis

 

est-il en ton âme et conscience

une attention à l’alentour

et ta grâce fait-elle sens

à qui lui offre quelque amour

 

ton âme à la nature éclose

répond au poète en délire

car sur moi son regard se pose

lorsque je pense à son désir

 

combien d’autres d’autres encore

ainsi invitent au partage

et qui vivants parmi les morts

offrent des fleurs au long des âges

 

C’est une chose de voir et croire les étoiles là-haut ; c’en est une autre de se savoir et voir au milieu d’elles.

 

2 mars 2007

 

Bienheureux état où le corps ni ne souffre ni ne jouit, ni ne désire ni ne digère, mais se laisse oublier. Bienheureux silence du corps où la pensée, plus agile que la lumière, danse en quête d’intuitions.

 

l’heure bleue où les lignes

de la main de la terre

lentement se désignent

est un gracieux passage solitaire

 

abandonne la chambre

glisse seul dans l’espace

où se dissipe l’ambre

quand l’unique et le tout pudiquement s’embrassent

 

la terre et son soleil

cessent l’enlacement

pour l’effort et la veille

du clair et du distinct du noir du blanc

 

alors l’autre est bien l’autre

et nous pouvons sans crainte

sortir parmi les nôtres

pour le jeu infini des formes et des teintes

 

Accepter de reconnaître toute l’horreur qu’il y a dans une phrase comme « j’ai aimé Jacob, mais j’ai haï Esaü » (Malachie 1, 2s), c’est faire sauter un verrou décisif de la compréhension de la Bible. C’est permettre de douter que la Bible soit tout entière inspirée et de se mettre à y traquer les contradictions, au lieu de les négliger ou de les gommer en interprétant figurativement l’inacceptable. L’Evangile peut désormais être passé au crible pour dégager de ses scories son intuition essentielle.

 

Baudelaire et sa « griffe effroyable de Dieu ». Quels porte-parole de Dieu mandatés avaient pu lui mettre cette horreur dans la tête ? Le Dieu terrible de certaines théologies a été le meilleur soutien de l’athéisme et de l’irréligion (L’athéisme et l’irréligion invitent les croyants à dégager le dieu de l’amour des griffes du dieu de la toute-puissance).

 

Tuer quelqu’un parce qu’il vous accuse d’être violent, ce n’est quand même pas mettre en œuvre toutes ses capacités logiques, ce n’est pas utiliser toute sa raison.

 

3 mars 2007

 

de quelques mètres elle devance

ses père et mère

elle marche en dansant

dans l’insouciance

 

dans la vie joyeuse elle avance

sous le savoir

du miroir qui fait d’elle

une conscience

 

à soixante ou quatre-vingts ans

dans la lumière

elle danse en marchant

toute innocence

 

de quelques mètres elle devance

l’ultime danse

qu’imagine en marchant

son expérience

 

derrière le miroir du sens

l’autre du nôtre

elle va rassemblant

le tout immense

 

–Vous trouvez un sens à la marche de l’univers, à l’apparition de la vie, de l’homme parce que l’homme a la capacité de se leurrer pour se rassurer afin de vivre.

– Certes, mais ce disant, vous me montrez qu’il a aussi la capacité de ne pas se leurrer, et peut-être même de se leurrer en cherchant à ne pas se leurrer.

 

Peut-on défendre l’irrationalité des religions en arguant de celles de nos pratiques culturelles immémoriales, comme d’applaudir ou de danser, ou de célébrer des cérémonies prétendument désacralisées telles que l’hommage au soldat inconnu ?

Si la religion prétend s’adresser à ce qu’il y a de meilleur dans l’humain, il faudrait qu’elle soit à l’avant-garde de l’humain, débarrassée autant que faire se peut, à chaque étape de l’histoire, de ses restes d’animalité, de rite et de mythe. (On peut d’ailleurs tenir ce discours aux rationalistes qui rejettent la religion alors qu’ils pratiquent des rites sociaux).

 

 

4 mars 2007

 

Que diraient ces éthologues qui n’entendent dans les chants des oiseaux que les cris du bec et du cloaque si on leur disait qu’une oreille un peu fine découvre en leur discours le grognement du babouin alpha dominateur et possessif ?

 

cette aurélie

au cœur des nuits

va-t-elle disparaître

 

la gueule d’encre

sortie de l’antre

va-t-elle l’engloutir

 

bientôt ne reste

que le beau geste

de la lèvre attristée

 

attends dans l’ombre

sous les décombres

l’espoir du renouveau

 

bientôt viendra

le bel éclat

de la lèvre joyeuse

 

pâle aurélie

amour des nuits

tu ne peux disparaître

 

La position de l’Eglise sur la valeur personnelle de l’embryon serait-elle liée à la théologie de l’Incarnation ? Le « qu’il me soit fait selon ta parole » de Marie à l’ange Gabriel (Luc 1, 38) aurait immédiatement créé, incarné le Fils vrai dieu et vrai homme.

Quant à l’IVG, on imagine Joseph songeant à Marie, enceinte mais non de ses œuvres… À quoi bon ? L’irrévérence ici est inutile, même si elle n’est plus dangereuse. On ne sort pas aisément d’une croyance, irrationnelle par nature.

 

Pascal, « Dieu sensible au cœur, non à la raison ». Dieu ne peut évidemment pas être sensible à la raison puisque la raison est insensible (à moins de parler par figure). Mais l’être qu’on a coutume d’appeler dieu n’est pas non plus sensible au cœur : c’est un esprit et il n’y a de sensible que la matière.

Les expériences sensibles de Dieu sont des expériences cosmiques (Rousseau : « Ô grand être, sans pouvoir dire ni penser rien de plus » ou purement intérieures (Pascal et sa « nuit de feu »). A moins que l’entretien de silence à silence avec Aimer ne se fasse si intime que de l’esprit il n’envahisse la chair, peut-être.

 

5 mars 2007

 

     le monstre gravement ronronne

dans l’heure bleue où se bichonnent

les monstres pour le départ

 

la chair du routier se prépare

en vibrations pour le projet

qui s’élance dans la journée

 

une carte ici vers là-bas

en sa mémoire se déploie

comme un solide fil de chaîne

 

la trame d’amour et de haine

lui fera ce soir divertir

les compagnons de son désir

 

Relier les attentats du RER parisien et ceux qui frappent quotidiennement Bagdad, ce peut être minimiser les premiers en considération de la banalisation des seconds. Mais ce peut être aussi transférer des premiers aux second toute l’horreur qu’en ressentent encore les victimes traumatisées et la révolte qu’elle suscite dans les consciences éveillées face à la violence aveugle, où qu’elle frappe l’humanité.

 

L’art de persuader, la rhétorique, est aussi nécessaire en politique qu’en religion, car toutes deux restent largement du domaine de la croyance et du mythe, non de la raison.

 

Dire qu’il y a une façon chrétienne de parler du réel et une façon païenne, c’est exprimer une vision dualiste des choses. C’est aussi, et c’est lié, ne laisser aucune place au judaïsme, à l’islam, à l’hindouisme, au bouddhisme, à l’animisme…à l’athéisme, à l’agnosticisme…

 

Que Lao Tsu, K’ung Tsu, Parménide, Aristote, Hegel ou Bergson (et tous les autres penseurs marquants de l’humanité) aient existé ou non, il faut apprendre à reconnaître que cela importe peu. Leurs idées existent, c’est ce qui compte. Le reste est mythe, au sens où nous sommes toujours tentés de les héroïser, pour les adorer ou les brûler.

 

6 mars 2007

 

il suit que du serpent la piste de la terre

qui partout se délove et file solitaire

et partout se relie et se noue et se mêle

à mille autres mordeuses qui se font immortelles

l’invite de l’oiseau par les chemins de l’air

a ouvert invisibles dix mille solidaires

qui jamais ne se touchent et dont les chastes ailes

aux chasses de l’esprit vibrent de l’éternel

 

S’il est parfois difficile de dire qu’un acte est antisémite, ou raciste, ou xénophobe, etc., c’est que l’antisémitisme… n’existe jamais à l’état pur et qu’il n’est pas facile de chiffrer le pourcentage des diverses altérités négatives qui y sont associées. Pour une conscience qui ne se contente pas du droit, il est tout de même facile de ne pas être antisémite puisqu’il suffit de rejeter toute altérité négative (ce qui est impossible à l’humain premier, mais accessible à toute conscience de l’humain dernier qui accueille la vie éternelle).

 

Une conscience rationnelle peut-elle sans se contredire, c’est-à-dire sans se renier et s’autodétruire, faire usage de la rhétorique ?

Existe-t-il une rhétorique, un art de persuader, qui soit intrinsèquement rationnelle ? La distinction entre le non rationnel et l’irrationnel comme antirationnel fournirait-elle une ligne de crête où une rhétorique sans faille pourrait s’aventurer en découvrant, pour soi et pour l’autre, la splendeur des images et de leurs invites à penser ?

 

Dieu est au delà en deçà des contraires, mais non pas des contradictions. Il est au-delà en deçà des contraires parce qu’il est infini et que les contraires sont, archétypiquement, les forces d’opposition et de participation, de haine et d’amour, de répulsion et d’attraction indispensables à l’existence et au devenir des êtres finis (autre de l’infini). C’est une erreur de logique lourde de conséquences de passer de cette réconciliation des opposés à une réconciliation des contradictoires destructrice de la rationalité.

Dire que Dieu parle et qu’il ne parle pas (sans mentionner que l’on passe du littéral au figuré), qu’il est tout-puissant et qu’il ne l’est pas, c’est s’interdire de progresser dans la découverte de la vérité théologique en se réfugiant dans le mystère.

 

7 mars 2007

 

somme de toutes les paroles

silence frémissant

qu’aucune jamais ne dispense

 

qu’à son approche elles s’envolent

et qu’au fond de mon sang

ta présence donne le sens

 

Un théologien chrétien du XIIème siècle (Anselme de Laon ?) a pu rationnellement soutenir que le Dieu tout-puissant avait nécessairement voulu le mal. Plutôt que de l’écouter et de se demander si Dieu était bien tout-puissant, la théologie dominante a préféré ignorer le problème du mal en le dissimulant derrière le rideau de fumée du mystère. La logique veut qu’un Dieu tout-puissant soit déterministe, et maintenir sa toute-puissance devait aussi poser le problème de la liberté, avec son appendice, le problème de la liberté et de la grâce, de la liberté et de la prédestination. Le problème du mal et le problème de la liberté sont liés face à la toute-puissance divine.

Le problème, le mystère, le scandale du mal (et tout ce que vous voudrez) est insoluble pour un imaginaire religieux incapable de lâcher l’image d’un dieu tout-puissant, image vraisemblablement liée aux origines animales de la vie religieuse. Le chrétien garde la chance de se débarrasser de cette image s’il se laisse pénétrer par l’intuition centrale du Dieu Agapè (Il ne semble pas, hélas, toujours utiliser cette chance. Ainsi par exemple l’ordinaire de la messe est dominé par l’image du dieu tout-puissant dont on ne cesse de célébrer la gloire et de supplier la sainteté).

 

Le paradoxe, c’est que le mal est là parce que Dieu est Amour. Qui l’eût cru ?

 

8 mars 2007

 

Le déterminisme de l’être fini est une inhérence de la toute-puissance de l’être infini. Au lieu de vouloir ignorer la contradiction qui oppose la toute-puissance de l’infini et la liberté de l’être fini, il est logique de nier l’une ou l’autre, illogique de « tenir les deux bouts de la chaîne » des contradictoires, et l’on peut s’interroger sur la motivation cachée de cette attitude.

Opter pour la liberté de l’être fini et donc pour la non toute-puissance de l’être infini met fin au mystère du mal. Une création laissée à une indétermination partielle (l’indétermination totale serait le chaos total) avance dès ses origines dans l’aléatoire. Le scientifique constate que tel et tel événement de l’aventure de la matière, de la vie, de l’hominisation, de l’histoire aurait pu ne pas se produire.

 

Le Dieu Agapè ne peut vouloir qu’un monde partiellement indéterminé (quantique ?), appelé à la liberté de l’agapè. Le meilleur des mondes possible pour le Dieu Agapè est un monde où le mal est possible, inévitable.

 

combien de jours cette fragrance

combien de nuits

se façonnera ses nuances

 

puisque de l’aube au crépuscule

chaque heure dit

qu’un même parfum se module

 

l’alambic au cœur de la fleur

épanouit

la quintessence du bonheur

 

sans se demander si le temps

revient ou fuit

en elle éternellement

 

Comprendre que la vie éternelle c’est aimer l’Eternel Agapè et le prochain (Luc 10, 25-37) peut donner l’intuition que l’on n’aime son prochain que de l’amour dont l’Eternel Agapè aime son prochain dont nous sommes.

 

9 mars 2007

 

Vouloir que Dieu soit à la fois le tout-puissant et le tout-aimant, c’est vouloir le beurre et l’argent du beurre. On ne récolte que le sourire amer de la crémière.

 

Si la démocratie est du domaine de la rationalité, quand peut-on dire qu’un peuple est mûr pour la démocratie ?

Quelle est la part de l’irrationnel dans la présente campagne présidentielle ? Le déploiement monstrueux de la communication, visant à persuader, à convaincre, est-il un signe que la victoire revient à la séduction plutôt qu’à la raison ? On peut à tout le moins avancer que la séduction y joue un rôle décisif.

L’histoire ne nous dit-elle pas qu’il en a été ainsi pour toutes les religions, les idéologies, les doctrines… ? Et que cela a été un progrès sur leur imposition par la force ?

On a dit de Yeshoua qu’il séduisait les foules : « Jamais homme n’a parlé comme cet homme » (Jean 7, 46). La défense des rhéteurs, orateurs, tribuns, prédicateurs est que leur cause est bonne et justifie le déploiement de leur art. Mais a-t-il jamais existé un tyran, un despote, un dictateur qui en sa conscience brumeuse ne s’affirmait pas à lui-même que sa cause était juste ?

 

Connaître l’histoire du peuple juif depuis six siècles et plus, ses alternances de prospérité et de persécution, ses exils récurrents, son errance de France en Espagne au Maroc et aux Pays-Bas, en Pologne, en Ukraine, en Pologne et aux Pays-Bas encore, en Turquie…aux Etats-Unis. On comprend son attachement désespéré à une terre mythique enfin retrouvée et jusqu’à l’acharnement irrédentiste. Par nos ancêtres européens, nous sommes responsables de son destin ; nous ne pouvons nous en désintéresser, pas plus que de ses victimes désespérées à leur tour jusqu’à l’extrême de la violence aveugle.

Devons-nous aussi encourager les juifs antisionistes dans leur conviction religieuse ?

 

Le gagneur d’élections serait-il le plus habile menteur, le champion de la rhétorique persuasive. Pauvre de nous !

 

à la brume égarée

elle est venue piéter

noble et racée

 

à la juste distance

il faut que tu t’avances

et garde sens

 

ce qui remue en l’âme à la vue du sauvage

est-ce une nostalgie venue du fond des âges

ou l’espoir que viendra au bout de notre peine

cet espace où l’amour tend la main à la haine

 

dans l’ombre qui écoute

elle a gagné la route

et fui le doute

 

tu restes avec ton rêve

attendant que se lève

la nouvelle Eve

 

10 mars 2007

 

au fond du puits l’étoile

est-ce en haut est-ce en bas

l’espace

infini me fait perdre la tête

 

mais il reste le cœur

à cœur de l’innocence

le sens

qui n’est plus ni d’ici ni d’ailleurs

 

est-ce bien moi en moi

interpellant l’abîme

la cime

de la présence au fond de toi

 

en cette nuit sans voiles

à l’envers à l’endroit

sa face

donne un avant-goût de la fête

 

Il existe dans l’Evangile un schéma dont la récurrence donne à penser qu’il répond et plaît à un certain imaginaire. C’est celui de l’opposition dualiste et plus encore de sa dynamique de bascule, de retournement.

Il y a les séries parallèles des béatitudes et des malédictions (Luc 6, 21-25). Il y a la revanche des bons sur les méchants, ou tout au moins la récompense des bons par l’élévation et la punition des méchants par l’abaissement : « Il renverse les puissants de leur trône, il élève les petits » (Luc 1, 52) dans cet imaginaire ouranien où ce qui est en haut est naturellement meilleur que ce qui est en bas.

À cet imaginaire de l’espace répond un imaginaire temporel du premier et du dernier, affecté du même schéma d’inversion : « Si quelqu’un désire être le premier, qu’il soit le dernier » (Marc 9, 3 ; 10, 31, 43s). Le temps est la chance de l’inversion spatiale : « Ceux qui s’élèvent seront humiliés, ceux qui s’humilient seront élevés » (Luc 14, 10s ; 18, 14 ; Matthieu 23, 12).

Les disciples de Yeshoua ont retenu ce schéma éthique ; « Humiliez-vous sous la main puissante de Dieu, pour qu’il puisse vous élever au jour de sa venue » (I Pierre 5, 6). Yeshoua en est l’archétype : « Il s’est humilié, il a obéi jusqu’à la mort, la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a élevé très haut et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom » (Philippiens 2, 8s).

Le présupposé est celui d’un dieu tout-puissant qui demande l’obéissance et qui la récompense en faisant partager sa puissance. Le dieu tout-aimant a disparu, occulté par le phantasme de la puissance.

 

11 mars 2007

 

Vivre avec l’Infinie Agapè, n’est-ce pas vivre en l’infini de l’espace, se savoir souvent au milieu des étoiles et, plus loin que notre univers, dans ce qui n’a ni centre ni périphérie ?

Tous les habitants de la Terre deviennent des voisins immédiats, des voisins de palier. Alors, comment se désintéresser de ceux qui peinent au Darfour, en Iraq, an Afghanistan, en Colombie… mais aussi de ceux dont on ne parle jamais, des villageois du Malawi, du Honduras, du Nagaland, de la Macédoine, des mille façons de voir et de vivre le monde. Tant et tant sont, en l’Infinie Agapè notre souci, notre intérêt.

Et puis il y a la matière, la vie, la conscience…le déploiement de l’être dans notre univers, le fourmillement de l’intelligence partout à l’œuvre en elles, la beauté cherchant sur toute chose à poser ses baisers frémissants.

Toutes ces ondes viennent vibrer en nous, nous invitent à les dire ou à les chanter, à les joindre à notre agir à la mesure de notre pouvoir sur l’espace et le temps.

Vivre avec l’Infini Amour c’est avec Elle Lui vivre la totalité. Rien de moins ne peut satisfaire le désir le plus fort, celui qui nous habite en l’être de notre être.

 

discret le coquillage

rappelle sur la table

dur et durable fruit

notre mère innombrable

 

la belle main effleure

la peau de l’univers

sème partout la fleur

éphémère ou durable

 

la roche vénérable

la dit en sa patine

aux siècles son murmure

se fait l’âme des ruines

 

la rosée matinale

se hâte en mille perles

où son pâle sourire

s’éclaire de la brume

 

au printemps elle exhume

le souvenir qui dort

à l’été elle chante

une chanson sans âge

 

sa danse interminable

lui ouvre l’œil ravi

et le cœur en ressort

la bouche intarissable

 

La confusion du beau et du vrai a sa part de responsabilité dans le pouvoir de persuasion de la rhétorique.

 

12 mars 2007

 

Pas plus que le suicide et la peine de mort, on ne peut penser l’euthanasie sans d’abord penser la mort. Il y a des consciences pour lesquelles par définition la mort est une horreur :

« Plutôt que souffrir que mourir

C’est la devise des hommes »

On comprend que ces consciences-là soient peu sensibles à l’idée de « mourir dans la dignité. » Il leur faut retarder la mort le plus longtemps possible, en faisant ce que l’on peut pour atténuer la douleur.

Il existe aussi des morts que l’on dit douces, paisibles : celles des consciences rassasiées de jours et qui n’attendent plus rien de l’existence.

Il y a des consciences qui désirent la mort parce que la vie est devenue insupportable, et ce pour des raisons diverses, physiques ou morales. C’est ainsi qu’il existe des cultures (les shame cultures des ethnologues) où l’honneur compte plus que tout et où sa perte entraîne la volonté de disparaître.

Il y a des consciences tellement sûres de l’au-delà et de (ce) qui les y attend qu’elles espèrent la mort, tout en sachant que leur vie est déjà la vie éternelle et qu’elles veulent la promouvoir et rayonner avant de s’en aller :

« Oui, pour moi, le vivre c’est le messie et le mourir est un gain.

Mais si le vivre dans la chair m’est un fruit pour l’œuvre, je ne sais plus que choisir.

Je suis partagé par les deux, ayant le désir de partir et d’être avec le messie, ce qui serait de   beaucoup préférable.

Mais demeurer dans la chair est plus nécessaire à cause de vous »

(Philippiens 1, 21-24, traduction André Chouraqui)

Face à la mort, il existe ainsi plusieurs attitudes types, et l’on pourrait, avec quelque difficulté sans doute, établir des statistiques et connaître les pourcentages. Mais au-delà de ces types, il y a autant de façons de penser et d’aborder la mort que de consciences. Il faut en tenir compte lorsqu’on se trouve interpellé existentiellement par l’euthanasie.

 

La bataille pour ou contre l’euthanasie se livre comme tant d’autres à coups de rhétorique. On peut changer le mot pour se débarrasser des affects qui y sont attachés, comme on l’a fait avec l’avortement, qui est devenu interruption volontaire de grossesse avant d’être aseptisé, lissé, lyophilisé en IVG. N’existe-t-il pas déjà un MDD, Mourir Dans la Dignité, ou quelque chose de ce genre ? Une IVE, Interruption Volontaire d’Existence, eût été un peu trop violente, car l’existence est tout de même plus valorisée que la grossesse dans une culture patriarcale.

 

sur les froideurs de l’aube

pose ton sourire de givre

allons viens que s’enivre

notre marche à travers la campagne déclose

 

nos regards au plus loin sur l’horizon se posent

sachant bien que vient l’heure

où tes rires en fleur

aux chemins enclora notre marche en ta main

 

13 mars 2007

 

Ces coïncidences signifiantes. J’écoute Michael Edwards commenter Ovide et son récit du labyrinthe où le monstre est caché. Avec l’idée d’y aller lire ce qu’il y est dit du labyrinthe, je prends et ouvre sans y penser ma petite encyclopédie des symboles, et je me trouve face à l’article consacré à Pasiphaé. Le rationalisme me propose aussitôt sa réponse : le hasard. Mais si ce genre de chose se renouvelle périodiquement, on peut douter de la rationalité de la réponse rationaliste. Il faudrait mathématiquement établir le nombre de chances que ces coïncidences se produisent et le confronter à ses occurrences.

Il y a (eu) une habitude de l’apertio librorum, de l’ouverture de la Bible au hasard, avec l’idée que le hasard peut être signifiant, qu’il peut être la médiation d’une relation intelligente, d’un signe d’intelligence.

 

étang fine lame miroir

d’une aube de rubans pastel

de gris et de roses rayés

 

mais il suffit d’un peu marcher

pour qu’une autre porte du ciel

s’ouvre où le rien se donne à voir

 

le kaléidoscope espace

se découpe en bandes si fines

que de l’une à l’autre se glisse

 

le regard infiniment lisse

par où la lumière divine

nous propose dix mille faces

 

A écouter Benoît XVI prêcher le Carême, on constate que la morale de la pénitence catholique est explicitement une morale de la purification plutôt que de la dilection. L’Eglise n’est officiellement pas prête à sortir du patriarcat. Cette position de son chef en un des signes.

 

On peut s’attendre que la rhétorique fasse l’unanimité contre elle lorsqu’elle est au service de l’erreur, mais cela signifie-t-il qu’on la juge bonne lorsqu’elle est au service de la vérité ? Est-ce respecter l’autre que de chercher à le persuader d’une vérité (ou de ce que l’on croit tel) en utilisant des arguments qui sont en eux-mêmes sans valeur, voire spécieux, mais qui séduisent par leur beauté, leur finesse ou leur subtilité, et dont l’efficacité n’est assurée que grâce à la faiblesse d’intelligence de celles et ceux qui les acceptent ?

 

14 mars 2007

 

quand viendra l’heure où tu pourras sans peur

arracher cette ivraie sans laquelle le grain

n’a pu pousser

nous serons avec toi tout pour l’autre

 

demain demain demain s’avance à pas comptés

sans courir ni traîner et sûrement

avec toi je saurai attendre et préparer

l’ouverture des portes du nôtre

 

ce sera comme on sort d’une pièce étouffante

pour enfin respirer l’air de la liberté

du cœur à cœur et de la transparence

de chacun à chacun dans l’immense

 

pénètre-moi que je ne veuille plus

que l’autre qui te fait être ce que tu es

te donnant de donner

avec toi en ultime présence

 

d’être l’intelligence auprès de la matière

pour faire vivre et puis penser

toujours plus loin et reconnaître

l’être pur où chacun a sa part

 

d’être cette beauté qui pose ses baisers

sur l’éphémère et sur la pierre

sur tout visage et le fait rayonner

de réjouir avec toi les regards

 

Aimer le dieu tout-aimant, ce n’est pas le désirer, mais désirer aimer de l’amour dont il aime l’autre.

Le dieu tout-aimant ne possède rien. Si l’on peut dire en parabole que tout lui appartient ou qu’il a tout, c’est qu’il est présentissime à tout, de la plus infime eccéité à leur ensemble.

 

« Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux » (Matthieu 18, 20). Vérité tautologique, qui n’a pas besoin d’être crue puisqu’elle est auto-évidente : être réunis au nom de l’amour agapè, c’est être en présence de l’amour agapè. C’est l’évidence que Yeshoua se considère comme habité par cet amour, vivant de cet amour, s’identifiant à cet amour, et qu’il ne souhaite pour ses disciples que de vivre eux aussi de cet amour. Ce qui les fait d’ailleurs passer du statut de disciple à celui d’ami (Jean 15, 15).

 

15 mars 2007

 

pourquoi ce septuor

de corbeaux et de grâce

module-t-il ses figures

 

pourquoi face au soleil vient-il chercher son or

et montrer que ses moires accueillent la lumière

 

pourquoi se tourne-t-il et devant et derrière

baignant de l’air en feu l’intime de son corps

 

pourquoi jusqu’à la mort

ces concerts de l’espace

que l’aile en ses efforts assure

 

Le bipartisme n’est qu’une forme adoucie du « ou bien moi ou bien lui ». Les esprits ne sont pas encore majoritairement mûrs pour passer au-delà d’un gouvernement de la majorité exclusive et s’inspirer enfin du « et toi et moi », mais l’idée progresse.

L’alternance aléatoire de deux partis au pouvoir est la solution diachronique d’une politique démocratique qui n’a pas encore dépassé le schéma du dualisme d’opposition.

 

La croyance au dieu trinitaire naît au croisement du dieu tout-puissant et du dieu tout-aimant. Si dieu est le tout-puissant, le monde n’est pas éternel ; mais s’il est le tout-aimant, comme Yeshoua en a eu l’intuition, il ne pouvait pas être seul avant la création du monde. Il est plusieurs dans l’agapè : le père tout-puissant se donne un autre en lui communiquant tout ce qu’il est ; cet autre s’appelle son fils ; et l’esprit est la totalité de leur amour réciproque, leur respiration, elle aussi issue du père (pas de filioque ?)

Que devient le monde créé dans cette conception de l’infini ? Superfétatoire ?

 

Si l’on peut s’étonner lorsqu’on entend dire que l’idée de laïcité a été introduite dans nos cultures par le christianisme, c’est qu’on ne voit pas que le christianisme allie deux intuitions contradictoires (dont l’une ne peut manquer d’être erronée). Il promeut l’amour de l’autre comme autre et sa liberté de penser, mais il demeure une religion, une force de sacralisation intrinsèquement hégémonique.

 

La nature ne cesse de nous proposer le beau spectacle de l’inattendu, de l’inexpliqué. C’est qu’à côté de ce que la science peut y comprendre en en mettant au jour les lois, elle est mue par des forces aléatoires que l’art approche par sa capacité empathique.

 

16 mars 2007

 

La vérité, c’est la juste relation entre les êtres. Elle est ontologique avant d’être éthique et épistémologique. Elle n’est épistémologique et éthique que parce qu’elle est ontologique. La première vérité ontologique, celle qui informe toutes les autres, c’est celle de la relation de l’infini au fini, de l’être infini aux êtres finis. C’est celle de l’altérité positive, de l’agapè.

 

Si, dans un procès pour euthanasie, le ministère public accuse l’inculpé d’avoir agi, non par amour compassionnel mais par besoin de satisfaire sa conscience, il s’arroge le droit de sonder les consciences (par besoin de satisfaire la sienne ?)

Mais il soulève ainsi la question de l’amour de pure dilection en supposant que seul cet amour peut dégager de la culpabilité juridique. Il témoigne de l’idéal que constitue la substance de l’intuition de Yeshoua, intuition de la réalité dernière de l’humain et, implicitement au moins, de la vérité de l’être. Il apporte un témoignage parallèle à celui que rend l’économie du don, où le donateur idéal est celui qui donne sans attendre de retour, par pure altérité (idéal impossible, vœu ultime du cœur humain que seul le tout-aimant peut combler).

La position du ministère public est indéfendable : il ne peut juger que l’acte dans une société fondée sur l’alternative de la culpabilité / non-culpabilité, non sur ce qui se passe dans les consciences.

Il fallait être Yeshoua pour reconnaître dans les gestes de la pécheresse qui lui baignait les pieds de ses larmes un amour pur, exempt du désir de soulager sa conscience coupable, et dont l’attention était tout entière dirigée vers l’autre, la faisant ainsi sortir du péché, du non-amour, et entrer dans la vie éternelle de l’agapè, comme le Samaritain de la parabole prenant en charge son prochain étranger (Luc 7, 47 ; 10, 25-37).

 

tout tourne

le pal enluminé apparu sur le mur

héraldique vision du souverain soleil

anoblissant la terre à chaque aurore

lentement s’amincit visiblement s’efface

ne laissant qu’en l’esprit la clarté de sa trace

 

car c’est la pure idée de son passage

qui se réfléchissant sur son écu intime

donne l’intelligence au royaume terrestre

face à son allégeance à l’univers

tout tourne

 

17 mars 2007

 

« On ira tous au paradis, on ira

Qu’on croie en Dieu, qu’on n’y croie pas

On ira… »

À voir. Certes, il ne s’agit pas de croyance ni d’incroyance. La vie éternelle, ce n’est pas de croire, mais d’aimer. D’aimer de pure dilection, comme le tout-aimant. Et il n’est pas sûr que cela intéresse tout le monde.

Et à partir de quand homo sapiens a-t-il été capable de l’autre comme autre ? On ne peut demander à une conscience humaine de ne vivre que pour l’autre ; c’est ontologiquement impossible : une conscience humaine laissée à elle-même ne peut aimer l’autre que pour et par elle-même, non pour et par l’autre. N’est-ce pas une évidence tautologique ? Mais une conscience humaine est capable de désirer le faire, sentir même que c’est son bien suprême et s’ouvrir à ce que le tout-aimant lui propose : « aux hommes c’est impossible, à Dieu non » (Marc 10, 27). Est-ce ce que Paul aussi donne à entendre : « Dieu aime le don joyeux. Dieu est capable de faire abonder en vous toute grâce » (II Corinthiens 9, 7s) ?

 

Lorsque nous voyons regarder un autre, nous imaginons sans réfléchir, nous pensons naturellement, qu’il le regarde comme nous le regardons, comme nous aimerions le regarder, mais aussi comme nous nous sentirions coupable de le regarder. Nous jugeons ainsi quelqu’un instinctivement, nous jugeant nous-même en réalité.

 

Il est bon que l’Europe fasse amende honorable aux Africains et aux Afro-américains pour la traite négrière. Il est bon que le monde arabe présente des excuses pour avoir pendant des siècles esclavagé les Africains (et les Méditerranéens). Il bon que l’Afrique demande pardon aux Afro-américains pour avoir vendu une bonne partie de leurs ancêtres aux négriers (et qu’elle achève de mettre fin à l’esclavage sur son territoire). Il est bon pour tout humain de se dire qu’il a presque certainement eu des esclavagistes et / ou des esclaves parmi ses ancêtres et que, les circonstances aidant, il replongerait dans cette misère.

 

la page blanche n’est pas vide

 

somme de toutes les paroles

qui n’attendent que de paraître

et sollicitent la limite

qui les fait être

 

elle est déjà la farandole

de cette foule de timides

espérant qu’enfin les invite

le bel esprit

 

lui qui habite le silence

de l’inédit

voudrait que lui fasse confiance

l’attention claire

 

et que sur l’horizon désert

d’on ne sait où surgissent noirs

les cris naissants

des enfants nus de la mémoire

 

alors sois prêt

guette à la limite du rêve

ces mots qui attendent la sève

de ta plume pour se poser

 

18 mars 2007

 

Tu habites le silence du silence. Comment pourrait-on jamais goûter ta présence si on le redoutait, si on le fuyait en se remplissant la tête de chansons et d’images ?

 

Pour proposer « Aime et pense ce que tu veux » en parallèle et complément du « Aime et fais ce que tu veux » d’Augustin, il faut admettre que l’amour de dilection ne peut errer ni dans l’agir ni dans le penser, qu’il est au cœur de l’être son secret ultime.

 

Appréhendée comme symbole, l’Incarnation peut donner à penser à l’intimité, à la présentissime présence du Tout-Aimant. Faut-il pour cela cesser d’y croire littéralement ? Cesser d’y croire lui fait-elle perdre sa force symbolique ? Il faudrait saisir mieux la dynamique du provisoire.

 

Patiente certitude à la juste altitude

ce vol de grues remontant vers le nord

battement lent des muscles assurés

par une image obscure dans la tête

 

ce qui se donne là en spectacle fugace

assez pour qu’il émeuve et le cœur et l’esprit

est aussi un parcours un départ un retour

un relais dans la chaîne du temps

 

les yeux levés s’enchantent et plus loin tentent

de voir jusqu’à la fin cette aventure

savourant cette nourriture

si longue en l’âme que le corps

lui-même marche plus léger

 

l’air qui bat sous leurs ailes

en nous vient respirer

 

Intimior intimo meo, le dieu d’Augustin est celui de la plus grande intimité, de la présentissime présence. Présence de dilection : il est le plus proche et autre, il ne cherche pas à posséder, à avaler, digérer, décréer l’autre pour le réintégrer à son infini ; cela n’aurait pas de sens, cela serait auto-contradictoire puisqu’il est de son essence d’être pour l’autre. Il a fait les univers pour eux, non pour lui-même, et chaque créature pour elle. Et cet amour l’incite, par inhérence encore, à souhaiter à l’autre de participer à ce mouvement d’altérité créatrice qui est sa vie éternelle (C’est ce que ne comprend pas le frère aîné de l’Enfant prodigue, qui ne voit pas que son bonheur ultime est d’être toujours avec son père, de participer à tout ce qu’il est. Luc 15, 31).

 

19 mars 2007

 

Cette altérité, cette volonté d’altérité du Tout-aimant tout autre, tout autre parce que Tout-aimant, fonde la liberté de chaque être fini face à son être infini. C’est cela qui explique l’indétermination des eccéités, depuis les particules élémentaires jusqu’à la liberté des consciences réfléchies capables de connaître le Tout-aimant et de participer à sa vie.

Liberté dernière de l’amour de dilection (ama et fac quod vis). Comment celui qui aime ferait-il des choses contraires à l’amour ? Comment pourrait-il chercher à dominer et posséder ? Accueillir la liberté de l’autre, c’est recevoir sa propre liberté.

Si être libre c’est pouvoir faire ce qui répond à son désir et que le désir dernier est celui d’aimer de dilection, béatitude de l’Eternel, l’accueil de cette dilection pour y participer confère la liberté dernière d’accomplir son désir dernier.

 

Les différences des sexes, des langues, des races, des cultures…sont des figures de l’altérité radicale de l’eccéité. Elles peuvent, si nous les accueillons dans un esprit d’altérité positive, être nos pédagogues pour la reconnaître comme la source de notre être à chacun dans l’immensité de l’innombrable

 

cette pluie de pétales d’hiver

n’enchante pas la terre

elle ne songe plus déjà

qu’à tous ceux que lui offre la sève

 

dans le flou de la danse se lève

furtif en mille pas

ici et là devant derrière

le printemps où l’esprit se libère

 

20 mars 2007

 

L’idée qu’il puisse y avoir une musique qui engendre une danse qui engendre une musique qui… apparaît comme spécieuse au regard de la perspicacité scientifique. Le problème est de trouver la faille, de mettre le doigt sur ce qui s’inscrit dans le temps à partir de ce qui y échappe (le problème de l’œuf et de la poule). De quoi se fouetter le sang, se stimuler les neurones.

 

Cette intuition de la relation d’altérité positive est-elle si difficile à rencontrer ? Est-ce une aiguille dans la botte de foin des idées philosophiques ? Dois-je penser que c’est la « révélation » évangélique qui m’a mis sur son chemin, qui l’a placée sur mon chemin ? Je ne puis accepter qu’il puisse s’agir d’une révélation (la révélation est une idée qu’interdit la notion d’altérité positive égalitaire qui refuse l’élection, le choix, le « j’ai aimé Jacob et j’ai haï Esaü).

C’est une intuition qui s’est préparée dans certains courants du judaïsme, non, certes, dans celui du messianisme (sans doute enté sur l’indéracinable imagination d’un dieu tout-puissant), mais dans le cœur de la loi de Moïse, qui commande d’aimer, laissant entendre que l’auteur du commandement ne peut commander que ce qui est conforme à sa nature (et que d’ailleurs, paradoxalement, il ne peut commander de faire, mais seulement inviter à faire).

 

S’il y a à boire et à manger dans le christianisme : l’altérité positive et la puissance messianique (le bon grain et l’ivraie de la parabole de Matthieu (13, 24-30), c’est un héritage du judaïsme, où il est dit d’aimer, mais où l’on se croit l’élu du Tout-puissant.

 

les portes du matin et les portes du soir

ne te voient que mains jointes

 

tu protèges ton cœur du froid et de l’obscur

le soleil est ta mère

 

du levant au couchant sa face te fascine

son sourire te comble

 

est-ce vraiment pour elle que tu portes si belle

cet habit de lumière

 

n’est-ce que pour l’abeille que tes charmes attirent

et qui vient t’honorer

es-tu pour enchanter les regards qui t’admirent

ou n’est-ce que pour toi

 

ô fille du soleil

dont les mains dans la nuit invoquent la présence

 

21 mars 2007

 

La bonne poésie ne compromet pas le son par le sens ni le sens par le son. Elle ne plie pas la signification au nombre ni le nombre à la signification ; elle les fait concerter, commercer. Cela la condamne à être rare.

 

Quels calculs dans le jeu des candidatures à la présidence ? Jeu de billard ou jeu d’échecs ? Existe-t-il un logiciel capable de prévoir l’insondable des libertés individuelles plongées dans les déterminismes des manipulations ?

 

où t’échappes-tu dans la nuit

au matin doucement

tu te glisses dans cette vieille peau

réveilles la machine

 

à peine s’imaginent

les craquements des synapses des mots

en leurs arrangements

 

j’attends que se dessine

le sens obscur des syntaxes d’échos

bien pragmatiquement

 

que du fond des abîmes

les symphonies de l’idée et du beau

montent au firmament

 

et puis finalement

que ce trop long discours qui au plus haut

jour après jour t’affine

 

te laisse échapper dans la nuit

 

Des centaines d’Oradour-sur-Glane au Darfour. Il ne suffit pas de gémir sur le passé, il faut agir sur le présent. Les gémissements sur le passé n’ont de sens que s’ils poussent à l’action maintenant (Malheureusement, cher monsieur, Oradour c’est nous, c’est moi. Le Darfour c’est les autres, ce n’est pas moi).

 

Le gouvernement polonais interdit que l’on parle d’homosexualité dans les écoles. Scandaleux ! La poste française interdit à ses facteurs de campagne de profiter de leur tournée pour rendre service aux « personnes défavorisées ». Scandaleux ? (Aucun lien, cher monsieur. Apprenez à distinguer. Avez-vous donc oublié votre Aristote, notre père à tous ?)

 

22 mars 2007

 

Lorsqu’on constate à quel point il est difficile de se faire comprendre si l’on se risque à laisser s’exprimer à sa pleine mesure l’intelligence qui nous habite, on est tenté de se taire.

 

Partir en guerre contre l’homosexualité en arguant que si elle se répandait la race humaine serait en péril, c’est aussi partir en guerre contre le célibat ecclésiastique, monsieur le très catholique président.

 

Est-ce parce qu’il a voulu et cru devoir le remplacer que le christianisme s’est si violemment opposé au judaïsme ? Pourtant l’intuition de Yeshoua, en son essence, se détache d’une part du judaïsme comme de toute religion, en donnant de s’épanouir la vision fondatrice d’Abraham et de Moïse, car c’est l’intuition de la dilection universelle.

La querelle que l’islam fait au christianisme, qui le lui rend bien, est du même ordre. Le christianisme qui ne sera fidèle qu’à l’intuition essentielle de Yeshoua ne s’opposera à aucune croyance ni à aucune incroyance, comptant sur l’amour de dilection pour promouvoir en chaque conscience la pensée juste. L’intuition de Yeshoua est faite pour celui qui croit au ciel et pour celui qui n’y croit pas, pour toute conscience insoucieuse de soi en son souci de l’autre.

 

La honte que j’ai toujours éprouvée à me dénuder devant les autres est celle d’un sens esthétique impérieux : je ne pourrais montrer qu’un corps parfait. D’où me vient ce sens aigu de la beauté parfaite, cette idée de perfection qui me fait immédiatement noter les défauts physiques des mannequins et leur souhaiter, leur imaginer la perfection ?

 

sagement sur la table ils attendent leur tour

de chant et de charme radieux

jour après jour un autre coquillage

invite le regard

 

presque invinciblement il convoque la plage

et lui susurre son histoire

de sable et d’eau se disant un amour

de déesse et de dieu

 

et pourtant il est là pur et silencieux

fermé sur l’alentour

unique objet que l’art

délivre en sa beauté sans âge

 

 

 

23 mars 2007

 

ce nuage au ventre de cendre

aux bras de lait aux cheveux d’ambre

laisse deviner son visage

sous le voile

 

d’autres viendront qui lui ressemblent

mais lui il ne reviendra pas

unique le cœur qui me parle

se perdra

 

maintenant que passe la chance

de notre rencontre qu’enivre

le jamais plus jamais encore

d’un regard

 

avant de nous dissoudre en l’air

portés par le feu dans l’immense

que notre secrète distance

nous rassemble

 

Cherchant l’identité européenne, certains en trouvent la figure dans le « rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » (Matthieu 22, 21).

Le secret de la domination occidentale sur le monde depuis des siècles est celui d’un imaginaire ouranien vainqueur des imaginaires chthoniens en ses multiples manifestations (le patriarcat vainqueur du matriarcat, le monothéisme du dieu du ciel vainqueur de la déesse de la terre et du polythéisme…)

Mais l’idée même que l’imaginaire soit polaire est-elle une idée ouranienne, schizomorphe, dualiste, manichéiste ? De l’un à l’autre pôle, de la séparation à la confusion, existe une continuité des nuances. Il y a non seulement le jeu des alternances et des renversements, mais le dialogue synchronique des forces qui nous habitent, de la haine fissionnelle et de l’amour fusionnel, et plus encore le passage au-delà qu’est la relation d’altérité positive.

Il y a Dieu et César comme puissances séparées, mais la parole de Yeshoua n’est dans les faits que la réponse anecdotique à une colle posée par ses adversaires. Fétichisée, elle est devenue un piège. Certes, elle permet la séparation du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel, la laïcité, et elle anime de son esprit la séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. Mais elle voile l’intuition centrale de Yeshoua, qui entraîne le rejet du spirituel comme pouvoir. Il n’existe plus, dans cette intuition, de pouvoir spirituel. L’esprit du Tout-aimant n’est pas un pouvoir (le Tout-aimant n’a rien à voir avec le règne, la puissance et la gloire).

Et cet esprit est présent à tout ce qui l’accueille, à toute activité temporelle, non comme un pouvoir encore une fois, mais comme une inspiration. Il souhaite transformer le pouvoir temporel, non en s’y opposant mais en l’animant de son altérité positive.

 

24 mars 2007

 

Lorsqu’on comprend que le dieu unique tout-puissant est un super patriarche ouranien diurne, un dieu très-haut, un dieu de la lumière et de la parole, peut-on encore nécessairement le préférer à la grande déesse néolithique ou même à la multiplicité polythéiste de l’animisme ou de l’hindouisme ? Le seul avantage qu’on puisse lui reconnaître est celui de la moralité, avec quelques bémols tout de même puisque cette moralité diabolise le sexe et encourage le sexisme (comment une morale patriarcale pourrait-elle faire autrement ?)

On peut admettre aussi que dans le judaïsme et le christianisme il a frayé la route au Tout-aimant, bien qu’il ne lui ait pas encore totalement cédé la place.

 

Il fallait bien que Yeshoua fît des signes merveilleux, signes que le Tout-puissant lui donnait son aval. Il fallait aussi qu’il se présentât comme le messie, envoyé par ce même Tout-puissant. Comment, sinon, aurait-il pu faire reconnaître son intuition du Tout-aimant, dont il vivait depuis trente ans sans que les siens y trouvent rien de bien étonnant ?

Nous en sommes toujours là. Une idée n’est reconnue par le tout venant de l’humanité que si elle est proposée par une autorité, religieuse, scientifique, philosophique, culturelle ou autre, individuelle ou collective.

 

les corbeaux font leur ronde matinale

 

l’espace complice de l’air

fait chaque jour de leur passage

une nouvelle

 

leur connivence dans l’instant

fait de la mouvance du vol

une figure

mobile en mémoire du temps

où l’imposé donne à la grâce

sa liberté

 

l’œil de la joie qui s’illumine

cligne à l’œil de la connaissance

sur le qui-vive

 

l’enfant de leur intelligence

bat des mains que dans l’air intime

se renouvelle

 

la ronde matinale des corbeaux

 

Lorsqu’elle anime la liberté et l’égalité, la fraternité les transmue de forces contradictoires porteuses de mort en forces contraires porteuses de vie.

 

25 mars 2007

 

L’ouranien / diurne n’a pas accès à la métaphore, il n’est sensible qu’à la métonymie. C’est qu’il pousse la distinction jusqu’à la non-communication.

Si Robert Graves a pu penser que la poésie authentique est inspirée par la Grande Déesse, c’est qu’elle est nocturne / chthonienne, sensible aux figures vagues plus qu’aux idées claires et distinctes, et ainsi capable de rapprocher les réalités les plus éloignées (comme le montre l’image surréaliste).

L’imaginaire chthonien / nocturne est un imaginaire du mélange, de l’indistinct. N’est-ce pas à lui qu’il faut attribuer les mythes des métamorphoses, les croyances aux loups-garous, aux hommes-panthères, aux centaures et aux sirènes.

Le minotaure de Crète appartenait à une culture matriarcale. Sa mise à mort fut la victoire apollinienne du patriarcat grec.

 

Le sens de la dynamique de l’imparfait provisoire doit permettre d’intégrer la rhétorique et ses blandices dans le cheminement de l’humain premier.

 

tu balances ta faux de gauche à droite

et c’est ainsi que tu avances

 

le sage la contemple et te soupçonne

de donne sens à son passage

 

de dire qu’en la bouche de sa lame

peut-être rit son avenir

 

qu’au murmure rythmé de son esprit

peut-être passe un nouveau souffle

 

et qu’aminci comme elle par son âme

il passera la porte étroite

 

26 mars 2007

 

« Ce n’est plus moi qui vis, c’est (le) Christ qui vit en moi » (Galates 2, 20).

Pour que cette intuition soit bien comprise, pour qu’elle devienne une libération et non une aliénation, il faut que (le) Christ ne soit plus une personne au sens d’un individu centré sur lui-même, mais une personne au sens d’une eccéité centrée sur l’autre, vivant de l’altérité positive, de la dilection, de l’agapè, vivant de l’autre-pour-l’autre. La vie que Paul tente de vivre et qu’il invite à vivre est la vie éternelle du Tout-aimant où se découvre la liberté dernière.

Pour le comprendre, il faut atteindre l’intuition que l’altérité positive est le secret dernier de l’être, et qu’être libre c’est pouvoir vivre selon son être.

 

Ce n’est pas le passé comme tel qui nous éclaire sur ce que nous sommes, ce n’est pas le passé comme événement fondateur, comme commencement mythique, mais le passé en sa dynamique, qui nous donne l’intuition de notre propre dynamique. Si nous comprenons comment la vie est en marche vers toujours plus de conscience, nous pouvons comprendre que notre croissance dans l’être, celle qui répond à notre vœu essentiel, est dans l’intensification de notre conscience. D’abord comme individu au long de notre vie, mais aussi, cette individualité étant celle d’une eccéité fondée sur l’altérité, comme dynamique de la société, de l’humanité.

 

cet ambre qui se donne à boire

cette eau frémissant dans le bol

de quelle improbable rencontre

fera-t-elle mémoire

 

ce qui se joint et se sépare

aux dix mille chemins du sol

et des hauteurs ici se montre

en cet instant du soir

 

prépare la cérémonie

rassemble jusqu’au cœur du même

l’étrange là-bas le semblable

et l’autre en l’harmonie

 

partage ce qui réunit

ce qui disjoint et ce qui aime

cet ambre de l’invraisemblable

le secret de l’esprit

 

27 mars 2007

 

Quelle identité pour une conscience qui cherche à vivre de l’altérité positive ? Le fondement de cette identité est cette altérité, mais cette identité fondamentale est en situation dans le temps et l’espace de par sa condition charnelle. Toute conscience humaine est enracinée dans une histoire et une géographie dont elle émerge mais qui l’ont d’abord conditionnée. Et la dynamique de son être même l’amène à s’en dégager pour vivre de la vie de l’éternel infini qui est l’être de son être.

On peut ainsi concevoir que la « charité bien ordonnée commence par soi-même », mais que ce n’est qu’un commencement. Une fois la charité comprise comme amour de dilection, de l’autre comme autre, on en vient à se considérer soi-même et les siens comme des autres, du mouvement qui invite à considérer tout autre comme un être qui nous constitue en notre être éternel.

Quelle fut la démarche de Yeshoua dans cette perspective ? On voit qu’il s’est écarté des siens, de sa famille dès les débuts de sa prédication. Mais il a hésité à étendre sa prédication au-delà du cercle de son peuple. On le voit voyager en Galilée, en Judée, en Décapole à l’est du Jourdain et jusque Tyr et Sidon (Matthieu 15) ; mais sans s’intéresser aux non-juifs. La Syro-Phénicienne doit en quelque sorte lui forcer la main pour obtenir de lui une guérison. Et lorsqu’il envoie ses disciples prêcher, il leur dit de ne se préoccuper que des brebis perdues de la maison d’Israël (Matthieu 10, 5 ; 15, 23).

Cependant l’évangile de Jean nous le montre en train de révéler l’universalisme de son message à une Samaritaine. Et quand on sait que les Samaritains étaient l’autre négatif pour les Juifs, on saisit l’implication de cette démarche : Yeshoua y découvre que son message d’altérité positive rend caduc le culte centré sur un lieu géographique (Jean 4, 20-24). Et pourtant il a cru devoir achever sa vie à Jérusalem, il n’est pas sorti de sa contradiction.

 

par quelle barbe jures-tu

par celle que tu montres

par celle que tu caches

ignores-tu

que de l’autre l’une est le signe

 

ton cerveau n’est pas un fétu

apprends le pour le contre

si plus rien ne te fâche

devras-tu

cacher cette feuille de vigne

 

28 mars 2007

 

Plusieurs paroles de Yeshoua semblent indiquer qu’il annonce une adoration démythisée : le temple de Jérusalem ne sera plus le centre des pèlerinages, pas plus qu’aucun autre sanctuaire (Jean 4, 21). Il sera même détruit (Matthieu 24, 2). Et que veut-il dire lorsqu’il fait de son corps le nouveau temple après sa mort (Jean  2, 19-21) ? Faut-il comprendre qu’il annonce la sortie du mythe du centre sacré, voire de tout le sacré, à l’invitation de l’esprit, ultime vérité de l’être (Jean 4, 24) ? Le mythe de la résurrection, c’est l’identification de Yeshoua à la vie éternelle de l’Agapè. Sans doute, mais le christianisme n’a pas retenu cette interprétation. Le Christ Jésus est pour lui à la fois un personnage historique et une figure mythique dont on cherche à se faire le contemporain selon la tradition rituelle de la réactualisation d’un événement fondateur.

 

à chaque arbre sa brume et son rêve

 

le bocage se donne à voir

un peu plus que seul en lui-même

lorsque l’habille une lumière

grisée d’espoir

 

à chaque arbre sa brume et son rêve

 

ne fait-il que se souvenir

d’un temps plus loin que ses racines

et plus intime que les graines

de l’avenir

 

à chaque arbre sa brume et son rêve

 

longue longue longue est l’histoire

dont ici maintenant l’espace

entrouvre lentement les bras

de la mémoire

 

à chaque arbre sa brume et son rêve

 

tant que l’air en un seul soupir

rassemble des quatre horizons

cette paix qu’il donne à l’esprit

de ressentir

 

Dénoncer les mythes antisionistes avec une sorte de salivation jubilatoire peut éveiller des réticences, risquer de mettre également à mal le mythe du bon juif éternellement persécuté.

Le mythe du juif perfide complotant la domination et l’exploitation du monde est l’envers ténébreux du mythe du juif élu par l’Eternel pour illuminer le monde.

 

29 mars 2007

 

Qu’il soit celui du temps archéologique ou du temps eschatologique, la mythe finit par apparaître provisoire dans la dynamique de la conscience individuelle. Le rite aussi, qui lui donne vie en l’actualisant. Vient un jour où la conscience découvre qu’il n’y a pas d’événement du passé qui soit un commencement absolu, ni d’événement du futur qui puisse être un autre commencement absolu.

Mais comment être sûr d’approcher cette question sans être influencé indûment par l’un ou l’autre pôle de notre imaginaire ? Faut-il insister davantage sur la discontinuité ouranienne ou sur la continuité chthonienne ? Quelle valeur accorder à la notion de seuil, et même de rupture ?

 

Pouvons-nous faire autrement que de compter les années à partir d’une origine ? La fondation de Rome, la naissance du Christ, l’Hégire… ? Peut-être pas, mais la linéarité vectorielle ainsi donnée au temps ne doit pas nécessairement être mythifiée par des rites de célébration, qui sont en réalité un hommage au temps cyclique du mythe.

 

La désacralisation du temps va de pair avec la désacralisation de l’espace. Dénoncer le culte du Temple de Jérusalem, c’est implicitement renoncer au culte du temps des origines et des apocalypses, des anniversaires. Le Tout-aimant, que découvre un peu plus Yeshoua, ne privilégie aucun lieu, aucun événement, ni non plus, implicitement, aucune culture, aucun peuple, aucune personne. Il s’offre à tout être à la mesure de l’accueil que celui-ci lui réserve, à toute conscience à la mesure de son ouverture au don de la Dilection.

 

tout au long de la nationale

qui a semé les digitales

 

est-ce le vent ou est-ce l’eau

est-ce une main ou un désir

de voir bientôt leur chevelure

tenter de rendre un peu de joie

au crâne chauve de la route

 

celui qui de toucher la peau

de cette terre et de frémir

lorsque le frôlent les voitures

sent en lui s’exalter l’émoi

dont la chaleur dissout le doute

sent aussi que poussent les mots

les voit exulter et fleurir

 

il sait attendre leur murmure

patient où son âme s’accroît

lorsqu’en elle leur chant s’égoutte

 

tout au long de la nationale

il va semer des digitales

 

30 mars 2007

 

Dans le choix d’un candidat ou d’une candidate à la Présidence de la République, on ne peut faire abstraction de la dimension mythique des enjeux puisqu’il / elle sera le Président / la Présidente d’un peuple majoritairement englué dans cette irrationalité.

Il demeure que ce choix doit d’abord être rationnel et donc mettre entre parenthèse et la mythification négative de la diabolisation et la mythification positive de l’héroïsation. La réflexion rationnelle conduisant au choix demande un examen de chaque candidat selon le critère de l’humanisme dernier, celui de l’altérité positive dont la manifestation éthique première est celle de la justice, c’est-à-dire du souci égal de tous les citoyens.

La recherche d’informations sur chacun des candidats concerne avant tout ses actes passés, son bilan. Son programme n’est crédible que s’il est cohérent avec ces actes.

 

à chaque pas la rosée

dans l’herbe du bas-côté

cligne des yeux au soleil

 

éphémères ses bijoux

sur l’interminable cou

illuminent le marcheur

 

qu’il s’arrête et son regard

émerveillé donne à l’art

de soutenir leur éclat

 

que ne peut-il à chacun

en la seconde d’emprunt

conférer l’éternité

 

diamants rubis saphirs

au cœur s’en viennent grossir

lorsqu’il se met à genoux

 

sur le chemin des lumières

sur la voie du cimetière

arrive-t-il trop tard

 

il se sait vivre à toute heure

dans l’ici ou dans l’ailleurs

pour les milliards et pour l’un

 

31 mars 2007

 

à quoi sert l’île en l’étang

 

à quoi sert que tu retournes

avec plus ou moins de hâte

sur le parcours de tes yeux

 

la rive que tu contournes

à main gauche et à main droite

revient se mordre la queue

 

le mouvement de rotor

sa ritournelle son rite

peut-il servir l’éternel

 

du moment du couple sors

donne l’élan de ta fuite

à l’infinie ribambelle

 

si l’unique est le départ

le stator indispensable

l’île au centre de l’étang

 

manie ta fronde avec art

et lâche-toi vers le sable

de tes milliards en tournant

 

à quoi sert l’île en l’étang

 

La maîtrise de soi n’est pas ici un service de soi (horreur au « je suis maître de moi comme de l’univers ; je le suis, je veux l’être » !). ce n’est pas une domination ni une possession dont on s’enorgueillirait. C’est une libération des entraves à la dilection par la dilection ; c’est une liberté de l’autre pour l’autre, du cœur à cœur avec l’autre.

 

1er avril 2007

 

Si vous me demandez ce que c’est que l’art, je ne sais que répondre. Mais il y a certaines choses dont je suis sûr. Ainsi, devant une « Cathédrale de Rouen » de Monnet, une « Montagne Sainte-Victoire » de Cézanne ou une « Vallée dans la brume » de Turner, je me fige, j’exulte. Mais aussi devant un jardin de Kyoto, un bijou sarmate, un masque baoulé…

Devant la « Fontaine » de Deschamps, je déprime et m’enfuis. Devant cent et cent œuvres, classiques ou modernes, je passe indifférent.

Je suis sûr aussi qu’aucun théoricien, aucun critique d’art n’y changera rien. Lorsqu’on me dit que les artistes sont en avance sur leur époque et qu’il faut du temps pour former une nouvelle génération à une nouvelle esthétique, je me dis que j’entends tous les jours d’habiles rhéteurs manipuler les braves gens. Ce qu’ils font en politique, d’autres le font en éthique, d’autres encore en esthétique.

 

quand la vallée s’inonde de vapeurs

l’artiste la regarde des hauteurs

 

veut-il donc l’avaler dans la lumière

veut-il donc la comprendre tout entière

 

ou va-t-il pénétrer ce qui le happe

avant que de son ventre il ne s’échappe

 

l’esprit qui le conduit au plus profond

l’invite à révéler l’être sans nom

 

la juxtaposition des fragments d’une pensée découvre des non-dits qui sont des entre-dits, disons des entre-chuchotis qu’une oreille affinée repère et tente d’organiser en une pragmatique toujours plus vaste, en une symphonie totale où toutes les syntaxes sympathisent.

 

2 avril 2007

 

Pourquoi souhaiter une résurrection de la chair alors que « Dieu est esprit » (Jean 4, 24) ? Si l’on tente de poser un regard rationnel sur le mythe chrétien de la résurrection de la chair, on peut pertinemment partir de l’idée du Don de la dilection (Jean 4, 10) : don de l’être, de l’énergie se déployant dans le temps en matière, vie, conscience. On peut concevoir qu’une conscience réfléchie répondant à ce Don soit appelée à y participer, à aimer de dilection, et que cette vie soit éternelle, étant le principe même de l’existence de l’infini voulant qu’existent des êtres finis. La conscience qui accueille la dilection parce qu’elle y reconnaît son bien véritable ne peut mourir : elle vit désormais de la vie éternelle. La décadence plus ou moins rapide de sa chair n’y change rien. Le corps apparaît alors comme jetable dans la dynamique du provisoire. La « résurrection de la chair » est ainsi une image, une figure de la vie éternelle d’une conscience parvenue à l’état définitif, à la vérité spirituelle de son être (Jean 4, 23s). L’expression « corps spirituel » peut aussi l’indiquer (I Corinthiens 15, 44).

 

mère énorme tu rassembles

sur ta peau tes mille enfants

de tes formidables bras

en douceur tu les retiens

 

il suffit d’un peu de muscle

pour que sans même y penser

le pied se soulève et marche

 

l’aile aussi de toi s’enlève

s’appuyant sur cette haleine

par qui tu lui donnes vie

 

en l’univers tu attires

tout ce qui voudrait se fuir

et l’explosion compose

avec toi l’hymne à la joie

 

3 avril 2007

 

Lapidation des adultères.

Comment la loi mosaïque (Lévitique 20, 10 ; Deutéronome 22, 22) s’est-elle adoucie au point de disparaître dans le judaïsme ? Comment peut-elle le faire dans la sharia musulmane ?

Dans la scène évangélique de la femme adultère (Jean 8, 4ss), il n’est pas question de l’homme adultère, contrairement à ce que prévoient les textes du Lévitique et du Deutéronome. Cette inégalité de traitement est évidemment un recul. On peut aussi observer que Yeshoua ne s’oppose pas ouvertement à la loi mosaïque, mais qu’il la subvertit : « Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre ». Cette attitude est cohérente avec son « ne jugez pas et vous ne serez pas jugés » (Matthieu 7, 1) et son « pardonnez-nous comme nous pardonnons » (Matthieu 6, 12).

