BONHOMME DE CHEMIN

Liminaire

Bonhomme de chemin est la relation d’une pensée inscrite dans la temporalité. Sa reprise toujours plus affirmée au long des ans, jusqu’à atteindre ici le stade d’une pratique quotidienne, témoigne d’un désir entêté de poursuivre une quête qui, ayant identifié son objet infini, ne peut s’achever qu’avec le dernier souffle.
Ce qui figure sur la page est un précipité fragmentaire, l’expression parfois aphoristique d’une étude continue conjuguant l’approche intellectuelle et l’approche poétique, mais dont la dualité se résout dans l’unité sans cesse différée d’un réel fugace. Ces fragments n’apparaissent pas immédiatement reliés, mais ils participent tous d’un unique penser immergé dont ils sont la manifestation. Leur cohérence se développe au fil des jours dans l’émergence d’idées connexes qui en sont les développements ou les présupposés.
La forme de journal a été depuis longtemps retenue parce qu’elle correspond à la réalité d’une pensée en recherche, mais aussi parce que cette réalité s’inscrit dans la dynamique du temps perçu comme une force de création continue, telle qu’elle apparaît toujours plus clairement dans l’univers depuis la découverte de l’évolution. Son écriture entend rester fidèle au devenir reconnu comme une inhérence de l’être.
Cette pensée en progrès est le dévoilement d’une intuition fondatrice qui dirige la totalité de ses découvertes et en assure la cohérence. Car cette intuition est ontologique, c’est celle de la relation de l’être infini aux êtres finis et elle concerne donc l’ensemble des étants. Elle suppose la reconnaissance préalable de l’infinité de l’être, avec son corrélat, l’inexistence du néant (1). Elle s’inscrit ainsi en faux contre les courants majeurs de la philosophie occidentale fondés sur la croyance créationniste du judéo-christianisme et sur la répugnance aristotélicienne pour l’infini.
La relation de l’être infini aux êtres finis est perçue comme celle de la bienfaisance pure, l’infini étant tout et donc inaccessible au désir de possession et de domination. Les êtres finis ne sont pas créés par l’être infini, en dehors duquel rien ne peut exister, pas même le néant puisque l’infini est sans limite (la définition, « créer c’est tirer du néant » n’a tout simplement pas de sens, bien qu’elle témoigne d’une croyance qu’il faudra étudier pour comprendre les fondements et les développements de la pensée occidentale). La relation des êtres finis à l’être infini est une relation de participation. Les êtres finis sont, de soi, du non-autre (2) pour l’être infini, qui est la totalité de l’être, et leur existence s’explique au mieux par sa volonté d’altérité positive, pour lequel le terme de dilection semble le plus approchant.
La participation de tout existant à l’être entraîne la cohérence de la totalité des existants, et cette cohérence permet par le jeu de la logique de la contradiction d’articuler entre elles les diverses connaissances afin d’en éliminer l’erreur. Lorsque deux connaissances paraissent se contredire, force est de se demander laquelle est erronée ou si elles le sont toutes deux. Dans la recherche indéfinie qui se poursuit, toutes les sources de connaissance, sans exclusive, sont invitées à se concerter en table ronde. Aucune ne peut s’élever en science pilote. Aucune doctrine ne peut se prévaloir de son origine, fût-elle prétendument révélée, pour s’imposer à une autre, ni de soi être écartée sans examen. Ainsi lorsque la théologie chrétienne affirme la survie et que la physiologie la nie, on ne peut se réfugier dans l’argument selon lequel ces connaissances ne peuvent s’opposer parce qu’elles ne sont pas du même ordre. Si le physiologiste accueille l’affirmation du théologien, faisant dialoguer sa connaissance scientifique et sa croyance, il se demandera si le réel ne comporte pas une dimension psychique qui échappe au physico-chimique, tout comme le théologien qui aura pris en compte la position du physiologiste s’interrogera sur la validité de sa croyance.
L’usage de la logique de la contradiction conduit à la mise au jour d’incompatibilités et d’accords. En son creuset, les doctrines s’épurent, dégageant leur intuition fondatrice. Le judéo-christianisme est l’exemple qui a ici retenu le plus l’attention. Ainsi, de l’affirmation que Dieu est esprit et qu’en conséquence on doit cesser de l’adorer en un sanctuaire choisi – en l’occurrence la montagne de Samarie ou le temple de Jérusalem (Evangile selon Saint Jean IV, 21-24) – on infère qu’il faut rejeter l’ancrage géographique et historique du message de Jésus. Par sa déclaration à la Samaritaine, Jésus détache sa doctrine de sa personne. Il n’est plus le messie, le christ attendu par les juifs et reconnu par les chrétiens, mais le porteur d’une idée qui par inférence le soustrait au statut de héros mythique. De même son intuition que « Dieu est dilection », telle que la résume la Première épître de Saint Jean (IV, 8), bannit toute exclusive : l’humain accompli est fait pour aimer de dilection tout être sans exception, et donc l’étranger, le Samaritain honni, l’ennemi même, et, bien sûr, tous les autres êtres. Si « l’Eternel fait briller son soleil sur les méchants et sur les bons » (Evangile selon Saint Matthieu V, 45), c’est qu’il n’a pas de préférence, que le mot du prophète Malachie, « j’ai aimé Jacob et haï Esaü » (Livre de Malachie I, 1) n’est plus recevable, qu’il ne peut y avoir de peuple élu, ni d’incarnation de l’Eternel dans tel individu plutôt que dans tel autre, etc. De même encore, si c’est en pardonnant que l’on est pardonné (« pardonnez-nous comme nous pardonnons » Evangile selon Saint Matthieu VI, 12), le pardon par la croix est insensé ; ce n’est qu’un avatar du vieux rite du bouc émissaire, etc. Et le nom de Jésus, héroïsé et sacralisé par les Eglises, doit rendre sa place à celui du personnage ancré dans une histoire, une géographie et une culture, Iéshoua’, qui s’efface devant son message éternel de dilection.
Le jeu de la cohérence et du raisonnement à l’intérieur de chaque source de connaissance et dans sa concertation avec les autres n’apparaît pas toujours avec cette clarté violente au long des pages. La relation journalière avance pas à pas, mais elle prend note des découvertes qui s’enchaînent et dont les implications peuvent encore demeurer voilées. Ces mises au jour peuvent paraître disparates, et elles sont parfois rapportées avec une concision qui va jusqu’à les rendre obscures à la relecture, mais d’autres souvent les suivent dans les jours qui viennent, et elles y trouvent plus de clarté et d’extension.

L’évidence de l’infini de l’être, qui préside à la recherche et à l’existence quotidiennes, fait prendre conscience de sa présentissime (3) dilection. Le tutoiement qui en découle peut agacer ou faire sourire, mais il est logique. L’intuition de l’être de l’existant fini comme participation à l’être infini y conduit, rejetant la transcendance exclusive de l’immanence, mettant au rebut les images du Très-Haut et du Tout-Puissant. S’il est appelé ici tout-autre (4), ce n’est pas en raison de sa vertigineuse différence, mais à cause de sa volonté de faire de l’autre, de donner à l’autre d’exister comme autre, alors même que, n’ayant d’être qu’en son être, nous sommes aussi son non-autre et « de sa race » (5). Quant à savoir s’il est personnel ou impersonnel, c’est un dilemme à dépasser dans la certitude que c’est une conscience infinie que l’on peut approcher comme telle.
Cette présence de l’infini à tout être est le fondement ultime de l’intérêt porté à la nature où apparaissent la richesse de son intelligence et la splendeur de sa beauté. Ecartant une transcendance incompatible avec la participation, cette approche du monde rejette également le dualisme du sacré et du profane. Il n’y a pas ici de Dieu à qui il faudrait rendre ce qui lui appartient (et à César son dû). L’infini ne possède rien, non seulement parce qu’il n’est qu’être, mais parce que sa volonté d’altérité exclut tout désir d’appropriation et de domination. Il donne à tout être de subsister en Son être, lui conférant l’altérité pure de son eccéité ; mais tout être, en sa participation à Son être, en est l’expression, quelque lointaine qu’elle soit. Le regard sur la nature n’est donc pas un simple moyen d’accéder à la connaissance de l’infini, elle est connaissance de l’infini par l’intérêt porté à tout être fini pour lui-même. De même la bienveillance pour chaque être fini, participant de celle qu’a pour lui l’être infini, n’est pas mue par un amour de désir de l’infini ; il ne s’agit nullement d’aimer son prochain pour l’amour de Dieu, mais de l’aimer de l’amour dont Dieu l’aime (pour employer le langage du christianisme, que nous récusons, le mot Dieu étant irrémédiablement connoté de valeurs qui s’opposent à l’infini de dilection).
L’activité scientifique explore l’intelligence à l’œuvre dans le réel tandis que l’activité poétique s’ente sur la beauté qui s’y déploie. Il ne s’agit, ni dans l’une ni dans l’autre, de la recherche d’un savoir au profit d’un pouvoir de possession ou de domination, mais d’une communion avec tout être tel qu’en lui-même de par sa multiple relation aux autres. La démarche scientifique procède par observation et déduction. La démarche poétique est l’attente d’un langage natif qui se manifeste au mieux en harmonies d’images portées par des rythmes (6); elle s’efforce de se dégager de toute inféodation aux écoles et aux courants, tout en se gardant libre de rester à l’écoute de toutes les traditions poétiques. On peut écrire des poèmes simplement parce qu’on en éprouve l’élan et que les grands poètes du passé comme ceux de l’avant-garde ne nous inhibent plus, mais nous encouragent à persévérer dans l’écriture sans avoir besoin de la certitude de réussir. Cette entreprise est devenue ici au fil du temps un rendez-vous quotidien, une tâche parfois, jamais un pensum malgré la peine que requiert parfois la mise au point d’un texte, avec l’inquiétude que ce travail trop conscient pourrait en aveulir la vigueur et en déflorer la fraîcheur, voire en effacer ce que l’on espère être l’inspiration. C’est qu’il y a, à se regarder écrire un poème, l’occasion de découvrir qu’il n’est pas une création entièrement maîtrisée par la conscience qui l’écrit, qu’il semble s’écrire comme de lui-même, sous l’impulsion et la guidance de forces qui échappent à la conscience, et qu’il n’est vraiment poème qu’à cette condition. Si intellectuelle qu’elle puisse être, si travaillée aussi, la poésie doit donner à sentir qu’une puissance impersonnelle y est à l’œuvre.
Il paraît impossible au stade actuel du cheminement de comprendre comment science et poésie s’accordent dans la connaissance, pas plus que de saisir comment intelligence et beauté s’unissent dans la nature, si ce n’est qu’elles sont la double manifestation des énergies qui y œuvrent. On peut, certes, désirer atteindre une théorie du tout, qui unifierait non seulement les quatre forces élémentaires de la physique, mais aussi le physique et le psychique. On se doute qu’elle nous demeurera inaccessible, mais on garde l’espoir de pouvoir s’acheminer vers elle par une concertation de toutes les sources de connaissance.
Le beau langage donne de ressentir davantage la beauté du monde en la mimant, de connaître l’âme des choses singulières inaccessible à la science en son intérêt pour le général et sa démarche conceptuelle. Bonhomme de chemin conduit le parallèle de ces deux voies, non pour les entrelacer ni tresser, mais pour que leur proximité les fasse irradier l’une vers l’autre. La présence de la poésie est aussi un signe de l’esprit qui anime les affirmations des textes où la logique scientifique se déploie : ces affirmations expriment des certitudes du moment, et leur situation chronologique leur confère un caractère provisoire. Elles défèrent à la connaissance intuitive en accueillant sa compagnie.
De même la poésie, conçue et enfantée auprès de la réflexion, peut s’intellectualiser, risquant sans doute de perdre son identité, mais aussi invitant l’écrivant à s’interroger sur les conditions de production, sur les origines, sur les objectifs de son écriture. La présence à ses côtés d’une pensée critique ombrageuse et jalouse de sa liberté l’invite par ailleurs à refuser de s’associer à des écoles et à des tendances, au risque de s’aliéner leurs tenants, mais y gagnant l’authenticité de son lien immédiat avec ses sources.
La poésie, idéalement, sourd d’un inconscient qui livre des intuitions souvent obscures, sibyllines parfois parce qu’oraculaires. Elle ne s’adresse pas à l’intellect, qu’elle ne peut que rebuter, mais à la sensibilité esthétique qui en perçoit les messages en leur langage propre, hésitant, comme le pensait Valéry, entre le son et le sens, mais toujours guidé par cet instinct du beau qu’elle refuse de renier.
La poésie ne cherche pas ici à participer au cheminement intellectuel, sa dimension esthétique le lui interdit. Elle paraît souvent manquer d’affinité évidente avec lui. Un mot parfois cependant, ou une image, l’y ancre.
L’alternance et la coexistence quotidienne du poétique et du conceptuel rappellera au médiéviste l’opus geminatum (7) sinon en ses effets, du moins en sa motivation, le sentiment que les choses se disent mieux lorsqu’on leur donne la chance de s’exprimer en plusieurs langues, avec cette idée que les mots, leur choix et leur arrangement, ne sont jamais tout à fait adéquats aux pensées qu’ils prétendent donner à connaître, que les pensées sont en deçà et au-delà du langage.
La cohérence reconnue du réel encourage cette dualité d’approche. Elle porte aussi l’attention sur l’actualité où la recherche trouve matière à réflexion, dont elle se nourrit en l’éclairant. A quoi servirait de se préoccuper du sens ultime si l’on ne cherchait à voir comment il fonctionne dans le quotidien de la vie ? Et que serait l’idéal de l’altérité de dilection s’il n’engageait à se soucier du monde social, culturel, scientifique, religieux, politique, comme à s’interroger sur la marche de l’humanité dans l’évolution de notre univers depuis son surgissement originel en sa monstrueuse énergie jusqu’à l’accès à la conscience réfléchie et à la quête d’un absolu ?
Bonhomme de chemin garde les yeux ouverts sur les situations et les événements qui secouent l’humanité, la conditionnent, la font censément progresser ou régresser. Il ne s’agit pas d’une chronique, mais de la relation de certains faits qui interpellent l’écrivant et lui demandent sa réaction de marcheur entraîné par son évidence première de pèlerin de l’altérité positive dont le nom est dilection. Les échos du 11 septembre, la guerre d’Iraq, la tragédie israélo-palestinienne, le tsunami, l’épouvante du Darfour…, mais aussi le débat politique national et international, le dialogue des religions et des cultures. Si la dilection est le secret de l’être, elle a son mot à dire à tout être, rien ne lui est étranger.
En résulte un papillonnage encyclopédique apparemment capricieux, mais l’émergence de questions récurrentes au fil des jours indique qu’elles sont portées par le courant d’une préoccupation permanente. Il est sûr en tout cas que chaque entrée, aussi aléatoire qu’elle puisse sembler, est la manifestation d’une recherche où tout doit concerter pour se donner quelque chance de progresser dans l’intelligence du réel.
Le découpage en feuilles d’éphéméride peut contribuer à l’impression de fragmentation, mais il présente l’avantage d’aborder rapidement des questions multiples souvent fort éloignées. Une lecture en continu atténue cette impression. Les fragments ne sont pas des touts isolés et distincts, mais bien les morceaux d’une unique réalité, vaste sans nul doute, virtuellement illimitée, abordée par la philosophie et la théologie, la linguistique et l’herméneutique, la mythologie et l’histoire…, mais dont on découvre peu à peu les correspondances. La pensée qui dirige ici et là son regard est celle d’un holisme systémique où, encore une fois, tout ne peut être que cohérent, où la certitude de se trouver lié à un tout organique encore voilé est le moteur principal de la recherche : rien ne peut être vrai s’il ne s’accorde avec la totalité.
Il convient donc d’aborder le texte en utilisant les structures de l’imaginaire chthonien nocturne autant que celles de l’imaginaire ouranien diurne (8). Encore faut-il avoir pris conscience de ces structures qui nous habitent et reconnu que notre culture occidentale est marquée par la prédominance du diurne, du goût des choses claires et distinctes, de la limite et de l’analyse, de l’opposition et de l’antithèse dans la spatialité, alors que l’imaginaire nocturne est plus sensible à la participation, à la synthèse et à l’ouverture, au flou et au fluide dans la temporalité. Une lecture nocturne du fragment (9) y reconnaît l’ombre de son implicite, devine les prolongements de son non-dit en multiples réseaux, alors qu’une lecture diurne, qui juxtapose sans relier, n’y voit que son sens immédiat et explicite.
On donne un exemple tragique de cette vision diurne hétérogénéisante lorsqu’on n’appréhende plus la devise de la République comme un tout organique. On ne voit plus alors qu’il ne peut y avoir de vraie liberté, y compris d’expression, sans prise en compte de la fraternité et de l’égalité, pas d’égalité sans respect de la liberté et de la fraternité, pas de fraternité qui puisse sans dommage négliger la liberté et l’égalité. Le XX° siècle a découvert que l’égalité érigée en valeur suprême aux dépens de la liberté et de la fraternité mène à ce que quelques-uns sont « plus égaux que les autres » (10). Le XXI° commence de s’apercevoir que la suprématie de la liberté détruit l’égalité et la fraternité. Quant à la fraternité, elle ne sera qu’un nouveau piège si elle ne se soucie pas de liberté et d’égalité universelles.
Bonhomme de chemin entend mener une pensée en devenir où s’équilibrent dans l’alternance l’imaginaire nocturne chthonien et l’imaginaire diurne ouranien. Du même mouvement, cette pensée encourage, souvent explicitement, le dialogue des connaissances, la transversalité des recherches, l’interdisciplinarité. Elle prétend aussi protéger ce dialogue de la domination de l’une ou l’autre forme de connaissance sur les autres. Elle ne saurait accepter, entre autres exemples, que la linguistique ou la psychanalyse prennent en otage la littérature. C’est que son fondement est l’altérité positive, telle qu’elle apparaît à la source de l’être dans la relation de l’infini et du fini, et que cette relation est égalitaire, promotrice de l’altérité de chacun dans la liberté.
Dans la conviction qu’il n’existe pas d’idée isolée, il nous faut rechercher les tenants et les aboutissants de chacune, découvrir l’organisme auquel ils appartiennent et en quoi cet organisme s’apparente à d’autres, trouver les connexions qui les relient, les transitions qui se révèlent être d’autres segments de l’unique réalité. Un article est sans doute un tout distinct, mais il fait partie d’un chapitre qui fait lui-même partie d’un livre, et tous les livres appartiennent à l’unique bibliothèque du savoir. La vérité est un beau cercle, disait l’antique Parménide, aletheies eukukleos (11) ; sa communication l’est aussi, c’est une encyclopédie, enkukleos paideia (12): tout y est relié, et, partant d’un segment du réel, on est conduit à y faire retour par mille circuits. On peut recueillir ces fragments comme un paléontologue qui, face à quelques morceaux de fossile, essaie de l’imaginer tout entier et de le reconstituer, ou, pour prendre une autre image encore, les aborder comme les pièces d’un puzzle géant dont on doute qu’on puisse jamais reconstituer la totalité, mais qui en trouvant leur place contribuent à élargir notre vision.
La certitude de l’unité des êtres finis en leur participation à l’être infini guide l’investigation du réel en sa multiplicité. La nature de la relation de l’infini au fini donne à comprendre la valeur positive de la diversité dans la nature et dans l’humanité, de l’altérité qui va jusqu’à la singularité unique de chaque être, à cette eccéité que la science ne peut saisir par ses lois mais que l’art peut approcher par la communion.

Inscrire une pensée dans la dynamique d’un journal suggère une incomplétude. Alors qu’un essai ou un traité se présente, de par sa forme, comme une pensée achevée en sa cohérence explicite ou comme la démonstration d’une thèse, une relation journalière se propose comme une méditation jamais achevée, toujours à poursuivre, incapable de s’arrêter d’elle-même. Elle suggère aussi que ce qui apparaît aujourd’hui était hier en gestation et trouve donc une partie de son sens en ce qui l’a anticipé. Sa lecture ne peut que supposer la cohérence de ses développements. Elle invite à ne pas oublier ce qui a précédé, à en suivre la trajectoire et à en inférer les prolongements. Lorsqu’elle croit repérer des contradictions, elle est amenée à les utiliser pour retrouver le sens momentanément occulté de son progrès.
La dynamique de cette pensée se donne la précaution de la présenter comme transitoire en son inachèvement. Elle ne prétend donc pas convaincre la lectrice, le lecteur, mais simplement l’inviter à la réflexion, ce qui est bien le contraire. Elle nourrit, ce faisant, l’espoir de dialogues.

(1) Anaximandre (610 av. J. C. – vers 546 av. J. C.) est sans doute le premier philosophe grec à avoir pensé que l’infini, l’illimité (apeiron), était le principe (arkhé) des choses (cité par Simplicius in Physique XXIV, 13). Mais Aristote était un détracteur et négateur de l’apeiron, de l’infini indéfini immaîtrisable par l’intellect, et cette répugnance a marqué le courant majoritaire de la pensée occidentale.

Mélissos de Samos (V° siècle av. J. C.) a eu l’intuition de l’éternité et de l’infinité de l’être et a tenté de les établir rationnellement : Ce qui a été a toujours été et sera toujours, sans commencement ni fin, mais infini ; car s’il était devenu, avant de devenir, il eût été nécessaire qu’il ne fût rien…Tout comme il existe à jamais, il doit aussi être à jamais infini en grandeur (fragments 2 et 3 cités par Simplicius in Physique XXIX, 22 et CIX, 31). La maladresse de son raisonnement a été ridiculisée par Aristote, qui semble cependant avoir été guidé par son horreur de l’illimité plutôt que par son souci de la vérité rationnelle.

Parménide (vers 544 av. J. C. – vers 450 av. J. C.), dans un texte poétique obscur qui a fait l’objet d’interprétations diverses, pose pour fondation de la recherche de la vérité que le néant est impensable, qu’on ne peut accorder l’être au non-être, que ce qui est ne peut pas ne pas être et que ce qui n’est pas doit nécessairement ne pas être (fragment 2 cité par Proclus in Commentaire du Timée de Platon I, 345, 18). Pour lui le principe de contradiction exclut l’introduction du néant dans toute épistémologie comme dans toute cosmologie, car ce qui est vrai pour la pensée l’est aussi pour l’être (ibid.). La philosophie occidentale ne l’a pas suivi, préférant avec Platon donner une valeur d’être au non-être au mépris du principe de contradiction, et l’on sait quel succès le concept de néant y a obtenu jusqu’à nos jours.

(2) Nicolas de Cues (1401–1464) a établi sa définition de Dieu comme non-autre à partir d’un raisonnement sur le langage, mais cette définition, qu’il inscrit dans la tradition néoplatonicienne du Pseudo Denys, rejoint certaines intuitions de la philosophie indienne, particulièrement celle de la non-dualité vedantine, et elle annonce ce que sera le panenthéisme et sa conciliation ou son dépassement de la transcendance et de l’immanence. Dieu, cependant, puisqu’il n’est l’autre d’aucun autre, n’est pas autre, bien que non-autre et autre semblent s’opposer…Tu comprends maintenant pourquoi les théologiens ont justement affirmé que Dieu est tout en toutes choses bien qu’il ne soit aucune d’elles (Du non-autre, le guide du penseur (Cerf, Paris, 2002).

(3) Giordano Bruno (1548-1600) affirme dans son De immenso que Dieu est infini dans l’infini des mondes, partout en toutes choses, présentissime à toutes choses. Il a étudié les rapports de l’infinité de Dieu avec l’infinité du monde. Comme chacun sait, ses idées considérées comme subversives à l’époque, l’ont conduit au bûcher de l’Inquisition.
Thomas d’Aquin (1228-1274), beaucoup plus proche de la doctrine de l’Eglise romaine ainsi qu’en témoigne sa canonisation, écrit de son côté que Dieu ne peut qu’être intimement présent à toutes choses : Oportet quod Deus sit in omnibus rebus, et intime (Somme théologique I° partie, question 8, article 1).
Augustin d’Hippone (354-430) avait déjà réfléchi à cette présence en priant un Dieu plus intime à lui-même que lui-même.

(4) Le concept du tout-autre, avatar de l’Un néoplatonicien, devint dans la théologie négative du Moyen Age le transcendant inconnaissable des mystiques. Avec Kierkegaard, l’immanence même de Dieu est celle du tout-autre d’une transcendance intériorisée, et ce concept a été repris dans le courant existentialiste issu de lui, notamment par Karl Jaspers et Emmanuel Levinas. Dans l’histoire des religions, on en trouve l’expression numineuse que Rudolf Otto a étudiée dans Le Sacré (1917), décrit comme la conjugaison du fascinant et du terrifiant.
Le sens donné ici à ce terme est d’abord celui de la volonté de faire de l’autre chez cet Etre de l’être qui est tout dilection. Cette volonté même fait de lui un tout-autre pour la conscience humaine, incapable de ce pur altruisme, et cependant appelée à y participer.

(5) Expression tirée du poème Les Phénomènes d’Aratos de Soles (vers 315 av. J. C. – vers 245 av. J. C.) et citée par Saint Paul devant l’aréopage d’ Athènes (Actes des Apôtres XVII, 28).

(6) Pour Henri Bergson (1859-1941) la poésie est essentiellement faite d’émotions exprimées en images portées par des rythmes : D’où vient le charme de la poésie ? Le poète est celui chez qui les sentiments se développent en images, et les images elles-mêmes en paroles, dociles au rythme, pour les traduire. En voyant repasser devant nos yeux ces images, nous éprouvons à notre tour le sentiment qui en était pour ainsi dire l’équivalent émotionnel ; mais ces images ne se réaliseraient pas aussi fortement pour nous sans les mouvements réguliers du rythme, par lequel notre âme, bercée et endormie, s’oublie comme en un rêve pour penser et pour voir avec le poète (Essai sur les données immédiates de la conscience, 1889, P.U.F. 1961, p.11). La poésie qui tente de s’écrire dans Bonhomme de chemin fait de cette analyse un de ses repères majeurs.

(7) Genre que l’on dit avoir été lancé par Aldhem (650-709), érudit anglo-saxon et virtuose du langage. Mais le mélange des genres, sinon leur utilisation géminée, était la règle chez les présocratiques, qui avaient coutume de présenter leurs idées scientifiques et philosophiques sous forme de poèmes.

(8) Les recherches de Gilbert Durand ont souligné la polarité de l’imaginaire. Il distingue un imaginaire diurne ouranien de structure schizomorphe et un imaginaire nocturne chtonien lui-même subdivisé en un imaginaire de structure synthétique et un imaginaire de structure mystique. L’imaginaire ouranien est lié à la dominante posturale des réflexes avec les adjuvants de la vue et de la parole, et il se caractérise par des schèmes d’opposition et valorisation / dévalorisation entre le haut et le bas, le ciel et l’enfer, le pur et le souillé, le clair et le sombre, l’oiseau et le reptile, le héros et le monstre, et les symboles du père, des armes, de la circoncision, du soleil… L’imaginaire chtonien de structure synthétique, lié à la dominante rythmique ou copulative avec ses adjuvants kinésiques et musicaux, se caractérise par des schèmes temporels de l’avant et de l’après, de la croissance, et par les symboles de la lune et de ses cycles, de la végétation, du messie…L’imaginaire chtonien de structure mystique est lié à la dominante digestive, avec ses adjuvants coenesthésiques, tactiles, gustatifs et olfactifs ; il se caractérise par les schèmes de l’intimité, de la profondeur et par les symboles du ventre, de la coupe, du berceau, de la tombe, de la caverne, du lait, du vin…Dans ses démarches intellectuelles, l’imaginaire diurne valorise l’acte de distinguer, l’imaginaire nocturne synthétique l’acte de relier et l’imaginaire nocturne mystique l’acte de mêler. Ces divers imaginaires se retrouvent avec des dosages divers dans les différentes cultures et les différents individus qui y sont immergés (Les structures anthropologiques de l’imaginaire, Bordas, Paris, 1979 et L’imagination symbolique, P.U.F., Paris, 1964).

Selon Joseph Campbell, la civilisation néolithique était fortement chtonienne, régie par la mythologie de la déesse mère universelle prodiguant ses énergies et donnant aux forces de la nature une charge symbolique de sa présence à la fois immanente et transcendante. Il explique qu’au moment du passage de l’âge du bronze à l’age du fer, vers 1250 av. J. C. dans la région du Proche-Orient, cette civilisation matriarcale fut profondément transformée par l’invasion de tribus guerrières patriarcales, des Sémites du désert qui imposèrent une mythologie du dieu mâle céleste dont la transcendance n’est plus équilibrée par l’immanence du sacré terrestre. Le judaïsme, puis le christianisme et l’islam en sont issus. Quant à la Grèce minoenne et à la Crète, leur culture chtonienne fut, elle également, bouleversée à la suite d’invasions de peuples pasteurs aryens de culture ouranienne. On a pu dire que le miracle grec avait résulté d’un équilibre précaire entre ces deux courants. Mais Apollon finit par ne concéder que peu de place à Dionysos, et la pensée grecque dont l’Occident a été marqué par Aristote et ses descendants intellectuels est une pensée inspirée par un imaginaire majoritairement ouranien (The Masks of God, Vol. 3 Occidental Mythology (p. 6), Vol. 4 Creative Mythology (p. 626s).

(9) Selon l’expression humoristique de George Orwell dans sa satire des régimes communistes totalitaires (La Ferme des animaux, 1945).

(10) Le concept de fragment, qui a attiré l’attention de nombreux philosophes du XX° siècle, est l’objet d’approches diverses qui vont de l’extrême de la coupure à l’extrême de la jointure selon que l’on est mené par un imaginaire diurne ou nocturne. C’est ainsi qu’on a vu dans les encyclopédies des amas hétéroclites ou des outils de synthèses. Depuis Paul Valéry, le journal, intime ou non, a suscité des réflexions semblables. Il a pu apparaître comme un éparpillement de tessons, que l’on garde en l’état ou que l’on cherche à rassembler pour rétablir leur continuité. La présente relation journalière a pour propos de poursuivre une recherche d’un réel que l’auteur sait infini et qui ne peut donc pas se reposer en systèmes, même provisoires. L’idéal serait que chaque fragment y apparaisse comme une totalité à la manière des œuvres d’art, mais aussi que, donnant à ressentir, imaginer et réfléchir, il suggère de multiples liaisons avec d’autres fragments, déjà présents ou à découvrir. L’aventure de Bonhomme de chemin est vécue dans une vision du temps comme force de création régie par une constante de continuité et de discontinuité. Luttant contre ce qu’elle considère comme un excès de l’imaginaire ouranien, elle s’inscrit dans le courant de la pensée occidentale qui entend faire droit, avec les Augustin, les Nicolas de Cues, les Giordano Bruno, les Henri Bergson, les Gilbert Durand et quelques autres, aux valeurs de l’imaginaire chtonien et à leur dialogue avec les valeurs diurnes.

Paul Valéry, Cahiers, t. I et II (Gallimard, Paris, 1960).
Maurice Blanchot, L’Entretien infini, Gallimard, Paris, 1969).
Jean Baudrillard, Fragments (Galilée, Paris, 1995).
F. Von Schlegel, Fragments (José Corti, Paris, 1996).
F. Susini-Anastopoulos, L’Ecriture fragmentaire, définitions et enjeux (P.U.F., Paris, 1997).
Roland Barthes, Fragments d’un discours amoureux in Œuvres complètes (Seuil, Paris, 1993-1995).

(11) Parménide, Fr. I in Simplicius, Du ciel 557, 25. Cette version du texte selon laquelle la vérité est un « beau cercle » est confirmée par un autre fragment où l’on peut lire : Peu importe où je commence, car je finirai par y revenir (Fr. 5, Proclus in Parménide I, 708, 16).

(12) Selon une étymologie, contestée d’ailleurs, une encyclopédie est une enkukleos paideia, « une instruction embrassant le cercle du savoir » (Petit Robert, Paris 1993).

 

BONHOMME DE CHEMIN 2003

1er janvier 2003

La métaphore pénètre le monde, l’allégorie s’en fait un miroir. Et c’est ainsi que l’on reconnaît la métaphore à son obscurité et l’allégorie à sa clarté. La métaphore exprime une réalité inaccessible à l’intellect, et l’intellectuel tente en vain de la réduire à une idée. L’artiste méprise l’allégorie, car elle n’apporte rien à la connaissance esthétique du monde.

chaque brin d’herbe a reçu
de la nuit sa perle unique
elle tend vers l’océan
l’espace

le regard qui s’y implique
réfléchit dans le dedans
la face
de son amant éperdu

2 janvier 2003

En l’épouse de ton âge recherche celle de sa fleur. Sous le visage épaissi durci, retrouve le dessin unique de finesse et de douceur qui t’a conquis pour la vie.

Un poème par trop travaillé risque de perdre l’élan dont il est né.

chaque brin d’herbe se dresse
s’élance de sa racine
nourrie de terre et de source
debout

l’obscur s’épure s’affine
vers la lumière en sa course
la boue
caducée surgit sans cesse

3 janvier 2003

Tu es tellement plus présent à la matière que la matière à nos sens.

Notre grand malheur est celui de notre inconscience, car il ne suffit pas d’avoir la connaissance de l’être, il faut qu’elle nous habite en permanence, que nous ne sentions, pensions, agissions qu’en conscience de l’être en sa totalité infinie éternelle en toi.

Le raisonnement qui n’est pas guidé par l’intuition s’égare. Peut-être même n’existe-t-il de raisonnement valide que s’il n’est que la conceptualisation d’une intuition. Sans doute est-il significatif que le cogito de Descartes soit en fait un enthymème, un raisonnement elliptique. La réalité qu’il décrit est celle de l’intuition de la pensée comme être ; le danger étant, l’histoire de la philosophie le montre, que la formule fascine au point d’exclure de l’être ce qui n’est pas pensé, et pensé conceptuellement.

Récuser le sentir, c’est se priver de la connaissance esthétique.

chaque brin d’herbe a sa part
de joie au bord du chemin
reçoit donne l’éternelle
lumière

à l’aube prend le départ
passe le relais à celle
d’hier
éclairant déjà demain

4 janvier 2003

La poésie donne le point de vue de la nature. Il est légitime que sa thématique lui fasse une large part, mais il faut surtout que la nature lui soit présente dans son langage en son jaillissement d’images rythmées. Il lui sied aussi de ne pas fermer la porte à l’ultime origine de la nature, l’infini indicible.

La poésie dit aux humains le point de vue de la nature ; elle le dit aussi aux mots en ce qu’ils ne sont pas elle, mais humains, pour les rendre naturels.

par tout ce qui inspire par tout ce qui expire
je me dis ta présence
en l’absolu silence
et toute chose parle toute chose se voit
en ma voix ton visage
surgi du fond des âges

Lorsque le nombre fascine l’intellect, il risque de le faire basculer dans le délire de la numérologie. Alors qu’il est d’abord l’expression de l’énergie rythmée.

La poésie, tout art, nous invite à nous déprendre de nous-mêmes, à nous tourner vers l’autre.

Paix au Nigeria, paix à la Côte d’Ivoire. Que partout le pouvoir tombe des mains indignes, ne tombe entre les mains indignes de ceux qui veulent le posséder comme de ceux qui le possèdent. Le pouvoir ne devrait être que la volonté de l’autre en celui qui l’exerce. Paix à l’Irak. Paix au Venezuela. Paix à Israël. Paix à la Palestine.

espère le soir
espère l’espoir
l’éphéméride
et l’Hespéride
au couchant d’or
où tout s’endort

5 janvier 2003

Si l’au-delà existait, la vie n’aurait de sens que par lui.

face à face des grands miroirs
que rien ne sépare
une lumière diffuse éclaire
l’un à l’autre à l’un à l’autre
à l’infini où l’impensable regard
croirait voir
le vide où confuse la vie surgit

On peut s’intéresser à la nature parce qu’on y ressent une présence.

Si la poésie, comme tout art, est porteuse de guérison, ce n’est pas pour inviter la critique à identifier le mal, encore moins à y chercher la source de la poésie.

pour l’étang qui s’exhume dans la gelée de l’aube
pour les blancheurs qui parlent à la face des près
pour les nuages gris démêlés du bocage

6 janvier 2003

Le luxe est la manifestation d’une inconscience et d’une grossièreté de l’esprit insensible à la parenté de l’être.

Le meilleur de moi-même, c’est l’autre qui m’habite. Si ma vie est crainte et tremblement autant qu’enthousiasme et abandon, c’est que je ne cesse de l’oublier et de m’en souvenir.

Le non-autre de l’infini fait de tout autre un inestimable.

attique forme pure
urne amphore d’une antique culture
où dure
un regard de lumière et de mer
culte d’une dure beauté

7 janvier 2003

heureuses mains du sculpteur
touchées par la beauté des formes
normes pour le regard
où se séparent
éros et agathos

Les fanatiques de l’oxymore, qui sont souvent aussi les branchés de l’étymologie (retour mythique aux origines), ne semblent pas pressés de nous rappeler qu’un oxymore est une idiotie aiguë.
pour un parfum fugace
flottant dans la mémoire
à l’appel inconnu
d’un étranger de passage

pour un regard perdu
retrouvé dans le soir
d’une foule que chasse
un promeneur sans visage

8 janvier 2003

rose d’hiver
rose de pierre
rose surprise
rose incomprise

tes plis ridés
tes plis figés
tes plis intenses
tes plis en transe

portent le noir
portent les jours
portent l’espoir
portent l’amour

Passer la vie au volant, avec le sens permanent du danger, dans le défilé exultant des découvertes et des rencontres.

9 janvier 2003

Je ne puis rien regarder sans te regarder. Je ne puis rien écouter sans t’écouter. Je ne puis rien sentir sans te sentir. Je ne puis rien toucher sans te toucher. Je ne puis rien goûter sans te goûter.
Tu fais cependant nombre avec tes « créatures » ; tu leur donnes l’altérité, toi qui es pourtant le non-autre autant que le tout-autre. Tu veux que nous puissions échapper à ta fascinante présence.

Comment aimer et ne pas souhaiter cette intuition à celles et ceux qu’on aime (et personne ne saurait échapper à cette sorte d’amour) ? Mais comment leur en parler sans les faire sourire de cette invraisemblance et les en détourner ? Tu as en ton silence le secret de toute parole, mais comment être sûr d’y être attentif ?

-Je suis universitaire
-Alors vous êtes scientifique ?
-Non, je suis littéraire, je ne suis pas scientifique.
-Alors vous n’êtes pas universitaire.
-Ben…ben…ben non.

Vous vous réclamez de Descartes ? Pratiquez le doute cartésien, faites table rase de Descartes.

écoute le gel fendre l’air
écoute l’horizon se taire

la blancheur pose des pastels
sur la verdure et sur le ciel

comme la mer donne son sel
et s’évapore en un murmure

sens sur ta peau ses lèvres dures
dire les sens de l’éternel

10 janvier 2003

Vivre par le mouvement de ton esprit, c’est faire sans cesse retour au silence du silence où se noue notre pensée commune, où nous décidons ensemble.

ô danse des danseurs
avec eux tu décides

au cœur du chorégraphe
ta beauté se façonne en lignes de l’espace

voltes volutes face
à face en toi résonnent

appose ton paraphe ta grâce de sylphide
toi mon amie ma sœur
danse avec les danseurs

Rien ne manque à l’angélologie héritée des cours orientales, pas même Lucifer-Iznogoud désireux de devenir calife à la place du calife.

Chez tes amis le désir de la mort n’est ni le désir de revenir au ventre maternel, ni le désir d’en finir, mais le désir de te voir.

11 janvier 2003

La foi devrait inciter les croyants à s’interroger sur le comment cosmique de leurs articles de foi. A tenir les deux bouts de la chaîne du savoir sans voir ce qui les relie, ils adoptent une attitude schizoïde. S’en accommodent-ils parce qu’ils sont régis prioritairement par un imaginaire diurne d’oppositions et de coupures ?
La conscience conjointe de l’infini et du fini donne à penser avec passion aux modalités possibles de leurs relations. Comment dans un monde d’énergies une énergie infinie se monnaie-t-elle en énergies finies ? Quels passages de l’esprit pur aux matières sensibles ?
Au stade où elle se trouve, consciente de ne pas être définitive (quelle nouvelle révolution nous attend après le chambardement du quantique ?), la connaissance scientifique devrait contribuer aux tâtonnements vers une connaissance totale.
L’esprit analogique, qui sert l’intuition de l’unité du réel, doit équilibrer l’esprit identitaire, qui sert l’intuition de la multiplicité.

cent ailes brunes se fondent en la terre
s’envolent lancent
unes
un chœur tourbillonnant d’arpèges d’arabesques
lignes courbes nettes
ondes floues que soulève que baisse
l’invisible baguette d’un invisible feu
le jeu
de cette fugitive mélodie
de ce bref incendie
d’un air
si vite se replie si vite se relaisse
cent ailes brunes
en la terre se fondent

12 janvier 2003

A qui sait ton immanence toute beauté parle de toi, et s’efforcer au beau langage c’est te laisser parler.

Il y a toujours eu ces croyant/e/s visitant les églises à l’heure du vide et du silence, n’assistant aux offices que par obligation, à la recherche d’une expérience que le sacré rituel ne leur apportait pas.

Tu es le silence de toute musique, toute musique sculpte ton silence.

trois vanneaux sur le guéret
marchent marchent
ici et là en secret
cherchent cherchent
tout ce qui leur est donné

trois vanneaux sur le guéret
croisent croisent
le chemin de la clarté
passent passent
les ombres qu’ils ont été

trois vanneaux sur le guéret
courent courent
pour faire de la beauté
lancent lancent
l’éveil de l’éternité

13 janvier 2003

Les accusations fausses irréfutables enferment dans un trou qui s’ouvre sur ton vide.

pour le silence où le temps cesse
perd en l’espace ses repères
où les yeux aveuglés espèrent
le vide au bord de ta tendresse

14 janvier 2003

Arrivera-t-on à montrer que l’émergence de la conscience libre correspond à un passage de la matière vers l’immatériel ou à un détachement de l’immatériel de la matière ?

comme une coccinelle réfugiée
dans la chambre de l’hiver
et qui marche sans se soucier
du grand livre laissé ouvert

puis déclot ses élytres armoriés
et bondit à peine en l’air
ne cherchant qu’à se rassurer
à la porte de l’univers

15 janvier 2003

L’agnosticisme peut n’être que nonchalance ou désintérêt face à l’être.

comme la dune solitude
aux galbes purs que nul jamais
ne foule ne contemple ne sait
voir grandir pâle et rude

et tant s’écouler que s’élude
enfin le cœur tout resserré
qu’en l’inconnu soit pour toi née
sa fine plénitude

16 janvier 2003

Par l’attention à ta présence tu nous libères de l’habitude.

comme l’eau du ruisseau qui mêlait
aux reflets de ses rives
le flux des ondes vives
et la profonde vie du sable et des galets

celle qui ne bougeait celle qui s’en allait
messagère et missive
intrépide furtive
et là-bas de là-bas s’enivrait

pour la seconde
une fraîcheur
et pour l’ardeur
qu’elle appelle où la sert
un désir de te voir accomplir le meilleur

17 janvier 2003

La poésie ressent et tente de dire la parenté de toute chose.

A négliger la nature et le rapport à la nature, on appauvrit l’humain. A ne plus faire de la nature qu’un miroir où l’humain projette ses désirs et ses haines, on perd la source des énergies, des beautés, des sagesses. Malheur phénoméniste.

comme une île hésitant au bord
du continent au bord
de l’océan
se détachant
s’attachant

imaginant les jours de brume
de tout ce qui s’exhume
de l’outre-temps
paraissant
disparaissant

Présence irrécusable par la raison, l’infini au fini ne peut être qu’amour.

18 janvier 2003

La finalité de l’univers, c’est que dès son origine la matière en sa structure s’oriente vers l’apparition de la vie et de la conscience. Le comment en est encore pour une bonne part inexpliqué. On peut, entre autres hypothèses, penser que la matière n’est pas que phénoménale, qu’elle est animée, comme l’ont toujours pensé, maladroitement peut-être, les peuples de la terre.

comme une lune qui se souvient
de son eau de feu première
de sa pâte
de sa matière

et qui devine ce qui vient
concevant au feu de l’air
sans nulle hâte
l’heure dernière

19 janvier 2003

elle tigre les nuages de la nuit
allègre en son repos
suspendu dans les eaux
comme immobile sans un bruit

ce qu’elle était elle est ce qu’elle sera
la rémige de l’ombre
et dans les cieux sans nombre
vit le parcours de son aura

toi nation des orantes
et peuple des orants
en réseau sens
en réseau chante

le temps change son pas
l’espace sa distance
et dans l’immense
l’éternel va

quand les forces de l’autre
en la dilection disent
que pour les vôtres
un cœur se brise

Les trains de l’inconscient se cachent l’un à l’autre. Le titillement du ça voile l’horreur du moi. Derrière éros, hubris. Si Œdipe a tué son père, c’est qu’il n’a pas voulu s’effacer devant l’autre.

Comme toute personne n’accède à elle-même enfin qu’en l’autre, toute nation est invitée à étendre son identité jusqu’à se sentir en soi l’autre de toute autre.

20 janvier 2003

Passer de l’affect négatif des arrière mondes à l’affect positif des mondes parallèles relève de la rhétorique manipulatrice.

Ils se croient scientifiques, ils ne sont que mécanistes, et depuis quelque temps déjà sur le bord du chemin.

Qu’est-ce qu’une beauté infinie ? Est-ce une notion compréhensible par notre esprit fini ? N’est-ce pas l’infini lui-même qui nous impose de ne pas comprendre. Le « par la pensée je le comprends » de Pascal ne serait que vaine gloire, refus d’une inacceptable humiliation de l’esprit fini. N’est-ce pas la raison du mépris d’Aristote pour Mélissos de Samos ?

La domination excessive entraîne le terrorisme radical.

Parler de l’efficacité de la prière, c’est te prendre pour une chose.

Ceux qui refusent de parler de métier pour le plus vieux du monde mais que parler de celui des armes ne dérange pas révèlent leur appartenance à l’imaginaire ouranien.

comme en l’air où il flotte et va
l’atome qu’emmènent le chaud le froid
jamais à jamais
le même au même
ne passe ne repasse
mais
garde en son obscur au-delà
mémoire de tout ce qui là-bas
jamais à jamais
le même au même
ne passe ne repasse

21 janvier 2003

les étangs qui chantent à la lune du soir
exaltent en leur douceur
mille coassements du chœur

la lune donne à ses mille miroirs
son unique message
pâle éblouissement des sages

Personnifier les choses, c’est les aborder en leur eccéité.

L’animation de la matière donne sens à la connaissance symbolique.

22 janvier 2003

comme loin de l’orage des foudres
nuage prêt à te dissoudre
éphémère famille en attente
avant après
en particules tu propages
mères et filles en l’héritage
seules avec toutes
en l’immense parentes

Le silence immobile bruit de tant de messages. Est-ce ainsi aussi que nous vient ta pensée ?

Combien de temps encore, séquestré par le phénoménisme, l’intellectuel occidental se privera-t-il des communications intuitives ?

23 janvier 2003

Fascinée par l’impalpable de la vie qui se dit en beauté, la poésie ne peut s’accommoder d’une pensée mécaniste.

comme le flux sableux dans les feuillages
en ses vagues à peine
dit la vie innombrable
prêtant à l’autre son océan sans âge

chargé de souvenirs en l’instant mène
où le neuf au semblable
mêle son héritage
et le dissipe aux arbres de la plaine

24 janvier 2003

Donne-nous de marcher en ta présence, tu es notre liberté créatrice.

Comment voulez-vous que je m’intéresse à des gens qui portent des chaussures à mille euros sur une planète ou trente mille enfants meurent tous les jours de malnutrition ?

comme l’air immobile dans le croît de lumière
où deux oiseaux accordent leur note fraîche éclose
tend l’oreille
d’un horizon à l’autre

tente de dire
d’entendre
le silence d’une vie immédiate qui pose
sur la plaine endormie le baiser de la terre

25 janvier 2003

On peut parfois prouver l’infidélité, on ne peut jamais prouver la fidélité. On ne peut que donner sa foi. La confiance envers et contre tout est le fondement et le signe de l’amour.

Te faire parler relève de l’imposture, mais sur l’imposture même comme sur tant d’autres chemins perdus, tu invites à marcher vers toi. Vers toi. Celles et ceux qui t’ont reconnu ne marchent pas vers toi ; elles, ils marchent en ta présence.

La loi de l’évolution fait triompher les plus forts, ceux dont l’intelligence technicienne produit les armes les plus destructrices. Mais avec la conscience de conscience ta dilection tend à nous libérer de toute loi.

Génétiquement les Etats-Unis sont d’abord un peuple d’aventuriers et d’exaltés, mais le patrimoine génétique commun de l’humanité donne à tout peuple des chances de trouver l’équilibre de la sagesse.

comme au collier lointain de la terre sur son fil
tendu de vitesses et de masses
la lune perle passe
montrant
en absence et présence
sa face unique fixe
au roulement sans fin de son corps qui défile

26 janvier 2003

La poésie n’est vraie qu’entée sur les énergies du monde. Insensible à ces énergies, la pensée mécaniste aborde la poésie comme une fabrication de l’imaginaire et de l’inconscient, et la critique mécaniste n’y cherche que des projections de l’humain. Le monde n’est plus qu’un miroir des désirs et des peurs.

L’indémontrable n’est acceptable que pour des esprits dont l’imaginaire équilibre le lumineux et l’obscur, la hauteur et la profondeur, le discursif et l’intuitif.

Une écriture poétique qui soit au silence de ton silence le chant dont la partition perdue se livre à tes hasards.

comme un renard pourrissant au bord du chemin
épave égarée
disparaissant discrète
prête
à rejoindre la vie

dégradée pour la vie
feuille
d’herbe qui la recueille
racine terrée
à qui au printemps l’art exubérant revient

27 janvier 2003

Le poète ne se demande pas si le métaphysique et le transcendant sont des tabous respectables ; il ne fait que rechercher la connaissance esthétique du monde.

Reconnaissance : donne-nous de prendre et garder conscience de ce que tu nous donnes dans la mécanique quantique comme dans la newtonienne et dans celles qu’il nous reste à découvrir.

Comment peut-on penser que ce que l’on ne connaît pas n’existe pas ?

…9,99, chiffre commercial de la faiblesse d’esprit du contemporain moyen.

comme un arbre en son rêve endormi
sentant la sève bruire
impatiente en la lumière tiède
cède
presque
déjà le passage à l’arabesque
du déploiement du rire
en ses souples projets à demi

28 janvier 2003

Ne vouloir parler de paix qu’après avoir écrasé son ennemi, c’est assurer une autre guerre. Vouloir la paix, c’est accepter de discuter dans l’égalité. Mais la passion aveugle le bon sens.

Ouvrir une anthologie poétique, c’est entrer au Louvre ou au Prado, espérer l’émotion esthétique, désirer entrevoir la Vie.

comme un ramier au bord du toit
roucoule et rime
sa présence où s’élance
en sa foule unanime
le corps multiplié de l’impensable voix

Au plus près du divin répandu dans les êtres, tu es.

29 janvier 2003

La pensée mythique continue de mener nos contemporains par le langage à leur insu, et il est risqué de chercher à les en détourner, car ce serait les priver d’un moteur d’action puissant. Peut-être la seule sortie du mythe valide est-elle la vie inspirée, celle dont le moteur est l’amour sans limites et qui est un don à demander et accueillir.

comme une mélodie connue
retrouvée en sa force de vie
et qui s’éploie
emportant le silence
au rythme de la danse
des mille voix
perdues dans la nuit endormie
où il invite en inconnu

Toutes ces paroles au bord du mensonge : publicitaires, avocats, politiques, commerçants… Existe-t-il une profession où il soit possible d’y échapper totalement ?