L’essence de l’intuition de Yeshoua conduit à la suppression de toute vengeance et donc de toute punition de caractère vengeur. Lorsque, il n’y a pas si longtemps, divers Etats ont décidé d’abolir la peine de mort, on a pu y voir un aboutissement, enfin, de cette intuition. La notion de « peine » n’a pas disparu, mais de plus en plus de consciences comprennent que ce n’est pas une punition mais une protection et un espoir de réhabilitation.

La « punition », la « sanction », policière et même scolaire, ne devrait dans cet esprit n’avoir qu’une fonction pédagogique : faire comprendre au « puni » qu’il s’est trompé, et aussi qu’il est invité à s’améliorer, à se perfectionner.

Les procès montrent à l’évidence que tout le monde n’est pas prêt à passer de la punition vengeresse ou compensatrice à la punition réformatrice, mais les magistrats sont appelés à travailler selon cette dynamique.

En découvrir l’évidence retentit sur la vision du monde, sur l’ontologie même dont elle est une manifestation : l’être ultime est altérité positive, être-pour-l’autre

 

dans les jumelles les lointains

ne sont que leur silence

cet arbre dressé dans son air

que médite-t-il donc

 

la sève doucement lui monte

et ses bourgeons sont près d’éclore

 

se peut-il que notre distance

dans l’élan du matin

s’abolisse en l’éther

où les esprits sonnent leurs conques

 

la question est bien ce qui compte

pour cet inaudible dehors

de ce qui rapproche les corps

 

en écoutant ce que suggère

tout ce qui ne peut que se taire

l’œil qui se transporte plus loin

y découvre sa faim

 

Croyez-vous que les bouddhistes recherchent le vide pour le vide ? S’il a visage de néant, c’est qu’il est la demeure de l’infini.

 

4 avril 2007

 

Aurai-je ce soir bougé, avancé, reculé sur le chemin infini ? Aurai-je fait de l’information une connaissance, de la connaissance une sagesse, de la sagesse une dilection ?

Il ne s’agit pas de lutter contre le temps, les rides, la dégénérescence, l’entropie, mais pour le temps, la vie, la conscience, l’infini.

Vienne l’heure. Prépare, attends l’heure où tout penser et tout agir accueilleront l’Altérité.

 

dans le prunier la grive chante

l’exultation de la blancheur

 

les corolles exubérantes

de leurs mille mains applaudissent

 

afin que jamais ne finisse

leur pure joie

 

que sur la page les mots hantent

la neige éternelle en sa fleur

 

Si le vide a visage de néant, est-ce parce que l’être in-fini est sans dé-finition ?

 

Le cercle du monde n’est pas un cercle puisque le monde est infini, puisqu’il est une infinité de mondes. Il est pourtant une infinité de courbes qui se lient et se délient, s’engendrent et s’accomplissent, s’enlacent et se déploient, un peu comme donnent de l’imaginer ces calligraphies d’initiales si ornées qu’elles en deviennent insaisissables.

 

Si Myriam mère de Yeshoua peut encore vivre et vivre pour nous, ce n’est pas parce que sa chair depuis longtemps disparue comme celle de son fils serait la chair purifiée par sa divinisation ouranienne en l’assomption de son ascension. C’est qu’elle vit de la vie éternelle pour les autres, et plus que beaucoup d’autres.

 

« Donner un sens plus pur aux mots de la tribu ». Euréka ! Mallarmé n’est le grand maître des poètes français du XX° siècle que parce qu’il poursuit le vieil idéal ouranien de la pureté.

 

5 avril 2007

 

     encore

longtemps je me lèverai de bonne heure

appelé par les ombres de la nuit

avant qu’elles ne se retirent

 

et même

avant parfois lorsque la lune pleine

plongeant sa juste oblique au puits de l’escalier

visite et féconde le cœur

 

alors

je la regarde s’en aller rejoindre lentement

au moucharabieh des arbres nus

sa veille obscure tout le jour

 

Lorsque Yeshoua lave les pieds de ses apôtres (Jean 13), il fait comprendre à Pierre qui s’en indigne que ce n’est pas un geste de purification : il lui dit qu’il est déjà pur (13, 13). Mais d’une part il sépare la pureté rituelle du bain de ce qu’elle représente : Judas s’est lavé comme les autres, mais il n’est pas pur (13, 10ss). D’autre part, et c’est là la pointe de son geste, le lavement des pieds est l’expression non rituelle mais profane de la dilection qui fait disparaître l’inégalité hiérarchique. Ce n’est pas non plus le jeu de bascule qui fait que le premier se fait le dernier, avec le sous-entendu qu’il reste le premier mais qu’il fait comme si afin d’asseoir une nouvelle autorité. C’est un geste de dilection pure, qui fait que celui qui était pensé comme Dieu est désormais pensé comme Amour.

Dans quelle mesure peut-on dire qu’il rejette la purification pour la remplacer par la dilection ? On peut avoir l’impression qu’il mène la purification au bout d’elle-même, qu’il la prolonge et l’accomplit. Il est difficile de mesurer le degré de continuité et de discontinuité entre la vieille purification et la dilection, « commandement nouveau » (Jean 13, 34). On peut penser que la purification est elle-même purifiée, et ce n’est pas simple subtilité rhétorique de le dire : elle laisse place à ce à quoi elle prépare. La dilection purifie de la pureté comme elle désintéresse du désintéressement, ne faisant se soucier chacun que de l’autre.

 

Les guérisons inexpliquées, qu’elles soient l’œuvre de guérisseurs traditionnels ou de ce que certaines religions appellent miracles, sont des questions posées à la science. Les nier par principe en les déclarant impossibles n’est pas scientifique, mais témoigne d’une idéologie. Si leur étude scientifique n’est pas possible parce qu’ils ne peuvent pas faire l’objet d’expérimentations reproductibles, la science doit admettre qu’elle ne peut rendre compte de la totalité du réel.

 

6 avril 2007

 

Lorsqu’en écoutant les manipulations rhétoriques des candidats aux élections on prend davantage conscience que nos votes sont ceux de gens que l’on peut ainsi persuader, plutôt que de s’affliger en se demandant si le droit de vote est une question qu’une conscience venant à douter de ses capacités politiques finit par se poser pour elle-même, il faut pousser un peu plus loin le sens de l’imparfait, du provisoire, de la marche longue, longue, longue de notre humanité vers la lumineuse évidence de la vérité libératrice.

 

mélange le bleu et le rouge

et tu auras le drapeau mauve

dont maintenant elle enveloppe

son projet

 

est-ce la voix subliminale

qui parle ici ou l’indistinct

fait-il la nique à la coupure

de l’autre camp

 

ainsi se corrige l’excès

du jour brutal par la nuit douce

des hauteurs par les profondeurs

de la mère

 

si plutôt que de t’opposer

tu préfères participer

espère que viendront fleurir

les lilas

 

7 avril 2007

 

     elles bougent toutes ensemble

ou presque

boules de neige que rassemble

la fresque

ronde du volume où l’espace

étonne

de chacune à chacune face

se donne

en poupées russes déployées

la vie

à l’infini d’imaginer

l’esprit

 

Cet incroyable spectacle d’un hippopotame délivrant un jeune impala de la gueule d’un crocodile et prenant soin de lui. La compassion du Bon Samaritain et la vie éternelle déjà dans la bête annoncées, préparées ? On a du mal à l’imaginer.

 

« Faites ceci en mémoire de moi, en ma mémoire, in meam memoriam, tèn amèn anamnesin » (Luc 22, 19). On peut se demander pourquoi l’évangile de Luc est le seul à mentionner cette parole de Yeshoua, alors  qu’elle est devenue le fondement, la justification de la messe et de la cène. Mais surtout, quel est ce moi dont Yeshoua est censé avoir demandé qu’on en garde mémoire ? Et de quelle forme de mémoire s’agit-il ?

La religion juive, comme beaucoup d’autres, est une culture du souvenir. Les fêtes juives, dont le christianisme a partiellement hérité, dont il a gardé le principe, sont des commémorations, la Pâque en particulier, événement fondateur du peuple élu sauvé. Et l’écriture de la Torah a été un acte d’assurance de la bonne mémoire, un soutien de la permanence de l’anamnèse.

Le souvenir est ici censé donner sens à l’existence actuelle, génération après génération, fonder son identité.

La commémoration liturgique surtout, de par sa sacralité, donne une puissante force affective à cette identité par l’origine, car elle est vécue comme une réactualisation, un (comme si c’était) maintenant. Dynamisme ambigu, car il donne au passé une présence indue. Il assure à la continuité de l’histoire une prééminence sur sa discontinuité. Il risque de faire envisager l’avenir comme une répétition du passé plutôt que comme son prolongement et son accomplissement.

Le Yeshoua qui va mourir reste fidèle à son intuition. Il parle par anticipation d’un moi disparu (puisqu’il invite à ce qu’on s’en souvienne), mais c’est un moi sorti de son histoire et de sa géographie parce qu’il vit de la vie éternelle, de l’amour de l’autre étendu à tous les temps et à tous les lieux.

 

8 avril 2007

 

Au silence du silence de TU, JE ne s’interroge pas pour savoir si JE peut demander ceci ou cela, s’il est digne humanistiquement de te dire ceci ou cela. JE laisse s’accomplir le cœur à cœur, l’esprit à l’esprit.

 

le friselis

du blé en herbe

chante à la plaine

un air de fête

 

entre un peu plus

au fond du champ

que te traversent

les grandes vagues

 

tu te souviens

qu’adolescent

l’oreille close

tu y marchais

 

l’âme pourtant

qui te poussait

vers le silence

guidait tes pas

 

qui sait jusqu’où

plus affinée

l’oreille encore

te mènera

 

avoir l’oreille

oui tout est là

pour bien entendre

la voix du blé

 

né de la mort

lui-même l’autre

au friselis

de son esprit

 

Ceux qui crient aux étrangers qu’il leur faut impérativement s’assimiler feraient bien d’aller voir à l’étranger comment les Français s’assimilent.

 

« Qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende » (Matthieu 13, 43 ; Marc 4, 9 ; Luc 8, 8). Peut-être faut-il, pour entendre, d’abord rejeter l’interprétation hostile des évangélistes reprenant la prophétie d’Isaïe (Matthieu 13, 14ss ; Marc 4, 12 ; Luc 8, 10 ; Isaïe 6, 3s). On peut alors tenter de se trouver l’oreille capable de comprendre le constat réaliste de cette parole : les  consciences qui n’accueillent pas le message de Yeshoua sont des consciences qui n’ont pas perçu sa pertinence, son inhérence même à ce qui les fonde, parce qu’elles ne se connaissent pas elles-mêmes.

On ne peut admettre l’intuition de l’être comme dilection que si on la reconnaît présente en soi. La « révélation » n’est acceptable que si elle est le dévoilement de ce qui au fond de la conscience humaine. Ce n’est pas l’intervention d’une transcendance qui s’imposerait à la liberté, mais la découverte de la liberté ultime que renferme le secret de l’être comme altérité positive de l’Eternel.

Yeshoua a mis au jour ce qui était caché depuis toujours, qui n’avait pas encore émergé dans la connaissance que l’humain avait de lui-même.

Plutôt que de se référer à la déclaration d’opposition d’Isaïe, il faudrait suivre Matthieu lorsqu’il parle du Royaume comme d’un trésor caché que l’on met au jour (13, 44) en une parabole qui consonne avec sa citation (arrangée ?) du Psaume 78, 2 : « J’ouvrirai ma bouche en paraboles ; je dirai des choses gardées secrètes depuis la fondation du monde » (Matthieu 13, 34s), et que Paul aussi retient : « La prédication de Jésus Christ selon ma révélation du mystère gardé secret depuis toujours et maintenant manifesté…(Romains 16, 25s).

La « révélation » de Yeshoua est une intuition de l’essence de l’humain en participation de l’essence de l’être. C’est un gnôthi seauton.

 

9 avril 2007

 

combien faut-il d’hirondelles

pour que le printemps soit là

oh sophiste dis-le moi

toi qui sais combien de grains

il me faut pour faire un tas

 

l’esprit de géométrie

pour faire dans la nuance

oh poète dis-le moi

doit savoir céder sa place

aux finesses de l’esprit

 

N’est-il pas naturel que dans notre esprit à esprit nous ne nous disions que les autres, ou quasiment ? N’es-tu pas d’abord altérité ?

 

Si l’imagination littéraire est un mensonge qui dit vrai, elle ne peut le dire qu’en s’affichant mensongère. Le roman réaliste ne le fait pas, il rejoint ainsi la rhétorique manipulatrice. L’intention des auteurs des Misérables et de Germinal était certainement louable. Elle a pu ouvrir des consciences à des problèmes réels, mais elle l’a fait en touchant des sensibilités par des moyens que l’on pourra toujours juger manipulatoires. Et cette manipulation peut être donnée comme un argument par ceux qui refusent d’ouvrir les yeux sur la situation réelle de la société qu’elle prétend mettre au jour.

 

La littérature véridique s’affiche comme une fiction. Ainsi, la poésie, de par sa forme, montre qu’elle ne prétend pas présenter la réalité scientifique, historique, politique, religieuse…, mais inviter à en approcher l’âme.

Encore faut-il qu’elle se soucie autant du sens que du son, de la signification que du nombre, de l’intuition que du rythme, de la pensée que de l’émotion.

 

 

10 avril 2007

 

Te rencontrer en ta perfection rend la conscience exigeante en matière de rigueur intellectuelle et d’excellence esthétique comme d’altérité absolue.

 

Ce n’est pas seulement le sacré que nous traînons en notre héritage psychique, toujours prêt à surgir, à s’imposer à notre comportement instinctif en vagues de prédation, de domination, de désir érotique d’absorption, de vengeance…, toutes ces horreurs qui habitent le sous-conscient de l’honnête homme.

 

bientôt les feuilles cacheront

davantage cet horizon

que le désir d’un au-delà

infini fait s’enfuir là-bas

 

le regard pris devant derrière

se reclora dans la clairière

et le cœur serré en son cloître

n’aura plus que le ciel pour âtre

 

les pieds collés sur cette masse

le corps prisonnier quoi qu’il fasse

ne pourra que tourner en rond

frappant le sol de sa prison

 

au cocon bleu ou blanc ou gris

il dira que vienne la nuit

que peut-être sous l’air limpide

se trace la carte du vide

 

enfin pour que l’immense abîme

se libère de toute rime

il veillera que se déclose

muet le parfum de la rose

 

On ne peut comprendre le mythe sans tenir compte d’un de ses éléments essentiels, l’affect. Mais l’intellect n’y accède pas, il ne peut que prendre acte de son irrationalité.

 

11 avril 2007

 

     un à un les pétales se détachent

hésitent se posent comme au hasard

de leur forme et des souffles qui les hantent

chacun selon son être

cependant

la plane projection qui les accueille

se couvre peu à peu d’une figure

où l’esprit qui exerce la reconnaissance

trouve à se réjouir d’une presque harmonie

 

quelle loi statistique organise ta marche

invisible maîtresse de ton art

guidant ici et là parmi les sentes

innombrables au multiple de l’absent

ces fluides parcours qui réjouissent l’œil

lui faisant construire la tacheture

faite de ces blancheurs qui viennent donner sens

à la surface offrant sa ressource infinie

 

Nombre de théologies chrétiennes donnent l’impression que le « Dieu est amour » de Jean n’est qu’une étiquette collée sur une divinité demeurée inchangée, toujours dépendante de l’immémoriale idée d’un dieu tout-puissant, d’un être suprême, d’un numéro Un de l’ontologie.

Prendre au sérieux I Jean 4, 16, quintessence de l’intuition de Yeshoua, c’est mettre l’altérité positive au cœur de l’être. Mais peut-on le faire si l’on  ne parvient pas d’abord à comprendre rationnellement que la coexistence de l’être infini et des êtres finis suppose cette altérité.

Création ex nihilo ? Rien de ce qui existe ne peut exister qui ne soit participant de l’être infini puisque l’infini ne peut avoir de dehors ni de néant. En ce sens tout être fini est son non-autre, et la réalité positive de l’éternel acte « créateur » est qu’il pose, à partir et en participation de l’être infini, des êtres qui sont autres que lui, des eccéités libres face à son eccéité libre.

 

12 avril 2007

 

     de jour en jour elle avance

verticale sur le mur

 

mais faut-il que je mesure

les choses pour croire au sens

 

la droite vive précise

la certitude du nombre

salue la gauche de l’ombre

en son ivresse indécise

 

alors de jour en jour guette

sa venue et son départ

et ne retiens que son art

à qui ton âme fait fête

 

Qu’apporte à une conscience finie de se savoir de la substance de l’infini et tout autre pourtant en son eccéité ? Et plus encore de se savoir conviée à participer à l’élan d’altérité positive de l’infini ?

 

Lorsqu’on reconnaît la valeur inestimable de l’intuition de Yeshoua dans l’histoire de l’humanité, on est incité à peser ses paroles. Il aurait dit : « Je suis la vérité » (Jean 14, 6) ; mais il faut se demander ce que signifiait pour lui « je », ce que signifiait « suis » et ce que signifiait « la vérité ». Il faut admettre que cela ne va pas de soi, que les mots utilisés sont polysémiques.

De quelle identité avait-il conscience ? A quelle « profondeur » parlait-il ? le « je » qui en lui récusait la valeur de la relation familiale avec sa mère et ses frères au profit d’une relation divine (Luc 8, 21 ; Matthieu 12, 50 ; Marc 3, 35) ?

En quel sens employait-il le verbe être ? (Peu importe le mot, l’auxiliaire de prédication utilisé en araméen ou son absence). Il se disait aussi être la voie et la vie (Jean14, 6). Il se disait être la résurrection (Jean 11, 25), la vigne (Jean 15, 11). Il donne l’impression d’avoir eu conscience d’être une réalité qui dépassait son apparence, d’avoir senti que son je était un autre.

La vérité de son être était ainsi non seulement l’adéquation de ce qu’il se disait être et de ce qu’il se savait être, mais l’expression de son expérience fondatrice, celle de l’intimité d’un dieu de dilection qui demeurait en lui et en qui il demeurait (Jean 14, 10). Cette expérience ne faisait qu’un avec son message. Si le dieu dont il avait l’expérience était Dilection, il ne pouvait manquer d’inviter toute conscience à la même expérience (Jean 14, 23). Mais il faut aussi comprendre que cette inhérence de son message à son identité implique qu’il n’était pas Dieu et qu’il pouvait donc dire en vérité : «Croyez en Dieu, croyez aussi en moi » (Jean 14, 1) et ne pas corriger Marthe lorsqu’elle lui disait : « Ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera » (Jean 11, 22).

 

13 avril 2007

 

Que faire de cette gloire dont le christianisme se gargarise, continue de se gargariser à longueur de liturgie ? Il y a bien eu le « gloria Dei vivens homo », « la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant », que l’on peut comprendre comme une subversion du dieu tout-puissant devenu depuis Yeshoua (mais déjà inchoativement depuis Moïse et même Abraham) le dieu tout-aimant. Est-elle d’Irénée de Lyon, cette formule ? Lui a-t-elle été inspirée par Jean relayé par Polycarpe de Smyrne ? Dans quelle mesure a-t-elle survécu ?

Le vieux sens associé à la puissance demeure invinciblement collé au mot gloire. Que l’on pense à la gloire du Bernin, à celle que l’art baroque a imprimée dans l’imaginaire des gens qui ont fréquenté et de ceux qui fréquentent encore ses églises.

Pour qui se laisse envahir par la dilection, par l’altérité positive jusqu’en son imaginaire, la gloire est à reléguer au monde sacré des religions devenu obsolète il y a deux mille ans.

 

fugace enfant de la lumière

et de l’averse

nul ne possède l’arc-en-ciel

 

l’amour et la haine s’y livrent

à l’équilibre

de leurs teintes et de leurs lignes

 

et la géométrie parfaite

du demi-cercle

se pose sur le flou des airs

 

le cœur bondit depuis toujours

lorsqu’à son cou

il s’accroche pour se dissoudre

 

la tête lui dit qu’invisibles

se multiplient

ses possibles à l’infini

 

et l’âme qui s’adresse au rêve

rejoint la sève

du monde où vit l’imaginaire

 

fugace enfant de la lumière

et de l’averse

qui se libère en l’arc-en-ciel

 

14 avril 2007

 

En politique, le symbolisme de la droite et de la gauche risque d’être manipulatoire. Si l’on met en balance les valeurs de liberté et les valeurs d’égalité, on voit qu’elles ne correspondent pas tout à fait à ce symbolisme. Ce sont pourtant ces valeurs, leur équilibre ou leur déséquilibre, qui déterminent le degré de justice inspirée par la fraternité, qui expriment la sensibilité politique et qui déterminent son acceptabilité au regard de l’altérité positive.

 

mon papa

mon papa

a lavé notre voiture

et ça fait

et ça fait

une jolie flaque en bas

 

une flaque

une flaque

c’est fait pour sauter dedans

à deux pieds

à deux pieds

pour la faire éclabousser

 

lâche-moi

lâche-moi

la main maman que je saute

à deux bras

à deux bras

dans la flaque de papa

 

La dilection ne fait pas de la conscience une « chose entre les mains de Dieu ». Elle la libère au contraire, en la faisant participer à sa liberté.

L’infini-dilection demeure intouchée des êtres finis simplement parce qu’elle est dilection, amour qui attire et haine qui écarte. Elle invite la conscience à cette relation détachée avec tout être où le respect et l’affection sont aussi puissants l’un que l’autre.

La conscience qui accueille la dilection ne cherche pas la pauvreté. Elle s’appauvrit cependant, car le trésor qu’elle découvre la détache, la libère des possessions matérielles et spirituelles qui la possèdent : elle ne cherche que le bien des autres, et surtout leur bien suprême, qui est pour elles aussi de participer à la dilection.

La vie d’une contemplative peut bien commencer par un amour érotique pour le Christ son époux ; il faut tôt ou tard, par évolution ou révolution, que cet amour se transmue en agapè, en dilection universelle, en vie éternelle.

 

15 avril 2007

 

     comme un ballon abandonné

par le hasard du dernier jeu

se garde un souvenir

et se prépare le désir

de se remettre à vivre dans les yeux

qui viennent s’y poser

 

une pensée dans la mémoire

endormie par les bruits du jour

attend avec patience

ce qui viendra redonner sens

à ce chemin qui l’emmène toujours

plus loin dans son espoir

 

Dieu est mort, Nietzsche est mort. Une fois bien comprise, la désacralisation n’épargne rien ni personne (Les Lumières s’éteignent avec le reste, en tout cas se mettent en veilleuse, réduites à des repères parmi d’autres sans l’histoire de la pensée).

En réalité, il n’est pas facile d’étouffer la nostalgie de la résurrection. Les dieux et les déesses ont encore de beaux jours devant eux, et Nietzsche reste installé au panthéon.

 

Si l’être infini est d’abord pour nous altérité positive et que nous ne pouvons le penser sans prendre en compte sa relation aux êtres finis, il ne se réduit pas à cette relation. Cette relation même nous conduit à nous interroger sur ce qu’il est par ailleurs : énergie, intelligence, beauté…

 

10 avril 2007

 

à la surface à la limite

de la terre et du ciel

elle dépose ses terrils

 

la vie qui se nourrit sous terre

dans le ciel enfouit

les décharges de sa recherche

 

adoratrice de Pluton

elle donne à penser

à l’Olympe et au Cithéron

 

Pointe le doigt vers le ciel. Certains peut-être le regarderont. La plupart chercheront à voir la Lune, Vénus ou Bételgeuse. Y en aura-t-il qui penseront à l’infini au-delà des bordures de notre univers ? Pourquoi ?

 

Si la récompense de la dilection n’est autre que la dilection, et que la dilection est l’accomplissement dernier de l’infini en chaque conscience, on peut penser que son fonctionnement est l’archétype de tout acte conforme à l’humanisme dernier. Lorsque Spinoza dit que la récompense de la vertu c’est la vertu, ne s’inscrit-il pas dans cette perspective ?

Ainsi faudrait-il que le travail soit la récompense du travail, que son fruit demeure entre les mains de son auteur, sa propriété à la mesure de la valeur qu’il y apporte. Le problème est de calculer justement la part de valeur qui revient au travail. L’histoire du travail montre que l’altérité négative conduit à l’injustice, à l’exploitation du travailleur. Une conscience inspirée par l’altérité positive lutte pour la justice puisqu’elle considère toute autre conscience selon l’égalité universelle.

 

17 avril 2007

 

Penser que la récompense de la dilection c’est la dilection, c’est penser que le reste est donné par surcroît, que l’exultation de l’intelligence, la réjouissance de la beauté et la joie de l’action en sont la participation, comme en l’Eternel beauté, intelligence et énergie sont inséparables de la dilection qui les anime.

 

Une vérité ne dépend pas de la qualité de la conscience qui la découvre, l’exprime et la répand, de l’autorité de Lao Tzu, Moïse, Bouddha, Jésus ou Mahomet… (En attendant tu viens de les citer et la prétérition n’est-elle pas une manipulation ?)

 

si d’année en année sa face

se renouvelle l’immuable

de sa joie et de ses tourments

peut t’en faire un ami de coeur

 

car ce n’est pas un migrateur

dont tu ne sais jamais vraiment

si c’est lui-même ou son semblable

qui vient t’offrir le chant fugace

 

dans la solitude attends l’heure

de t’approcher du confident

avec les gestes convenables

à la dignité de ta place

 

et dans la langue de ta race

entends les pensées de l’érable

entretiens-le des sentiments

qui habitent son âme sœur

 

18 avril 2007

 

Trente-trois morts sur un campus US et toute la terre est invitée à frémir de consternation. C’est trois fois moins que le chiffre quotidien des morts en Iraq (sans parler des blessés), un chiffre qui ne consterne pas grand monde

L’altérité positive de la dilection ne fait pas de différence entre Grecs et Juifs (Galates 3, 28), entre Iraqiens et Etasuniens, entre Français et Algériens, etc.

 

lents sur les grappes les grains s’émerveillent

virent du mauve sombre au mauve clair

insensible à leur nombre le regard

s’imprègne de l’élan de leur désir

 

demain demain demain enfin s’épanouir

et tendre à la lumière en excès de son art

plus douces les senteurs que les souffles de l’air

qui les porte insensibles aux lèvres des abeilles

 

donc en l’obscure nuit patient veille

et veille impatient dans la lumière

que le lilas parfait proclame la victoire

de l’antique justesse où l’attend l’avenir

 

La loi de la majorité est une règle sage dans des sociétés où l’unanimité est introuvable à cause du nombre de ses membres et de leur droit à la pensée personnelle, ou irrecevable parce qu’elle est le résultat de la fraude ou de la force (l’humanité a connu des sociétés où un avis contraire à l’unanimité entraînait l’exil ou la mort).

Il reste que l’unanimité est un idéal à ne pas perdre de vue, que la majorité est un pis-aller, même si elle est « écrasante » (voilà bien un mot à analyser), que la solution de l’alternance l’est aussi puisque le contraire d’une erreur est presque toujours une autre erreur et que le remplacement d’un excès par un excès contraire est une maigre consolation.

Lorsqu’elles sont aux affaires, les consciences animées par l’altérité positive se sentent portées à consulter en permanence les consciences de toutes les sensibilités politiques.

 

19 avril 2007

 

     la lumière l’étend et l’ombre la resserre

elle s’ouvre et se ferme au rythme de la terre

combien de nuits d’amour lui sont-elles comptées

combien de jours de haine lui sont-ils accordés

 

pour qu’au recueillement l’action succédant

elle laisse inutile choir l’émerveillement

 

et que dans l’invisible se retrouve enfoui

pour s’y transfigurer le trésor de sa vie

 

Dire que Yeshoua parle le langage de sa culture, c’est dire qu’il pense selon sa culture, que son intuition ne trouve à s’exprimer que selon sa culture. Et on ne peut attendre de cette expression la rigueur logique de la langue du XXI° siècle travaillée par la réflexion scolastique, kantienne, leibnizienne, russellienne…

Il demeure que son intuition est évidente dans les évangiles, que l’on peut l’isoler, la mettre en pleine lumière ; et ce ne peut être, selon notre langue, qu’aux dépens de ce qu’elle contredit, même si cette contradiction n’était pas évidente pour lui-même, a fortiori pour ses disciples.

 

L’analyse linguistique dans leur contexte de termes tels que « nom » et « gloire », comme  celle de la copule par laquelle Yeshoua exprime son identité, doit clarifier la distinction entre ce qui relève de l’intuition fondatrice du message de Yeshoua et ce qui relève de sa culture religieuse. Dans quelle mesure cette intuition subvertit-elle les concepts reçus en héritage et jusqu’à quel point en demeure-t-elle prisonnière ?

 

20 avril 2007

 

     dans l’après-midi qui s’achève

chacune se plaît seule

l’une prend un bain de soleil

l’autre un bain de fraîcheur

 

l’ombre et la lumière proposent

au choix de leurs désirs

le rêve là-haut de l’envol

et l’horizon possible

 

nous fait-il un peu partager

leurs mondes parallèles

pour marcher le cœur plus léger

sur le chemin du ciel

 

L’humanisme de l’altérité positive fait droit au désir infini, car il est inspiré par un élan vers l’autre qui ne peut se limiter en sa participation à son être que lui offre l’Infini-Dilection.

 

Lorsque certains penseurs parlent du néant, ils donnent l’impression de chercher à rendre compte de leur finitude : ils donnent le nom de néant à ce qui les limite, les « néantise », témoignant ainsi de leur vocation à l’infini. La croyance au néant apparaît chez eux pour exprimer un refus d’admettre l’infinité de l’être dont le désir les habite.

 

Le désaccord des religions témoigne de leur irrationalité. Les religions sont inévitablement irrationnelles dans la mesure où elles sont fondées sur l’expérience du sacré, expérience dominée par l’affect. Aucune argumentation ne peut accorder les fois religieuses en tant que religieuses.

Dire que le christianisme est « une religion qui sort de la religion » est une belle formule et qui donne à penser. Peut-être le christianisme a-t-il eu la possibilité de sortir de la sphère religieuse lorsqu’il n’avait pas figé ses croyances en dogmes. Employer le présent « sort » peut signifier qu’elle est en instance d’émergence, mais qu’elle n’y parvient pas. Elle porte en elle une intuition, celle de Yeshoua, qui lui permettrait de sortir du monde religieux  et de ses fois inconciliables, mais ses autorités auto-accréditées s’y refusent.

 

21 avril 2007

 

« Il fait pleuvoir (la beauté) sur les bons et sur les méchants, rayonner le soleil (de l’intelligence) sur les justes et sur les injustes » (Matthieu V, 45).

Voilà qui éclaire un peu le problème de monsieur Job. Le bien, et donc aussi le mal, ne sont pas sélectifs, réservés, l’un à ceux qui accueillent la dilection, l’autre à ceux qui la refusent. Le bien et le mal appartiennent à l’économie des êtres finis laissés à la liberté de leur indétermination.

Il demeure que la beauté, l’intelligence et toutes les énergies sont un don universel inconditionné de l’Infini-Dilection.

 

ce millefeuille immaculé

trône sur l’étagère

mille vierges inviolées

s’y offrent solitaires

 

les appétits de l’écriture

de s’emplir et d’emplir

la blancheur de l’espace pur

ne peuvent pas finir

 

tout comme l’encre et le papier

trouvent toujours des mots

disponibles pour se tisser

en de nouveaux réseaux

 

les neurones infatigables

viennent nourrir l’espoir

que puissent s’offrir sur nos tables

monts-blancs et forêts-noires

les vierges mères les sublimes

figures et visages

de nos abîmes de nos cimes

pour l’attente des ages

 

22 avril 2007

 

L’éthique de la dilection libère de la morale de la honte, mais aussi de la morale de la culpabilité. Elle se construit dans la conscience de notre finitude face à l’infini auquel nous sommes invités, mais d’abord dans la conscience de notre radicale impuissance à aimer de dilection, de ne rechercher que la joie de l’autre.

 

sur un fond d’infini son arc

pointait vers sa réplique

en cette illusion de la distance

et de la perspective

où le rêve se trouve une figure

à son désir

 

pure géométrie d’un art

où le regard se fige

en la perfection mêlée de sens

d’un acte politique

se forçant à penser qu’un bel augure

peut réussir

 

mais qu’importe si le hasard

d’une date qui fixe

à aujourd’hui le choix de la puissance

puisse la rendre vive

notre espérance en la beauté perdure

sans plus finir

 

L’égalité proposée par l’altérité positive n’est pas un égalitarisme oppressif, car elle n’est pensable que dans la liberté et la fraternité universelles.

 

23 avril 2007

 

Si l’Eglise ne se sent pas (ne se sent plus) le droit de donner des directives politiques, c’est qu’elle se sait être un pouvoir. Une expérience séculaire lui a appris qu’elle ne pouvait pas se permettre de franchir les limites de son « pouvoir spirituel » et de s’introduire dans le domaine du pouvoir temporel, car ce qui importe au fond, ce n’est pas la distinction spirituel / temporel, mais la ressemblance pouvoir / pouvoir. Elle s’est depuis longtemps interdit la possibilité de comprendre que l’esprit ne peut être un pouvoir, car il lui faudrait renoncer à tout pouvoir, à toute puissance, à toute autorité.

 

à la fenêtre du grand bleu ce soir

des nuages de givre ont déposé des fleurs

secrète connivence

la forme et la couleur

se font ici et là des signes

 

au fond de l’âme un rien tente de voir

de sentir de goûter cette secrète sève

qui nourrit de son sens

en un unique rêve

les sarments d’une seule vigne

 

quelle volute anime les milliards

d’années d’années-lumière

que se rassemble enfin

se vendange l’immense

et qu’élevé le vin

des noces infinies soit digne

 

Depuis le bédouin Abraham, qui comprit que son dieu ne souhaitait pas qu’on lui fît des sacrifices humains, depuis Moïse, qui comprit que son dieu voulait qu’on aimât, le peuple juif est un peuple porteur de l’intuition de l’altérité positive, et c’est en lui qu’a pu s’épanouir cette intuition avec Yeshoua comprenant que son dieu est agapè, « bon envers les ingrats et les méchants » (Luc 6, 35). A cause de cela, le peuple juif est un peuple envers qui l’humanité a une dette de reconnaissance. Et qu’importe ses illusions de peuple élu, qu’importe qu’il n’ait pas encore, pas plus que le peuple chrétien, su isoler son trésor au point de laisser tomber tout le reste.

 

24 avril 2007

 

          est-ce l’ombre est-ce le silence

que la rainette attend de la nuit pour chanter

est-ce l’obscur savoir de la présence

d’autres voix sœurs prêtes à concerter

 

est-ce la joie est-ce la peur

qui mène cet échange à se perpétuer

par-dessus les espaces et les heures

de nuit en nuit de fossé en fossé

 

est-ce la chair est-ce l’esprit

qui voudrait passer outre à la sororité

est-ce l’espoir ou la mélancolie

qui donne un ton si pur à la clarté

 

est-ce la terre qui se ferme

est-ce le ciel qui s’ouvre à l’immense étoilé

le chant s’obstine à dépasser le terme

tente de s’accomplir dans l’air ailé

 

Admettre la possibilité et la nécessité d’une révélation divine, ce serait reconnaître un dieu auteur d’une œuvre mal conçue nécessitant ses interventions. La révélation est cependant cohérente avec l’image d’un dieu tout-puissant agissant à sa guise à la manière d’un potentat. Mais le dieu tout-aimant ne fait pas de caprices et il a conçu le meilleur des mondes possibles selon sa propre nature, qui est de vouloir l’autre libre comme lui-même, indéterminé dès ses origines.

Ce que l’on présente comme une révélation, c’est l’objectivation, la projection, principalement sous forme de paroles, d’une intuition relevant de l’expérience intime de la conscience.

 

La chance du judaïsme, c’est que pour lui la révélation n’est pas vraiment close. Ses intuitions peuvent continuer de s’affiner dans ses maisons d’étude.

 

On peut faire l’hypothèse que l’intuition de Yeshoua est fondée pour une part sur son observation du monde où lui est apparue la bienveillance universelle du créateur : « Regardez les lis des champs… » (Luc 12, 27), mais plus explicitement : « Aimez vos ennemis… pour être les fils de votre père céleste car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes… Soyez parfaits comme votre père céleste est parfait » (Matthieu 5, 44-48). La perfection de la dilection à laquelle il invite ses disciples est une participation à son être de dilection, d’amour sans retour, sans repentance, inconditionnel, à fonds perdu.

 

25 avril 2007

 

les parfums troublants se sont tus

l’herbe sèche murmure à la nuit

s’arrête écoute et puis reprend

 

il semble qu’elle ne s’exprime

pour l’oreille attentive des ombres

que par la voix de la rosée

 

faut-il au fond de l’âme oser

descendre aux antiques décombres

gisant au fond de nos abîmes

 

et retrouver les sédiments

d’ancêtres dont nous avons fui

le jardin de nos enfants nus

 

Celles, ceux qui avec sincérité, avec la conviction du cœur, disent croire à la vie éternelle ne peuvent être que celles, ceux qui ont l’intuition, l’expérience intérieure. Dans l’Evangile, ce sont les consciences qui aiment. En elles le vouloir aimer de dilection, l’impuissance à y parvenir et le sentiment qu’une force les en rend capables se conjoint à la certitude plus ou moins affirmée que cette volonté, cet agir ont par cette force une participation à la vie éternelle parce que l’Eternel est dilection.

 

Dire : « je crois en un seul Dieu créateur du ciel et de la terre, etc. » parce qu’on m’a dit que c’était une vérité révélée, cela relève de la croyance, non de la foi. Ce n’est pas la pensée libre que propose la dilection. La foi, c’est accueillir la dilection dans ses pensées et dans ses actes ; le reste est littérature. Aime et pense ce que tu veux : si tu aimes de dilection, ta théologie ne pourra pas sérieusement errer ; ses flottements même pourront devenir matière d’échange dans le dialogue et la concertation des disciples de la dilection.

 

26 avril 2007

 

cet arrachement fibre à fibre

d’un amour fou

pour la première et la dernière fois

fallait-il qu’ainsi donc plus jamais rien ne vibre

 

fallait-il que Vénus à sa proie attachée

Phèdre vidée de son sang tombe morte

et que sa mue

libère l’esprit recherché

 

fallait-il que s’ouvre le vide

et qu’au silence

du silence de l’autre à l’autre

en l’infini s’élance une marche sans guide

 

Spiritualisation du dieu d’Israël.

Moïse : l’orage et le feu (Exode 19, 16ss), puis la nuée (Exode 33, 10 ; 34, 6). Elie : ni dans la tempête ni dans la terre qui tremble, mais dans « un silence subtil » (I Rois 19, 11s). Yeshoua : « dans le secret » (Matthieu 6, 4, 6, 18).

 

Si tu cessais d’exercer ton absence, ton altérité radicale, nous serions avec tout l’univers immédiatement fondus en l’énergie infinie de ton être. Mais tu es plus présent à nous-mêmes que nous-mêmes, ne cessant de nous faire partager ta substance, de nous donner ta chair à manger.

 

27 avril 2007

 

vieillard vas-tu sucer longtemps encore

les mamelles de la mémoire

ta bouche avide qui se tend

ne vois-tu pas dans le miroir

que déjà la défait le temps

 

l’éternel retour n’attend que ton corps

et ces yeux qui te voient sans voir

que tout au bout de leur élan

l’infini attend le regard

invisible de son amant

 

changés en fumée en poussière alors

ils ne seront plus que l’espoir

d’avoir reconnu que devant

la bouche annonçait le départ

de la chair en esprit changeant

 

La chair n’est pas mauvaise, elle est provisoire : n’est-ce pas une évidence que le vieillissement et la mort ? Elle est l’atelier où se sculpte l’esprit (le sculpteur est la dilection).

Lorsque Yeshoua dit qu’il va donner sa chair à manger, il utilise le langage de la parabole, comme si souvent. Il ne parle pas d’une réalité matérielle mais de ce qu’elle symbolise. S’il peut dire : « ma chair est une nourriture » (Jean 6, 55), c’est qu’il se sait identifié à l’Eternel. Manger la chair du fils de l’homme pour avoir la vie (6, 54) c’est équivalemment dire qu’il a « les paroles de la vie éternelle » (6, 68), car ses paroles se résument en l’amour de dilection dont la participation est la vie éternelle. C’est dans la même intuition que Jean a pu dire que « le Verbe s’est fait chair » (Jean 1, 14) et que lui, Jean, « a touché de ses mains le Verbe de vie » (I Jean 1, 1).

Encore une fois il ne s’agit pas, contrairement à ce qu’ont pu croire certains de ses auditeurs choqués, de la chair matérielle (Jean 6, 52). Yeshoua le dit clairement : « Ce qui est né de la chair est chair et ce qui est né de l’esprit est esprit » (Jean 3, 6). « C’est l’esprit qui donne la vie, la chair ne sert à rien » (Jean 6, 63).

 

28 avril 2007

 

la buse plane comme un doute

auquel en son œil rien n’échappe

le danger de ce qui nous happe

est incertain coûte que coûte

 

ce qui n’est jamais sûr excite

le qui-vive de notre cœur

et s’il nous submerge de peur

notre au secours au ciel s’invite

 

surveille la belle spirale

où l’injuste au juste se mêle

sur tes gardes lance vers elle

les regards de l’amour égal

 

Les élections qui voient le triomphe de la communication (de la rhétorique manipulatrice et le plus souvent mensongère) montrent le piètre niveau d’intelligence d’électeurs et d’électrices incapables d’exercer un jugement critique, d’évaluer rationnellement les candidats.

 

Le libéralisme économique est un « cherchant qui dévorer ». Les industries, les commerces, les banques… sont engagés dans un combat permanent de prédation, la lutte primitive du manger ou être mangé.

 

« Corps glorieux », belle trouvaille d’un imaginaire antique de la puissance, à laquelle l’Occident récent a donné un double désacralisé dans la glorification du corps.

 

Si nous sommes les cousins des anthropoïdes et les grands-grands-cousins des taupes, des libellules, des oursins ou des nématodes, des cactus et des orchidées, nous sommes les frères des Tibétains et des Quechuas, des Serbes et des Iraqiens…

 

29 avril 2007

 

Telles qu’elles sont rapportées dans les évangiles, les paroles de Yeshoua livrent les fragments épars de son intuition de la dilection comme vie éternelle. Elles sont livrées sans subordination ni coordination, mais en une juxtaposition lâche, dont l’éparpillement n’a même pas le pouvoir de suggestion de la parataxe.

Le syllogisme n’existe pas dans les évangiles ; du moins n’apparaît-il pas quand il est le secret de la cohérence d’une unique intuition. Le lecteur actuel n’a cependant pas beaucoup d’efforts à fournir pour mettre au jour les liens logiques des paroles qui gravitent autour de l’intuition de la dilection, comme de celles que focalise l’héritage religieux messianique.

 

le héron à noble hauteur

garde sans hésiter le front

d’un vol de grand seigneur

 

lorsqu’il guette au bord de l’étang

immobile pendant des heures

il surveille le sang

 

acceptant tout ce qui l’effraie

il a depuis la nuit des temps

su prendre le relais

 

sa silhouette familière

nous cache-t-elle pas les traits

d’une âme singulière

 

la mienne aspire après le don

qui la fera sûre et sincère

l’appeler par son nom

 

L’Eternel est silence. Pourtant, même après le silence assourdissant d’Auschwitz, les chrétiens et les juifs ne l’ont toujours pas compris. Ils disent ne pas comprendre qu’Il se soit tu, ils demeurent incapables de renoncer à leur dieu qui parle car ce serait renoncer à leur identité fondée sur l’élection d’un dieu qui parle.

 

30 avril 2007

 

A la veille d’une élection, à moins d’être des héros, les journalistes soucieux de leur avenir prennent position en faveur du candidat qui en cas de victoire menacerait davantage leurs droits s’ils s’opposaient à lui.

 

dans l’herbe folle se faufilent

ses volutes de vie

lorsqu’il se fige en l’immobile

son image saisit

 

qu’importe s’il s’est effacé

à jamais dans l’espace

dans le regard s’est ramassé

l’essence de sa face

 

en son unique signature

la spirale éternelle

avec ses ancêtres perdure

intelligente et belle

 

Dans l’éducation à la démocratie doit figurer en bonne place l’exercice des esprits à la critique permanente, non seulement du discours politique, mais de l’information, presque toujours tronquée et / ou déformée, la pratique de la mise au jour des roueries toujours plus élaborées de la communication.

Existe-t-il un seuil entre la rhétorique démocratique et la rhétorique dictatoriale ? Est-ce la seule intention qui en décide ? Quel lien entre la quantité et la qualité des sophismes, des termes politiquement corrects, des euphémismes, des silences imposés ?

Le succès de la manipulation dépend-il surtout du degré d’ignorance, d’inattention et d’inintelligence des citoyens ?

 

« Que dire d’une candidate qui change aussi souvent d’idée que de jupe ? » C’est évidemment une femme que l’on charge d’utiliser ce genre d’argument électoral. Un homme aurait sûrement été accusé de machisme. Mais que l’on puisse l’utiliser montre qu’on a l’assurance que ses auditeurs et auditrices y seront sensibles. Peut-on se sentir fier d’être de leur nation et de les entendre ainsi méprisés par leurs dirigeants ? La dilection est peut-être la seule force capable de surmonter avec dignité le dégoût que l’on éprouve.

 

1er mai 2007

 

Ne t’inquiète pas de savoir si tes proches sont athées ou croyants. Réjouis-toi de les voir aimer de dilection : ils ont la vie éternelle.

 

Ces formules que l’on avale sans réfléchir parce qu’elles ont bon goût, mais qui, ruminées, se révèlent imbéciles, insidieuses, vides…

« Un débat contradictoire entre les candidats n’a jamais fait gagner une élection, mais il en a quelquefois fait perdre. » Se peut-il qu’un des candidats perde sans que l’autre gagne ?

Les tautologies peuvent exprimer une sagesse populaire : « Un sou est un sou ». Elles peuvent aussi défendre l’indéfendable ou inviter à se résigner à l’inévitable : « La violence c’est la violence ». « La guerre c’est la guerre ». Elles peuvent cacher un refus de se reconnaître incapable d’expliquer l’inexpliqué : « Le hasard c’est le hasard. »

Elles peuvent presque toujours, de par leur ambiguïté, cautionner le meilleur et le pire. Il faut être attentif à leur contexte et à leur ton.

 

Il faut ici aussi distinguer le beau du bon, se rappeler que l’Eternel revêt de beauté les fleurs vénéneuses comme les fleurs savoureuses.

 

la terre défait sa chevelure

la brume dans l’aube incertaine

déplie et replie ses volutes

 

de minute en minute le regard

suit la danse alentie des vagues

s’animant de leur dynamique

 

espère cependant l’enchantement

de l’heure douce où l’air efface

en la lumière ses fantasmes

 

confiant que demain demain encore

une nouvelle brume sœur

sortira nue de son écume

 

2 mai 2007

 

que la rumeur même s’endorme

au creux des voiles de la nuit

et ne soit plus pour tous les sens

que le silence du silence

 

tirant à l’un et l’autre bout

que l’amour et la haine tendent

la corde et que ma vielle vibre

accordée à toutes les autres

 

que l’ombre soit dans l’univers

et qu’on entende chaque fibre

se réjouir de l’éternel

et de l’infini où tu vis

 

A moins de dévoyer le concept d’être, on ne peut concevoir un au-delà de l’être : ce qui est est, ce qui n’est pas n’est pas. Accorder ne serait-ce qu’un soupçon d’être au néant, c’est le nier comme néant. Mais si on a l’évidence de l’infini de l’être, l’intuition qu’existe l’être infini, on reconnaît par inférence qu’il exclut le non-être (si l’on veut s’exprimer en symbolisme spatial, l’infini n’a pas de dehors, et l’on ne peut dire non plus qu’il englobe les êtres finis, car ce serait penser que son être infini est limité par les êtres finis ou par le néant, ce qui est impensable).

L’être infini est le non-autre des êtres finis, y compris de l’espace infini et du temps éternel dont l’infini n’est pas absolu puisqu’il est limité par leur définition spatiale et temporelle.

L’existence des êtres finis, y compris celle de l’espace et du temps, témoigne cependant que l’être infini veut l’autre, c’est-à-dire qu’il est agapè.

 

Peut-on dire que la Bible est inspirée pour ceux qui y croient parce qu’ils ne peuvent y croire sans la croire inspirée ? D’où l’on voit pourquoi la croyance, même si elle est baptisée foi, ne peut être qu’un saut irrationnel, un choix sans raison pris dans un cercle vicieux.

 

3 mai 2007

 

La croyant tout entière inspirée (II Timothée 3, 16), l’Eglise ne pouvait admettre que la Bible contînt la moindre erreur. Acculée par les découvertes scientifiques (géologiques, paléontologiques…) elle en est venue à reconnaître que la Bible n’avait rien à nous apprendre qui ne concernât les vérités « utiles au salut » (Encyclique Providentissimus de Léon XIII, 1893). Puis elle a précisé que ces vérités sont exprimées selon des genres littéraires qu’il revient aux exégètes d’étudier (Encyclique Divino Afflante Spiritu de Pie XII, 1943). Sans être un spécialiste de l’exégèse, on peut admettre que le texte de la lettre de Paul à Timothée, que la Bible, que l’Ecriture n’est utile que pour enseigner, argumenter, corriger, instruire en vue de l’éducation (dikaïosuné) du juste, de l’homme de Dieu (tou theou anthropos) afin qu’il soit parfait (artios). Et même que la Bible n’est pas forcément tout entière écriture inspirée, que seule l’écriture qui y est inspirée a cette utilité de conduire à la perfection de la dilection. Il resterait à l’Eglise, par la voix des exégètes qu’elle autoriserait, à admettre que la Bible n’est pas totalement inspirée en matière de foi et de dégager le cœur de son message, ou le cheminement vers ce message de la dilection.

 

je vous donne la grive musicienne lorsque l’aube s’éveille

et vous ne chantez pas

 

je vous donne le coucou sonore lorsque le jour somnole

et vous ne battez pas des mains

 

je vous donne la caille vigilante lorsque l’ombre s’annonce

et vous ne dansez pas

 

4 mai 2007

 

je vous donne le roi du feu et son exacte politesse jour après jour au long des ans

et vous ne chantez pas

 

je vous donne la reine fantasque et fidèle discrète en la lumière et splendide dans l’ombre

et vous ne dansez pas

 

je vous donne la princesse à la mouche d’or sur sa peau de nuit noire

et vous ne battez pas des mains

 

La réception du débat des candidats donne une leçon de psychologie. On peut toujours déclarer son candidat vainqueur du match, quels qu’aient pu être les coups qu’il a donnés et reçus. En l’occurrence il nous a aussi été rappelé qu’il est difficile pour chacun d’entrer dans la logique de l’autre lorsqu’elles sont si différentes : n’y a-t-il pas d’un côté la parataxe du ceci, cela, cela, et de l’autre la coordination du ceci, cela et cela ? Celle de l’opposition et celle de la participation ? Suis-je obnubilé par une anthropologie arc-en-ciel éventail où je situe chacun plus ou moins proche de l’un ou l’autre pôle de l’imaginaire ?

 

Il existe parmi les théologiens chrétiens actuels, orthodoxes d’ailleurs, des penseurs pour qui la résurrection s’inscrit dans la certitude d’un éternel retour. Il en est existe aussi, et bien davantage sans doute, qui affirment que le christianisme a fait passer l’humanité du temps cyclique au temps linéaire.

L’amour de dilection réconcilie le cœur avec le temps. Pour lui, qu’il coure ou marche, le temps ne fuit pas ; il ne cesse de créer du nouveau. L’amour de dilection efface du cœur la désolation de vieillir et la peur de mourir. Avec lui disparaissent la nostalgie d’un paradis mythique et l’espoir de son retour.

Il existe bien deux christianismes (et deux judaïsmes) : celui du pouvoir, de la gloire et de la victoire, de la maîtrise du temps mauvais que le Tout-puissant peut arrêter ou inverser par décret impérial ; et celui de la dilection où l’on ne peut imaginer que le Tout-aimant en sa tout-intelligence ait pu se fourvoyer en inventant le temps, l’espace et la matière, et où l’on se réjouit de marcher en eux vers l’éternel infini de la dilection.

La mort n’est pas le néant dont le dieu Tout-puissant est capable de sauver ses adorateurs ; c’est le seuil où le Tout-aimant accueille celles et ceux qui souhaitent partager sa dilection.

 

S’abstenir de ponctuation donne à la poésie un surcroît de polysémie capable de stimuler la pensée.

 

5 mai 2007

 

je vous donne le chant pour entendre la beauté du monde

et vous ne dansez pas

 

je vous donne le silence pour entendre le silence de l’univers

et vous ne battez pas des mains

 

je vous donne le silence du silence pour entendre notre cœur à cœur

et votre cœur ne se réjouit pas

 

II Pierre 1, 21 rappelle à ses lecteurs que les prophètes  ne parlent pas d’eux-mêmes mais par inspiration : « La prophétie n’est pas apportée par des hommes parlant de leur propre volonté, mais par des hommes portés par l’esprit saint de Dieu. » Les exégètes arrivent sans doute à expliquer ce que signifie « portés par l’esprit saint, upo pneumatos agiou phéromenoï ». Mais au-delà des mots, quelle est l’expérience psychologique de l’inspiré ? Probablement diverse. On peut tout de même faire l’hypothèse que celle, celui qu’inspire l’esprit de dilection n’est pas possédé, ni ivre. Ce que dit l’inspiré, il y consent et il le comprend, dans une certaine mesure au moins. Selon l’évangile de Jean, lorsque « Caïphe affirme devant le conseil des prêtres : ‘Il est de votre intérêt qu’un seul homme meure pour le peuple, plutôt que toute la nation périsse’, ce n’est pas de lui-même qu’il le dit, mais parce qu’étant grand prêtre cette année-là il prophétisa que Yeshoua devait mourir pour la nation, et non seulement pour la nation, mais pour rassembler les enfants de Dieu dispersés » (Jean 11, 50ss). Mais peut-on parler d’inspiration ? L’évangéliste donne aux paroles de Caïphe un sens qu’elles n’ont pas pour lui.

 

Qu’est-ce que l’inspiration ? Au-delà de la polysémie, on peut se demander s’il n’existe pas un type de penser et d’agir qui, relevant d’une même énergie, s’exerce dans des domaines divers. Qu’y a-t-il de commun dans le jeu inspiré d’une équipe de football, l’écriture poétique et la parole de la dilection ? Peut-on faire l’hypothèse que l’inspiration est l’accès intuitif à ce qui n’est pas à la portée de notre pensée et de notre action réfléchies ?

Qu’est-ce qu’un texte inspiré ? La beauté inspirée d’un texte poétique n’est pas garante de sa vérité (hélas pour le Coran), pas plus que la beauté d’une arme ne garantit pas qu’elle sera mise au service de la dilection.

 

6 mai 2007

 

pour le nid qui déborde de cris affamés

l’oreille se tend explore

cherche pour le guider

à passer le relais à l’œil du chercheur d’or

 

mais le cœur se retient prêt à se contenter

d’un instant de présence encore

pour y participer

et à mêler sa voix au concert de l’aurore

 

Tu ne souhaites pas que nous soyons tes serviteurs soumis, obéissants et dévoués, mais avec toi attentifs, délicats et joyeux, les amis de tous.

 

On vote avec ses convictions mais dans l’incertitude lorsque on sait que dans une démocratie le choix entre deux candidats révèle une quasi-égalité de convictions inconciliables.

 

L’inspiration religieuse serait une aide à la mise au jour de réalités cachées dans l’être depuis toujours, « le mystère tacite aux temps éternels et mis en lumière par les écritures prophétiques » (Romains 16, 25s).

 

L’attente du retour du Christ est un avatar de la nostalgie d’une origine mythique, d’un paradis perdu. C’est la projection dans l’avenir d’un commencement rêvé parfait.

 

7 mai 2007

 

l’aube se lève mauve

non ce n’était qu’un rêve

 

comment se pourrait-il

qu’enfin Adam et Eve

se tenant par la main

mêlent leurs sangs bleu sombre

dans le soleil et l’ombre

 

à moins qu’une culture

fidèle à la nature

se donne père et mère

et qu’onde et particule

avancent et reculent

 

cherchant leurs pas de danse

à la source du sens

 

« Marche en ma présence et sois parfait » (Genèse 17, 1)

« Soyez parfaits comme votre père céleste est parfait » (Matthieu 5, 48)

Avec la Tout-aimante il n’est d’autre perfection que d’aimer de l’amour dont Elle aime. C’est le seul credo (en est-ce même un ?) qui puisse « rassembler les enfants de Dieu dispersés » (Jean 11, 52).

 

Lorsqu’on entend ou voit utiliser le préfixe anti- (antiaméricanisme, antiféministe, antisémite, antiscientifique… il faut être attentif au contexte, au ton, au propos général : ce peut être une façon de criminaliser l’adversaire.

Le préfixe pré- est parfois manipulateur, lui aussi, voire fallacieux. Parler de civilisations précolombiennes relève d’un ethnocentrisme désireux d’inférioriser, voire d’enterrer les civilisations aztèque, inca, maya…

Il a fallu pas mal de sueur ethnologique et sociologique pour débarrasser les « races inférieures » de leur monopole du prélogique. Quelle part de prélogique dans les évangiles, dont les églises en les sacralisant semblent incapables de reconnaître  les contradictions internes ?

(A étudier : préclassique, préromantique, prédestination (quels ravages dans le christianisme !) préhellénique, préformisme, présocratique, précurseur…

 

8 mai 2007

 

je vous avais donné dix mille chevilles d’or pour vous assurer que la voûte du ciel ne s’écraserait pas sur vos têtes

et vous n’avez pas séché vos larmes

 

je vous ai donné dix mille lampes d’or pour guider vos nuits et vos jours vos chemins et vos demeures

et vous n’avez pas souri

 

je vous donne dix mille mondes d’or pour vous nourrir des rêves fous de nouvelles frontières

et vous ne riez pas aux éclats

 

On a opposé le temps cyclique de la mentalité archaïque et le temps linéaire de la pensée scientifique. Mais depuis la nuit des temps l’observation du monde ne pouvait conduire à une opposition aussi tranchée. En sa quête de sens, l’humain a dû faire face au temps cyclique et au temps linéaire pour mener son combat contre l’absurde, c’est-à-dire simplement pour mener sa vie dans la paix de l’esprit.

La lune a dû depuis l’éveil de la conscience donner à entendre le sens de ce qui apparaît, croît, s’épanouit, décroît, disparaît avant d’à nouveau apparaître et croître et… indéfiniment. Mais l’agriculteur et l’éleveur néolithiques, et déjà peut-être le cueilleur et le chasseur paléolithiques ont pu vivre ce rythme cyclique avec moins de rigueur. La survenue des tempêtes, des sécheresses, des accidents… a pu  tempérer leur certitude de l’éternel retour par l’expérience de l’imprévu. Il leur a fallu se mettre en quête d’autres explications que l’évidence cosmique du temps cyclique. N’est-ce pas une des explications de son imagination de forces et d’êtres occultes à concilier, supplier, apaiser… ?

 

La spirale unit en son symbolisme le temps cyclique et le temps linéaire.

 

9 ami 2007

 

L’unanimité est le sel de la majorité. S’il s’affadit, la majorité risque de se corrompre en dictature. Le souci de l’autre, de tous les autres, doit demeurer l’idéal des élus. Il faut le leur rappeler sans cesse et avec insistance, demeurer attentif, dénoncer chaque manquement à la dilection. Former les citoyens dès leur jeunesse aux principes de la majorité démocratique.

 

au buisson bruissant de bourdons

mille fleurs accueillent la fête

de l’amour fécond

 

déjà les ventres exubèrent

se tendent vers la plénitude

de notre sphère

 

une génération nouvelle

construit le visage aujourd’hui

de l’éternel

 

écoute bruire dans ton âme

le passage d’une saison

qui la réclame

 

avant que les vieux bourdons meurent

pour qu’en l’esprit l’infinitude

à tout jamais demeure

 

En politique, la justice est le nom commun de la fidélité à la dilection.

 

La confession sacramentelle risque toujours d’être un acte de purification, un blanchiment de la culpabilité. Mais il n’y a de pardon que dans la dilection en acte, dans l’amour de l’autre qui cherche à réparer le tort qu’on lui a fait. Alors la culpabilité n’est pas blanchie mais dissoute.

 

10 mai 2007

 

ferme mal cette porte

écoute l’impensable danse

qui bat syncopée dans les souffles en fraude

de la demeure

 

et que jamais ne meure

la bonne aventure en maraude

des mots que davantage sorte le sens

plénier qu’ils portent

 

La dilection promeut l’interdépendance dans l’indépendance, l’échange dans le respect, la liberté de l’amour qui jamais ne s’attache, jamais n’attache

 

La mise au jour des contradictions des évangiles s’opère dans la confrontation des textes, c’est évident, mais aussi dans la découverte de leurs tenants et aboutissants. « Pardonnez-nous comme nous pardonnons » (Matthieu 6, 12) contredit le « pardon des péchés, la rédemption par le sang de Jésus Christ » (Ephésiens 1,7). Si nous sommes pardonnés dans la mesure où nous pardonnons, le sang de Jésus Christ est inutile. Le Père céleste pardonne sans autre condition que notre pardon des autres.

La croyance à la rédemption, à l’accès à la vie éternelle par les souffrances de Jésus Christ a l’avantage de donner un sens à la souffrance : si l’on associe sa souffrance aux siennes, on croie contribuer au salut du monde. Elle risque aussi de faire rechercher la souffrance, on a connu ce genre de spiritualité doloriste.

Pour qui a pris conscience que seul l’amour de dilection sauve du péché parce que le péché n’est rien d’autre que le manque d’amour de dilection, la souffrance ne s’explique que par la structure d’un monde doté d’indétermination au nom même de l’amour de dilection qui l’a voulu.

 

11 mai 2007

 

Ceux qui dans la scène de la guérison du paralytique disent que « Dieu seul peut pardonner les péchés » (Marc 2, 7) voient en Dieu un potentat qui accorde sa grâce à qui bon lui semble. Mais pour Yeshoua, qui se sait habité par l’amour de dilection, le pardon est offert à tous, et chacun a la liberté de l’accueillir en accueillant la dilection.

 

je vous donne un visage éblouissant

et vous ne battez pas des mains

 

je vous donne des yeux de mystère où votre âme s’abîme

et vous ne riez pas

 

je vous donne une bouche où vos baisers s’enivrent

et vous ne dansez pas

 

Comme ses prédécesseurs, l’homme moderne lutte contre le temps qui l’emporte en retournant périodiquement dans son passé par des rites d’anniversaire de toutes sortes : personnels, communautaires, nationaux, mondiaux, et par des monuments commémoratifs dont la stabilité dans l’espace fait oublier qu’ils évoquent des événements disparus sans retour. Qui pourrait leur en tenir rigueur s’ils n’ont pas d’autre moyen de nier l’irréversible que de croire, souvent sans se l’avouer, à l’éternel retour.

Pourtant le temps et l’espace sont notre chance de déployer notre liberté et d’accéder à l’amour de l’autre, amour sur lequel la disparition de l’éphémère n’a pas prise.

 

Si « je est un effet de la grammaire », la grammaire est un effet de quoi ?

Le langage est une affaire trop importante pour qu’on la laisse entre les mains des linguistes.

 

12 mai 2007

 

« Le dieu d’Abraham, le dieu d’Isaac et le dieu de Jacob… n’est pas le dieu des morts mais des vivants » (Luc 20, 37s) : qui se sait habité par l’amour de dilection se sait par inhérence habité par la vie éternelle ; il a accompli le propos du temps, qui est de préparer à l’éternel. Il sait donc que ceux qui ont montré au cours de leur existence terrestre qu’ils participaient à cet amour participent à la vie éternelle.

Lorsque Paul compare sa vie à une course et qu’il se dit tendu en avant (II Timothée 4, 7 ; Philippiens 3, 12ss), est-ce parce qu’il a compris la vraie nature du temps et, s’il l’a comprise, l’a-t-il comprise parce qu’il vivait le dynamisme de la vie éternelle de la dilection ?

 

Penser qu’il faut être pessimiste dans ses analyses et optimiste dans ses projets, c’est se reconnaître divisé, c’est admettre la contradiction dans sa conscience.

 

l’un ou l’autre visage de l’enfance

apparaît vaguement tel qu’en lui-même alors

perdu de vue au fouillis des chemins

au point même qu’on a oublié son oubli

mais que la plaine vide invite à voir

transfiguré déjà presque en lui-même enfin

 

Peut-on penser que « le cerveau humain a la capacité d’échapper aux hormones » et affirmer que l’hétérosexualité, l’homosexualité, la transsexualité, etc. ne sont pas des choix ? Que l’on ne peut maîtriser son désir ? Il ne peut y avoir de vérité dans l’incohérence.

 

Que faire lorsqu’une volonté dictatoriale tente d’utiliser la démocratie pour supprimer la démocratie ? C’est ainsi que le nazisme s’est imposé, que l’islamisme a cherché à le faire en Algérie. Veut-il le faire en Turquie ?

 

Vous avez dans votre tête la capacité de penser par vous-même. Peut-être ne l’avez-vous jamais éveillée, peut-être l’avez-vous laissé se rendormir. Elle vous attend pour vous combler, la belle au bois dormant.

 

13 mai 2007

 

le torrent de l’orage étanche

les dix mille racines

et leurs bouches dessinent

le ciel gris des dimanches

 

à voir la pluie et le soleil

se prendre le relais

des amours et des haines

la vieille paix s’éveille

 

par-delà le bien et le mal

en leur belle alternance

retrouve le bon sens

marche d’un pas égal

 

Camus jugeait-il le monde absurde parce qu’il ne pouvait réconcilier la beauté de la nature et la réjouissance qu’il y trouvait avec l’horreur de la condition humaine où « les enfants sont torturés », où l’altérité négative produit la domination et l’exploitation avec leur cortège de massacres, d’esclavages, de répressions, d’abrutissements… ? Il devait nécessairement rejeter le dieu des monothéismes, tout-puissant et donc auteur du mal.

Si la découverte scientifique des indéterminismes de la matière n’a pas encore eu raison de l’idée d’un dieu tout-puissant, c’est que les scientifiques croyants vivent dans le cloisonnement intellectuel, arguant que la science et la foi ne sont pas du même ordre. Leur foi leur fait pourtant répéter que leur dieu est le créateur du ciel et de la terre.

 

14 mai 2007

 

     dans l’intermède des nuages

cette harpe de l’arc-en-ciel

propose autant de mélodies

que le cœur en intermittences

cherche à chanter

 

sera-ce la corde de l’âge

d’un indigo mêlé de nuit

qui aujourd’hui pour l’éternel

trouvera quelque nouveau sens

dans la clarté

 

ou bien celle de la verdure

du blé en herbe qui espère

de vibrer de tous ses épis

afin qu’à jamais ses enfants

se perpétuent

 

sera-ce enfin la blancheur pure

le silence de la lumière

lorsque fondue dans l’harmonie

la clameur de l’or et du sang

se sera tue

 

Le contraire du péché, ce n’est pas la vertu, ni la foi, mais l’amour de dilection : qui aime n’est plus dans le péché. Il est « pardonné », comme dit Yeshoua de la pécheresse (Luc 7, 47). Lorsqu’on comprend ce que « Dieu est amour » veut dire, on comprend qu’il ne peut être offensé, qu’il ne peut pas juger, condamner, punir ni pardonner. Il s’offre, nous propose d’aimer de l’amour dont il aime, de vivre de sa vie éternelle (« nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie lorsque nous aimons » (I Jean 3, 14). Dès lors les mots « salut », « rédemption », « pardon », « justification »…ne peuvent plus s’employer qu’entre guillemets. Ce sont des figures, des métaphores comme l’ensemble du langage que l’intuition de Yeshoua l’a incité à employer, souhaitant que ses auditeurs aient des oreilles capables de l’entendre. Dans cet esprit et rempli de cette intuition, Jean s’exprime aussi par figures lorsqu’il parle de connaître Dieu (I Jean 2, 3), de marcher dans la lumière (I Jean 1, 7), d’être né de Dieu (I Jean 3, 9), de recevoir l’onction (I Jean 2, 27), d’être habité de Dieu (I Jean 4, 12), de garder ses commandements (I Jean 5, 2)…

 

15 mai 2007

 

Le néant n’est qu’un mot vide (le témoin des talents d’illusionniste du langage). Ce que je ne suis pas n’est pas le néant, c’est l’infini de l’autre. L’autre est la multitude des êtres finis plus l’infini de ce qu’ils ne sont pas. L’infini qu’ils ne sont pas cependant les inclut en son être comme il m’inclut, mais sans nous posséder, car, être pur, il est sans avoir.

 

« La première tâche de l’Eglise est de sauver les âmes ». C’est même la seule, et cela signifie les inviter à aimer de dilection, c’est-à-dire à se préoccuper de liberté, d’égalité et de fraternité universelle (de combattre toute injustice) en s’ouvrant au don de lui-même que lui fait l’éternel.

 

cette boussole dans ta tête

va-t-elle te la faire perdre

quand tu dis que tu la possèdes

alors même qu’elle te mène

 

comprends-tu le dilemme étrange

où conduit le combat de l’ange

lorsque la bête en toi se change

alors même qu’elle se venge

 

cet autre en toi que tu accueilles

te saura faire porter le deuil

de l’âme pour peu que tu veuilles

consentir à passer le seuil

 

de ce même où règne terrible

la pensée de l’irréversible

qui te guide vers cette cible

de l’infini libre sans rime

 

16 mai 2007

 

Comprendre à quel point Yeshoua a parlé en paraboles, en images, jusqu’à dire la veille de sa mort que désormais, enfin, il cesserait de s’exprimer én paroïmiais (Jean 16, 25), donne à penser qu’en annonçant sa résurrection il y donnait un sens figuré.

Il n’a pas été compris, pas plus que lorsqu’il disait qu’il allait donner sa chair à manger. Même ceux qui alors lui sont restés fidèles ne l’ont pas compris ; ils ne lui sont restés fidèles que par confiance aveugle en leur héros, en celui dont ils avaient l’intuition qu’il était le seul à pouvoir les conduire à la vie éternelle (Jean 6, 51-68).

 

connais-tu le secret du fil

que tes ancêtres t’ont légué

après l’avoir en tâtonnant

au long des siècles fabriqué

 

qu’importe s’il me faut bien vivre

sans trop savoir ce qu’à l’amour

avec la haine concertant

l’heureux hasard a dû le jour

 

quelle oreille donne d’entendre

si subtiles les voix des anges

habiles à prévoir et faire

qu’en toile l’atome se change

 

elle se tend dans le silence

car sûrement la connaissance

de ce qui vibre dans leurs airs

avance le chemin du sens

 

et je souhaite moi aussi

joindre mon chant au grand concert

qui file et tisse la splendide

tapisserie de l’univers

 

et réjouir l’œil qui chemine

comme l’éclair d’un bout du monde

à l’autre compagnon du vide

et rassemble toutes les ondes

 

17 mai 2007

 

La fête de l’abolition de l’esclavage est notre fête à tous, nous l’humanité. Si nous parvenions à remonter suffisamment de générations, nous verrions que nous avons tous des ancêtres et / ou des esclavagistes. Ce serait bien de le faire savoir dans les écoles de la République (et dans toutes celles de l’humanité).

Ce serait bien aussi de célébrer l’abolition de la peine de mort dans les pays qui ont enfin franchi ce pas.

Combien de générations encore avant que nous puissions célébrer l’abolition de la guerre ?

 

tapis rouge fleuve de sang

fleuve de mort fleuve de vie

 

quand l’un s’en va l’autre s’en vient

mais c’est le sang comme c’est l’or

qui accompagne le héros

 

tapis rouge fleuve de sang

fleuve de vie fleuve de mort

 

toi qui t’en viens tu dois savoir

qu’au jour fixé tu t’en iras

et le héros restera là

 

tapis rouge fleuve de vie

tapis rouge fleuve de sang

 

laisse donc le tapis aux pieds

garde le cœur garde la tête

à l’écart de l’or et du sang

 

tapis rouge fleuve de sang

tapis rouge fleuve de sang

 

Le pardon du Tout-aimant n’est pas un acte discrétionnaire ; ce n’est même pas un acte de justice distributive accordé en fonction de la nature des fautes, délits et crimes du pécheur. Lorsque Yeshoua dit que « le péché contre l’esprit ne peut être pardonné » (Matthieu 12, 31ss), il faut comprendre que ce péché consiste à s’interdire l’accueil de l’amour de dilection en récusant la nature du Tout-aimant. Le Tout-aimant propose son don-pardon partout toujours à toute conscience. Encore faut-il l’accueillir.

 

 

18 mai 2007

 

lorsque je jardin croule sous la grâce

et s’égoutte discret dans la nuit

l’âme s’arrête respire comblée

l’air chargé des senteurs de l’esprit

 

ce corps qui la pénètre et qui l’enchâsse

sans jamais l’oppresser de nul bruit

l’invite à consentir et résister

à l’autre qui l’accorde au passage surpris

 

instants de marche où le fleuve s’écoule

par les boucles du temps qui s’amuse

aux faux-semblants de l’éternel revers

sous les espèces de cette eau nouvelle

 

et les pensers nouveaux de cette foule

sont la vie infinie que la muse

donne d’imaginer en ces antiques vers

où incessantes passent   les gouttes du réel

 

Tout est permis, même d’interdire d’interdire (d’interdire). A jouer avec les mots, on peut sentir que la réalité de la vie est au-delà du langage, qu’il est bon de revenir au silence, de se révolter contre le verbe impérial, de remettre ce père à sa place en le ridiculisant gentiment.

 

Comprendre que l’être est infini, c’est comprendre qu’il est tout et voir se dissoudre l’image du dieu transcendant. C’est passer du tout-autre au non-autre dans le saisissement de cette intimité où il nous donne d’être.

 

Le pardon devient une métaphore dans l’intuition de Yeshoua. La parabole du Serviteur impitoyable (Matthieu 18, 21-35) le donne à entendre par le simple fait que c’est une parabole donnée comme telle alors qu’elle raconte une histoire de la vie quotidienne.

 

19 mai 2007

 

En quoi l’infini de l’espace et l’infini du temps supposent-ils l’infini de l’Esprit ? Comment Mélissos de Samos concluait-il de l’infini du temps à l’infini de l’espace ? Qui comment est passé de l’infini de l’espace à l’infini de l’être ? il a fallu comprendre que l’être infini est esprit. L’apeiron de Mélissos était-il purement physique ?

 

Il existe bien des problèmes d’éthique que les moralistes ne peuvent régler de façon satisfaisante dans l’abstrait, pour lesquels une solution, souvent la moins mauvaise, est donnée dans l’action à celles et ceux qui vivent, ou tentent de vivre,  de la vie éternelle, de l’amour de l’autre comme autre.

Le « Tu ne tueras point ». En temps de guerre, est-il permis de tuer pour se défendre ? La casuistique ne peut remplacer la décision hic et nunc pour ceux et celles qui doivent faire face sans avoir le temps de réfléchir. La prière, le silence à silence du silence, sert aussi à cela. Tant pis pour les « dommages collatéraux » ? N’y a-t-il jamais eu des pilotes qui lâchaient leurs bombes loin de l’objectif où ils craignaient de tuer des civils ? Ceux qui ont bombardé Hiroshima et Nagasaki s’étaient-ils portés volontaires ? Y en a-t-il eu qui se sont récusés par objection de conscience ?

 

jusqu’à la brune tu bourdonnes

au buisson seras-tu le seul

le dernier qui s’obstine

 

la lune

attend encore dans la coulisse l’heure

de son spectacle solennel

 

n’entends-tu pas que tu étonnes

l’air où tant de silences veulent

écarter la courtine

 

que l’une

où l’autre étoile déjà pleure

de la joie de se joindre à l’immortelle

 

Pourquoi un nom de plume ? Parce « je est un autre ». L’artiste qui se croit inspiré, l’artiste qui porte bien son nom, sait qu’il n’est pas l’auteur principal de ses œuvres.

 

20 mai 2007

 

quelle maison pour lui donner un centre

un dedans un dehors

un départ un retour

un croisement sur la carte du monde

 

et quel bateau pour y jeter la sonde

des haines des amours

de la vie de la mort

au fil des ans qu’en l’éternel il entre

 

Autre le deuil de ceux qui vivent de la vie éternelle, autre le deuil de ceux qui l’ignorent. La cérémonie de deuil serait-elle la plus archaïque, l’arkhé de toutes ? Elle est ancrée profond chez homo sapiens et, en l’explorant, on devrait mieux comprendre ce qu’est l’humain, d’où il croit venir et où il croit aller, peut-être aussi d’où en réalité il vient et où il va.

La découverte de la dilection comme être de l’être ne doit pas nécessairement la mettre à mal, pas plus que les autres cérémonies, sociales, religieuses, politiques, militaires…, mais elle peut permettre de les relativiser, distancier, voire démythiser, déritualiser (si tant est qu’un rite est une manipulation de l’inconscient et donc de la pensée et de l’action).

 

La dilection ne détruit pas l’émotion, mais, en l’imprégnant, elle la maîtrise. Sa vérité libère.

 

20 mai 2007

 

tu mets en ma poitrine mon esprit

je ne sais d’où il vient ni où il va

car je ne le veux pas mais il survient

en ma chair lorsque je pense à toi

 

tu répètes en ma bouche tous les noms

que la vie a pu mettre à ma portée

dans le jeu de l’amour et du hasard

en ma chair lorsque je pense à toi

 

tu lances de mon cœur toutes tes forces

qui en secret opèrent leurs merveilles

au vide du partout et du toujours

en ma chair lorsque je pense à toi

 

La pardon n’est plus ce qu’il était. C’est l’autre en nous qui nous pardonne : si en notre for intérieur nous refusons toute haine, toute animosité, toute rancune, nous vivons de l’amour de l’autre et nous sommes pardonnés de nos offenses, quelle que soit l’attitude à notre égard de ceux que nous avons offensés.

Nous sommes passés de la mort à la vie, de la chair à l’esprit, de la finitude à l’infini, du temps mortel au temps immortel. Impossible ? Evidemment : ce don et ce pardon sont l’autre en nous et non pas nous. Il faut accueillir l’autre en nous pour qu’il opère en nous le vouloir et le faire.

 

22 mai 2007

 

mon pays est là-bas par-delà les grands sables

son œil au bord des eaux m’entraîne

ses dix mille ruisseaux y débordent de larmes

de joie et de douleur

 

vais-je me contenter de dire aux misérables

à chaque jour suffit sa peine

quand la peine du jour est un fer qui désarme

les plus solides cœurs

 

comme partout mon peuple irrévocablement

s’accroche et par l’amour la haine

plutôt que simplement de passer le témoin

s’élance dans l’esprit

 

avec lui je voudrais dans l’espace et le temps

mener la lutte afin qu’advienne

le meilleur pour ces gens qui me tendant la main

m’ont un jour accueilli

 

Les grandes œuvres littéraires ne sont pas des villes conçues par des urbanistes et construites par des entrepreneurs. Ce sont des embryons dont les gènes en liberté élaborent des corps nouveaux.

 

La folle liberté de tout faire pourvu que l’on s’éclate peut-elle retrouver la raison en retournant aux valeurs héritées ? Sans doute, mais la voie la plus sûre est celle de l’altérité positive, qui ne brime pas la liberté de la bête mais la transmue en liberté spirituelle.

 

23 mai 2007

 

au jardin qui rêve

gris dans la grisaille

entre chien et loup le chat s’aventure

 

où faut-il qu’il aille

que cherche son sang par-dessus le mur

dans la nuit sans trêve

 

présence insolite

quand son corps surpris le change en esprit

au coin de la haie

 

dans l’air aminci

la peau qui frémit sent que se délite

la force du vrai

 

espère un instant

s’il reprend sa marche de prince des ombres

croiser son regard

 

par-dessus le temps

sentir en l’éclair par-delà le nombre

passer nos espoirs

 

La chair est belle et bonne, mais elle est provisoire. Elle « ne sert à rien » (Jean 6, 63), sauf à préparer la venue de l’esprit en la conscience qui l’habite. Il suffit de l’observer, au lieu de rêver : peu à peu elle se fane, s’attriste et disparaît. Malheureux celui, celle, qui ne l’a pas comprise, qui n’a pas saisi la chance qu’elle lui offrait de passer au-delà. A ceux qui croient que « le Verbe s’est fait chair » (Jean 1, 14), il faudrait faire comprendre qu’Il ne l’est plus depuis longtemps. Dommage, ils croient qu’Il est ressuscité selon la chair ; ils ne voient pas que sa résurrection est celle d’Abraham, d’Isaac et de Jacob (Luc 20, 37) qui fait d’eux des esprits, « comme des anges dans le ciel » (Luc 20, 36).

 

Lorsque tel ou tel psalmiste a senti, écrit ses émotions religieuses, que pensait-il que deviendrait son texte ? Y pensait-il ? Tel ou tel psaume a-t-il été écrit comme une fiction ? par un poète religieux qui s’imaginait la situation qui lui inspirait de réagir en inventant une prière ?

 

24 mai 2007

 

je vous donne les torrents pour vous apprendre l’action

et vous ne dansez pas

 

je vous donne les rivières pour vous apprendre la traversée

et vous ne battez pas des mains

 

je vous donne les fleuves pour vous apprendre le rêve

et vous ne souriez pas

 

 

pour tout ce qui revient toujours

pour tout ce qui ne revient pas

pour la lune et pour le soleil

pour la chair qui passe et vieillit

 

pour tout ce qui ne cesse pas

pour tout ce qui devient toujours

pour l’éternel partout qui veille

pour l’esprit en nous qui grandit

 

La belle reconnaissance inclut la reconnaissance de la reconnaissance : je te rends grâce de ce que tu me donnes de te rendre grâce. La belle reconnaissance n’est pas tactique, elle ne naît pas de la crainte que notre ingratitude nous priverait d’autres bienfaits ni de l’espoir que notre gratitude nous en attirera d’autres. La belle reconnaissance est joie, exultation, réjouissance devant la profusion des dons.

 

Comment l’intuition de Yeshoua pourrait-elle se proposer au grand nombre sans le support des signes, sans une Eglise puissante qui l’habille de la fascination du sacré ?

 

Lorsqu’on dit que le divin est irrationnel, de quel divin parle-t-on, si ce n’est du divin mythique ? Autre chose de dire qu’Aimer est irrationnel, autre chose de dire qu’il est incompréhensible parce qu’il est infini ? Incompréhensible ne signifie pas inconnaissable. Et connaissable ne signifie pas connaissable par le seul intellect. Aimer est connaissable dans l’intimité de silence à silence.

Penser que l’infini est au-delà des contraires ne signifie pas qu’il est habité par la contradiction. Le contraire n’est pas le contradictoire : le moteur et le frein d’une voiture, son amour et sa haine, sont des contraires ; dire que maintenant la voiture avance et n’avance pas est contradictoire (à moins de jouer sur la relativité du mouvement : rien n’est immobile sur notre terre qui tourne sur elle-même et autour du soleil qui tourne dans la galaxie qui s’éloigne des autres galaxies…)

 

 

25 mai 2007

 

Il est dangereux de croire à l’irrationalité du divin, car cette croyance ouvre la porte à d’autres croyances religieuses, aux mystères (et l’on joue sur la polysémie du mot mystère) de la Trinité, de l’Incarnation, de la Rédemption. Dès lors que l’on tient le secret de l’être comme irrationnel, on endort la vigilance des consciences face aux mythes.

 

les souffles qu jardin qui passent

s’attardent jouent avec les branches

ou peut-être que ce sont elles

qui les attirent dans leurs bras

 

l’œil étonné n’en finit pas

d’observer le ballet des belles

le jeu d’épaules et de hanches

que leurs amants jamais ne lassent

 

et puis vient l’heure du silence

où la chair passe le témoin

à l’esprit infini qui veille

dans le secret de toute chose

 

l’immobile où la confidence

reprend et la main dans la main

se presse rit et s’émerveille

est le rendez-vous de la rose

 

N’est-il pas irrationnel de définir l’irrationnel comme « ce qui est inaccessible ou même contraire à la raison » ? Sans doute sommes-nous au rouet : l’irrationnel ne peut donner une définition rationnelle de l’irrationnel. Que signifie cet « ou même » si ce n’est que l’on parle de deux irrationnels différents en négligeant leur différence ? Le véritable irrationnel est celui qui viole le principe de contradiction (par exemple en pensant que le néant existe). Ce qui est au-delà du rationnel ne le fait pas, il ne fait que nous faire prendre conscience de notre ignorance, et peut-être de comprendre que notre langage et les concepts qui y sont liés sont incapables d’appréhender certaines dimensions de l’être.

Sans doute faut-il découpler la notion de rationalité de la notion de conceptualité par opposition, accepter de penser que le concept de participation n’est pas irrationnel.

Ah ! Les mots, les mots… pièges sans fin.

 

26 mai 2007

 

une tourterelle s’élance

la courbe pure de son vol

sans un coup d’aile jusqu’au fil

achève la géométrie

où le regard s’implique

 

la naissance de l’art graphique

est dans le mouvement surpris

par l’œil et la main dans l’idylle

de l’âme et de l’espace au sol

 

la terre et le ciel se fiancent

 

Pour un esprit sensible à la contradiction, penser que l’Eternel est à la fois tout-puissant et tout-aimant est intenable. Adopter l’intuition de Yeshoua conduit à remettre en question la toute-puissance divine, ou du moins à constater qu’elle ne pourrait se manifester dans notre univers sans y ruiner l’indétermination et la liberté.

Notre univers est un équilibre de déterminismes et d’indéterminismes dont le comment nous échappe encore (le comportement quantique nous met peut-être sur la voie). Les lois statistiques nous posent au moins la question : sont-elles des lois ou des constats ? Ainsi, la science peut-elle expliquer pourquoi il naît un nombre sensiblement égal d’hommes et de femmes lorsqu’on laisse faire la nature ?

 

La pensée occidentale est mal à l’aise avec l’infini depuis cet Aristote qui continue d’y régir la réflexion théologique et philosophique. On connaît les mésaventures de ceux qui s’y sont opposés. Celle de Giordano Bruno en est l’emblème. Quant à Blake, il a eu la chance d’apparaître un peu plus tard et de passer pour un doux dingue dont l’obscurité permet à tout critique d’en donner une interprétation de son cru.

 

 

27 mai 2007

 

l’araignée blanche dans la spathe blanche

attend tapie

bien sûr sa nourriture

mais elle est belle aussi

et quelle intelligence ainsi

la mire et la confond avec la beauté de son piège

 

dans le regard que fascine cet art

     l’intensité

de la réjouissance

pure gonfle s’élance

en un chant que l’immensité

écoute et relance en échos où l’univers s’allège

 

Pourquoi voulez-vous à tout prix que votre corps ressuscite ? Croyez-vous qu’une libellule ait envie de redevenir une larve ? Si vous parlez d’un corps spirituel, je vous dirai que vous n’êtes pas très sensible à la contradiction (un corps n’est pas un esprit, un esprit n’est pas un corps).

 

On peut comprendre qu’un homme politique qui a des amis riches accuse ses adversaires de ne pas aimer les riches. Mais on peut s’étonner qu’il se réclame de Jean-Paul II, à moins que pour lui Jean-Paul II n’ait pas grand-chose à voir avec les béatitudes et les malédictions de Yeshoua : « Bienheureux les pauvres…Malheureux les riches » (Luc 6, 20, 24). Mais enfin Yeshoua a dit aussi qu’il fallait aimer tout le monde, que c’était l’essentiel de son message. Reste à analyser les divers sens que peut recouvrir l’expression «  ne pas aimer les riches ». Ah les mots, les mots ! Aimer les riches dans le sens que Yeshoua donne à aimer, c’est les amener à renoncer à leur richesse par amour des autres comme autre, à partager avec les pauvres dans la justice inspirée par la charité, dans l’égalité inspirée par la fraternité, en toute liberté.

 

Que diraient les nobles et les puissants si on leur suggérait que le protocole des préséances auquel ils demeurent attachés est un héritage des hiérarchies des hordes animales ?

 

28 mai 2007

 

Les créationnistes, certains du moins, sont des gens qui ont réfléchi et qui ont compris à quel point l’évolutionnisme ruinait leur croyance religieuse.

 

comment

toi danseur de la danse

distingues-tu

celui qui de l’enfance

passe à la scène

vient habiter

cet autre qui t’habite

 

écoute

en cette voix la voix

participée

à peine autre que moi

que celle qui

la prête aussi

à ce qui t’est donné

 

Pas facile de tenir l’équilibre entre la lumière oppositive de la pensée ouranienne et l’ombre participative de la pensée chthonienne. Mais il faut maintenir les valeurs de l’une et de l’autre, et jouer de leurs tensions dialectiques, non dans l’alternance, mais dans le dialogue permanent.

 

Le mourant qui demande pardon à celles et ceux qui l’entourent, et intérieurement à tous ceux et celles qu’il se souvient avoir offensés, celui-là est habité par la grâce du Don. Il est dans la vie éternelle.

 

« Ce qui est bon pour moi ne peut nuire à qui que ce soit », aurait écrit Jean-Jacques Rousseau. Pour comprendre ce qu’il voulait dire, il faudrait évidemment connaître le contexte. Mais, telle quelle, sa phrase, même si elle est inexacte, donne à penser. On peut retourner la formule à la lumière de l’ama et fac quod vis d’Augustin : ce qui ne peut nuire à qui que ce soit est bon pour moi. Le bien que je fais aux autres, voilà ce qui est bon pour moi. Si j’aime les autres, je me fais le meilleur bien souhaitable, j’entre dans la vie éternelle.

Si l’on définit la morale comme une imposition de la société à la conscience individuelle pour le bien collectif, et l’éthique comme une imposition de la conscience individuelle à elle-même pour son propre bien, on voit que la dilection les fait concerter en son souci de l’autre. Dans la dilection, le bien commun est le meilleur bien de la conscience individuelle.

 

Le suicide n’est regrettable que lorsqu’il porte préjudice aux autres (ce qui est presque toujours le cas).

 

29 mai 2007

 

Euthanasie, suicide assisté, aide active à mourir… Les gens s’imaginent régler les problèmes avec des mots alors que chacun leur fait dire ce qui lui plaît. La solution est toujours ama et fac quod vis, mais il n’est pas facile d’aimer en donnant à aimer le sens que lui donnait Augustin. Celles et ceux qui vivent de l’amour dont vit l’Eternel ne peuvent faire que les œuvres de cet amour. Mais comment être sûr qu’on en vit ?

 

La moniale qui commence sa vie religieuse en se fiançant à son époux Jésus-Christ doit bien finir par rencontrer le vide où l’autre n’est plus que celle qui lui donne de ne vivre que pour les autres, où son désir infini se mue en don infini.

 

La gloire est la manifestation de l’être. La gloire du tout-puissant est une manifestation de puissance. La gloire du tout-aimant est une manifestation de dilection.

A Nazareth l’être de Yeshoua est demeuré caché. L’Evangile dit qu’il l’a manifesté à Cana pour la première fois en changeant l’eau en vin. Manifestation ambiguë : ceux qui ont alors cru en lui ont sans doute été plus sensible à sa puissance thaumaturgique qu’à sa dilection portant secours à des mariés dépassés par les événements (Jean 2, 11).

 

sur cette vieille balance

l’un monte et l’autre descend

mais il arrive pourtant

que s’équilibrent les chances

 

pourquoi la légèreté

a-t-elle ici moins de poids

et le haut moins que le bas

de supériorité

 

la pesanteur et la grâce

disent son fait à l’argent

et leur jeu à bien des gens

ici fait perdre la face

 

30 mai 2007

 

La rationalité, ce n’est pas la clarté des Lumières, qui n’est qu’une des manifestations de l’imaginaire occidental ouranien. La rationalité, c’est la non-contradiction, la cohérence, voire l’inhérence des idées fondée sur le postulat que cette cohérence est elle-même cohérente avec le réel.

 

La rhétorique, la communication, est irrationnelle lorsque, afin de persuader, elle déploie des arguments qui ne sont pas cohérents ou qui, même s’ils le sont entre eux ne se sont pas avec le réel. Ainsi, faire usage de son charisme, se présenter en héros comme c’est presque toujours le cas ne peut être rationnel puisque la figure du héros est mythique.

Lorsque Victor Brochard écrivait il y a plus d’un siècle : « Que deviendrait l’art oratoire si la masse des hommes n’agissait plus par persuasion mais par conviction ? » Il laissait entendre que la rhétorique et ses succès étaient le signe de la faiblesse rationnelle de ses contemporains. L’utilisation intensive de l’art oratoire rebaptisé communication par nos politiques montre l’actualité de son observation.

Vous me dites peut-être : « Qui est cet obscur Victor Brochard ? » Vous pensez qu’il devrait être plus héroïque pour faire autorité ? Est-ce bien rationnel ?

 

sur ses ailes tendues la buse sait

ce que les souffles prêtent et demandent

en sa limite et leur illimité

les forces s’équilibrent

 

en ses girations libres

comme eux rendant hommage à la clarté

elle leur prête l’œil et leur demande

l’admiration diffuse en tout ce qui connaît

 

tant que sur la hauteur son élan dure

en la mémoire admirant le prodige

des forces de l’amour et de la haine

composant la spirale

 

l’univers se dévoile

et jusqu’à l’origine nous emmène

vers l’éternel passé futur te dis-je

en ce présent où l’infini murmure

 

31 mai 2007

 

La réalité du dieu-amour est accessible à toute conscience ; elle n’est pas conditionnée par l’intelligence conceptuelle. « Celui qui fait la vérité vient à la lumière ». Cela n’empêche que sa démonstration philosophique est requise du philosophe.

 

comètes faites de main d’homme

qui s’acheminent toutes vers

une terre au-delà des mers

je vous salue et je vous somme

 

que m’importe d’où vous venez

résolues sur la droite ligne

qui vous désigne et vous assigne

et que m’importe où vous allez

 

car je sens que sous vos passages

chaque jour toujours plus nombreux

se diffuse un air ténébreux

qui indispose mes nuages

 

L’intuition de Yeshoua est inhérente à son expérience de l’Eternel, celle d’une intimité si forte qu’il se sent en l’Eternel et qu’il sent l’Eternel en lui : « Le Père est en moi et je suis dans le Père » (Jean 14, 11). Il ne se croit pas cependant exceptionnel en cela, ni élu ni privilégié. Il est inhérent à son expérience de l’amour de l’autre présent en lui qu’elle puisse être partagée par toute conscience qui l’accueille : « Qu’ils soient un comme tu es en moi, Père, et comme je suis en toi ; qu’ils puissent être un comme nous sommes un…que l’amour dont tu m’aimes soit en eux et moi en eux » (Jean 17, 22, 26).

 

1er juin 2007

 

Le vocabulaire de Yeshoua est analogique. Les chrétiens le savent, enfin presque, lorsqu’il est question du Royaume. Ils semblent souvent l’ignorer lorsqu’il s’agit de la paix, alors qu’il a dit : « je ne vous la donne pas comme le monde la donne » (Jean 14, 27). Pour ce qui est de la gloire, c’est celle de l’autre, non la sienne propre (Jean 7, 18). C’est celle de l’altérité, de la dilection, celle de l’Eternel qui donne sa vie à tous les humains qui l’accueillent : gloria dei homo vivens. Tout son langage s’éclaire, prend sens dans la perspective de la dilection.

 

Si « il fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants », il y a aussi des choses que l’Eternel ne donne qu’à celles et ceux qui les lui demandent. Cela fait partie de son respect pour notre liberté, mais également de son invitation au dialogue et au partage de son grand jeu.

Ce sont évidemment des demandes d’ami à ami, non des supplications d’esclave à propriétaire,de serf à seigneur ou même de serviteur à maître. Au point qu’on peut parfois s’interroger quant à savoir qui demande à qui. Et l’amitié y fait donner et recevoir avec la même grâce.

 

 

quelle senteur à l’aube en ouvrant la fenêtre

fera se souvenir un lieu cher à l’enfance

peut-être même un jour une heure où l’innocence

s’est marquée pour toujours d’un des sceaux de son être

 

avec intelligence et les sens en éveil

du chercheur attentif en son laboratoire

accueille en tes narines ce présent de l’histoire

où fugitive passe en secret la merveille

 

de ce qui s’en revient par-delà les années

avec un presque rien qui en change le sens

et qui signe discret le progrès de l’immense

où la mémoire vive est toute enregistrée

 

l’ancien et le nouveau se prennent par la main

comme en la promenade le vieillard et l’enfant

échangeant leurs regards se trouvent se retrouvent

et tous deux transmués poursuivent leur chemin

 

2 juin 2007

 

L’appartenance à un groupement, à une confrérie, religion, association peut-elle ne pas entraîner un esprit de corps qui fait qu’il y a pour ses membres ceux qui sont « des nôtres » et ceux qui n’en sont pas ? Si l’on admet que le nôtre est un prolongement du moi, on doit aussi admettre que la conscience qui passe du moi au je dans la dilection universelle ne peut appartenir qu’avec méfiance à une église, à un parti… Il y aura toujours en lui, en elle, le primat de la totalité sur la partie, de l’amour de tous sur l’amour de quelques-uns.

L’exercice de la contradiction se justifie par les évidences qu’il met au jour. Elle s’encourage ainsi à étendre son champ de recherche, et particulièrement à dégonfler les baudruches de la rhétorique.

 

au jardin refuge herbes folles

vous vous rassemblez déplacées

les indésirables des champs

 

cultivant votre beau désordre

hôte inspiré je défendrais

la table ronde d’entretiens

 

nous relieroins au droit du sol

l’espoir d’une terre sans haies

ouverte au proche et au lointain

 

où plutôt que de s’entre-mordre

se bousculer ou se pousser

vos parfums mêleraient leurs chants

 

La conscience habitée par la dilection n’éprouve aucune condescendance à l’égard des croyants. Elle vit dans un monde où s’abolit la hiérarchie des babouins.

 

La dilection renvoie dos à dos le patriarcat et le matriarcat, tous deux fondés sur la domination et la possession héritées de l’organisation animale.

 

3 juin 2007

 

ce bruit gravement qui s’éloigne

de la hauteur vers l’horizon

murmure la modulation

de l’espace qui se déploie

 

les mots libérés qui s’élancent

sur des nuages de chansons

rencontrent d’autres compagnons

qui leur soufflent d’autres nuances

 

pour découvrir de nouveaux sens

poursuis les innombrables voix

et entre un peu plus dans la joie

de l’inconnu dans le silence

 

« Gloria Dei homo vivens ». Que voulait dire Irénée ? Il faudrait retrouver le contexte (Contre les hérésies IV, 20, 7 ?). Mais peu importe au fond. Ceux et celles qui s’intéressent davantage à la gloire qu’à la vie pensent qu’en vivant bien l’homme rend gloire à Dieu. Ceux et celles qui s’intéressent davantage à la vie qu’à la gloire pensent que Dieu manifeste sa gloire en donnant à l’homme de vivre de sa vie, car sa gloire est celle d’aimer de dilection et de manifester ainsi le secret de son être.

 

La critique de la croyance n’est pas une négation de sa valeur propre, du rôle qu’elle joue dans l’hominisation. La croyance fait partie de la dynamique du provisoire, du cheminement de chaque conscience dans la marche de l’humanité. Mais la conscience doit tôt ou tard passer au-delà et entrer dans la vérité de l’universelle dilection.

(Mais « quand j’affirme, j’interroge encore »).

 

4 juin 2007

 

La connaissance du dieu tout-aimant ouvre-t-elle toutes les portes de l’être ? Connaître l’être de l’être et son altérité positive, sa dilection, doit bien donner quelques idées sur l’organisation des êtres finis. C’est ainsi qu’elle conforte l’idée d’un certain indéterminisme de l’univers à la lumière de la liberté humaine inhérente à la dilection.

 

le navire n’est plus sacré

capitaine sans toi il coule

et tu te sauves dans la foule

puisque les dieux sont oubliés

 

crois-tu   le navire est la terre

il emporte tous nos enfants

je les sens frémir en nos flancs

en route vers le cimetière

 

Si l’on ne peut pas plus tirer un croyant de sa croyance qu’un athée de son athéisme, c’est que ni l’un ni l’autre n’ont conscience de leur irrationalité.

 

Ce qui sépare le savoir de la croyance, ce n’est pas la qualité de la certitude, mais ce sur quoi elle se fonde. On peut « croire dur comme fer » à des choses que le raisonnement peut invalider. Mais le croyant est enfermé dans sa foi, car il croit que la mettre en doute est une faute.

La mise à l’écart du mythe ne fait pas de l’Evangile un simple moralisme. Mettre à bas l’héroïsation divine de Yeshoua, c’est faire pleinement droit à la relation de dilection qui est la vie même que l’Eternel offre aux consciences.

 

L’art le plus subtil de la rhétorique (de la communication), c’est de persuader que le discours qu’elle tient est rationnel, non seulement dans sa forme mais dans son fond.

 

5 juin 2007

 

Ou bien les paroles : « Vous m’appelez maître et seigneur et vous dites bien car je le suis » (Jean 13, 13) ne sont pas authentiques, et le mot « seigneur » garde sa vieille valeur de domination telle qu’elle apparaît dans la gloire du pantocrator et plus généralement dans l’image que les Eglises donnent de Yeshoua. Ou bien le mot « seigneur »  a été décapité par Yeshoua le jour où il a lavé les pieds de ses disciples devenus désormais ses amis : un seigneur ne lave pas les pieds de ses amis, encore moins de ses disciples ou de ses serviteurs.

Combien de mots encore ont-ils été subvertis par la dilection dans la bouche de Yeshoua ?

 

La connaissance de l’altérité positive, reconnaissance de l’être de l’être, ne détruit-elle pas toute croyance comme absolu ? Elle relativise les mythes, les remet à leur place en découvrant leur vraie place dans la dynamique de la recherche du réel. Et son action ne se milite pas à la sphère du religieux, elle s’étend à celle du politique où, entre autres, elle ne peut manquer de dénoncer la manipulation rhétorique.

 

si bien balancée en haut de sa tige

si fraîche et fragile en son éphémère

si parfaite instinctivement

 

fidèle à mon être vraiment que ne puis-je

comme elle à l’élan des racines mères

l’être au rendez-vous de tous mes amants

 

nous verrions tous deux leurs ombres furtives

à juste distance passer dans l’allée

et puis dans une brève pause

 

éclairer la nuit de la flamme vive

qui jaillit soudain des cœurs échangés

pour ouvrir le jardin des roses

 

 

6 juin 2007

 

Une vue statique de l’humain conduit à des aberrations désastreuses. Ainsi du : « C’est l’esprit qui donne la vie, la chair ne sert à rien » (Jean 6, 63). Certains y ont lu un mépris de la chair. Mais la chair est l’humain premier sans lequel il n’y aurait pas d’humain dernier. Et il est aussi dommageable de rejeter l’Évangile parce qu’il mépriserait la chair que de mépriser la chair parce qu’il semble le faire. Il faut lire cette phrase de Yeshoua dans son contexte : il vient de dire qu’il va donner sa chair à manger et que, si l’on ne mange pas la chair du fils de l’homme, on n’aura pas la vie en soi (Jean 6, 51, 53). Il essaie, en vain ou presque, de faire comprendre que la chair de l’humain premier n’est plus qu’un symbole de la parole de l’humain dernier qu’il est. Cette parole est celle de l’invitation à la vie éternelle, c’est pourquoi elle est porteuse de l’esprit (Jean 6, 63, 68).

Le langage de Yeshoua est celui des paraboles et des proverbes (Jean 16, 25). C’est l’esprit qui donne accès à son sens (Jean 16, 13).

 

à l’améthyste de la digitale

la fougère prête son émeraude

qui de l’écrin ou du bijou

est pour l’autre son rendez-vous

 

la lampe qui exulte dans la nuit

lui donne de rêver à son mystère

qui de l’écrin ou du bijou

est pour l’autre son rendez-vous

 

lampe et améthyste cherchent des yeux

qui savent voir la nuit et l’émeraude

qui du bijou ou de l’écrin

est pour l’autre le lendemain

 

l’émeraude et la nuit se cherchent des cœurs

qui s’effacent et passent au-delà

qui du bijou ou de l’écrin

est pour l’autre le lendemain

 

7 juin 2007

 

Il ne faut pas que les morts nous gouvernent, il faut qu’ils nous inspirent. Le passé, l’histoire, la mémoire peuvent être un poids, un frein (mais un véhicule a besoin de freins autant que de moteur).

Le passé, l’histoire, la mémoire sont notre expérience. L’expérience n’est pas à refaire mais à utiliser pour aller de l’avant.

 

Il n’y a tout de même pas besoin d’une grande sensibilité à la contradiction pour avoir du mal à réconcilier la demeure de l’évêque de Rome et de tant d’autres évêques au cours des siècles avec celle du fils de l’homme qui n’avait pas de pierre où reposer sa tête (Matthieu 8, 20).

Mais chez le croyant le mythe est plus fort que la raison.

 

le bourdon vibre en la corolle

alors l’aréole se livre

 

l’entremetteur sur les kiwis

frémit de donner le bonheur

 

la chance de devenir graine

l’enchaîne à la grappe du sens

 

l’échange repoussant la mort

redit le sort des faiseurs d’anges

 

Insister sur l’historicité de Yeshoua peut conduire à faire de lui un être unique autour duquel l’aventure de l’humanité voire de l’univers tourne tout entière. Mais on constate que depuis deux mille ans cette conception n’a pas rallié l’ensemble des consciences, et cela peut les inviter à s’interroger sur sa validité. Cela peut aussi conduire à voir en quoi ce personnage, en ses coordonnées spatiales et temporelles, sa culture, a su s’en détacher en découvrant mieux que d’autres la nature humaine telle qu’elle est appelée à participer par l’esprit à la vie d’altérité positive de l’Eternel.

 

8 juin 2007

 

la caille qui rappelle au crépuscule

écoute les échos de l’air sonore

et sa tête conçoit dans la distance

des espaces croisés qui localisent

les images chéries qu’évoque sa mémoire

 

prêtresse obscure aux liturgies du soir

que le silence en silence organise

en se donnant des bruits qui n’ont de sens

que d’attirer l’attention sur son or

impalpable trésor que le vide accumule

 

sens-tu sans le savoir ce que ta chair

donne de résonner aux horizons

sens-tu que l’air par toi se fait le don

gratuit où transparent en son mystère

notre temple affranchit ses derniers hiérodules

 

Y a-t-il des hasards manipulés ? Sont-ils nombreux ? Hasards heureux et hasards malheureux. Faut-il voir dans tous les hasards malheureux des hasards non manipulés ?

 

Etre fier d’être Français. Mais d’abord, qu’est-ce qu’être fier ? Et puis, qu’est-ce qu’être Français ?

Peut-on être fier de ce dont on n’est pas responsable ? On ne choisit pas ses parents, on ne choisit pas son pays natal. Peut-on être fier de son pays si on ne l’a pas choisi ? Faut-il alors en changer ? On peut choisir de rester vivre dans son pays natal parce qu’on est satisfait de ses valeurs, de ses traditions, de ses réalisations, etc. Peut-on être fier de ce que l’on admire alors qu’on n’en est pas l’auteur ? Nous pouvons être fier de ce que nous faisons pour notre pays, non de ce que notre pays fait pour nous.

 

9 juin 2007

 

Et qu’est-ce qu’être Français ? Seule l’unanimité des Français peut-elle en décider ? Une majorité ? Laquelle ? Une majorité des deux tiers ? Des trois quarts ? Le dernier quart ne serait pas Français ?

A chacun son avis ; on peut commencer à discuter.

S’il s’agit de valeurs, je suis heureux que la devise de la République soit : Liberté. Egalité. Fraternité. Tous les Français en sont-ils satisfaits ? Le sont-ils parce qu’ils n’y ont pas vraiment réfléchi ni attaché l’importance qu’elle mérite ?

Il n’est pas sûr que tous les Français la comprennent de la même façon. De quelle fraternité parle-t-on ? Celle d’un nous qui exclut les autres ? Pour celles et ceux qu’anime l’altérité positive de l’Evangile c’est une fraternité universelle. Être Français pour eux, c’est accorder fraternellement à tous les humains la même liberté et la même égalité… Y a-t-il beaucoup de Françaises et de Français qui pensent que c’est cela être Français ? Mais est-ce encore être Français ? C’est l’identité des citoyens du monde. Je suis tombé dessus, c’est la faute à Jésus.

 

du temps que l’écriture était celle du style

enlevant de la cire ce qu’elle signifiait

on la voyait surgir interminable fil

échappé du silence dans la plaie qu’elle y fait

 

mais sur la page blanche l’encre qu’elle dépose

est comme une souillure que l’on verse en rançon

à la noire ignorance afin qu’elle compose

avec l’antique aveu que le sens fait au son

 

qu’importe l’une ou l’autre folle imagination

le signalé service que rend l’espace au temps

fait que l’on voit les mots et les dévoile nus

pour qui les analyse ces rois omnipotents

exhument leur mémoire et trouvent la raison

de l’amitié qui lie les gamins de nos rues

 

10 juin 2007

 

les hirondelles qui tournoient

impriment l’imprévisible

de leur parcours sur le hasard

 

ce qui revient à la mémoire

demeure dans l’invisible

un palimpseste d’émois

 

se peut-il qu’elles dessinent

comme d’antiques augures

des fresques pour notre avenir

 

le même qui se devine

en leur nouvelle aventure

mêle à la spirale nos dires

 

On a accusé la démythisation de l’Evangile de le réduire à un moralisme. On pourrait tout aussi bien l’accuser de la pousser vers l’immoralisme, car elle met à mal la morale ouranienne patriarcale de la pureté, mais aussi le perfectionnement du moi qui en est l’avatar. Dépouillée de sa culture, l’intuition de Yeshoua est toute centrée sur l’autre plutôt que sur soi. Et cette altérité positive libère le je du moi possessif.

Ce n’est plus l’ascétisme qui conduit à la maîtrise de soi, c’est la grâce de l’altérité qui par surcroît dépossède des passions dominatrices. C’est dans cette perspective que l’on peut comprendre que Yeshoua est venu « mangeant et buvant » et qu’il s’est fait traiter de « buveur et de glouton » (Matthieu 11, 19).

L’intuition de Yeshoua ouvre à l’esprit qui libère de l’emprise de la chair en faisant participer à « la joie que personne ne peut enlever » (Jean 16, 22) car c’est la joie de l’Eternel, qui n’est pas de jouissance mais de réjouissance.

 

11 juin 2007

 

Une droite au pouvoir a plus de pouvoirs que le pouvoir politique : elle y accède munie de pouvoirs financiers, économiques, médiatiques… sans compter que son QI supérieur en général lui donne la pouvoir rhétorique, qui lui a permis d’empocher le pouvoir politique.

 

entre le soupir et les pleurs

entre le bitume et les champs

déroule les tapis de fleurs

et d’herbes folles dont les rires

avec leur sourire te prend

 

entre les deux mains que te tendent

les gais compagnons de la route

marche que tous ceux qui entendent

le chant de ta réjouissance

retrouvent le sens et écoutent

 

par-delà la ville où ils vont

celui que le monde aux étoiles

lance en réponse à leur question

et pèlerins de l’éternelle

témoignent d’elle sous son voile

 

Si l’on peut parler de transfiguration de l’éros, c’est que le mot éros, comme tant d’autres, est flexible et flou. Le mot français désir peut signifier tous les appétits, le sexuel figurant en bonne place, mais aussi les aspirations les plus spirituelles, et jusqu’à celle de l’infini.

Peut-on dire que cette aspiration est une transfiguration du sexuel ? Certains diront tout aussi bien que le désir sexuel est une défiguration de l’aspiration infinie à l’infini. Si l’on accepte le principe de causalité cartésien selon lequel « rien dans un effet qui n’ait été d’une semblable ou plus excellente façon dans la cause » (Réponse aux deuxièmes objections), tout désir fini est un effet d’un désir infini, et, dans la dynamique du temps, sa préparation. Du point de vue de l’être fini, tous les désirs sont orientés par le désir infini, nous y invitent, cherchent à s’y accomplir.

 

12 juin 2007

 

Les fluctuations des votes d’un scrutin à l’autre en si peu de temps donnent la mesure de l’irrationalité de l’électorat. Il est bien vivant le vieux mythe de l’incarnation qui confond le messager et le message, le politicien et la politique, les humains et les idées, la chair et l’esprit.

Centrées sur la personne du Christ, les Eglises aussi confondent le message et le messager, font de lui Dieu parce que jamais peut-être une conscience humaine n’avait été à ce point habitée par la présence de l’Eternel, aussi proche dans le partage de la dilection offerte et accueillie. Il avait pourtant mis en garde : « C’est l’esprit qui donne la vie, la chair ne sert de rien ».

 

L’histoire des religions montre qu’elles se sont partout trouvé un centre du monde. Le christianisme, lui, s’est trouvé un centre de l’histoire, tout aussi mythique.

 

le regard te devine

invite la narine

 

toi mère des senteurs

bourdonnement de fleurs

 

tu dis de t’approcher

mais non pas de toucher

 

à la juste distance

le cœur trouve le sens

 

le trop loin ne sent rien

et le trop meurt d’excès

 

au plus fort de l’absence

vit l’intime présence

 

la terreur qui fascine

n’est qu’une ombre divine

 

13 juin 2007

 

     qui avec toi est présent dans mon cœur

si mon cœur avec toi partage l’infini

la foule de l’immense y passe d’heure en heure

quand j’ouvre mon silence au silence qui prie

 

tu es donc là Yeshoua de l’enfance

la force et la douceur qu’on me faisait chanter

te posséder en moi par ta reconnaissance

pour la vie d’ici bas et pour l’éternité

 

ta mère aussi qui n’était plus ta mère

mais déjà cette femme en chemin vers l’esprit

qui avait su abandonner l’hier

qui ne vit plus que le bel aujourd’hui

 

et puis tous ceux qu’un jour le temps-espace

a fait croiser nos chemins sur la terre

et puis les mille et mille que l’éclat de la face

me fera rencontrer ailleurs dans le mystère

 

Si nous connaissions bien le temps et son rôle dans l’organisation de l’univers, nous aurions une raison de plus de ne pas croire à l’Incarnation chrétienne. Les premiers chrétiens croyaient que le messie-christ était venu parce que les temps étaient accomplis et qu’il reviendrait bientôt pour mettre fin à l’histoire. Mais il n’y a pas de fin de l’histoire, pas plus que de commencement ou de centre. L’humanité, pas plus que l’univers, n’a commencé à partir de rien.

« De rien, rien ne se fait » disait la vieux Platon ( Timée, 28a). D’autres l’avaient sûrement pensé avant lui, bien qu’il ait fallu quelqu’un qui fût le premier à le penser clairement.

 

Les humains ont la capacité de détruire la vie sur la planète, mais non d’anéantir les éléments dont sont faits les vivants. Et lorsque dans quelques millions d’années la planète se liquéfiera et se vaporisera, rien de l’énergie qui la fait ne sera annihilé.

 

Il paraît essentiel au politicien efficace qui manipule les électeurs de leur dire qu’ils sont intelligents, alors que ses manipulations réussies montrent qu’il les croient, à juste titre, stupides. Bref, le politicien efficace est un menteur.

 

 

14 juin 2007

 

Le désir infini n’est pas un éros, car c’est celui qui participe de l’infinitude de l’Eternel. Et l’Eternel est don, désir de donner et non de posséder.

 

Comment démêler dans la liturgie ce qui relève du rite sacré pourvoyeur d’équilibre, de paix intérieure, d’enthousiasme parfois, et ce qui invite à la rencontre de l’autre comme autre, à la dilection ? Le faut-il ? Sans doute s’il s’avère que le premier devient un frein pour le second, mais il peut aussi y introduire. L’être rationnel qui est en nous devrait apprendre à faire la distinction, mais sans s’interdire de recourir au sacré ni surtout l’interdire aux autres.

Le tout-aimant donne à chaque conscience selon son cheminement, mais il invite à avancer. Et le cheminement est infini comme le tout-aimant est infini (Ne trouve-t-on pas cela chez Grégoire de Nysse ?)

 

lorsque le lucane se noie

dans l’eau du fût sous la gouttière

tu dois te dire c’est un peu moi

qui lui cause cette misère

 

mais avant même d’y penser

ta main l’a pris et déposé

dans le fouillis de l’herbe tendre

où son chemin vient le reprendre

 

il est des gestes plus rapides

que la pauvre cogitation

des mots en notre possession

que la vérité intimide

 

lorsque l’écoute du silence

donne l’accord de notre chair

l’esprit qu’habite sa présence

fait donner sans en avoir l’air

 

15 juin 2007

 

Les chrétiens connaissent-ils leur Jésus-Christ comme Yeshoua ? Ils en ont fait un héros en le divinisant. Ses images et statues peuvent bien le leur représenter, elles le transfigurent alors qu’ils croient le voir tel qu’en lui-même

Ceux qui s’attachent au sublime visage du suaire de Turin, le croyant authentique, ignorent qu’il n’a plus de visage, étant « comme les anges dans le ciel » (Luc 20, 36)

S’il vit par le cœur dans le cœur de ses adoratrices et adorateurs, c’est comme symbole, c’est-à-dire comme relais vers son intime présence en l’Eternel.

Comment, s’ils ne le comprennent pas, pourraient-ils penser d’égal à égal avec les animistes, les hindous, les bouddhistes, les musulmans… ?

 

Qu’est vraiment l’icône pour un chrétien oriental ? Y a-t-il autant de façons de la regarder que de chrétiens (et de non-chrétiens) et, pour chacun, d’étapes en son cheminement ?

 

au retour de la table sainte

la tête entre les mains

elle tentait de rencontrer

celui qu’elle croyait lui visiter le cœur

 

confiante en cette douce étreinte

pour apaiser sa faim

elle entrait dans l’obscurité

où pensait-elle habitait son sauveur

 

puis elle découvrit en maintes

rencontres de hasard enfin

au bout de toutes ces années

dans le vide éternel l’autre où la joie demeure

 

16 juin 2007

 

un moineau mort un anonyme

jeté sur le tas sans respect

sans même que les yeux fermés

il reçoive un honneur ultime

 

ainsi va la vie sans l’intime

d’une présence enfin cherchée

où l’autre se trouve étonné

dans le vide né du sublime

 

qui a dit que pas un ne choit

sans que le Très-Haut l’ait permis

mais le tout-aimant n’a rien dit

au monde il a laissé le choix

 

de ce qui tâtonne en sa voie

qui se produit et reproduit

et dans son élan incessant

au-delà de la mort chemine

 

Celles et ceux qui vont jusqu’au bout de leur effort impuissant et se reconnaissent comme « des serviteurs inutiles » (Luc 17, 10) sont invités à devenir des amis (Jean 15, 15), car leur cœur s’est ouvert à la grâce du don de la vie éternelle.

 

Un signe inattendu de ta présence, discret comme un sourire, et la chair tressaille : tu es là et je n’y pensais pas (Genèse 28, 16). « Où irais-je loin de ton esprit ? Où fuirais-je loin de ta face ? (Psaume 139).

 

17 juin 2007

 

Will you permit me to answer, Dylan ?

 

Sing, sing and play the dying of the light ;

I will go gentle into that good night,

Old age should sing and play at close of day.

 

Since wise men at their end know dark is right,

Because their words have forked no lightning they

Sing, sing and play the dying of the light.

 

Good men, the last wave by, shouting how bright

Their frail deeds must have danced in the green bay,

I will go gentle into that good night.

 

Wild men who caught and sang the sun in flight,

And learn, too late, they grieved it on its way,

Sing, sing and play the dying of the light.

 

Grave men, near death, who see with blinding sight

Blind eyes can blaze like meteors and be gay,

I will go gentle into that good night.

 

And you, my son, there on the splendid height,

Bless me now with your joyful tears, I pray,

Sing, sing and play the dying of the light.

I will go gentle into that good night.

Un père ne devrait-il pas finir par donner à entendre à ses enfants qu’il n’est plus pour eux un père mais un ami, comme Yeshoua a dit à ses disciples qu’ils étaient désormais ses amis ?

Les liens de chair doivent peu à peu se relâcher, et puis tomber. N’est-ce pas ce que Yeshoua cherche à faire comprendre à celles et ceux qui lui parlent de sa mère et de ses frères (Matthieu 12, 47-50) ?

 

18 juin 2007

 

toutes ensemble suspendues

dans la lumière et l’horizon

du matin qui lance son chant

chacune dit sa joie

 

gouttelette qui à la vue

disparais dans cette moisson

de l’innombrable et l’immanent

et l’impermanent soi

 

ce qui s’assemble et se disperse

s’en vient de l’ombre sans retour

et ce qui semble être le même

est ce qui se ressemble

 

pour toi qui sais ce que l’averse

doit à la haine et à l’amour

où leur jeu toujours nouveau sème

l’autre l’autre dissemble

 

L’amour de l’autre comme autre est destiné à prendre le relais de l’amour de l’autre comme soi-même, comme reflet et comme chair de sa chair. Bien sûr c’est l’enfant qui est le plus concerné, c’est lui que ses père et mère doivent s’efforcer de libérer des forces du sang. Mais comment peuvent-ils le faire s’ils ne se sont pas eux-mêmes libérés ?

Il faut cependant respecter la loi de continuité-discontinuité. Le désintéressement de l’amour de l’autre comme autre risque de n’être que le désintérêt de l’autre. Le passage de témoin doit se faire avec fluidité, et la main qui le lâche ne lâcher la main qui le prend qu’après l’avoir tenue depuis l’enfance.

 

19 juin 2007

 

ce qui tord la serviette de toilette abandonnée

est un dialogue de forces où la beauté

trouve son mot à dire

 

l’œil qui s’attarde devine prête l’humanité

de celle qui l’habite

entre en complice dans la fête

 

 

mais parle donc puisque tu vis

en tant de choses d’innocence

et de mouvements qui s’arrêtent

en œuvres belles

 

bouche par cette plume dis

notre vie de réjouissance

en tout ce qui aide sa quête

de l’éternel

 

Le grand souci du silence à silence d’Aimer, ce sont les autres, tous les autres, et d’abord celles et ceux qui viennent à l’esprit ici maintenant. Ce sont les autres parce que la dilection est pour et par l’autre, et que le silence à silence est la rencontre d’Aimer, qui est pour l’autre, puisque « Dieu est Aimer ». C’est le souci de la vie éternelle, la vie éternelle est le souci de l’autre, la sollicitude pour l’autre, la reconnaissance pour l’autre, la réjouissance en l’autre. Le reste est de surcroît : « Cherchez le Royaume des cieux et sa justice, et toutes ces choses vous seront ajoutées » (Luc 12, 31).

Le « vivez dans l’action de grâce », c’est cela. S’il s’agit de remercier parce que nous avons été sauvés, c’est que le salut est d’aimer de l’amour dont Aimer aime, de participer à sa vie éternelle.

 

La liberté que donne la vérité de l’être, c’est aussi qu’en l’infini elle rend indifférent à la réputation, abolissant chez ceux qui en vivent la culture de la honte et de l’honneur qui inhibe ses membres. Plus loin encore sur le chemin, elle écarte les ombres de la culpabilité qui l’entrave et court dans la joie de l’autre.

 

20 juin 2007

 

En poésie, un paysage inattendu d’images hétéroclites à la Shakespeare fait que la pensée passe au-delà de ce qui est dicible.

 

nuages nuages toujours

lorsque la lumière s’éclate

et joue

discrète souvent et fine

si rarement fantasque

si dépourvue d’emphase

que l’œil habitué l’ignore

 

ne faut-il pas que le discours

ébloui un instant s’ébatte

s’ébroue

pris en elle la dessine

afin qu’elle verse sa vasque

qu’enfin perdu en son extase

il retourne au silence d’or

 

Il est un silence à silence qui est un exercice de dilection, une préparation à l’action programmée ou imprévue. Comment sera-t-on prêt à servir en dilection si le cœur ne s’en est pas rempli ? Et comment s’en remplirait-il si ce n’est à la source de la vie éternelle.