30 janvier 2003

« Nous avons des preuves » est le langage des polices totalitaires et des manipulateurs ingénus. « Voici les preuves » est le langage de la rigueur et de la droiture.

Vivre en ta présence, au plus près du jaillissement de liberté que tu nous donnes en l’instant, c’est s’assurer que la dilection nous mène.

La chair n’est triste hélas que pour ceux qui ont perdu l’esprit.

comme la main multiple experte
se ploie au désir qui la mène
en la matière en l’air
pour le faire le dire

et qu’au bout elle expire
en la matière en l’air
son inutile cendre sur la scène
où son feu renaît de l’inerte

31 janvier 2003

Oraison : attention à ta présence dans le vide du silence immobile, attente des pensées, des autres, prises de décision de ma liberté face à ta liberté. Nous décidons si bien ensemble.

pour la main belle tendre agile
tendue de souvenirs
et d’avenirs
forte et fine
des mille choses tenues
depuis la nuit des temps

oiseau d’azur de terre
d’eau et de feu de mer
hirondelle
ni crécerelle
prête que la caresse
de qui dévore à jamais cesse

1er février 2003

La pensée humaine met au jour peu à peu l’infini éternel. Il y a matière à découvrir, mais aussi raison de relativiser dans le temps et l’espace. On ne pense pas forcément mieux à Paris qu’à Lyon, à Lyon qu’à Béthune, à Béthune qu’à Langoëlan…Et les grands penseurs, qu’ils s’appellent Aristote, Descartes ou Heidegger, sont discutables. Lorsque Descartes m’invite à « ne jamais reconnaître aucune chose pour vraie que je ne connusse évidemment être telle », je peux encore douter, me demander si le réel est nécessairement clair, si mon intellect n’a pas tendance à prendre pour vrai ce qui est conforme à ses structures.

comme à la porte murée du jardin
d’où là-haut sortent parfois
l’abeille l’oiseau la voix

supporte en pleurs la limite
que se fissurent s’effritent
les heures emmuraillées de demain

2 février 2003

Si vous dites aux étudiants que la poésie ne peut exister sans émotion, ils vous regardent avec des yeux vitreux. Si vous ajoutez : comme l’a dit Claudel, ils s’illuminent. Les dieux ne sont pas morts.

Rendre manifeste l’être-comme des choses, c’est donner à penser les énergies du monde.

comme le livre refermé
en sa rumeur confuse
où deçà delà s’est formée
la belle image qui refuse
de s’effacer
et qui tracée
vive de ses tons affirmés
en sa clarté diffuse
à toutes les ombres rimées
les reflets d’une science infuse

3 février 2003

La poésie n’est pas une fiction ; c’est une mise au jour, un dévoilement. Mais la vieille image de la surface et de la profondeur ne vaut que si elle est prise pour ce qu’elle est, une métaphore.
La poésie cherche à voir et à manifester ce que la science ne peut (encore ?) ni voir ni décrire. Elle s’y efforce, et même si elle n’y parvient que rarement et faiblement, elle suggère au moins l’objet de sa recherche. Si elle ne le fait pas, est-elle poésie ?

Téléologie : la matière est à l’affût des hasards qui lui donnent des chances de complexification-conscience, mais aussi de beauté.

comme la plume se détache
virevoltant au vent
et tombe où le hasard
n’en demandait pas tant

en son incertitude
ne parlant que de vide
au flot de l’air limpide
de l’oiseau à la main de l’enfant

4 février 2003

L’étymologisme fonctionne avec un carburant et un comburant inépuisables : le prestige de l’analyse scientifique et la fascination mythique de l’origine.

La recherche universitaire qui perd de vue sa tâche éducatrice se dévoie.

comme les courbes et les cris
des corneilles autour du donjon
de huit cents ans jusqu’à l’épuisement
des pierres et des regards
veillant si tard que ne s’oublient
les monts et les vallons rougis

5 février 2003

Mais si, mais si. On peut très bien enseigner la poésie sans jamais donner à ressentir une émotion esthétique. Combien de Mozart encore seront assassinés, anesthésiés, lobotomisés.

comme la ventileuse
agrippée à la fibre
de l’envol et du nid
et qui n’est plus rien qui ne vibre
au sol et dans l’esprit
de la tête précieuse

6 février 2003

dans la nuit
viens avec moi
je me propose en étoiles à peine
visage d’infini et vide des possibles
repères non repères non signes signes
de l’espace sans face
où je ne suis je suis
viens avec moi sans voix
dans la nuit

Mais l’outre-espace est ta demeure et notre cœur. Ici nous conversons en l’outre-langage des conniventes libertés.

7 février 2003

Dis-moi qui est, ce qu’est, l’autre pour toi.

comme les herbes échevelées au courant incessant des eaux mêlées
que l’on ne voit changer ni vivre
mais à qui en secret l’air enivrant se livre
immuable mouvant en une sève
qui les travaille tire et entraîne en leur rêve
du grand espace où la chair et l’esprit à jamais ne se lassent

8 février 2003

Réfléchir peut ne rien n’avoir affaire avec l’étymologie du mot. Le croire, c’est lâcher la proie pour l’ombre du mythe.

La parole est presque toujours illusoire ou mensongère, mais elle a prise sur les choses. Pas de liberté sans liberté d’accéder à une pensée qui se soit libérée du verbe ?

comme la lumière bondit
sur le miroir
donnant de voir
le visage de l’interdit
à l’oreille qui ne veille
qu’au silence de la nuit

9 février 2003

On te rencontre la tête pleine de silence.

Un peuple prêt à tuer dix ennemis pour sauver l’un des siens se retranche de l’humanité.

comme pierre sur pierre depuis des millénaires
le monument attend
l’œil qui le sonde admire
et se retire en son entassement
au message laissé par un peuple passé
en effort et espoir de vaincre l’éphémère

10 février 2003

En son désir de donner voix à l’indicible, la poésie fait aussi chanter les hasards du langage.

Existe-t-il un peuple assez bon pour ne pas utiliser sa force lorsqu’il se sent le plus fort ? Existe-t-il un peuple assez sage pour ne pas chercher à être le plus fort ?
Existe-t-il un peuple assez stupide pour s’étonner de ne pas être aimé alors qu’il cherche à se faire craindre en étant le plus fort ?

comme l’étang attire à sa limite
le reflet des clartés que son âme refuse à l’heure finissante de la nuit
et fait dire à la terre la pâle admiration de l’air en sa passion
pour cette buée sombre où son cœur se diffuse
en chance de beauté pour celle qui la cite

Dans la nature, la poésie ne cherche pas des signes, mais des figures.

11 février 2003

Chanter le chant du monde, c’est participer à ta joie.

Il sied à tout ancêtre de veiller sur sa descendance.

La prière n’est pas supplication, mais douce ardente pression de l’ami sur l’ami en ce langage muet qui n’a vraiment d’usage qu’avec toi.
comme le madrier résonne
de tout le bois entendu
en sa parenté reconnue
en la familière assurance
en la solidité vivante
en la main forte qui le hante
en la mémoire qui se relance
en sa parenté reconnue
de tous les bois entendus
comme le madrier résonne

12 février 2003

La mythologie est un bon chemin de la poésie et la poésie un bon chemin de la mythologie. Elles s’encouragent et se corrigent dans la recherche de l’indicible vie qui se propose en beauté et bonté.

Etre humain, c’est ici être citoyen de l’univers avant d’être citoyen du monde, citoyen du monde avant de l’être de l’Europe, citoyen de l’Europe avant de l’être de son pays, de sa région, de sa famille ; car c’est participer en son être à l’être universel.

S’enthousiasmer pour l’intertextualité, c’est risquer de perdre le sens des choses avec lesquelles le poète fait des mots.

Une critique littéraire animée par un imaginaire nocturne ne peut être d’accord avec une critique littéraire animée par un imaginaire diurne. C’est en les identifiant et confrontant que l’on peut espérer trouver le sens des créations poétiques (Par exemple, pour un diurne l’oxymore est une opposition de contraires, pour un nocturne une communion de contraires.)

comme la touffe de crocus
forte certaine troue la terre
pointe ses nez jaunes en l’air vif
aveugle au regard qui l’espère
et qui s’en va tout fier
léger d’avoir redécouvert furtif
ce sourire déposé dans le vieil utérus

Ceux qui mettent la main sur la Terre devraient s’attendre que la Terre leur résiste.

13 février 2003

Tout occupé/e/s de toi, les vrai/e/s mystiques se moquent du mysticisme.

Toi, le non-autre de toute chose et l’infini sans autre nombre que toute chose. Chez toi immanence et transcendance s’embrassent en ton autre.

Les figures sexuelles se fondent sur un modèle plus vaste que le sexuel.

L’imaginaire diurne risque de ne voir dans un poème qu’une construction verbale.

comme l’escalier dans la tour
raisonnable serpent
apporte le bienfait
du thyrse que l’on monte ou descend
et qu’à son tour on se fait

14 février 2003

Que ton grand jeu s’accomplisse. Apprends-nous à y jouer avec toi.

Il n’y a pas de néant objectif pour celle/celui qui a reconnu l’infinité de l’être. Il n’y a que l’immensité de ce qu’elle/il n’est pas, une sorte de néant subjectif.

comme figée la fontaine
hagarde en sa stupeur
retient en sa forme le flot
boursouflé qui l’emmène
et suspendue de l’eau à l’eau
sait que reviendra son heure

Réjouis-toi en ma présence, goûte et vois ma bonté. Il manque tant à ton plaisir lorsque j’en suis absent-e. Réjouis-toi avec moi.

15 février 2003

Main dans la main, force et espoir, et menace et douceur, la paix peut-être.

pour ta mouette au vol moelleux
douceur dans l’air tendu

j’ai vu le soleil se lever
rouge rouge
comme une cerise il était
rouge rouge
sur le gâteau

j’aurai bien voulu le manger
rouge rouge
et j’ai couru sur le gâteau
rouge rouge
jusque là-bas

mais il s’est remis à monter
rouge orange
et j’ai tendu la main là-haut
orange orange
dans l’aube blanche

et dans mes yeux il est entré
orange orange
et ils se sont fermés bientôt
oranges rouges
dans le gâteau

et je marche dans l’herbe blanche
rouge rouge
avec mon soleil enfermé
rouge rouge
dans la cerise

Normal : mot caméléon

comme l’anneau d’or oublié
dans la poursuite quotidienne
pendant des jours et des semaines
et qu’on enlève
et qu’on regarde
alors que le doigt nu perdu
comme d’avoir baissé la garde
sur la main étonnée se lève
et retrouve entre esprit et chair
un toucher neuf au pli désert
et le regard d’or d’un baiser

16 février 2003

comme la bulle piégée
aplatie sous la glace
immobile
avant que le soleil n’efface
la limite que vite
elle ne retrouve agile
sa folle liberté

Vivre l’ici-maintenant, c’est donner à l’infini un visage irremplaçable.

Pourquoi rechercher ta présence si ce n’est parce que tu es la toute-beauté et la toute-intelligence de la toute-dilection.

17 février 2003

ton ballet de feuilles mortes
les vanneaux au-dessus du champ

La compétition domine le sport occidental, signe, parmi tant d’autres, d’une culture ouranienne à l’excès.

Passer du jouir au se réjouir, c’est sortir du désir que nous sommes pour entrer dans la dilection que tu es. Nul n’y accède que par ta grâce.

18 février 2003

Accorde ton secours aux beaux pays que mon cœur aime, et qu’il n’en manque aucun de notre terre.

Ceux qui décident de la guerre doivent en peser autant les conséquences que les causes.
comme l’iceberg en sa dérive s’amenuise
et puis s’arrondit lisse bascule
et puis là-bas s’en va en dix mille aventures
de molécules qui durent durent durent

19 février 2003

L’envahissement des signes aux dépens des symboles signale le desséchement intellectuel de l’Occident.

comme la neige tisse
l’épaisseur de son rideau diaphane
et que s’allège l’eau des lisses

lasse en sa blancheur
la terre voile
sa chair profane
au regard qui s’attarde aux prémices

Le terrorisme devient la raison de vivre des peuples écrasés.

Qui est sensible à la beauté du monde ne peut être insensible à la douleur des peuples.

20 février 2003

Pouvons-nous sans dommage nous passer de vie mythique, à tout le moins de vie symbolique ? N’est-ce pas le chemin ordinaire pour marcher vers toi ?

comme deux buses concertantes
passent repassent
ellipses et glissades
où l’air donne à l’espace
prolixe géométrie latente
substance résistance
les dix mille possibles
de l’aubade à la sérénade

21 février 2003

La critique littéraire doit être une langue bien faite. Pourtant, si elle n’est que cela, fermant sa porte aux forces créatrices, elle se clôt en système.

comme la peau dit la lumière qui la chante
et que les yeux attentionnés contemplent
le beau concert
la musique de chambre et de charmille
où le rayon brille dans l’ombre
comme la lumière murmure
cette peau qui l’enchante

Lutter pour la beauté, c’est lutter pour toi.

Tu nous fais aimer ceux que nous rencontrons, non à cause de leurs qualités ni des nôtres, mais par la force d’aimer que tu es en nous.

22 février 2003

Freud émoustille, Jung passionne, Adler décape, Lacan fascine…

La mauvaiseté du prince peut-elle valoir à son peuple des hasards malheureux comme sa bonté des hasards merveilleux ?

Malgré la nuit malgré le jour, car tu es le jour de la nuit comme la nuit du jour.

Nul plaisir ne comble qu’en exprimant ta joie.

élastique et fuyant
ce banc dans les eaux claires du matin
condamné à la mobilité à moins qu’il ne se pose
à moins qu’il n’ose
rompre la grâce du ballet
et dans l’espace avide et dans l’air incertain
risquer l’isolement

23 février 2003

La poésie ne ment pas, la poésie n’est pas une fiction. Elle tente de donner voix au réel indicible.

Il arrive aussi au paon de ressembler au geai. Que de cris aigres !

ce silence de fond où notre univers bruit
dans l’incessant voyage des hordes d’énergies
ondes et corpuscules forces
gravitationnelles des dix mille

est le vertige où l’infini oscille
ici plus loin se propulse hors
ce point initial dont s’échappa le cri
de l’unique musique où s’enchante la nuit

Pour les critiques qui ont perdu leurs repères, toutes les interprétations sont recevables.

Tout être conscient est en puissance de l’infini, et son identité s’y étend, insatisfaite de son horizon, de sa région, de son pays, continent, planète, galaxie, univers…
Mais plus fortes sont les racines et plus l’arbre s’étend. L’identité universelle subsume toutes les autres et leur donne sens, comme l’esprit donne de comprendre la matière et comme le corps s’accomplit en l’âme.

24 février 2003

comme posée dans l’horizon de l’aube
une longue lame luit
ébréchée de la chevelure des ondes échappées de la nuit
l’étang

La poésie ne regarde pas les choses telles qu’on les sait, mais telles qu’on les sent. Elle oublie les signes et cherche les symboles.

25 février 2003

Il n’y a de guerre légitime qu’en légitime défense. La guerre préventive est une imposture qui ne se défend que par le sophisme.
L’histoire ne connaît pas de puissance qui se soit abstenue de conquérir et dominer lorsqu’elle s’en sentait capable.

Ce vide absolu au-delà de ce qu’ont pu atteindre les ondes de notre univers en sa courte existence de quinze milliards d’années.

Ma plus grande dette à l’égard de l’Afrique est épistémologique. Elle m’a désincarcéré du cogito et de tous les sophismes qui s’en réclament. Elle m’a appris le totalisme cosmique et son double conceptuel.

comme la hache de lumière
suspendue dans la nuit
lame parfaite
du cœur projette
vers l’horizon qui luit
le disque de sa face entière

26 février 2003

Démythiser totalement, ce serait supprimer l’esprit du théâtre, du sport, de la fête…priver la quasi-totalité des humains des ressorts de leur existence. La mort est là pour cela ; se démythifier, c’est mourir. Et on ne peut valablement mourir dès maintenant que pour accéder directement à ta vie. N’est-ce pas ce que font les renonçants hindous qui, dans leur solitude avec toi, ne sont plus de leur caste, de leur société, de tous les mythes qui la sous-tendent ? Le mythe en ses degrés fait partie de la dynamique de l’humanité depuis son animalité.

devant le temple le profane
danse en attente
que la déesse sorte ou qu’elle lui fasse
signe d’entrer

son pas se suspend ou s’enlace
d’amour hanté
et pour le temple se profane

Un texte poétique est susceptible de plusieurs interprétations parce qu’il exprime un monde symbolique animé de relations multiples. On peut idéalement, de proche en proche, le relier à la totalité ; mais l’interprétation doit respecter les enchaînements, passer des sens immédiats aux sens les plus proches sans sauter les intermédiaires pour se diriger vers les plus lointains.

27 février 2003

La poésie est-elle mythique ou prend-elle le relais du mythe ?

L’éternel est la justification et le sens du Grand Temps mythique.

La pensée symbolisante est une pensée totalisante, car elle est portée à situer tout objet de pensée par rapport aux autres, indéfiniment. Elle pense d’instinct par termes d’opposés en communion et de multiples corrélats. Elle perçoit aussi les tenants et les aboutissants affectifs. Elle reconnaît les actes impliqués dans ses objets.

C’est nier la liberté que de récuser la finalité pour n’accepter que la causalité.

Le premier but de la versification est d’inviter à passer d’une attitude noétique à une attitude esthétique.

dans la savane tendre la tourterelle s’est fait entendre
poursuis-la d’arbre en arbre sans crainte
elle te conduira au pays sans repères
où errent les amants de la voix merveilleuse
en leur fiévreuse attente du vide sans visage

28 février 2003
Les critiques littéraires dépourvu/e/s de sensibilité à la nature ne peuvent lire dans les images de la nature que des métaphores des problèmes que l’écrivain est censé vouloir exprimer et régler. On s’aperçoit d’ailleurs en les lisant que ce ne sont pas des métaphores mais des allégories à décoder.

Entre les doigts le coquillage se redresse, devient en d’autres proportions, temps et lieux une tour de Babel dont la spirale s’élève vers le divin. Le jeu fait dire aux objets les autres de leur être, leurs êtres-comme, la parenté de l’être.
sur la dune brûlante éblouie
la demeure ouvre son ombre douce
et les cris et les jeux d’une vie qui s’avance

sur la dune rafraîchie obscure
la demeure ouvre sa lampe douce
les yeux avides d’une aventure du silence

1er mars 2003

Nous ne sommes innocents d’aucun des crimes de l’humanité. Les troubles de la Côte d’Ivoire sont aussi la retombée de notre exploitation des producteurs de cacao. L’écrasement des Palestiniens résulte aussi de notre antisémitisme qui a poussé les juifs à reconquérir une terre. La dictature et les ambitions du maître de Bagdad sont aussi le fruit de nos manipulations politiques au Moyen-Orient…

Tu es le sens de toutes les idoles, de toutes les images. Nul n’adore personne qu’il ne croie inconsciemment te rencontrer.

comme les sables qui ne semblent
sur la plaine jamais faiblir
là-bas où les bêtes vont l’amble
inlassable vers l’avenir

la douceur sous leurs pas poursuit
l’attentive sollicitude
d’une mère jusqu’à la nuit
au puits profond que nul n’élude

comme l’eau que l’on sait fidèle
à l’ancêtre qui le creusa
et dans le froissement des ailes
sur sa promesse planera

laissant l’œil vide du rapace
dans le jour l’ensemble saisir
les sables jamais ne ramassent
l’espace qui s’offre à franchir

2 mars 2003

Nous pouvons nier l’existence d’un dieu qui contredit notre existence.
Notre existence peut nous donner l’idée d’un dieu qui ne contredit pas notre existence.
Nous pouvons chercher un dieu dont l’inexistence contredirait notre existence.
(Ah, les jeux innocents de notre insuffisant langage !)

ils sont dans l’eau limpide
« ils sont dans l’eau qui dort »
les cimetières sont vides
écoute en l’eau les morts

tout ce qui fait silence
nous invite à entendre
l’onde qui donne sens
à la brume des cendres

sous les miroirs sans tain
chuchotent les voix sombres
du proche au plus lointain
une foule sans nombre

au silence limpide
écoute la voix d’or
de l’ancêtre timide
qui sur toi veille encore

3 mars 2003

comme depuis toujours
le long troupeau piétine la touffeur du soir
son fleuve de poussière descend vers le village
chargé de senteur et de lait

la brousse pour la nuit se vide
laissée aux esprits vagabonds de l’obscur
comme depuis toujours
et depuis toujours comme

Lorsque est admise l’origine évolutionniste de l’humain, la question de l’immortalité se pose à nouveaux frais. Où commence l’humain immortel ? Pour le phylum comme pour l’individu, le seuil n’est possible qu’avec la conscience libre. Si l’on conçoit l’immortalité comme une participation à l’être éternel, elle suppose un accord avec lui, celui de la dilection. Il ne reste à la mort que l’amour, que ce qui immortalise l’amour.

4 mars 2003

Devant la danse, l’œil décide de s’attacher à Eros ou à Terpsichore.

Un monde cohérent est un monde de valeurs inférieures, égales, supérieures. Dans notre culture leur image est celle de l’échelle ; la verticalité préside à la représentation que nous en donnons.
Une imagination trop diurne risque de ne retenir que l’infériorité et la supériorité, et une imagination trop nocturne l’égalité. Pour une imagination équilibrée, les verticales et les horizontales partout se croisent en une grille infinie.

serpent dressé dans l’ombre
et le balancement
vie jaillissante

déjà que hante
un visage d’enfant
de la mère sans nombre

5 mars 2003

La bonne critique n’en finit pas de peser ce qui pense en elle, d’en déterminer l’origine pour en apprécier les valeurs et les situer sur la grille de l’imaginaire.
Qui peut prétendre transcender sa propre subjectivité, qui n’est encore qu’une subjectivité d’emprunt, faite de ce qui nous a faits. Il n’y a de totale liberté de penser que dans ta transcendance-immanence, dans notre relation à ta liberté de pensée par la liberté que tu nous donnes devant toi.

La violence n’est pas à condamner mais à comprendre, la bêtise n’est pas à excuser mais à déplorer.

comme la loutre liquide
virevolte dans les eaux obscures
joue capture
retourne à son séjour
toujours
jette au regard avide
le regard dur de son masque vide

6 mars 2003

Voudriez-vous vraiment que je préfère les trouvailles de quelques Parisiens du XX° siècle à la sagesse des peuples de la terre depuis la préhistoire ? Croyez-vous que ces trouvailles effacent celles de Locke ou de Hume ou de Hegel, ou que celles de Descartes anéantissent les Eléates et les Ioniens, le Tao et les Védas, ou même la pensée diffuse des mille cultures du monde ?

Les dieux des monothéismes sont théoriquement infinis, mais l’imaginaire qui les dit souffre d’une inflation diurne qui les prive de leur infinitude par son goût de la limite.

comme les merles
artistes cartographes
dans l’aube lancent
les perles de couleur de leurs vagues repères
sauvent pour le roi qui transite
de l’horizon à l’horizon
le bouffon qui s’esclaffe

7 mars 2003

Tout poème est parent de la totalité des êtres, encore faut-il savoir à quel degré de parenté.

La poésie comme un jeu, comme les quatre jeux de vertige, de hasard, de mime et de lutte.
La poésie comme une religion d’exultation, d’imitation, de dépassement.
La poésie comme une quête de l’autre en sa présence, ressemblance et sortie de soi.

La poésie est amoureuse de la nature parce qu’elle y pressent, à son su ou à son insu, ta présence.

les ponceaux de l’aurore
bien tôt fauchés
se gardent en mémoire
comme un espoir
aussi tôt détaché
d’un éternel éclore

8 mars 2003

Pleins à ras bord de leur petite personne ; il faut, n’est-ce pas, bien moins de temps, bien moins de place que pour remplir l’infini que tu es en nous.

C’est la sensibilité, non la rationalité, qui fait les grands choix politiques.

Celui qui préfère l’esclavage à la mort n’est pas digne de vivre. Stupide alternative.

comme la salle vide
à jamais inconnue
où les fibres du bois
chargées de tant de voix
diffusent ingénues
des messages avides

9 mars 2003

L’art défait le temps dans la mesure où il participe de la beauté éternelle.

La paix bâtie sur la ruine de l’autre est une paix instable. Pensez-y, vous qui ne savez rencontrer personne que vous-mêmes.

comme à la rose
d’être la rose
tu donnes de donner
sans même conscience
mais en reconnaissance
d’être né

10 mars 2003

L’autocensure est la plus belle réussite de la censure.

Lorsque le sage pointe le doigt vers l’infini, le sot regarde le doigt (proverbe à la chinoise).

Tu offres ton amitié à toutes celles et à tous ceux qui la reconnaissent. Alors il n’y a plus de maître ni de seigneur, de serviteur ni de vassal, mais l’incroyable commerce d’une infinitude capable de tout avec des finitudes. Prodige de l’amour entre des êtres qu’un infini d’être sépare.

S’ils croyaient vraiment que tu es amour, les chrétiens ne diraient pas : Seigneur, prends pitié, mais : Ami, je t’en prie. Ils ne te supplieraient pas à genoux, mais marcheraient avec toi en conversant main dans la main.

le bleu s’enfonce ton sur ton dans la mer
emprunte aux mauves
prête aux pastels
les buées de l’horizon élève
à la profondeur du vide ce qu’il sauve

La libre pensée nous était présentée comme une horreur, mais n’est-ce pas ce que l’on reproche aux sectes : interdire à leurs membres de penser librement en leur imposant un credo ?

aurore rouge aurore
affolée inondée
dans un temps de menace
mort et vie face à face
mer de sang de guerre
plus rien ne bouge
que l’or

12 mars 2003

Peut-on juger celles et ceux qui sont fidèles aux convictions qu’on leur a inculquées ? Est-ce la première tâche de l’être accédant à la liberté de la conscience réfléchie de remettre en question les idées qu’il a reçues de sa famille, de son milieu, de sa culture ?
Sommes-nous jamais sûrs de nous être totalement libérés, d’avoir atteint la pleine liberté de l’être face à ton être ?

comme la peau de la sculpture
toute illusion limite pure
où la lumière à l’œil s’enlace
et fait naître dans la surface
la beauté qui hante le monde
dès le surgissement des ondes

13 mars 2003

Il n’y a pas de journal plus intime que celui qui s’adresse à toi, plus intime à nous-mêmes que nous-mêmes. Mais l’anonyme le garde des voyeurs.

Notre psychanalyse enferme l’humain dans un miroir où il ne voit plus que lui-même, déformé, multiplié.

le ver exhumé
tord la longue annelée de sa musculature
gardant sa peau si pure
que l’œil émerveillé
touche sa parenté

La pensée occidentale a perdu le sens cosmique, et puis, c’était fatal, le sens tout court. Faisant du cosmos une machine à maîtriser au lieu d’un animal à fréquenter, elle ne perçoit plus le message d’éternité qu’il lui adresse.

Passer des heures en ta solitude, jusqu’à ce qu’enfin je ne cesse de t’être présent.

14 mars 2003

Demander aux jeunes de s’interroger sur l’existence de la beauté dans la nature est un des signes de la perte du sens cosmique. Leur dire que toutes les interprétations d’un poème sont recevables est un signe de la perte du sens.
On a voulu établir l’humain en mesure de toute chose ; il est devenu le créateur décideur des valeurs ; il n’a plus de repères.

On cherche des critères à la beauté comme on cherche des preuves à l’éternel. Est-ce pour avoir décidé de donner raison à des philosophes qui ont étouffé leur sensibilité et leur imagination en attribuant à la seule raison la capacité de découvrir le vrai ?

pour cette fumée qui imprègne
les souvenirs de nos ancêtres de leur feux de bois familiers
donnant dans l’ombre des lignées
de rejoindre au profond de l’être
le creux de l’âtre où l’âme baigne

15 mars 2003

La vie en poésie est une vie en religion, un souci de joindre l’autre en son être-comme, la totalité.

Tout enseignement relève de positions philosophiques. Ne pas en avertir les étudiants relève de l’inconscience ou du manque de conscience.

S’accorder au temps, c’est entrer dans ton jeu. Se rebeller contre les ans, c’est ignorer la sagesse de ta dilection.

comme les hanches des collines
comme les hanches des bassures
la terre marche et se repose
disant les ondes et les pauses
de la vie qu’un désir assure
de l’amour que la mort affine

16 mars 2003

Le temps qui passe nous invite à regarder les choses telles qu’elles ne seront jamais plus, à être attentif à la fraîcheur de leur instant.

La différance ne serait-elle qu’un vocable honteux pour la marche à l’infini ?

L’amour ne veut pas que je me dissolve en l’autre ni que l’autre disparaisse en moi, tout simplement parce qu’il n’y a de véritable amour que de l’autre.

Si l’amour désire durer éternellement, n’est-ce pas qu’il s’adresse à l’éternel en l’autre ?

marche jusqu’à l’étang qui dort
écoute
peut-être qu’entre ses bras forts
la route
descend vers le concert des morts

tends les mains vers les mains obscures
qui lèvent
cette eau versée par les mains pures
la sève
qui va poursuivre l’aventure

du monde où l’eau se donne à l’air
le feu
nourrit l’entraille de la terre
émeut
de ses voix chaudes toute chair

17 mars 2003

pour la véronique ouvrant ses yeux bleus
au creux du fossé au profond du bois
dans l’air adouci la première fois
le nuage sombre se fend en l’émoi
de se retrouver auprès de la joie
au ciel éclatant de son cœur radieux

Si mon ami venait me prier de l’accompagner pour l’aider à tuer son ennemi, le suivrais-je sans réfléchir ? Ne tenterais-je pas de le dissuader ?

Aller se recueillir sur une tombe, déposer des fleurs là où est tombée l’admirable, cela n’a de sens que dans l’être-comme.

Au vide de ta présence, la pensée se vide de toute doctrine, s’ouvre à tous les possibles de la dilection. La mystique dissout la dogmatique comme l’amour la loi.

L’œil cherche des regards.

18 mars 2003

Ton immanence est inaccessible : comment aller plus profond que soi-même ? Mais l’anagogie renvoie tout être à ton être, toute quiddité à ta quiddité, toute eccéité à ton eccéité.

comme la véronique se lance aux regards
de tous les yeux émerveillés
élève vers le ciel les sèves de la terre
raffine en son esprit la brutale matière
distille sa beauté
et la propose aux cœurs éblouis de son art

19 mars 2003

Misère de l’homme dont l’être se réduit au parlêtre.
Misère de l’homme dont les métaphores s’enferment dans le corps.

Les liturgies tournent leurs fidèles vers le passé de leur mythe fondateur.

douce invasion de la lumière
jusqu’aux horizons le bocage
chante son hymne à la joie
danse sa transe
déploie
à perte de sens une image
de l’immensité de la mer

Malheur à ceux qui donnent à la lune blanche de présider à leurs desseins de mort (parole de sagesse néolithique).

La lune est depuis toujours la figure de la mort et de la résurrection pour celles et ceux qui se laissent porter par les rythmes du monde.

20 mars 2003

pour le saisissement de ce visage
pour cette peau de lune ombrée de nuit
ces rythmes ondoyant
pour dire
juste
ce que l’esprit inspire

L’obscène excitation de la bataille envahit nos ondes.

Donne-nous un cœur attentif à ta toute-présence.

La décentralisation intellectuelle sort de la pensée mythique, se dégage de l’imaginaire symbolique. C’est le libre-penser de l’écoute de l’être au vide de l’esprit.

21 mars 2003

Cette inattention qui donne au sens intime d’agir, de toucher des forces inaccessibles aux cinq sens.

comme un feu d’ocre s’allume
aux peupliers du ciel pâle
entonne une chanson de flamme

22 mars 2003

Au commencement était le silence. Croire qu’il s’agit là d’une déclaration polémique, c’est rester enclos dans un monde de la parole qui ne pense que par oppositions.

inlassablement dénudée la terre
offre au semeur sa clarté blonde
la plaine multiplie ses figures fécondes
renouvelle l’anneau des mystères

23 mars 2003

On ne donne sens à la souffrance qu’en en faisant une chance de l’esprit .

La guerre ne devrait tuer que ceux qui la provoquent et ceux qui la décident. Mais pour longtemps encore les puissants et les riches, les maîtres, auront plus d’intelligence que les braves braves qu’ils manipulent.

La guerre n’empêche pas la mort d’être la mort, qui est dans l’ordre des choses, dans le bon ordre des choses pour celles et ceux qui acceptent d’être mis dans le secret, de vivre l’évidence de l’être.

Tu es un, mais on ne peut te dire qu’au pluriel. Les noms uniques te définissent tous plus ou moins, toi l’infini. Les images uniques t’abîment davantage encore, toi dont l’être est sans image. Tu es le sans-nom, le sans-visage, tu es tu. Est-ce l’intuition de je-suis-je de Exode III, 14 ? Non pas seulement l’être, mais le je de l’être.

fantaisies de noires sur les mille portées
des sillons où les corbeaux se posent
marchent s’enlèvent se reposent
arrachent à la terre la semence avortée

musique fantastique silences des beautés
impénitentes qui partout moroses
sur l’espoir du printemps osent
de leur vol charognard et pillard de l’été
faire le pur hors-champ qu’éclosent
les notes en leurs vols écoutés
par les yeux libérés des mainmises des choses

infantes musiciennes noires fécondités
de l’instant à l’instant et pour l’éternité
aériennes déjà se conçoivent les roses

24 mars 2003

comme le reste de la nuit dans la nuit qui s’éclaire
une pâquerette fermée dans la blancheur de sa collerette
médite dans la blancheur de l’aube

L’actualité guerrière jette un voile sur les grandes misères d’une humanité où la liberté de l’exploitation et de la domination sert l’enrichissement par l’appauvrissement. Mais il n’y aura pas de paix du monde dans l’injustice.

L’attention au mouvement de ton esprit n’est pas une obéissance du je, mais sa création continue dans la liberté de la dilection (l’obéissance appartient au monde du soi et du moi, non du tu et du je ; mais le moi n’en finit pas de mourir).

25 mars 2003

Une logique sans faille ne fait qu’expliciter les données qu’on lui offre. Elle ne dépasse pas l’intelligence de l’ordinateur.

L’être-comme relie la totalité du réel dans son réseau d’analogies. Son langage est la métaphore.
Chaque parcelle du sensible évoque toutes les autres, mais selon un dégradé indéfini de proximités.
Les forces qui unissent les êtres et les forces qui les séparent s’équilibrent en leurs dynamismes. Leurs images en notre esprit doivent aussi s’équilibrer pour que notre image de la totalité soit fidèle. L’éthique elle-même se fonde sur cet équilibre. Pas de justice sans justesse de notre vision du monde.

un corbeau lance
au silence sa triple alarme

en feintes s’envolent
trois noires folles d’un accord

sauras-tu prendre ton essor
sans crainte que cet art encore
mesure le beau de la transe

26 mars 2003

Je ne suis vraiment ce que je suis que par la conscience d’être ce que je suis.
C’est dans l’attention à ta présence que j’ai le mieux conscience de ce que je suis.
En ma conscience le jaillissement de mon être ne fait qu’un avec ma liberté d’être face à ta liberté d’être en un je-tu de dilection.

Je ne serais pas ce que je suis si je n’étais pas allé vivre en Afrique. Je ne serais pas allé vivre en Afrique si je n’étais pas ce que je suis. A cause de ce goût de l’autre dont j’ignore le pourquoi depuis l’enfance.

L’éphémère est la chance de nous libérer de toute possession. La beauté que l’on ne fait qu’entrapercevoir nous invite à nous affranchir du désir de posséder pour nous livrer à la simple admiration

en attente du mystère
devant la porte de chair
espère tente d’écrire
ce qui ne pourra se lire
que lorsqu’elle s’ouvrira
et qu’elle disparaîtra
au silence de ton dire

S’extasier devant la prétendue modernité d’un ancien, c’est souvent ne pas le comprendre et plus souvent se prendre pour l’arbitre de la beauté et de la vérité.

27 mars 2003

comme à la peau sans défense
des feuilles la rainette mêle sa peau
sait sans se douter que leurs eaux
se concertent
déconcertent
la dent l’œil aux aguets
au grand jeu où te plaît
que chacun en chacun garde chance

Dans les mouvements de conscience et d’inconscience au silence intérieur, viennent nos entretiens.

Nous sommes les administrateurs et les usufruitiers de notre force, de notre beauté, de notre intelligence. Non les possesseurs. C’est notre liberté : qui possède est possédé.

La foi, ce n’est pas étonnant. Comment fermer les yeux sur les bouillonnements d’intelligence et les frémissements de beauté chez les vivants qui nous entourent ? Le hasard et la nécessité ? Vous voulez rire.

28 mars 2003

Il n’existe pas d’enseignement qui ne soit sous-tendu par une philosophie. Un éducateur se doit d’en prendre et reprendre conscience. Il doit aussi la déclarer à celles et ceux qui lui sont confiés, à la mesure de leurs progrès intellectuels. Simple honnêteté. Tâche aussi de la conscientisation des élèves et des étudiants invités à comprendre les fondements de la culture qu’on leur propose.

L’être en sa plénitude ne laisse aucune chance au néant existentiel. Le néant dont on parle est un concept vide, un être imaginaire, un produit d’une logique discursive qui conçoit par oppositions.

comme insensible le lilas
prépare ses pousses s’annonce
anime d’un unique élan
dix mille forces de ses flancs
pour que déjà en toi s’énonce
le pur effluve en son éclat

subtil parfum d’une jonquille
qui ne se livre qu’au baiser
secret doucement distillé
de la brise où sa bouche brille

Certains poèmes invitent à une mise au point de l’œil, de l’oreille, du nez, de la bouche, des doigts, de l’imagination, de l’intuition, pour qu’apparaissent leur dessin, leur rythme, leur figure, leur sens.

29 mars 2003

« Je suis moi, moi, moi », chante le troglodyte. « Ce n’est pas parce que Monsieur le Professeur a déclaré que la nature ne s’occupe que des espèces, et que les individus ne comptent pas que je ne suis pas moi, moi, moi né dans le buisson que voilà près du ruisseau qui murmure, et vous ne saurez peut-être jamais que j’ai un nom, mais j’en ai un, celui que ma mère m’a donné dans son nid ; allez donc apprendre l’eccéité, Monsieur le Professeur ; je suis moi, moi, moi ! »

paupière
maîtresse d’ombre et de lumière
secret de l’aveugle pensée
ouverte sur l’autre insensé
de l’abîme où la nuit entière
(se) libère

30 mars 2003

Ne cherchez pas la paix, cherchez la justice. La paix est sa première dame d’honneur, elle ne peut manquer de l’accompagner.

Ces jeux vidéo qui font que le soldat à l’esprit drogué ne sait même plus ce que c’est que tuer.

De la chair à l’esprit : de l’érotisme à la mystique dans le regard qui contemple les statues de Khajurâho, de la guerre à l’autre à la guerre intérieure pour l’autre en l’intelligence qui médite sur le djihad, de la terre matérielle où l’on conquiert à la terre spirituelle où l’on partage.

comme la jonquille déjà se fane
passe le relais
que le printemps mène sa belle marche

au temple d’arche en arche
tournant ici et là son visage éclatant
lumière de son peuple diaphane

Tu nous inspires de penser à ce que nous ferions si nous étions toi, et c’est ainsi que nous te connaissons.

31 mars 2003

Le mouvement du logos est de démythiser au risque de nous faire perdre la sacramentalité de l’univers, une de nos meilleurs chances de te rencontrer.

comme la partition ouverte sur le champ
figée en son alerte
que se lève et que guide
l’invisible baguette

comme les noires dressent obliques leurs têtes
au miroir où s’enfante
limpide en son attente
la musique muette

Le moi ne peut-il vraiment mourir qu’avec la dissolution de la chair ? Ne fait-il que s’endormir en ces éclairs du je-tu où ta dilection l’emporte ?

1er avril 2003

Mon pays ma demeure, c’est l’autre ; et l’autre, c’est toi. Tu es l’altérité, la singularité, l’eccéité de l’autre.

Démythiser les mythes pour les justifier en les décodant selon leur fin autant que selon leur origine.

La liberté exclut la séduction.

Qu’une grossesse puisse passer pour une dégradation de la chair est un signe de dégradation de l’esprit.

Les cimetières sont des hymnes à la résurrection, mythe figure de la vie éternelle.

La fécondité est dans la rencontre de l’autre, non du même. Que l’on puisse écarter cette évidence est un autre signe de la perte du sens cosmique, de la coupure angélique d’un imaginaire déséquilibré.

comme un cocon de brume douce
avant que le soleil
ne pousse la porte du jour
que gagne son séjour
le papillon de la merveille

2 avril 2003

Le concept d’infini fait exploser tous les systèmes.
L’interprétation des faits et gestes d’autrui demande autant d’intuition que de réflexion. Elle n’a lieu d’être que dans la nécessité d’agir selon la dilection.

La justesse d’une guerre tient à ses causes ; elle tient aussi à la façon dont elle est menée, aux buts qu’elle vise et aux moyens de leur mise en œuvre.

touche le bois
la fibre belle
vibre encore de ses souvenirs

au fond de toi
la sève appelle
le retour vers son avenir

S’arrêter en plein acte est la chance de reprendre conscience de ta présence au cœur pour tenter d’y répondre.

3 avril 2003

tons sur tons ocrés
mouillés
ombres ensoleillées de nuages mouvant sur les champs en attente
passages flots de l’air vous éveillez
le regard égrené de l’amante
au creux des sillons dessillés

La matière se transcende dans la beauté, tire la langue au phénoménisme.

Qu’une culture prétende imposer ses valeurs aux autres, est-ce ignorance ou insolence ? L’universalité d’une valeur ne peut s’établir que dans la concertation de toutes les cultures.

4 avril 2003

On ne peut te connaître et gémir sur la fuite du temps ou sur la mort. L’une et l’autre sont tes créatures, au service de la belle dilection.

Evident : mot rhinocéros.

Choisir son camp ? Il n’y a dans l’un et l’autre que la chair de ma chair à défendre des rapaces de tout nom.

Je ne puis comprendre comment on peut penser que le néant a produit l’être ou que le néant a précédé l’être. Existe-t-il un mode de penser qui m’échappe totalement ?

5 avril 2003

rémige tombée du ramier
prodige pour l’enfant

émerveillée la main se tend
mais l’œil prévient retient

et puis quelque chose qui veut nommer
calamus rachis
vexilles
antérieures postérieures
barbes barbules barbicelles
la science en ses mots mêmes
concède à son autre sa faim de beau

mais comment dire
le galbe incomparable
les lignes abouties et la texture fine
le jeu grisé de perles et de cendres

impuissante en sa reconnaissance
la langue
fait face à son silence

et la chair allégée s’élance
tu es dans l’immédiateté de l’immédiat

toute distance abolie
tu te confonds en mon inexistence
je te confonds en mon si court écho

miroir de mon visage
si proche que je ne puis te voir

tu te produis pourtant tu me produis
sans perte ni profit

tu m’informes tu t’informes
transparente lumière

dans l’immédiateté de l’immédiat tu es

6 avril 2003

Fais de moi la musique de ton silence.

A quoi bon se masquer, se prendre et se donner pour autre ? Secrète analogie de ta présence intime ? Caricature ? Espérance ?
Se revêtir du sacré de l’un ou l’autre de ses multiples uniformes, c’est se donner une force de protection, ou de conviction, dans une société encore mythisée à son insu.
La pure transparence à ta présence intérieure, celle qui nous fait libres avec toi, passe inaperçue comme elle. Elle est, comme toi, sans majuscule.

au fond de la tulipe jaune
la géométrie noire s’impose
en sa symétrie fascinante
s’absorbe en la lumière enclose
que sa splendeur propose
l’offrande fécondante de sa faune

7 avril 2003

Ceux pour qui tu n’existes pas parce que tu n’es pas conforme à l’idée qu’ils se font de toi.
Ne cherchez pas Dieu, cherchez le réel. Vous découvrirez l’infini.
Pascal effrayé par les espaces de l’univers, espaces qui n’étaient pas vraiment infinis pour lui puisqu’il disait les comprendre.
Le secret de l’être infini, c’est qu’il est et qu’il n’est pas chaque être fini.
La non-dualité de l’infini et du fini rend tout être secrètement sacré. L’acte sacramentel le dévoile.

vive fragile sœur
lumière qui n’en finis pas
de courir mais qu’un rien arrête
envahissante
évanescente
qui donnes partout de la tête
multipliant tes pas
et qui pour que l’autre se voie
meurs

Ceux dont l’intellectualisme tue le sens esthétique.

8 avril 2003

Dis-moi, qu’est devenu Néanderthal ? Pourquoi l’as-tu laissé exterminer ? Et tant d’autres peuples ? La mort n’est pas ce que vous redoutez, mais vous n’en savez rien.

La nature est juge de la Révélation.

trois goélands dans la hauteur
poursuivent de leur blancheur
la buse brune

à trois contre une
mais elle suit aux profondeurs
sa lente giration d’honneur

9 avril 2003

Nous décidons si bien ensemble. Il faudrait le faire plus souvent. Vienne l’heure où je ne déciderai rien qu’avec toi.

Les civilisations ouraniennes triomphent par la loi de l’évolution : c’est à elles qu’appartient le glaive.

Yeshoua a choisi la coupe et non le glaive. Ceux qui se réclament de lui en brandissant le glaive sont des égarés ou des imposteurs.

Les dominateurs exploiteurs de la planète ne doivent s’attendre qu’à la haine de leurs ennemis et au mépris de leurs amis (entre les deux la frontière semble floue, mais à celles et ceux qui ont choisi l’amour la haine est interdite ; il ne leur reste que la compassion).

Peut-on imaginer l’espace autrement qu’infini ? Il implique un plus loin toujours plus loin.

Ces dimensions de la matière (ou du réel) que la science ignore encore, qu’elle pressent parfois, et que l’occultisme prétend connaître.

de l’horizon à l’horizon
le front comme une vague suspendue
accueille un air plus dur
ses mille yeux de brume sont mûrs
pour une belle solution

10 avril 2003

« On n’a pas tous les jours vingt ans »…trente ans…quarante…soixante…Chaque âge, chaque jour, chaque heure offre un inestimable à vivre sur le chemin d’éternité.
« Il est des lieux où souffle l’esprit », mais il « remplit l’univers ». Il n’est que d’être attentif à l’unique de chaque lieu.

Tu investis un peu de ta beauté dans la chair, qu’elle engendre et donne leur chance à d’autres.

pour la face que la machine
découpe dans les souvenirs
du pin sur la colline
enivrée de résines
livre au doigt ému qui respire
la vie que les yeux lui destinent

11 avril 2003

Penser que l’être puisse sortir du non-être, c’est sortir de la rationalité.

Une guerre juste dans ses motifs peut devenir injuste dans ses méthodes. Une guerre juste dans ses motifs et ses méthodes peut devenir injuste dans la paix qu’elle impose (que dire d’une guerre injuste dans ses motifs, dans ses méthodes et dans la paix qu’elle prétend imposer ?)

« L’histoire jugera. » Vous voulez rire. Les historiens y vont chacun de leur vision et de leur révision.

pour la paix du jardin où s’enclot ton silence
brodé de mille sens au voile du matin

pour le feu clair des feuillages
dans le printemps qui embrase
de signes la plaine rase
d’écriture en pleine page

pour notre sœur la mort qui nous invite
à comprendre à travers ses pleurs
qu’un regard neuf attend son heure
dans l’espace étendu par-delà les limites

13 avril 2003

Ecoute la lune dire depuis la nuit des temps : « au troisième jour je ressuscite. »

Rechercher ce non-dit rare de la littérature, l’écho de ton silence de vie.

Comprendre que la relation de l’infini au fini ne peut être qu’une relation de dilection invite à rechercher le bien caché de l’univers.

« Connais-toi toi-même ». Triste enfermement. Connais les êtres les uns par les autres, tu en fais partie.

pour les milliers de l’inutile
le sauvage au bord du chemin
chaque fleur digne soignée
en sa mise identifiée
belle insoucieuse que demain
en ses couleurs sa ligne exile

14 avril 2003

conscience
conscience de la totalité
l’univers temps espace nous invite à penser
l’infini
transcendance et immanence s’embrassent
tu es

pour la nocturne qui s’enlève
hors de l’aveuglante incongrue
s’indigne en la majesté nue
de ses dessous roses fanés
et disparaît fille bien née
dans les ombres de notre rêve

15 avril 2003

Le concept de révélation est lié à celui de peuple choisi. Pourtant tu « éclaires tout homme venant en ce monde » (Evangile selon Saint Jean, I, 9), et ce n’est pas une révélation qui doit nous amener à le comprendre. Depuis la préhistoire tu invites les humains à te découvrir en tes figures ici et là dans l’univers, et tu leur donnes l’intelligence anagogique qui leur permet de le faire.

Te savoir présent au grand jeu du monde nous en donne la passion.
Il n’est pas un cristal caché dans sa géode, pas un papillon perdu dans sa forêt qui n’attende de nous proposer ton fin sourire.

La parole est presque toujours illusoire ou mensongère. Son juge provisoire est l’évidence intérieure.

« Ca n’a rien à voir » : parole de l’imaginaire diurne fermé aux correspondances et aux analogies.

pour la carte et ses voyages
le présence et l’absence
peuples et paysages
visages que l’œil se figure
et qui déjà conjurent
le doute de prendre la route

16 avril 2003

L’art donne de soupçonner que quelque chose existe qui échappe au temps et à l’espace.

La conscience de l’espace infini nous donne aussi la conscience d’être un peu nulle part, un peu perdu, nous prépare à être un peu partout, avec toi.

Dans la liturgie catholique, la vierge mère présente à l’heure de la mort touche en nos profondeurs l’antique souvenir de la Grande Déesse, pulchra ut luna.

pour les galbes que la vitesse
et l’air demandent de nos formes
forgées dans l’art de la machine
par où peut-être se devine
l’un des secrets les plus énormes
dont là-bas la vie fait promesse

17 avril 2003

Cette même lune qui rassurait nos ancêtres de l’âge de pierre, qui les accordait avec la vie, avec la mort, maîtresse d’intelligence et de beauté.

Les mots surgissent en farandoles, s’enchaînent, se déchaînent, mais ils appellent le regard et le toucher pour qu’ils les disposent en ordre et rythme plus parfaits, leur donnent de faire sens par tous les sens.

18 avril 2003

Ta dilection nous donne d’échapper à ce mythe du centre qui fait de chaque peuple le meilleur à ses propres yeux.

Pour qui pense, les grands penseurs ne sont pas des maîtres mais des partenaires.

pour la mouche aux yeux électriques
qui se pose aux surfaces
et vibre dans l’espace
marche suce prolifère
parfaite en sa maîtrise entière
de sa belle électronique

19 avril 2003

On ne peut vivre en ressuscité sans mourir (Monsieur de La Palice l’aurait dit).

La mort est la porte de l’éternel, dont le nom intime est dilection. On n’entre dans la dilection, qui est toi, que par la mort à soi-même au nom de l’autre.

La dilection, c’est le goût de l’autre comme autre ; c’est toi. Le moi ne peut y prendre part.

La poésie aime la polysémie, l’hypallage, l’irradiation , la métaphore ; car elle est la voix du flou des choses qui dit la parenté de l’être, l’être-comme.

Les politiques habiles occupent les universitaires à leurs chères études et recherches, car ils les savent plus intelligents qu’eux, et dangereux pour leurs affaires.

pour la glycine qui étire
ses longs parfums de mauve tendre
et diffusant ses grappes douces

en sa longueur
où l’œil se meurt

de ses tons sur tons émousse
la rigueur du mur qu’à surprendre
sa liane noue de souvenirs

20 avril 2003

Comment te rencontreraient-ils, toi le vide, alors qu’ils sont pleins d’eux-mêmes ?