 

L’ordinaire de la messe catholique continue de projeter l’image d’un dieu ouranien, père tout-puissant, dont on implore la pitié, que l’on glorifie, dont on loue la sainteté face à notre indignité souillée.

Rien pour le tout-aimant, pour cet amour dont Paul déclare que sans lui nous ne sommes rien, puisque, explique Jean, c’est dieu même. Les lectures et les prêches permettent de corriger cette image archaïque d’un dieu créé à l’image des souverains achéménides et de leurs avatars, mais tout de même… Que retiennent les fidèles en leur inconscient ?

 

21 juin 2007

 

Si généreuse, si forte, cette jeune femme sans frontières abattue stupidement en République Centrafricaine. Un fruit mûr tombant dans la vie éternelle ?

 

Que peut offrir au croyant la rationalité lorsqu’elle a mis au jour l’intuition de l’être comme altérité positive à la lumière de l’Evangile ? Elle peut lui présenter la justification philosophique, mais cette justification détruit sa croyance chrétienne puisqu’elle montre l’inanité des mythes de l’Incarnation, de la Rédemption, de la Résurrection de la chair, et jusqu’au mythe de la Création.

Le mythe de la Trinité, né de la fécondation de la découverte du Dieu unique par celle du Dieu amour est subverti par la découverte de l’éternité du monde. L’autre d’Aimer, ce n’est pas le Père pour le Fils et l’Esprit et réciproquement, c’est le non-autre de sa substance même dont il fait son autre, les êtres finis tirés de son infini.

 

derrière les derniers

les derniers troncs de la clairière

l’ombre appelle que cache-t-elle

est-ce le même est-ce

l’autre semblable semblable indéfiniment

 

jusqu’où vont-ils vont-ils entraîner le marcheur

ces arbres et puis ces arbres ces arbres

ont-ils chacun à vivre une aventure chacun

un rêve dont la forme en ses branches se dit

que le cœur musicien et les yeux pleins de voix

feront chanter

 

22 juin 2007

 

Dans un monde intellectuel occidental encore imprégné, malgré qu’il en ait, des forces mythiques de son imaginaire, il n’est guère possible de se faire entendre sans le mégaphone d’autorités reconnues. Comment faire sérieux sans s’appuyer sur un solide soubassement de notes renvoyant à de grandes figures de la pensée, sans s’auréoler de leur bibliographie ?  Une thèse universitaire n’est soutenable que si elle se présente décemment vêtue de ces habits mythiques, la glorieuse aura de ses ancêtres.

 

regard éblouissant

jamais nous ne nous sommes

vus les yeux dans les yeux

 

mais c’est dans ta lumière

que je connais les choses

et leur âme et la mienne

 

c’est ainsi qu’en l’espace

je trouve mon chemin

et connais ta présence

 

et que paupières closes

j’imagine ta face

en ma réjouissance

 

Il n’y a pas une once d’éros en Aimer. Il est tout altérité positive, tout sollicitude pour l’autre. Comment l’Infini éprouverait-il le désir de posséder alors qu’il est tout ? Son seul désir est de donner, avec toute l’abondance que veut bien accueillir ce qui pour une conscience capable d’aimer ainsi n’est rien moins que son infinitude offerte et partagée en asymptote éternelle.

 

23 juin 2007

 

L’image de l’Eternel telle qu’elle apparaît dans la Torah et chez les Prophètes d’Israël est encore marquée par l’amour éros d’un dieu jaloux qui se donne un peuple qui lui appartient. Les Prophètes en viennent à penser qu’il ne peut trouver plaisir aux sacrifices d’animaux puisque tout lui appartient. Ils ne comprennent pas encore que rien ne lui appartient, pas même son peuple, que ce n’est pas un propriétaire, mais qu’au contraire son acte créateur, pour employer le mot convenu, est un acte où il se déprend de lui-même pour que l’autre soit.

 

pourquoi n’es-tu pas à ta place

chardon au milieu de mon champ

ne sais-tu pas garder ton rang

et la pureté de nos races

 

ta force de propriétaire

s’oppose à mon identité

quand m’éloignant de ma cité

je m’aventure sur les terres

 

mais j’ai bien le droit de défendre

mon blé contre ton invasion

d’arracher du corps la passion

qui s’efforce de me le prendre

 

la marche du monde t’invite

à passer au-delà du corps

afin que franchissant la mort

ton âme avec moi cohabite

 

A mesure que l’on avance dans l’altérité positive de l’être, le regard sur tous les êtres que l’on rencontre devrait se modifier, se métamorphoser, se transfigurer, passant de la possession et de la domination à la reconnaissance de l’autre en ses multiples relations d’altérité avec tous les autres, et en leur cheminement.

 

24 juin 2007

 

jamais je ne l’ouvrirai

toujours je la garderai

 

non ce n’est pas la peur de ses lignes précises

si ce n’est des limites qu’elles font à ton coeur

 

mais je tente souvent d’en ressentir les teintes

vives qui pâliraient en ma plainte à te lire

 

et le parfum fugace qu’y a versé tes yeux

enfermé en son lieu y préserve ta face

 

et ton doigt fin et ferme qui un jour a tenu

le mien encore ému en ton sang et ma faim

 

jamais je ne l’ouvrirai

toujours je la garderai

 

La vie éternelle ? Peut-être vaudrait-il mieux parler de vie infinie. Vie éternelle peut laisser penser qu’il s’agit de la vie charnelle simplement prolongée sans fin. Vie infinie dit mieux qu’il s’agit de participer à la vie de l’Infini-Aimer, libérés de notre finitude, de notre moi centré sur lui-même pour se tourner vers l’infini des autres sans que jamais il ne s’épuise. Car la finitude, c’est ne pouvoir se décentrer de soi-même, d’être incapable de se centrer sur l’autre dans l’amour agapè. L’amour agapè est proposé par Aimer à celles et ceux qui le lui demandent. C’est sa vie même, sa vie éternelle infinie.

 

La force d’aimer que l’on demande à Aimer, ce n’est pas seulement pour les autres humains, c’est pour tous les autres êtres. Il existe une façon d’aimer un arbre, une bête, peut-être même un rocher, un étang… qui est celle d’Aimer. Et nous ne pouvons l’exercer que par participation aux énergies d’Aimer, à sa vie.

 

25 juin 2007

 

cette boîte en tes mains tu sais

bientôt ne renfermera plus

qu’un peu de pourriture puis un peu de poussière

 

ainsi se conclura l’essai

de la chair en sa bienvenue

à l’esprit qu’elle enfante et quitte au cimetière

 

veille sur le sein maternel

qui sait qu’il doit mourir en couches

pour que sa mort enfin délivre son enfant

 

mais souffle-lui que l’éternelle

mange des baisers de sa bouche

celui qu’elle nourrit de son esprit en l’épuisant

 

Une pensée nouvelle crée un langage nouveau (la fonction crée l’organe). Lorsqu’elle est contrainte par l’inertie des mots connus chargés d’un sens qu’elle modifie, parfois détruit, il faut qu’elle donne clairement à entendre que ces mots ne sont plus, au mieux, qu’analogiques de ce qu’ils signifiaient naguère ou autrefois.

Ainsi du mot « gloire » si fréquent dans le Nouveau Testament comme dans l’Ancien et si souvent repris dans la liturgie chrétienne. On peut se demander si les chrétiens, ou du moins combien de chrétiens, le comprennent au sens de manifestation de l’amour agapè, de la vie éternelle, d’Aimer. Gloria Dei homo vivens demeure une formule ambiguë. Peut-être faudrait-il bannir ce mot gloire lorsqu’on parle d’Aimer, le remplacer par « image », « lumière », ou même « tendresse et respect ». Il faut verser le vin nouveau de Yeshoua dans des outres neuves, peut-être aussi un peu dans les vieilles pour les faire éclater (Matthieu 9, 17)

 

26 juin 2007

 

La formule de Yeshoua : « C’est l’esprit qui donne la vie, la chair ne sert à rien » (Jean 6, 63) relève d’une vision dualiste du monde, un comme « les premiers seront les derniers » ou « qui n’amasse pas avec moi dissipe ». Il faut l’en sortir et la transfigurer dans la temporalité et sa loi de continuité-discontinuité. La chair n’est ni mauvaise ni inutile dans la phase qui est la sienne. La chair porte l’humain premier, et son univers symbolique de mythes et de rites  prépare et engendre l’avènement de l’esprit. Il reste que la chair n’est pas éternelle ; n’est-ce pas évident ? Seul l’esprit accède à la vie infinie. Il faut que la chair décroisse afin que l’esprit croisse. Alors la mort n’est pas un désastre mais la naissance de l’enfant que le chair portait en elle.

 

ces perles de l’heure bleue

que l’aurore transfigure

en diamants

 

font de la lumière un jeu

qu’offre la belle nature

à tes amants

 

la splendeur de l’éphémère

donne à leur âme secrète

ce qui s’efface

 

lorsque brillent sur la terre

et le chemin de leur quête

ses mille faces

 

devant elles tu t’éloignes

en jetant tes pommes d’or

au fond du vide

 

la course du qui perd gagne

poursuit ce qui s’évapore

dans l’air limpide

 

 

27 juin 2007

 

Il ne s’agit pas de priver les croyants de leurs mythes, mais de les inviter à les considérer comme provisoires, car « imparfaite est notre science… » (I Corinthiens 13, 8-12). Les mystiques en leurs nuits des sens et de l’esprit ne font-ils pas l’expérience de la disparition du mythe en leur conscience de l’Aimer infini ?

 

Le panenthéisme est une tentative de réunir et dépasser le tout-autre de la pensée patriarcale et le non-autre de la pensée matriarcale, la transcendance pure et l’immanence pure afin de rencontrer ton infinie présence, ta présentissime sollicitude pour tout être. « Le non-autre et l’autre ne se contredisent ni ne s’excluent », disait déjà Nicolas de Cues (Du non-autre, le guide du penseur, p. 96).

 

toi infinie présence

esprit de dilection

toi qui fais être l’autre

 

tu proposes à toute conscience

de te reconnaître le don

de pardonner de ton pardon

d’aimer de ton amour

de l’aider à sortir de l’amour qui possède

et de la haine qui obsède

 

jour après jour

nuit après nuit

fais-nous nous réjouir avec toi de tout autre

 

 

dans le bleu

du ciel un reste de fresque

se meut

 

une trace

de nuage qui déjà presque

s’efface

 

éphémère

en sa métamorphose

elle erre

 

et discrète

au beau regard propose

sa fête

 

28 juin 2007

 

Le dieu des croyants est propriétaire (« Seigneur, tout vous appartient »), et les humains tentent depuis longtemps de lui prendre ses possessions. Il est aussi le maître et ils cherchent à échapper à sa domination. C’est un dieu animé d’un désir d’avoir et de pouvoir, c’est une projection du despote, de l’empereur achéménide, et probablement un héritage de l’animalité, du babouin alpha nécessaire à l’évolution comme à la préservation de l’espèce, mais destiné à s’effacer en l’humain dernier.

Aimer ni ne possède ni ne domine. Il (on peut tout aussi bien dire elle) veut que l’autre soit autre. Il aime de dilection, d’agapè, de caritas, d’altérité positive. Elle se réjouit que l’autre soit et l’invite à partager cette réjouissance de tout autre. Pourquoi commanderait-il d’aimer ainsi si ce n’était pas conforme à son être.

Pour Joseph Ratzinger, Benoît XVI « si nous déclarons que Dieu est mort, alors nous sommes nous-mêmes Dieu. Nous cessons d’être la propriété d’un autre, nous sommes le propriétaire de nous-mêmes et les propriétaires du monde. Nous pouvons enfin faire ce qui nous plaît. Nous nous débarrassons de Dieu » (Jésus de Nazareth, p. 284. Celles et ceux qui se débarrassent de ce dieu propriétaire en rencontrant Aimer ne deviennent pas propriétaires. S’ils font ce qui leur plaît, c’est que ce qui leur plaît c’est d’aimer l’autre pour l’autre. Si l’on veut suivre Benoît XVI dans son argumentation à partir de la métaphore proposée par Yeshoua, « Je suis la vraie vigne » (Jean 15, 1), on peut souligner que Yeshoua ne dit pas qu’il a une vigne mais qu’il est une vigne. Si Yeshoua est le visage de l’Eternel, Aimer est la vigne et nous invite à l’être avec lui, à produire avec lui le vin de l’agapè (Mais à jouer avec les métaphores, on peut « démontrer » à peu près n’importe quoi).

 

la main droite qui touche la gauche l’assure

comme lorsque dans l’arbre elle trouve un fruit mûr

 

le souvenir y vit et l’enfance et les reins

l’histoire où se déploie le proche et le lointain

 

la vigne qui attire et le vin qui séduit

le vase de l’extase et le nu de la nuit

 

la haine et la blessure la brûlure et l’amour

le glaive et la vêture l’aventure et le jour

 

la main touche et détache le fruit de la chair

et puis s’évanouit dans les souffles de l’air

 

29 juin 2007

 

Plutôt que de dire que nous avons déclaré mort notre dieu afin d’exercer notre volonté de puissance et de possession, nous devrions dire que nous avons constaté la mort de notre dieu lorsque nous avons réussi, ou cru réussir, à dominer et posséder le monde dont nous le croyions maître et propriétaire.

 

Comment t’offrir, Aimer, quoi que ce soit ? Comment te donner quoi que ce soit si ce n’est par le don que tu me donnes de donner ?

Ta joie, ma joie, est de l’autre, non en toi-même. Tu nous donnes par ta vie de nous réjouir pour l’autre avec toi.

 

l’éléphant de mer sur les sables

dresse sa masse mâle

pour le défi propriétaire

de son harem

 

les grands coups de son cou capable

d’intimider le pâle

essai du dieu contestataire

du qui fort aime

donnent accès aux trous femelles

dociles au désir

de l’élan du temps créateur

vers l’infini

 

que vienne la faim éternelle

de l’autre où réjouir

la beauté oh que vienne l’heure

de ton esprit

 

Si aucun système philosophique n’a encore pu emporter l’adhésion unanime, est-ce parce qu’aucun n’a réussi à prendre tout le réel à bras le corps ? Si le réel est infini, est-ce possible à nos esprits finis ?

 

Y aurait-il des problèmes philosophiques qui ne se résolvent, ne se dissolvent qu’au-delà du logico-linguistique, dans l’intuition de l’esprit ?

 

Pour certains les insultes salissent ceux à qui elles s’adressent, pour d’autres ceux qui les profèrent.

 

30 juin 2007

 

le nœud qui sous les ongles se défait

ici se fait point d’interrogation

il demeure noué et dénoué

à dix mille autres dans le cœur

 

que ne cesse l’élan de la spirale

ni finale ne trouve solution

et que l’esprit s’obstinant d’arche en arche

dessine la beauté de l’heure

 

La pluralité des systèmes philosophiques montre qu’ils sont partiels et qu’en leurs manques et leurs erreurs ils ne s’accordent pas à la totalité à laquelle ils prétendent.

 

Ces adorateurs du dieu tout-puissant qui suent la condescendance hiérarchique, est-ce à cause de la figure qu’ils en ont intériorisée ou de la conviction d’être de son bord ?

 

Même si Paul dit de la charité, de l’agapè, qu’elle est plus grande que la foi et que l’espérance (I Corinthiens 13, 13), il les compare, alors que l’agapè est infinie puisque censément son « dieu est agapè » (I Jean 4, 8).

 

Il y a des musiques de la puissance. Celle des symphonies et des opéras le sont presque toujours, et on ne peut s’en étonner puisqu’elle est composée pour les puissants et les possédants de ce monde. Et celle des grandes orgues ? Eh oui, c’est celle du Tout-puissant. Aimer n’en a que faire.

 

1er juillet 2007

 

La solidarité première avec la Nature est celle de notre dépendance. Elle nous suggère de la respecter et honorer comme notre Mère à tous, un peu dans l’esprit des cultes néolithiques de la grande Déesse. La solidarité dernière est celle de l’altérité positive où notre sollicitude s’exerce envers les êtres de la nature, chacun en son eccéité.

L’amour de l’autre comme autre est chose inaliénable en chaque conscience. Il conjugue l’absolu de l’eccéité et l’absolu de la communauté, car le cœur de l’eccéité est la relation à l’autre.

 

la fourmilière s’éparpille

toi tu ne vois qu’un grouillement

mais elle est faite de chacune

et chacune sait où aller

 

au ciel les étoiles fourmillent

mais aucune aux autres ne ment

et leur immensité est une

toi tu ne les vois que grouiller

 

Il semble que pour certains esprits la liberté ne puisse être que totale ou nulle. Mais l’humain ne naît libre qu’en puissance. Il est appelé à la liberté, et cette tâche n’est jamais achevée.

La liberté aboutie, ontologique, n’est possible que par l’accueil de l’autre qui délivre du moi prisonnier de lui-même, elle n’est possible que dans l’impossible désintéressement de soi qui est le don de l’Eternel. La liberté totale est celle d’Aimer, mais ce n’est pas une liberté de puissance sur l’autre ; c’est au contraire une force en chaque conscience qu’aucune puissance ne peut violer.

 

Le désintéressement abouti se moque du désintéressement : « que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite » (Matthieu, 6, 3).

 

2 juillet 2007

 

la lumière à l’aurore déjà

sur le mur se retire

l’extrême qu’elle ne visite

qu’une fois l’an

reprend au demi-jour sa  mé di ta ti on

 

le regard de l’ancêtre rêva

que pareil point de mire

donnait de dire la limite

assurément

afin de diriger son ob ser va ti on

 

porte donc ton esprit au-delà

des années et admire

notre spirale en ses redites

et puis songeant

salue dans le passé notre com mu ni on

 

Le désintéressement pur peut se permettre de prendre conscience de lui-même, car cette conscience est inséparable de celle du don de l’autre qui lui permet de s’exercer. C’est une conscience de soi inhérente à la conscience de l’autre. Telle est sa joie de recevoir en donnant, celle même de l’Eternel de donner et de recevoir avec la même grâce.

 

L’hypothèse du meilleur des mondes possibles naît-elle nécessairement d’une appréciation éthique de son créateur, d’une estimation de sa réalité ontologique ? Leibniz croyait-il à la bonté du Créateur plus qu’à sa puissance ?

L’idée du meilleur des mondes possibles est inhérente à celle d’un être infini substantiellement centré sur l’être fini, assurant la liberté de son autre comme inhérente à la sienne. Le meilleur des mondes possibles est un monde où le mal est possible, voire inévitable dans la mesure où la liberté, et donc l’indétermination, y sont privilégiés par rapport au déterminisme absolu, à la perfection d’un déterminisme parfait.

 

3 juillet 2007

 

L’humain premier vit pour soi et meurt, l’humain dernier vit pour l’autre et vit.

 

La parfaite cohérence d’un système de pensée n’est pas un gage de vérité. Il faut le dire puisque certains penseurs le croient. La vérité de l’être, et l’être est l’objet premier de la philosophie, exige la cohérence de tous les systèmes possibles. Les systèmes philosophiques ne parvenant pas à s’accorder, force est d’admettre qu’ils sont tous faux, à moins qu’un seul ait raison contre tous les autres. Leur perfection est celle de leur cohérence interne, de leur harmonie, de leur élégance. Ce sont, en quelque sorte, des œuvres d’art.

Cependant les philosophes, et ceux qui les fréquentent, cherchent la vérité et espèrent bien la découvrir. Ce qui fait que la philosophie devrait avoir encore quelques beaux jours devant elle.

 

où creuseras-tu ton trou

ici naguère le renard

avait sa hutte

et les grands chênes s’en souviennent

 

si tu t’assieds à leurs pieds

si tu écoutes leur sang

ils te diront leur souvenir

indélébile

des remuements et frôlements

 

où construiras-tu ton nid

ici encore le ramier

vient roucouler

et les grands chênes le soutiennent

 

si tu t’assieds à leur ombre

si tu écoutes leur âme

ils te diront leur rêverie

interminable

des froissements et bruissements

 

à chacun de tes départs

à chacun de tes retours

quand tu lanceras ton regard

sur les grands chênes

tu seras le trou et le nid

 

Comment vous satisfaire d’un système, fini par définition (Ah ! ah !), alors que l’infini de l’être vous crève les yeux.

 

4 juillet 2007

 

au bout de ses cordes la balançoire

se balance

car que serait-elle

si elle

ne se balançait pas

 

mais l’est-elle moins dans la nuit extrême

même quand

murmurent aux sens

silence

les infinis du monde

 

l’espace-temps sur le plancher du froid

effroyable

figé absolu

conclut

que l’univers se meurt

 

de nouveau ému il enfantera

l’enfant et

se balancera

au vent

la belle destinée

 

Salman Rushdie anobli. Il y a ceux qui, au nom de la vérité, affirment leur défi aux islamistes et il y a ceux qui, au nom de la charité, évitent de les blesser. A chacun sa logique. Il y a ceux qui disent que Dieu est charité et il y a ceux qui disent qu’il est vérité. A chacun sa vérité.

 

Faut-il comprendre que la théologie chrétienne, surtout l’occidentale, prend pour un mode réaliste le mode symboliste sur lequel s’exprime Yeshoua dans les évangiles ? Si l’on en croit l’évangile de Jean, Yeshoua a affirmé que « c’est l’esprit qui donne la vie, la chair ne sert à rien » (Jean 6, 63). Les symboles, enracinés dans l’espace-temps, chair du monde, doivent se comprendre comme « l’ombre des choses ».

Croyez-vous, vous qui tenez tant à la chair et au sens charnel des choses, que l’Eternel soit malheureux de ne pas être chair ? Si vous parveniez à imaginer la vie éternelle hors de la chair, vous concevriez sans doute que la chair est misérablement finie et vous vous réjouiriez de l’avoir perdue.

 

5 juillet 2007

 

N’est-ce que depuis Freud qu’en Occident tout lapsus est aussitôt sanctionné par un sourire intelligent ? Voudrait-on aussi nous faire croire qu’il n’y a pas de hasard ?

 

Le foisonnement des espèces est tout de même un signe de l’indétermination du réel.

 

La fiction ne remodèle le monde que parce que le monde est fait de gens qui prennent la fiction pour la réalité. Le poète ne devrait pas être un créateur de fiction mais un révélateur de réalité.

 

en ce temps-là encore la grande déesse

en son ventre tenait toutes choses ensemble

et l’ancêtre qui danse maintenant dans mon sang

la ressent et frémit aux faces de la lune

elle manque en ma chair à la vague opportune

qui cède à son insu au divertissement

et reste pour l’esprit celle en qui se rassemblent

l’intelligence belle et la fière finesse

 

aux heures du passage où le soleil décide

d’ouvrir ou de fermer les portes de lumière

je guette son visage qui s’éveille ou s’endort

rêve dans les nuages ou s’élance dans l’ombre

 

de subtiles pensées s’y révèlent sans nombre

miroir où se découvrent et la vie et la mort

elle se tend vers nous aujourd’hui comme hier

dans l’éblouissement de son regard limpide

 

Si le surhomme de Nietzsche est bien ce guerrier pour qui la femme est le repos, on peut bien dire qu’il rend hommage à l’éternel retour à l’humain premier, objet des deux forces fondamentales de l’amour qui avale et de la haine qui détruit.

Je sais que ce primate n’est qu’assoupi dans mes entrailles, que je le sens se réveiller très vite et qu’il ne me lâchera qu’avec le dernier souffle.

 

Lorsque Yeshoua dit de la pécheresse qui lui manifeste de l’amour qu’elle est pardonnée puisqu’elle aime (Luc 7, 47), il reconnaît que cet amour n’est pas de désir mais de don. Il sous-entend aussi que le péché est de ne pas aimer ainsi et que le pardon est inhérent au don.

 

6 juillet 2007

 

Est-ce autant trahir la vérité d’utiliser un langage simple pour dire des choses compliquées qu’employer un langage compliqué pour dire des chose simples ?

 

d’imperceptibles tremblements parfois

nous rappellent sa vie

ici la terre dort depuis des âges

 

ce qui lui dit qu’elle se tienne coi

se cache dans les plis

d’entrailles qui entre douceur et rage

vont et viennent sans que jamais ni l’une

ni l’autre ne connaisse

en elles la passion définitive

 

au fond de toute chair pour que la lune

toujours meure et renaisse

en son sommeil elle demeure vive

 

Pour qui te sait présentissime, quel besoin de médiateur ? Le médiateur, c’est toi. En toi toute conscience peut s’ouvrir à toute autre. La notion christologique de médiateur entre Dieu et les hommes se fonde sur une image du dieu très-haut.

Tu es au-delà de la lumière et des ténèbres, de la parole et du silence. Les consciences qui te disent Lumière et Parole ( Jean 1, 1 ; I Jean 1, 5) sont des consciences dominées par un imaginaire diurne (et évidemment patriarcal).

La Bible est ouranienne. Son dieu a créé par la parole, et sa première créature a été la lumière (Genèse 1, 3). Et pourtant la Genèse (on sait qu’il s’agit d’un texte composite) dit aussi qu’il a séparé la lumière des ténèbres, ce qui pourrait laisser entendre qu’avant qu’il ne créât, c’est-à-dire quand il était le seul être existant, lumière et ténèbres étaient en lui, confondues. Comme si la tradition biblique gardait des traces d’immanentisme chthonien.

 

Nos cartes météo révèlent notre goût des limites, des frontières, des démarcations, non pas seulement parce que, à l’époque de l’Europe, elles ne s’intéressent qu’à la France, mais parce qu’elles tracent des lignes entre des zones de soleil, de pluie, de nuages… Ces cartes sont fausses parce qu’elles sont claires et distinctes (mais elles sont « vraies » parce que conformes à notre goût de la clarté et de la distinction).

 

Les problèmes d’érection (on en parle en 2007 à la télévision française en laissant croire au souci désintéressé de notre bonheur) sont un désastre pour des couples fondés sur le seul éros : « tu ne me désires plus, donc tu ne m’aimes plus »).

 

 

7 juillet 2007

 

qu’a-t-elle à dire ce soir

la caille qui rappelle

je sais bien que c’est elle

mais j’ignore son espoir

 

soir après soir elle appelle

à moins que ce ne soit

sa cousine des bois

venue bavarder chez elle

 

et suis-je tout à fait sûr

qu’il s’agit d’une caille

peut-être que défaille

mon savoir de la nature

 

pourquoi serait-ce qu’il faille

si peu de certitude

à ma béatitude

dans la soirée qui grisaille

 

l’appel de cette voix pure

du cristal du silence

au silence relance

l’espoir de la nuit obscure

 

car en cette nuit des sens

notre béatitude

goûte la certitude

de ta secrète présence

 

Pardonner, ce n’est pas oublier, c’est vouloir oublier. C’est faire taire en nous le ressentiment dès qu’il redresse la tête. Et comment pouvoir le faire efficacement pour que jamais le bouillonnement intérieur ne déborde en paroles et en actes à moins de lancer le cri d’appel à Aimer, force de pardon de l’infinie dilection ?

C’est tous les jours, toutes les nuits que les survivants d’Hiroshima, de Nagasaki et de tous les massacres doivent, avec leurs proches touchés en leur âme, s’efforcer au pardon et vivre la vie éternelle.

Le don d’Aimer est total, il inclut le pardon de tous. Accueillir ce don donne de pardonner à tous.

Le pardon accordé à ceux qui ne regrettent rien ne profite qu’à ceux qui pardonnent, mais ce profit n’est rien de moins que la vie éternelle.

 

8 juillet 2007

 

trois brins de thé qui tourbillonnent

dans la tasse lentement

ne tiennent pas d’autre langage

que celui du toi et moi

de l’amour et de la haine

 

cependant si moins monotone

l’atome insensiblement

lorsque l’arôme se dégage

éveille un subtil émoi

l’autre et les autres s’éprennent

 

Tôt ou tard une conscience est appelée à effacer les empreintes dont sa famille et sa culture l’ont marquée pour qu’elle s’y intègre. Elle se dégage de l’agrégation des individus pour entrer dans la communion des personnes. Le nous du groupe fermé sur lui-même en un organisme de moi anastomosés s’ouvre à l’infini personnel où chaque conscience accueille toutes les autres.

 

Tous les peuples de la terre ne sont-ils pas habités par le secret désir d’être le meilleur, d’être le peuple élu ou la race des seigneurs ? De l’un à l’autre bout du monde, des mots comme inuk ou canaque ne veulent-ils pas simplement dire « homme », sous-entendant que les autres peuples ne sont pas vraiment des hommes ?

 

Le bouleversement psychologique que déclenche l’expérience de l’amour sexuel donne à penser qu’il est au départ un mixte d’éros et d’agapè, que l’agapè y a sa part, que la muraille du moi s’y fissure et rend possible le passage à l’autre comme autre.

Ce que l’on a décrit comme l’amour passion dévorateur et destructeur semble ne jamais exister à l’état pur ; l’amour sexuel comporte en son expérience première une force d’altruisme qui, encouragée, choisie, peut tendre à prendre toute la place, se muer en amour d’oblation qui s’efforce de maîtriser puis d’éliminer l’éros.

 

La vie éternelle n’est qu’agapè. C’est ce qu’a répété Jean avec son « Dieu est amour ».

 

9 juillet 2007

 

De même que le sentiment d’amour invite à l’agapè, de même le sentiment de compassion. N’est-ce pas ce que dit la parabole du Bon Samaritain  (Luc 10, 33). Il est intéressant de noter que l’Evangile fait aussi intervenir cette « prise des entrailles » dans le pardon (Matthieu 18, 27) où le maître du serviteur endetté lui remet sa dette en voyant sa détresse. Yeshoua lui-même a ressenti cette « prise des entrailles » (esplagchnisthé) face aux foules (Matthieu 9, 36 ; 14, 14).

 

Il y a chez Jean deux idées incompatibles, celle du dieu fait parole et chair, celle d’Aimer qui est esprit. Peut-on les réconcilier dans la dynamique du temps ? Si le Verbe s’est fait chair et a habité parmi nous, il n’y habite plus. Il nous a simplement montré le chemin qui conduit de la chair à l’esprit et de la parole mythique au silence mystique.

 

cent mille têtes alourdies s’inclinent

rêvent-elle de mort rêvent-elles de vie

avance dans le champ que le souffle câline

entre tes mains froisse quelques épis

 

ce dont les grains rêvent à l’unisson

dispersés rassemblés depuis des millénaires

se chuchote en secret de moisson en moisson

tend l’oreille au silence de la terre

 

immobile aux entrailles de ce ventre

écoute dans ton sang ce que tu as mangé

qu’importe l’horizon et qu’importe le centre

toute la terre en ton cœur s’est changée

 

au-delà de la mort ce que devine

dans la ronde des ans la flèche de l’esprit

est cet enfantement dont la mère divine

sème les grains dans l’espace infini

 

Les preuves de la non-existence de Dieu ne peuvent pas plus convaincre les croyants que les preuves de son existence ne peuvent convaincre les incroyants, tant les uns et les autres sont prisonniers de leur irrationalité.

 

A-t-on pu prouver que les géométries non-euclidiennes pouvaient s’accorder avec la totalité de l’espace ? Ne sont-elles que de beaux objets cohérents dont certains éléments donnent d’apercevoir de nouvelles dimensions, mais qui demeurent inconciliables avec les autres géométries ?

 

10 juillet 2007

 

L’universalisme auquel invite l’altérité positive est celui de la complaisance de chaque conscience en la singularité de toutes les autres.

Dire qu’il n’y a plus ni Grec ni Juif, ni homme ni femme (Galates 3, 28), ce n’est pas dire que chacun perd son eccéité ; c’est même dire le contraire puisque c’est dire que l’amour de l’autre comme autre ne fait plus acception de personne, reconnaissant en chaque conscience un être appelé à l’infini (évidemment cela ne peut pas plaire à celles et ceux qui tiennent à être supérieurs aux autres).

 

Cette insuffisance, cette inattention à la splendeur du monde que rappelle parfois un coup d’œil à un ciel de traîne, à une fleur des champs (« et Salomon dans toute sa splendeur…Matthieu 6, 29), à une courbe du paysage, à un insecte… Nous sommes si loin de vivre à la hauteur de ce qui nous entoure de son innombrable intelligence, de son immense beauté.

 

la chienne qui vieillit garde ses souvenirs

sans doute comme nous

notre substance grise

comme la sienne est faite

ou quasiment

 

et depuis tant d’années que nous vivons ensemble

il n’est plus de secrets

en notre connivence

que nous puissions cacher

à nos regards

et l’on ne sait plus qui l’une à l’autre ressemble

lorsque vient le regret

ou la reconnaissance

pour avoir échangé

tous nos égards

 

alors que je la vois sentir que vient venir

sur la route le bout

de sa belle entreprise

je salue de la tête

fort poliment

 

11 juillet 2007

 

Continuité discontinuité. La matière est en germe dans l’énergie, la vie en germe dans la matière, la conscience en germe dans la vie, l’esprit en germe dans la conscience. Ainsi sans doute peut-on dire que l’esprit était présent au vide avant que l’énergie ne soit.

 

Les deux forces fondamentales d’attraction et de répulsion présentes dans l’énergie deviennent avec la vie l’amour et la haine. Avec l’esprit, ils deviennent tendresse et respect.

 

le papier blanc dans la nuit noire est noir

mais tu ne le vois pas

alors comment peux-tu savoir

s’il est blanc s’il est noir

 

il est clair pourtant que le souvenir

vite te saute aux yeux

et qu’ainsi la nuit devient claire

mais sans que voient tes yeux

 

il est sûrement blanc à moins bien sûr

que ta mémoire dise

que ton souvenir n’est pas sûr

que la feuille soit grise

 

l’as-tu ne l’as-tu pas hier noirci

d’écritures ratures

si bien qu’il est noir même si

il reste blanc aussi

 

vraiment n’as-tu à faire de ta tête

que des questions si bêtes

ou n’as-tu pas encore appris

les secrets de l’esprit

 

Peut-on dire qu’un texte est ou n’est pas poétique ? Peut-on dire qu’il est plus ou moins poétique ? Peut-on dire qu’il est totalement poétique ? Si l’on choisit de penser qu’il n’y a pas de poésie sans images et sans rythmes, peut-on dire qu’il peut exister une poésie sans images et une poésie sans rythmes, mais pas de poésie qui n’ait ni les unes ni les autres ? Peut-on dire que les textes les plus poétiques sont ceux qui vivent d’images et de rythmes ?

 

12 juillet 2007

 

c’est la marche qui fait le chemin

 

il faut partir et revenir en enfant averti

sans penser au départ que l’on va revenir

sans penser au retour que l’on était parti

et puis chargé de paysage en paix se souvenir

 

c’est la marche qui fait le chemin

 

c’est la chance du solitaire assis dans la maison

de laisser au silence le soin de décanter

le vin tiré des lieux où dormait la raison

bercée par le balancement de ses pas enchantés

 

c’est la marche qui fait le chemin

 

il peut dans l’immobile boire et attendre que vienne

obscure la chanson des prairies et des bois

venues mêler leurs sangs leurs amours et leurs haines

pour les murmurer en sa chair et trouver une voix

 

c’est la marche qui fait le chemin

 

le souvenir et l’avenir l’hier et le demain

à la ville au désert dans les airs et le vide

marcheront une vie pour lancer le chemin

vers l’autre et vers l’autre éternel en l’infini avide

 

c’est la marche qui fait le chemin

 

On n’en finit pas de se demander ce que traduire veut dire, de découvrir que chacun traduit à sa façon, engagé sur un chemin de traduction qui a commencé en sa langue maternelle. On traduit son sentir, son imaginer, son penser en un langage si proche d’eux qu’on les en croit indétachables. Il faut la découverte d’une autre langue pour avoir quelque chance de détacher les mots des choses et de la vie.

 

13 juillet 2007

 

Notre langue maternelle est notre centre du monde linguistique, celui d’où nous partons et où nous revenons toujours, et, presque fatalement, avec le sentiment que les autres langues, périphériques, ne valent pas la nôtre. Nous sommes tentés, l’histoire des peuples l’atteste, de pousser plus loin et de penser que la seule langue valable, voire valide, intelligente, sensible, imaginative… est la nôtre. Les autres sont barbares. Parfois les Grecs ont suivi cette pente pour leur philosophie, les Juifs et les Arabes pour leur religion.

L’altérité positive nous donne de considérer les langues des autres comme aussi valables que la nôtre.

 

ce qui en toi regarde ce qui pense

est-il ce qui en toi pense à le regarder

n’est-il rien qui en toi pense à te regarder

sans penser qu’il y pense

 

traverse ton miroir l’autre regarde

espérant que bientôt à force de penser

ce qui regarde en toi te dira de penser

que l’autre te regarde

 

Un acte est libre quand il est posé en accord avec l’être de celui qui le pose. L’être de l’humain dernier, son être ultime, est de participer, plus que tout autre être de la terre, à l’être infini en sa relation aux êtres finis. L’acte libre de l’humain dernier s’inscrit dans la volonté d’altérité positive. Ce n’est pas un acte d’obéissance à un supérieur mais un acte d’accord avec un égal.

 

14 juillet 2007

 

marchez soldats pour vos patries

ensemble tous ensemble oui

mais il faut bien quelque ennemi

pour que vos armes aient un sens

 

vous dites que c’est le passé

que fraternels vous enterrez

mais si vous humez vos fiertés

vous penserez le contresens

 

votre beauté si rationnelle

en diversité solennelle

cache à peine la ritournelle

du sang et des larmes immenses

 

hier aujourd’hui et demain

la guerre reste le destin

de ce pauvre animal humain

qui n’a pas atteint le silence

 

Quelle connaissance de l’autre acquérons-nous lorsque nous le mimons ? Savoir le nom de l’autre peut devenir un obstacle, un écran pour la connaissance de l’autre. C’est que nous vivons un peu dans cette mythologie qui fait du nom une émanation de l’être, et du langage en général comme une maîtrise de l’être.

Mimer l’autre ne donne-t-il pas de ressentir ce qu’il ressent ? Ne portons-nous sur l’autre, avec plus ou moins de force, un regard qui le mime et nous permet de nous comporter au mieux face à lui.

Quid du mimétisme animal ? Quel rôle joue-t-il dans l’adaptation des espèces les unes aux autres, en attaque et en défense, en symbiose.

On accorde au mieux la question du mime en le pratiquant. Que fait l’actrice, l’acteur lorsqu’ils interprètent un personnage, qu’ils se mettent dans sa peau ? Au temps du cinéma muet, les acteurs ont-ils eu une chance maintenant réservée aux seuls mimes ?

 

15 juillet 2007

 

Les Fleurs du mal sont des fleurs de désespoir nées du ravin, du gouffre, de l’enfer où mon cœur se plaît, car le Temps m’engloutit de minute en minute.

Pour l’humanité première, l’art est un combat contre la pourriture. Comme tu habilles les fleurs des champs qui resplendissent avant de se faner, tu nous donnes cet habit de lumière pour nous consoler de notre triste chair, triste jusqu’à la mort.

L’humanité dernière se réjouit de ton amour en y prenant part. L’esprit prend la relais de la beauté pour nous y introduire et nous donner d’en vivre.

 

Un linguiste ne doit-il être que linguiste ? Un scientifique qui n’est que scientifique, un artiste qui n’est qu’artiste ne sont-ils pas des humains mutilés ? Ah Leonardo, faut-il que la science et l’art soient des activités étanches ? Ah, l’esprit ouranien nous tient tous !

 

les feuilles se remuent dans la forêt

visages inconnus que l’œil jamais

ne saura reconnaître

 

à quoi sert de savoir leur nom commun

si ce n’est pour pouvoir en l’opportun

se comporter en maître

 

il faut bien que la chair ici maîtrise

l’autre cela et dise sa mainmise

avant de se soumettre

 

à cet esprit en elle mis au monde

qui fait de l’autre toi et l’autre sonde

et vient au cœur de l’être

 

et voit toutes les feuilles et chacune en son nom

dire toutes les autres et donner par le don

enfin vraiment de naître

 

 

16 juillet 2007

 

« Donne-nous aujourd’hui notre pain suressentiel », « panem nostrum supersubstantialem da nobis hodie », « tôn arton èmon épiousion dos émin sémeron » (Matthieu 6, 11). Cet épiousion est-il une erreur de transcription ? Qu’a dit Yeshoua en araméen ? Ce ne pouvait être qu’un mot ordinaire, mais riche de connotations, de résonances, de possibles spirituels en son langage parabolique.

Il y a dans la quotidien une chance à saisir. L’Eternel s’y offre en la diversité de l’être en devenir dans l’ici maintenant. Le cœur attentif sonde le quotidien, tâche de le sonder, un peu pour le maîtriser et posséder afin de satisfaire aux besoins de la chair, beaucoup pour le connaître afin de s’en faire le prochain dans l’esprit.

 

chaque marée offre une plage pure

nul palimpseste ne subsiste

des pas en écriture

et de nouvelles pistes

éphémères paraissent messages ou souillures

 

le silence éternel où l’incessant murmure

convient de nouveaux mystes

ignore les parjures

offre la chance à l’improviste

de trouver enfin l’âme dans le mur

 

approche en toi la profonde mémoire

et les paupières closes attends

l’écoute et le regard

qu’intérieurement

te propose l’esprit pour entendre et pour voir

 

tel qu’en lui-même enfin le bel objet de l’art

ici et maintenant

chacun chacune au soir

de sa chair en dévoilement

écrivant sa tendresse et ses égards

 

Une personne spirituelle, passée de la chair à l’esprit, rayonne-t-elle par sa seule présence physique ? N’est-ce pas plutôt par sa parole et par sa gestuelle ? A Nazareth Yeshoua passait inaperçu.

 

17 juillet 2007

 

S’il est vrai qu’un écrivain ne comprend jamais tout ce qu’il écrit, et d’autant moins qu’il écrit en poète, il est convié à être son premier traducteur, en sa propre langue.

 

change le coquillage chaque jour

puise dans la réserve des trésors

d’un geste où le hasard

accorde sa main au destin

 

la spirale se pose entre haine et amour

et vide dit la vie au-delà de la mort

du matin jusqu’au soir

passe les plats de son festin

 

chaque heure à la lumière prend sa teinte

et lui propose un nouveau souvenir

dans la pierre assemblée

par la chair maintenant dissoute

 

écoute par instants les sourires les plaintes

qui rythment l’aujourd’hui et le bel avenir

l’agir et le penser

d’une mer qui jamais ne doute

 

Ne pouvant s’accorder, les systèmes philosophiques font la preuve de leur erreur, tout comme les religions. Mais un penseur qui vit dans la certitude de l’unité de l’être se sent aiguillonné par le désir d’établir enfin une philosophie qui en rende compte. S’il refuse cependant de reconnaître l’infinité de l’être, il ne risque pas d’y parvenir.

 

Le mythe de la Trinité chrétienne est une nécessité pour une foi dont le cœur est l’amour de l’autre alors qu’elle préserve le mythe de la création en refusant l’éternité du monde. Si « Dieu est amour », il fallait bien qu’il fût plusieurs avant que le monde ne soit.

 

L’attention à l’autre, c’est d’abord l’attention à l’autre en soi, dans les pensées qui nous viennent ou que nous recherchons, dans les mouvements d’amour et de haine qui nous assaillent, pour tenter de les transmuer en tendresse et respect. C’est la garde du cœur.

 

18 juillet 2007

 

Le fond de l’attention à l’autre, c’est l’attention au Tout-Autre-Non-Autre en qui nous sommes par notre être même et en qui nous voulons être par le don toujours offert de sa sollicitude envers tous.

 

Le poème quotidien est une volonté affirmée d’interroger le réel par le truchement du beau langage.

Qui sait ce qui se passe dans le dédale des neurones pour que les mots s’arrangent en phrases et les phrases en discours, et aussi pour qu’intervienne, lorsqu’on lui laisse libre cours, cette force esthétique qui produit la beauté partout dans la nature, parmi les rochers et les nuages, les sables des déserts et les dix mille formes de la vie.

 

Vivre l’excellence du temps, c’est comprendre son élan ; c’est refuser de se cramponner à un âge de la vie, saisissant chaque journée comme une chance d’avancer sur le chemin que l’on devine et fait en son infinitude.

 

irrégulière cette forme où de laiteuses teintes

se mêlent aux grisailles en désordre étudié

laissant l’empreinte d’une vie qui cède à la contrainte

à peine où se déploie sa pâle liberté

visages attirants dont l’œil réfléchissant la grâce

rêveuse pour l’offrir à la réjouissance

donne leur chance même aux plus disgraciés

d’être l’autre pour l’autre en une communauté sainte

 

et toujours un peu plus en élargit l’enceinte

poètes silencieux disparus au silence

coquillages dissous ne laissant nulle trace

visible mais dont l’âme    vit pleine de ton sens

 

19 juillet 2007

 

La recherche du désintéressement est nécessairement intéressée. Si vous voulez être désintéressés, désintéressez-vous du désintéressement. Le désintéressement est une simple retombée de l’amour de dilection. Celles et ceux qui aiment ainsi se soucient du désintéressement comme d’une guigne.

« On ne peut servir Dieu est l’argent » (Luc 16, 13). On ne peut pas non plus s’attacher à aimer et s’attacher au désintéressement. Le désintéressement est une possession, il est incompatible avec l’agapè. Il faut choisir entre soi-même et l’autre comme on choisit entre Dieu et l’argent.

 

brume tu fais pour le soleil

un ostensoir où s’émerveille

je ne sais quelle enfance pure

en l’âme obscure

 

non pas celle du plus jeune âge

où son œil à peine surnage

en l’océan de son désir

de se remplir

 

mais celle qui par sa fraîcheur

renouvelée au fil des heures

considère ce qu’elle admire

pour le bénir

 

et sent là-bas une présence

amie vers elle qui s’avance

et belle qui s’offre à la prendre

en ses bras tendres

 

brume obscure en ton ostensoir

je veux entendre jusqu’au soir

battre le grand cœur du soleil

au cœur qui veille

 

Yeshoua a tenté de donner un sens nouveau aux mots de sa tribu : « royaume », « don », « pardon », « récompense », « parole », « gloire », « nom », « chair », « péché »…, transmués au contact d’une pierre philosophale dont le nom est dilection. La vieille anagogie ne tente-t-elle pas de les entendre ainsi transfigurés ? Mais il existe chez les Pères de l’Eglise une utilisation anarchique de l’analogie, une allégorisation débridée où le texte devient le prétexte à la justification des anciens mythes plutôt qu’à leur épuration par la dilection.

 

20 juillet 2007

 

Eres-vous conservateur ? La question n’est qu’une mise en bouche. On ne peut s’interroger sur le mot, ses dénotations et ses connotations sans le mettre en relation avec le mot progressiste, et aussi avec le couple parallèle réactionnaire / révolutionnaire, et encore avec ses cousins en d’autres langues (être conservative en anglais, est-ce la même chose qu’être conservateur en français ?)

Il faut aller plus loin, tenter de comprendre pourquoi nous sommes conservateur ou progressiste (ou l’un de leurs quasi-synonymes), ou plus l’un que l’autre. Rendre raison de notre sensibilité cachée dans les oublis de notre histoire personnelle, de l’imaginaire secret qui tient certains des leviers de notre orientation politique, religieuse, culturelle…

Comment accueillons-nous le temps ? La pensée traditionnelle le déplore parce qu’il éloigne d’une origine censée meilleure que ce que nous vivons, voire parfaite dans le mythe de l’Origine. Elle apparaît souvent ainsi dans la littérature : les purs sanglots des Sonnets de Shakespeare en sont un bel exemple.

Une pensée qui envisage l’infini en ses relations de dilection avec le fini ne peut adopter cette vision pessimiste. Lorsqu’on s’est convaincu de l’excellence du temps, on s’efforce de marcher à ses rythmes en dialoguant avec eux, dans la sagesse du kairos opportun, du « à chaque jour suffit sa peine », du cheminement plus ou moins véhément de l’éros vers l’agapè, de la chair vers l’esprit.

En politique, en religion, en culture…, on œuvre à la spiritualisation des consciences en cette liberté, égalité, fraternité qu’anime l’infinie dilection.

 

comme à la lampe la sculpture

raconte le fin mot de son histoire

il faut au-delà de l’entendre

apprendre à écouter

 

chaque ligne de la nature

est un hiéroglyphe du grimoire

qu’elle espère pour te le tendre

te faire déchiffrer

 

prêt comme une corde à vibrer

écoute cette partition muette

déployer sa magie sonore

sur le silence blanc

 

et le carrare s’éclairer

lorsque s’écrit en ta chanson la fête

révélant les dix mille accords

de la marche en avant

 

21 juillet 2007

 

On pourrait demander au raciste si l’on choisit la couleur de sa peau, sa culture… Mais il faudrait aussi se demander si l’on choisit son intelligence et sa capacité de se poser de si simples questions. Alors surgit le « qui fait la vérité vient à la lumière ». Il est une intelligence de l’être, des êtres, des consciences, qui marche main dans la main avec la liberté d’accueillir ou non l’amour de l’autre comme autre. Mais on se sent face au mystère : comment devient-on raciste ? Et cela s’étend au comment choisit-on ses convictions politiques, religieuses… D’ailleurs, les choisit-on ? Dans quelle mesure les choisit-on ? La quasi-totalité des consciences humaines pensent comme la famille, la culture qui les a enfantées. On peut cependant souhaiter à chacune qu’un jour elle se retourne et dise : « Qui est ma mère ? Qui sont mes frères ? » (Marc 3, 33) parce qu’elle ne pensera plus qu’à Aimer.

 

femme soleil mère soleil

compagne de chaude tendresse et de baisers brûlants

je viens passer quelques instants

sous ton regard qui m’émerveille

 

car ton regard est mon regard

et je  puis me compter au nombre des dix mille enfants

qu’aimant sans cesse et haïssant

avec toi je pousse au départ

 

lorsque je meurs en la demeure

ta vie en moi toujours poursuit son œuvre de lumière

et de chaleur en l’atmosphère

brûlant les heures dans l’éveil

 

22 juillet 2007

 

Lorsqu’on est saisi par l’intuition de Yeshoua, on ne peut plus vivre en religion. Mais on peut vivre en poésie, en musique, en danse… La symbole libéré du mythe peut s’éclairer de la lumière d’Aimer, et la terre prendre un autre visage.

Comme vivre en religion, vivre en poésie demande un culte quotidien, mais c’est un culte libéré du mythe. Il ne recherche pas sa force et son inspiration dans l’origine remémorée, mais dans le maintenant où vit l’éternelle présence d’Aimer.

 

quand s’allume ta torche à la torche de l’autre

ou que vient s’éclairer à la tienne la sienne

regarde bien le feu passer et puis jaillir

le doigt de Dieu tendu toucher le doigt d’Adam

et se découvrir je en découvrant le toi

 

l’approche du témoin accueilli aperçoit

que s’est évanoui le Père tout-puissant

que ne peut posséder pas plus qu’appartenir

la flamme qui conjoint et l’amour et la haine

au porche où disparaît le vôtre avec le nôtre

 

On ne peut te définir par un nom puisque tu es infini. On ne peut même pas te viser par un seul nom. « Aimer » n’est qu’un pis-aller : tu es au-delà de l’amour qui attire et de la haine qui repousse. Tu es tendresse et respect.

 

cette grisaille qui s’égrène

dans la douceur du crépuscule

est une flottille de voiles

qui se disposent

 

dans l’aube rose

métamorphose de cigales

en leurs nuages qui stridulent

elle seront demain lointaines

 

 

23 juillet 2007

 

La violence de l’anticléricalisme de la libre-pensée est-elle secrètement mue par le complexe d’Œdipe, le désir véhément de mettre à mort le père ?

 

Ambiguïté de la pureté. De l’eau pure, c’est de l’eau qui n’est pas sale ; c’est aussi de l’eau qui n’est que de l’eau. On passe si facilement de l’un à l’autre que l’on risque de ne pas distinguer les deux concepts. La pureté si chère à l’Eglise, aux trois monothéismes, voire à toutes les religions, est prise dans ce jeu. L’intuition d’Aimer en libère. Aimer n’est qu’agapè, c’est là sa pureté. L’agapè pure ne se soucie pas de la pureté rituelle, et elle remet la pureté de la chasteté à sa place. La chair n’est pas péché. Il n’y a de péché que le manque d’agapè. L’acte sexuel est « péché » lorsqu’il manque à l’amour de l’autre comme autre. Et il en est ainsi de tout acte humain.

 

ces quelques paires de mains

qui claquent pour applaudir

font entendre la matière

de la chair et de la peau

 

alors vibre le refrain

qui jamais ne peut vieillir

de la tribu tout entière

communiant au creux des os

 

quand tu entends ce tambour

rappelle-toi tes ancêtres

et monte jusqu’à la source

de toutes tes énergies

 

pense aussi à ce qui sourd

au plus profond de leur être

et cherche à suivre la course

qui s’en va à l’infini

 

24 juillet 2007

 

avec l’âge l’eau s’épuise

il faut recreuser profond

le vieux puits dont les ancêtres

avaient fait un héritage

 

à moins qu’elle nous inonde

et qu’il faille rehausser

la digue et bâtir la tour

où l’horizon rit au loin

 

où donc niche la sagesse

ce n’est plus ni haut ni bas

l’eau vive n’est nulle part

et l’esprit plane partout

 

Vivre la poésie comme une liturgie d’Aimer, c’est mettre au monde chaque jour du nouveau. C’est écrire dans le livre infini sans première ni dernière page quelques mots aujourd’hui.

 

Si tu penses que l’animisme, l’hindouisme, le shintoïsme, le taoïsme, le bouddhisme, le judaïsme, le christianisme, l’islam… sont tous borgnes, regarde-les sous leur meilleur profil, recherche ce que chacun a apporté à la marche de l’humanité.

 

« Qui est ma mère ? Qui sont mes frères ? » (Marc 3, 33). Il ne s’agit pas de renier son héritage, sa culture, son peuple en s’y opposant, mais de s’en détacher dans l’amour de dilection. Il s’agit de passer de la possession mutuelle à la liberté du respect universel. Il ne s’agit pas de tuer le père, mais de se faire son ami et de s’en faire un ami.

 

Pour ceux qui voient dans la plaisir esthétique une expression de la jouissance sexuelle, même la contemplation de la nature ne peut être qu’homosexuelle.

 

La mort collective frappe les imaginations. Qu’il meure chaque jour une quinzaine de personnes sur les routes ici et là, qui s’en affole ? Qu’il en meure trente ensemble et c’est le deuil national.

 

25 juillet 2007

 

ce monde dans le grain de sable

cherche un langage

l’aventure de la silice

au fil des âges

ici quelque temps s’arrête

 

que dit-il à l’oreille pure

de tout avoir

et comment peut-elle être sûre

que pour bien voir

il suffit qu’au-delà du mur

veille l’espoir

 

elle ignore en son ineffable

par quels orages

luttes combats et sacrifices

en ce voyage

passera son avènement

de fille sage

 

Si Mallarmé a dit que l’on faisait de la poésie avec des mots et non avec des idées, on peut se demander si ses poèmes ne renferment aucune idée. Mais il s’exprimait par antithèse, et ce genre d’expression déforme la pensée. Les jeux des signifiants sont essentiels à la poésie, mais s’ils ne renvoient que les uns aux autres ils enferment la poésie, alors qu’elle est faite pour ouvrir sur l’infini du référent.

 

La beauté sensible n’est pas un reflet d’une beauté essentielle, elle en est l’expression. S’il n’y avait pas de beauté en l’être infini, il n’y en aurait pas en l’être fini (ou faut-il dénoncer le principe de causalité ?).

 

Confondre la négation et le néant n’a rien d’étonnant chez ceux qui nient la possibilité de penser sans langage. Nier c’est affirmer la limite de l’être fini dont on parle. Mais ce qui est au-delà de la limite de l’être fini, ce n’est pas le néant, c’est l’infini de l’être qu’il n’est pas. Pour qui est conscient de l’infinité de l’être, parler du néant de l’être fini ne peut être qu’une métaphore, un jeu de langage. Pour l’affirmer, il faut cependant avoir conscience que le jeu de langage n’est pas le tout de la pensée, que ce qui est hors des limites du langage n’est pas le néant mais l’infini de la pensée.

 

26 juillet 2007

 

Lorsque l’infini d’Aimer désacralise le monde, il n’y a plus de Dieu ni de César de droit divin, mais la présence reconnue de l’autre aimé en toute chose.

 

la rose de la noce est une momie brune

sur le mur de la chambre

et rien ne la fera revivre

de toutes ses senteurs pas une

ne se garde dans l’ambre

qui ce jour-là flottaient parmi nos âmes ivres

 

mais sans autre magie que la force du signe

sur un simple regard

s’animent dans le cœur qui hume

 

les parfums nouveaux que consume

la lampe de cet art

de vivre quotidiens les serments de la vigne

 

La philosophie ne peut se contenter de répéter après la science que le hasard est avec la nécessité la cause de la vie. Il lui faut encore se demander quelle est la cause du hasard et quelle la cause de la nécessité. Faut-il attribuer au jeu du hasard et de la nécessité le fait que le hasard ne puisse se déployer que dans le grand nombre ? Le foisonnement du vivant sans lequel le hasard ne pourrait proposer de multiples solutions aux phylogenèses est-il le fruit du hasard ?

Est-ce Cocteau qui disait que le hasard est le moyen dont Dieu se sert pour agir incognito ? Avait-il fait cette hypothèse par hasard ? On peut longtemps spéculer lorsqu’on pense avec les mots… Le tabou de la transcendance est-il si fort chez nombre de scientifiques qu’ils ne puissent le transcender ?

 

27 juillet 2007

immobile disponible elle attend

le mouvement sa raison d’être

depuis dix mille ans qu’elle pense

à circuler et à paraître

 

si sûre qu’elle soit en sa rondeur

d’être essentielle au véhicule

elle ne vit que de se dire

qu’elle avance ou qu’elle recule

 

depuis la gauche à la voir s’avancer

il semble qu’elle s’involue

se replie mais depuis la droite

vers le dehors elle évolue

 

de quelque face à embrasser partout

qu’elle s’enlace ou se délace

elle ne se passe jamais

et son cœur vit de sa surface

 

Peut-on établir un parallèle entre le couple haine et amour empédocléens (dispersion et cohésion) et le couple nécessité et hasard (limitation et organisation) ?

 

Pourquoi, alors que la science s’échine à nier la finalité, la vulgarisation ne cesse-t-elle de répéter que tel comportement animal a pour but de… ? Ainsi le mâle de l’épeire fasciée Argiope bruennichi « laisse souvent l’extrémité de son appendice reproducteur, le pédipalpe, dans l’orifice génital de la femelle, ce qui lui permet d’assurer sa paternité en empêchant d’autres accouplements de la femelle » (Science et Vie n° 1079, août 2007, p. 98).

 

Pourquoi un être vivant a-t-il pour fin de persévérer dans son être et de se survivre dans sa descendance ?

 

28 juillet 2007

 

     compte les jours des mois

sur ce qui s’articule

au sommet de ton poing fermé

 

et demandant pourquoi

oublie le ridicule

de ce qui te donne à penser

 

lorsque tu veux savoir

dans quelles profondeurs

quatre avec trois remue

que tu demandes à voir

un secret du bonheur

dans le cœur mis à nu

 

multiplie les renvois

aux cas que s’accumulent

les expériences concertées

 

jusqu’au bout de la voie

où se découvre nul

le nombre enfin outrepassé

 

Parce qu’il se sait près d’arriver aux portes d’un univers où cela n’a plus cours, un vieillard peut se désintéresser de ce qui occupe ou distrait l’humain premier. Mais s’il est animé par la dilection, il ne peut manquer de s’intéresser à tous ceux et celles qu’il rencontre, à leurs occupations et préoccupations.

 

La question : « pourquoi cet être est-il cet être plutôt qu’un autre ?» est-elle plus féconde ou plus pressante que la question : « pourquoi y a-t-il de l’être plutôt que pas ? » ?

La question du néant devient oiseuse lorsqu’on a reconnu l’évidence de l’infinité de l’être. La question de savoir si j’aurais pu être femme ou juif a-t-elle un sens si alors je n’aurais pas été je mais un autre ? Si l’autre m’intéresse, ce n’est pas parce qu’il est mon semblable mais parce qu’il est l’autre et tu, me donnant ainsi d’être je pour une éternité de vie.

 

29 juillet 2007

 

Curieux tout de même d’entendre un prêtre dire que la mort est un scandale, que « l’on ne peut pas chercher un sens à ce qui n’en a pas. » On peut se réjouir qu’il ait oublié le mythe du péché originel (Genèse 3, 3), mais non pas qu’il n’ait pas encore compris que son Dieu-Amour n’a pu avoir conçu un monde où la mort partout répandue n’aurait pas de sens.

La mort est cohérente avec la dilection. Celles et ceux qui vivent la vie éternelle savent qu’il est bien un jour de quitter la chair. La conscience n’atteint la perfection de la dilection que dans la spiritualité pure de l’Eternel (Encore une fois cela ne veut pas dire que la chair est mauvaise mais qu’elle est provisoire).

 

A moins qu’il ne finisse par s’effacer dans l’oubli, l’éros qui perdure après la mort d’un être cher risque d’engloutir la vie dans la douleur s’il n’est pas rédimé par l’agapè.

 

perché rapide de passage

dans le feuillage qui l’accueille

en sa danse incessante

et le voile dévoile

 

il dresse à la lumière svelte

sa silhouette et son plumage

sa vieille moucheture

son allure nouvelle

 

déjà tourné vers le départ

jamais encore jamais plus

peut-être révélé

dans la clarté des airs

 

de l’ailleurs à l’ailleurs il file

la toile de son territoire

si vaste en l’inconnu

ténu sous ses étoiles

 

la réjouissance de l’œil

au savoir de son existence

l’accompagne en l’éclair

de campagne en campagne

 

et les lèvres de l’écriture

en son sens murmuré déposent

la rose et le baiser

sur son vide envolé

 

On peut entrer dans la vie religieuse par amour de désir pour l’Eternel, pour Jésus, l’ami ou l’époux. Mais il faut bien que lentement, ou brusquement, éros se transmue en agapè, qu’agapè prenne toute la place, ou y tende au moins, que l’autre devienne le grand souci, et puis le seul, la seule réjouissance. C’est cela la vie éternelle. Aucun éros n’y entre. L’Eternel ne connaît ni philia ni neikos. Dire qu’il est Amour, c’est donner au mot amour son sens dernier, celui de la pure sollicitude pour l’autre, de la pure joie en l’autre.