Les terroristes de mon enfance s’appelaient aussi patriotes, résistants, F.F.I.

Les mots chargés de symbolisme sont potentiellement manipulateurs. Il serait bon d’en établir la liste et de l’enseigner (haut, bas, profond, superficiel, central…), mais la manipulation s’étend par association à bien d’autres termes, formules et constructions.

La mystique est l’ennemie de la religion parce qu’elle en est l’accomplissement.

Comprendre et vivre le « pardonnez-nous comme nous pardonnons », ou plutôt « apprends-nous à pardonner comme tu pardonnes », c’est entrer dans la dilection. « Nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie à ce que nous aimons » ceux qui nous ont broyés.

après leur virage en douceur
les peupliers ont leur vert de croisière

leurs mâts leurs voiles
en quête de l’étoile
se sont lancés en traversée

viens mon amie ma sœur
embarquons-nous pour notre île dernière

nul jamais comme toi n’a su
effacer ses traces

en tes souffles qui passent
le silence même s’est tu

21 avril 2003

Ta beauté à l’affût des hasards se glisse entre les mots pour en faire des poèmes.

Si j’admire dans la rue la beauté des femmes et des hommes, la foule des obsédés croit que je les désire. Mais il suffit d’un regard pour te rencontrer dans le saisissement.

le bocage est un bois diffus
où le regard un peu plus loin
qu’en la forêt touffue se porte
et s’arrête avant qu’il ne sorte
en un horizon sans déclin
devant l’âge d’un monde nu

pour l’éblouissement où se dit ta présence
pour la chamade au cœur où te donnent les sens

22 avril 2003

pour une voix haute profonde
en son aura
descendant de l’espace vide
limpide
où se perdant elle jaillira
dans l’éveil de la vie des ondes

Penser que la dilection c’est toi, ce n’est pas te dissoudre dans une abstraction ; c’est inviter à dire l’abstraction comme une participation à ta vie. N’est-ce pas ce que sentaient les poètes qui ont inventé la personnification ?

23 avril 2003

Ta présence nous garde des dangers de la pensée solitaire comme de ceux de la pensée grégaire.

Si Jacob avait pu comprendre qui tu es, il n’aurait pas à Béthel vu des anges monter et descendre au-dessus de lui ni n’aurait dressé un bétyle. Il se serait mis à danser, empli de ta présence.

La perception de l’infini rend possible le dialogue des religions, car il les ordonne en lui-même, leur justification dernière.

le tamaris s’ébouriffe
de vieux rose et de mauve
cache sous ses cheveux enivrés
son regard à jamais délivré
attendant que se délove
l’obscur serpent de l’if

24 avril 2003

mais la rose mignonne en d’autres roses passe
le relais
tu peux te relâcher dans la noire forêt

le reflet
au bassin accalmi de ta robe pourprée
livrera
la lumière diffuse au secret de ta face
franchira
la porte dérobée du jardin où ruisselle
ignorée
la foule qui se presse

ne cessant
de gagner
son éternelle roseraie

Ils ne savent ni ce que c’est que la vie ni ce que c’est que la mort ; la vie, la mort se connaissent l’une en l’autre.

On n’aime quelqu’un de dilection que si l’on aime ainsi tout autre.

Tu es l’infini par qui l’on peut espérer échapper au lieu d’où l’on parle.

La perception poétique du monde introduit à une philosophie égalitaire, car elle découvre la valeur inestimable de tout être, faisant pièce au monde des valeurs chiffrées de nos sociétés.

Toute intuition devrait passer au feu du doute, et tout doute à celui de ta présence.

Dès la préhistoire et les premiers éveils de la conscience libre, la lumière de ta dilection s’est offerte en partage sur notre planète.

La téléologie, c’est la poussée de l’esprit sur la matière en son indétermination. Nous sommes encore incapables d’en comprendre le comment.

ton vide nous enivre à cœur
comme une brume qui s’affine
lorsque insensible se devine
ta présence au fond de nos pleurs

26 avril 2003

pour le surgissement de la fougère
droite dessus l’oblique du fossé
pour le déroulement de sa crosse de vert
la spirale qu’inspire
la pesanteur

pour la grâce des galbes
donnant à la hauteur
d’abandonner un peu de ses superbes airs
livrant à l’éternel cette unique pensée
que le ciel à la terre suggère

Le double regard est la condition minimale de l’accès à l’être-comme. Double regard de la métaphore, de l’humour…

Reconnaître l’infini de notre désir, c’est admettre que la transcendance nous habite, puisque nous sommes finis.

L’expérience de la beauté ne s’accomplit en nous qu’en entrevue de ta présence.

pour le diamant éphémère
d’une goutte de pluie attardée vacillante
et qui lance éclatante
l’arc-en-ciel de la nuit aux amants de lumière

27 avril 2003

Le croyant ne craint que Dieu, tu es le seul être que je ne crains pas.

Le voir-comme et le dire-comme échappent en partie au vouloir. En quelle partie ? Comment ?

Dès lors que l’on reconnaît la valeur de l’expérience du voir-comme, de ce qu’elle livre de l’être en ce qu’il demeurait voilé à la perception quotidienne, on ressent le désir du vouloir-voir-comme.

L’exercice de la peinture conduit à voir les choses comme elles apparaissent en lignes et couleurs plutôt qu’en objets identifiés. C’est déjà un exercice du voir-autrement.

En ce qu’il échappe au vouloir, le dire-autrement de la poésie propose un voir-autrement. En quoi, comment ce voir-autrement correspond-il à un être-autrement.

Les cent victimes de la pneumopathie atypique valent 30 millions de dollars par jour à Toronto. Combien valent en Occident les trois mille victimes par jour du paludisme en Afrique ? Question à cent dollars ?

la rouille déjà ronge les lilas
et nos regrets
l’éclat du printemps qui s’avance

se pourrait-il
au cœur subtil
que le printemps ne soit qu’un mot
où notre folie cherche un sens
à agripper
pour échapper
à la sagesse du temps sans repos

28 avril 2003

Comme le géocentrisme, l’humanisme a été l’un des avatars de l’égocentrisme. L’ethnocentrisme en est encore l’un des plus actifs. Le remède ? L’infini dont le centre est partout et la circonférence nulle part.

Le poème est parfois cette pierre ramassée, ce bois mort retourné qui provoque l’âme, lui suggère une force qui cherche un visage.

pour l’alouette qui s’enchante
là-haut là-haut
surfe sur la lumière qui hante
notre propos

29 avril 2003

l’étang propose son murmure aux souffles du matin
invite au truchement du regard de l’enfant
comme sa balle dit au mur
les jeux de mots de son instinct divin

La poésie peut bien surgir entre le bitume et le béton (elle a surgi dans les camps de la mort), elle est toujours la force de l’esprit.

L’esprit qui lutte contre l’oppression et l’exploitation est aussi l’esprit qui fait paraître la beauté.

30 avril 2003

dans l’ombre qui se fait dans l’ombre
attends
dans la pensée de la pensée
surprends
la parole en l’acte d’aimer

Grâce de la dualité : l’œil de la science, de la possession du monde et l’œil de l’art, de la communion au monde.

l’alouette monte découvre
l’orbe des horizons
mêle la hauteur à la courbe
en sa raison

en son immobile précaire
en son sursaut
elle chante reconnaissante à l’air
d’être là-haut

1er mai 2003

« …et qu’on oublie jusqu’à son nom ». Mais tu nous connais en vérité, et le nom ne fait rien à l’affaire.

Solitude intellectuelle ? Ton intelligence remplit l’univers.

« Auprès du grand Niger puissant… » qui coule en mon âme à jamais, je mêle aux mille regards celui qu’il m’a donné.

Entre la finitude de la mort et l’infinitude du désir, l’hédonisme perd son sens.

dans la demeure sans miroirs
et sans échos
il n’est de voix que solitaire
il n’est visage que de l’autre
la droite y est toujours la droite
la gauche y est toujours la gauche
en ses murs clos
on ne peut s’entendre ni voir

dans la demeure de silence
de nuit entière
il n’est de place que pour toi
il n’est de moi que dans ta face
la plume glisse sur la lisse
et blanche pierre
ne laisse trace que de toi
ne laisse de moi que ton sens

2 mai 2003

Certains pensent que le désir d’infini est une aberration, une illusion. D’autres disent que c’est s’abêtir que de le penser. A chacun de penser, c’est la tâche de l’être libre.
L’infini démythise. Il n’y a plus de maître de pensée ou d’action ; il n’y a plus d’héritage, de succession, de généalogie à suivre et respecter, à combattre et anathématiser. Il n’y a plus de pensées que des pensées à examiner et situer, à consulter. L’infini sert aussi à ça.

Que m’importe de savoir si Platon boursicotait ou trottinait sous les portiques ? Ses pensées valent bien un dialogue.

Je ne suis ici, en l’infini, que pour inviter à penser. Si mon invitation vous dérange, oubliez-la.

la pluie après les jours d’attente
décrispe le cœur de la terre

la plante
emmurée en sa chair
s’explique et pense
s’étire au plus loin vers l’immense

3 mai 2003

Wordsworth s’est mêlé aux révolutionnaires français, Shelley a invité les travailleurs à la rébellion, Byron est mort pour la liberté des Grecs. Le gros animal en a fait de doux rêveurs, des romantiques.
Si Wole Soyinka se bat sur tant de fronts depuis cinquante ans, c’est qu’il est poète, qu’il laisse parler, agir en lui la sève du monde.

La philosophie hédoniste est une philosophie de la possession du monde ; elle mène invariablement à la domination et à l’exploitation des peuples.

pour les ombres qui se ramassent
pour les ombres qui s’arrondissent
pour les ombres qui rétablissent
l’âme des choses
donnant au long du jour
à voir leurs songes
lourds de promesses

4 mai 2003

ramassé sur la plage
le coquillage
garde sa part de sable
mille mondes offerts à voir
comme par les ondes
sur la table ramassés

Il y a dans la beauté du monde un insaisissable déchirant qui impose silence à la parole quotidienne, invitant le murmure des orants à entrer au grand silence.

Conscience, forge où le souffle de la dilection fond, transmue le moi de la passion, de la possession, de la répulsion, de la domination en je si dense qu’infini, toi.

5 mai 2003

A chaque heure qui sonne, tendre les mains vers les orants de l’univers.

Chercher à vivre le plus longtemps possible est un signe de méconnaissance de la vie (et de la mort).

Il ne peut y avoir d’autrement qu’être, pas plus qu’il ne peut y avoir de néant. Mais l’être que nous connaissons n’est pas le tout de l’être. Il existe des paraître qui nous échappent, et plus encore des non-paraître.

L’exercice de la conscience de conscience donne au silence de dire ce qui nous occupe en secret, peut-être aussi ce qui occupe les autres.

Cette radicale insuffisance de réponse à ta grâce qui fait en nous gémir l’esprit lorsque nous reprenons conscience de ta beauté, de ta bonté, de ton être indicible.

pour l’œil une plage plus vaste que la mer
pour l’oreille les battements les soupirs renaissants incessants
quel visage se voile sous la chevelure
en son ruissellement vers le collier d’écume

L’idée que nous nous faisons de l’être sans en avoir conscience dirige toute notre vie. Est-ce le hasard qui en décide ? Est-ce l’enseignement d’un maître ? Une lecture dont peut-être nous ne gardons aucun souvenir ? Mais nous pouvons la corriger.

6 mai 2003

mer
belle
ta paupière jamais ne se lève

en ton temps de rêve
veille notre hier

en l’onde profonde
ta prunelle
sert

Tu te fais tout à tous, tu es pour chacun comme un autre je.

Ce n’est qu’à toi que s’expose sans danger la nudité de l’esprit.

7 mai 2003

Les champions de la manipulation (on dit maintenant communication) ramènent infatigablement la société mondiale vers la vieille division des riches et des pauvres, la déguisant en des tenues qui semblent parfois les illusionner eux-mêmes.

Le murmure de ton silence ne cesse de souffler : « les autres, les autres, va vers les autres, lui, elle, elle, lui, eux, elles…Parle-moi des autres, parlons des autres, ma passion éternelle. »

immense intime immense de l’immense entièreté de l’être immense

la silhouette au loin sur la plage vide
si simple signe que le simple regard
saisit le précieux de l’infime

qu’au vaste de l’espace lisse l’estime
perde assurance
que se délivre l’art pour le saisissement limpide

Dans le saisissement la beauté livre les être-comme, et les être-comme nous invitent à toi.

8 mai 2003

L’être-comme est énergie d’échange puisqu’il n’y a pas d’être-comme d’une chose seule. C’est un être entre deux choses au moins, c’est sans doute un peu de l’être-comme-total qui fait de l’univers un organisme. L’être-comme ne peut aussi se concevoir qu’en équilibre avec l’être-non-comme de toute chose en son eccéité singulière.
L’être-comme peut se penser comme principe de correspondance entre le principe de participation et le principe de coupure.

La force de la parole s’inscrit dans le rapport social parce qu’elle est force du corps mythique en qui nous habitons. Elle n’est force de distinction sociale que lorsqu’elle s’inscrit dans les réflexes d’opposition à la pesanteur.

la coquille demeure
forte belle après la mort
de la chair jetée dehors
pour que brille chaque heure

9 mai 2003

noble oiseau de nos ombres que nos phares ont réduit
tu trônes dans ta pourpre dernière
l’hommage en nos roues fières
n’effraie pas ton sommeil
en ta grandeur tu veilles
immobile
sur le cœur des amants de la nuit

Peut-on n’écrire que pour l’autre ? Qu’importe la réponse, il faut s’y efforcer, sachant que l’autre est grâce. Sachant aussi que la parole pour soi se joue de la vérité, s’il est vrai que la vérité relève de l’altérité, de l’effacement de soi devant l’autre.

les orants de la nuit ont les yeux pleins de larmes
entre douleur et joie ils vivent de ferveur
les yeux secs sont leur pain dans l’attente de l’heure
où cet épuisement en ta faim te désarme

Depuis que nous aimons de ton amour, le temps ne nous emporte plus vers la mort. Il nous mène jusqu’à l’éternel.

L’écriture qui se veut pour l’autre doit saisir la chance de l’anonymat.

10 mai 2003

pour cette aile fauve éployée
une première une dernière fois
par une main inconsolée
en cette aube indécente noyée
d’une lumière où la mort se déploie

Apprendre une langue étrangère, c’est se donner de nouveaux instruments de pensée. C’est aussi risquer d’abandonner les siens. Lorsque cette langue est celle d’une nation dominante, c’est se soumettre à sa domination la plus insidieuse, car c’est participer à son prestige.

La pensée phénoméniste se prive de l’ouverture à l’occulte, dont elle surestime les dangers et sous-estime les apports dans la recherche du réel.

« Grève », encore un mot manipulateur. Le gréviste d’une usine nuit à ses propriétaires, le gréviste des chemins de fer nuit à ses amis, le gréviste étudiant nuit à ses études, etc.

Le patriciat universitaire laisse fatalement échapper la vérité qu’il passe au filtre de sa volonté de puissance.

-Comment faut-il comprendre un texte ?
-Comment faut-il ? Si vous pensez qu’il porte une vérité, vous la découvrirez dans la mesure où vous êtes prêt à la recevoir.

pour cette plongée plus profonde
en mon espérance d’atteindre
davantage ce que la sonde
révèle que tu veux étreindre

11 mai 2003

pour le vol d’un héron à l’aube en son retour
de ses quartiers nocturnes à son autre repaire

pour la noble hauteur seyant à l’envergure
à l’ample rectitude où se mesure
et parmi d’autres se propose un style un air
qui va aux fiançailles de la haine à l’amour

pour l’orge immobile dressée
en l’heure méditative
où s’arrête sur la rive
le temps du repos la barque en son odyssée

Choisir entre les philosophies du aut et les philosophies du et, c’est, on s’en doute, choisir les philosophies du aut. Qui accepte le temps trouve la chance de l’alternance, vit le rythme des jours et des nuits, et sait aussi, pour vivre l’intégrité de l’être, participer à la nature et s’en détacher, y prendre élan pour passer au-delà.

12 mai 2003

La pensée compartimentée de l’Occident diurne perçoit mal le lien entre le luxe et l’indigence (le régime de la coupure y prédomine, non celui de la correspondance, encore moins celui de la participation).

pour ce parfum si ténu
qu’il n’est plus
sans doute qu’un souvenir
le désir
intime d’une présence
de l’immense
au jardin de connaissance

L’infini est silence. Sa parole ne peut être qu’une métaphore, un accès à l’être-comme de sa pensée. Les révélations ne révèlent que la pensée des inspirés (dont on peut espérer qu’ils le sont autant qu’ils le croient). Elles ont le droit de parler de l’infini, non de le faire parler, si ce n’est en figures de style.

L’amour est-il plus proche de la dilection que ne l’est la haine ? Question stimulante parce que dérangeante.

Tu es au-delà de ce qui unit comme de ce qui sépare, toi qui fais de l’autre.

L’indénombrable est une figure de l’infini.

13 mai 2003

pour l’oiseau de nuage
qui s’enchante d’aurore
et puis qui s’évapore
au faîte de son âge

La bourse ou la vie. Dans une société où la bourse gagne, la vie se perd. O triste plaisanterie !

Le langage raffiné est un luxe du dominateur, l’insulte est le pauvre langage du dominé.

14 mai 2003

Une pensée suffit à rappeler la présence des milliards de mondes où nous voguons.

L’univers, le monde, la terre rayonnent d’innombrables figures. La parole est là pour tenter de les interpréter, non pour prendre leur place. L’être est dans les choses, il n’est dans le langage que si celui-ci leur est fidèle.

L’univers est multiplicité et cohérence.

L’universalisme est suspect d’hégémonie. Une philosophie de l’altérité, telle qu’elle découle de la perception unitaire de l’infini et du fini, encourage le pluralisme et la concertation des cultures.

On ne peut douter de ta présence infinie, on doit douter de la perception qu’on en a.

pour la lumière
universelle messagère
infatigable voyageuse
porteuse
de nouvelles aux sens
de l’autre à l’autre immense
en nos concerts

Une critique littéraire scientifique est une critique possessive et dominatrice. Dommage, elle ne comprend rien à l’art, qui est communicationnel.

15 mai 2003

Est-ce parce que la parole est suspecte d’erreur que les religions la sacralisent en leurs saints livres afin de se rendre crédibles ?

Tu joues sur l’échiquier du hasard, mais tu n’as pas d’adversaire. Tu n’es que l’autre en face de l’autre en face de l’autre en face de l’autre…

vapeurs de l’aurore sur l’étang
somme en sa fraîcheur en sa douceur
de l’air et de l’eau
noces que tu consommes
en l’impalpable de l’instant

pour les veines du bois
où la forêt paraît
pour le grain et l’émoi
que le rabot révèle
en notre attente belle

plume qui se détache à son heure
de la chouette des neiges
dans les souffles s’allège et roule
là-bas vers la blancheur

16 mai 2003

Faut-il que tu sois patient avec cette petite conne d’humanité pour ne pas dire : « On efface tout et on recommence ». Non, ce n’est pas de la patience. Tu es comme ça, tu ne travailles pas au rendement ; quel sens cela pourrait-il avoir dans la perspective de l’infini ?

Un atome de dilection pèse plus lourd que l’univers tout entier.

Les métis ont vocation à bâtir des ponts entre les peuples, entre les cultures.

Dire avec le vieux sage chinois que la femme infidèle a des remords et la femme fidèle des regrets, c’est encourager une fidélité qui passe au-delà des avantages et des désavantages, et qui prend le chemin de la dilection.

Les fous de l’infini ne peuvent pas être de leur temps. Ils ne sont fidèles à leur temps que parce qu’ils le situent dans la chaîne du temps.

vertigineux expéditeurs
électrons
millions accourant vers la tente
les ordres échangés
se faisant messagers
calculateurs
ou simples serviteurs
les reins ceints dans l’attente

17 mai 2003

L’un des préalables à la connaissance totale de la matière, c’est d’admettre qu’elle est davantage que ce qu’elle apparaît aux sens et aux machines qui les aident.

Conscience, seuil exaltant de toutes les présences, porte de l’autre.

Accéder à l’infini donne prétention à se mêler de tout.

Cette solitude où si longtemps je t’ai cherché, alors que tu en es inséparable.

Ces poèmes qui sortent d’un moule à cire perdue et qui demandent à être limés, polis. Mais pas trop, car il leur faut garder trace de la glaise et du feu.

18 mai 2003

Chercher la vérité requiert l’attention à la totalité, car il n’y a de vérité que dans la cohérence de la totalité.

La conscience n’est pas l’ennemie de la vie instinctive et de la connaissance intuitive. C’est une erreur fatale de confondre conscience et intellect ; la conscience est une attention, non une machine à concepts. La conscience est conscience du corps et conscience de l’esprit, conscience de l’objectif et conscience du subjectif. La conscience est le seuil de l’humain en ce qu’elle rend la liberté possible.

pour la carte et l’œil agrandi
qui imagine notre terre
pour la maîtrise ou le mystère
selon que le cœur nous en dit

Comme le blanc est la somme de toutes les couleurs, le silence est la somme de toutes les musiques. Rien ne chante qu’en lui.

Le silence est comme le vide de l’espace sans lequel les marches et les danses ne seraient pas possible.

19 mai 2003

Pourquoi me plaindrais-je de ton absence ? Tu m’y apprends qui tu es, tu m’y invites à renoncer à mon faux dieu.

Toute inquiétude est une invitation à te rencontrer.

Combien d’écrits disparus à jamais, combien de vies, de quêtes, de découvertes intérieures perdues. Et toutes ces expériences spirituelles effacées sans laisser de trace dans les monastères ou le secret du monde.

pour l’eau sur la peau qui se ressouvient
au matin
de la fraîcheur de l’origine
et s’imagine retrouver
émerveillée le premier jardin

Les dieux solaires ont toujours été des buveurs de sang et de puissance. Ils continuent de mener l’Occident. Les civilisations solaires ont peur de la mort comme les enfants ont peur du noir. C’est à cela qu’on les reconnaît, et c’est cela qui les pousse à exploiter et dominer.

20 mai 2003

La sacro-sainte liberté humaine t’accule à l’incognito du hasard.

la vitre s’éblouit
de lumière de vie
le regard te renvoie
un éclat de ta joie

et la croûte de pain
bénit l’âme du four
comme en un nid d’amour
la peau chante à la main

21 mai 2003

pour l’odeur oubliée
du jardin de l’enfance
qui réveille le sens
de ta vieille amitié

ta fraîcheur se disperse
à la juste limite
du lieu où tu t’invites
au mitan de l’averse

et je sais en l’instant
qu’au profond de la brume
murmurait ce qu’exhume
cette odeur du présent

La victoire d’une idéologie, c’est de parvenir à se faire passer pour l’ordre du monde. Le libéralisme est en passe de la remporter.

Le terrorisme tue des milliers de personnes, l’exploitation économique des millions.

Le mariage de la chair est passion possessive, exclusive. Le mariage du cœur est offrande sans retour.

22 mai 2003

Si tu étais une superpuissance, tu mériterais le mépris des libertés que tu promeus.

Le spectacle de ceux qui luttent dans l’épreuve est une force pour ceux qui les rencontrent.

pour la voix frétillante des verdiers
leurs concertations de fraîcheurs
de légèretés de douceurs
leur simple bavardage
et le fin découpage
de leurs silences que hante
l’absence remédiée

Les trésors de manipulation déployés ces derniers mois autour de l’Iraq permettent de comprendre pourquoi tant de gens censés intelligents ont pu se faire posséder il y a soixante ans par la propagande nazie.

23 mai 2003

Combien ont compris en voyant abattre le mur de Berlin que, caché sous les oripeaux de la liberté, le libéralisme se libérait ?
Le voilà maintenant qui veut abattre le mur de protection de l’université française.
N’y aura-t-il que le fanatisme religieux pour l’arrêter ?

dis-moi dans le jardin des véroniques
les myriades d’étoiles bleues
le regard clair impérieux
qui interroge sans réplique

dis-moi cette attention d’un jour
pressée au fond de leur nuit verte
d’accueillir ce qui se concerte
aux yeux d’amour

Ne sentons-nous dans la nature, n’en disons-nous que ce qui s’accorde à notre désir ?

24 mai 2003

dis-moi le vieux roucoulement
si familier si rassurant
qui lie au jardin le bocage
en son ramage

dis-moi l’autre ravissement
le souvenir si déchirant
la plainte de la tourterelle
en son Sahel

Tu donnes à tes amis de faire joyeux visage à toute horreur, d’accueillir la mort même avec un bon rire.

Peut-on enseigner la mythologie sans enseigner la démythisation ? Sans démythiser le maître à penser qu’on est censé être ? Mais combien d’enseignés acceptent des enseignants démythisés ? Qui peut se passer de héros ?

25 mai 2003

La vérité échappe à ceux et celles qui la cherchent auprès d’autorités mythiques.

Faut-il faire confiance à la tradition des orants ? N’y en a-t-il pas eu depuis la nuit des temps à te chercher dans le silence, à te rencontrer peut-être, à agir avec toi dans le secret du monde ?

Est-ce bien toi qui me réduits au non-agir de notre seule rencontre dans le secret de ce soliloque ?

dis-moi la musicienne de passage
le poitrail grivelé
l’œil vif entrevu au feuillage
en l’attente que naisse aux ombrages de l’if
le jaillissement de fraîcheurs
dans le silence amoncelé
des profondeurs

Ceux et celles qui assoiffent les peuples de la terre pour tenter, en vain, d’étancher dans le luxe, le calme et la volupté leur soif d’infini, alors qu’il les attend au bord des océans.

La critique littéraire est une fabrique de héros.

Tu as visage de néant et de il, mais je sais que tout en toi est tu et plénitude d’être.

26 mai 2003

La connaissance scientifique et la connaissance esthétique doivent marcher la main dans la main. Donner la priorité à l’une ou à l’autre est un déséquilibre qui peut mener à la chute de l’humain.

tu restes la déesse aux cornes reines
parèdre du soleil en face à face d’or
tu enseignes la vie tu enseignes la mort
en ton argent de bête et de bipenne

La conscience est l’usine d’immortalité. Elle fabrique de l’esprit, comme la vie fabrique de la conscience, la matière de la vie et l’énergie de la matière.

27 mai 2003

Tu es la force de ma dilection, de cet inconcevable être-pour-l’autre échappant à la logique de la séparation comme à celle de la fusion, le secret de la relation de l’infini et du fini.

Le comportement du babouin alpha se retrouve dans les milieux les plus intellectuels.

pour cet échelonnement de pylônes
que tes distances anoblissent
et que tes horizons remplissent
interminables où l’œil s’étonne

Tu as doté la nature de mille forces capables de corriger les insultes des humains à ta beauté.

Le comportement de la matière, et plus encore celui du vivant, donnent à penser que toute particule est un émetteur récepteur d’informations.

28 mai 2003

Qu’est-ce que cette idée de l’être qui exclut l’infini ? Il n’y a pas d’être en dehors de l’être infini puisque la notion d’infini exclut celle d’un dehors et d’un en face (dans la mesure où nous pensons selon les catégories de l’espace).
Aucun être fini n’est capable d’embrasser la totalité. Nous ne connaissons qu’une partie infinitésimale de l’être puisque l’être est infini. « Nous avons quelques trous dans notre ignorance », disait le prof de philo.
Que nous ne puissions pas connaître la totalité d’un seul être humain est un autre sujet. Toi seul est dans le secret, et capable de le respecter en ton vouloir l’autre comme autre.
De ce secret la pudeur est la figure et la pédagogie ; la vie privée, la manifestation sociale.

L’expression « la conquête de l’espace » dit bien l’esprit qui nous anime. Pourquoi pas « la rencontre de l’espace » ? Le terme « connaissance » a l’ambiguïté de la possession et de la communion.

pour cette huppe à la juste distance
dans le bosquet qui ouvre son silence
aux rafales ouatées de ses appels

un instant immobile j’épelle
l’un de tes mille noms dans l’impuissance
de faire justice au concert de tes sens

Lorsque la disparition devient l’espoir de te rencontrer, la tâche d’exister prend son sens plénier.

Sur le visage de chair en son esthétique et sur le visage d’esprit en son expressivité, on peut tenter de hiérarchiser ses regards, mais il est dommageable d’oublier l’un ou l’autre.

29 mai 2003

A chacun sa définition du réel. Mais le réel est total en l’infini, réunissant toute matière et tout esprit. Il faut tenter de comprendre, non, de trouver l’intuition de son organisation et de sa cohérence, rechercher le savoir unifié au-delà des systèmes.

dis-moi là-haut face au soleil
l’alouette qui brasse
la vague qu’elle se donne
pour qu’enfin lasse
en son as-cen-si-on résonne
l’embrun de cette mer qu’elle émerveille

30 mai 2003

Marcher en ta présence, c’est ignorer où l’on va, attendre dans l’instant le message intérieur. Non, c’est mal dit. Peut-on bien dire ces choses-là ? Mais il faut savoir s’arrêter, hésiter, laisser venir à la conscience ce qui sera notre accord pour le geste qui suit. Nous décidons si bien ensemble lorsque tu nous fais partager ta liberté.

Que la surface soit disponible à la profondeur.

Que penser de ce courant mystique où l’idéal serait de se décréer pour se fondre dans l’infini ? Cela semble contraire à l’existence du fini. Tu ne veux pas l’autre pour toi-même, mais l’autre pour l’autre.

dans l’haleine des blés en cette heure première
où les eaux de la nuit exhalent leur soupir
un rire à peine audible fuse ondule se perd
sur la grande étendue pour ne jamais mourir

31 mai 2003

Tu es le confident dont la présence donne à mes pensées secrètes de se dire.
devant chaque digitale
haussant nos rêves pourprés
au fond des regards baissés
si fier de ton port royal
je dis ta nuit

devant chaque lupuline
inclinant son auréole
dont au creux de nos corolles
l’âme tendue te câline
je dis ta nuit

devant chaque campanule
lançant nos pensées légères
qu’aux cloches de mauve clair
rien pour toi ne dissimule
je dis ta nuit

La juste idée de l’être n’enferme pas la multitude des êtres, mais elle en affirme l’unité et la cohérence. La juste idée de l’infini propose une éthique de l’altérité dont le nom approché est dilection.

L’imaginaire digestif est approbatif, l’imaginaire postural contradictoire, l’imaginaire rythmique conciliateur.

La conversion est un changement d’identité. Comme la révolution, elle prend le risque de l’excès.

1er juin 2003

Un grand poème est un parfum unique où mille senteurs dosées se concertent ; et il y a un peu de cela dans tout vrai poème ; c’est l’idéal, si rarement atteint, si rarement approché même. Il faut, pour lire la poésie, garder le sens de l’imparfait dans la nostalgie de la perfection.

Le temps et l’espace, l’espace-temps est l’expression cadre de l’énergie fondamentale du vide.

Une poésie opaque à ses référents se coupe de (sa relation à) la vie du monde.

effile cumule étend
de hauteur en fière hauteur
fluide infiniment mutant
tranquille
ton eau subtile

rire à la pesanteur
rivière sans retour
amour de la lumière
nuage d’âge en âge

2 juin 2003

Peut-on espérer te rencontrer au silence du vide sans y passer des heures d’immobilité ? Les religieux appellent cela l’oraison. On y trouve les forces de dilection et, de surcroît, les forces de participation à ton jeu du monde.

tu erres à la dérive
montagne de glace
dont la chair est la peau à mesure qu’elle diffuse

tu frissonnes
en l’air
en l’eau

tu donnes de ta substance
qui s’use et s’abolit

dispersée reversée
tu reprends en d’autres vies
sur d’autres rives te replaces

Lorsque l’incompréhension que nous témoignent nos proches est incompréhensible, nous pouvons nous demander si tu n’es pas à l’œuvre, nous invitant à faire grandir en nous le meilleur de nous-mêmes, l’autre, toi.

3 juin 2003

Un poème sans titre garde toute l’abondance floue qu’il évoque. Le titre focalise, centralise ; c’est une concession de l’imaginaire nocturne à l’imaginaire diurne. Ainsi de toute œuvre d’art : on la connaît en oubliant son nom.

tu te déploies te redéploies
sur le panoramique horizontal

allongements sutures ruptures
écartèlements

kaléidoscopique verticale
où la voix reconnaissante festoie

tu nimbes l’horizon de gris
fondus enchaînés déchaînés
si lents qu’insensiblement
on te redécouvre changé
en simple moisson de vie

La juste idée de l’infini donne de vivre en présence d’un toi.

4 juin 2003

La poésie est rythmique, elle appartient à l’imaginaire de la conciliation en ses va-et-vient. C’est pour cela qu’elle est aussi analogique, sensible aux allées et venues des correspondances.

Infini-dilection, tu ne connais ni Palestinien ni Israélien, ni juif ni musulman, ni animiste ni chrétien, ni hindouiste ni bouddhiste… Tu ne connais que des consciences qui s’ouvrent à ta vie et te voient en tout autre.

Avec leur Dieu, leur God, leur Allah… ils se font une image tellement fausse de toi que si tu passais devant eux ils ne te reconnaîtraient pas. En fait tu passes et repasses devant eux, et ils t’ignorent.

partout les ciels jouent de clartés
s’éblouissent
s’éclaircissent
sur la cité sur le bocage
proposent leurs images
sans ligne ni partage
de l’horizon à l’horizon et sur toute la voûte
font le signe de notre liberté.

L’être-comme n’est pas accessible au concept.

5 juin 2003

En gardant un peu de son cérémonial, de ses vêtures, la justice humaine montre qu’elle entend garder sa dimension rituelle, continuer de s’appuyer sur le mythe, demander que l’on croie en elle. Comme son but essentiel est de maîtriser notre violence toujours prête à nous replonger dans la barbarie, on hésite autant à dénoncer qu’à ignorer ses actes inéquitables.
Est-ce équitable de ne pas infliger la mort à celui ou celle qui l’a donnée ? Ce n’est pas une question réglée une fois pour toutes. Toute conscience qui s’éveille à la perception est invitée à pratiquer le doute méthodique. La peine de mort ne doit être un tabou que dans une société qui vit de croyance.
Pour rester crédible, la justice doit garder l’apparence de l’équité, mais peut-elle garder l’apparence sans la chose devant des consciences aperceptives ?

arum
de neige et de soufre
ouvre au bois ta corolle
envole-toi en l’élan de ta tige
érige
le piège où s’offre
à l’homme
l’eau glacée et le feu
serrés

6 juin 2003

A condition d’être choisie ou acceptée, la réclusion est la chance de l’oraison.

Pour accepter des conditions de vie que l’on n’a pas choisies, il faut y reconnaître son destin, l’invérifiable invitation à entrer dans la vie de la dilection selon la modalité unique de son être.

Trouver à se détendre, non dans l’aliénante distraction, mais dans l’exultation de ta présence aux choses.

l’étendue des tiges bleuies
hausse ses épis pâlissants
la plaine sent
leur attente paisible
l’élan gravide
des grains de blé qui s’alourdissent
durcissant

leur tâche s’accomplit
mille ventres arrondis
exubèrent en la peau distendue de la terre

7 juin 2003

doucement les demeures du hameau se déprennent
de l’estompe indécise
la grange sise
au bord de la bassure
retrouve l’angle sûr et les traits expressifs
les ifs
reprennent aux limites leur garde dure
assurent
que lorsqu’en la lumière la brume s’amenuise
leurs voix suffisent
à relever l’écho des demeures lointaines

Vouloir imposer la démocratie relève de l’aveuglement et de l’inconscience, de la bêtise ou
d’un impérial cynisme.

Existe-t-il une propriété artistique des œuvres inspirées ? On pourrait répondre qu’il n’existe pas d’œuvre totalement inspirée, et que ce qui ne l’est pas relève de l’appartenir. Il vaut mieux peut-être répondre que le moi non-moi qui crée est bien un je qui n’appartient ni ne possède parce qu’il participe de la liberté de la relation des êtres finis avec l’être infini.
Tout compte fait, il faut bien admettre que nous vivons dans une société d’appartenances et de possessions, et que nous devons y subvenir à nos besoins et à ceux des êtres dont nous avons la charge.
Il nous faut du moins pratiquer la déprise intérieure sans laquelle il n’y a pas de liberté entre le fini et l’infini, pas de liberté du je.

8 juin 2003

jusqu’à la buée des grisailles
la plaine échelonne ses plis
s’élève s’abaisse
se serre s’étire
vit
respire
de millénaire en millénaire
et le regard qui considère
un instant au centre de l’orbe
s’absorbe
erre en la sève puise au sang de la terre
s’attarde s’informe s’accomplit
jusqu’à ce que transmué sans tristesse il s’en aille
d’allégresse

Ce que l’on attend des dieux du stade, c’est qu’ils jouent un jeu inspiré.

9 juin 2003

Citer un auteur reconnu, c’est utiliser l’aura mythique que la société lui confère. On ne devrait citer un texte que si on le considère comme inspiré et donc comme n’appartenant à personne, mais aussi ne le faire que dans le mouvement de l’inspiration qui l’a produit, s’excluant ainsi du monde mythique des auteurs reconnus. Certaines cultures ont perçu cet anonymat.

Ce n’est pas aux champions du non-sens de vous dire si l’homosexualité est normale, pas plus qu’aux psychanalystes ni au pape. Vivez en harmonie avec l’univers et vous serez dans la vérité de la pensée et de l’agir, sans vous demander si l’on peut encore employer le mot normal sans guillemets déboussolés.
Essayez, pour voir, de dire que les homosexuels sont des handicapés, puisque notre société reconnaît aux handicapés le droit au respect et à l’amitié, et les considère comme des gens normaux (sans guillemets, on peut l’espérer).

pour ce chant d’amour où s’émeut
une corde muette encore
et se donne à entendre cette
voix inouïe qui s’accorde
aux bois aux cuivres
en cette demeure ivre
où s’étonne d’être toi toujours
le oui de notre vœu

10 juin 2003

La polysémie du terme « art » et celle du terme « science » semblent interdire une définition claire de leurs domaines respectifs et de leurs domaines communs. Le dilemme est de bafouiller ou de présenter des idées claires mais fausses.

Peut-on dénier à la critique littéraire le droit à la scientificité ? Peut-on refuser à la science le droit de rendre compte de la littérature ? L’art n’est pas scientifique, la science n’est pas artistique, mais on peut en leur convergence espérer atteindre le réel. L’objet de cette convergence est intuitif, on ne peut en rendre totalement compte en termes conceptuels.
Lorsque la science esthétique n’a plus rien à dire d’une œuvre d’art, c’est qu’elle doit laisser la place à l’intuition esthétique.
L’intuition esthétique est émotion et connaissance, indissolublement. Elle échappe à l’intellect pur.

égarée de la nuit au bord de la fenêtre
sans autre force
que l’appui de ses jambes torses
de ses antennes basses
posées lasses

le vague songe de ruche
qui tente en sa petite tête de paraître
la juche
efface à peine
en son haleine sèche
la buée des yeux sombres où luit
un rêve de miellée

11 juin 2003

La spécialisation des savoirs, c’est aussi la fragmentation des savoirs. Mais la vérité de l’être n’est accessible que dans l’articulation des savoirs.

Les yeux ou le regard, les yeux et le regard. La bouche ou le sourire, la bouche et le sourire. Le corps ou l’âme, le corps et l’âme. La perspective du fini appelé à l’infini conduit à l’échelonnement des valeurs plutôt qu’à leur négation ou à leur égalisation.

sur le talus l’herbe s’arrange
dispose ses touffes d’instincts
gonflés de sève et de fraîcheur
en rondes exubérances

sur le talus l’herbe s’agrège
au profus mouvement des teintes
trouve son lieu parmi la friche
en luxuriante ivresse

sur le talus l’herbe s’allège
s’élance aux fuites incertaines
songe aux verts de l’étendue franche
en fécondes consonances

Tu nous invites à mesure de la marche toujours plus loin dans la mort du moi, dans la vie du je.

12 juin 2003

dis-nous la rondeur qui émerge
à l’heure gravide
et grimpe rouge sur la berge
sortant du vide

dis-nous l’orange barrée de gris
dans sa prison
qui se libère sans un cri
de l’horizon

dis-nous le dôme rutilant
sur le nuage
qui consacre dans son élan
le cœur du sage


dis-nous la coupe de vermeil
ombrée de temps
où tu donnes pour le soleil
des yeux d’enfant

Les actes les plus ordinaires ne prennent leur sens que dans la décision commune de nos deux libertés ; nous décidons si bien ensemble. Alors souvent tout s’arrête ; que surgisse la pensée, l’acte, qui entre dans le grand jeu.

13
dis-nous le tilleul bouillant
dans la touffeur
les effluves irradiant
les heures

les fleurs
qui dans la lumière infuse
au vert du cœur
parmi son dédale musent

matière et mémoire
animalité et mémoire
humanité et mémoire
aperception et mémoire

L’aperception est le non-espace de notre rendez-vous.

L’expérience de toi est intransmissible, car elle est de liberté à liberté. Mais on peut y inviter, car tu la proposes à tous.

14 juin 2003

mille belles-de-jour offrent leurs bouches roses
au bord du champ
mille grains de lumière sur chacune se posent
en souriant

les corolles des pois marchant vers la récolte
en rangs serrés
s’enchantent de les voir et dansant virevoltent
émerveillées

la route les regarde amère en son bitume
pleine d’envie
la poussière s’attarde et s’approchant les hume
d’un air surpris

Miroirs, sources de voir-comme.

Le mimétisme s’explique-t-il tout à fait sans communication extra physicochimique ?

Un des triomphes du libéralisme, c’est de faire supporter ses inconvénients par ses victimes, un autre de se faire passer pour la modernité, le plus grand de se présenter comme la voie de l’égalité et de la fraternité démocratiques.

15 juin 2003

La beauté semble à l’affût de l’événement pour s’y inscrire. Sur la violence même elle sait parfois poser un réconfort qui la rend presque vivable. Un ramier dévoré laisse une traînée de plumes et de duvets arrangés en un sobre kakémono, un lapin écrasé devient sur le bitume l’éclaboussement sombre de tons et de formes rythmés d’une peinture gestuelle. Avec elle la mort peut devenir une élégance à offrir lorsque vient l’heure.

La musique est objet d’émotion esthétique, de connaissance aussi. Elle invite à penser celles et ceux qui l’accueillent en son intégrité.

dis-nous la première mauve
qui se dégage
de l’herbe exubérante

dis-nous si lente
sa transparente fraîcheur
dans l’aube tendre

dis-nous les corolles prêtes
pour un concert
proposé jusqu’à cette heure

où vient s’entendre
dans tout le bocage en fête
leur chant qui sauve

16 juin 2003

La nature précède l’artiste et l’inspire. Lorsque nous verrons les œuvres de la nature rappeler celles des artistes, nous découvrirons que l’art est l’accomplissement de la nature.

Sur notre planète rétrécie, on ne peut plus se voiler la face ; le luxe est méprisable, car partout il côtoie la misère, et ceux qui le recherchent montrent leur insensibilité.

Tous ces poèmes macabres, masochistes, amers, aliénés de la source de vie. Et pourtant la beauté réussit à les investir.

à l’heure où l’arabesque de la chauve-souris
cesse avec les appels des grives
et les éveils des merles aux bosquets
une lune hâlée s’enquiert

est-ce que sur la terre
mon décroît vous rend inquiets
vous savez bien que celle qui sur la rive
meurt ne cesse pas de vous rendre la vie

17 juin 2003

Les aiguilles de pin blondes arrangées par le flot de l’orage sur le bitume devant la galerie d’art. A la cimaise, qui ne les admirerait ?

staphylin de jais sur le bitume à découvert
face à l’énorme menace
tu t’immobilises aux aguets
redresses élégante ta queue
à la scorpion

ton attention
de l’instant à l’instant
au gré de l’aventure
se fige ou s’élance vers
la certitude irréfléchie de l’ouvert

Tu éloignes de moi ma compagne, tu éloignes de moi nos enfants, les proches, les amis. Je n’ai de compagnon que la ténèbre, toi, ineffable douceur de l’être.

L’être resplendit partout. Tu me sommes de tressaillir devant l’intelligence et la beauté. O saisissement de toi !

Tu es souvent plein d’humour, jamais d’ironie. C’est que tu ne souris jamais des autres sans sourire de toi-même.
18 juin 2003

L’espace donne à chaque épi sa place unique parmi les millions d’autres.

Est-ce parce que tu n’es pas à posséder que ta présence partout échappe ?

pour le vibrato des trembles
aux souffles de ce qui semble
sortir d’on ne sait où
et s’en aller partout

mais qui respire
jusqu’à venir
au cœur de cette campagne
jouer notre qui perd gagne

19 juin 2003

Chercher à (se) faire des disciples, c’est refuser aux autres la dignité du penser libre. Vouloir se faire disciple, c’est se la dénier. Alors que la liberté est au cœur de la relation entre l’infini et chaque conscience.

Une philosophie détachée de la spiritualité risque de se rattacher à la volonté de puissance, d’asservir au lieu de libérer.

sur la feuille ce métal neuf
ce corselet de fer et d’or
ces targes de bronze mat
ces lames damassées

tu joues de père en fils le bluff
et ta beauté confond la mort
comblant l’esprit diplomate
au vert où l’esprit éclate
en ton mime insensé

20 juin 2003

Si nous connaissions le comment de l’évolution, nous comprendrions la survie : elles ont le même secret, celui du réel indissociablement physico-chimique et mystique, matériel et spirituel en sa marche.

Le bonheur du temps retrouvé est un aperçu du non-temps.

« Père, pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc, XXIII, 34). Cela voudrait-il dire qu’il ne lui aurait pas demandé de pardonner s’ils avaient su ce qu’ils faisaient ? Pensait-il que son père ignorait qu’ils ne savaient pas ce qu’ils faisaient ? Peut-on pardonner le mal fait aux autres ? Peut-on faire du mal à Dieu ? Difficile d’admettre que Yeshoua ait pu prononcer cette parole.

En ta présence, tout ressentiment se dissout. Il n’y a en toi que dilection.

la main jette la couleur
trace racle lisse place
touche du regard l’image
que l’instinct cherche dégage
sûr que surgira la face
inconnue attendant l’heure

21 juin 2003

pour un pas sur les dalles
où s’invite en rêvant un cortège d’images
pour l’infini sillage
que si brièvement son écho nous dévoile

La connaissance poétique relève plus de l’ordre de l’instinct que de l’ordre de l’intelligence.

Nous croyons parfois (souvent ?) qu’une pensée est vraie parce qu’elle claire, alors qu’elle est fausse parce qu’elle claire.
Notre intelligence cherche à agir, et l’on ne peut agir que dans la clarté. Le réel est si intra-connecté qu’il se laisse manipuler par des idées claires, alors que l’essentiel reste dans l’ombre.

22 juin 2003

Ta présence dissout les poisons de l’âme.

Le matriarcat fut peut-être plus horrible encore que le patriarcat, et le règne des prêtresses plus impitoyable que celui des prêtres.

dis-nous l’ancêtre près de l’âtre
songeant au passé peut-être
dans les fumées obscures
rêvant à l’avenir dans l’envol des buées légères

espérait-elle nous voir combattre
quand debout à la fenêtre
le soldat dont l’allure la faisait tressaillir
la saluait du nom de mère

23 juin 2003

L’autre sauve, il est au plus près de ta dilection. En lui s’accomplit la mort du moi qui ressuscite en je.

pour le papillon-colibri
tout en yeux ailes longue trompe
que son vibrato flou mène vers les corolles
qui précis darde pompe
qui rapide apprécie
repas distance danger
dans l’immobilité ou l’élan fou du vol

24 juin 2003

pour un voile lacis sur le bleu
de l’impalpable face
au profond de l’espace
où mille désirs lancent leur feu

l’œil aventuré se surprend
à penser sans méfiance
que la source du sens
pourrait bien se cacher au tout indifférent

cette cuisine où bouillonne la vie
distille des vapeurs
subtiles intérieures
qui travaillent et multiplient

les forces de l’esprit impriment leur élan
de poursuite constante
et quête cohérente
de formes plus parfaites où s’ouvrent le conscient

au vide inaccessible des horizons bleuis
comme au proche de l’œil
que la machine cueille
s’opère l’inouï

le regard ébloui
finira bien par joindre
la main de vent qui tisse
les désirs de l’esprit

25 juin 2003

vieux corbeau dépenaillé
tes croassements rouillés
en nombre précis compté

montrent ton intelligence
des techniques de défense
dans un monde où tout fait sens

est-ce à vivre près de l’homme
que tu as découvert comme
et l’univers de la somme

vis-tu vieux parce que le beau
est la rime de ta peau
qui t’échappe vieux corbeau

26 juin 2003

Il suffit d’un peu de fièvre pour que disparaisse le grand silence de ta présence.

L’art exalte les harmonies du monde. L’art qui prétend se construire sur leurs ruines est lui-même une ruine appréciée des goûteurs pervertis et des masochistes du non-sens.

Il n’y a pas d’explication dernière de l’univers sans intégration du psychique tel qu’il se manifeste dans la vie et dans la conscience. Notre physique occidentale demeure victime d’un choix philosophique qui l’exclut comme non pertinent. Il n’y a bien pourtant qu’un univers, et il n’y aurait ni vie ni conscience si un élan psychique n’y menait dès l’origine.

n’aurais-je en votre douce main
ferme ma main depuis toujours
je ne saurais gente dame
garder notre âme
ni passer de la nuit au jour
de ce qui partout accède
le beau témoin

27 juin 2003

Le temps est l’un des visages de l’élan créateur. Inscrit dans la matière la plus petite comme dans la plus grande, dans toute les pulsations de l’énergie où s’élaborent les étoiles, les molécules ou les pensées.

Il importe peu de savoir si une œuvre est ou non une œuvre d’art, mais il importe de sentir si elle belle ou non. Et le beau n’est pas objet de spéculation, mais d’intuition chez celles et ceux qui ont gardé le sens cosmique, la communion avec les harmonies de l’univers. Pourquoi le saisissement et la fascination ressentis devant une église romane ou un Nicolas de Stael ?

sur les pics ils firent chanter la pierre
dans l’air pur de leur âme ils s’élevèrent
laissant
sur les cimes flotter le parfum
des résistances vaines menées par l’un
au grand bouillonnement

28 juin 2003

Un aveu n’est pas une preuve, une rétractation pas davantage. L’instruction est la plus exigeante des tâches. Lorsque le doute ne peut être levé, la victime est doublement victime, puisqu’il vaut mieux hasarder de sauver un coupable que de condamner un innocent. Plus est grande la différence sociale entre les parties, plus l’instruction requiert prudence et honnêteté.

Il y a des acceptations qui sont plus bénéfiques que des choix. Le critère de leur valeur est le progrès du je. Le choix risque de grandir le moi sans que le je y gagne. L’acceptation risque d’amoindrir le moi sans que le je y gagne. Mais ta grâce sauve l’un et l’autre, car le je est grâce.

A voir tous ces poèmes moussant sur la misère, on se dit que la beauté sait tenir son rôle de rédemptrice.

à leur insu
bâtir pour voir ou être vu
se doutaient-ils
sur le beau flanc de la colline
de ce qui les faisait choisir
et l’angle et la hauteur
la quête de ce qui s’incline
la recherche des profondeurs
en soi en l’autre et pour finir
le foyer ou l’exil

29 juin 2003

On ne peut connaître l’univers si l’on ignore l’esthétique. Quand bien même on penserait que l’esthétique est une projection du psychisme humain sur l’univers, il faudrait encore expliquer pourquoi le psychisme humain, produit de l’univers, opère cette projection.