 

30 juillet 2007

 

Au commencement était l’infini (Il n’y a pas eu de commencement et il n’y aura point de fin).

 

Misère des définitions : un hasard est « un événement fortuit ». Ce qui est fortuit, c’est « ce qui arrive ou semble arriver par hasard » (Le Petit Robert). Mais ces définitions peuvent nous rappeler nos ignorances.

 

Pourquoi ne voient-ils pas que l’intersubjectivité généralisée est le contraire de la dilution de l’individu dans la communauté ?

 

Que l’on puisse atteindre la personne de Jésus-Christ dans l’attitude que l’on a envers le prochain (Matthieu 25, 40) montre qu’il ne s’agit pas de son individualité terrestre mais de sa personnalité céleste. Parmi tant d’interprétations de l’expression « fils de l’homme » de Daniel (7, 13) reprise pour désigner Yeshoua (Marc 14, 62 ; 9, 30, 8, 31, 38), on peut retenir celle qui voit en l’homme céleste de la vision de Daniel l’amour de dilection personnifié en toute conscience qui l’accueille.

 

« Votre nom est écrit dans les cieux » (Luc 10, 20), « dans le livre de vie » (Philippiens 4, 3 ; Apocalypse 3, 5 ; Exode 32, 32). Les cieux sont la figure de la vie éternelle, le nom est une figure de la personne. Qui accueille la dilection entre dans la vie éternelle.

 

mi-clos ses yeux d’or accueillent les images

que son cerveau dissipatif

transmue arrange et expédie

vers tout son volume toute sa surface

 

feuille ramassée sur la feuille de vigne

elle se tasse et se blottit

sûre en son mime que les verts

de sa peau aux verts de son limbe les lignes

de ses plis aux fils de ses lignes ressemblent

 

si banal se fond son corps dans le décor

où passe presque inaperçue

immense cette intelligence

qu’elle ne se délivre de notre ignorance

qu’au silence attentif au plus petit accord

 

31 juillet 2007

 

L’intuition est-elle une pensée sans langage ?

 

Les monothéismes sont expansionnistes par nature. Si l’Eternel est unique, il doit régner sur la terre entière. La question est de savoir quelles méthodes leurs théologies proposent à leur expansionnisme, et en quoi ces méthodes sont inhérentes à leur nature. Si l’islam est essentiellement soumission à un dieu tout-puissant, on peut craindre qu’il ne cherche à soumettre le monde entier par la puissance. Si l’essence du christianisme est l’amour de dilection, il ne devrait se répandre que par cet amour. Mais les choses ne sont pas si simples, car le christianisme reste marqué par le messianisme du Très-Haut dont le héros tôt ou tard régnera sur la monde avec puissance. Et il se trouve dans l’islam une multitude de croyants qui vivent en secret de la dilection et ne peuvent donc concevoir de soumettre le monde par la force.

 

puise dans l’urne du hasard

un coquillage pour ce jour

méditatif après avoir

remis son dû au vieux séjour

 

écoute le doux cliquetis

remuer l’informe équilibre

en attendant que ton déclic

lui interdise d’être libre

 

sais-tu pourquoi et quand tu vas

enfermer dans l’indifférence

et l’improbable de tes doigts

l’éphémère en quête de sens

 

peut-être un électron subtil

va-t-il en un geste inspiré

faire donner le coup de fil

déclenchant le signifié

 

la grâce de l’inattendu

a-t-elle ici de conséquence

autre que ton regard ému

face au hasard de l’innocence

 

C’est toujours l’autre qui est naïf, y compris l’autre que nous avons été.

 

1er août 2007

 

dans l’assoupissement du jour

où se dissipe la lumière

il semble que s’élève et sourde

la sève immense de la terre

 

brisant la coquille des mots

durcis par un trop long usage

la vie profonde qui éclot

est or encens myrrhe des mages

 

toute cette nuit sur l’enfant

dans le langage du soupir

sous l’étoile de l’orient

resplendiront de nouveaux dires

 

lorsqu’à l’aube s’achèvera

le trésor comme un joli rêve

le cœur qui veille en toi saura

écrire un poème de sève

 

Les pèlerins se cherchent un autre sens que celui de leur vie première. Avec son changement incessant, le chemin aussi fait sens. Pris dans le ruminement intérieur, la conversation parfois, le regard sur ce que l’on côtoie et le rythme des jambes, un organisme grandit, un corps qui tend à remplacer l’ancien, à en faire une mue que l’on abandonne dans l’espace sacré du centre sanctuaire.

Le pèlerinage fonctionne selon les structures de la pensée mythique. C’est un rite, et tellement fort que l’islam en fait une obligation à ses fidèles. Le pèlerin qui rentre de La Mecque est un personnage sacré honoré comme tel.

Ambiguïté du mythe et du rite : ils peuvent être un chemin vers la spiritualité, et la spiritualité une porte d’Aimer. Mais à la porte d’Aimer, Aimer demeure seul. Elle est si étroite que rien de ce que l’on possède, richesse, puissance et gloire, ne peut y passer.

2 août 2007

 

     en un éclair elle est passée

la libellule rouge

à travers l’air signe empressé

d’un univers qui bouge

 

qu’importe que tu ne revoies

jamais son nom unique

si tu la sais suivre la voix

et donner la réplique

 

à ses ancêtres à sa lignée

et ici dans l’instant

être elle-même fiancée

à un elfe impatient

 

ce rouge qui te parle au cœur

éclaire le bocage

en sa flamme jamais ne meurt

l’élan de ses passages

 

Toute vie est communication. Ce qui se passe dans une cellule vivante est fondé sur un jeu multiple d’informations échangées qui l’organise dans l’espace et le temps. Chaque élément va où il faut au moment où il faut. Peut-il exister une information et une communication concertées sans intelligence, sans une conscience programmatrice ?

 

Le prosélytisme du monothéisme juif a-t-il jamais été violent ? Est-ce parce qu’il n’a jamais été puissant ? N’a-t-il jamais été puissant parce qu’il n’adorait pas la puissance mais l’amour pour obtenir la vie éternelle ? Au juif pieux de répondre. Comme au musulman pieux d’expliquer pourquoi le djihad peut être violent.

 

Si le hasard organise la matière en déséquilibre, induit son auto-organisation, il est porteur d’intelligence puisqu’il faut de l’intelligence pour percevoir des rapports ou les induire. Décidément le hasard n’est plus ce qu’il était.

Que signifie, qu’implique le concept d’auto-organisation ?

 

3 août 2007

 

Comment Keats a-t-il pu penser en contemplant une urne grecque que « la beauté est vérité, la vérité beauté » ? Sans doute peut-on dire d’un objet d’art, d’un ballet, d’une sculpture, d’un poème… qu’ils sont vrais parce qu’ils sont beaux. La vérité n’est-elle pas l’accord de soi et de l’autre, et n’est-ce pas aussi ce qui fait l’harmonie radieuse de l’objet d’art ? L’objet d’art est vrai par l’accord de ses formes entre elles. C’est cette harmonie qui consonne avec le désir d’harmonie qui nous habite, et qui nous donne l’émotion esthétique.

Mais un objet est limité : sa beauté-vérité ne concerne que lui. La vérité entière est l’accord de tout objet avec tout autre objet. La vérité entière est aussi la beauté entière ; c’est dire qu’elle ne sera jamais achevée puisque l’être est infini.

Si l’intuition de Yeshoua est vraie et belle, c’est qu’elle exprime l’unité harmonieuse des êtres dans l’accord projeté de l’infini et de la totalité des êtres finis actuels et possibles.

 

pour un visage de quinze ans

dont tu n’as su te réjouir

alors qu’il courait dans le vent

et l’inondait de ses sourires

 

pour une main qui dessinait

les rêves purs de la vitesse

où le regard faisait l’effet

d’outrepasser la petitesse

 

pour une âme surtout capable

de ces harmonies radieuses

où même les sujets de sable

se muent en pierres précieuses

 

souris exulte danse et lance

le chant de ce nom inconnu

qui murmure au bord du silence

unique une existence nue

 

que cette beauté toujours vraie

gagne et rayonne sur le monde

où l’attendent dans le grand pré

les bonheurs de l’immense ronde

 

Une arme peut être belle comme objet ; on peut aller jusqu’à dire qu’elle peut être belle dans le combat. Mais la guerre, même dans la dynamique de l’humanité, n’est pas intégrable à l’harmonie totale. Un arme ne peut être absolument vraie.

 

 

4 août 2007

 

ô nuit nourrie de lune et de laitage

où nulle feuille n’aime qui ne boive

au sein qui exubère et inonde l’espace

tu sembles un instant abolir tous les âges

 

l’air immobile en extase se prend

comme au jardin suspendu à ses lèvres

Adam buvait les mots de la poétesse Eve

Enivré de la chair de sa chair en son sang

 

ô jour que le soleil à ses raisins

donne d’irradier de ses effluves

la plaine en rêve emplit déjà ses cuves

de l’horizon à l’horizon t’offre son vin

 

comme au silence absolu où tu vis

le vide de l’espace en ta présence

à l’âme nue révèle que l’immense

offre des rendez-vous aux amants de l’esprit

 

Un système philosophique est beau lorsqu’il est totalement cohérent avec lui-même, mais il ne peut être vrai que s’il est cohérent avec la totalité du réel. S’il est vrai que l’être est infini, on peut craindre qu’aucun système ne sera jamais totalement vrai.

 

« Devoirs envers soi-même, devoirs envers les autres, devoirs envers Dieu. » Non, il n’y a qu’un devoir, c’est envers tout autre ; et ce n’est pas un devoir, car c’est aimer.

L’autre, en chaque conscience, est ce diamant que ni la domination ni la possession ne peuvent atteindre, que ni la torture ni la mort ne peuvent anéantir. L’autre c’est la vie éternelle.

 

Le serment, le vœu sont-ils des résidus de la parole magique ? On s’oblige par des mots, on croit créer pour soi une obligation. L’amour de dilection libère de toute obligation, de toute parole donnée : Aimer ne peut qu’aimer, au-delà de tout devoir que la morale ou la conscience impose.

 

 

5 août 2007

 

le jardin permissif ne se laisse pas envahir

il accueille il embrasse

la foule pourchassée par tous les ennemis du rire

en ignorance crasse

 

herbes qu’ils disent folles dans leurs domaines de folie

venez boire et manger

loin du fer du poison assassins de votre prairie

de votre potager

 

et pourtant vous aussi vous menez l’implacable guerre

de tous les territoires

chacun pour soi et pour les siens livre combat espère

triompher au grand soir

 

Pourquoi faut-il des mots pour voir la peinture ? Depuis quand a-t-on éprouvé le besoin de donner un titre à un tableau ? Est-ce le même besoin qui fait donner un nom à la roche, à la plante, à la bête ? Les mots donnent de comprendre, de maîtriser, de posséder. Mais leur absence permet une autre connaissance que celle des trois libidos.

Le tableau de Goya qui s’est trouvé appelé « Saturne dévorant l’un de ses fils » peut-il se faire connaître à celles et ceux qui en ignorent le titre ? Le géant fou aux yeux exorbités n’est pas un anthropophage. Il sort d’un cauchemar dont ils voient aussitôt l’irréalité et qu’ils écartent d’un éclat de rire raisonnable (le réveil de la raison dissout les monstres). Lorsqu’on leur dit que c’est le Temps, leur regard s’effraie si eux aussi croient encore que le temps est leur ennemi. Il s’éclaire d’un sourire de compassion pour la chair s’ils y ont découvert le génie créateur, l’ami qui les invite à la vie éternelle.

 

6 août 2007

 

Le bombardier qui lâcha son horreur sur Hiroshima trône-t-il encore triomphalement dans un musée de Washington ?

 

dans l’air humide les appels

prennent un ton de confidence

et les pas assourdis les ailes

amuïes trouvent leur vrai sens

 

une chute de fruit dans l’herbe

tendre s’amortit dans l’aisance

que maternelle notre terre

bénit de sa reconnaissance

 

la douceur de sa sœur la mène

par la main loin de la violence

comme la grive musicienne

la fiance au cœur du silence

 

L’inquiétude, le désespoir, le sentiment de l’absurde peuvent faire éclore la beauté. « Les chants désespérés sont les chants les plus beaux » n’est heureusement qu’une belle hyperbole, mais qui donne à penser que la beauté peut s’accommoder des vérités limitées qu’elle est capable de rédimer de l’horreur. La compassion ne devrait cependant pas être une raison pour se complaire dans la douleur des autres par une sorte de frauduleuse substitution mentale.

 

Dire que « Dieu a plus besoin de nous que n’avons besoin de lui » est une élégance stylistique cherchant à comprendre le mode de relation de l’Aimer infini aux êtres finis qui participent de lui. La liberté et la dignité, la tendresse et le respect de nos relations demandent que nous le priions de nous donner de l’aide. La bonne vieille théologie dit la même chose autrement : « Dieu qui nous a créé sans nous ne nous sauvera pas sans nous. » Ce serait contraire à l’être même de la dilection qu’Aimer puisse aimer à notre place (ce qui implique que le salut, c’est la vie éternelle et que la vie éternelle c’est Aimer.)

 

7 août 2007

 

     la perle de l’heure bleue

dans l’aurore se transfigure

en diamant

 

le soupir de l’heure douteuse

se mue en silence nocturne

passionnément

 

l’aube et la brune sont le temps

des heureuses métamorphoses

où notre âme à l’âme des choses

se prend

 

L’idéologie, c’est ce dont on accuse les autres (Ah, la vieille leçon de la paille et de la poutre !)

 

L’accumulation insatiable des richesses par les riches est un témoignage de l’infini du désir et du fourvoiement de celles et ceux qui ne découvrent pas son objet.

 

Ne pense jamais à un massacre sans évoquer tous les autres, connus, inconnus, oubliés : d’Indiens, d’Arméniens, de Juifs, de Cambodgiens, de Ruandais, de Soudanais… Ils rythment l’histoire depuis la nuit des temps, et nous sommes responsables de leur élimination. Pour les esprits réalistes, leur rappel n’a d’autre sens que d’éviter ou, plus modestement, de limiter leurs renouvellements, maintenant.

 

La vie de l’humain du néolithique était, dit-on, tout entière imprégnée de divin. Puis vint le temps du sacré, de la mise à part du profane, et les dieux se contentèrent de lieux et de temps réservés. Et puis l’heure vint où les dieux commencèrent à mourir. Il n’en resta bientôt plus qu’un, avant que lui aussi ne soit menacé d’élimination. C’est la chance de l’esprit qui remplit l’univers de faire de toute chose et de tout acte une participation à la vie, d’aimer tout être en son altérité. C’est cela « quotidianiser le sacré ».

 

8 août 2007

 

Pour qui l’humain fait partie du monde, la poésie est aussi celle du monde. Poète, il ne peut penser que les choses ne sont poétiques que parce qu’il les voit telles.

Querelle des créateurs et des découvreurs ? Pourquoi est-on l’un plutôt que l’autre ? Peut-on être les deux ? La vision ouranienne sépare l’humain du monde, la vision chthonienne l’y absorbe. En passant au-delà, on voit l’homme émerger, tirant derrière lui le monde qui le pousse vers l’infini spirituel.

 

nous sommes toutes dans l’ombre

les étoiles tes sœurs

jamais tu ne sauras le nombre

nous sommes toutes dans ton cœur

 

pourtant si près de la terre

sur sa minuscule masse

parmi vous une poussière

que voulez-vous que je fasse

 

oh petit toi si petit

poussière d’une poussière

il faut bien que par l’esprit

tu embrasses l’univers

 

nous sommes bien vraiment tes sœurs

la commune mémoire

de l’origine est notre cœur

à cœur jusqu’à l’ultime soir

 

« Les cannibales » de Goya sont peints dans un style réaliste, selon l’idée que l’on s’en faisait à l’époque et que les ethnologues ont depuis corrigée. Les trois hommes à la peau un peu plus brune que celle de leurs deux victimes sont joyeusement occupés à préparer leur festin. Les morts sont nus, disloqués, sans visage… Il faut situer le tableau dans la vision sombre que Goya s’était donné de présenter d’une humanité violente, nue dans l’état supposé de nature ou vêtus dans la cruauté de la guerre. Ce ne sont pas des monstres imaginaires que ces hommes, ils ne sont pas engendrés par le sommeil de la raison. C’est pire : là où la raison et ses lumières sont censées régner, la bête humaine n’en finit pas de mourir.

 

9 août 2007

 

N’oublie pas Nagasaki.

 

si tu gardes sous les yeux la carte

de l’Europe du monde

plutôt que seule

celle de France

peut-être qu’au silence

ton âme accueillera les peuples

espérera bientôt

qu’inonde chaque nom

le souci de l’autre en l’esprit

 

Dieu est mort, l’homme est mort. Lesquels ? Le dieu tout-puissant ? Certes, monsieur Nietzsche. L’homme tout-puissant ? Certes non, monsieur Nietzsche.

 

Le schéma fait comprendre, maîtriser le réel. il ne le fait pas connaître tel qu’en lui-même. Il risque aussi de faire croire qu’il le fait connaître. Les cartes météo en sont un bel exemple quotidien. Elles sont claires parce qu’elles sont fausses et elles sont fausses parce qu’elles sont claires. Les lignes qui séparent les zones plaisent au regard de l’intelligence prédatrice en excluant l’intelligence communiante. Elles font partie des frontières, des limites que l’infini effraie et auquel elles répugnent, monsieur Aristote.

 

Renan écrit que les prosélytes juifs étaient « peu considérés et traités avec dédain ». Est-ce vrai ? une religion a-t-elle une structure mythique qui crée des croyants de seconde zone ? N’était-ce qu’un préjugé racial ? L’étranger qui parle votre langue avec un accent se voit repoussé vers les franges de la barbarie. Tout bon Français de France est porté à regarder un Belge, un Suisse, un Canadien, un Africain, un Asiatique francophones avec une certaine condescendance linguistique. Un bon Parisien n’a-t-il pas quelque difficulté à entendre parler un Provençal ou un Franc-comtois sans un certain sourire ?

 

10 août 2007

 

Quel rôle pour les entrailles dans l’accès à la vie éternelle ? On les trouve à l’œuvre dans la parabole du Bon Samaritain comme dans celle de l’Intendant Insolvable. Le Samaritain et le Roi sont tous deux pris aux tripes (splagkinesthé, qui a donné notre splanchnique) devant le malheur de l’autre (Luc 10, 33 ; Matthieu 18, 27). Yeshoua lui-même fut parfois poussé par cette émotion viscérale : face à la foule qui l’avait rejoint et dont il guérit les malades (Matthieu 14, 14), face à cette même multitude qu’il vit « comme des moutons sans berger » et qu’il se mit à instruire avant de multiplier les pains pour les nourrir (Marc 6, 34). Sur la route de Jéricho, comme son Samaritain, il est ému aux entrailles en entendant les cris des deux aveugles qui l’implorent d’avoir pitié d’eux (Matthieu 20, 34).

Dans l’économie de l’humain, suivant la loi de continuité-discontinuité de l’évolution, l’émotion charnelle peut préparer l’accueil de l’esprit, l’entrée dans la vie de l’Eternel (comme l’avait pressenti Isaïe en Le comparant à une femme qui ne peut oublier l’enfant de ses entrailles : 49, 15).

 

de leurs griffures blanches

ils te lacèrent les entrailles

 

à mesure tu les digères

et il ne semble pas qu’il faille

à les voir

outre mesure m’affliger

 

mais sur mes hanches je les sens

lentement

qui m’empoisonnent les viscères

solidaires

 

en toi de les subtiliser

donne-moi le pouvoir

 

478 morts sur les routes de France en juillet. Pas de deuil national ? Mais non, c’est le chiffre attendu, à peu de chose près. Cela ne frappe aucune imagination, cela ne titille aucun média. Ah, s’ils étaient morts tous ensemble… On en aurait fait un onze septembre fondateur.

 

 

11 août 2007

 

     toi dont la vie n’a pas de sens

hors de ce pays où s’opère

le dévoilement du mystère

du monde depuis sa naissance

 

retrouveras-tu ce matin

le sésame de la caverne

où la pléthore du trésor

invite les doigts du hasard

 

les mots qui s’y donnant la main

sans que la tête discerne

dans l’ombre le jeu de leur nombre

     connaissent les secrets de l’art

 

et le sésame est le silence

inattentif aux choses claires

si occupé qu’il est à faire

place aux génies de l’innocence

 

 

Que pensez-vous de la réintroduction de l’ours dans les Pyrénées ? Allez d’abord poser la question aux bergers concernés, j’essaierai de vous répondre lorsque je les aurai entendus. Demandez-moi aussi ce que je penserais de la réintroduction du loup dans le bocage où j’habite,  j’essaierais de m’imaginer vivant au milieu des loups.

 

Yeshoua aurait dit :  »Qui me voit voit le Père  ». Nicolas de Cues a écrit : « Voir l’autre c’est voir l’autre et le non-autre. » Jeu de langage ? Mais qui donne à penser ;  pour le Cusain, le non-autre était le nom de Dieu (Du non-autre, p. 51)

Et puis Blake : « Si les portes de la perception étaient nettoyées, toute chose apparaîtrait telle qu’elle est, infinie. »

 

 

12 août 2007

 

sur la carte de notre terre

les frontières se sont figées

 

car l’urine des fauves marque leur territoire

d’une si forte odeur qu’elle semble à jamais

imprégner jusqu’à l’âme les grands troupeaux parqués

 

les peuples de la terre poussant toujours plus loin

l’horizon fascinant de leur cœur insatiable

en se multipliant ont divisé le monde

 

sur la carte de notre terre

les frontières se sont figées

 

la vieille transhumance garde aux pèlerinages

un parfum de fraîcheur d’enfance et de surprise

que la clôture brise en ses élans de peur

 

le cœur pourtant qui s’ouvre au cœur quand il soupire

trouve le centre enfin de l’infini jardin

où la senteur des roses dissout les odeurs fauves

 

sur la carte de notre terre

les frontières sont fissurées

 

La dynamique de la chair à l’esprit est aussi la cohabitation de la chair et de l’esprit. L’écologie réaliste encourage la quête de la vie éternelle plutôt que la production et la consommation que l’on appelle croissance économique, mais elle garde les pieds sur terre. Elle sait qu’un déterminisme quasi invincible de l’humanité statistique la pousse à poursuivre son désir infini dans un monde fini qu’elle risque désormais d’épuiser rapidement. La science est l’espoir : trouver des énergies non polluantes. Le soleil et l’eau sont là, à nous de les maîtriser pour en tirer ce dont nous avons besoin. Un des grands combats de l’écologie est celui à mener contre les géants des énergies fossiles, mais elle ne peut le gagner qu’en lui opposant des énergies renouvelables concurrentielles.

 

13 août 2007

 

On peut vouloir chaque jour écrire des poèmes pour tenter de révéler la beauté du monde et chercher à dévoiler l’excellence de l’être.

 

Le pain quotidien, c’est le besoin quotidien, du plus matériel au plus spirituel « suressentiel » en ce que l’on donne et en ce que l’on reçoit.

 

quelle arabesque dans l’air bleu

de cette fin de nuit légère

dessines-tu par la vitesse

l’espace et ton désir

 

ici même si tu ne restes

que l’instant frêle où se devine

l’à peine de nous réjouir

de ce que tu existes

je lève le voile du lieu

ou du moins tente de le faire

espérant dans l’infini voir

l’être pur de tes ailes

 

quelles fresques forment le vœu

du vide mère à l’heure fragile

où l’invisible du visible

à l’autre vient s’unir.

 

Le sens commun n’a pas le sens de la contradiction parce qu’il reste celui de la majorité et que la majorité se nourrit de mythes insensibles à la contradiction. Le sens commun, a-t-on dit, juxtapose ses convictions sans se soucier de les faire concerter.

 

14 août 2007

 

Vous voulez prier avec les psaumes ? Rendez-vous compte d’abord qu’ils ne s’adressent pas à Aimer, mais au Tout-puissant qui s’est choisi un peuple parmi les nations et qui vit avec lui une aventure d’amour jaloux. Il ne se rapproche du dieu de Yeshoua qu’en étant capable de compassion. Vous ne pourrez prier avec les psaumes dans l’esprit d’Aimer qu’au prix d’incessantes contorsions allégoriques qui risquent de demeurer inefficaces, de vous maintenir sous la coupe de ce dieu pourtant censé être mort avec Yeshoua sur la croix.

« Que les saints se réjouissent dans la gloire… Qu’ils aient à la bouche les hautes louanges de Dieu et à la main l’épée à double tranchant pour exercer la vengeance sur les nations et exécuter le châtiment sur les peuples, pour enchaîner les rois et pour lier les nobles avec des liens de fer, pour accomplir sur eux le jugement décidé. Cet honneur revient à tous les saints » (Psaume 149, 5ss). Vous pourrez toujours consciemment métamorphoser les rois et les nobles en vos mauvais penchants, votre inconscient continuera de se nourrir d’altérité négative.

 

Yeshoua a cherché à faire évoluer la religion de son peuple, non à lui donner une religion concurrente. Il pressentait peut-être que son message sonnait le glas des religions.

 

Conseils évangéliques ? Il n’y a ni conseils ni commandements, il n’y a que la découverte de la conscience dernière appelée à devenir participante d’Aimer. Tôt ou tard il lui faut se libérer de toute possession, matérielle, affective, intellectuelle en ne vivant plus que pour les autres. Tel est le Royaume des cieux.

 

chante le cœur en crue et la marée montante

sachant que tout à l’heure tu chanteras l’étale

et puis toujours en fête le cœur à l’étiage

le flux et le reflux la marche et le repos

 

énergie éployée pour la vie éternelle

du cœur de la matière et de son corps immense

la mer l’âme la mer toujours recommencée

et chaque fois nouvelle au bord de l’infini

 

le cimetière est vide    les tombes sont des ailes

déposées à jamais pour que les cœurs subtils

battent d’un vol plus pur dans l’espace plus libre

où l’autre les attend pour le beau devenir

 

15 août 2007

 

l’haleine de la nuit

et ses larmes

discrètes qui s’écoulent

se répètent

 

parlent

 

écoute

de toute ton âme au silence

cette

inconnue familière

 

guette

 

en sa musique peut-être

un message se glisse-t-il

une nouvelle

 

quelle parole quelle

chanson montera sur tes lèvres

pour que son rêve à nos oreilles

 

s’éveille

 

écoute

qu’enfle ou s’apaise

le souffle

des heures des heures

 

que pleure

aveugle

ton visage alarmé de savoir

qu’aucun visage encore

cette nuit encore ne pourra paraître

 

mais écoute

écoute jusqu’à être

cette haleine et ces larmes

elles t’espèrent

Yeshoua t’a dit il y a deux mille ans, Miriam de Nasèrèt, qu’il se souciait peu que tu fusses sa mère. Pour celles et ceux qui te connaissent comme lui, tu n’es ni la mère de dieu ni leur mère, mais celle qu’il appelait « femme » (Jean 2, 4 ; 19, 26). Peu importe que tes mains aient « touché le verbe de vie » (I Jean 1, 1) ; ce qui compte, c’est que tu l’aies vécu, que tu le vives, que tu aies accueilli l’Esprit, que tu Aimes.

 

A quoi bon me le cacher ? J’aspire à Aimer sans obstacle, hors de cette chair possessive et dominatrice.

 

Lorsque Jean-Paul Sartre dit qu’il n’y a pas de nature humaine, pense-t-il si différemment de Blaise Pascal qui dit que l’homme passe l’homme ou que Yeshoua qui affirme que c’est l’esprit qui donne la vie et que la chair ne sert à rien ?

 

 

16 août 2007

 

faut-il attendre que le sucre fonde

dans l’eau pure du verre qui l’accueille

que molécules à leur rythme il se glisse

et se dissolve en leur foule assemblée

 

elles sont là cachées au cœur de l’onde

et le temps qui a su les mener sur le seuil

de l’invisible aura qu’il ne finisse

l’élan de reconduire leur randonnée

 

l’œil attentif aux visages du monde

ne cesse pas que chaque jour il veuille

être lui-même lorsque avec lui frémissent

les dix mille autres de notre maisonnée

 

Qu’est-ce que ce monde que Yeshoua dit avoir vaincu (Jean 16, 33) ? Celui dont Luc fait dire au diable qu’il lui appartient avec sa puissance et sa gloire (Luc 4, 6) ? Cela veut-il dire que Yeshoua s’est opposé à la puissance et à la gloire ? Il est censé avoir dit à ses disciples avant de les quitter que toute puissance lui avait été donnée au ciel et sur la terre (Matthieu 28, 18).  Et avoir expliqué sur la route d’Emmaüs qu’il fallait que le messie souffrît et qu’il entrât ainsi dans sa gloire (Luc 24, 26). Le discours sur la puissance et la gloire ne semble pas cohérent dans les Evangiles. Il s’oppose en tout cas au message d’Aimer, qui ne cherche pas à se faire valoir, qui ne se préoccupe et ne se réjouit que de l’autre.

 

Un poème doit pouvoir se lire d’un seul tenant. S’il est long, il faut qu’on ne puisse s’arrêter avant de toucher à sa fin.

 

17 août 2007

 

à peine aperçoit-on le sourire éclatant

sous ton exubérante chevelure

qu’à longueur de jour tu étends

toujours plus loin dans ta verdure

 

réussirai-je un jour à vivre le secret

de l’air de rien où se cache ton art

et l’insinuation si gaie

de ton énormité hilare

 

tu ignores bien sûr ce que tu communiques

et je ne sais ce que je pourrais faire

d’autre pour ton visage unique

que te laisser tes fils pour t’y complaire

 

Pourquoi tant de poètes du XX° siècle nous « invitent-ils à chanter si tristement » ? Le lyrisme joyeux est devenu une activité de mauvais goût. Est-ce parce que les meilleurs d’entre eux ont senti à quel point « la chair est triste hélas » ? les horreurs totalitaires ne sont pas en cause : elles sont suscité des refus poétiques qui étaient plus toniques que tragiques.

 

Rejeter la synchronicité parce qu’elle n’est pas scientifique est-il aussi néfaste que de la souhaiter scientifique ? Notre science est conçue dans le cadre des lois, selon le déterminisme statistique ; elle ne peut accepter que ce qui est reproductible à volonté, maîtrisable. La synchronicité est acausale par définition (acausale au sens physique, s’entend ; non au sens philosophique, sauf à renier le principe de causalité).

 

La connaissance intuitive d’un objet le vise en son eccéité, tendant à s’identifier à lui mimétiquement.

 

18 août 2007

 

dans le prunier dépenaillé

quelque œufs restent à éclore

l’arbre volatile étonné

contemple ses fruits d’or

 

quels rameaux quelles racines

quelles ailes quelles pattes

en leurs parentés divines

échangent leurs aromates

 

monte dans l’arbre laisse-toi

balancer en l’air de son rêve

écoute murmurer les voix

épuisées de sa sève

 

quel silence quel soupir

viennent sourdre dans ton âme

quel ravissement mûrir

en l’esprit qui le réclame

 

ce que dans l’ombre la main touche

de la peau caresse la peau

et ce qui reste dans la bouche

de l’autre est le noyau

 

quelle coquille se fend

dans la mort où voit le jour

cette inconnue que l’amant

emmènera sans retour

 

Le psychisme, ce serait cette dimension de la matière qui n’est pas physico-chimique. L’évolution de la matière, c’est sa complexification physico-chimique et son intensification psychique. C’est elle qui construit la hiérarchie des êtres. Il y a plus de psychisme dans un être humain que dans un animal, plus dans un animal que dans un végétal, plus dans un végétal que dans un minéral. Et il existe des degrés à l’intérieur de chacun de ces niveaux d’être. Un être humain est appelé à progresser dans l’intensité de sa conscience.

 

On peut parler d’un minéral parfait, d’un végétal parfait, d’un animal parfait, d’un humain parfait ; mais chaque perfection est celle d’une totalité finie. On peut penser que la notion de perfection est identique pour tous les êtres, comme l’est l’existence ; mais les totalités ne sont pas égales, pas plus que les essences.

 

L’être humain parvenant à la conscience de conscience est une totalité ouverte sur l’essence  infinie.

 

19 août 2007

 

« Je vous donne la paix. Je ne vous la donne pas comme le monde la donne » (Jean 14, 27). Pour comprendre ce qu’est la paix de Yeshoua, il faut, comme si souvent, passer par la symbolisation des choses terrestres en choses célestes. Comme par analogie la chair devient parole et la parole esprit d’Aimer (Jean 6, 53, 63), ainsi la paix de Yeshoua, qui ne peut être qu’une expression de la dilection.

S’il a pu dire qu’il n’était pas venu apporter la paix mais la division, la séparation, la diamerismon (Luc 12, 51), c’est que le passage de la chair à l’esprit, de l’amour de soi à l’amour de l’autre, est un seuil. On entre dans la vie éternelle ou l’on n’y entre pas, il n’y a pas de moyen terme.

 

trop familiers peut-être

leurs incessants passages

font que l’œil de l’ancêtre

n’y voit que des nuages

 

des annonces de pluie

le désespoir l’espoir

ce qui donne ou détruit

la tombe ou l’abreuvoir

 

mais l’âme paysanne

à l’heure du loisir

écartant le profane

cherche à se réjouir

 

de ce qui vient s’en va

d’un horizon à l’autre

passe et ne revient pas

nous affranchit du nôtre

 

et aussi de qui ose

passer pour un rebelle

et se métamorphose

en des formes nouvelles

 

non pour représenter

des faces fantastiques

mais pour imaginer

des visages uniques

 

fluides fugitives

de la vie infinie

les non-figuratives

de la pure harmonie

 

 

20 août 2007

 

qui est ma mère oses-tu

comment oses-tu me parler ainsi

de mes entrailles tu t’arraches

une seconde fois

ma chair ta chair le sais-tu

ne le sais-tu pas marche dans l’esprit

car vers l’autre il faut bien que j’aille

ne le sais-tu pas toi

 

non pas la paix mais le glaive

entre chair et esprit vient la douleur

car il nous faut passer le seuil

de l’amour infini

 

tu me fais la nouvelle Eve

par ta parole en me fendant le cœur

en son travail au deuil chassé

dans le seul paradis

 

Donner à la négation, à la limite, le nom de non-être, c’est risquer une ambiguïté fatale, faire du non-être un néant et ainsi nier l’infini de l’être. C’est aussi risquer de faire de l’être même un infini sans substance, un néant. Cela vient-il d’une fascination ouranienne pour la parole créatrice et sa capacité mythique de faire exister comme concept ce qui n’existe pas comme réalité concrète de l’être ?

La fascination de Simone Weil pour la décréation, ce nouveau nom du non-être oriental, est-il un avatar du non-être platonicien ?

 

Dire que la question : « Qu’est-ce que l’être ? » n’a pas de sens sous prétexte que l’être y est présupposé, c’est ne pas voir que le mot « être » ne signifie pas la même chose dans « qu’est-ce » et dans « l’être ». C’est une fois de plus se laisser abuser par le langage. Le « qu’est-ce » ne porte que sur l’essence, « l’être » inclut l’existence. On ne peut penser l’être que parce qu’il existe, ne serait-ce que dans la conscience qui le pense.

 

21 août 2007

 

On peut au moins faire l’hypothèse que l’être comme essence est énergie consciente infinie, et qui se donne à participer en son autre ; c’est pourquoi il est devenir et expansion. Est-ce ce que pensaient les maîtres du Vedanta ?

 

Penser que brahman est saccidânanda, indissolublement être, conscience et béatitude, ce n’est pas nécessairement penser qu’il est dilection. L’hindouisme le sent pourtant, qui enseigne l’amour de toute créature. Comment chercherait-on à aimer si l’on ne sentait que tel est le secret de l’être, de la conscience et de la béatitude de l’infini ?

 

L’intuition de Yeshoua n’est pas celle d’une gnose, d’un savoir qui sauverait, à moins de comprendre la gnose comme une connaissance d’amour, comme une force de communion avec Aimer et avec tous en Aimer : « Nous le connaissons si nous gardons ses commandements » (I Jean 1, 3) ; « mon commandement, c’est que vous vous aimiez comme je vous aime » (Jean 15, 12).

 

entre dans le champ de maïs

et marche droit

la loi

te mènera vers l’horizon avant qu’il ne finisse

 

au labyrinthe du maïs

cherche le centre

et entre

que vide au vide du silence ton amour ne finisse

 

Tous les croyants devraient réussir à comprendre que derrière les visages de YHWH, Jésus, Mahomet, Vishnou, Obatala, Quetzalcóatl … , c’est le même Eternel qui les aime.

 

22 août 2007

 

Pour Jean, la connaissance de Dieu et la dilection sont une seule et même chose : « Celui qui n’aime pas ne connaît pas Dieu, car Dieu est amour » (I Jean 4, 8).

 

Le monde pour lequel Yeshoua ne prie pas (Jean 17, 9), ce n’est pas celui des personnes, cela s’entend. C’est celui des forces qui s’opposent à l’entrée des consciences dans la dilection, les forces primitives de possession et de domination : « le désir de la chair, le désir des yeux et l’orgueil  de la vie » (I Jean 2, 16). Si Yeshoua dit à ses disciples qu’il a vaincu le monde (Jean 16, 33), c’est pour leur donner confiance. Le monde, les forces premières personnifiées peuvent bien se réjouir en se croyant victorieuses (Jean 16, 20), la joie de ses disciples, elle, est définitive, rien ne peut y mettre fin (16, 22). Telle est la victoire de la dilection.

 

Vincent que reste-t-il de ton regard en ta prairie ensoleillée

l’herbe dorée

se nuance de mille sens

et les ombres l’honorent

 

en tes couleurs ici s’attarde toute ton âme illuminée

pour saluer

mille nouvelles connaissances

au-delà de la mort

 

était-ce bien pour laisser trace de ta chair en un héritage

comme une page

d’écriture qui sauvegarde

un nom en quelques mots

 

était-ce pas plutôt ton âme que tu donnais en cette image

de l’homme sage

qui fait que l’on cherche et regarde

sans cesse du nouveau

Si l’on admet qu’il y a bien plus dans l’ADN que dans les particules qui le composent, il faut chercher d’où vient ce plus ou renoncer au principe de causalité.

 

23 août 2007

 

     entends la nuit chuinter son départ

chuchoter aux veilleurs que le silence

chargé de leur souci et de leur sens

va regagner la profondeur

 

en son dernier écho goûte son art

discret ouaté de connivence

amuï informé des secrets de l’immense

dire de passer en douceur

 

entre en l’avancement de la spirale

au temps de l’ombre au temps de la lumière

au temps de la parole et au temps du mystère

construis l’éternel sans retour

 

et reconnais l’infini sidéral

tout occupé à poursuivre l’éther

avec son autre insensible à se faire

aux rythmes de l’amour

 

Dans la continuité discontinuité, la compassion, la prise des entrailles, invite la chair à passer à l’esprit, la nature à franchir le seuil de la surnature. Encore faut-il répondre à cette invitation, passer de l’émotion (esplagkenisthé) à l’agir miséricordieux (poiesas to eleos) comme dans la parabole (Luc 10, 33, 37).

On entre dans le don par participation : « Bienheureux les miséricordieux parce qu’ils obtiendront miséricorde, Makarioi oi elenmones oti autoi elenthésontai (Matthieu 5, 7). Comme celui qui pardonne est pardonné, celui qui aime est aimé. Fais-nous la grâce de pardonner comme tu pardonnes et d’aimer comme tu aimes.

 

L’inspiration est un don fait à la conscience, c’est une réalité que l’on peut rechercher mais non produire.

Comme on parle d’un jeu inspiré dans un match de football, on peut parler d’une écriture inspirée dans un poème. Et comme les joueurs s’exercent avec l’espoir que l’inspiration les saisira, ainsi le poète s’exerce.

 

Tout le monde a le droit d’avoir la chance d’être Antigone.

 

24 août 2007

 

la coque prise en ton poing

le déchire de ses stries

le fantôme de sa chair

s’abrite en son impalpable

 

elle est eau et elle est sable

immense au sein de la mer

et ce qui résiste et vit

en toi lui donne la main

la fierté du coquillage

est toute dans la beauté

de ses lignes de ses teintes

parfaites pour le regard

 

ta paume ouverte vieillard

en garde à jamais l’empreinte

espérant l’éternité

par ses dix mille visages

 

Avec nos foutus mots nous pouvons nous culpabiliser de ne pas nous sentir coupables comme nous culpabiliser de nous sentir coupables. Aimer nous libère de toute culpabilité en nous appelant à passer au-delà dans le déséquilibre permanent de l’esprit. L’impossible de la dilection nous emmène toujours plus loin vers l’autre.

 

Yeshoua invite au passage d’une morale de la pureté centrée sur soi imposée par la culture à une éthique centrée sur l’autre offerte par l’esprit d’Aimer : « Donnez vos biens en aumône et tout sera pur pour vous » (Luc 11, 41). Le souci de l’autre fait oublier le souci de soi.

 

Vous adorez vos gourous des Lumières, vos Voltaire et vos Hume, mais c’étaient de fameux racistes.

 

Yeshoua prend des libertés avec la pureté rituelle : ni lui ni ses disciples ne se purifient avant les repas (Luc 11, 38 ; Matthieu 15, 2). C’est qu’il vit l’amour de dilection comme la seule valeur. Certes il se conforme au rite purificatoire avant le repas pascal (Jean 13, 10), mais il le désacralise et le transforme en acte de dilection : il lave les pieds de ses apôtres comme un domestique, et il les invite à participer comme lui à la dilection : « Je vous ai donné l’exemple afin que vous fassiez comme moi » (Jean 13, 15)

 

Souviens-toi des massacres, de tous les massacres, passés, présents à venir. Ils sont en toi, en tes gènes de prédateur dominateur (c’est aussi cela que nous a appris Charles Darwin).

 

25 août 2007

 

La Palestine et Israël ? La réalité, ce n’est pas les discours, la communication, les pourparlers, les sourires, les poignées de mains. La réalité c’est la carte, les cartes successives, la phagocytose d’un territoire, le grignotage de Jérusalem-Est. Démembrement ? Non, ce serait trop évident. La réalité c’est une tentative de lente digestion.

Un peuple qui se croit l’Elu de l’Éternel ne peut être qu’arrogant et dominateur parce qu’il se croit l’élite de l’humanité. Malgré les terribles leçons de l’histoire, il ne peut que persévérer dans sa voie sous peine de perdre son identité. Son salut ne peut venir que d’une prise de conscience que l’Eternel est Esprit et qu’il ne commande d’aimer que parce qu’il est amour de l’autre, de tout autre. C’est un Juif qui le leur dit : Yeshoua de Nasèrèt.

 

L’inspiration poétique n’est pas une soumission à la Muse ou à la Nature. Le poète de l’autre n’est pas un serviteur mais un ami. La nature lui offre des rythmes et des images, et en retour il lui offre des objets d’art.

L’inspiration n’est pas une aliénation. Il faudrait bannir des descriptions de l’inspiration des termes tels que docilité, rébellion, conquête, renoncement, abandon, gagner, perdre… Ils ressortissent à l’imaginaire ouranien de l’opposition, alors que la meilleure poésie est œuvre de participation chthonienne.

 

ils font exploser leurs lumières

sur le tumulte du jardin

beautés parfaites têtes fières

dans la superbe du destin

 

stérile leur artifice

les enferme en la rondeur

ne donnant ni lait ni sperme

pour rassasier la bouche

 

aucune fille aucun fils

n’exubère en leur couleur

ils ne sont qu’un épiderme

pour le regard qui les touche

 

leur art pour l’art depuis hier

invente l’autre de demain

annonce la nouvelle terre

où l’esprit offre son festin

 

26 août 2007

 

Définir la synchronicité par l’acausalité, c’est assigner au terme « cause » une définition scientifique matérialiste. Philosophiquement, il ne peut y avoir d’effet sans cause. La synchronicité donne à penser à un autre type de causalité que la causalité des enchaînements physico-chimiques (A moins que l’intrication quantique ne soit pas qu’un analogue mais la réalité même de ce que nous appelons le psychique).

 

Il y a mille façons pour un journal d’être intime. Pour qu’il le soit, il faut et il suffit qu’il contienne des pensées que la pudeur retient de livrer à la parole. Les pensées couchées sur le papier ne sont cependant pas le tout de la vie intérieure. La relation à l’Ineffable garde le silence, si ce n’est en ses retombées.

 

fascinées par les ascendances

dans les désert

de l’air

les grandes ailes éployées s’enivrent de silence

 

Les colères de Yeshoua contre les scribes, pharisiens et autres docteurs de la loi sont des réactions d’Aimer face aux consciences de responsables religieux qui barrent la route à Aimer alors que leur fonction est de l’ouvrir. Ne pouvait-il pas pourtant, lui le grand communicant (« jamais homme n’a parlé comme cet homme » Jean 7, 46) et le « doux et humble de cœur » (Matthieu 11, 29) utiliser un langage plus serein que des insultes et des « malheur à vous !» (Matthieu 23, 13ss). Contradiction ?

 

27 août 2007

 

Une pensée matérialiste cohérente ne peut admettre l’inspiration. Le poète n’est pour elle qu’un artisan. Peut-elle même reconnaître qu’il y ait de la beauté dans la nature ? La beauté pour elle est dans l’œil de l’observateur, et créée par l’artiste. Vais-je plier le genou devant elle ?

 

Il est une façon de se dénuder qui montre que l’on fait davantage cas de son corps que de son esprit. Yeshoua était nu sur la croix, mais on peut choisir de l’imaginer revêtu de son sang ou de le penser engagé dans le dépouillement radical (Et les cadavres d’Auschwitz ne faisaient pas de l’effeuillage).

 

au cœur du goéland où tout l’espace vibre

de son volume libre

passe cercle et repasse

l’élan de notre vie

 

escalade les airs et goûte à son désir

la promenade vire

au regard où son art

au rapace s’unit

 

Le mythe de Jésus héros fait de lui un médiateur entre Dieu et les hommes en donnant à l’Eternel céleste un visage terrestre. Un peu comme Vishnou ou Shiva donnent au Brahman dans la bhakti une personnalité attachante. La Vierge Marie, Mère de Dieu, sublime Theotokos, joue un rôle similaire, et les saints et saintes un peu aussi. Cela fait-il partie de l’économie du salut ? Il reste que cette héroïsation est un obstacle au dialogue des religions. Elle fixe sur tel ou tel nom exclusif un salut pourtant universel : « Il n’y a pas d’autre nom par lequel nous puissions être sauvés » (Actes des apôtres 4, 12).

 

L’orientation politique d’une conscience relève-t-elle de choix fondés sur de simples probabilités ?

 

 

28 août 2007

 

S’il faut au moins une certitude pour être à l’aise dans sa vie intime, on peut redouter que ce ne soit une certitude politique. On risque de l’objectiver en un absolu que l’on tente alors d’imposer  (misère des idéologies totalitaires).

Les démocraties où les élections montrent que les partis en opposition font quasiment jeu égal révèlent l’incertitude objective des opinions politiques, leur indéterminisme individuel conduisant à leur déterminisme statistique.

 

J’ai eu trop de réticences face à l’occulte. Elles n’étaient pas entièrement dues à une méfiance du charlatanisme qui en fait son miel ; elles venaient aussi d’une acceptation aveugle des certitudes scientistes au nom de la rigueur rationnelle. Si Bergson a dû se rendre à Londres pour rencontrer des spécialistes de la parapsychologie, c’est que le Paris matérialiste demeurait paralysé par ses préjugés. Cela montre aussi qu’un esprit indépendant et rationnel a su secouer cette paralysie et que l’on peut s’aventurer à faire de même.

 

au plein de la lune en son sein

le nue découpe

la coupe

de vermeil où sommeille le vin de nos rêves anciens

 

Inculquer aux élèves d’une grande école qu’ils sont l’élite de la nation conduit la plupart de ces grands esprits à nourrir un complexe de supériorité. Cela leur joue des tours de temps en temps : il se font rouler dans la farine par ceux qu’ils prenaient pour des imbéciles et qui ne s’en laissent pas imposer.

 

29 août 2007

 

Ce que l’on peut regretter davantage que leurs mésaventures, c’est qu’en s’adjugeant le monopole de l’intelligence, un certain nombre de nos énarques et autres grands écoliers risquent de prendre des décisions néfastes parce qu’ils ne jugent pas opportun de prendre l’avis des gens que ces décisions concernent au premier chef. Exemple que d’aucuns estimeront mineur, la réintroduction de l’ours dans les Pyrénées. Plus grave, celui des décisions des experts expatriés en Afrique et ailleurs.

 

regarde là-haut qui spirale

bien dans sa peau

l’oiseau

mais prends bien garde de n’y perdre ton âme vespérale

 

Une conscience cohérente convaincue de la nécessité et de l’utilité de la prière aura du mal à nier la communication extrasensorielle. A moins d’être atteint de la maladie ouranienne du « ça n’a rien à voir ».

 

La dissuasion nucléaire de la guerre froide aurait dû faire comprendre à Israël qu’en acquérant la bombe atomique il obligeait ses ennemis à faire de même. Ceux qui l’y ont aidé sont évidemment coresponsables de cet enchaînement. Ses destructions impitoyables au Liban l’an dernier («  Le Liban va régresser de quinze ans ! ») montrent que sa supériorité militaire fait croire à Israël qu’il a tous les droits. Hélas, seule la force peut faire plier ceux qui ne croient qu’à la force pour se faire respecter.

 

30 août 2007

 

elle a veillé toute la nuit

près de sa mère

la terre

son soleil adouci à l’aube se dissout en lui

 

Si notre gouvernement approuve les attaques que les Etats-Unis se préparent à lancer contre l’Iran, il sera responsable des attaques qu’il attirera sur le territoire national.

 

Est-il possible de savoir ce que représentait à l’origine pour celles et ceux qui le récitaient  le commandement : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toutes tes forces » (Deutéronome 6, 5) ? Un idéal de vie sans doute, à garder toujours présent à l’esprit. Mais que signifiait aimer un dieu ? Quelles nuances de crainte, d’admiration, de reconnaissance ? Quelles dimensions, quelle place pour le sacré, le numineux fascinant et terrifiant ? Comment cette image et cet amour ont-ils évolué ? Que penser de l’expérience d’un Isaïe : « Saint, saint, saint, le Seigneur des armées… Malheur à moi, je suis perdu, car je suis un homme aux lèvres impures vivant au milieu d’un peuple aux lèvres impures » (Isaïe 6, 3ss) ? Et la liturgie chrétienne reprend ce sentiment à chaque célébration de la messe. Vraiment ? Les chrétiens partagent-ils les sentiments d’Isaïe ? Que signifie pour un chrétien du XXIème siècle aimer son dieu ?

On ne peut aimer Aimer en vérité que de la façon dont Aimer aime, en participant à sa pure dilection pour tout être.

 

31 août 2007

 

Penser avec Gilles Deleuze que « c’est toujours un esclave qui commande aux esclaves », c’est accéder à cette vérité que l’on ne participe à l’esprit qu’en se libérant de la chair. La relation maître / esclave appartient au monde de l’altérité négative où l’autre est objet de possession et de domination subie ou imposée. Posséder c’est être possédé et dominer c’est être dominé par l’autre en soi-même. Là où advient l’esprit et l’altérité positive, aimer c’est être aimé, entrer dans la vie éternelle d’Aimer. L’amour de soi enferme en soi, l’amour de l’autre ouvre à l’infini.

 

Si l’être de l’être est énergie infinie d’altérité positive, il est devenir éternellement créateur.

 

« Je change. » Ce qui change, c’est « je », mais « je » demeure autant que « je » change. Dire « je change » implique que « je » ne change pas tout entier, que ce que j’appelle « je » demeure. Sinon « je » serait incapable de le penser. « Je » considérerait le « je » passé comme un « il » ou un « tu ».

 

La nature t’offre à tout instant ses innombrables beautés et intelligences, et tu fais le blasé.

Et la nature est le don inconditionnel d’Aimer, l’expression finie de son intelligence, de sa beauté. De sa liberté aussi, car la nature est son autre et participe à sa liberté en ses indéterminismes.

 

ces enfants courent au jardin

se font des signes

trépignent

agitent les feuillages et les fleurs de leurs dix mille mains

 

immobile pour les entendre

et recevoir

sans voir

entre en ces cache-cache où l’amour infini vient se laisser surprendre

 

1er septembre 2007

 

Chaque Communauté d’Aimer pourrait bien se donner une règle, un règlement, mais ses membres devraient en discuter souvent. La vie est mouvement. Les repères que l’on se donne doivent tous et chacun être orientés vers Aimer. L’identité des Communautés d’Aimer n’est rien d’autre qu’Aimer.  Ama et fac quod vis. Plus une conscience participe à la vie d’Aimer, moins elle risque d’errer en son penser, en son agir, en son parler.

En Aimer, philia et neikos, l’amour et la haine d’Empédocle, deviennent tendresse et respect indissociés.

 

l’enfant sait-il quand son heure est venue

d’abandonner le ventre et de gagner l’espace

libre à peine plus dans les bras de sa mère

à peine moins blotti dans le creux de son lit

 

et saura-t-il en se retrouvant nu

face au dernier soupir des amants de sa race

quand l’heure vient d’abandonner la terre

allégé de sa chair pour gagner l’infini

 

La vérité des géométries non-euclidiennes est celle de leur cohérence interne. C’est la vérité de la beauté. Qu’elles puissent avoir quelques applications dans le réel physique ne montre que l’extrême plasticité, richesse et complexité de ce réel.

 

L’intelligence qui se manifeste avec évidence dans la synchronicité (en sont un exemple les cas fréquents de l’ouverture du dictionnaire ou de la bible à la page du mot ou du passage recherché dans un geste à demi conscient) est une intelligence perçue comme une présence amicale, un geste d’humour, une invitation à la rencontre.

 

Pour vivre en ta présence, il faut se dire que chacun de nos gestes, chacune de nos pensées t’intéressent, que rien du réel ne t’est étranger.

 

« Donne-moi un cœur attentif ». Accueillir le Don d’Aimer, c’est aspirer à ce silence du silence où de coeur libre à cœur libre infini, le penser et le faire se décident.

 

 

2 septembre 2007

 

n’espère-t-elle qu’une proie

sur la toile qu’elle a tissée

en rêve comme ses ancêtres

 

l’élan est-il au fond le maître

de chacune de ses pensées

en marche sur l’étroite voie

 

lorsque immobile tu admires

l’excellence de la machine

dont l’efficience n’a d’égale

que son élégance animale

sais-tu ce qui en toi affine

le regard où elle se mire

 

prends garde que tu ne te noies

dans la vie ici ramassée

aux eaux avides du paraître

 

découvre la porte de l’être

parmi les fils entrelacés

reconnaîtras-tu qui te voit

 

L’altérité positive nous invite à nous demander en quoi nous avons manqué aux immigrés pour qu’ils ne s’intègrent pas à notre nation.

 

L’identité nationale est une réalité mouvante, et ses ingrédients varient en leur importance relative au long des siècles.

Avant que la laïcité ne soit reconnue et admise par la majorité des Français, la religion avait longtemps fait partie de cette identité. Cujus regio, ejus religio faisait qu’en France les protestants étaient considérés par les catholiques majoritaires comme moins français qu’eux. Au Royaume-Uni le jeu avait été inversé par Henri VIII.

C’est énoncer une évidence de dire qu’est Français celui dont l’État dit qu’il est Français. Ce l’est moins de dire qui et quoi le font dire à l’État. La loi est inattaquable en droit, mais elle peut se modifier sous la pression de la majorité changeante.

 

3 septembre 2007

 

la peau est un vin pour la peau

et la chair pour la chair une eau de vie

 

l’intime à l’intime se livre

et l’amour en l’amour outrepasse le fruit

 

ce qui s’enivre se délivre

se vide dans l’attente de l’esprit

 

l’œil qui s’ouvre lucide tente

de n’être plus pour l’autre que son toi

 

et le non-autre qui le hante

lui donne dans l’espace cette joie

 

d’une lumière où partout chante

d’être en se donnant qui reçoit

 

Mon identité nationale ne se réduit pas à mes droits et à mes devoirs. Ils sont l’expression d’une certaine idée de l’humain en France. C’est cette idée qui est censée inspirer mes pensées et mes actes. Et elle doit faire l’objet d’une réflexion personnelle et collective périodique.

Reconnaître l’altérité positive de la dilection comme valeur essentielle de l’être ne peut manquer d’orienter cette réflexion.

 

Les valeurs premières de notre République – liberté, égalité, fraternité – ne sont-elles pas inspirées par l’altérité positive ?

 

A père prodigue, fils avare. Garde-toi, sous prétexte que tu en as abusé, de priver tes enfants des libertés que ton père t’a laissées.

 

On ne peut choisir d’être un reclus d’Aimer sans avoir la certitude de la communication extrasensorielle.

 

4 septembre 2007

 

quelle vie débordante anime

votre incessante ronde

l’air qui se prête à vos concerts

vous porte sur vos ailes

 

quelle secrète connivence

s’avive dans nos chairs

à vous voir vous dire ainsi libres

enivrées de l’espace

quelle âme originelle fonde

notre commune race

hirondelles votre bon sens

est la flèche de l’autre

 

Quels préjugés portent tel et tel mathématiciens à penser que la mathématique n’existe que dans leur esprit alors qu’on la voit partout à l’œuvre dans le cosmos et jusqu’au plus infime de la matière ?

 

La critique poétique qui refuse à la poésie le droit de signifier, qui exige d’elle de n’être qu’expressive revendique en tout cas de faire signe, un signe d’intelligence aux membres de sa tribu dictatoriale.

Une poésie inspirée par l’altérité positive se sent libre de toute consigne poéticienne. Elle peut aller jusqu’à se faire didactique, ne serait-ce qu’en écrivant des arts poétiques. Le poème d’Archibald Macleish, « Ars Poetica » dit qu’un poème de doit pas signifier mais être ; il signifie pourtant lui-même en tant qu’il est. Et cette contradiction ne l’empêche pas de ravir le lecteur en ses images rythmées.

 

La science vulgarisatrice disait naguère que l’homme descend du singe. La pensée créationniste lie l’identité humaine à la toute-puissance du créateur, la pensée scientiste la lie à son inexistence. Conflit de mythes ? Leur force de persuasion repose sur le prestige (Dieu a parlé, quel croyant pourrait ne pas le croire ? La science a parlé, quelle âme simple oserait ne pas opiner du bonnet ?).

La science qui n’est que science et celle des consciences qui en connaissent les limites, appelle à la concertation de toutes les sources du savoir pour tenter de comprendre ce qu’est l’humain.

« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » ? Certes, la formule pourrait ici aussi faire de l’usage, mais une conscience un peu aiguisée sait que cette formule est prestigieuse, mythifiée elle aussi, quasi sacralisée. Cette conscience n’y reconnaît qu’une invitation à penser parmi d’autres.

 

5 septembre 2007

 

Quels accords de la beauté et du sens dans la nature, dans la vague débordant le rivage, dans la lumière jouant sur la montagne ?

 

lorsque Vénus à l’heure bleue

dans un ciel pur s’accorde avec Luna

le regard envahi se donne à l’infini

 

l’espace où la lumière veut

se compromettre avec l’ombre s’en va

s’en vient de la nuit au jour et du jour à la nuit

 

l’un à l’autre l’autre de l’une

s’enlace se délace en la distance

et l’écho des clartés résonne au cœur à cœur

des mondes inconnus la brune

sûre ce soir de la belle alternance

reprendra le relais inlassable des heures

 

La découverte de l’Évolution n’a pas encore été entièrement intégrée à notre vision du monde. Nous n’en finissons pas de comprendre à quel point nous sommes parents non seulement des primates, mais de la vie animale en tous ses développements, de la vie végétale en tous ses déploiements, de la vie minérale en tous ses raffinements.

 

Il y a eu les calligrammes d’Apollinaire et de quelques autres. A-t-on tenté d’utiliser la couleur ? Non pas celle des voyelles seules telles que les avaient imaginées Rimbaud, mais celles des mots. Sans cohérence sémantique cependant ni logique syntaxique, mais selon les sentiments attachés au poème comme organisme, comme tout harmonieux. Sans doute y faudrait-il un sens raffiné des teintes. Un peu comme Valéry a pu parler avec justesse d’un compromis entre le son et le sens, et l’on n’a pas fini d’exploiter et moduler cette idée. Le compromis entre les couleurs, les sons et les sens doit être bien difficile, et qui le tentera ? Ceux qui restent fidèles au ut pictura poesis ?

 

6 septembre 2007

 

L’impuissance à aimer de dilection est le premier moteur de la prière.

 

là-bas la roche en feu explose lentement

déploie ses fleurs en bouquets rutilants

 

que d’heure en heure elle se fasse se défasse

autre et même pour l’œil qui ne se lasse

 

la finesse et la force en belle intelligence

par leur splendeur s’y colorent de sens

 

l’orange de la tête et le rouge du cœur

dansent la danse de leurs âmes sœurs

 

Avec franchise, Sœur Teresa a dit ses doutes de croyante. Celles et ceux qui croient au ciel les ont comparés à la nuit obscure des mystiques, au sentiment d’abandon de Yeshoua sur la croix. Celles et ceux qui n’y croient pas ont lancé des : « Vous voyez, même elle… »

Le doute est la face sombre de la croyance. Une conscience qui comprend rationnellement que l’être de l’être ne peut être qu’altérité positive, en langage chrétien que dieu est Amour, cette croyance-là ne peut douter.

 

La recherche du temps perdu est une entreprise ambiguë et risquée. Elle peut être motivée par un désir de paradis perdu, d’innocence heureuse originelle, celui qui anime les mythes de création.

Le regard sans danger sur le passé est celui qui a reconnu l’excellence du temps, de sa force de continuité-discontinuité telle qu’elle apparaît à l’évidence dans l’évolution de notre univers que son élan mène de l’énergie pure à la matière toujours plus raffinée, à la vie toujours plus élaborée, à la conscience toujours plus vive.