Une société qui demande à ses candidats au baccalauréat s’il existe du beau dans la nature est une société malade, qui a perdu le sens parce qu’elle a perdu le sens de l’univers, qui ne sait même plus voir la beauté des corps et des visages produits par la nature.

Trame et chaîne, les poèmes se suivent et se précèdent, se font signe, comme les espèces multiples et parentes de la vie.

leurs têtes blondes qui s’inclinent
en leur méditation finale
donnent grâce à leurs cous ployés

leur peau bronzée et leurs tons chauds
sont un pain déjà qui donne
au regard de se réjouir

en satiété
de frémir et de retrouver
le rêve paysan la paume qui s’étonne

dans la caresse matinale
de faire rouler les graines fines
et rondes des épis froissés

Donne-moi cet accord immédiat du chant de l’oiseau et de ton silence.

30 juin 2003

La conscience de conscience est le foyer de notre rencontre. Il y faut sans cesse retourner.

mauve pâle améthyste vieux rose
jade tilleul
ocre terre de sienne

Tu es le sel de toute beauté.

La sexualité est fonctionnellement transitoire, on peut bien en chercher la trace du ventre maternel au ventre de la terre.
Notre finitude nous fait bipolaires. Il faut être soleil et lune.

le chemin s’en vient s’en va
s’en va s’en vient de quelque part
regarde-le là-bas là-bas
regarde retourne-toi

il s’échappe de la demeure
estompée écroulée déjà
et tu ne peux pas revenir
mais elle marche elle avec toi

tes demeures au bord du chemin
y ont emprunté quelques pierres
ta demeure au bout du chemin
les reprendra tout entières

porte porte toutes les pierres
que tu trouves au bord du chemin
porte-les là-bas quelque part
qu’aucune d’elles ne meure

1er juillet 2003

Refuser de ressentir les référents d’un poème, c’est en faire une fleur dans un herbier.

où est-il ce parfum depuis que dans la nuit
il m’a touché d’un souffle à peine

poursuite vaine
en m’agitant j’ai fui le cœur de son haleine

il habite chacun
son nom est l’un

l’épaule blonde
tiède sortant du four
inonde
de désir le regard qui l’entoure

le chant
se glisse au souffle ardent
s’élève et mêle à l’onde

2 juillet 2003

L’héroïsation ressent ta présence, mais elle fait erreur sur la personne. Et encore, tu souris du héros que l’on fait de toi.

Mettre ou ne pas mettre le foulard islamique. Comment se singulariser sans se marginaliser ? Se cacher les cheveux est-il une pudeur dans une société où la quasi-totalité des femmes les montrent ? Mécanismes du désir…Dans une société allant jusqu’à l’extrême de la borkou, une main soudain découverte, une cheville suffira à l’enflammer.

marche gauche dans l’aube
grand lièvre et te retire
au couvert des buissons où serpentent les eaux

tu passeras le jour
à méditer la vie
qui remue en ton ventre et attend de te voir

tu rêvera des nuits
où la lune gravide
illumine tes yeux et allonge tes ombres

3 juillet 2003

Libéralisme, socialisme. Les mots sont souvent trompeurs, manipulables, manipulateurs. Il faut juger sur pièces. Une politique qui enrichit les riches et appauvrit les pauvres (inutile d’avoir recours à des euphémismes doucereux) est une politique à combattre.

pour une chevelure de nuage qui frise
éphémère
se donnant à chanter à la bouche surprise
du mystère
qui s’enferme à jamais dans l’immense remise

4 juillet 2003

une flaque au bord du chemin
si nouvelle au petit matin
que l’œil s’attarde à son miroir
s’émerveillant d’apercevoir
en pure surface une ride
qui s’émeut dans le ciel limpide

Eden est toujours là, derrière les portes flamboyantes de la perception purifiée.

N’est-il pas drôle que le mot « scientifique » se soit chargé d’une saveur mythique chez tant de nos contemporains ?

Tous ces Narcisse pour qui le miroir ne peut faire penser qu’à eux-mêmes.

5 juillet 2003

Non la vieille louange des flagorneurs du potentat, mais la jubilation devant l’intelligence et la beauté de l’être où tu nous invites.

ta lumière jubile aux buées de l’aurore
le temps d’une contemplation
une énergie s’épand aux méandres du sang
prépare un jour d’action
fluide vigilante aux rivières des forts

Les moments d’être ne sont pas des gourmandises mais des nourritures de la vie de l’esprit.

La solitude intellectuelle nous accule-t-elle à choisir entre l’alcoolisme (et ses variantes) et le mysticisme (et ses variantes) ?

6 juillet 2003

à la saignée du talus
le schiste montre sa chair
belle comme une peau nue
sous la caresse de l’air

la profondeur est surface
pour le regard sans frontière
menant quête de ta face
en chaque grain de matière

L’anecdote du figuier maudit de l’Evangile semble exprimer l’expérience d’une force dont nous serions responsables, d’un don qu’il nous appartiendrait de faire servir au bien car il pourrait aussi servir au mal.

Certain/e/s semblent encore vouloir faire passer l’égalité des sexes par une masculinisation des femmes et/ou par une féminisation des hommes. C’est ignorer le principe de dualité de l’univers et c’est perdre une des voies de l’altérité.

L’altérité est un cheminement. Dans l’humanité primitive, l’autre est la limite de mon droit ; dans l’humanité définitive, c’est l’appel à ma dilection.

7 juillet 2003

Marcher en ta présence, marcher dans l’impossible ? L’impossible est la marche en solitaire, non en ta présence où se propose l’impossible dilection.

Aurai-je avancé ce soir ? Aurai-je décru afin que l’autre croisse ?

La perception de l’infini invite à un vouloir et à un agir, à une éthique si l’on peut employer ce terme en le déchargeant de ses pesanteurs affectives. Ce n’est pas une éthique du devoir mais de la liberté, du jaillissement de l’être fini de sa source infinie, en une relation du je et du tu qui mène à vouloir et agir envers tout autre en dilection. Dans la mesure où la bienveillance nous fait être, nous la vivons avec tout autre.

Etre fidèle à mon être, c’est reconnaître le donné de ma liberté selon les modalités uniques de mon temps et de mon espace, de mon époque et de ma culture…Une conversion ne peut être que la (re)mise au jour de cet être unique pour le vivre.

Hypothèses de réflexion : imposer le foulard ou imposer la minijupe ; interdire le foulard ou interdire la minijupe (interdire la cravate ou interdire le short ; imposer la cravate ou imposer le short…). La philosophie du aut est-elle plus piégeuse que la philosophie du et ?

ce bref instant où le soleil
se laisse regarder en face

car vite viendront la brûlure
l’incandescence et le vrai sens
le temps de la démesure

alors s’animera l’espace
des sèves où le vivant s’éveille

8 juillet 2003

Pour qui croit à l’autre vie, la pensée des ancêtres est celle de la reconnaissance et de la bienveillance.

La pure création est libre. Elle ne naît ni du désir ni de la douleur ; elle jaillit dans l’échange amical de notre être fini avec l’être infini où désir et douleur s’illuminent et se vaporisent.

mouette d’écume
aux grèves du ciel
ta blancheur éclaire
les vagues qui plient
tes ailes plus douces
que des mains de grâce

nageuse aérienne
ton appui ne cesse
aux souffles qui naissent
de ton brassement

tu donnes à l’espace
de prêter à voir
le vide puissant
où tous les possibles
attendent leur heure
aux grèves du temps

Ces toilettes et mises où s’équilibre l’ambiguïté fragile de l’incitation à désirer et de l’invitation à admirer.

9 juillet 2003

l’ombelle porte haut ses graines
au plus fort de son étendue
propose discrète les tons
de ses senteurs
et pour la langue son poivre inconnu

au miroir de la grande voûte
elle tend les douze coupoles
de ses greniers pleins jusqu’aux combles
de l’avenir
la trace belle de sa farandole

Penser ce que l’on voit, entend, sent, goûte, touche ; le penser en ce qu’on en éprouve ; et puis laisser les mots en tâtonnant s’arranger en rythmes d’images. Telle est la poésie.
La poésie ne cherche pas à bâtir un monde imaginaire, fictif, mais à ressentir et exprimer le réel. Tout le réel, jusqu’en son être-comme, son sous-réel, la vieille âme des choses.
La poésie la plus forte est celle qui va jusqu’à l’anagogie, qui vise et parfois peut-être réussit à atteindre l’être de l’être. Certains philosophes l’ont pensé.

« The show must go on », disent les organisateurs de festivals, qui redoutent le trou financier creusé par les intermittents du spectacle. C’est bien le libéralisme d’outre-atlantique qui donne de la voix.

10 juillet 2003

pour l’éteule qui frémit
sous le pas du moissonneur
pour la paille qui se froisse
sur l’enjambée du flâneur

cette spirale où se boucle
la fraîcheur du souvenir
guide l’élan qui emporte
aux greniers de l’avenir

dans la foulée des marcheurs
à travers les champs rouverts
passe la voie où respirent
les souffles de l’univers

Le « tu » que nous t’adressons est au-delà du « il ». C’est un « tu » qui ne peut avoir le sens des relations humaines, ni non plus celui de l’apostrophe poétique. Il tient des deux pourtant, ou plutôt, les deux tiennent de lui, car tous deux y invitent et préparent.

Le centre garde la fascination paralysante de Méduse, stérilise les forces créatrices. Pauvres intellectuels aux yeux braqués sur le nombril de la capitale.

11 juillet 2003

le verger clos sur ses pommiers
soulage d’ombre les champs nus
ses masses rondes
lèvent la tête
au pays clair de l’étendue

gardez-vous bien
d’y pénétrer
n’y voulez pas même une porte
cet enclos n’est fait que pour être
un bois sacré dont rien ne sorte

elle est là-bas la place forte
où l’on entre sans être vu
lorsque ici enfin
tombe morte
la main vers la pomme tendue

Le rouleau compresseur de la liberté américaine a pris le relais du juggernaut de l’égalité soviétique.

Ne faut-il pas maudire ces professeurs de lettres qui ignorent ou ont oublié ce qu’est une émotion esthétique, et qui dans l’éblouissement de leur science linguistique ou psychanalytique réussissent à tuer ou mutiler les jeunes artistes qui leur sont confiés ?

12 juillet 2003

Les pourfendeurs de la transcendance sont les alliés des envahisseurs libéraux. Comme eux ils voudraient nous réduire à l’homo economicus.

Interpréter, c’est risquer de durcir les lignes floues des situations et des comportements. Toute interprétation devrait en inviter d’autres qui les contredisent ou les modulent.

la paille géométrique
force ses cubes au champ
dicte ses alignements
veut écarter l’excentrique

mais le soleil même compose
avec la limite de l’ombre
et sa puissance jamais n’ose
violer les droits de l’âme sombre

13 juillet 2003

au soir les peupliers déploient leur ombre orientale
en la contemplation de l’heure

en l’éblouissement de la splendeur
ils tiennent la méditation de la force vitale

dans la grande ténèbre où la mer de la nuit étale
la réflexion des clartés de leur cœur

dresse leurs silhouettes en la hauteur
vers l’expansion d’un univers en gésine d’étoiles

Le doute jeté sur l’intégrité du moi est une invitation à l’abandonner.

Nos illusions de liberté, celles où nous agissons sous la motion de nos désirs et de nos répugnances, sont un encouragement à vivre aussi longtemps que nous n’avons pas découvert la seule liberté de notre face à face avec l’infini donneur d’être.

Tu es d’abord l’être de la conscience, la finesse de l’autre qui n’invite qu’à l’autre. En langage théologique, tu te présentes d’abord comme un dieu éthique. Peut-être est-ce cela qui fait fuir : l’appel de l’autre est abominable pour le moi qu’il condamne à mourir.

« La réclamation de l’entraille profonde.
Depuis lors je connais le désir sans douceur »

« Saisi d’horreur, voici de nouveau que j’entends
L’inexorable appel de la voix merveilleuse. »

14 juillet 2003

Marche, marche. Pèlerin, tu ne peux t’arrêter. « Le centre est partout et la circonférence nulle part ; le centre n’est nulle part et la circonférence partout ». C’est à l’infini que l’infini t’invite.

« Comme vous y allez ! » dit le critique au poète mystique qui tente de lui expliquer que sa poésie vient d’en deçà des mots, précède le langage. La critique est-elle devenue si phénoméniste qu’elle soit incapable d’envisager le réel surgissant ?

Est-il besoin d’être islamiste pour stigmatiser l’érotisation débridée du petit écran et pour se dire qu’on n’appartient pas à cette France-là ? « Ni putes ni soumises », proclame aujourd’hui le fronton de l’Assemblée Nationale de la République pour ceux et celles que la soumission indigne et que l’avilissement révolte.

l’enjambée transgresse le champ
dans un crépitement d’éteules
chaque tige heurtée consent
au passage où l’être s’esseule

ne s’avançant dans les espaces
que vers le vide aventureux

où la bête et l’arbre font place
au silence qui rit des yeux

15 juillet 2003

Cette masse de poésie maladive qui fait le bonheur de la critique psychanalytique. Pour Keats, c’était la pseudo-poésie des rêveurs, celle qui irrite, au contraire de la poésie des poètes, qui « verse un baume sur le monde ».

La citation crée la figure mythique ; mais dans un monde qui ne pense que par procuration, il faut bien en user.

Terrible illusion de la bonne conscience et du bouc émissaire, brouillard dont vit le moi tant que ce non-moi que tu es ne nous a pas sevrés en nous proposant ses vivres d’éternité.

à l’heure où la lumière
fluide coule ses lueurs
sa chaleur aux replis des fossés
le relent de la paille humide amère
ressassé dans la nuit s’apaise
indiffère en son aise le rythme solitaire
le souffle où se libère
la pensée repliée du marcheur

troglodyte furtif
vif
dans la broussaille de la haie
tu mêles à tes aguets
l’œil noir du vrai

ta haine et ton désir
mirent
près de la moitié de ta face
l’autre donne sa place
au grand espace

16 juillet 2003

le bocage partout annonce
cette image qui ne peut fuir
mais qui se donne d’apparaître
en son absence et mon désir

rien dans les champs et les nuages
ne la cache ni ne la livre
mais elle est là comme un vin doux
en moi qui chante et me rend ivre

N’y a-t-il de pensée neuve que dans l’inspiration ? La pensée est-elle réservée à quelques rares individualités ? A voir les « courants de pensée » où flottent et dérivent les réflexions de tant de nos contemporains, on s’interroge.
La source de l’inspiration n’est-elle pas partout l’immensité même ? Quelles forces en barrent le chemin ? Le bruit, le plein, peut-être ; l’esprit habite le silence, le vide.

17 juillet 2003

le plafond de nuages déploie ses caissons
vaste salle de bal
lumière d’un horizon fervent

tu apparais dans l’éblouissement
rêveuse danseuse en gloire insaisissable

sur la terre de sienne du champ
les mouettes allongent leur neige

sur le fil aux nuages blancs
les sansonnets disent leur bistre

La nature est l’éducatrice de l’imagination. En se tenant à ses figures, on ne risque pas de tomber dans l’erreur et la fausseté.
En ses variations, la polarité quotidienne du soleil et de la lune est gage d’équilibre intérieur.

Ni mécaniste ni finaliste, le cheminement de la vie porte la libre signature de ton vouloir l’autre.

18 juillet 2003

Une critique devrait être la lumière de l’autre dont l’artiste est la voix.

Une peau dénudée dans la solitude peut échapper aux miroirs des regards ; elle tient sa chance de s’occuper du soleil, des souffles et des eaux.

La polysémie lexicale et syntaxique de la poésie manifeste la réciprocité des êtres, leur irradiation, leur être-comme, leur parenté sous-réelle. Elle balance le regard diviseur de l’intelligence technicienne.

lorsque s’endort
le fort
le crépuscule est ton message

midi éblouit ton visage

la brune t’efface

dans l’aube tu passes

que s’évapore
le corps

au vide l’espace
sera notre face

La pensée libre se rit de la libre pensée ; elle n’en rit pas, car elle est inhérente à l’Amour.

tu n’es la percussion
tu n’es la corde
leur accord ni leur division
ni ni
la haute-contre
la contrebasse
mais la chanson
du silence que tu accordes

19 juillet 2003

feuille de soie
feuille de vigne
ample déploie
l’émoi des signes

dans la douceur
de l’arrière-jour
ouvre ton cœur
à nos amours

que se dévoilent
pour l’ombre mûre
tes grains d’étoile
en un ciel pur

feuille d’émoi
feuille de signes
ample déploie
la soie des vignes

Le spectacle multiple et changeant de la campagne est une caverne d’Ali Baba pour ton regard de sésame ouvre-toi.

tournez les tables rondes
virez soleil et lune

au réveil qu’à l’une
l’autre ouvre les yeux

sur le manteau bleu
sur la cape noire

des matins et des soirs
tourne sable des mondes

et ne va pas tourner autour
pèlerin il n’est pas de centre

celui que cherche ton amour
où que tu ailles avant toi entre

L’irrationnel n’est-il que ce qui échappe aux nombres ?

20 juillet 2003

Regarde les ombres autant que les lumières. Ombres diffuses, ombres portées : réserve-leur des heures d’exclusive attention, elles ont tant de choses à t’apprendre.

La poésie n’a pas besoin d’inventer : elle a bien à faire à découvrir et dévoiler la beauté du réel.

Le (sens du) silence est l’écoute des pensées qui nous viennent, toi et moi.

marche près du ruisseau
marche et arrête-toi
l’abondance des eaux
s’échappe en ton émoi

ce chantonnement flou
d’enfant sur sa marelle
à cloche-pied rejoue
le vol des demoiselles

les effluves humides
et leur goût doux amer
enrichissent le vide
raniment le désert

la main dans la fraîcheur
des innombrables traces
dit au sang voyageur
la parenté des faces

l’épi d’eau qui s’agite
dans le souffle et le flot
immobile au plus vite
emporte le sanglot

le sable et le galet
au bas des transparences
par l’éclat relevé
en exaltent le sens

le gerris sur ses bulles
rame à contre-courant
en ses muscles s’émulent
le fixe et le mouvant

de la rive à la rive
la nèpe carnassière
au fond des chasses vives
carroye ses vieilles aires

vers l’amont vers l’aval
la source ou l’océan
reprends le pas nuptial
rêve au-delà du temps

21 juillet 2003

grisaille de lumière sous le nuage
grisaille de lumière au toit d’ardoise
brève rencontre de l’eau et de la pierre

Les paysages sont des jeux de figures de l’autre. Dommage si nous y projetons nos rêves et nos cauchemars.

Agir libre, c’est garder attention à toi pour que nous décidions ensemble. Ton influx d’être est flux de liberté. Je ne suis de moi-même que forces d’amour et de haine.

C’est bien toujours des autres que tu souhaites que nous nous entretenions. L’autre compte tant pour toi que tu t’effaces devant lui. Tu es pourtant le non-autre de tout autre ; ce que nous te faisons, nous le faisons aux plus petits.

Si nous nous connaissons et nous reconnaissons dans la nature, c’est que nous sommes régis par les mêmes lois de l’être, de l’être-comme.

22 juillet 2003

Ami/e du vide total et de la densité absolue, des atomes et des galaxies, de tous et de chacun, tu es l’immense intime en ton amitié la plus familière, tu es l’intime immense en ta vertigineuse infinité.

pour un banc de brume assis
sur la vallée du sommeil
attendant que tes amis
y contemplent la merveille

Le suicide d’honneur est un hommage au gros animal. Il renforce son hégémonie. S’ouvrir les veines est un sacrifice du sang à sa stérilité. En ta dilection la réputation se dissout comme les autres valeurs par lesquelles il règne.

L’hypothèse des communications extrasensorielles rend-elle mieux compte des civilisations mégalithiques, de l’influence du milieu naturel, de la psychologie des foules… ?

Tu es le pacificateur des souvenirs. Tu nous donnes de faire en nous la paix de ta dilection avec tous ceux que nous avons rencontrés dans la haine et l’amour depuis notre enfance.

pour une graminée touffue
dont la gerbe s’élève
splendide nue
dans cette pâleur blonde où sa grandeur s’achève

23 juillet 2003

La perte de conscience de conscience lâche le vagabondage des désirs et des haines, des folles imaginations, parfois même des paroles et des gestes inconsidérés.

pauvres pailles enroulées
en tourbillons pétrifiés
prisonnières serrées
par la dent écrasées


pour le fouillis des fétus
épars sur les éteules
prêts aux départs impromptus
dans les souffles qui les esseulent

pour les belles-de-jour closes
dans la rosée
attendant que la lumière ose
les inviter

Homme et chthonien ont des étymologies parallèles. La belle affaire ! L’attrait de l’étymologie, où la fascination mythique de l’origine se cache sous le masque de la science, convient à ceux qui ont perdu la pensée comme à ceux qui veulent imposer leurs idées nouvelles en leur donnant l’éclat d’un faux éternel.
(Preuve par l’absurde : sauce et saucisse, moule et muscle, fleuret et fleuron, bain et bagne…)

24 juillet 2003

Approcher les choses en cherchant à les ressentir autant qu’à les voir, entendre et toucher, c’est entrouvrir la porte d’un antique jardin.

La poésie se fait avec des émotions qui se cherchent des mots ; elle est, comme tout art, un tourbillon de forces en quête de formes.

pour deux grandes limaces grises
s’unissant au fil de leurs baves
sortant leur double de ciel pâle
en volutes de transparence
jusqu’à ce que s’épuise
leur désir
et revienne leur solitude

pour les peupleraies qui s’appellent
ici là-bas là-bas là-bas
donnant leur distance à mesure
de leur taille lançant l’augure
d’un bocage qui loin déploie
mille routes de Compostelle

25 juillet 2003

Tu es ma liberté, car tu es la vérité de mon être. Liberté dans la liberté, main dans la main, ami nous marcherons dans notre être éternel.

Sept, l’espace imposé au temps : les sept corps célestes tissés sur la chaîne des jours, la belle durée de la vie sacrifiée aux dieux du ciel figé.

le grand troupeau s’avance
de l’occident à l’orient
piétine de gris l’herbe bleue
s’élance émeut
l’étendue brûlée qui attend
l’heure des transhumances

On ne peut marcher dans la vérité de l’être sans aimer la vérité du temps.

26 juillet 2003

Le mythe du paradis terrestre et de la chute n’a plus cours avec la prise en compte de l’évolution. L’humain spirituel ne peut émerger de l’humain charnel qu’avec la conscience libre. Cela vaut pour l’espèce parce que cela vaut pour l’individu. L’image des deux Adam en esquissait la réalité.

Toute école artistique, tout mouvement philosophique est une négation de la liberté, du jaillissement unique. Il n’existe pas de création sans préalable, sans contexte, sans soubassement, sans héritage ; mais elle est en elle-même pure nouveauté de l’esprit.

Le voile est la chance du fantasme. Lorsque le dernier a été enlevé, il ne reste que le vide, chance de l’autre.

voile après voile le corps se livre
nudité probité
le regard ivre embue l’étoile

voile après voile l’arbre s’effeuille
automne où sonne
le bel accueil de ton étoile

voile après voile la brume passe
s’ouvre découvre
les mille faces de ton étoile

pour le bruissement de la pluie
si proche du silence
que l’oreille se tend et cherche la présence
de ce qui se défend
se livrant au fond de la nuit

Tu es l’intention droite, le don de la dilection dans l’instant au flux de la belle durée.

27 juillet 2003

Non l’antique chute, non la vieille rédemption, mais ta présence en l’instant, ta dilection offrant ta vie.

Antisémite ? Le flou des sens qui gravitent autour du terme sert des causes diverses.
Etre antisémite, ce n’est pas prendre le parti des Arabes contre les Juifs puisque les Arabes sont des Sémites. Ce n’est pas refuser la religion juive : on n’est pas antisémite parce qu’on n’est pas israélite.
L’antisémitisme s’en prend aux personnes, non aux doctrines. On lutte contre l’antisémitisme en luttant contre ce qui, pour des raisons de race, de sexe, de nation, de classe…dénie à l’autre la dignité que l’on s’accorde à soi-même, ayant appris que tout humain est l’autre, le meilleur de soi-même, sa chance et son destin. C’est le don de la dilection, à désirer et demander dans la liberté de l’amitié offerte avec l’être.
L’éternelle dilection ne donne pas préférence, il n’y a pour elle ni juif, ni chrétien, ni musulman, ni hindouiste, ni bouddhiste, ni animiste. Elle est la non-autre de toute conscience libre.

Une religion qui privilégie un temps et un lieu, une culture, un peuple ou une personne, ignore l’universalisme de la dilection.

pour un ciel unique en sa figure
de gris aux cent mille nuances
de lignes qui se poursuivent
lancent les silhouettes vives
d’un défilé de mots et d’élégances
fidèle aux uniques passés aux uniques futurs

28 juillet 2003

Comme de l’antisémitisme et du racisme, ainsi de l’homophobie. Elle s’en prend aux personnes, non aux comportements. La combattre suppose que l’on sache distinguer entre les deux, que l’on reconnaisse la personnalité comme la valeur infinie de tout être humain.

Vais-je me désoler parce que mes enfants ne sont pas homosexuels ? Je prétends refuser l’homosexualité sans être homophobe (sachant que le verbe refuser prend toute sorte de forces et de nuances).

Pourquoi mésestimerais-je qui que ce soit ? L’être premier d’amour et de haine est le même en chacun d’entre nous. C’est la dilection qui nous fait accéder à notre être dernier, et elle ne nous appartient pas.

pour un bouquet de jacées
énorme comme un cœur qui se donne

au bord du chemin
en ses tiges déployées

tend une splendeur où s’étonne
notre beau destin

Les coïncidences signifiantes, en leur individualité, portent le masque du hasard. Le regard scientifique (« il n’y a de science que du général ») n’y voit rien d’autre.

Manipuler l’opinion, c’est souvent détourner l’attention des vrais problèmes en posant de mauvaises questions.

Ambiguïté des religions, des philosophies…On y accède à la spiritualité à cause et en dépit d’elles.