Chaque conscience humaine profite de tout le passé de l’univers, de l’humanité de sa propre civilisation, famille et existence personnelle depuis sa prime enfance.

 

La liturgie est inévitablement répétitive, cramponnée au passé parce qu’elle est fondée sur des mythes fondateurs.

 

7 septembre 2007

 

Une liturgie conforme au temps créateur est chaque jour nouvelle. Aimer l’inspire et elle est faite d’autant de silence que de geste et de parole.

 

qu’aucune feuille ne frémisse

que ton regard ne la connaisse

dans la forêt que ton pas glisse

sur la terre où les pensées naissent

 

les glands qui dorment dans le ventre

attendent l’haleine de l’outre

de la surface jusqu’au centre

elle n’aspire qu’à les foutre

 

l’élan de l’esprit qui la pousse

qu’en ton souffle jamais ne cesse

de surprendre que ne s’émousse

le chant de la divine ivresse

 

et jusqu’au dernier feu de l’âtre

où le follet bleuâtre s’offre

le bois de la belle marâtre

entasse tes mots dans son coffre

 

Si avoir raison c’est avoir raison de l’autre, la polémique est exclue des activités d’Aimer.

 

Il y a eu dans la peinture comme dans la poésie un mouvement, et il n’a pas dit son dernier mot, tendant à épurer l’œuvre de ce qui ne lui serait pas essentiel. La recherche d’un art dit abstrait et d’une poésie dite pure ont pu avoir ce même objectif. Mais la peinture comme la poésie sont invinciblement la peinture et la poésie de quelque chose. Le titre que l’on trouve si souvent en bas d’un tableau ou en tête d’un poème semble en être l’aveu.

 

Aimer ne s’occupe pas de la reconnaissance de soi, Aimer est tout entier préoccupé par sa reconnaissance de l’autre.

 

8 septembre 2007

 

l’air qui retient son souffle dit

l’énorme élan du monde

écoute

le silence blanc

de toute la lumière inonde

chaque chose en son fleuve de vie

 

dans l’infini où l’univers

minuscule respire

avide

entends s’ébattre

au vide sans jamais finir

l’océan des pères et mères

 

L’universel n’est la propriété d’aucune culture. Il n’existe que désapproprié par chaque culture au nom de l’autre. Il n’est, sinon, que le nom illusoire ou perfide de l’hégémonisme.

 

On peut bien douter de soi-même lorsqu’on ne doute pas de l’être de l’être. Le doute de soi, de ses capacités intellectuelles, esthétiques, éthiques peut étouffer la créativité, mais il peut aussi aider à faire prendre conscience de ses limites et à œuvrer à les repousser.

Face à l’impossible de la dilection, c’est une condition d’accès nécessaire.

 

Lorsqu’on analyse le comportement du Bon Samaritain et le rôle joué par la compassion pour participer à la vie éternelle, il faut se souvenir que Yeshoua parle en mashal. On peut alors tenter de comprendre que la compassion qui donne la vie est inspirée, accompagnée, finalisée par Aimer. C’est l’acte de deux libertés, celle qui propose et celle qui accueille. Aimer ne peut aimer à la place de son autre, mais il peut en donner la force : « Vouloir le bien est en mon pouvoir, mais non de l’accomplir » (Romains 7, 18).

 

Un aveu n’est pas une preuve. Qu’il soit arraché par la torture physique et / ou psychologique, ou obtenu par l’habileté rhétorique n’y change pas grand-chose.

 

 

9 septembre 2007

 

cachez ce voile

que je ne saurais voir

l’intime qui paraît

m’outrage

 

ce dieu du ciel

est pour toujours en guerre

avec cette déesse

la terre

 

alors que faire

sinon que l’un et l’une

se perdent se retrouvent

en l’autre

 

La poésie de l’autre ne s’intéresse pas à la poésie, mais à l’autre.

 

Problèmes de seuil, de continuité-discontinuité. Quand peut-on dire qu’un embryon devient une personne ? Quand peut-on dire qu’un interrogatoire devient une torture ? Quand peut-on dire qu’on est entré dans la vie éternelle ?

 

Dire que dans les jeux olympiques et autres coupes du monde l’important est de participer, c’est tenter d’en corriger l’esprit, qui est celui de s’opposer. Le football, le cyclisme, le rugby… tous nos sports agonistiques sont des sublimations plus ou moins réussies de la guerre. Le tennis, la boxe, le judo… sont des combats singuliers. Les spectateurs vivent ainsi les victoires ou les défaites de leurs champions lorsque les hymnes nationaux retentissent.

 

10 septembre 2007

 

il fallait bien que tu t’égares

dans la forêt

des mais

pour qu’apparaisse la clairière enfin de nulle part

 

Dépouillés de nos dieux (mais qui l’est vraiment ?) nous sommes évidemment voués à vivre nus. Mais cette nudité est celle de la vérité qui libère. Elle n’est angoisse que pour des consciences qui n’ont pas découvert que l’être est altérité positive (en parler chrétien, que vraiment « Dieu est Amour », qu’il est le tout-aimant et non le tout-puissant).

 

Quelle idée se fait-on de l’essence lorsqu’on dit qu’il existe une essence à laquelle l’existence est essentielle ? C’était, n’est-ce pas ? L’argument ontologique, la preuve de l’existence de l’infini par l’idée d’infini. Mais l’idée d’un être n’a d’existence que subjective.

Cette idée de l’essence comme réalité objective serait-elle liée à l’idée de néant, dont l’existence objective est impossible et auquel on l’attribue cependant ? Et l’attribue-t-on dans l’innocente croyance aux pouvoirs créateurs de l’esprit, voire à celle de la puissance de la parole créatrice ? Les mathématiciens qui pensent que la mathématique est leur création plutôt que leur découverte sont-ils, eux aussi, victimes de cette croyance en la puissance de leur logos ? Et se demandent-ils d’où leur vient leur logos ?

 

Peut-on juger une œuvre d’art si l’art en son essence échappe à l’intellect ? On ne peut que l’apprécier. Et puis tenter de s’expliquer, mais ce n’est pas une nécessité pour qui y communie.

 

11 septembre 2007

 

Les neurones ont-ils le secret de l’accord entre le son et le sens qui fait la poésie ?

 

Depuis quand célèbre-t-on les anniversaires ? Est-il possible de remonter jusqu’au fondement préhistorique pour rencontrer la force attachée au souvenir périodique ? On peut soupçonner les rythmes cosmiques d’être à l’origine de ce retour au passé. L’humain du néolithique devait se sentir participant de la vie du monde en ses éternels retours.

Les sociétés qui vivent une rupture historique – guerre, révolution… – tendent à en faire un souvenir fondateur réactualisé rituellement. Force de cohésion, l’anniversaire est un ancrage dans le passé qui assure la continuité mais qui freine la discontinuité. Si, plus encore que les révolutions, les philosophies ont pour fonction de faire table rase du passé culturel, elles le font chacune au nom d’une intuition qu’elles jugent fondées sur l’être ultime de la réalité. Elles jouent un rôle relativiste et libérateur face aux forces de freinage ou d’accélération de l’histoire, aux mouvements de consolidation ou de rupture.

La philosophie née de l’altérité positive pense l’évolution du cosmos et de l’humanité comme un processus de continuités discontinuités.

Peut-on donner le nom de philosophe au penseur qui n’établit son système que dans la perspective des systèmes qui l’ont précédé, que ce soit pour les combattre, les avaliser ou les améliorer ? Si sa pensée rejoint une tradition pour la poursuivre, elle ne peut le faire valablement que par l’aboutissement d’une intuition qui en faisait d’abord table rase.

 

un gland qui se détache claque

sur le fer brut

et butte

contre la tôle inerte et tendue de l’obstacle qui vaque

 

mais restera-t-il sur le toit

où accroché

séché

périra dans la hauteur stérile l’espoir du moi

 

ou ira-t-il rebondissant

en son sourire

pourrir

et nourrir une vie du vide où s’échange son sang

 

12 septembre 2007

 

     aube de soie de mousseline

voilage de pastels

fugaces vos teintes déjà

se profanent

 

votre passage en l’âme anime

par son universel

élan de grâce et elle va

océane

 

par les jours blancs que s’achemine

lente et prudente celle

qui l’autre en l’âge s’aperçoit

caravane

 

alors aujourd’hui qu’il s’affine

jusqu’au soir avec elle

le visage un peu se fera

diaphane

 

La célébration est une force de rassemblement. Elle soude la famille, le groupe, la tribu, la nation, l’humanité. Elle a l’ambiguïté de la foule où les consciences peuvent se perdre dans l’âme commune ou se trouver dans la réciprocité de leurs personnes inaliénables. Ce qui les sauve, les faisant passer de la chair à l’esprit, de l’humain premier à l’humain dernier, c’est le souci de l’autre en chacune de celles qu’elle réunit.

 

« L’union fait la force », dicton analogique. Il y a l’union d’accumulation où l’individu disparaît, et il y a l’union de concertation où la personne apparaît.

 

13 septembre 2007

 

la célébration des ailes

appelle les hirondelles

 

ce bouillonnement de vie

est une hymne à l’énergie

 

aux appels des camarades

les cœurs battent la chamade

 

l’air qui leur ouvre ses portes

de leur joie se réconforte

 

ce délire de l’espace

jamais ne perdra la face

 

cet innombrable mobile

est en recherche de style

 

la finesse des sylphides

donne la grâce fluide

 

l’arabesque de chacune

en l’autre cherche fortune

 

avant le pèlerinage

se tient le conseil des sages

 

nourri de ses souvenirs

il prépare l’avenir

 

le tourbillon d’hirondelles

dit le mystère des ailes

 

Demandent des preuves de l’existence de Dieu celles et ceux pour qui Dieu représente un ennemi. Demandent des preuves de son inexistence celles et ceux pour qui il représente un ami.

 

Ecrire pour être lu, ce peut être rechercher un succès de librairie. Il faut alors écrire pour satisfaire le désir du lecteur. Quel désir ? Celui du plus grand nombre. Ecrire pour être lu, ce peut être aussi chercher à répandre une pensée nouvelle, sachant que l’accueil qui lui sera fait demeure incertain. Mais présenter les choses ainsi comme une alternative, c’est se laisser piéger par l’imaginaire ouranien de l’opposition. On peut écrire afin d’être lu pour autant de raisons que l’on en a de vivre. La meilleure ne peut être que la sollicitude pour le lecteur, en participation à la vie éternelle.

 

14 septembre 2007

 

à l’heure bleue Vénus est belle

surgie de la mer éternelle

 

avant qu’elle ne s’y efface

elle y lance son chant

sa face

est la dernière à saluer

la salle pour l’ensoleiller

 

elle va replonger

les ondes

et le silence au cœur du monde

diront lorsque le soleil luit

il est bon de croire en la nuit

 

de savoir que Vénus est belle

qui nous espère en l’éternel

 

Traiter quelqu’un en sous-homme, c’est se ravaler soi-même au rang qu’on lui attribue. Dialectique du maître et de l’esclave, réciprocité des consciences… Qui dégrade l’autre se dégrade, qui l’ennoblit s’ennoblit.

 

Ces milliards de choses intelligentes et belles si proches, et que je ne chante pas en ta réjouissance. Mais j’essaie, j’essaie tous les jours de quémander au silence quelques mots qui les dansent.

 

Paul Cézanne et ses Montagnes Sainte-Victoire. Quelles lumières ses yeux en ont-il reçues, quelles lumières leur ont-ils données ? heureux ceux qui reconnaissent la beauté du monde parce qu’elles les habite et qu’ils en vivent.

 

15 septembre 2007

 

avec ton vol de feuille morte

ou de nuage

volage

ou de mouche encore ouvre-nous en l’espace mille portes

 

L’égalité humaine n’en finit pas de se découvrir. Il ne suffit pas de constater l’insuffisance du langage juridique des droits et des devoirs individuels et collectifs. Il faut reconnaître le caractère dialogique de la personne humaine et le rôle qu’il doit jouer dans la relation des consciences en leurs diversités et différences.

Une conscience guidée par le souci de l’autre ne peut errer. Et c’est cette altérité positive qui doit inspirer les précisions, corrections, expérimentations tâtonnantes des droits de l’homme. Sinon, elles risquent d’aller indéfiniment d’erreurs en méprises en maladresses quand ce n’est pas en manipulations. Il n’y a pas d’égalité sans respect et tendresse de chacun pour tous.

L’effort vers l’égalité est un combat contre l’humain premier pour qui l’autre est une chose à posséder et dominer ; à ce stade, il est bien forcé de manier l’obligation et la sanction. Mais celles et ceux qui mènent ce combat ne doivent pas perdre de vue le but ; ils risquent, sinon, de rester englués dans l’inégalité.

 

16 septembre 2007

 

dévêts-toi de tes voiles

mais peu à peu

car ta beauté

est faite de mystère autant que d’évidence

 

et ce qui se dévoile

est pour les yeux

dans la clarté

évidente le risque de perdre la nuance

 

la brume qui s’exalte

des profondeurs

au cœur apporte

le regard qui caresse sans jamais étreindre

 

lorsque l’amour crie halte

au promeneur

s’ouvre la porte

de lumière voilée pour jamais ne s’éteindre

 

L’humain premier avance vers la dignité à force de menaces. Si l’égalité sociale lui est donnée comme un droit en échange duquel il n’y a pas de devoir, il se corrompt et sa communauté avec lui. La peur de la déchéance sociale, que son spectacle instille en lui, l’incite à lutter.

Doit cependant venir dans le parcours de chaque conscience un temps où elle découvre que le souci de l’autre doit pour son propre bien l’emporter sur le souci de soi.

 

Mise à la porte, la pensée unique rentre par la fenêtre lorsque l’intolérance de l’intolérance conduit à dénier aux autres le droit de penser autrement que soi en matière religieuse, politique, philosophique… Lorsqu’une pensée devient majoritaire, elle cherche à exclure les autres.

La pensée unique guette partout. Quelle conscience ne souhaite pas que toutes les autres pensent comme elle ?

 

17 septembre 2007

 

comment oser déranger

cette pose que tu prends

et ces ailes déployant

la splendeur de ta livrée

 

ce que l’immobilité

livre à mon regard patient

c’est une autre idée du temps

découpé dans la durée

 

mais comment cette beauté

de l’éphémère élément

dira ce que tu entends

au désir d’éternité

 

Si avec Tocqueville on prend pour l’un des critères de l’Etat démocratique de n’engager de guerre que sur son territoire, combien en trouvera-t-on ?

 

Islamistes modérés, un oxymore ? Alors pourquoi cette confusion entre islamique, islamiste et musulman ? Pourquoi le terme musulman est-il presque partout remplacé par le terme islamique ? pourquoi le terme islamisme a-t-il perdu sa valeur de synonyme de religion musulmane et d’islam que le Petit Robert lui donne encore ? Qu’importe d’ailleurs les permutations historiques. Ce qui compte, c’est la charge affective qui s’attache aux mots maintenant et que l’on fait glisser de l’un à l’autre pour manipuler les bonnes gens.

Donner à entendre qu’il n’existe pas d’islamisme modéré, c’est chercher à dresser les non musulmans contre les musulmans ; c’est pousser à l’affrontement entre les religions au mépris de la laïcité. C’est partager l’esprit des islamistes extrémistes et des intégristes de tout poil.

 

Les gens croient-ils au néant parce qu’ils sont hantés par la toute-puissance magique d’un créateur ? Ou pensent-ils vaguement que ce qui n’existe pas en eux n’existe pas du tout ?

 

 

18 septembre 2007

 

Se donner plusieurs pseudonymes, c’est s’accorder la chance d’une pensée plurielle, mais c’est aussi risquer l’incohérence.

 

Une évidence rationnelle n’a pas besoin du réconfort d’être partagée pour être à l’abri du doute. Elle nourrit la certitude subjective de son indépendance objective.

 

Personne ne peut démontrer que la relation de l’être infini aux êtres finis n’est pas une relation d’altérité positive. Les consciences qui s’opposent à cette évidence sont celles à qui leur imagination impose la croyance au néant et à la toute-puissance sa parèdre.

 

si près de la tourterelle

la tourterelle gémit

chacune pour l’autre est-elle

ce qui l’enchante à demi

 

l’élan de la ritournelle

infaillible les conduit

 

le vœu des beaux et des belles

en chacune s’accomplit

 

quel dessein de l’éternel

en sa limite finie

peut pour chaque tourterelle

lui donner son paradis

 

L’altérité ne peut se concevoir sans négation. La négation cependant n’est pas l’expression du néant mais de la limite.

 

Comment la mathématique en est-elle arrivée à faire de la limite une non-limite, une asymptote où l’autre n’est jamais rejoint ?

 

19 septembre 2007

 

La question de l’existence de Dieu ressemblerait-elle à ces propositions mathématiques dont on ne peut démontrer ni la véracité ni la fausseté ? Pourtant, de l’impossibilité de les démontrer, il ne découle pas qu’elles ne sont ni vraies ni fausses mais que leur connaissance est inaccessible par la voie de la logique.

La réticence à entreprendre la connaissance de Dieu vient de ce que ce Dieu est faux et donc inacceptable pour une conscience libre, car une conscience libre sait que la liberté est essentielle à son être et qu’un dieu vrai ne peut être que liberté et promoteur de liberté.

 

la rainette sous la pluie chante

d’une voix rauque affirmative

et cache on ne sait quoi

 

pénétrée de ce qui la hante

l’altérité peut goûter vive

le sens de son émoi

 

non qu’elle cherche à la comprendre

à l’intégrer à son système

d’idées et de valeurs

 

elle ne tente pas d’étendre

son territoire mais elle aime

entendre un autre cœur

 

L’éternité du monde est-elle une proposition indécidable ? N’est-elle une certitude que pour une conscience assurée de l’être de l’être comme altérité positive ? Cet infini veut son autre de toute éternité.

 

Si vous arguez de l’impossibilité d’identifier l’enchaînement des causes physiques dans des phénomènes tels que les évolutions météorologiques pour remettre en question le principe philosophique de causalité, vous donnez à penser que ce principe vous gène. Mais aussi, semble-t-il, que pour vous l’inconnaissable est synonyme d’inexistant : vous êtes incapable d’identifier une cause, donc elle n’existe pas.

 

20 septembre 2007

 

cet appel guttural en sa brièveté

n’est pas localisable

son immédiateté tressaille

en la chair frémissante qui l’accueille

 

elle sent cependant qu’à sa reconnaissance

demeure indifférent

ce cri dépouillé d’esthétique

en la maîtrise de son territoire

 

et puis vient à l’image une fragilité

pour qui le camouflage

de la vénusté fantastique

excuse en elle la ruse vitale

 

Dire que les chiffres n’existent pas dans la nature, c’est ignorer les lois de la physique et de la chimie. A moins de penser qu’un chiffre n’existe que lorsqu’il est représenté. Que se cache-t-il derrière cette représentation de l’univers et de l’humain ? un conflit de toutes-puissances ? Celle de l’homme qui place mal l’objet de son désir infini et qui croit voir se dresser devant lui le fantasme du faux dieu tout-puissant ?

 

Dire que la question d’un avant la création du monde n’a pas de sens parce que le temps fait partie de la création, c’est s’appuyer sur une notion statique de l’être infini, alors qu’il est énergie. C’est réduire l’être infini à un concept.

 

Définir le hasard comme l’apparente absence de cause, c’est reconnaître l’existence de cause(s) en admettant son ignorance.

 

Aimer ne jouit pas de sa générosité inépuisable comme d’un bien dont il serait propriétaire. Son être infini ne cesse de donner en pur sollicitude pour l’autre.

 

21 septembre 2007

 

Admettre que d’un point de vue statistique en accord avec la théorie du hasard il est impossible qu’il puisse exister de la vie ailleurs dans l’univers, c’est admettre aussi l’impossibilité de ce point de vue qu’il en existe sur la terre. Autrement dit, le hasard tel que défini par la statistique ne peut être la cause de la vie (et la vie est aussi probable et pensable ailleurs qu’ici).

 

L’indétermination de la matière au niveau élémentaire la rend susceptible de manipulations dont on ignore la source et le comment mais dont on est conduit à inférer l’existence. Comment expliquer, par exemple, qu’il y ait statistiquement autant d’hommes que de femmes dans une population d’un certain volume ? (L’analyse des dimensions de ce volume peut d’ailleurs servir de point de départ pour tenter de percer ce secret).

 

quelle plus petite distance

le corbeau au bord de la route

accepte-t-il à son approche

 

de comprendre cette prudence

impressionné le sage doute

et sa petite tête hoche

 

mais un croassement relance

le questionnement de l’écoute

que sa nouvelle idée décoche

 

quelle plus lointaine distance

au grand espace de la voûte

disperse sa dernière floche

 

22 septembre 2007

 

A quel creuset passer l’ésotérisme pour en isoler les vérités qui lui permettent de subsister, pour dégager du fatras occultiste les chemins qui y mènent à l‘intuition dernière du réel ? L’ésotérisme ici n’est acceptable que s’il promeut un humanisme de l’autre, que s’il ne recherche de pouvoir que pour servir. Les techniques ésotériques du symbolisme n’ont de sens que si elles conduisent finalement à la connaissance dont parle Jean : « Quiconque est né de Dieu et connaît Dieu. Celui qui n’aime pas ne connaît pas Dieu, car Dieu est amour » (I Jean 4, 7s).

 

Coupe du monde de rugby. La relation du public au jeu de son équipe montre que le vieux mythe patriotique est bien vivant. Les drapeaux se déploient, les hymnes nationaux retrouvent leur verdeur.

 

servante garde-robe

à quel choix cette nuit

te décideras-tu

 

au front qui se dérobe

cacheras-tu l’ennui

de se voir dévêtu

 

de la chair qui tressaille

à la vue d’un visage

tu connais les secrets

 

brocart foulard ou faille

tu sais ce qui ménage

le peu qui apparaît

 

chaque fois tu étonnes

les amants de la dame

qui t’a confié ses charmes

 

et tes teintes consonnent

aux figures de l’âme

qui pour elle désarme

 

La parabole du blé et de l’ivraie. Faut-il que les lecteurs de l’Évangile qui découvrent dans le message d’amour de l’autre leur désir essentiel s’accommodent du messianisme où il est empêtré ?

 

23 septembre 2007

 

Nous ne pouvons connaître qu’une infime partie de ce qui nous constitue comme être vivant et comme être pensant. Du moins nous faut-il rechercher une connaissance sûre de l’essentiel.

 

la biche qui franchit

à l’aube le chemin

demeure en la mémoire

si proche qu’on la touche

 

surgie des origines

cette âme de notre âme

de forêt en forêt

de silence en silence

invite à la limite

et l’on poursuit et vit

la grâce qui s’efface

et revient dans le rien

 

quelle cible indicible

se profile et puis file

mais dans le cœur effleure

le désir infini

 

Le silence est l’invisible cavalier de la musique et de la poésie. Qu’il cesse de leur tenir la taille et l’éclat disparaît de leur regard.

 

24 septembre 2007

 

Chaque atome de notre corps est énergie, force en marche et temporalité.

 

tout le jardin dit ta présence

et la susurration des feuilles

est l’épouse de ton silence

 

en écoutant ce que suppose

cette vibration où la chair

déshabituée se propose

un hoquet de reconnaissance

la soulève et retient muette

près des larmes de l’innocence

 

alors en ton jardin elle ose

trouver une place et se dire

les yeux dans les yeux de la rose

 

Reconnue, la valeur de l’altérité positive donne son dynamisme à toutes les autres. Mais ce n’est pas le dynamisme d’un pouvoir, c’est celui d’une inspiration.

 

L’art altruiste n’est pas un art sacré, car l’altérité positive dissout le sacré dans la sollicitude universelle. L’altérité positive entretient une relation quasi personnelle avec l’objet d’art comme avec l’objet naturel, avec un poème, une demeure, une sculpture comme avec un paysage, un papillon ou un visage.

Sentir qu’un paysage a une âme, tout comme un chêne ou un chevreuil, c’est savoir que les objets apparemment inertes peuvent aussi entretenir des relations avec leur environnement, que les liens organiques qui font l’être vivant ont des homologues dans les liens qu’entretiennent des atomes simplement juxtaposés.

 

25 septembre 2007

 

La notion de cause est de soi indépendante de la temporalité et de la spatialité. Elle signifie simplement qu’un être dont on ne peut expliquer l’existence par lui-même doit être expliqué par un autre. La synchronicité n’est pas une acausalité, c’est un phénomène dont on n’a pas encore identifié la cause.

Seul l’être infini n’a pas de cause, et l’on peut émettre l’hypothèse qu’il est la cause première de tous les êtres finis.

Il devrait être évident qu’un être qui précède un autre n’en est pas forcément la cause. Il peut se situer dans une chaîne causale différente. Il n’est d’ailleurs pas certain qu’une cause précède toujours son effet, s’il est vrai que notre univers n’est pas uniquement régi par des forces physico-chimiques et que la cause d’un événement spatio-temporel n’est pas nécessairement spatio-temporelle.

 

Si la violence a joué un rôle dans notre humanisation, cela ne signifie pas qu’elle ne soit qu’un phénomène culturel. L’éthologie montre que la violence est inhérente à l’évolution du vivant. L’exacerbation de la violence (le massacre, la cruauté…) résulte de la prise de possession de la violence par la liberté première.

 

chaque caresse du couchant

lumière sur le champ

et l’arc-en-ciel

fugace voûte où se baigne la tête

de l’occident

 

combien te voient t’ont vue

maintenant tout à l’heure

depuis la nuit des temps

bien commun patrimoine

partage permanent

communion

là-bas là-haut

 

lumière messagère

depuis l’immémorial

et blancheur et couleur

et rondeur et rigueur

 

de ton silence imprègne mon silence

et puis quelques phonèmes

 

je t’aime

 

26 septembre 2007

 

Un homme m’a mis la main à la fesse. J’ai été glacé d’honte. Suis-je anormal ? L’altérité positive ne me fait éprouver ni haine ni mépris pour les homosexuels, mais de la compassion. La compassion n’est pas condescendante. C’est un souffrir avec, mais comment souffrir avec quelqu’un qui ne souffre pas ?

Le brouillage des valeurs morales n’est pas une solution à la question de l’homosexualité. L’altérité positive ne juge pas les personnes, elle les traite toutes avec la même sollicitude. Mais elle garde des idées claires.

 

à quoi donc pensent les corbeaux

qui batifolent dans le champ

ils marchent marchent et brusquement

un coup d’aile les voit là-haut

 

juste le temps de prendre l’air

de se dire qu’ils en ont le choix

comme ils ont tout à fait le droit

de se trouver les pieds sur terre

 

oui c’est bien pour la liberté

qu’ils dansent leur reconnaissance

et c’est ainsi que se fiance

à eux notre fraternité

 

Il existe chez certains scientifiques une assurance méprisante à l‘égard de la recherche sur des phénomènes tels que la synchronicité, l’homéopathie, la télépathie. Sont-ils les cousins des gens qui se moquaient des théories coperniciennes au XVIème siècle ?

 

27 septembre 2007

 

Impuissance à aimer, indifférence aux autres, rancoeurs ineffaçables… Prête-nous pour les autres un peu de ta compassion.

 

la jacée réchappée de la faux du raseur

de fossés obsédé par la monotonie

dresse ici l’insolente santé

léguée par ses ancêtres

 

quelle histoire se cache aux replis de sa fleur

de son mauve discret noué pour l’harmonie

au vert sombre en faucille envolé

insoucieux de paraître

 

cette tige fourchue qui lance des obliques

se donne un territoire en forme de volume

où l’écart est la chance d’un rire

fendu jusqu’aux oreilles

 

ô simple joie de vivre en douceur magnifique

prête à mêler son sang aux grisailles des brumes

à fermer son œil mauve en soupir

jusqu’au prochain éveil

 

Le problème de la relation du continu et du discontinu se pose aux mieux dans la lumière de l’altérité positive, secret de la coexistence de l’être infini et des êtres finis. L’altérité positive détache le fini de l’infini, mais sans le repousser. Elle invite à la relation qui n’est possible que si l’autre demeure l’autre de l’autre mais cherche à le rencontrer puisqu’il n’existe en son esprit d’altérité que par et pour l’autre.

L’infini, altérité positive, fait de l’autre et cherche à faire de l’autre son égal, son ami : « Je ne vous appelle plus serviteurs, mais amis » (Jean 15, 15).

 

28 septembre 2007

 

allume les feuilles d’automne

et que les peupliers

éclairent de leurs torches

le bocage assoupi

 

entonne ton chant dans la brume

en son cœur irradiée

ouvre tout grand le porche

à Pomone ravie

 

élève le vin de la joie

partagée par les âmes

que leurs yeux purifiés

donnent de reconnaître

 

revois le parcours le départ

l’origine des flammes

retrouve à satiété

les racines de l’être

 

Il ne suffit pas de penser que l’humanité est individualité et communauté, et qu’il faut vivre la tension de ces deux pôles comme une opposition féconde. On dit la civilisation occidentale individualiste et la civilisation africaine communautariste. Sans doute, mais elles sont l’une et l’autre travaillées par des forces qui les orientent vers un dépassement de cette opposition. Le personnalisme français s’inscrit dans une réflexion qui se poursuit depuis des siècles. L’Humanisme de l’autre homme de Levinas en est un témoin récent, et il n’est pas besoin de vivre longtemps dans un village africain pour y sentir à quel point chacun est le souci de tous.

L’altérité positive ne vit pas l’individu et la communauté comme une opposition à tenir en équilibre, mais comme une création mutuelle de chacun et de tous. Elle est multiple je-tu.

L’humanité et l’inhumanité se perçoivent au mieux dans cette lumière. Les crimes contre l’humanité sont perçus comme une atteinte du tout dans la partie. C’est dans cet esprit que l’on peut affiner le droit capable d’en juger.

 

29 septembre 2007

 

depuis la mêlée transformé

ton essai n’est pas retombé

 

ballon ovale en l’auréole

de brume là-haut tu t’envoles

 

depuis si longtemps quel pied hâble

ta parabole interminable

aux yeux de l’esprit dessillés

rappelle une force oubliée

 

les jeux de balle de l’espace

rassemblent la commune race

d’un univers plein de clins d’œil

installé jusque sur nos seuils

 

veuillent les lunes qui nous veillent

nous tracer les courbes qui seyent

et dire en ce qu’elles effacent

la beauté vide de ta face

 

Celles et ceux qui s’ingénient à démontrer que la conscience ne pense pas mais qu’elle est pensée, que le « je pense » de Descartes doit céder la place au « cela pense », se gardent bien de donner à entendre que cela les concerne aussi. Pas facile de saboter l’héroïsme, de scier la branche sur laquelle on est assis, etc., etc.

 

On peut sans doute dire que la liberté est un feu follet où se dépensent les émanations de la terre, un feu qui ne serait pas sans elle, mais qui n’est pas elles. La liberté est insaisissable et elle doit l’être pour être.

 

Nous ne voyons pas le chemin des astres, mais nous le connaissons. Nous pouvons l’imaginer, en rêver et y participer.

 

30 septembre 2007

 

Ceux qui nient la liberté humaine doivent demander la fermeture des tribunaux : comment pourrait-on condamner des gens irresponsables ?

 

L’altérité positive ne cherche pas à sauver le terre de l’homme pour l’homme seul mais pour toute la terre et chacun de ses êtres. Elle s’accorde avec la figure de ce père céleste de Yeshoua qui enveloppe de sa sollicitude les fleurs des champs et les oiseaux du ciel, comme les justes et les injustes (Matthieu 6, 26, 28 ; 5, 45).

L’altérité positive se livre infiniment, mais chaque étant la reçoit à la mesure de ses capacités et de son accueil. Reste que la vie première d’où surgit la conscience libre est un monde de lutte. On peut avoir de la bienveillance pour les mouches et les bactéries, on ne doit pas se priver de les éliminer en situation de légitime défense.

 

mais le printemps reviendra-t-il

 

avant que les feuilles ne meurent

les bourgeons se sont préparés

à saisir le témoin ailé

que la sève en son souffle porte

 

mais le printemps reviendra-t-il

 

l’invisible secret des heures

couve dans le secret du nid

la vie qui dure et qui dédie

sa beauté aux natures mortes

 

mais le printemps reviendra-t-il

 

si nos frénésies de chaleur

l’empêchent de dormir l’hiver

épuisé au bout du désert

il s’effondrera à la porte

 

1er octobre 2007

 

Dans notre univers, du plus petit au plus grand, tout est mouvement, tout est force en mouvement, tout est force échangée. A défaut de le ressentir, on peut l’imaginer pour en vivre.

 

Nos grand penseurs nous persuadent par la beauté de leur langue plus qu’ils ne nous convainquent par la justesse de leurs idées. Pascal, Bergson, Sartre, Deleuze…

 

cette limace dans la main

glisse tout en douceur

se dilate s’étale

timidement étend

la longueur de ses yeux languides

 

depuis l’enfance familière

à distance tu erres

et si mes pieds depuis

longtemps déjà t’évitent

ma peau me refuse ta peau

 

si proche que mes lèvres presque

sœur fraternellement

pourraient en cet instant

t’effleurer tu deviens

l’autre par l’autre découverte

 

sans doute mille encore attendent

que se tendent offertes

libérant de la masse

les mains où se consacre

le pain commun de l’œcoumène

 

les yeux de la reconnaissance

un peu plus ce matin

me versent dans le sang

l’allégresse sans âge

du vin que l’univers partage

 

On ne peut jamais être sûr du désintéressement d’autrui, ni du sien propre, mais on peut le souhaiter. Et l’on ne peut pas ne pas le souhaiter si l’on accueille l’altérité positive de l’Infini qui ne cesse de nous accueillir et de nous inviter à partager sa vie éternelle.

 

2 octobre 2007

 

Il est un désir de savoir à tout prix qui pousse à imaginer sans fondement solide et qui égare. L’imagination vraie, mais peut-on utiliser ce terme sans le préciser ? doit se nourrir de connaissances et les développer. Comme le paléontologue imagine un squelette à partir de quelques os, une chair à partir de ce squelette, une vie à partir de ce corps.

 

ici et nulle part en l’espace infini

dix mille forces tirent dix mille forces poussent

et chacun suspendu garde son équilibre

dans l’amour et la haine où il avance libre

 

par ce feu éclaté fort de ses origines

l’esprit fait son chemin en chaque particule

par l’âme qui l’anime donnant à chaque étoile

d’avoir en se mouvant sa place dans la toile

 

le savoir du vertige de toutes ces vitesses

et de l’immensité où elles se déplacent

dans la nuit constellée ouvre l’œil au prodige

tient la bouche qui chante et la main qui rédige

 

la pensée en tous sens dépasse la lumière

se détache de soi pour se trouver en l’autre

et découvre au secret la vie réclusionnaire

où entre en frémissant l’apprenti visionnaire

 

Pousser le désintéressement dans ses retranchements pour conclure qu’il n’est accessible que par l’autre ne doit pas nous interdire d’analyser les diverses sortes d’intérêt et leurs conséquences sur la vie sociale. Entre l’intérêt de l’homme, de la femme d’affaires vorace qui s’enrichit en engloutissant les autres et l’intérêt de celui, celle qui, fortune faite, joue les mécènes et les bienfaiteurs de l’humanité pour se faire admirer ou pour gonfler son ego, on voit bien la différence. On voit moins de différence de résultat entre cet égoïsme altruiste et l’hypothétique altruisme pur qui ne se soucie que de l’autre. Il est vrai que le second seul ouvre la porte de la vie éternelle, mais le premier peut y conduire.

Quant à dire que ne se soucier que de l’autre est la forme la plus subtile de l’égoïsme parce que c’est le secret de la seule joie qui demeure, c’est un triste jeu de mots que l’on peut soupçonner d’être inspiré par le masochisme, le dolorisme ou un pessimisme radical.

 

 

3 octobre 2007

 

Pour la bête qui nous habite, un visage n’est qu’un faciès. En donnant à un fonctionnaire de police la consigne de cibler ses contrôles, on le pousse à déshumaniser les autres en se déshumanisant lui-même.

 

Les philosophies de l’être ont-elles desséché notre sensibilité au monde ? Ont-elles été fascinées par un idéal ouranien de purification ? L’être devait alors apparaître aux yeux de l’esprit comme une quintessence. Le sursaut sauveur de ces philosophies acculées à la pureté a été de se tourner vers la poésie, mais ont-elles compris que la poésie est un accueil non discriminé de l’ensemble des étants et de la vie qu’ils entretiennent dans leur dynamisme ?

 

toi ma sœur ma jumelle

ton visage est le tien

mon visage est le mien

et devant le miroir

toutes deux arrêtées

nous voyons nos regards

toi le mien et le tien

moi le tien et le mien

 

un ni plus ni moins un

chacun l’autre de l’autre

nos deux noms qui diffèrent

bien qu’ils soient nom communs

se gardent le mystère

de l’infini divin

plus proche et plus lointain

que l’amour et la haine

 

aujourd’hui et demain

comme hier et toujours

avec ou sans miroir

en notre solitude

parmi la multitude

viennent dans nos regards

l’étincelle et l’éclair

de la vie éternelle

 

La caresse du désir s’exacerbe en sa jouissance, la caresse de la tendresse s’efface en sa réjouissance.

 

4 octobre 2007

 

A défaut d’aligner les pilleurs d’EADS et quelques autres face à un peloton d’exécution totalitaire, on peut tout de même les traîner dans la boue libérale et, bien sûr, leur faire rendre gorge.

 

Notre pensée conceptuelle est inconcevable sans le jeu de nos neurones, mais peut-on affirmer que cette pensée résulte plus du jeu de nos neurones que ce jeu ne résulte de l’action de notre pensée intuitive ? Notre pensée inconsciente, le cela qui pense en nous, n’est pensable en raison que par une pensée, une intelligence, plus forte qu’elle et qui en est la cause. Cette évidence rationnelle devrait nous inciter à rechercher le processus de l’exercice de cette cause.

 

à te voir regarder

fraternel

ce visage qu’on t’a donné

vrai il me semble

que le mien non plus n’est pas mien

 

vais-je te confronter

Isabelle

en ton regard ainsi changé

au moi qui tremble

en l’autre offert et découvert

 

lorsque à te reconnaître

qui tu es

en ce qu’avant tu croyais être

et qui n’est plus

tendre

 

je ne puis plus attendre

ce baiser qui va naître

invité

par cette force de paraître

prêtée rendue

de l’amour jusqu’au dernier jour

 

L’intérêt porté au désintéressement témoigne d’un idéal, fût-il jugé inaccessible.

 

5 octobre 2007

 

Douze ans après les attentats du RER, les victimes font état de leurs souffrances interminables. Voilà qui nous fait réfléchir un peu plus à ce qui se vit quotidiennement en Iraq. A moins que vaguement nous pensions qu’une Iraquienne, un Iraquien n’a « tout de même pas » la même sensibilité d’une Française ou qu’un Français.

 

tournant ainsi dans la hauteur

et la lumière de l’espace

elles délacent le corset

de leurs désirs et de leurs peurs

 

sont-elles quatre ou deux et deux

leurs ailes complices par couples

libèrent le jeu circulaire

de notre fantaisie de boucles

 

patineuses en vos figures

libres de toutes les médailles

mes entrailles dénouent les forces

ultimes de notre nature

 

Il est relativement facile désormais de décrire la vie (ADN, autoréférence…), mais il est encore impossible de l’expliquer, et les scientifiques ne cessent de le dire. Il ne suffit pas de découvrir le passage probable de la matière dite inanimée à la matière vivante, et les chaînons qui relient les protozoaires aux mammifères, puis à l’homme. Cela ne nous livre pas la cause de ces passages.

 

Il est vraiment cruel d’interdire les bombes à fragmentation : on fait perdre leur emploi à ceux qui les fabriquent. Exemple stupide de la stupidité de la logique, mais il en est tant d’autres plus stupides aux pièges desquels nous nous laissons prendre.

 

6 octobre 2007

 

Si le doute est le double inévitable de la foi en toute conscience lucide, il peut servir de fondement à la tolérance interreligieuse.

Le champ de nos tolérances est à la mesure de nos incertitudes (politiques, esthétiques, éthiques, philosophiques, scientifiques même tant est vaste notre ignorance en ce domaine comme l’étendue de la recherche qui nous y attend encore.

Le style péremptoire de tant de vulgarisateurs scientifiques tiendrait-il à leur idéologie, matérialiste chez la plupart ?

 

Il est un vieillissement des visages qui gomme la laideur autant que la beauté des faciès. Shakespeare, tout génial qu’il était, ne semble pas avoir découvert que le temps n’est créateur et destructeur que pour promouvoir un meilleur être. Ses sonnets sont un long gémissement sur les ravages du temps. N’avait-il pas compris que la chair doit s’effacer pour faire place à l’esprit, décroître afin qu’il croisse ?

 

Le signe de croix peut se réduire à un geste magique d’(auto) bénédiction. Il peut être désir de communion cosmique dans l’effroyable effacement de la chair de Yeshoua… Il peut… A chaque chrétien de cheminer de sens à sens symbolique.

 

voyage

paysages volés par la vitesse

apparus aussitôt disparus

abolitions de la contemplation

 

rideaux d’arbres ruisseaux

haies prés bêtes forêts

chemins orées

et maintes cimes et ravines

 

et puis inépuisables

passant marcheurs

et travailleurs aux champs

et demeures interminables

 

les yeux clos submergés

en la nuit étoilée de l’âme font surface

lentement rendent grâce

pour ces mille largesses de passage

 

7 octobre 2007

 

Un visage est un héritage : c’est son faciès, sa physiognomonie. Voilà pour l’altérité passive. C’est aussi quelqu’un, insondable, unique, qui cependant fait signe, peut faire signe, peut s’exprimer, se confier même et inviter à la confidence, à l’échange. Voilà pour l’altérité positive.

L’altérité négative dévisage, défigure même parfois, réduisant le visage à son faciès. Comment savoir combien de gens, face à un visage aussitôt tentent de passer de son faciès à son âme ? Est-ce une minorité ? Une infime minorité ?

 

le sourire de la Joconde

est-il pour chaque œil un miroir

 

pour l’un la chaleur de la bête

pour l’autre la douceur de l’ange

pour combien l’étrange mélange

du paysage et de la tête

 

quelle secrète connivence

de la lèvre et de la paupière

laisse percevoir le mystère

et le mystagogue des sens

 

Monna Lisa Vierge Sainte Anne

Leonardo ta Béatrice

En tes délicates pavanes

survit à toutes les blandices

 

(et dans la pénombre du soir

l’esprit triomphe de l’immonde)

 

Vous qui croyez que votre Père céleste revêt de gloire l’herbe des champs et se soucie des oiseaux du ciel (Matthieu 6, 26ss), comment pouvez-vous ne pas imaginer qu’il ait offert sa sollicitude et sa grâce aux Néandertaliens et, depuis, à tous ces gens que vaguement vous considérez comme des barbares, des primitifs ou des sous-hommes ?

 

On peut discuter de l’existence des dialogues entre les civilisations. L’altérité positive fait de leur recherche une évidence.

 

 

8 octobre 2007

 

trois heures de l’après-midi

et la rosace occidentale

éclate de sanglante gloire

dans le murmure qui s’arrête

 

lève quelques instants la tête

que sa lumière jusqu’au soir

t’éclaire dans la capitale

et les ténèbres de ses bruits

 

peut-être discerneras-tu

dans l’obscurcissement facial

où force la foule anonyme

le chuchotement des visages

 

dans les silences de tous âges

l’esprit qui en secret anime

le sang de l’énergie vitale

dira tes entrailles émues

 

« Après vous ». Ethique sublime de la pure altérité positive. Formule aussi, et dangereuse comme telle. Possible gargarisme enivrant du conférencier applaudi ou, plus subtil, miroir où dans le secret l’on s’admire. Idéal de la vie éternelle. Impossible règle politique internationale : vous imaginez Israël dire à la Palestine, la Chine au Tibet, la Russie à la Tchétchénie… : « Après vous » ?

Et il ne suffit pas d’apercevoir l’idéal : il faut penser le cheminement et les étapes qui conduisent de l’humain premier à l’humain dernier. Pour la personne, c’est déjà bien compliqué ; pour la société, c’est byzantin. Mais beaucoup heureusement s’y affairent. Le droit, le progrès du droit, est sans doute la voie royale.

 

La compassion n’est pas un apitoiement condescendant, ce n’est pas non plus une projection sur l’autre de notre propre misère. C’est l’autre à qui l’on ouvre quand il frappe à la porte de nos entrailles.

 

9 octobre 2007

 

Le monde de la critique artistique et littéraire est une savane à carnivores où il s’agit de se conquérir un territoire sur les autres et de les en exclure.

 

sur le béret l’étoile brille encore

     et pour longtemps

les yeux se sont fermés

mais le regard

affiche pour l’humanité l’espoir

 

de ceux qu’un peu de sang un peu de boue

ne peuvent pas

salir les mains les pieds

du combattant

de la justice et de la liberté

 

qui relève la tête en la nuit noire

vers l’horizon

où le soleil de vie

se lèvera

sur la terre de grâce et de partage

 

Est-ce la philosophie de l’altérité positive qui permet de comprendre le « Dieu est amour » de Jean, ou est-ce le « Dieu est amour » qui permet de découvrir la philosophie de l’altérité positive dans le fouillis des systèmes philosophiques possibles ?

Accord de la croyance et de la philosophie. On ne peut croire sans douter. Croire que Dieu est amour parce qu’on nous en assure ne tient pas, mais découvrir que cette proposition s’accorde avec une explication de l’être conduit à l’accueillir avec certitude.

 

A verser au dossier du « je est un autre » : la conscience de soi nécessite un dédoublement en sujet et objet. Mais lorsqu’on se regarde dans un miroir, c’est bien soi que l’on voit. Il faut être « je » pour pouvoir dire « je est un autre ».

 

10 octobre 2007

 

L’altérité positive fait de la poésie une découverte du foisonnement des énergies créatrices d’intelligence et de beauté, une communion à chaque chose et à chaque conscience, un chant du monde.

 

L’identité d’une personne, c’est son eccéité, ce qui fait d’elle un être unique, une identité unique. Comme telle, elle est innommable, elle échappe à toute prise intellectuelle. Mais cette identité fédère les multiples faces d’une existence, son sexe et sa sexualité, son appartenance à une famille, à une communauté villageoise ou urbaine, à une nation, à un continent, virtuellement à toute la terre, à l’univers. Et ces faces sont changeantes en leurs interférences, en leurs relatives croissances et décroissances. Elles se modifient dans le cheminement de l’existence. Seule l’eccéité demeure.

L’eccéité n’est pas le quant-à-soi de la monade, elle n’existe qu’en altérité positive.

elle n’a pas connu son âge

elle n’est pas sortie du rêve

alors pourquoi pleurer l’espace

où son visage disparaît

 

ayant épuisé ses échanges

l’aiguille du pin se détache

si légère que doucement

elle se pose sans un cri

 

que reste-t-il de son souci

de se voir aimée en aimant

le patriarche que son ange

protège sans qu’elle le sache

 

celles qui ont pris le relais

avant même qu’elle s’efface

se partagent l’unique sève

en immémorial héritage

 

11 octobre 2007

 

« La révélation des choses cachées depuis les origines » (Psaume 78, 2 ; Matthieu 13, 35 ; Romains 16, 25 ; Colossiens 1, 26). Comme souvent, l’interprétation révèle l’interprète.

La volonté de puissance cherche à découvrir le secret de la toute-puissance créatrice pour ses projets prométhéens, faustiens. Avec cette fascination mythique pour l’Origine et pour l’excellence de son Grand Retour. Matthieu tente de justifier le discours parabolique de Yeshoua : les choses cachées depuis toujours, le secret des secrets ne peuvent se dire qu’en images ; et ces images ne parlent qu’aux consciences pour lesquelles elles sont un reflet. La révélation de Yeshoua est un dévoilement de ce qui est au cœur de l’être, et donc de l’être humain. C’est pour cette raison qu’elle n’est pas une aliénation mais une libération. Elle donne la vérité, et la vérité libère (Jean 8, 32). Mais pour venir à la vérité, il faut la faire : la connaissance de l’être de l’être comme altérité positive n’est accessible qu’aux consciences qui la vivent. Elles seules ont « des oreilles pour entendre » (Matthieu 13, 9, 43).

 

ton livre ouvert et tes ocelles

lisent sur l’allée de granit

l’éphémère à l’immémorial

et leur connivence secrète

 

je ne saurai ce que vous êtes

en votre baiser sororal

qu’en me portant à la limite

de la lave et de l’étincelle

 

aux approches de l’éternel

avant que tu ne disparaisses

tu manifestes la splendeur

enclose depuis l’origine

 

plus que je n’ose et n’imagine

vanesse tu te dis la sœur

et dans ton livre je ne cesse

de lire combien elle est belle

 

12 octobre 2007

 

Le secret de la matière, sa spiritualité même, fait, de découverte en découverte scientifique, d’intuition en intuition philosophique, l’objet d’un dévoilement.

Ce qui se déploie dans la vie, puis dans la conscience, était en germe dans l’explosion d’énergie initiale. Il y a, en raison, plus dans la cause que dans l’effet. Croire que Dieu n’est pas encore, c’est renoncer au principe de causalité, c’est croire que le plus puisse sortir du moins.

 

La matière, et cela apparaît surtout dans la matière vivante, est ouverte par ses structures dissipatives à l’échange et aux processus aléatoires. C’est dans les états d’équilibre instable qu’elle est influençable et susceptible de manipulation du hasard statistique. Il ne faut pas être surpris que cela soit vrai aussi dans la vie spirituelle. C’est dans l’indifférence à nos désirs que nous pouvons participer à l’altérité positive, libres pour progresser dans la vie éternelle.

 

Sommer de choisir entre l’amour et la haine des Lumières, c’est les ériger en mythe au nom d’un imaginaire manichéen.

 

dans le nid de feuilles mortes

où leurs paupières se fendent

avance une main prudente

et découvre leurs yeux vifs

 

contre le geste incisif

du vieux désir qui te hante

les piquants qui les défendent

te disent leur âme forte

 

écoute que le regard

de ces belles silencieuses

t’apporte des millénaires

de patiente ciselure

 

tu rêveras au murmure

où se prépare la chair

de nouvelles voyageuses

à la poursuite des arts

 

 

13 octobre 2007

 

Primus inter pares. Il est sain pour chaque conscience et pour chaque nation de se sentir l’égale des autres, voire légèrement supérieure. C’est une question d’équilibre psychologique. Certes « Après vous ! » c’est bien, mais l’idéal c’est la vie éternelle. Elle est censée commencer ici pour celles et ceux qui « sont passés de la mort à la vie », qui vivent de l’altérité positive et ne cessent de laver les pieds des autres. Mais c’est encore l’exception. Il faut gérer le devenir des libertés en marche de l’humain premier vers l’humain dernier.

 

L’Eglise historique, en ses dignitaires, ses palais et sa puissance rebaptisée spirituelle, n’a évidemment rien à voir avec celles et ceux de ses membres qui ne vivent que pour les autres.

Aimer n’est pas dans la gloire des grandes orgues ni dans les splendeurs de Bach, de Haendel et de quelques autres, ni dans celle des cathédrales, basiliques et temples dont en esprit « il ne reste plus pierre sur pierre » (Matthieu 24, 2). Aimer est dans la compassion cachée, dans « l’obole de la veuve » (Marc 12, 43s) qui ne se sait pas observée, qui ne s’observe pas elle-même, tout attentive qu’elle est aux autres.

 

le peuplier pensif et pâlissant

écoute bruire en lui le vent

 

océane la jouissance accueille

l’élan vieillissant de ses feuilles

 

que lui apporte l’humeur voyageuse

qu’emporte de lui la rêveuse

de nulle part et de partout

en sa vénérable sagesse

 

qui peut dire ici ce qui s’enracine

pousse grandit et puis s’incline

 

est-ce la terre qui passe ou la mer

qui précède ou qui suit les airs

 

dans la rumeur où se dit la ramure

vont le passé et le futur

 

14 octobre 2007

 

Par essence, l’altérité positive ne possède ni n’appartient. S’en attribuer le propriété, voire le monopole, relève de l’imposture ou de l’inintelligence.

 

En son arkhé, son fondement, son principe, notre univers est énergie. Et l’énergie dans le vide déploie ses ondes et ses rythmes. Immensément lente en sa grandeur, intensément vive en sa petitesse, la matière est pulsation. Ainsi le cœur est-il le symbole du monde.

 

l’épeire bedonnante qui digère

assise sur le trône de son territoire

n’a-t-elle autre chose à penser et à faire

que de grossir et se donner à voir

 

dans la rosée les toiles de l’automne

révèlent leur présence aux hôtes du bocage

mais leur règne fragile au regard ne se donne

que pour les assurer de leur grand âge

 

elles sont de l’année mais leur lignée

immémoriale dit la haute tradition

qui porte les couleurs de la sérénité

d’un diadème bercé d’illusion

 

trônes et territoires éphémères

ne peuvent que céder à l’espoir de ce nom

secret qui se prononce au cœur de la matière

où l’esprit trouve enfin    sa solution

 

Ce qui rapproche les religions, c’est leur souci de l’autre, celui de leurs dieux et celui des humains. Si elles veulent se rapprocher, il leur faut maximiser leur éthique et minimiser leur foi. Est-ce si compliqué ?

 

15 octobre 2007

 

La poésie se permet des similitudes déraisonnables, mettant au jour la secrète parenté des êtres, de tous les êtres. Le jeu inconscient des associations langagières libère la pensée des rigueurs conceptuelles.

 

toute la nuit

la porte était restée ouverte

les souffles du bocage

et d’au-delà

étaient venus se proposer

 

au petit jour

ne fallait-il pas s’étonner

que meubles et tableaux

aient pu garder

même place et même visage

 

mais en leur ombre ils rayonnaient

de leur abri

pour les paupières closes

d’une âme offerte

au monde immense de l’esprit

 

A verser au dossier du désintéressement, le « don clandestin » de l’éthique juive et le « ne jamais s’attribuer le crédit du bien que l’on fait » de l’éthique taoïste.

 

Il est devenu gênant de parler de civilisations plus ou moins avancées. On n’a jamais pu le faire qu’en se plaçant du point de vue d’une de ces civilisations et des valeurs sur lesquelles elle se fondait. L’avance d’une civilisation ne peut s’estimer qu’au regard de ces valeurs, et ces valeurs sont multiples et nécessairement liées : techniques, scientifiques, philosophiques, éthiques, artistiques… Une civilisation avancée dans une de ces valeurs peut être en retard dans une ou plusieurs autres. Et la notion de progrès ne s’applique pas de la même manière pour les diverses valeurs. Les rythmes diffèrent entre le progrès technique et le progrès artistique ou philosophique.

 

16 octobre 2007

 

tu te regardes en tes yeux peints

de ta main d’artiste guidée

par le regard de ton miroir

 

qu’as-tu cherché que cherches-tu

en cette image prise au piège

de l’artifice où tu te mets

 

si à ce jeu où tu es l’autre

tu peux gagner plus que tu perds

est-ce ton âme qui te sauve

 

On ne peut réfléchir sur le mécanisme psychologique du bouc émissaire sans se rappeler ce qu’il était dans la loi de Moïse : un rite de purification de la communauté fondé sur une notion matérielle de la faute assimilée à une saleté. Prendre conscience que le seul manquement éthique est le manquement à l’amour de l’autre rend impensable cette purification matérielle qui se défausse sur l’autre. On doit admettre que cette prise de conscience n’est guère répandue et que le réflexe de l’homme premier en cas d’échec est d’en faire peser la responsabilité sur d’autres, de trouver un coupable afin de se déculpabiliser.

Bien qu’elle en demeure la force, la violence nichée dans notre héritage génétique de prédateur n’est pas la cause première de la guerre. Elle est presque toujours liée au désir d’agrandir et conserver son territoire, sa richesse et sa puissance. Son avatar est masqué, mais c’est toujours celui de la rapacité.

 

17 octobre 2007

 

La poésie du poète, c’est tous les jours de s’en nourrir en la produisant. Et la poésie du lecteur ? Est-ce de s’en nourrir en la reconduisant à son origine ?

 

La liturgie est reproductrice, elle appartient à l’éternel retour. La poésie est productrice, elle appartient  à l’éternel élan vers l’infini.

 

Combien de temps faudra-t-il à l’humanité pour se passer de la guerre ? Un millénaire ? Deux ?…Ce serait encore optimiste sans doute, à supposer que l’humanité ne s’autodétruise pas avant d’y parvenir.

 

les dahlias au jardin poursuivent leur tapage

en désordre joyeux et confusion des âges

 

des boutons de l’enfance aux pétales vieillis

chacune des familles exubère à l’envi

 

blancheurs immaculées braises pourpres safrans

lèvres de feu autour de l’émail éclatant

 

jaillissements de bras de déesses indiennes

et danseuses figées d’une improbable scène

 

de leur troupe joyeuse monte un concert de rires

se moquant de savoir qu’ils vont bientôt finir

 

que peut leur importer le massacre du gel

l’effondrement et la mort sans appel

 

car lorsqu’ils dormiront au profond de la terre

leurs cœurs répéteront pour de nouveaux mystères

 

L’humain premier a besoin d’opium. Enlevez-lui la religion, il se droguera d’idéologie, ou d’images et de musiques, de spectacles, de grands-messes des sports ou des débats, et bien sûr d’alcools, de tabacs, de cannabis, cocaïne, héroïne, ou de toute autre chose à quoi on peut devenir accro.

 

18 octobre 2007

 

L’humanité marche vers son accomplissement en comprenant le pardon comme une nécessité. Avant d’accéder au pardon désintéressé de la pure altérité positive, il lui faut franchir l’étape du pardon intéressé, du pardon intéressant pour tous. Ce pardon intéressé n’est pourtant accessible qu’à celles et ceux qui regrettent leur crime en remédiant à ses conséquences.

Le « pardonnez-nous comme nous pardonnons » (Luc 11, 4) peut déjà se comprendre à ce stade de l’humanité. La réconciliation n’est possible que dans la réciprocité. Mais cette étape de l’évolution de l’humain invite chaque conscience à poursuivre, à passer du pardon intéressé au pardon désintéressé, qui est amour de l’autre sans attente de retour.

Que l’on reconnaisse en cet idéal une impossibilité de la nature humaine est conforme à l’intuition de Yeshoua. Seul le tout-autre possède cette puissance d’altérité, et c’est en s’ouvrant à lui que l’on peut y participer. Hélas pour les consciences enfermées dans le privilège de leur autonomie.

 

creuse ton puits profond

au centre de la sphère

il rejoindra les puits de toutes les nations

 

alors à la surface

tu trouveras des frères

et sœurs d’une même eau abreuvant mille faces

 

En route vers l’humain dernier, chaque conscience peut en venir à se demander quel est son opium et tout ce qui l’entrave dans sa marche vers l’autre. Son espoir est de mourir enfin libre d’entrer dans la vie éternelle.

 

 

19 octobre 2007

 

puisque la vie est mouvement

et remuement des airs

dis la fortune des amants

 

les corbeaux pillent le noyer

mais leurs ailes distillent

en ses branches la liberté

 

quelques noix volées les nourrissent

d’autres s’envolent tombent

sur la terre où elles pourrissent

 

dispersées que vive l’espace

déraciné où naissent

les descendances de la race

 

l’incalculable de la chance

décide du destin

de chacun aux dés qu’elle lance

 

et par le grand nombre elle assure

au noyer sa lignée

et aux corbeaux leur nourriture

 

Un gouvernement qui favorise l’enrichissement des riches et l’appauvrissement des pauvres est un gouvernement à combattre au nom de la justice. Raisonnement simple pour les pauvres (pardon, pour les défavorisés) et simplistes pour les riches, disons les gens qui ont du bien (mais qui ne sont pas forcément bien pour autant).

 

L’esprit est-il immanent à la matière dès l’origine ? On peut, au moins à titre heuristique, penser qu’il détient le secret de cette auto-organisation qui l’achemine depuis l’énergie primordiale jusqu’aux raffinements de la conscience. « L’esprit planait sur les eaux » (Genèse 1, 2), intuition juste des vieux sages de l’Orient ? Maladresse de langage ? Transcendance d’une culture ouranienne ? L’esprit était avec les eaux ? Il ne s’agit pas non plus d’une immanence qui ferait de l’esprit le prisonnier des eaux mythiques primitives.

 

20 octobre 2007

 

face de rat de porc ou d’ours

qu’importe ce que la nature

ingrate t’a donné

 

il faudra abreuvé aux sources

de l’esprit qu’avant l’âge mûr

ton visage soit né

 

La complexité des enchaînements de causes enchevêtrées nous interdit à jamais la connaissance des phénomènes futurs en leur singularité (nous ne sommes pas le démon de Laplace). Et cette ignorance à son tour nous interdit de savoir si cette causalité est en soi déterminée ou indéterminée. C’est donc par d’autres voies qu’il nous faut tenter de parvenir à une conviction, voire à une certitude en ce domaine.

Penser que le hasard est déterminé doit conduire à la conclusion que la liberté est illusoire. Penser que la conscience est libre peut mener à l’hypothèse que le hasard est indéterminé.

Peut-on passer de cette indétermination à sa manipulabilité ?

 

On peut rejeter la finalité dans l’apparition et le développement des espèces vivantes. Mais il est difficile de ne pas voir qu’il existe un progrès dans la complexification constante de la matière, dans son passage à la vie, elle-même de plus en plus raffinée, débouchant sur des formes de consciences toujours plus intenses dans la conscience réfléchie.

 

« Etes-vous raciste ? » Je pense que le racisme est en nos gènes, comme l’instinct de possession, de domination, bref, l’altérité négative. Mais l’esprit nous donne de le maîtriser dans la mesure où nous accueillons son altérité positive.

Difficile d’affirmer à la fois que le racisme est un sentiment naturel et qu’il n’y a pas de nature humaine. Mais dire qu’il n’y a pas de nature humaine peut être une façon maladroite de dire que la nature est ouverte à la surnature.

 

Affirmer le déterminisme de la nature et la liberté de la conscience humaine relève d’un cloisonnement intellectuel injustifiable.

 

21 octobre 2007

 

Est-il possible d’être libéré de la possession lorsqu’on vit dans la richesse, qu’elle soit individuelle ou collective ?

 

Comment, pourquoi les bactéries deviennent-elles résistantes aux antibiotiques ? Pourquoi telle altération chimique, telle suite d’altérations chimiques se produit-elle en leur ADN ? La multitude des mutations permet aux plus adaptées au milieu de vie d’être sélectionnées. Reste que cette adaptabilité de la vie suppose une intelligence qui l’ait conçue. Le phénomène de la mutation est une idée de génie.

 

avant qu’un souffle les disperse

elles se serrent en une sphère

parfaite

 

parachutistes ascensionnelles

fonctionnelle leur vénusté

s’enfuit

 

design en fête quotidienne

lignes pures que la nature

travaille

 

quelle grâce donne à l’espace

sans cesse de dire en souplesse

fragiles

l’infinitude de ses formes

latentes belles en attente

de naître

 

l’éternelle reconnaissance

de ses trésors éparpillés

s’avance

 

et nul musée centralisé

jamais ne pourra enfermer

l’esprit

 

car de ses mains vides rayonne

la lumière en circonférence

immense

 

22 octobre 2007

 

entre le six et l’infini

le dé invente le hasard

ou bien serait-ce le cauri

l’astragale ou tout ce que l’art

enfante imprégné par l’esprit

 

qui jamais y mesurera

l’élan infinitésimal

ou peut-être l’infime poids

qui plus que les forces égales

ici l’immobilisera

 

le dé qui passe dans la tête

du joueur en amusement

se pose en son âme secrète

peut-être trop profondément

pour qu’il y soupçonne sa quête

 

qu’importent le six et le douze

le seize fois seize d’Ifa

pour la distraction ou le flouze

parler aux dieux si l’on y croit

est une chance qu’on épouse

 

« Un beau poème est un opium ou un alcool » (Gaston Bachelard, L’Air et les Songes, p. 10). La forme poétique est la servante de mille visions du monde. Poésie lyrique, épique, dramatique, didactique, religieuse, ludique, satirique… sont des termes que l’on peut conjuguer pour rappeler la multitude de ses facettes. La diversité des arts poétiques et des théories poéticiennes témoignent de cette plasticité.

La poésie servante de l’altérité positive utilise les ressources de l’imagination pour révéler le réel, non pour le vêtir de tenues et de masques qui en divertissent. Ce n’est pas une poésie qui détourne d’un réel jugé terne, voire déprimant, mais qui en découvre les splendeurs à la tête et au cœur, comme à la peau, à la chair et aux os.

 

23 octobre 2007

 

Si Bachelard prône une imagination enivrante ou narcotique, c’est sans doute qu’il étouffe dans son rationalisme. Pour lui le réel est tout entier scientifique et prosaïque. Mais l’humain chez lui ne se résigne pas à cet univers-là et cherche donc à en sortir en inventant de l’irréel. Vision dualiste, voire schizophrène de la pensée ouranienne. On pourrait arguer que l’humain est bien fait et que son intuition profonde lui souffle que le réel ne se limite pas à ce que la science matérialiste met au jour. Explorer le réel par la parole et l’écriture poétiques, c’est faire droit à cette intuition.

 

Il ne suffit pas au philosophe de savoir à quoi sert le hasard. Il lui faut tenter de comprendre ce qu’il est et pourquoi il existe.

 

Dans la mesure où la création artistique, poétique, est plus ou moins un processus inconscient, on ne peut l’observer. Non seulement nos capacités actuelles d’observation de l’activité neuronale ne nous permettent pas de préciser et d’analyser ce rôle de l’inconscient, mais cette activité est si complexe dans l’enchaînement des causalités qu’elle organise et dans les liens qu’elle entretient avec l’esprit que la création échappe à jamais à notre emprise conceptuelle.

 

dans la musique de ma voix

tes feuilles un instant s’attardent

et quand leur bruissement s’en va

il semble que tu me regardes

 

pour avoir oublié ton nom

à force de te ressentir

je crois bien qu’une communion

nous fait nous entr’appartenir

 

au vrai tu gardes tes distances

et dans l’espace de ton rêve

alors que ton année s’élance

la mienne dans l’ombre s’achève

 

je ne sais dire le mystère

qui nous sépare et nous unit

mais au silence de la terre

nous partageons la même vie

 

24 octobre 2007

 

Dire que certains phénomènes n’ont pas de cause parce qu’ils arrivent par hasard, c’est dire que ce que l’on ne connaît pas n’existe pas (ainsi, dit-on, l’autruche…).

 

On peut s’opposer en principe à l’avortement, par exemple en considérant l’embryon comme une personne humaine potentielle, et cependant le tolérer temporairement, comme on a toléré la peine de mort. Ce « comme » est signifiant puisque le « tu ne tueras point » les place pour ainsi dire en face à face

La morale de l’humanité est une réalité évolutive. Il a existé des sociétés où l’enfant à sa naissance pouvait encore, en droit, être assassiné par son père si celui-ci ne le reconnaissait pas. Sur un mode adouci, il existait récemment encore des sociétés, dites traditionnelles, où l’enfant n’était considéré comme humain qu’en recevant rituellement un nom, et comme pleinement humain qu’après avoir subi un nouveau rite, celui de l’initiation.

 

les feuilles se ramassent

dans les jardins

à peine

quand en leur âme se prolonge

l’âme qui les étreint

 

ouvre la porte accueille lasse

comme un refrain

l’haleine

de l’automne partout qui songe

aux forces du destin

 

ce qui au cortège des ans

dans les ramages

répète

le passage de ses bannières

en ordre rituel

 

lance au juste regard pourtant

du fond des âges

la fête

où les feuilles mortes d’hier

se donnent des nouvelles

 

25 octobre 2007

 

ce nom de plume qui s’écrit

sur la blancheur qui doute

rature au profond de l’esprit

ce qui lui coûte

 

comment saurais-tu ce qui vient

à l’encre qui hésite

à sortir de ce qui la tient

en sa limite

 

qu’importe ce qu’à ton transi

les mots que l’autre en toi

apporteront si l’infini

pur le nettoie

 

entre dans la réjouissance

dès maintenant et vois

cette immensité de la danse

plume de soi

 

Existe-t-il parmi ceux qui ont sauvé des juifs pendant l’occupation nazie des gens qui refusent la médaille des justes en arguant de l’horreur perpétrée par Israël en Palestine ?

 

Peut-on dire que ce que Bergson recherchait dans les données de la sensation dépouillées des apports de la mémoire ressemble à ce que Blake prônait dans l’épuration des portes de la perception ? Le poète de l’altérité positive tente d’approcher l’autre tel qu’en lui-même plutôt qu’en l’intérêt qu’il présente pour la conscience qui le rencontre.

Pour rencontrer l’autre en lui-même, il faut, entre autres choses, le dépouiller de son nom. L’important, pour le poète animé par cet esprit n’est pas de savoir que cet arbre est un tilleul ou que cet animal est un renard, pas plus que de savoir que Madame X est une femme. C’est de chercher à le, la connaître en son eccéité, dont l’espèce, l’âge, le sexe… ne sont que des aspects, des accidents auraient dit les scholastiques. C’est de tenter d’entrer en communion, excluant ce désir de possession dont la compréhension scientifique elle-même est une dimension.

 

26 octobre 2007

 

Lorsqu’un vulgarisateur scientifique parle du « pouvoir imaginatif du hasard », il se réfugie dans le langage de la littérature. Est-ce pour masquer l’incapacité actuelle de la science à expliquer le hasard ?

 

Regroupement familial ? L’accueil des ressortissants d’un pays dans un autre devrait se faire sur la base de la réciprocité, non sur celle de l’offre et de la demande de force de travail, de production et de consommation. La réciprocité exprime l’humanisme de l’altérité positive, l’offre et la demande la déshumanisation, la réification dans l’altérité négative. En l’occurrence, la réciprocité est celle des visas, permis de séjour et toutes autres conditions de résidence.

 

si droit tu montes vers le ciel

est-ce tiré par la hauteur

non   tu fuis la pesanteur

 

mais qui dira ce qui sans aile

trame et prépare tes entrailles

à programmer ta trouvaille

 

qui me dira aussi pourquoi

au fond de la caverne noire

je m’efforce de savoir

 

est-ce qu’en ton secret du bois

je ne cherche qu’à posséder

ou est-ce pour communier

 

en toi mon élan se déclare

et en te devenant j’espère

trouver place dans l’univers

avec ce qui dépasse l’art

de vivre et de se satisfaire

pour s’échapper dans les airs

 

Si en ses phénomènes et en leur évolution la nature nous montre que le plus paraît sortir du moins, d’où nous vient la connaissance du principe de causalité ?

 

27 octobre 2007

 

Morale en évolution. Il existe en islam des gens qui se veulent monogames, arguant que le Prophète n’a autorisé la polygamie qu’en la réduisant et dans l’idée qu’elle était une étape vers la monogamie.

 

IVG ? On peut imaginer une société où un enfant non assumé par sa mère serait accueilli, et fêté, par sa communauté. Cela paraît actuellement impensable, en Occident surtout, mais on peut l’envisager comme un espoir. Comme en son temps en France on a espéré voir disparaître la peine de mort.

 

le veau que tu embrasses en rêve

te recueille en son affection

la douceur de sa chair

à ta chair fait signe

 

faudrait-il que l’esprit s’indigne

de cette passion d’âmes sœurs

 

à quoi sert que tu te réserves

si ce n’est qu’afin que tu serves

 

accueille le troupeau

sorti des eaux

 

où tu vois que la compassion

au niveau de l’autre s’élève

 

Entre le retour à la bougie et l’hypertrophie de la production-consommation à laquelle l’humanité se condamne en s’enfermant dans le matérialisme, l’esprit fraie un chemin écologique où tout hôte de la terre retrouve l’harmonie d’une vie partagée.

 

L’égalitarisme et le matérialisme des « Lumières radicales » sont logiquement parents. A terme, hélas, le matérialisme mène à un égalitarisme par le bas (pour employer le langage de ceux qui pensent selon l’imaginaire antécopernicien). L’esprit promeut l’égalité par le haut, faisant de toute personne un être appelé à l’infini.

 

28 octobre 2007

 

S’il est vrai que la liberté libère, « suis-je libre ? » est une question à se poser tout au long de l’existence lorsqu’on est à la recherche de la vérité.

 

l’égout qui se débouche enfin

libère la reconnaissance

 

l’effort de la tête et des bras

après le goût de l’impuissance

de la faim gagne le repas

 

l’effluence nauséabonde

cède aux brûlures corrosives

 

la boue engorgée se dégage

lorsque liquide à l’occlusive

l’onde gagne sa force sage

 

l’organe retourne au silence

de la santé après la crise

le corps et la maison s’oublient

la langue et le ventre s’avisent

du sens que leur donne l’esprit

 

Dire que l’homme est par nature surnaturel, c’est mal lire la continuité-discontinuité par laquelle l’humain premier est capable d’accéder à la liberté de l’humain dernier en accueillant l’autre. Peut-on dire alors que l’homme est par nature susceptible du surnaturel.

 

Yeshoua était un connaisseur du spirituel, l’un des meilleurs sans doute que l’humanité ait jamais produits. On peut se fier au peu qu’il a dit de la prière et tenter de l’expliciter.

 

Arguer de ce que les performances verbales de l’humain sont supérieures à celles du chat mais les performances olfactives du chat supérieures à celles de l’humain pour affirmer qu’on ne peut faire de l’humain un animal supérieur au chat, c’est entrer dans le jeu du matérialisme égalitariste qui a perdu l’esprit.

 

21 octobre 2007

 

On comprend comment le jugement de valeur est devenu un tabou.

 

la chouette encore

témoigne de la nuit et de la terre

son appel empruntant le chemin du silence

va vers le vide

 

elle touche au corps

un horizon vaste comme la mer

écoutant l’immobile elle trouve l’immense

et s’y décide

 

nulle prophétie

ne se glisse jamais en ses échos

qui diffusent dans l’ombre et même sa présence

est un mystère

 

qui ne se soucie

des signes d’ici bas ni de là-haut

en goûtant son message aura l’intelligence

de l’univers

 

On a commencé par dire que l’homme avait toujours pensé aussi bien, arguant qu’il y avait autant de perfection dans une hache néolithique que dans un ordinateur. On tente depuis quelque temps de nous inciter à penser que l’homme est un animal comme les autres en arguant que la fourmi est aussi adaptée à son environnement que l’humain peut l’être puisqu’elle a su évoluer pour maintenir son existence comme lui depuis des millénaires.

Si l’esprit n’existe pas, il est cohérent d’estimer qu’il existe proportionnellement autant de perfection chez un chimpanzé que chez un humain.

 

Là où est l’esprit, là est la liberté, les libertés. Et parmi elles, celle de se détacher de ce qui est correct politiquement, religieusement, artistiquement, scientifiquement… Cette liberté n’est pas celle de l’opposant, dialectiquement lié à ce à quoi il s’oppose, c’est celle de l’amant de la vérité.

 

30 octobre 2007

 

« Esprit » est un terme polysémique, mais il rassemble la diversité de ses sens dans l’immatérialité.

 

Si l’on admet qu’il n’existe aucune matière physicochimique sans dimension spirituelle, on ne peut faire de l’esprit le privilège de l’humain. C’est le degré de conscience qui fait franchir à l’animal le seuil de l’humanité première.

 

Au vrai nous ignorons ce qu’est l’esprit. Le saurions-nous si nous savions comment la conscience est possible ?

 

les derniers papillons s’envolent

des peupliers pour un exil

au pays des ombres subtiles

où se dissout leur âme folle

 

que savent-ils de leur semence

endormie dans le ventre obscur

du sol où l’océan murmure

la vie de ses vagues immenses

 

les ailes de génération

en génération se déploient

mais malin qui dira vers quoi

se dirige l’évolution

de leurs figures dans le temps

libre de parcourir la terre

de se fixer ou prendre l’air

avant de rentrer dans le rang

 

ce qui s’envole et puis s’endort

donne d’imaginer le pire

et le meilleur et de choisir

pour l’esprit la vie ou la mort

 

Il ne faut pas se laisser impressionner par les affirmations péremptoires des scientifiques dans leur spécialité, ni par leur condescendance plus ou moins discrète pour le profane. Le savoir encyclopédique est depuis longtemps impossible pour les têtes les plus pleines et les mieux faites, à plus forte raison pour le commun des mortels. Mais la connaissance du réel demeure inaccessible sans la confrontation de ses diverses approches.

Il ne suffit pas de faire dialoguer les spécialistes de la mathématique et de la physique, de l’anthropologie et de l’éthologie, de le psychologie et de la sociologie, des neurosciences et de la psychanalyse, etc. Il faut tous les inviter à une unique table ronde, sans oublier les philosophes, les théologiens et les artistes.

 

31 octobre 2007

 

Quels dangers et quels profits y a-t-il à confronter l’idée de l’esprit à celle du panenthéisme ? Que ressentait celui qui a pu dire : « L’esprit du Seigneur remplit l’univers » ?

 

Présomption d’innocence ? Certes, mais dans les faits, cela signifie simplement que l’affirmation de culpabilité et l’affirmation d’innocence sont toutes deux également suspendues.

 

Tout humain qui prend conscience de son aspiration à connaître le réel comme totalité est convié, à sa mesure, à se faire sa petite encyclopédie interactive.

 

« L’imagination, plus que la raison, est la force d’unité de l’âme humaine » (Gaston Bachelard, L’Air et les Songes, p. 175). Rôle décisif de l’imaginaire dans les choix philosophiques, éthiques, artistiques… En prendre conscience incite à se demander comment il est possible de choisir son imaginaire, son équilibre imaginaire, de modifier celui que l’on a reçu de sa culture si l’on a pris conscience de ses insuffisances.

 

si les consonnes sont les lignes

et les voyelles les couleurs

comment l’esprit choisit les signes

de ses désirs de ses douleurs

 

il faut bien qu’il se compromette

avec la voix et la mesure

à l’aune des sons que souhaite

ouïr pour lui l’oreille sûre

 

avec l’harmonie qu’il espère

au ventre où le poème naît

entend que la parole mère

mêle les belles et le ballet

 

L’éthologie invite à examiner l’idée d’une pensée sans langage, prélangagière, d’une « pensité ».

 

1er novembre 2007

 

L’ennui peut être une chance de découvrir le Vide où Tu demeures. Mais combien, plutôt que de la saisir, la fuient dans le divertissement ou l’ivresse.

 

On peut faire de l’idéal de la laïcité un avatar de l’athéisme. Mais si l’on veut le rendre acceptable, puis souhaitable par tous, il faut en faire un instrument de respect et de bienveillance pour chacun, quelles que soient ses convictions religieuses ou idéologiques. L’altérité positive en est sans doute le meilleur support, et il en est l’une des plus belles expressions.

 

ils seront toujours là les merveilleux nuages

pour qui saura lever la tête et contempler

éloignée de tout signe et de toute figure

la lente procession de leur être fugace

 

la brève association de ces millions qui passent

et jouent un peu ensemble avant que l’aventure

les sépare et dissout et puis ressuscités

les convie aux ballets d’autres belles images

 

le regard épuré s’ouvrant à l’infini

s’efforce d’inviter ces êtres sans visage

à livrer la beauté secrète qui se voile

en des métamorphoses vouées à l’inconnu

 

au risque quelquefois de se perdre ainsi nue

et rêve inconsistant dispersé aux étoiles

parmi les galaxies venues du fond des âges

aux nouvelles surprises d’informelle harmonie

 

Quelle logique peut invoquer une conscience matérialiste qui va fleurir une tombe. Dépouillé de sa chair, un esprit n’est avec toi ni partout ni nulle part. Quelle logique peut invoquer une conscience spiritualiste qui va fleurir une tombe ?

 

2 novembre 2007

 

Que l’on s’en afflige ou que l’on s’en réjouisse, la rationalité ne commande pas au sentiment religieux et aux rites qui l’expriment chez la majorité de nos contemporains occidentaux. Comment les inviter à la cohérence ? Comment justifier le rite au regard de la rationalité ? Comment faire accepter au rite le regard de la rationalité ? La réponse vient sans doute principalement de la dynamique de spiritualisation à laquelle toute conscience est invitée.

Si dans la mort l’humain dernier se détache de sa chair, il se détache aussi du rite par lequel on croit l’honorer. Les rites funéraires ne peuvent concerner que les vivants de la vie première « Laisse les morts ensevelir les morts » (Luc 9, 60), celles et ceux qui vivent de la vie éternelle n’ont que faire des funérailles.

 

lorsque le peintre en son miroir

cherche sa vie pour qu’elle dure

de quel amour de quelle haine

l’approche-t-il et s’en éloigne

 

et à quel jeu de qui perd gagne

son pinceau de joie et de peine

entre le cri et le murmure

se livre-t-il et donne à voir

 

aperçoit-il au fond des yeux

une âme qui s’obstine à fuir

dans le fantasme de l’image

quand elle vit dans la matière

 

quelle tragédie quel mystère

la toile cède en son veuvage

dans la poussière du désir

quand elle vit au fond des cieux

 

Le principe de précaution et le principe de risque sont l’un des Janus de nos incertitudes, mais il faut bien nous garder de ne les penser que l’un par l’autre.

Les alternatives sont-elles toujours des pièges ? Le dualisme est un simplisme.

 

 

 

3 novembre 2007

 

l’étreinte des yeux de la bouche

des bras du sexe

de l’une en l’autre qui se noie

de l’un en l’autre qui se croit

outrepasse l’espèce et traverse le temps

 

le désir au cœur qui débouche

est le prétexte

de l’un à l’autre qui s’éploie

de l’autre à l’une qui se doit

en amour éternel universellement

 

le bon sens politique veut que l’on cherche à parler avec l’ennemi en toute circonstance. L’altérité positive y incite. C’est ainsi que l’humanité, doucettement, avance vers l’esprit.

 

Peut-on dire que la civilisation occidentale est fondée sur la parole plutôt que sur l’esprit ? Qu’elle accorde trop à la parole et trop peu à l’esprit ?

Quel rôle les Lumières radicales ont-elles joué dans la déspiritualisation de l’Occident et dans l’inflation compensatrice de la parole ?

 

Pour exalter l’éternité de l’immanence, il faut avoir pris la transcendance en horreur sans avoir fait taire en soi le désir d’éternité. Mais l’éternel esprit n’est ni transcendant ni immanent ; il est présent sans s’y fondre à tout espace, à tout instant. Il est sollicitude pour tout autre, et le souhait de le rejoindre en est le signe.

 

L’artiste dépouille son objet de ce qui le rend utile ou désirable. Son œil l’aperçoit, sa bouche et sa main cherchent à le montrer tel qu’en lui-même.

On a parfois pu voir le vin ou la drogue aider à la perception de l’objet désassujetti, mais la voie royale est la quête de l’autre en son altérité.

 

La prière selon Yeshoua est comme écartelée entre l’insistance têtue (Luc 11, 8) et le laconisme de la conscience qui sait que celui à qui elle s’adresse n’ignore rien de ce qu’elle va lui demander (Matthieu 6, 7).

 

 

4 novembre 2007

 

La question de la mort et de l’au-delà ne peut sidérer les consciences tout occupées de l’autre : elles sont habitées par la vie éternelle.

 

mais sur ma peau

et dans mes os

tu vis plus profond que ma vie

et que le monde en ton esprit

 

force de l’être

et du paraître

 

alors oui il n’est que la mort

pour enfin gagner le trésor

de ce qui aime

l’autre toi-même

 

plus que d’immédiate présence

l’autre se nourrit de distance

 

écarte-toi

que je te voie

 

La prière est le gémissement de l’impuissance à être à la hauteur de l’agapè. C’est celle, au fond, du publicain au temple de Jérusalem (Luc 18, 13). C’est l’esprit appelant l’Esprit (Luc 11, 13). C’est une reprise de conscience de notre manque d’altérité positive afin de l’accueillir : « Lorsque tu es en prière, si tu as quelque chose contre quelqu’un, pardonne-lui… » (Marc 11, 25).

 

Aimer pousse, ou repousse, et parfois brutalement, les consciences qui l’accueillent sur le chemin de la dépossession, leur donnant à entendre que pour entrer tout entières dans la vie éternelle, elles doivent se défaire de tout ce qui fait leur moi.

 

5 novembre 2007

 

On peut se passionner pour le cosmos et pour chacun des êtres dont il est fait parce qu’ils sont l’expression de l’intelligence, de la beauté, de l’excellence d’Aimer. Mais les consciences qui accueillent Aimer participent à sa dilection pour tout être. Elles aiment chacun pour lui-même en son eccéité et se réjouissent de son intelligence, de sa beauté, de son excellence.

 

Comment peut-on affirmer qu’il n’y a pas de progrès en art (les bisons d’Altamira n’ont rien à envier aux Demoiselles d’Avignon) et ne cesser de pousser les avant-gardes à dépasser leur héritage ?

 

le couteau ordinaire sur la toile

pèle une pomme quotidienne

 

par quel enchantement l’esprit

s’y offre en éternelle vie

 

l’échange de regards dévoile

la beauté dont ils s’entretiennent

 

nature morte accrochée sur le mur

dans l’attente de visiteurs

 

plus vivante que la momie

qui rayonne pour l’œil ravi

 

tu leur dispenses en l’apparence pure

le message du cœur à cœur

 

quel invisible ici et là appelle

à la recherche de ce nom

 

que l’incompréhensible écrit

de la belle main qui le dit

 

en se cachant quelquefois ne révèle

timide qu’en sa vibration

 

6 novembre 2007

 

Peut-on dire que le matérialisme a plongé dans un sommeil profond les capacités de notre esprit à agir sans la médiation de la chair ?

 

Lorsque l’évidence du spiritualisme se fait jour dans une conscience, vient aussi l’évidence de l’intoxication permanente qu’exerce le matérialisme dans notre culture.

 

lents les longs jeux des brumes de l’automne

sans cesse étonnent

 

douces les paupières se ferment se rouvrent

pour que s’éprouvent

 

ravissantes les grâces de leur âge

en leur passage

 

fort le soleil de l’aube qui les crée

et s’y recrée

impatient qui reprend le discours de son orbe

les y absorbe

 

immobiles les silences de l’âme

les lui réclament

 

en ses pastels pour elle dans l’aurore

il joue encore

 

avant que vite il pourchasse les airs

en l’ordinaire

 

Notre liberté se joue-t-elle sur les seuils de l’âme et du corps, en l’infime de notre matière ?

 

Les mots philosophiques de toutes nos langues nous renseignent sur la pensée du passé qui les a modelés et remodelés. Ils ne peuvent que vaguement nous donner à pressentir celle de l’avenir. Ici non plus l’évolution n’est pas téléologique. Plus encore qu’indéterminée, elle est libre, pour le meilleur et pour le pire. Ou peut-on espérer que la liberté des personnes se concilie avec le dessein souhaitable de l’humanité ? Comme l’indéterminisme quantique se concilie avec le déterminisme macroscopique ?

 

7 novembre 2007

 

Le chef de l’Etat parlant de nos compatriotes allumés qui croyaient sauver des orphelins du Darfour : « Je les ramènerai quoi qu’ils aient fait, quoi qu’ils aient fait ! » Indécrottable arrogance inconsciente occidentale. Qui en paiera le prix cette fois ?

 

sur ton poignet mes lèvres touchent

le sang du rythme et du passage

est-ce bien toi ce paysage

ce flot incarnat de farouches

 

et ce parfum qui m’envahit

est-ce le champ où les abeilles

de mes pensées prennent vermeil

notre élan vers ton infini

 

je ne sais plus qui de nous deux

marche vers l’autre ou l’accompagne

la cadence de nos pas gagne

l’océan où vivaient les dieux

 

mais plus loin que notre horizon

bat le cœur de cet univers

où le sang mêlé de la terre

Eve s’élance à l’unisson

 

Penser qu’un être possible est un non-être plutôt qu’un néant, c’est perdre de vue ce qu’est l’existence. Aristote s’est-il laissé piéger par les mots (la distinction entre mê einai et oukh einai) ? Cette perte de la notion d’existence était-elle chez lui inhérente à sa répugnance pour l’infini perçu comme un indéfini (apeiron) ? Autre piège linguistique, inverse de l’autre puisque c’est celui de la confusion, non de la distinction langagière. La pensée occidentale est tout entière fondée sur cette méprise ; l’existentialisme en a été le refus désespéré, mais il n’est pas sorti de son orbite : l’existence pour l’existentialisme est encore une essence (un mode d’être plutôt que le fait d’être). La belle originalité des formules de Sartre a séduit des consciences à la dérive. Faibles consciences fascinées par le langage prestigieux pour avoir perdu le sentiment de la pensée pure.

 

2 novembre 2007

 

Curieuses ces arguties sur la phrase : « le non-être est non-être », où l’on semble ne pas voir qu’ici « est » ne fait qu’énoncer une identité, reconnaître une évidence, et n’a donc aucune valeur d’être (qu’il aurait dans la contradiction de la formule « le non-être est »).

 

Distinguer le non-être du néant est un artifice, et il faut s’interroger sur ce qui le motive, puisqu’un être existe ou n’existe pas, quelle que soit son essence, finie ou infinie, matérielle ou mentale. Un être possible existe dans l’esprit qui le pense, un être imaginaire existe dans l’esprit qui l’imagine. Ce qui fait différer un être imaginaire d’un être réel, c’est son « ce qu’il est », son essence, son type de réalité.

D’où vient que notre dictionnaire n’a pas perdu la tête, pour qui l’existence est « le fait d’être ou d’exister, abstraction faite de ce qui est » (Le Petit Robert) ?

 

La polysémie du mot « être » est clarifiée depuis longtemps dans la distinction entre « ce qui est » et « le fait qu’il est ». Pourtant de siècle en siècle nos philosophes ne cessent de la  brouiller et d’embrouiller leurs disciples. Sa fonction de prédication a, elle aussi, été depuis longtemps reconnue.

 

si les regards l’un en l’autre se noient

espérant l’infini au-delà du désir

ce n’est que d’un instant

 

l’arc épuise sa force et la chair se détend

mais l’esprit éternel a foi en l’avenir

et donne au temps du temps pour que l’autre se voie

 

en son effort la chair n’est que promesse

lorsqu’elle se disperse et que l’arc est dissout

son âme souvenir

 

en son affinement chargée de l’avenir

mêlant la haine singulière et l’amour fou

à l’autre qui se donne se donne sans cesse

 

L’un des moyens radicaux dont tu uses pour nous pousser vers la pure agapè est de nous faire faire du bien à celles et ceux qui invinciblement l’attribuent à de mauvaises intentions.

 

9 novembre 2007

 

Pour qui vit en ta présence, quelle solitude ? Celle du manque, de l’esseulement, car tu es infini. Celle de la plénitude, à la mesure de sa misère, que tu combles en l’invitant à s’élargir. L’isolement en est la chance.

 

quand le soleil couchant fait les feuilles d’automne

et fête leur départ dans la polyphonie

de couleurs doucement que la lumière entonne

le regard enfantin goûte leur harmonie

 

écoutée entendue depuis l’âge lithique

spectacle immémorial que l’âge romantique

emporté a chanté pour les âmes sensibles

et pour le postmoderne devenue inaudible

 

et méprisé par ceux qui ne voient plus que l’art

et pour qui l’art n’ayant rien à faire du beau

tournent un dos malingre à notre multipare

en se poussant du col devant leurs vieux rivaux

 

pour l’enfant éternel le choix est vite fait

entre le chant des feuilles et les dieux morts atones

en la cacophonie de leurs corps contrefaits

quand il danse au soleil sur les voix de l’automne

 

Raser des têtes sur la scène, ce n’est plus du théâtre, c’est de l’avilissement (raser des perruques reviendrait-il trop cher ?). On y copule aussi, réalistement. La logique voudrait qu’on aille jusqu’à la mise à mort de l’acteur ou de l’actrice. Le théâtre de la cruauté fait place à la cruauté du théâtre.

 

Le matérialisme pense que l’esprit est le fantasme du souffle, le spiritualisme que le souffle est le symbole de l’esprit.

L’hésychasme n’est pas une mécanique magique pour évoquer un esprit, c’est un accueil de l’Esprit par le souffle.

 

La conscience de notre immortalité, c’est la conscience de notre spiritualité.

 

Le prophète d’Israël n’est pas la chose de son dieu. Ce dieu est Aimer, il ne possède rien, encore moins personne. Yeshoua est vrai homme. Il ne peut être vrai dieu et vrai homme que pour la conscience mythique de l’humain premier (sa divinisation est au vrai une participation à la vie d’Aimer inhérente à son être).

 

10 novembre 2007

 

pâle oh si pâle douce rose

dans la hauteur

ta sœur se donne au cœur

pour qu’en se livrant avec toi elle explose

 

L’idée de l’altérité positive n’appartient à personne. Plus que toutes, elle vit dans l’anonymat de la vérité. Qui prétendrait y attacher son nom s’en retrancherait.

 

Un société obsédée par le cul se trouve les meilleures intentions du monde pour l’exhiber.

 

Israël existe avec la force d’un fait accompli historique. Nous sommes acculés à dépénaliser son existence (comme celle de l’avortement). Et bien sûr, l’altérité positive fait de chaque Israélien, comme de tout être humain, le sujet d’une bienveillance inconditionnelle.

 

Les disparus nous convient au silence du silence où murmurent leurs souvenirs et leurs présences.

 

Il n’y a pour l’altérité positive ni sacré ni profane. Tout y est matière à exaltation de la nature et de l’humain qui en émerge. L’esprit y est partout à l’œuvre, invitant tout être à avancer avec lui vers plus de conscience. La beauté et l’intelligence cherchent en tout à se frayer un chemin vers l’apparence, elles rayonnent dans le matériel et le vital, elles convient à l’art et à la technique dans l’humain, elles appellent à la parole et à l’écrit dans la pensée scientifique et dans la pensée esthétique.

Nous pouvons chercher partout le sourire de l’esprit de bienveillance, cesser de l’enfermer dans les temples et les sanctuaires.

Pour penser que la Parole se soit faite chair, il faut ne pas avoir encore compris que la parole est chair dès l’origine, mais que l’esprit s’en fait un relais vers sa manifestation.

 

ramasse cette feuille d’ambre

de feu et d’or

encore

qu’à son désir novembre enfin accorde ton sourire

 

11 novembre 2007

 

N’est-ce pas une bonne idée de vouloir lire un poème tel qu’on imagine qu’il sortit la première fois de l’âme du poète, Vénus Anadyomène ?

A autant d’exemplaires qu’on le reproduise, un poème est unique. Et on peut bien le décrire, le disséquer, dresser la liste exhaustive des éléments linguistiques et stylistiques qui concourent à en faire un beau corps vivant, il restera, au-delà de son anatomie et de sa physiologie, un indicible. Ainsi peut-on le relire sans fin avec le sentiment qu’on ne le connaît pas tout à fait, que son fond secret nous échappe, qu’on ne peut le posséder, le com-prendre, qu’il faut renoncer à s’en rendre maître et propriétaire, même si on en est l’auteur.

 

heureux ceux qui sont morts en ce silence pur

où tu attends leur âme et leur âme t’attend

quand ceux qui les aimèrent savent que le fruit mûr

n’a besoin pour tomber qu’un sourire du vent

 

les enfants qui entourent leur père agonisant

dans l’immobilité de leur sollicitude

découvrent l’impuissance à comprendre le temps

de goûter comme lui la belle solitude

 

où le nom inconnu de la chair et des os

que tu as vu s’écrire par sa main sur le livre

sans qu’il sache comment l’esprit qui sur les eaux

de l’immense océan plane enfin le délivre

 

lorsque l’heure est venue de ce premier soupir

de l’ange qui rejoint le colloque muet

des innombrables noms occupés à le dire

heureuse est la lumière en leur danse à jamais

 

Après (ou avant) avoir célébré ceux qui sont morts pour notre patrie, l’altérité positive nous invite à célébrer ceux qui sont morts pour une patrie qui n’est pas la nôtre, ceux qui sont morts pour notre patrie qui n’était pas la leur, et ceux qui sont morts pour que la guerre recule sur l’horizon de notre humanité.

 

12 novembre 2007

 

rigoureuse géométrie

Orion tu nous fais depuis l’âge lithique

songer aux rectitudes

la vie pourtant est mouvement et la mort est rigide

 

le ciel dans les déserts où l’œil trace des droites

est père de nos lois

mais les nues ondoyantes

enfantent

 

le jeu de l’un à l’autre fait battre tous les cœurs

et la haine et l’amour

font une escarpolette à la fuite des jours

accoucheuse de nos esprits

 

Le XXème occidental a fait de la poésie un hypermarché où l’on peut se fournir en produits les plus hétéroclites. Il en existe une gamme particulière qui attire l’œil par l’aller à la ligne après chaque phrase ou qui se signale par des lignes qui se brisent sur un article ou une préposition. De préférence ces papiers désarticulés enveloppent de sinistres soupirs et de lugubres grognements.

 

Un poème est un texte que la lectrice, le lecteur a envie de relire dès qu’il en achève la première lecture, qui y revient comme on revient vers une sculpture ou une peinture, qui s’y attarde, tente d’y communier.

 

Pourquoi nous échappe-t-il, ce passage du seuil, cette discontinuité-continuité des degrés de conscience depuis l’origine de notre univers ? Est-ce la même énigme qui interdit de repérer le passage de l’embryon humain à la personne humaine ?

 

La menace d’être accusé de non-assistance à personne en danger peut inciter le sauveteur à l’intention pure du Bon Samaritain en le poussant à la découverte de ses motivations.

 

Ce diamant qui étincelle dans l’aimable papotage de votre réception distinguée, madame, savez-vous que, peut-être, il a payé les armes d’une guerre civile et qu’il ruisselle de larmes et de sang ? « Peut-être », oui, doux désodorisant de nos inconsciences coupables.

 

13 novembre 2007

 

elle ne cesse de dormir

que lorsque brève

une main revient la saisir

 

cette sonate qui s’achève

invite à la suivre au silence

 

dans le non-espace du rêve

elle assure sa permanence

 

elle appelle belle à ravir

que l’enlèvent

les fiancés de son désir

 

L’art ne s’occupe pas de concepts. L’artiste cependant, qui n’est pas le serviteur de son art mais son ami, cherche à le connaître mieux, sinon à la comprendre puisqu’en l’eccéité de ses productions, l’art est aussi incompréhensible que la personne.

 

Ce qui intéresse l’amoureux du réel dans le roman, le théâtre, ce n’est pas l’histoire, l’intrigue, irrémédiablement incroyable qui s’y raconte, mais la beauté du style et les idées qui s’y proposent.

 

Que peut nous apprendre le seuil du passage du gazeux au liquide, du liquide au solide dans la connaissance générale des continuités-discontinuités ?

 

L’inconscient qui intéresse le chercheur du réel, ce n’est pas seulement, ni d’abord, le refoulé maladif de la psychiatrie. C’est la totalité inconnue où se préparent l’œuvre artistique, l’œuvre scientifique, l’œuvre mythologique, l’œuvre éthique, l’œuvre mystique… l’œuvre traductrice aussi, dans la mesure où elle est une déverbalisation-reverbalisation.

 

Si la bilocation est avérée, que nous apprend-elle sur la matière, sur l’esprit, sur leur relation de continuité-discontinuité ?

 

14 novembre 2007

 

Tous ces dangers auxquels nous échappons sans le savoir, comment les reconnaître ? Le regard épuré découvre la présence de l’Autre dans les plus délicates discrétions de ses dons clandestins.

 

L’écoute de l’inconscient, c’est d’abord l’attention au murmure presque insaisissable du silence intérieur. Le vieil examen de conscience de la tradition chrétienne sans doute. Avec le souhait et le souci de parvenir à la permanence.

 

ce craquelé du feu sur la chair amoureuse

sur cette plénitude où la pâte arrondie

s’est gonflée du désir de se donner

 

c’est l’univers tendu vers ses autres rêvés

en rencontres nouvelles où chacune se dit

brûlante en l’infini quand le vide la creuse

 

ce qui se signifie dans la manducation

religieuse du pain englouti au trou noir

et rejailli transmué en esprit

 

attend placide et nu sur la table servie

offerte à l’attention affinée du regard

épuré par le feu de ses contemplations

 

L’anagogie latente du discours de Yeshoua n’est pas celle d’un divin mythique, mais celle de l’être même. C’est une introduction à une ontologie toute différente de celle où nous a enfermés la tradition occidentale fondée sur le langage. L’être auquel elle introduit est une puissance d’altérité positive, une énergie infinie indéfiniment créatrice d’êtres finis.

La parole de Yeshoua reconduit à l’esprit, non à la chair. « Le verbe s’est fait chair » de (Jean 1, 14) prend sens dans « c’est l’esprit qui donne la vie, la chair ne sert à rien. Les paroles que je vous dis sont esprit et sont vie » de (Jean 6, 63).

 

15 novembre 2007

 

De par leur commune origine, toutes les particules de notre univers gardent-elles plus qu’un lien de parenté ? Simple similitude ou similitude et intercommunication ?

 

cette main gauche danse gravement

sur le clavier que lui prête l’espace

 

en son progrès sur la ligne du temps

se soucie-t-elle de la place

que lui accorde ou que lui prend la droite

dans l’harmonie et dans la mélodie

 

l’une par l’autre en ce qu’elles convoitent

dépasse l’aigu de la vie

 

Transcender l’ici-maintenant, c’est l’œuvre de l’esprit. Il est d’un autre espace, d’un autre temps, ou d’un non-temps et d’un non-espace.

 

La traque de l’intérêt dans le désintéressement peut nous révéler notre désir d’altérité positive et notre impuissance à y accéder si elle ne nous était pas proposée par l’Autre.

 

La dissonance du féminisme et du masculisme se résout en passant au-delà. Non par une marche dialectique abolissant la dualité, mais par un accueil de l’altérité positive où dans la souci de chacun, de chacune la reconnaissance de l’autre par soi prime, voire supprime le souci de la reconnaissance de soi par l’autre. Elle ne se résout donc que dans la liberté des personnes, elle ne peut devenir effective que dans le destin individuel. Mais cette résolution apparaît comme un désir fondamental de tout être humain et donc comme un idéal de société.

 

Que nous ayons une sensibilité homophile, homophobe ou plus ou moins indifférente, nous sommes appelés par l’altérité positive à la même bienveillance envers tous.

 

La transcendance fait peur, voire horreur, parce qu’elle est domination de soi par l’autre, l’altérité négative. Mais qui ne souhaite se transcender ? C’est ce que nous offre l’altérité positive du Tout-Autre.

 

16 novembre 2007

 

Nous croire élus pour les autres est une illusion malfaisante tant que notre dévouement aux autres ne nous fait pas oublier notre élection.

 

entre quatre miroirs elle bondit

et rebondit à l’infini

 

à force de se voir elle s’use pourtant

et se perd en son illusion

comme en l’écho Narcisse

 

afin qu’elle en finisse

avec les murs de sa prison

et que batte son cœur jusqu’au bout de son sang

 

elle se choisit des amis

en leur donnant l’espoir d’une autre vie

 

Comme un regard stéréoscopique, l’attention de la lecture poétique est une attention au son et au sens, une expérience du son dans le sens et du sens dans le son (c’est une attention tout autre que celle de la lecture d’information). Elle ne peut être tabulaire, elle doit rester linéaire, fidèle au temps de la récitation comme l’attention de l’audition musicale.

 

La parole, c’est la chair traversée par l’esprit. Elle ne garde mieux la sensualité de l’une que dans la poésie, mais elle s’y raffine en y indiquant le silence de l’autre.

 

Si l’on admet qu’il y a plus dans une cause que dans son effet (dixit René Descartes pour celles et ceux qui accordent une présomption de vérité à leurs gourous), la complexification de la matière et l’intensification de la conscience qui l’accompagne sont-elles pensables sans une cause non physicochimique ?

Comme une molécule est plus que la somme de ses atomes, une phrase est plus que la somme de ses mots. Pourquoi ? Sans nul doute parce qu’un sens utilise les mots pour bâtir une phrase capable de l’exprimer, sans doute parce qu’un sens utilise les atomes pour bâtir une molécule afin de s’exprimer.

 

17 novembre 2007

 

Le rappel de l’oppression que l’on a subie est criminel lorsqu’il sert à justifier ou à dissimuler celle que l’on inflige.

 

Qui dira l’ontogenèse d’un poème ? Mais est-elle si différente de celle d’un organisme de chair ?

 

La poésie mime les rythmes et les images de l’univers pour les donner à vivre. L’arythmie d’une certaine poésie occidentale moderne (ou postmoderne ou hypermoderne) est le signe de la perte du sens cosmique. Notre crise écologique y est-elle liée ? Les défenseurs de la planète peuvent-ils ne pas avoir l’appui des défenseurs de la poésie authentique.

 

à la rêverie enfantine

se propose le fruit de vie

quartier d’orange dans la nuit

ou serait-ce de mandarine

 

incliné dans l’ombre sereine

il tend sa peau gorgée de jus

à la jeune enfant inconnue

pour qu’à sa bouche le vin vienne

 

quel cortège d’anges rebelles

change de jour en jour la face

du désir qu’il naisse et s’efface

que reparaisse l’éternelle

 

prenant la main de son vieux père

l’enfant lui donne sa jeunesse

et tous deux dans la même ivresse

tout à tour éclairent la terre

 

Devenir un maître à penser de l’altérité positive ruinerait l’altérité positive puisqu’elle met à l’écart, voire au rebut, les figures héroïques. Yeshoua a-t-il consciemment vécu le dilemme de devoir attirer la foi sur sa personne pour pouvoir livrer un message qui devait l’en détourner ?

 

18 novembre 2007

 

Est-ce une question piégée de se demander si l’on est matérialiste ou spiritualiste par hasard ? L’idée que l’on se fait du hasard et de ce qui s’y cache ne dépend-il pas de nos convictions, matérialistes ou spiritualistes, ou plus ou moins l’un et l’autre ?

 

mais pourquoi choisir cette perle

cet orient

cette eau

qui fait qu’en ton regard toutes les mers déferlent

 

pourquoi l’offrir à la lumière

qu’ainsi surprise

s’irise

toute l’intelligence à l’œuvre en l’univers

 

Novembre, le temps des ancêtres, ceux que nous n’avons pas connus, ceux que nous avons connus, méconnus toujours car nos plus proches même en cette vie sont à jamais enfermés dans le mystère de leur nom indicible. Quelle transparence s’offrent les uns aux autres les esprits dégagés de la chair ?

 

Il faut de temps à autre retrouver l’évidence première de l’infini et du fini, de l’altérité positive de l’être sur laquelle toute vie, toute conscience est fondée.

 

La condescendance de l’Occidental pour les cultures des peuples qu’on appelle maintenant premiers (pour changer d’euphémisme) lui interdit l’accès à leur savoir. Ainsi, ce n’est qu’en allant au plus loin de sa propre science qu’il découvre l’interconnexion des êtres, leur mutuelle altérité pour le meilleur ou pour le pire, alors qu’elle est pour tant d’entre elles une évidence de la vie quotidienne.

A-t-on vraiment découvert ce qui opère en secret dans la psychologie des foules ?

 

19 novembre 2007

 

la petite bibliothèque

dans un instant d’inattention

te fait tourner la tête

 

que cache-t-elle entre ses livres

à moins que ce ne soit dedans

qui veut qu’on le délivre

 

ou bien est-ce qu’entre les lignes

et dans l’élan qui les fait vivre

un esprit te fait signe

 

qu’importe si tes doigts agréent

et magnétiquement se portent

au devant des pensées

 

les abeilles par le jardin

infailliblement attirées

emportent le butin

 

Lorsque William Wordsworth qualifie son frère de poète silencieux, on peut comprendre que la poésie n’est pas pour lui dans l’écriture mais dans la sensibilité qui invite à la produire. La poésie se confond alors avec la capacité esthétique.

On peut aussi comprendre, si l’on se souvient des circonstances qui firent dire à Wordsworth que son frère était poète, que le silence est une des conditions de la perception esthétique : William Wordsworth venait de découvrir que son frère, homme de mer, fréquentait les mêmes lieux solitaires que lui lorsqu’il lui rendait visite. La perception esthétique nécessite une mise entre parenthèses, un détachement, des bruits et des activités  de la vie quotidienne. C’est ce silence qui rend possible la mise en branle de la sensibilité, et sa manifestation artistique.

Mais le silence a peut-être un rôle plus important dans la poésie que dans les autres arts, la musique exceptée. Il participe à la structure et à la texture du poème en l’enlaçant. Et surtout, lorsque le poème s’achève, il s’offre au lecteur auditeur avec toute l’émotion qu’a éveillée sa danse avec les mots.

 

20 novembre 2007

 

Faire de l’art une machine à vaincre le temps, un anti-destin, une lutte contre la pourriture, etc. ou même un divertissement, c’est fatalement y voir une entreprise illusoire et donc désespérée ou provisoire selon que l’on croit l’humain condamné ou non à l’anéantissement.

Mais l’art peut aussi être vérité, et non illusion, en ce qu’il est beauté, si tant est, comme le pensaient Giordano Bruno et quelques autres (Keats, Schelling, Dickinson, Tagore…), que la beauté qui n’est pas vérité ne saurait être beauté et que la vérité qui n’est pas beauté ne saurait être vérité (reste à savoir ce qu’ici la copule être signifie).

Le premier secret de l’art, c’est qu’il est le chemin que le réel se donne à travers l’inconscient et le conscient humains pour se manifester.

La vérité et la beauté, l’éthique aussi d’ailleurs, tiennent à l’harmonie des relations entre les éléments, entre les faits, entre les êtres.

(Reste à comprendre pourquoi le beau n’est pas forcément le bien).

 

Le savoir des encyclopédies se constitue autant dans les renvois entre ses articles que dans les articles eux-mêmes, dans la transdisciplinarité autant que dans la disciplinarité.

 

retrouveras-tu cette source au cœur de la forêt

que la légende disait

 

dans le hasard de ta course ton errance inspirée

mènera-t-elle à l’entrée

 

la voix du silence soufflera-t-elle le sésame

de la caverne de l’âme

 

et que l’unique trésor qui se cache dans le même

c’est que l’autre par toi aime

 

« Le cœur seul est poète ». Mais chaque humain en est doté. Dire que la poésie est réservée à quelques élus, c’est interdire aux autres l’accès à leur cœur et au cœur du monde.

 

21 novembre 2007

 

La connaissance du principe de causalité serait une intuition intellectuelle, comme celle des principes de la géométrie chez Pascal (Tant pis pour Hume, aveuglé par un athéisme irrationnel et voué à détruire un principe de causalité qui l’obligeait au déisme).

 

Le brouillage des limites de la paternité et de la maternité dans certains secteurs de la civilisation occidentale (la famille recomposée en est un exemple manifeste) est-il un signe que son imaginaire se recharge en valeurs chthoniennes ?

 

Penser que la gestation pour autrui implique un abandon d’enfant, c’est inviter la société, au premier chef les parents concernés, à reconnaître que l’on peut avoir plusieurs pères et plusieurs mères, comme on le voit encore, selon d’autres modalités, dans des sociétés plus chthoniennes que l’occidentale.

L’altérité positive invite à la dépossession familiale. Pour elle, une fille, un fils cessent d’appartenir. Ils deviennent sujets de protection, de tendresse et de respect de la part de toutes celles et ceux qui les côtoient.

 

Pourquoi Yeshoua t’appelait-il père ? Sous l’emprise de l’imaginaire diurne patriarcal ?

 

acclamant la lumière sur la place

ta foule rassemblée en rangs disciplinés

dresse l’élan de son espoir

 

car le soleil autant que le sol noir

avant que tu le sois après que tu es né

te donne ton espace

 

quand de tout ton sang vert tu t’illumines

qui sait ce qui se dresse en la belle droiture

de ton corps élancé

 

et chante jusqu’au soir cette clarté

où il puise la force pour ses autres futurs

qui dans l’immense avec elle chemine

 

L’idée d’infini existe, mais son existence n’est pas l’existence de l’infini. Un être conceptuel est d’une autre essence, d’un autre « ce que », qu’un être réel. On peut penser qu’il existe des êtres imaginés qui n’auront jamais d’existence physique, mais l’inverse est impensable.

 

Faut-il que l’un ou l’autre de nos proches disparaisse pour que nous entrevoyions que c’était quelqu’un d’exceptionnel ? Nous le sommes tous, uniques.

 

22 novembre 2007

 

     plus rapide que son ombre sur le sol du nuage qui court vers l’horizon entre la lumière qui la précède et celle qui la suit

tu passes

 

Hippomène à te poursuivre jusqu’au bout de la nuit que ferais-je de ces trois pommes d’or puisque c’est toi qu’inaccessible en l’infini de la multitude de l’autre

je chasse

 

La poésie n’a que faire du fantastique, de l’irréel, de la fiction : elle est sûre de sa quête du réel dernier.

 

Ce n’est pas au nom des Lumières qu’il faut poursuivre le mouvement des Lumières. Elles ont été un seuil dans le progrès de la conscience occidentale, mais ce progrès doit se poursuivre, non seulement en s’étendant à toujours plus d’individus et d’institutions, mais en s’intensifiant.

Si l’on peut accepter pour décrire les Lumières l’image de la sortie de la minorité, c’est en la poursuivant : il ne suffit pas d’être majeur pour être sage.

La libération d’une transcendance oppressive a pu faire prendre un peu mieux conscience de nos déterminismes naturels et culturels. Il n’est de liberté totale que dans l’altérité positive, secret de l’être et donc de l’être humain. En l’accueillant on participe à l’action éternelle et à sa joie qui demeure.

Ce que l’on appelait sans toujours savoir pourquoi la liberté des enfants de Dieu, c’est la liberté de l’être même d’une conscience face à tout être dans la bienveillance qu’elle exerce à son égard. C’est la liberté d’Aimer. L’intuition de Yeshoua a évidemment précédé celle des Lumières. Elles n’ont fait qu’en découvrir un peu plus la richesse demeurée cachée dans la misère de l’ivraie ecclésiastique.

 

L’hétéronome est prisonnier de la loi de l’autre et l’autonome de sa propre loi. La liberté dernière est au-delà de toute loi. Aime et fais ce que veux.

 

 

23 novembre 2007

 

Ce qu’il y a de vrai dans Guerre et Paix, ce ne sont pas les fêtes et les batailles, pas plus que les touchantes histoires d’amour et de séduction, ni même André, Marie, Natacha… Tout cela est fiction. Le vrai c’est la découverte de la vanité de la gloire, la mise au jour du sens de la vie, le pardon du plus impardonnable, la volonté d’aimer le moins aimable sans espoir de retour.

Il faut tout de même faire place à  l’irréel dans la dynamique de la chair vers l’esprit, et ainsi se réjouir de la beauté pour elle-même et pour le lien ténu qu’elle entretient avec la vérité du devenir.

 

Dire qu’il n’y a pas de marionnettistes derrière les mouvements boursiers et la concurrence économique, c’est reconnaître que le libéralisme est un apprenti sorcier, un Frankenstein qu’il faut tuer ou guérir.

 

Si l’évidence de l’être comme altérité positive n’apparaît pas à tant de consciences, c’est qu’en philosophie, on peut au moins le supposer, la pensée et l’action sont invinciblement liées. Il faut participer à l’altérité positive pour en reconnaître la vérité.

 

au bout des doigts les étincelles

déchargent la pyrotechnie

de forces explosives

 

comme l’arche de l’éternel

déclenchait la paralysie

de la main attentive

 

et celle de la frange belle

mettait fin à l’ignominie

de la femme craintive

 

mesure ce qui fraternel

de l’un à l’autre reconduit

notre âme fugitive

 

La récitation poétique est charnelle et spirituelle. Elle a la goût des sonorités, mais ce goût introduit à celui de l’esprit dans le silence qui l’accompagne et la reconduit.

 

23 novembre 2007

 

Faut-il s’étonner que le mot empathie, qui naguère évoquait le partage de l’émotion de l’autre, ait été subverti pour en venir à signifier sa compréhension intellectuellement distanciée ? De ce passage du mimétisme intercorporel à une « empathie cognitive », n’y a-t-il d’explication que l’autoprotection nécessaire du thérapeute ? Y aurait-il aussi le « je pense donc je suis » d’une monade recluse ? Peut-être faut-il y voir le refus d’envisager la possibilité d’une communication extrasensorielle par une science occidentale enfermée dans son matérialisme physique.

 

La poésie n’explique pas. Elle ne dit même pas, puisqu’elle invite à découvrir l’indicible.

 

dans la coursive et l’escalier

qui mènent à la promenade

je les vois déjà qui gambadent

pour égayer le monde entier

 

je ne puis les suivre qu’importe

ils me déroulent les couleurs

de leurs sourires et des pleurs

que leurs tapis volants emportent

 

et j’espère bien sur la chaîne

du même où les autres se trament

entrapercevoir quelques âmes

nouvelles dans l’immense plaine

 

lorsque je rentrerai avide

encore et encore de noms

cachés pour la contemplation

les nuages diront le vide

 

où s’enfantent à l’infini

les formes et les teintes belles

des plus riantes ribambelles

que peut inventer l’harmonie

 

Est-ce l’horreur de la transcendance qui a conduit certains linguistes à cette ébouriffante idée que le langage n’a d’autre référent que lui-même ? Le plus navrant, c’est qu’ils ont été suivis comme des gourous.

De nouvelles générations de gourous ne cessent d’apparaître. De ce côté-là au moins, les Lumières ont encore sur quoi nous éclairer.

 

25 novembre 2007

 

L’altérité négative collective de l’humain premier se donne des boucs émissaires. Son « nous » a besoin non seulement d’un « non-nous », d’un « eux » qui assure son identité, mais d’un « contre-nous » sur lequel il se décharge de sa culpabilité.

Le « nous » de l’altérité positive collective n’exclut personne. Il ne pourrait avoir de « non-nous » qu’en reniant son essence même. Il est évident (n’est-ce pas ?) qu’il dissout les communautarismes, les nationalismes…

 

pose-toi sur la lune et contemple la terre

avec douleur avec espoir

que va donc devenir le jardin de nos pères

dans la fuite en avant de l’avoir

 

pose-toi la question de l’agir et de l’être

sur le fond de nuit noire

pour que de ce sein bleu violenté puisse naître

un parterre au jardin de nos arts

 

La conscience de l’infini interdit d’enfermer la connaissance dans un système fini autoréférencé. Notre encyclopédie est un puzzle dont nous n’aurons jamais toutes les pièces. Cela ne doit pas nous décourager de tenter d’assembler celles dont nous disposons.

Il n’y a pas de repos éternel. La marche à l’infini se poursuit en l’infini dans la joie toujours renouvelée des découvertes, des rencontres, des créations. Grégoire de Nysse déjà…

 

Parce qu’il est un pouvoir, Dieu n’a pas sa place en politique (« Rendez à César ce qui est à César… »). Aimer a sa place partout. L’idéal serait qu’il inspirât toutes nos pensées et tous nos actes.

 

pose-toi sur la terre et regarde la lune

jouer pleine et complice

dans l’ombre des nuages toujours changeante et une

et patiente en l’amour de ses fils

 

pose-toi la question de la reconnaissance

que jamais ne finisse

l’annonce de la mort et de la renaissance

que la chair en l’esprit s’accomplisse

 

26 novembre 2007

 

Anti-américanisme, anti-sionisme, anti-mondialisme… mots pièges, miroirs tendus aux pauvres intellectuels attaqués par ceux qu’ils dominent et exploitent ? Non, par ceux qui les dominent et les exploitent.

Les résistants de la France occupée n’étaient pas des anti-Allemands. Ils défendaient leurs libertés, leurs familles, leurs biens… Leur « anti » n’était pas une arme offensive, mais défensive.

 

Comment pourrions-nous nous réclamer de l’autorité des Lumières si les Lumières nous ont libérés de toute autorité ?

 

S’il y a un devoir de mémoire, ce doit être de mémoire universelle, en particulier de tous les crimes de toute l’humanité, sans acception de peuples. Tels sont l’esprit et la logique de l’altérité positive.

 

mêle ta chevelure à la brume de l’aube

     danse avec l’étrangère

venue dont ne sait où

était-ce de la terre

était-ce de l’air doux

en leurs noces fugaces

 

saisis-la elle passe

tu la crois revenue tu crois qu’elle viendra

encore encore non

elle a

mille sœurs en allées mille sœurs à venir

toutes incomparables

 

seules et adorables

n’as-tu pas remarqué que celle d’aujourd’hui

lançait plus haut et fière

la vieillesse insolente

de ce grisonnement où jamais la blancheur

ne saurait la surprendre

 

ni poussière ni cendre

elle va se dissoudre

se fondre en l’invisible où d’autres se préparent

chacune à inviter

des amants innombrables

 

mêle ta chevelure à la brume de l’aube

 

27 novembre 2007

 

Annapolis, « un défi au bon sens » ? Au bon sens de qui ? Des enfants fascinés par le théâtre de marionnettes toujours renouvelé d’Israël et de son grand frère pour détourner l’attention de la réalité du terrain.

La reprise du processus de paix ? Oui de l’éternel processus, de ce qui est toujours un processus depuis quarante ou soixante ans. Paroles, paroles, paroles vides ? Non. Cette comédie permet une fois de plus aux Israéliens de trouver un prétexte pour donner un coup d’accélérateur aux implantations, « sauvages » ou non, à la phagocytose de la Palestine (peut-on imaginer qu’un gouvernement comme celui d’Israël n’en soit pas le complice, voire l’instigateur ?)

Enfants aveugles-nés, si je vous crache aux yeux cette boue, c’est pour vous inviter à vous les aller laver, à Siloé.

 

l’oiseau qui se détache de son ombre

sait-il que c’est elle

qui court et danse sur la terre

 

et que cet éclair vif est la lumière

à qui ici ses ailes

en l’instant de leur vol prêtent cet éclat sombre

 

Si les anges existent, sont-ils des êtres qui ont laissé leur chair à ce monde après qu’elle leur avait servi à entrer dans la vie éternelle ?

 

L’intolérance de la tolérance s’appuie sur une conviction qu’elle prend pour une évidence rationnelle. La tolérance inclut l’intolérance de l’intolérance. Qu’importent les jeux de langage à la pensée intuitive ? La tolérance peut se fonder en raison sur le doute qui accompagne toute conviction (religieuse, idéologique…) chez un esprit libéré de l’emprise du mythe.

La tolérance inspirée par l’altérité positive ne s’inquiète pas de la diversité des doctrines, car elle sait que le salut qu’elles espèrent ne peut tenir à des idées, ni non plus bien sûr à quelque héros mythique, mais à l’altérité positive elle-même, à cette bienveillance envers toute conscience, quelles que soient ses convictions.

 

28 novembre 2007

 

ton jeu de voiles et d’écharpes

en son insensible lenteur

d’une grâce si retenue qu’à peine les paupières

en suggèrent l’essence

est mon acquiescence

 

si presque quotidienne harpe

suressentielle j’attends l’heure

unique où peut-être en cette aube viendra comme hier

s’égrener ton accord

de ma reconnaissance

 

Acquiescere : se reposer, respirer, reprendre haleine ; mourir, se calmer, s’assoupir (la douleur) ; se plaire à ; consentir à : se ranger à l’opinion de.

 

Comment peut-on avoir la pateline innocence de demander aux Palestiniens exilés d’oublier leur terre « puisque cela fait déjà soixante ans qu’ils l’ont quittée », alors que l’on reste mythiquement attaché à la sienne depuis quelque deux mille ans ?

 

On peut tout de même aller en Inde sans être sommé de choisir entre le sexe et la mystique, entre l’exacerbation de la chair et l’exaltation de l’âme.

 

La dynamique essentielle de l’être fini le fait marcher dans l’équilibre instable de la fission et de la fusion, de la répulsion et de l’attraction, de la haine et de l’amour, du frein et de l’accélérateur.

Les religions ont surtout fonction d’accélérateur à l’origine, de frein ensuite. L’excès de l’immobilisme peut les pousser au retour à l’origine, mais la vérité de l’être est en son avenir.

 

Est-il nécessaire de comprendre pourquoi et comment le mythe du héros garde une telle emprise sur la psyché de l’Occidental ? Suffit-il de comprendre qu’il faut se libérer de toute irrationalité pour s’accomplir selon le vœu dernier de l’être ?

 

L’annonce du « royaume des cieux » de Yeshoua remet-elle en cause le mythe du paradis terrestre ?

 

La poésie rend attentif à l’eccéité de tout être et donc aussi de tout espace et de tout instant. Ainsi ce tilleul aujourd’hui a un visage qu’il n’a jamais eu encore et qu’il n’aura jamais plus. C’est comme tel que le regard poétique tente de l’aborder.

 

29 novembre 2007

 

Les maisons de tolérance étaient un exemple de tolérance d’un mal destinée à en éviter un plus grand. L’interdiction du préservatif par une certaine théologie morale est un exemple contraire. « Plutôt la mort que la souillure ! » L’exemple de cette jeune fille poignardée à mort avant-hier plutôt que de laisser violer… A-t-elle été victime de la morale rigoriste qu’on lui avait inculquée ? On se souvient peut-être de Marietta Goretti assassinée et canonisée pour avoir refusé de se laisser violer. Qu’en pensent les féministes des différents bords ?

 

Un certain nombre de ces vidéogags sont des invitations à la méchanceté : on apprend aux gens à rire de la douleur des autres.

 

Tout est relatif. À un absolu. Donc tout n’est pas relatif. Mais à quel absolu ? Ce réel dernier est-il accessible à toute conscience ? (Réel dernier pour la conscience, premier pour l’être.)

 

les humains sont tous là

secrètement liés

la carte déployée

t’invite à leurs ébats

 

respire avec le monde

fais-le battre en ton sang

ton âme aux quatre vents

volera dans la ronde

 

espère bientôt être

le randonneur sans fin

compagnon de chemin

de tes dix mille ancêtres

 

qui savent à la chair

en sa parturition

mêler l’esprit du don

pour d’autres millénaires

 

Credo ut intelliges, croire pour comprendre ? Cela supposerait que la connaissance à laquelle la foi donne accès est fiable. C’est un pari puisque l’objet de la foi n’est pas une évidence rationnelle.

« Je crois en Dieu le Père tout-puissant » est malheureusement, il semble bien, le produit de l’inconscient, la figure idéalisée et magnifiée du père terrestre. On ne peut espérer parvenir à la liberté de l’être qu’en s’en débarrassant pour sortir de sa minorité.

La croyance en la toute-puissance de l’être suprême conduit à l’impasse du mystère du mal.

Peut-on dire : « Je crois en l’infini tout-aimant » ? Est-ce une croyance si c’est une évidence rationnelle ? (La coexistence de l’infini et du fini a-t-elle une autre explication valable ?)

 

30 novembre 2007

 

Il faut certes se demander, comme pour les preuves de l’existence de Dieu, si l’évidence de l’infini tout-aimant n’est pas un simple avatar de la croyance au Dieu-Amour de la foi chrétienne. Mais l’important est de scruter cette évidence afin d’en mesurer l’irréfragabilité pour une conscience incroyante.

 

Le poème du jour, ce n’est jamais gagné. Pain quotidien, tu me le donnes en mon effort en cette étrange inattention où les mots semblent venir de nulle part, un peu comme tu es partout.

Et puis l’écoute et, plus encore, le travail du sculpteur syntaxique et sémantique ne sont jamais parfaits, parfois tristement imparfaits.

 

Il ne suffit pas, pour combattre le créationnisme, de présenter l’évolutionnisme comme la seule explication scientifique de l’apparition et de l’état actuel des êtres vivants sur la terre. Il ne suffit pas de répéter à satiété que « la vie doit tout au hasard ». Il ne peut s’agir du hasard mathématique, mais de ce hasard mystérieux dont un scientifique disait récemment qu’il était doué d’un « pouvoir imaginatif ».

 

dans la grande prairie

toute la nuit tu as marché

inévitablement

mais ce sont les nuages en leur déplacement

qui t’ont fait ce cortège cette cour ce divan

éphémère et changeant

 

car l’élan de l’esprit

te donne un pas déterminé

quand l’amour et la haine

dans la suite des mois incessamment enchaînent

pour faire de ta vie une inventive traîne

éternellement reine

 

après avant l’écrit

de tant et tant d’autres inspirés

œcuméniquement

rejoindre le cortège de tes dix mille amants

donne à la vie la mort la vie le sentiment

jusqu’à la fin des temps

 

Si l’on a pu parler d’une « tendance spontanée de la vie au progrès » pour tenter de comprendre l’Évolution, c’était qu’on ne l’attribuait pas au seul hasard, ni même au hasard jouant avec la nécessité.

 

1er décembre 2007

 

Si toute chose désirée déçoit lorsqu’on l’obtient, n’est-ce pas parce que le désir est infini, qu’il est désir de l’infini. Il faudrait donc rechercher comme objet de désir un objet infini, et il ne peut y avoir qu’un seul être infini.

Le besoin est de la chair, le désir est de l’esprit.

Si l’on comprend que l’être infini est altérité positive, on en conclut que le désirer, c’est désirer participer à sa sollicitude pour tout autre.

Dire que le désir est infini, c’est dire qu’il ne sera jamais satisfait, qu’il est éternel, éternel moteur de la vie, que l’autre est la vie éternelle.

 

va te laver

à Siloé

comment sinon pourrais-tu voir

le halo de cette colline

de ce chemin de ce village

faire chanter

après l’été

et jusqu’en l’hiver au plus noir

la beauté que l’esprit affine

pour te produire en son image

va te laver

à Siloé

 

Yeshoua demande de ne pas jurer (Matthieu 5, 34), mais le serment est une tradition juridique sacrée que ni la religion ni l’irréligion n’ont pu abolir. (Le plus drôle est de jurer sur la Bible qui nous dit de ne pas jurer). On ne peut prêter serment que dans la perspective d’une punition divine ou d’une réprobation sociale si l’on se parjure. Une conscience habitée par l’altérité positive est une conscience libre : elle ne se soucie ni d’une punition divine ni d’une réprobation sociale. Son langage est celui du oui et du non sans fioritures de la bienveillance envers tous. Et c’est elle qui peut parfois lui inspirer de mentir si l’on n’admet pas que mentir c’est refuser de dire la vérité à qui y a droit.

 

Faut-il, lorsqu’on n’attend plus rien de cette vie, attendre la mort ? La précéder ? Comme un désir d’anéantissement ? Comme un désir de poursuivre, de reprendre le chemin éternel ?

 

2 décembre 2007

 

L’humour d’Aimer n’est perceptible qu’aux consciences qui font leur vie de son intimité. L’Evangile a une parole peu évangélique (allez savoir pourquoi ?) lorsqu’il dit que les perles ne sont pas pour les porcs (et le porc est une bête immonde dans la culture sémite). Serions-nous tous des porcs tant que nous sommes incapables de découvrir les perles de l’humour de l’Amour

 

Le mythe du Retour du Seigneur tire sa valeur de la tension qu’il crée chez celles et ceux qui y croient. C’est une incitation à vivre les valeurs de l’altérité positive que le Seigneur présente dans l’Evangile.

 

tu remues en rêvant dans le chêne là-bas

enivré de soleil ou parfumé de vent

ensorcelé de brume ou passionné de givre

 

et de l’aube à la brune de midi à minuit

je voudrais te parler de cœur à cœur ouvert

de la vie à la mort toujours plus loin là-bas

 

L’organisation collective dans l’espace et le temps des éléments constitutifs d’un être vivant fût-il monocellulaire ne peut s’expliquer par la structure de ces éléments et par leurs propriétés d’association stéréospécifique. Quel est donc la nature du réseau d’informations qui organise la vie ? Est-on acculé à l’hypothèse d’une réalité non physicochimique ?

 

Le hasard statistique, mathématique, et la sélection censée l’organiser dans l’Évolution sont tous deux marqués par l’incohérence. « Des mutations qui se produisent par hasard, donc incohérentes, ne sauraient produire des structures cohérentes » (Encyclopédie Universalis, Article « Réductionnisme et holisme »).

Faire de la finalité, disons de la téléologie, un tabou sous prétexte qu’elle ne peut être que créationniste, conduit l’explication de l’Évolution à l’absurde.

Lire Pierre-Paul Grassé : L’Evolution du vivant. Matériaux pour une nouvelle théorie transformiste, Paris, Albin Michel 1973).

 

 

3 décembre 2007

 

Une Évolution non orientée est une Évolution niée. L’Évolution est une évidence, mais son processus demeure une énigme, et les hypothèses sont les bienvenues. L’évolutionnisme aléatoire est aussi ébouriffant que le créationnisme.

 

c’est le gris qui vous va le mieux

camaïeux rien que la nuance

 

votre dominance est la chance

de voir en la monotonie

le ton sur ton de l’harmonie

fiancer la faille à la maille

 

ici le passage insensible

dépasse ou presque le pensable

et donne ce sens où consonne

l’autre au proche en sa différence

 

le clair éclaire l’ombre sombre

et la forme en forme nouvelle

échange avec elle sa norme

pour les anges du paysage

 

grisailles rien que la nuance

n’est-il que le gris qui vous aille

Pour savoir si le matérialisme scientifique (certains diront que c’est un oxymore) soutient des intérêts économiques, suffit-il de se demander ce que serait l’économie d’une société spiritualiste ?

 

Faut-il être matérialiste pour dire : « Je suis mon corps » ? Dire « je suis mon corps », ce n’est pas dire « je ne suis qu’un corps ». Le « je suis mon corps » n’interdit pas l’esprit, mais à la mort l’esprit fait dire : « Je ne suis qu’un esprit. »

 

Le scientifique qui donne pour évidentes des explications qui ne le sont pas montre qu’il est mené par une idéologie. Il rappelle en tout cas que la recherche scientifique est quasiment toujours guidée par des idées philosophiques, conscientes ou non.

N’y a-t-il d’art que subversif ? Ou n’est-il subversif que parce qu’il participe de l’éternelle création dans l’élan du temps se dépouillant de ses mues successives ?

 

4 décembre 2007

 

est-ce un rideau de perles ou n’est-ce plus qu’un voile

en lambeaux de grisailles où le ciel est si pâle

que le bleu ne sait plus que son âme

 

nul visage ne parle en cette eau infinie

où le vide ne dit que le cœur de l’abîme

de silence à silence attentif

 

face à l’imperceptible immobile tiens-toi

et laisse les dix mille où l’autre se déploie

survenir et te dire   leur émoi

 

Un conscience qui ne vit plus que pour les autres (mais en existe-t-il en notre chair ?) ne peut se soucier de son avenir éternel. Elle ne se soucie que de celui des autres. Aimerait-elle autant si elle apprenait qu’elle s’annihilerait à sa mort? Cette question n’a pas de sens, car une telle conscience a le sentiment irréfragable de vivre de cette vie éternelle instant après instant où elle ne se soucie que de l’autre.

 

Faire de la vierge chrétienne consacrée une mystique épouse du Christ, c’est faire de Yeshoua un monstre polygame. Yeshoua “ressuscité” est “comme les anges dans le ciel” (Marc 12, 25). Il est maintenant tout esprit. Lorsqu’il était encore dans sa chair, il savait qu’elle n’était d’aucun usage pour la vie éternelle (Jean 6, 63), lui qui n’avait plus ni mère ni frère si ce n’était en l’esprit (Matthieu 12, 48ss). Comment alors aurait-il eu une épouse ou une compagne de chair, et n’en déplaise aux obsédés de Marie de Magdala ?

 

La pureté est un de ces concepts que Yeshoua transmue. Si la béatitude des cœurs purs est de voir Dieu (Matthieu 5, 8) et que Dieu est Amour (I Jean 4, 8), la pureté est d’aimer comme Dieu aime, d’aimer de l’amour dont Dieu aime, de participer à l’altérité positive de l’Eternel. La pureté n’est plus une qualité de l’individu, c’est un mode de relation aux autres. Vivre pour l’autre, c’est participer à la vie éternelle, c’est “voir Dieu”.

 

L’ennui est une bonne maladie de l’humain premier. C’est une chance aussi s’il y reconnaît une invitation du vide à rencontrer le cœur de l’être.

 

Faut-il, pour “purifier les portes de la perception”, regarder toute chose avec les yeux de la bienveillance et la voir en son eccéité?

 

5 décembre 2007

 

Il faut comprendre que Yeshoua t’appelait papa faute de mieux, par figure, lui qui ignorait sa mère et ses frères (Matthieu 12). Tu es au-delà de tout vocable, inaccessible à la parole et au concept. Mais nous te disons tu comme tu nous dis tu et nous invites à dire tu à tous. On peut d’ailleurs s’interroger sur la psychologie de Yeshoua, se demander pourquoi, à partir de quelle expérience humaine il avait choisi, instinctivement peut-être, de t’appeler père. Question sans doute sans réponse, mais stimulante.

 

que ce visage puisse avoir

tant de finesse et de douceur

d’humour d’intelligence

de tendresse latente

 

donne d’imaginer un peu

ce que ce serait de te voir

et de t’aimer d’amour

en douloureuse attente

 

amie ami vers ton image

le soir doucettement s’avance

où toute chair s’efface

et l’invisible sort

 

et gagne sage ton esprit

dans l’espoir de cet insensible

infiniment plus fort

qu’imaginée ta face

 

au sortir du sein de l’espace

quel cri de stupeur devant toi

l’autre fera jaillir

de ma reconnaissance

 

après avant tant de silences

les splendeurs douces fines belles

disent sans plus finir

ni lui ni elle   mais toi

 

La gloire de Dieu telle que Yeshoua la connaît en la vivant n’est rien autre qu’Aimer manifesté (Jean 17). Elle n’a rien à voir avec l’imagerie baroque.

N’était-il pas inévitable que Yeshoua ne parlât qu’en mashal ? Seul l’esprit donne de le pénétrer en vivant comme lui l’altérité positive.

 

Refuser dédaigneusement les non-spécialistes, c’est se priver de connaissances qui ne peuvent s’obtenir que dans l’interdisciplinarité de l’esprit encyclopédique où tout fragment renvoie à tous les autres et à la totalité.

 

6 décembre 2007

 

Après le phlogistique et l’éther, rangera-t-on aussi le hasard au magasin des accessoires ? Le hasard existe bien, mais le hasard qui agit dans le secret de la phylogenèse n’est pas celui de la mathématique. C’est une marionnette dont le montreur, si l’on en croit Claude Bernard, demeure à jamais invisible à la science: “Nous ne pouvons connaître que les conditions matérielles et non la nature même des phénomènes de la vie. Dès lors, nous n’avons affaire qu’à la matière, et non aux causes premières ou à la force vitale directrice qui en dérive. Ces causes nous sont inaccessibles.”

 

S’il est exact que l’ontogenèse reproduit la phylogenèse, son étude pourra-t-elle nous aider à mieux comprendre la vie et son élan ? Comment une cellule peut-elle être totipotente ? L’a-t-on expliqué de façon convaincante ou cela reste-t-il une énigme? “La biologie moléculaire ne nous a pas encore permis de comprendre comment une protéine unique… peut contrôler tout un programme de développement, de telle façon que les cellules s’organisent pour former… tel et tel organe » (P. Simpson, Encyclopedia Universalis. Ontogenèse animale).

La querelle entre épigénétisme et préformationnisme est-elle sous-tendue par une opposition philosophique entre spiritualisme et matérialisme?

 

Un point d’interrogation indique un doute et / ou une incertitude. Il faut avoir l’esprit mal tourné pour en faire une affirmation déguisée. Mais il existe toute une gamme d’incertitudes, tout un éventail de doutes.

 

quelle absence insensée vous attire

migrateurs

et quel est l’horizon

qui ne cesse là-bas

de s’enfuir

 

vos pensées ne sont-elles qu’un vent

qui vous traîne avec lui sans raison

que le vide

au fond des éléments

 

vos cohortes

à jamais provisoires

en l’espace n’ont-elles de maisons

que sans portes en l’unique mémoire

 

 

7 décembre 2007

 

Est-on pris dans l’alternative du matérialisme et du vitalisme pour expliquer l’ontogenèse?

 

Il est une façon de s’adresser à Dieu le Père – je m’abandonne entre tes bras – qui relève de l’infantilisme. Tu conduis les consciences à leur majorité, tu les libères du phallus et de l’utérus et les emmène au-delà de toute affection charnelle vers le je et le tu.

 

la cire qui s’écoule brûlante du moule

qu’elle a formé de son simple volume

sait-elle que la main qui l’a pétrie allume

le feu qui la dévore et la rend à la foule

 

regarde-la pleurer sans un gémissement

et puis s’évaporer dans la nature

pour y choisir en l’air et déployer plus pur

un sens où le plus libre est le plus transparent

 

mais la forme fugace où s’annonçait la belle

déjà sortie vivante de l’esprit

a passé le relais au feu liquide et dit

son merci à la cire   dans le bronze éternel

 

L’Occident n’est pas prêt à se passer de dieux, et pas seulement de ceux du stade, de la scène ou de l’écran. Que devient la sainte trinité du XXème siècle, Marx, Nietzsche et Freud ? On refuse d’attribuer les plus grands massacres de l’histoire aux deux premiers, on refuse de voir que le dernier continue de mener toutes sortes de gens par le nez. Nietzsche, dieu de l’anti-égalité, Marx, dieu de l’anti-liberté, Freud, dieu de l’anti-fraternité. Quel intellectuel ne se sent pas encore quelque secrète révérence pour l’un ou l’autre ?

 

Nous pouvons reconnaître, chercher à reconnaître toujours mieux ce que nous devons au judaïsme, au christianisme, à l’islam, et d’ailleurs à toutes les religions comme à toutes les philosophies, sans pour autant souscrire au credo de l’une ou de l’autre. Sans doute faut-il même les passer toutes au creuset de la contradiction pour leur faire dire la secrète substance de leur message.

 

Il semble exister dans notre cerveau une machine à trouver ou a faire du sens. Nous préférons la moindre translucidité à la totale opacité. Mais en poussant la machine on poursuit la connaissance du réel, et cette poursuite est peut-être mue par l’élan même de l’esprit à l’œuvre dans la matière et dans la vie qu’il en tire.

 

8 décembre 2007

 

     pour prendre la dernière feuille il a fallu

l’élan de toute une bourrasque

était-elle  celle qui plus

que les autres s’était accrochée

 

comme les autres elle est tombée

comme les autres jamais plus

sa chair au soleil ne dira qu’elle fut

unique dans la haine et dans l’amour

 

mais qu’importe elle n’a jamais su

ce que demain elle serait sans masque

dispersée dans la nuit sans retour

 

et ceux qui l’admiraient en ses atours

savaient le peu d’espace que

toute chair en sa place a tenu

 

Le vieillissement et la mort sont devenus une énigme scientifique après avoir été un scandale philosophique et théologique. Penser que « Dieu n’a pas fait la mort », c’est depuis notre connaissance de l’Évolution penser que le monde est mal fait, que tu l’as raté et qu’il est évidemment bien loin d’être le meilleur des mondes possibles.

En luttant contre le vieillissement et la mort, l’humain premier découvrira-t-il leur nécessité et leur sagesse ? La simple hypothèse d’une victoire contre la mort des humains dans leur totalité a de quoi nous remplir de stupeur. Ne seraient-ils que quelques-uns à en bénéficier, combien de temps leur faudrait-il pour en reconnaître l’horreur et la stupidité ?

 

Celui, celle dont Yeshoua révèle le nom (Jean 17, 6), c’est le dieu de Moïse caché derrière le nom sans nom « Je-suis-qui-je-suis » (Exode 3, 14). Moïse avait compris que son dieu demandait d’aimer, Yeshoua a compris qu’il le demande parce qu’il est agapè et que l’agapè est le cœur de l’être.

Ce qui est présent dans les profondeurs inaccessibles de l’énergie, de la matière, du vivant, de la conscience, c’est l’élan intelligent de l’amour de bienveillance.

 

Quelle divinité pour Yeshoua ? A son époque la divinisation, c’était plutôt tendance. Le culte impérial avait culminé dans la divinisation d’Auguste à sa mort en 14 avant l’ère chrétienne.

 

9 décembre 2007

 

Ecrire le désir d’écrire, le tourment d’écrire, la joie d’écrire (ou d’avoir écrit)…, est-ce du narcissisme ?

 

« Si tu connaissais tes péchés, tu perdrais cœur », me fait dire le lugubre Pascal (Pensées, éd. Sellier 751, p.580). Si tu connaissais mes grâces, tu jubilerais sans fin.

 

Parler d’une attente intransitive de l’inconscient, voire de la conscience, d’un désir sans objet, ce peut être soupçonner l’élan de l’esprit dans la temps-matière vers l’infini. La fidélité à l’être, la vérité qui donne la liberté, c’est de reconnaître l’objet de ce désir, de cette attente, et de marcher infiniment vers l’autre.

 

Pourquoi Jankélévitch a-t-il dit que ce qui est précieux est précaire ? Alors ce serait que l’or n’est pas précieux dans son monde de valeurs. Peut-être pensait-il au cerveau humain, matière la plus élaborée, la plus spiritualisée que l’on puisse trouver sur notre planète. Mais ce qui le rend précieux, ce n’est pas sa précarité ; c’est l’esprit éternel qui le travaille, comme la Genèse dit qu’il couvait les eaux (Genèse 1, 2). La précarité de cette matière précieuse donne à penser que sa préciosité n’est pas en elle mais en ce qui l’anime transitoirement.

 

les portes infiniment s’enfilent

de salle en salle la lumière

embrasse la ténèbre et l’autre à l’autre parle

 

les cohortes de monde en monde

sur les ondes envoient leurs messages

de sagesse où le sens naît de la différence

 

les feuilles d’herbe aux feuilles d’herbe

chantent semblables mais toujours

uniques réunies sur le chemin de l’éternel

 

Il ne suffit pas de rejeter les guérisons « miraculeuses » de Lourdes en disant qu’on en voit autant et tout aussi inexplicables dans les hôpitaux, il faut aussi se demander pourquoi certaines guérisons sont inexplicables, il faut en recherche la cause, où qu’elles se produisent.

 

Indulgence (plénière) ? Tu n’es pas indulgent, tu laisses cela aux puissants de la terre en leur immense sagesse. Tu es Aimer, et toute conscience qui t’accueille en aimant et pardonnant toute autre conscience participe gracieusement à ta vie.

 

L’Eternel conduit les consciences à leur majorité, les libère de la domination paternelle et de la possession maternelle, et puis toujours plus loin les emmène au-delà de toute affection charnelle dans l’égalité et la liberté de la fraternité universelle.

 

10 décembre 2007

 

La virginité est une valeur patriarcale. Elle n’a pas grand-chose à voir avec l’altérité positive de l’Eternel.

 

étonne-toi Vénus en l’excès de brillance

que la blancheur de ton sein révélé

aux approches de l’aube séduit

 

laisse-moi pour une heure avant de le fermer

contempler la splendeur et l’œil immense

que tu donnes aux amants éblouis

 

par la nuit de lumière tout le jour absorbé

étoile noire sans même que j’y pense

tu guideras mon chemin vers l’esprit

 

Le président libyen justifie l’usage du terrorisme par la faiblesse des opprimés. Scandale ! Mais qu’est-ce que le terrorisme ? Et d’abord que signifie le mot terrorisme en arabe ? Il existe une possible querelle de mots.

Il existe en tout cas une querelle de leur usage. Les résistants français sous l’occupation allemande (pardon, nazie) étaient appelés terroristes par les occupants et par leurs collaborateurs. On parle de terrorisme d’État en Palestine lorsqu’on défend la cause palestinienne. On a parlé de terrorisme sioniste en 1948 lorsque l’Irgoun Zvaï Leumi a massacré le village arabe de Deir Yassin et assassiné le comte Folke Bernadotte. Et puis, de quel terrorisme parle-t-on ? S’attaquer à des soldats, ce n’est pas la même chose que s’attaquer à des civils.

A ajouter au dossier, les « dommages collatéraux », où l’on peut encore distinguer entre ceux que l’on n’a pas réussi à éviter et ceux que l’on a considérés comme un détail. Certains vous diront que l’acte terroriste le plus horrible du XXème siècle est celui d’Hiroshima et Nagasaki (que l’on justifie parce qu’il a atteint son but, terroriser les Japonais).

 

Lorsque Albert Jacquard parle du « pouvoir imaginatif » du hasard, est-il bien loin du dessein intelligent ? Le dessein intelligent est-il un avatar du créationnisme fixiste comme le disent ces évolutionnistes pour qui « la vie doit tout au hasard » ?

 

On n’en finit pas de découvrir les secrets de l’espace. Le peintres aussi y travaillent.

 

11 décembre 2007

 

Qui niera que la matière et la vie sont pétries d’intelligence ? Qui affirmera que le hasard est intelligent ? Dire que la vie doit tout au hasard, c’est faire le lit de l’intelligent design dans la mesure où il apporte une réponse aux esprits qui s’interrogent sur la présence de l’intelligence dans la matière. Encore faudrait-il écouter, plutôt que ceux qui s’y opposent, les tenants de l’intelligent design pour savoir ce qu’ils pensent.

 

toutes ces verticales dans la chambre

les vois-tu comme tu les sais

 

la porte la fenêtre plus hautes que larges

les armoires les cadres debout

 

pressés les livres dressés

sur les rayons de la bibliothèque

 

et sur toutes leurs parallèles

les cartes aux murs alignées

 

imagine-les cependant

qui infiniment prolongées se rejoignent

 

et rien que sur la carte de la terre

regarde bien les méridiens restés fidèles à la courbe

 

lignes belles de l’univers

comme elles que ton corps se cambre

 

Vivre en présence de l’Eternel, c’est ne cesser de vouloir le bien des autres.

 

Existe-t-il un psychisme collectif ? Un analogue ou un identique de l’inconscient collectif de Jung, de la grande mémoire de Yeats, de la communion des saints catholique ? Si l’on admet l’existence d’une réalité psychique indépendante de la matière, on peut se demander le rôle qu’elle joue dans la psychologie des foules (Evidemment un matérialiste l’explique par de subtils échanges de signes).

Que penser d’une affirmation comme : « toute âme qui s’élève élève le monde » et la croyance au pouvoir social des purs contemplatifs ?

Faut-il joindre à ce dossier la réaction de Yeshoua face à la mort des dix-huit personnes écrasées par la chute de la tour de Siloé et des Galiléens massacrés par Pilate (Luc 13, 1ss) ? Pour lui, ils n’étaient pas individuellement coupables, mais « si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même ».

 

12 décembre 2007

 

« Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous pareillement ». Yeshoua veut d’abord faire comprendre qu’il n’existe pas de lien individuel entre le mal physique et le péché, comme il le fait lors de la guérison de l’aveugle-né (Jean 9, 2). Mais il n’affirme pas pour autant qu’il existe un lien collectif : « vous périrez tous pareillement » ? Qu’a-t-il dit en araméen ? La traduction est-elle fidèle ? Dans la perspective de son intuition fondatrice et du langage parabolique, cela pourrait signifier : Si vous n’accueillez pas le Don, si vous n’aimez pas l’autre comme autre (à la manière du Bon Samaritain), vous n’aurez pas en vous la vie éternelle. C’est la tautologie de l’inhérence de l’altérité positive et de la vie éternelle. Car la vie de l’Eternel, son être même, est altérité positive.

 

Chez Yeshoua, la formule « qui n’est pas avec moi est contre moi » ne peut se comprendre, si elle est authentique, qu’en parabole de l’unique message de l’altérité positive. On accueille le Don ou on ne l’accueille pas. Et pourtant, heureusement, on l’accueille plus ou moins parfaitement dans l’élan qui en continuité-discontinuité invite l’humain premier à passer à l’humain dernier.

 

clins d’yeux amoureux de la belle

du proche jusqu’au plus lointain

 

tapis d’étoiles éphémères

sœurs des plus distantes lumières

 

filles de la mère soleil

qui avec elles s’émerveille

 

en l’archipel des cent mille îles

ravissement de l’inutile

 

relais des plus purs souvenirs

vers les plus mûrs de l’avenir

 

blancheur plus blanche que le rêve

du baiser brûlant qui l’achève

 

précaire dans l’air du matin

fragile le givre étincelle

 

Quand le judaïsme a-t-il abandonné la loi du talion, la lapidation, le rite du bouc émissaire ? Pourquoi et comment ? Les musulmans fondamentalistes se posent-ils cette question ?

 

Ne vaut-il pas mieux perdre la raison un instant en jouissant de la petite mort que de perdre des jours et des années en infligeant la grande mort (d’autant plus que la petite mort n’est pas incompatible avec l’apparition d’une petite vie) ?

 

Quelle mort dans la dignité pour une conscience qui espère enfin se joindre au pèlerinage des innombrables ?

 

13 décembre 2007

 

Slogan ambigu que ce « mourir dans la dignité ». On l’a utilisé pour encourager l’euthanasie, et voilà qu’on l’utilise pour l’interdire.

 

La civilisation de production-consommation n’est plus seulement accusée d’être jumelée avec une régression morale, ce dont bien des gens n’ont rien à battre, mais avec une destruction planétaire, ce qui commence à inquiéter les yeux dessillés.

 

Par évidence rationnelle, rien n’est sans cause. Penser que l’indéterminisme c’est l’absence de cause risque de vous amener à dire que si un phénomène n’a pas de cause physique, c’est que la cause est spirituelle. Si vous êtes matérialiste, vous essaierez de démontrer le déterminisme ; si vous êtes spiritualiste, l’indéterminisme. Le problème demeure de découvrir pourquoi vous êtes matérialiste ou spiritualiste (Est-ce un autre problème de l’œuf et de la poule ? Est-on matérialiste parce qu’on est déterministe ou déterministe parce qu’on est matérialiste ?).

 

Petite vie deviendra grande, petite mort aussi.

 

cette fleur sur ses cheveux

comme l’enfant sur son sein

et sur son doigt cette pierre

est le signe de son âme

 

ce que c’est que d’être femme

vient ici à la lumière

et à l’ombre bleue du rien

qui se révèle en ses yeux

 

mais ses yeux restent mi-clos

tout attentifs à son autre

né de cette entraille même

qui enfante l’univers

 

et la rime de ce vers

est la fleur qui dit je t’aime

au nom même de ce nôtre

dont son doigt est le dévot

 

Picasso, « Maternité »

 

La question : « Lorsque je dis que je mens, est-ce que je mens ? » peut être une invitation à comprendre que les mots sont des nigauds.

 

14 décembre 2007

 

Est-ce à l’interface de l’indéterminisme microphysique et du déterminisme macrophysique que se joue le procès de l’esprit investissant toujours plus la matière pour qu’elle donne naissance à la vie, et puis la vie pour qu’elle se donne une conscience toujours plus aiguë, et puis la conscience pour qu’elle accueille le Don éternel ?

 

Lorsque je dis : « Je mens », on peut comprendre que je dis avoir l’habitude de mentir mais que je ne mens pas maintenant. Lorsque je dis : « Je mens maintenant », on peut comprendre que ce que je viens de dire est un mensonge (le maintenant s’étire au-delà de l’instant de son énonciation). Mais peut-on penser à la fois que l’on ment et que l’on ne ment pas dans l’instant où l’on dit que l’on ment sans apercevoir la force irréfragable du principe de contradiction ? (Et que les mots peuvent ne rien vouloir dire).

 

lorsque vient la saison

de l’avant-dernier âge

dépouille le bocage

élargis l’horizon

 

les arbres dévêtus

laissent l’espace vivre

et leur absence livre

le vide au bord du nu

 

écarte la maison

pour le pèlerinage

rejoins le corps des mages

qui perdent la raison

 

pour le jeu inconnu

où dans leur âme vive

notre infini dérive

vers le je et le tu

 

Pour une intelligence consciente de l’infini donnant à l’autre d’être à partir de son être, chaque maternité est une épiphanie du Don. Pour elle aussi la chair de l’humain dernier est une maternité de l’esprit, et la chair qui meurt manifeste la mort de Dieu pour que l’humain dernier vive d’Aimer.

 

Si le traité constitutionnel européen est « incompréhensible pour un Européen moyen », il ne peut faire l’objet d’un référendum, il doit être ratifié par ces gens plus intelligents que sont censés être ceux que l’Européen moyen élit pour le représenter.

 

15 décembre 2007

 

Anti-modernisme. Encore un mot piège ? Il ne faut en tout cas jamais te définir comme anti-, comme rebelle, comme révolté. Ce serait t’aliéner. Le refus du politiquement, religieusement, culturellement, scientifiquement, esthétiquement… correct ne doit venir que de la certitude de l’évidence intérieure. C’est cette vérité qui libère dans l’accueil de l’être comme altérité positive. Est-ce un peu ce qu’Albert Camus voulait dire : « Au cœur de ma révolte dormait un consentement » ?

 

La femme qui avait tué le pasteur Roger Schutz le 16 août 2005 vient de bénéficier d’un non-lieu pour raison psychiatrique. Cette mort sanglante de Frère Roger a-t-elle été le dernier supplément du Don ? la mort douloureuse et ignominieuse de Yeshoua a-t-elle été son accomplissement, son aboutissement,sa perfection comme l’insinue l’Evangile (Luc 13, 32 : tèleioumai. Cf. Jean 19, 30 : tètélestai ; Hébreux 11, 40 : teleiothosin ; 12, 23 : tètèleioménon) ?

 

le givre en jade change l’émeraude

du jeune blé

son eau de vie en ode

se transfigure

murmure

la chanson douce sur le champ de l’onde ensommeillée

 

viennent le gel et la neige profonde

que le mystère

de la mort annoncée

où se répand

le blanc

du silence se fonde au silence de notre terre

 

Pourquoi celles et ceux qui se réclament de Descartes ignorent-ils à quel point Dieu était présent dans son système ?

Tu es plus intime à tout être en ton altérité positive que son existence même, mais tu es trop intelligent pour n’avoir pas fait que ton autre soit totalement autonome.

 

Qu’est-ce qui fait que l’on est pour ou contre le suicide (assisté ou non) ? Est-ce des raisons inconscientes ? Est-ce un principe ?

 

16 décembre 2007

 

Comment ne pas rechercher le silence du silence lorsqu’on te sait l’habiter ? Est-ce le secret de thanatos ?

 

La recherche d’une immédiateté de la conscience au réel est-elle un désir fantasmé de possession ? De fusion ? Cela fait en tout cas un moteur de recherche hors de prix.

 

La violence gratuite, ou presque, est-elle en croissance ou est-elle seulement mieux connue ? Existe-t-il un climat de violence au sens d’atmosphère psychique ? Le matérialisme est par inhérence incapable d’en faire l’hypothèse.

 

le reflet de l’écran donne un autre visage

à ton visage

et à ta chambre dans son ombre

 

le délinéament s’estompe en la grisaille

plus rien ne saille

pour l’amant de la nuit sans nombre

 

secrètement la droite et la gauche s’échangent

avec leurs anges

un clin d’œil d’espace complice

 

toi-même et même l’autre comme autres s’aperçoivent

qu’ils se conçoivent

ultimement et s’accomplissent

 

Accueillir l’altérité positive conduit à accepter l’idée du meilleur des mondes possibles, où la mort s’inscrit dans la dynamique de la spiritualisation des consciences incarnées. Dès lors les pulsions de mort, le thanatos de la psychanalyse, appartiennent à la mise en œuvre de cette dynamique.

L’altérité positive opère cependant par inhérence de son essence, dans la liberté et la dynamique de libération qui ne fait qu’un avec la spiritualisation.

 

L’humilité n’est pas une vertu, une force. Elle fait partie de la conscience de l’altérité positive. L’altérité positive est « impossible aux hommes » (Matthieu 19, 26). Nul ne peut s’en glorifier.

 

17 décembre 2007

 

« Si tu diffères de moi, tu m’enrichis ». Saint-Exupéry, dit-on. L’humain dernier ne cherche pas à s’enrichir ; l’autre l’intéresse, le réjouit et l’attriste en son altérité. Mais que l’humain premier s’intéresse à l’autre pour un enrichissement mutuel l’emmène sur le chemin de l’humain dernier.

 

Comment le bouddhisme voit-il inhérer l’une à l’autre le connaissance et la compassion ?

 

On n’expulse plus les sans-papiers, on les « éloigne ». Ah, ces roueries langagières ! Poussées trop loin, elles appellent le mépris. A malin, malin et demi.

 

la hache ouvre des yeux sanglants

aux flancs du pin qui se démembre

quel est donc le secret de l’ambre

en ces veines de cent mille ans

 

les pentes de l’Himalaya

ont élaboré cette essence

subtile en belle connivence

de l’abeille qui s’y plia

 

un jour peut-être en son succin

après cent autres millénaires

sa momie retrouvera l’air

de l’enfant au sortir du sein

 

mais les yeux secs et les blessures

évaporées de son parfum

se seront dilués dans l’un

du souvenir de la nature

 

réjouis-toi donc en tes larmes

d’embaumer un instant l’espace

avant de gagner mille faces

dans le commerce de tes charmes

 

Si l’altérité positive est le secret de l’être, connaître le secret de l’être invite à y participer, comme y participer conduit à le connaître. En langue française, la compassion est le nom bouddhiste de l’amour de l’autre comme autre, de l’altérité positive.

 

La forme de ton corps telle que tu la ressens dans la danse a-t-elle un âge ?

 

18 décembre 2007

 

L’identité est une poupée russe, et il faut se faire poupée russe pour la connaître. La plus petite est celle de la naissance, de la famille, puis vient toute la série des formes de plus en plus grandes : la communauté du village ou du quartier, la région, la nation en leur langue et culture, la terre, l’univers. Mais ce n’est pas le tout de l’identité : il y a aussi l’identité du vide à l’intérieur de la plus petite, celle du vide intermédiaire entre chacune des poupées et celle du vide à l’extérieur de la plus grande. Au-delà de ses appartenances, l’identité d’une personne humaine s’étend dans l’infime de son intériorité et dans l’infini de son extériorité.

 

Le désir d’immédiateté est-il un désir de se fondre en l’autre ?

 

le pain qui s’offre sur la table

est une peau est une chair

que le soleil du four a prises

entre ses bras

 

car le four se nourrit de l’arbre

et l’arbre vit de la lumière

où le soleil se réjouit

de ses ébats

 

le pain que s’offrent les amis

lorsqu’ils partagent leur repas

noue le passé à l’avenir

de leurs frontières

 

car la chair s’adonne à l’esprit

et la peau murmure tout bas

la présence de l’infini

à toute terre

 

alors au soleil de la table

arrête-toi et considère

la douceur de l’autre unanime

entre ses bras

 

Il ne s’agit pas de se dépouiller, de se déposséder, il s’agit de vivre pour les autres. Le dépouillement, la dépossession libératrice, est donné par surcroît.

La poésie ne déchire pas le silence, elle le sculpte.

 

19 décembre 2007

 

Existe-t-il un seul territoire de notre pays qui n’ait été approprié et conservé par les armes ? Nous y sommes tous associés par nos ancêtres. Les châteaux forts qui décorent nos paysages nous le rappellent.

 

Certains, certaines donnent l’impression de mieux goûter leur vie sexuelle lorsqu’ils, elles peuvent la pimenter de culpabilité et de défi à notre société ouranienne patriarcale.

 

le secret de cette résine

en pleurs au flanc du pin

murmure le raffinement

d’une senteur élaborée

 

pour enfin venir à l’orée

de cet achèvement

qui donc a conduit le destin

de la millénaire en gésine

 

L’hospitalité inconditionnelle n’est pas de ce monde, c’est celle d’Aimer. L’hospitalité de l’humain premier en marche vers l’humain dernier doit composer avec la dynamique de la vie en son dialogue de l’amour qui attire et de la haine qui repousse, de la paternité qui protège et domine et de la maternité qui nourrit et possède.

 

On peut avoir de l’estime et de l’affection pour Thérèse de Lisieux sans souscrire à son infantilisme de petite file à son « papa le bon Dieu », résidu de patriarcat. Elle a tout de même réussi à adoucir la figure de l’irascible potentat.

 

Si le doute est inhérent à la croyance, si elle ne peut se fonder chez une conscience lucide que sur un « pari » ou sur une « grammaire de l’assentiment », c’est qu’elle renferme une invitation à son dépassement. A moins de prétendre que l’intelligence qui nous est donnée ne soit un cadeau empoisonné.

 

La lecture critique, analytique, d’un poème ne vise pas à le comprendre pour le dominer et posséder. Elle est mue par l’émotion esthétique qu’il suscite et elle vise à l’intensifier afin de mieux dialoguer avec lui.

 

20 décembre 2007

 

A quoi attribuer le nombre si élevé d’intellectuels juifs ? Privé de terre, le peuple juif s’est recentré sur l’étude de la Torah et de ses commentaires sans cesse renouvelés. Son identité est inhérente à l’exercice de l’intelligence.

 

Un poème n’est pas un « il » à comprendre mais un « tu » à connaître. N’est-il pas unique, irremplaçable ?

 

Jean le Baptiste ne s’est pas jugé digne de délacer les sandales de celui qu’il annonçait, celui qu’il annonçait s’est jugé digne de laver les pieds de ses compagnons.

 

Lorsque le poète dit qu’il crée le sens par la parole, a-t-il conscience que cette parole naît en son moi profond, en son « moi sans moi » comme disait Proust ? Certes les choses ne sont pas aussi simples. Il y a collaboration entre le moi conscient et ce moi sans moi inconscient, entre l’art et le génie, aurait dit Horace. Et puis il faut un déclencheur au poème, celui de l’émotion éprouvée dans l’amour ou la haine, la douleur, la paix… sur toute la lyre des sentiments, face aux spectacles de la nature… Et il faut encore que cette émotion se transmue en émotion esthétique, qu’elle se teinte de pancalisme dans l’intuition d’une beauté omniprésente.

 

ton œil est clos sous l’horizon

 

mais fluide s’étire ton sourcil

et ta paupière ombrée de mauve

rayonne encore de douceur

 

ô sœur attarde-toi demeure

immense en mon regard et que je sauve

la beauté de ton beau souci

viens vivre au cœur de ma maison

 

« L’ennui absolu n’est en soi que la vie toute nue, quand elle se regarde clairement » (Paul Valéry, L’Âme de la Danse.) La vie nue ici, c’est cet être sans divertissement pascalien, ce vide où l’Etre demeure. C’est toi pour celles et ceux qui te reconnaissent et t’accueillent.

 

21 décembre 2007

 

au jardin de galets

les rochers entretiennent la juste distance

en belle rectitude

des quatre murs et angles

 

il n’y a pas de porte

on ne pénètre pas au cœur de la cité

interdite est ton âme

aux pas du pèlerin

 

mais l’approche suffit

et le silence pleure au silence ravi

de la chair qui s’en va

au chemin de l’esprit

 

Quel parallèle entre le couple eros-thanatos et le couple philia-neikos ?

 

On a dit qu’au néolithique l’homme vivait tout entier dans le sacré, que le sacré n’était pas une part réservée dans le profane, qu’il n’y avait pas de profane dans une nature qui pour l’homme était tout entière un temple. Les actes les plus ordinaires était accomplis dans une conscience mystique. Et puis vinrent les espaces et les temps sacrés, dit-on.

Le spirituel post-religieux peut vivre analogiquement cette situation mystique de l’humain primitif en demeurant attentif à la présence de l’Eternel, non comme force numineuse mais comme Aimer, ce non-autre à qui nul être n’est étranger, dont « nous sommes aussi de sa race ».

 

Cette répulsion et cette fascination que donne la vue d’un sexe a-t-elle quelque analogie avec ce que Otto décrivait comme le sacré ? La violence de l’émotion déclenchée semble en tout cas expliquer le mutisme paralysé sur la vie sexuelle qui s’est transmis de génération en génération dans tant de familles. Le tabou du sacré, le sacré du tabou, est aussi une paralysie de l’esprit.

 

Pourquoi mépriser l’analogie ? Il suffit de s’en méfier. On le sait bien, « comparaison n’est pas raison », mais « le symbole donne à penser ».

 

22 décembre 2007

 

Quelles que soient les conditions de sa grossesse, une femme qui fait un enfant est un temple. On ne devrait intérieurement l’aborder que déchaussé. Elle donne à voir le mystère de l’être, de l’infini et du fini, du même et de l’autre, du non-autre tout-autre.

 

Ambiguïté du mot « sacré ». Il peut être pensé par opposition au profane. Il peut être le symbole d’un envahissement asservissant…

 

Dans notre langage d’oppositions, le « nous » s’oppose-t-il fatalement aux « ils » ?

 

Il ne suffit pas plus d’être sage pour accueillir la vie d’Aimer qu’il ne suffit d’être intelligent pour être sage.

A observer les intellectuels et autres universitaires, on se dit que les valeurs de l’intellect et celles de l’éthique sont indépendantes. Cela est cohérent avec l’être de l’être comme altérité positive. Pourquoi les moins dotés par leurs gènes, leur éducation, leur culture… seraient-ils moins capables d’accueillir l’altérité positive dont l’égalité est une des inhérences ?

 

cette aile grise provisoire

qu’un moment mauve le nuage arrange

comme celle de la victoire

dure en son ange

 

et le marbre de Samothrace

que le désastre aura fait disparaître

gardera l’éternelle trace

née de son être

Penser que notre planète est la seule de l’univers à s’être dotée de la vie et de la conscience relève-t-il de la mentalité de l’élection ?

 

 

23 décembre 2007

 

Que dit le matérialisme d’une matière bourrée d’électronique ? D’où vient pour lui cette intelligence matérialisée ? Est-il acculé à refuser le principe de causalité ?

 

Comprendre le fin mot du langage parabolique (toujours ?) de Yeshoua, c’est comprendre le dilemme qu’il a dû affronter : être ou ne pas être écouté pour de mauvaises raisons parce que la bonne avait trop peu de chances de convaincre. Les gens qu’il abordait attendaient un messie alors qu’il souhaitait les introduire dans un monde sans messie, celui de la pure dilection. Il lui fallait parler le langage des signes de la puissance et du Tout-puissant alors que son intuition motrice était celle de l’agapè et du Tout-aimant.

L’un des problèmes du langage parabolique, c’est qu’on ne voit pas toujours qu’il l’est, et encore moins comment il l’est.

 

     ceci est une pomme

et ce couteau n’est pas une peinture

il est une menace

elle est une victime

 

ô être intime

que cette double face

de la chose et de sa figure

qui se donne à penser à qui la nomme

 

la pomme disparaît

et le couteau plus tard défiguré

fût-il même de pierre

revient à l’énergie

 

analogies

de demain et d’hier

immortelles de la pensée

le parfum de vos fleurs vit à jamais

 

La sagesse demande que l’on cherche toujours à parler avec ses ennemis. Les chefs d’États menacés par des rébellions devraient s’en souvenir.

 

24 décembre 2007

 

dans ton attente en cette heure muette

où se figent les points du gel

et l’immobile de la quête

espère la fête au fond de la nuit

de l’éternel

 

le cri du geai résonne

et l’air et l’eau mêlés

dans la brume se donnent

une complicité

 

qui porte la nouvelle

des ondes et de l’espace

pendant que parle aux ailes

la mère de leur race

 

qu’alors l’élan de la reconnaissance

trouve par les chemins   lucide

la voix qu’honore le silence

de la présence à jamais qui demeure

au cœur du vide

 

Si comprendre c’est posséder, Aimer ne peut se comprendre. Aimer est liberté pure, qui ni ne possède ni n’appartient.

Aimer n’est pas sensible au cœur, sauf à faire du cœur une figure de l’esprit, et de la sensibilité une réalité dégagée de la chair.

Je te sais présent au vide parce que je te sais présentissime à toute chose. Je le sais, je ne le sens pas.

Le vide insensible est ta meilleure présence, et c’est là qu’à ma disparition de la chair j’espère te trouver.

Mais la plus sûre voie est ici maintenant chaque autre, tout prochain. Si je sais que je te rencontre au vide, c’est que j’éprouve compassion pour tout autre et que Toi seul me la peux donner.

Le silence que je goûte est-il plus savoureux que toute musique parce qu’il est le reflux en ma chair de ton silence ?

 

Les religions, leurs rites et leurs mythes, ont une fonction pédagogique. Elles doivent servir de relais entre l’humain premier et l’humain dernier en chemin vers l’éternité de la dilection. S’il faut les évaluer du dehors, puisque du dedans chacune s’estime être la meilleure, c’est à l’aune de la dilection, de leur capacité à y introduire leurs fidèles.

 

25 décembre 2007

 

que solennelle fut ta montée dans l’ombre revenue

ta plénitude avait-elle désir de la voir t’honorer

tu t’attardes un instant dans le texte des arbres nus et les donnes à lire

crois-tu trouver pour lui des regards attentifs

tu parles même au haut pylône et lui confie un rêve

mais qui saura l’interpréter

et puis dans les nuages fins tendus comme une mélodie tu passes

quel pianiste viendra lentement déchiffrer ta parturiente partition

maintenant le nimbe t’accompagne et le cortège de tes adorateurs converge

en restera-t-il quelques-uns pour te suivre jusque dans le vide

ta dure nudité se prépare à franchir l’abîme et naviguer en solitaire

n’en a-t-il pas été toujours ainsi

 

Lorsqu’on dit que croire ne sert à rien, peut-être pense-t-on que la foi ne sert pas celle, celui qui accueille Aimer mais lui donne d’aimer servir les autres et d’entrer ainsi dans la vie éternelle. La vie éternelle ne sert à rien, elle est.

 

Vous me dites qu’il faut avoir des peaux de saucisson sur les yeux pour ne pas voir la différence et l’incohérence entre la naissance dans la mangeoire et la messe de minuit dans la gloire du Bernin. Vous n’y entendez rien. Relisez ce que Paul a écrit aux Philippiens : Jésus-Dieu s’est vidé de lui-même, eauton èkénosen, pour mieux se laisser remplir et recevoir l’hommage de tout genou fléchi au ciel, sur terre et dans les enfers (Philippiens 2, 5-11).

Monsieur de la Rochefoucauld l’a bien compris, sans doute pour l’avoir lui-même vu et vécu : « L’humilité est un artifice de l’orgueil qui s’abaisse pour s’élever ». C’est bien ce que vous dis, môssieur, Paul n’a pas compris Yeshoua, et que la gloire d’Aimer n’est que d’aimer et de permettre à l’humain de vivre de cet amour. Irénée de Lyon semble l’avoir senti, lui : « La gloire de Dieu  c’est l’homme vivant ».

 

Les philosophes devraient ériger une statue à la gloire du point d’interrogation.

 

26 décembre 2007

 

La pomme et le couteau : utérus et phallus, matriarcat et patriarcat. Le couteau ne peut-il être que le destructeur de la pomme ? Les pommes de Chardin, Fantin-Latour, Cézanne… sont-elles indestructibles ? Non bien sûr, mais Pomone demeure.

 

la montagne Sainte-Victoire

éblouissante ici dans le bleu qui l’embrasse

s’élève immaculée en sa blancheur

au-dessus d’une orgie

de couleurs

 

la hauteur

divine qui surgit

tire de la débauche sa splendeur

le bas exubérant qu’illumine la face

lui donne de gagner la gloire

 

Le pour et le contre. Cet héritage linguistique du dualisme continue de nous gouverner dans notre vie politique, judiciaire, religieuse… Le gouvernement et l’opposition, la partie civile et la défense, le « qui n’est pas avec moi est contre moi »…

L’histoire des hérésies est-elle une histoire des rendez-vous manqués ? Un parti a triomphé de l’autre, laissant échapper une vérité toujours au-delà des concepts en la figeant dans des dogmes trompeurs.

 

Le rythme binaire de la contraction et de l’expansion nous tient la chair de la naissance à la mort : systole – diastole, expiration – inspiration.

 

Comprendre que l’on ne peut parler de la métaphore qu’en usant de métaphores, c’est s’inviter à comprendre que la pensée est au-delà des mots qui lui donnent chair, ou, pour parler moins métaphoriquement peut-être, qui font passer de l’esprit à la matière. « Passer » est métaphorique puisque l’esprit, étant non spatial, ne se déplace pas.

 

Les ennemis doivent dialoguer, à plus forte raison les scientifiques, qui ne peuvent s’avouer que leur science en fait parfois des ennemis d’une autre science, comme il arrive entre les chercheurs de la psychanalyse et les chercheurs des sciences cognitives.

 

27 décembre 2007

 

Existe-t-il une explication scientifique (psychanalytique ?) au fantasme de la profanation, qui fait que les candidates au titre de Miss France sont présentées en leur chair resplendissante avec des ailes d’ange et tout de blanc dévêtues ? Est-ce une façon de tirer la barbe à dieu le père ? Ou de présenter au monarque de l’univers de nouvelles épouses pour son harem ? Que l’élue soit menacée d’être déchue de son titre pour avoir été vue en sa splendeur sur une croix montrerait qu’il ne faut tout de même pas pousser le bouchon trop loin.

L’Occident a envahi la planète de son matérialisme dévorant. Ira-t-il en sa stupidité jusqu’à l’engloutir et lui-même avec elle ?

 

« On ne naît pas homme, on le devient » (Erasme). On le devient parce qu’on a la capacité de le devenir, sinon un nouveau-né ne serait qu’un animal et pourrait être traité comme tel (pour ne rien dire d’un fœtus, viable ou pas).

 

Qui fait quoi dans l’intégration et la non-intégration des immigrés ? Celle, celui qui accueille ou refuse (ou néglige) d’accueillir et / ou celle, celui qui s’intègre ou refuse de s’intégrer ? L’altérité négative induit à penser que c’est l’autre qui ne fait pas ce qu’il faut, l’altérité positive que c’est soi-même.

 

Dans notre France du XXIème siècle, un philosophe qui enseigne l’épicurisme mène un combat gagné d’avance.

 

vive un instant dans l’arbre nu

une mésange fait escale

ou ne serait-ce que visite

d’inspection de son territoire

 

elle n’est que donnée à voir

et si rapide que j’hésite

à la reconnaître au dédale

de ses spectacles impromptus

 

il suffit qu’elle me rappelle

pourtant l’existence nomade

où le point cède à la surface

en son incessante aventure

 

pour que je me trouve des ailes

et qu’au volume je m’évade

dans la poursuite de l’espace

ange résous au vide pur

 

28 décembre 2007

 

Ne faut-il pas être tordu pour penser que ce qui conduit au bonheur ne peut être qu’une erreur puisque la douleur est le moteur de la surhumanisation ?

 

ceux qui te voient de loin reconnaissent ton port

estiment ta récolte et le prix de tes planches

scientifiquement te classent ou fins esthètes

admirent ce qu’en toi gagne le paysage

 

mais ceux qui te connaissent longuement envisagent

l’inexplicable jeu de tes moindres branchettes

devinent tes racines  entrent en ce qui hanche

unique le dessin où se dit ton rapport

 

Le cri du geai, oui. « Aucun bruit ne dissone qui parle de la vie », « No sound is dissonant which tells of life » (S. T. Coleridge, « This Lime-Tree Bower my Prison »). L’univers du romantique anglais est tout de même plus réjouissant que « l’oasis d’horreur dans un désert d’ennui » de notre Baudelaire. Coleridge parle d’un croassement. A ceux qui associent le corbeau au malheur et à la mort, un compagnon du monde dit qu’il y reconnaît la vie et qu’il s’en réjouit.

 

Que les physiciens des particules peinent à mettre en mots leurs découvertes tend à faire penser que la vérité, l’expression de la réalité dernière, est au-delà du langage, que la réalité est littéralement indicible, et cependant saisissable par l’esprit qui s’efforce presque vainement de l’exprimer.

 

Chercher la vérité de l’être en se regardant dans on miroir ne peut aboutir que si le regard y découvre l’autre. Et comment l’y découvrir si on le l’a pas d’abord rencontré dans les autres ?

 

La chance qu’offre le territoire inculte des déserts et des brousses, c’est que l’on peut y choisir et faire son propre chemin.

 

La pensée verbalisée échappe-t-elle jamais à la métaphore ? Dire que l’infini nous est présent plutôt que transcendant ou immanent, c’est encore parler métaphoriquement, surtout pour un fanatique de l’étymologie : prae-esse c’est être devant, et le verbe être lui-même ne peut manquer d’avoir d’abord été perçu comme matériel et sensible.

Le fin mot des choses n’est pas un mot. Au véhicule correspond une teneur de la métaphore (au métapheur une métaphrande pour les jargonneurs), et cette teneur est parfois un immatériel connu comme tel.

 

29 décembre 2007

 

« Marche en ma présence et sois parfait » (Genèse 17, 1). La perfection c’est de marcher en présence de l’Eternel, c’est-à-dire d’Aimer :

« He prayeth best, who loveth best

All things both great and small »

Il prie le mieux qui le mieux aime

Toute petite ou grande chose

( S. T. Coleridge, The Rime of the Ancient Mariner, v. 614s)

 

La perfection c’est de penser sans cesse aux autres, sachant que cela n’est possible qu’en participation à Aimer, à toi infiniment plus toi que quiconque, sachant que ce n’est qu’avec toi que nous sommes je pour tous les toi de l’univers, de tous les univers.

N’est-ce pas le sens de l’oraison perpétuelle ? C’est un combat, car l’humain premier ne cesse de nous en détourner : irritations, désirs, mépris, jalousies… Mais c’est un combat dans la grâce : « vouloir le bien est en mon pouvoir, mais non de l’accomplir » (Romains 7, 18) et, pour pousser l’hyperbole : « Il opère en nous le vouloir et le faire » (Philippiens 2, 13)

 

quand l’air humide est de retour

et que le peuple des jardins

des haies des arbres des buissons

retrouve ses voix familières

 

échange avec lui la prière

de cette belle dilection

qui lui fait vivre le destin

de ses haines et de ses amours

 

Si le salut est individuel, c’est qu’il n’est rien autre qu’aimer de dilection, qu’aimer ainsi ne peut être que libre et que la liberté dernière est celle de la personne. Mais ce salut est la négation de l’individualisme, puisque aimer ainsi c’est ne pas cesser de se soucier des autres eux-mêmes pour eux-mêmes.

 

Le « moi sans moi » de l’artiste qui crée peut-il retentir sur le penser et l’agir du moi-je ? Le « moi sans moi » peut-il créer sans que le moi-je ne lui ouvre la porte ? L’inspiration n’est-elle pas parfois une possession où le je s’efface ?

 

30 décembre 2007

 

à minuit la harpe s’éveille

aux souffles de l’esprit qui passe

et ses harmonies sibyllines

invitent au grand silence

 

dans le repli de la conscience

lorsque ton écoute s’affine

vibrent les cordes de l’espace

où le vide en l’infini veille

 

Le bon grain et l’ivraie dans le champ de l’Eglise. On peut oser quelques interprétations, y compris celle qui fait de la dilection le bon grain et du mythe messianique l’ivraie. Faut-il alors retenir le sage conseil de Yeshoua, ne pas tenter d’arracher l’ivraie de peur de perdre le bon grain ?

 

Entre les libres-penseurs obsédés par la calotte et leurs cousins libertins obsédés par la culotte, il reste pas mal d’espace pour la liberté de l’esprit.

 

Homo erectus. D’où vient qu’en me sachant en ta présence je me redresse et cambre, la tête haute et les yeux clos comme l’aveugle, hiératique, immobile ?

Homo sapiens. Ne suis-je pas alors tout pensée, ouverture à la connaissance totale, cherchant à te connaître comme tu me connais et tout être en ton être, tout autre en ton non-autre ?

 

La vie éternelle, c’est de penser et agir avec toi, bien plus que de penser à toi.

 

S.T. Coleridge, tellement convaincu par son expérience de l’excellence de la vie au contact de la nature. Combien de ses lecteurs sont attentifs à son message ? Les mieux armés conceptuellement comptent parmi les moins aptes à l’accueillir esthétiquement.

 

Lorsqu’une encyclopédie parle des personnages historiques, surtout de ceux de l’histoire récente, elle évite difficilement d’être tendancieuse. Mais cela vaut aussi pour les articles scientifiques. L’encyclopédie de Diderot et de ses amis était au service d’une philosophie. Au lecteur d’aiguiser son sens critique, de confronter les points de vue, de se remettre lui-même en question…

 

Tu es infiniment plus grand et infiniment plus petit que notre chair, mais ce n’est qu’une façon de parler. Comment la parole, qui est autant chair qu’esprit, pourrait-elle parler adéquatement de ce qui n’est qu’esprit ?

 

31 décembre 2007

 

L’intérêt du polythéisme, c’est qu’aucun dieu n’y concentre en lui tous les pouvoirs. Cela peut nous amener à ne plus voir en Dieu qu’un fantasme masquant le visage d’Aimer, le tout-aimant sans pouvoir, et d’ainsi le cantonner dans son rôle mythico-symbolique.

 

L’unité n’est pas l’unicité. La conscience de l’unité des êtres en commune participation de l’être infini guide l’investigation du réel en sa diversité. La nature de la relation de l’infini au fini donne à comprendre la valeur positive du divers, de l’altérité multipliée. L’autre n’est pas simplement toléré, il est souhaité, encouragé, promu.

 

Dire oui à la vie, c’est reconnaître sa dynamique, qui invite la chair à l’esprit. Cette reconnaissance, on s’en doute, détruit le mythe de l’éternel retour. Le temps est par essence irréversible, en tout cas notre science ne le pense pas autrement. C’est par nostalgie mythique (qu’importe que ce soit ou non celle du sein maternel) qu’on imagine un éternel retour, parfois perversement teinté de masochisme ou de dolorisme.

 

Puis-je m’arroger de passer le Coran, la Bhagavad-gîtâ… à la centrifugeuse de l’altérité positive ? L’altérité positive demande de ne le faire qu’en respectant l’autre en ce qu’il tient de plus sacré.

 

n’attend pas que vienne la mort

pour goûter à la joie de l’autre

partageant le pain et le vin

dans la nuit où veille la lampe

 

la caverne obscure où tu rampes

vit le raisin tire le grain

de l’enveloppe de l’épeautre

pour les convives de l’aurore

 

La vie n’est pas une série de recommencements, c’est une suite de commencements.

 

 

 

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