29 juillet 2003

toi grappe digitale accrochée pourpre aux restes de juillet
nobles dames assemblées pour la fuite des jours avant l’heure fatale
une dernière fois déployez votre soie en ses robes de bal

La raison de vivre dernière pour la conscience en dilection, c’est l’autre. L’autre la mobilise et l’anime au fil des heures, des jours, des dernières années.

Ne pas négliger le mime comme une des voies de la connaissance.

30 juillet 2003

ami des solitudes ami des multitudes
ami d’un seul ami de tous

Lorsqu’on marche en ta présence, on n’est disciple de personne, ni d’un Eléate ni d’un Ionien, ni d’un spiritualiste ni d’un matérialiste, ni d’un stoïcien ni d’un épicurien.

Marcher en ta présence au fil des heures, c’est remettre en question toutes les décisions prises ou envisagées en état de distraction.

L’aperception en dilection, c’est d’abord, en quasi-permanence, la conscience des personnes et, plus largement, la conscience de l’autre en tant qu’autre.

La recherche de la vérité fait concerter toutes les religions, toutes les philosophies, tous les arts et toutes les sciences, comme elle fait consonner les données des sens et celles de la raison.

Cohérence de l’indétermination quantique et de la liberté en aperception de dilection.

Apprends à aimer le jeu des ciels gris, apprends d’autres finesses.

ami des forêts ami des sentiers
ami des cohues ami des rues

31 juillet 2003

une troupe de mufliers
arrange le bord du chemin
de citron de vert et d’orange

et le passant ne peut nier
qu’il hésite à porter la main
sur cet ordre qu’un rien dérange

Faire de la jouissance inconsciente un idéal humain ne va pas dans le sens de l’évolution humaine en son progrès vers plus de conscience.

La philosophie avance de concert avec les sciences comme avec les arts. Une philosophie du XXI° siècle qui ignore la physique quantique se prive d’une source de réflexion métaphysique.

Construire un système en opposition à un système que l’on juge faux, c’est risquer de construire un autre système faux. Le contraire d’une erreur ne peut être qu’une autre erreur. La vérité est au-delà des systèmes, qui ne peuvent la servir qu’en leur concertation.

Il faut donner ou rendre à chacun la liberté de penser sans suivre ni fuir aucun mieux-disant.

Tends le doigt plus loin, plus loin. Au-delà de notre univers et d’autres univers, l’infini s’étend.

Combattre le dualisme par le monisme (et vice versa), c’est perdre la richesse du réel, sa vérité.


1er août 2003

souvenir d’amour fou
de feu de soif de bouche sèche
de cœur au galop dans les souffles

la peau boursouflée enfin tomba morte
afin que de cette mue sorte
cette forme de soi
qui s’approchait de toi

L’unité cohérente du réel n’est pas perceptible par la seule intelligence conceptuelle. Il y faut l’intuition.
Le (non)concept de l’advaïta vedantine en est une expression. Dès que l’intellect cherche à la clarifier, il la fausse en dualisme ou en monisme. La participation mystique primitive nous met aussi sur son chemin ; elle ne comprend pas le réel, c’est le réel qui la comprend, elle ne peut qu’y communier.

La science ne peut nier ni affirmer l’identité du réel et de la matière tant qu’elle ignore ce qu’est vraiment la matière. Si le réel peut depuis longtemps faire l’objet d’une intuition parfaite, la matière n’est pas encore l’objet d’une compréhension totale.

ami de midi ami de minuit
ami des aubes et des brumes

2 août 2003

L’oubli de soi n’est pas une perte de conscience, c’est une intensification de la conscience de l’autre dont je se constitue.

La transcendance que tu nous proposes n’est pas la verticalité dominante que recherchent ceux et celles qui te considèrent plus ou moins consciemment comme leur rival ; c’est l’altérité par immanence où tu nous constitues en notre être dernier.

La spéculation qui perd de vue l’expérience s’égare. Ainsi se sont bâtis tant de systèmes dont la seule valeur est celle d’une cohérence qui satisfait l’intellect de leurs auteurs. Lorsqu’elle est le fait de génies politiques, elle mène l’humanité dans des impasses destructrices et meurtrières.

tu ne devais jamais mourir
car je t’aimais

je t’avais vu au sortir des entrailles
sourire

te mettre à marcher à parler
t’ouvrir amie rebelle

aux choses tendres fortes aux choses belles
les mimer les produire
tant qu’en ta voix tous les soupirs du monde
venaient se dire

qu’en ton regard les ombres claires les lumières profondes
venaient briller

pourquoi fallait-il que tu ailles
si loin à en mourir

tu ne devais jamais mourir
car je t’aimais

l’éclat de rire du pivert
nous nargue depuis son fût
et dans ses ondulations

notre recherche s’avère
se poursuit dans l’air diffus
sans que nous le connaissions

ami de la terre de l’air
ami du feu ami de l’eau

mille flocons suspendus
aussi larges que nos rêves
la neige des ombelles
cette rime des ailes
voltige dans notre sève
entre les saisons vaincues

3 août 2003

la fine face de l’étang
mire la face de l’instant

fragile aux souffles qui la troublent
elle s’efface de son double

renaît dans l’immobilité
où se suspend sa liberté

attend le profond de la nuit
pour n’être plus qu’un œil qui luit

sur la surface du bocage
et lui donner l’air d’un visage

L’attention au silence est première, l’écoute intérieure, l’attente disponible, l’équilibre d’indifférence où ma liberté rencontre ta liberté.

La dilection ne veut pour chaque être que l’excellence dont il est capable. Pour chaque conscience de conscience, elle veut l’excellence de l’infini partagé.

ami du sublime ami de l’intime
amie des sommets amis des vallées

4 août 2003

Le visage est signal de l’autre, de sa présence inaccessible en son altérité.

Les meurtres passionnels sont vains : l’autre demeure, inviolé.

La mort d’un être cher, et plus encore sa mort violente, est un ébranlement qui invite à l’altérité, au passage du moi au je, à la découverte ou à l’approfondissement de la relation éternelle.

L’homme est carnivore ; la mort violente des herbivores est trop ancienne pour indigner le bon sens ; mais l’instinct ne multiplie pas la souffrance inconsidérément.

l’ombelle creuse sa coupe
à son heure ne s’occupe
que de ce qui mûrit

sa forme qui s’arrondit
lourde de la vie attend
le retour du grand printemps

belle rêveuse maternelle
campée le temps de ton été
vis au chemin des lendemains

Vouloir l’autre pour l’autre inclut de le lui souhaiter.

ami des crocodiles et des gnous
des guépards et des antilopes

5 août 2003

L’idéal de chaque aurore n’est pas, pour le jour qui s’ouvre, un plus d’accumulation mais de qualité ; c’est l’accès à une meilleure altérité, une meilleure participation à l’altérité du Tout-autre Non-autre Pour-l’autre, toi.

Lorsque Jean écrit : « l’heure vient où l’on n’adorera ni sur cette montagne ni à Jérusalem…Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent l’adorent en esprit et vérité » (IV, 21, 24), il invite le lecteur de la Bible à sortir de la Bible comme l’adorateur du temple à sortir du temple.

L’infini veut le fini de l’autre pour l’autre, non pour lui-même. Ne chercher dans le fini que la trace de l’infini, c’est manquer à l’infini.

le dahlia géant multiplie
ses soleils levants ses soleils couchants
non
l’incendie de ses yeux permanents
brûle en quelques jours l’intention
que la mémoire irradie pour toujours

Dualité inacceptable, manipulatrice : la vérité philosophique a une double source, la grecque et l’hébraïque ; pour l’Occidental philosophe judéo-chrétien, il ne faut lâcher ni l’une ni l’autre, tenir les deux bouts de la chaîne, postuler le chaînon qui l’unifie. Eh bien ! non. Aucune culture, aucune religion, ni en opposition ni en accord avec une autre, ne peut diriger la recherche de la vérité. La vérité convoque la totalité des cultures, religions, sciences, arts…pour une concertation démocratique qui tente de l’approcher davantage.

6 août 2003

Lorsque l’intellect recherche ce que l’intuition a déjà trouvé, l’intuition devient le guide de l’intellect. Tant de découvertes s’expliquent ainsi. Alors, comment éveiller, éduquer l’intuition ?

La relation de l’infini au fini ne peut être que celle du don en dilection. L’existence du fini donne à penser que la dilection est consubstantielle à l’être infini. Faut-il dire alors que l’infini ne peut pas ne pas vouloir le fini ? Ce serait ne pas comprendre ce qu’est la liberté, celle-là même qui apparaît à la conscience de conscience comme constitutive de son être.

Ambiguïté rédhibitoire du mot « aimer » ? Faut-il encourager ou décourager le jeu métaphorique ? Il importe d’en affiner la connaissance.

Ceux qui (s’)interdisent de se poser certaines questions ou les reportent sine die sont les ennemis de la pensée libre, de la liberté la plus fondamentale.

La sincérité de ceux dont la méchanceté et la bêtise nous affligent devrait nous remettre en question : qu’ignorons-nous de nous-mêmes, que nous cachons-nous ?
deux graines de chardon liées ensemble
dans l’incertain des souffles qu’elles indiquent
flottent deçà delà s’agitent tremblent
portées par le hasard d’un destin ironique

car le lieu et les souffles ont bien la même
nécessité dont l’ignorant ne peut
offusquer la réalité suprême
des lois que la physique newtoni-en-ne veut

7 août 2003

immense intime intime immense
source de la pensée et de la poésie
au-delà au-deçà
à toute heure tournent les doigts
vers toi l’orbe sans orbe
pas un seul au nombre sans nombre ne manque
et chacun en son nom
intime immense immense intime

La clôture doit être une contrainte qui renforce, la limite un appui.

Peut-on passer parmi les peuples de la terre autrement qu’en touriste consommateur ? Il y a la visite de l’hôte à l’hôte, la connaissance et reconnaissance du don par le don, l’échange d’humanité.

le manège de deux mésanges
donne au fruit mûr une raison
au rendez-vous de la saison
le prétexte de notre échange

dans le prunier ce qui s’arrange
lorsque ravis nous refusons
de manger que nous nous disons
mésanges pour gagner au change

c’est l’être deux où ce qui mange
le fruit mûr de notre oraison
découvre que nous nous faisons
le manège de deux mésanges.

8 août 2003

plus forte que l’amour
plus douce que l’amour
ta présence

La croyance à la disparition du corps de Yeshoua pourrait inviter les chrétiens à considérer que les disparus n’ont plus rien à voir avec leur dépouille, que les morts ne sont pas sous la terre ni ailleurs.

Non la révélation, accordée ici ou là hier ou avant-hier, mais l’inspiration offerte partout et toujours.
L’invention des prétendus non-dits de la révélation révèle l’inanité des prétentions à arrêter la durée créatrice. Une révélation de l’Infini-Dilection ne pourrait être qu’à toute conscience Mais la continuité du dessein créateur garantit la valeur des intuitions du passé et d’ailleurs ; elle nous invite à les considérer comme un réseau de repères ici et maintenant.

Ils ont voulu mettre l’enfant au centre, oubliant les malheurs du royaume dont il est le prince et n’ayant pas encore découvert que la sagesse n’a pas de centre.

les ombres de la peupleraie
ont d’heure en heure les lieux et places
que la lumière affine ou masse
en sa giration mesurée

nous faudrait-il considérer
que ce qui s’engendre ou s’efface
renaît de sa cendre efficace
sans fin jamais ne disparaît

en l’image remémorée
l’œil affiné gère la trace
des ombres qu’en lumière place
notre future peupleraie

Les fausses polysémies sont celles que l’intuition dénonce à l’intellect.

9 août 2003

Liberté. Polysémie bien sûr, mais d’emboîtements, de hiérarchies ou de progrès, de paliers.
La liberté de la matière est celle de son indétermination quantique, dirait peut-être le physicien.
La liberté du vivant est celle de l’exercice de ses énergies selon ses besoins et ses instincts.
La liberté première de l’individu conscient est celle d’accomplir ses désirs, de réaliser ses projets.
La liberté dernière de l’individu conscient de sa conscience est celle du dialogue avec la source de sa personne.
Il y a continuité et discontinuité dans le passage de l’une à l’autre de ces libertés. Il y a surtout rupture entre la liberté première et la liberté dernière, au point que celui qui accède à la liberté dernière se dit que c’est la seule véritable, même si celle qui la précède jouit de son illusion sans s’apercevoir qu’elle est mue par le déterminisme de ses instincts.

Rôle de la limite. La liberté de l’individu conscient est limitée par celle des individus avec lesquels il vit. Il est invité à comprendre qu’il ne peut s’accomplir que dans le dialogue et la concertation des libertés.
Les limites qu’il impose à ses instincts et à ses projets peuvent être le résultat ou la cause d’une intuition plus forte selon laquelle la seule liberté digne de lui est celle du dialogue en dilection avec le tout-autre en tout autre. Elles en sont la cause lorsqu’il les impose en faisant confiance à ceux chez qui elles en sont le résultat.

L’obéissance de la foi ne devrait être qu’une préparation à la liberté de la dilection.
grappe de mûres
festin de guêpes
attente lente
et vif envol

le noir désir
là-haut s’affole
voyant les sucs
enfin s’offrir

la main se tend
sans y penser
prise aux délices
de son amant

l’œil qui l’arrête
et se déclôt
trouve la fête
en son repos

attente vive
et lent envol
la grappe est mûre
au sein du cep

10 août 2003

L’idéal, c’est bien la conscience intensifiée continue, l’aperception permanente en dilection, la présence du je à ta présence en laquelle le vivre, le sentir, l’imaginer, le penser et l’agir trouvent leur excellence.
La conscience aperceptive du je dernier de la personne fait l’expérience continue de l’autre là où l’autre est l’origine, le mouvement et le but. Là les autres ne sont pas des limites à la liberté, mais son élan. Comment bien dire ces choses ? Peut-on même en suggérer l’idée à celles et ceux qui n’en ont aucune expérience ?

L’intelligence matérialiste devrait rabattre ses prétentions en prenant conscience de ses ignorances. Sait-elle ce que c’est que l’espace, ce que c’est que le temps ?

Logique inductive de Yeshoua dans le « regardez les lis des champs… ». L’excellence du visible laisse présumer celle de l’invisible et la laisse présumer supérieure.

L’art est aux avant-gardes de l’élan de la nature.

seuils d’intermittence
portes d’alternance

regards qui inspirent
regards qui expirent

spectacle et pensée
change dispensé

formes primitives
mues définitives

visages figures
où le trait s’épure

le monde s’affine
et l’ombre devine

la porte dernière
dessous les paupières

L’intégrisme intolérant, violent, est un vieil héritage. Dans le premier Livre des Rois, ce pauvre Elie gémit qu’on en veut à sa vie, lui qui vient de faire massacrer les quatre cent cinquante prophètes d’un dieu rival. Réconforté par son dieu à lui, il rêve d’autres massacres (I Rois, XVIII, 22, 40 ; XIX, 10, 17).

11 août 2003

Le temps est l’un des visages de l’énergie du monde. Comme à tous il est bien de lui faire bon visage et d’ainsi découvrir son excellence.

Accepter les limites que les autres imposent à notre liberté première, c’est prendre le chemin de l’altérité où naît la liberté dernière dans la source de l’être.

La figure du Larzac : défendre un terrain contre l’envahissement militaire, défendre la terre contre l’envahissement libéral, contre l’exploitation-consommation prétendument libre qui la condamne à l’épuisement.

les brumes qui s’émeuvent au matin
de colline en bassure et bassure en colline
échelonnant l’espace au loin affinent
des visages perdus dans les lointains

invitent le regard qui s’illumine
à s’éprendre de formes aux désirs incertains
sourires et regards sous la glace sans tain
qui dans l’ombre au plus près se devinent

12 août 2003

S’il est bon de convoquer tout le passé, ce n’est ni pour le recopier ni pour le renier, mais pour en mesurer et poursuivre l’élan. Pour s’assurer, en sentant que la nouveauté est le fruit de l’ancienneté, que l’on poursuit la marche en l’élan de la grande présence.

Si mon tutoiement de l’infini vous indispose, pensez « il » (ou « elle ») ; mais comment pourrais-je nier que l’infinie présence est plus intime que « je » ?

dans le brouillard complice du matin
la buse ébouriffée qui perche sur l’enclos étonne le regard

proche de son départ il guette l’envol lourd que sa présence vaut
à l’oiseau attendu dans les lointains

l’événement du petit jour inscrit
le rapace approché dans le lieu familier au livre des mémoires

lorsque viendra le soir
sa silhouette trouble aura trouvé
le dessin exultant que l’art lui dit

Une philosophie qui ne se préoccupe pas de l’autre mérite-t-elle son nom ?

Le plaisir et la pensée, le plaisir de la pensée, la pensée du plaisir, le plaisir de la pensée du plaisir, la pensée du plaisir de la pensée ; la douleur et la pensée, la douleur de la pensée, la pensée de la douleur, la douleur de la pensée de la douleur, la pensée de la douleur de la pensée. Ces alternatives-alternances doivent mener à l’intensité de la conscience, là où la liberté répond à la liberté de l’autre dans la beauté, le savoir et la bonté de l’être.

La liberté de penser sans limites appartient à la liberté dernière ; elle jaillit du dialogue que l’infini propose au fini.

13 août 2003

hirondelles virevoltant si près
qu’on ressent le regard
et dans la main le froissement des ailes vives
prisonnières qu’on lâche et qui s’élancent
donnant à toucher la portance
de l’air dont la substance
avec elles s’effleure enlace esquive
l’élégance de l’art
libre impalpable au plus proche secret

Comme pour toute autre composante, on ne peut rechercher une position face au plaisir sans le placer dans l’ensemble de l’organisme humain et sans garder présente à l’esprit l’idée que l’on se fait de l’être humain. Si l’on pense qu’un être humain est une conscience libre, on se posera la question du plaisir sans conscience, celle du plaisir sans liberté, mais aussi celle du plaisir qui fait prendre conscience et/ou qui libère.
Si l’on pense que l’être humain est un être-pour-l’autre, on cherchera en quoi ou pourquoi tel plaisir mène à l’autre ou en détourne.
On se posera cent autres questions en exerçant son intellect guidé par son intuition.

L’inspiration poétique, c’est aussi ce qui nous rend insatisfait des mots et des phrases tant qu’ils ne la rendent pas. Ce n’est pas seulement la donnée, c’est aussi la guide du travail sur le langage qui cherche à la dire.

Le plus grand plaisir de l’humain, c’est celui de la rencontre de l’autre.

Le vide est ta demeure, comme entre les particules, entre les mondes.

14 août 2003

La conscience du je est conscience du toi, conscience de la liberté fondamentale du je en dialogue avec la liberté créatrice du toi.

Un plaisir qui devient l’objet d’une recherche obsédée ne peut conduire l’humain à sa fin : il entrave la liberté dernière.
Le plaisir de l’autre-pour-l’autre est-il indissociable de l’exercice de la liberté dernière ?

La conscience s’illumine de ta présence. Etait-ce cela que Jean éprouvait lorsqu’il écrivit que « la vraie lumière donne lumière à tout humain »(Jean, I, 9) ?

L’univers pétille de sens et vous voudriez que je sois attiré par les philosophies du non-sens ?

La mémoire tisse le réseau des vivants et des morts.

accroché à la plaine sèche
l’olivier arrache son suc
mais la patience de ses larmes
s’épanche en onction de la chair

l’alignement géométrique
durcit les cordes de son cœur
mais les grossesses de la terre
dessinent son œuvre de grâce

15 août 2003

L’infini entraîne toujours plus loin dans la dilection celle, celui qui accepte de le suivre. Ses méthodes peuvent avoir autant de violence que de douceur. Le je ne se laisse pas facilement arracher au moi.

L’attachement du vieillard à la vie est le signe d’un échec de la dilection. Il est si fréquent que l’on peut s’interroger sur la discrétion de l’infini, sur sa réticence, dirait-on, à se laisser reconnaître. Et pourquoi tant de grands esprits ont-ils pu l’ignorer ? Est-ce une nécessité de la totale liberté dans laquelle la dilection s’exerce ? Les religions y ont-elles amené autant qu’elles en ont détourné ?

souffles brûlants venus des sables

enivrement de la chair allégée

en marche vers

la lumière en excès

s’effaçant pour l’éblouissante beauté

16 août 2003

La liberté dernière ignore l’interdiction et la permission. Elle n’est plus sous le régime de l’obéissance et de la culpabilité, mais sous le régime de l’amitié et de l’accord.
La liberté première s’exerce selon la nature, mais elle s’invite à s’en détacher en continuant de s’appuyer sur son élan.
La liberté dernière affranchit la réflexion intellectuelle, morale, esthétique…des manipulations et des pressions du passé et du présent. Elle n’a que faire du réactionnaire et du révolutionnaire, des courants et des écoles…

la main qui se repose enfin
est un musée du souvenir

le faire et le sentir
ont façonné des parcours familiers

où mille visages gravés
se pressent à redire

chaque geste et chaque regard
au seuil du soir

où se distance
dans la grande mémoire notre destin

17 août 2003

Tu es autant hors des temples que dedans et à l’intérieur des murs eux-mêmes. Ta demeure est le vide.
L’exclusion de l’autre d’un lieu ou d’un temps exprime et entraîne l’exclusion des autres ; et vice versa. La reconnaissance de l’autre est aussi la reconnaissance des autres.
Celles, ceux qui te rencontrent dans le vide ignorent la différence entre le sacré et le profane. Il y a pour eux autant de sacrements de l’infini que d’êtres finis.

Harmonie-équilibre du même et de l’autre. Rien dans l’univers ne renvoie qu’à soi-même, mais tout aussi renvoie à soi-même. Rien n’est pur signe ni chose brute, mais avec mille degrés, nuances et variations.

les mains dans le cambouis connaissent
la géométrie des matières
et leur patience n’a de cesse
que son œuvre ne soit entière

au repos lavés les replis
de leur peau rugueuse redisent
les palimpsestes accomplis
en métamorphose indécise

les vieilles mains des artisans
ne nous donnent rien à comprendre
mais en elles l’œuvre des ans
nourrit un regard fort et tendre

18 août 2003

c’est l’alouette qui devance
l’aube même avant son éveil
guette dans l’ombre la substance
la lumière de son conseil

là-haut elle retrouve enfin
dans l’espoir d’une longue étreinte
l’ami dont elle tient la main
et s’évade du labyrinthe

Vous voudriez que je révère et cite pour me valoriser vos penseurs cultes incapables de reconnaître l’infini ?

La conscience de ta présence ne peut héberger aucune inimitié, aucun ressentiment, aucun mépris.

19 août 2003

Les gens qui attribuent à la nature des sentiments, des pensées et des desseins sont-ils allergiques au divin ou en sont-ils nostalgiques ?

Les dogmes barrent la route au progrès de la pensée religieuse, entravent la recherche théologique guidée par l’amour de dilection.

La bienveillance pour les pensées nouvelles s’appuie sur l’assurance des anciennes, mais surtout sur la certitude de la présence de l’infini et de la vérité totale, unique mais infiniment diverse, toujours à découvrir.
Qui te connaît a la certitude que l’univers est bien fait et cherche donc à comprendre pour l’intégrer ce qui lui apparaît comme un mal. Pour qui te connaît, le mal réel ne peut apparaître qu’avec la liberté ; mais la liberté commence avec l’indétermination de la matière et se poursuit dans la finalité ouverte qui régit la vie.

les doigts qui tiennent le scalpel
sont maîtres de leur tremblement
et crainte
et leur fermeté n’est pas feinte
sous la lumière

la vie qui au plus près ruisselle
est complice en leurs veines et sent
l’atteinte
qui pourrait leur porter la plainte
du cimetière

mais les doigts qui tiennent l’aiguille
arrêtent la troisième parque
et l’arc
s’empresse de boucler le fil
en fin sursis

la vie qui doucement vacille
sort de son engourdissement
et tend
vers les doigts des heures tranquilles
mille mercis

20 août 2003

pose parfaite

il a sans un coup d’aile
choisi la spirale et le point
où l’étang l’attirait sur la rive
jusqu’au battement amorti
avant d’entreprendre aussitôt
sa marche et sa recherche

la silhouette

que son œil sentinelle
a signalé un peu moins loin
que ne le veut sa force vive
l’enlève en cercles avertis
jusqu’à ce qu’une courbe en haut
du peuplier le perche

Le monde de la liberté dernière est celui de la présence à la présence de l’infinie dilection. L’agir qui y prend corps est un pour-l’autre. Celle, celui qui y vit saisit que la seule valeur désormais désirable est celle de l’agapè paulinien (II Corinthiens, XIII). L’effort y est, d’instant en instant, celui du contact, du dialogue, avec l’immense intime où le moi n’a plus cours, où le je-tu prend le relais. C’est la vie éternelle.
L’amour filial et la reconnaissance dans sa lumière s’y transfigurent en commune exultation.

21 août 2003

En l’intuition qu’avec lui rien de l’être ne nous est étranger, l’immense intime nous incline à la conscience de la totalité. La spécialisation que nous imposent nos limites ne peut détourner notre intérêt d’aucun art, d’aucune science, d’aucun espace, d’aucun temps, d’aucune culture…Telle est la source de l’universalisme et du refus consécutif de l’élection et du sacré. L’universalisme qui n’est pas fondé sur cette intuition risque de n’être qu’une hégémonie.

la main qui câline l’argile
est l’amie de l’élémentaire
l’eau la terre l’air et le feu
tour à tour invitent sa chair

la plastique qui lui fait signe
lui dit si bien les fiançailles
de terre et d’eau qu’elle s’élance
en la valse où elle défaille

debout en l’extase figée
sa forme attend définitive
en une insensible caresse
l’air amoureux que l’eau esquive

lorsque la main conduit au feu
couche la fiancée fragile
l’air n’est plus qu’un garçon d’honneur
aux noces vives de l’argile

Le signe premier de l’authenticité mystique est la fraternité universelle.

22 août 2003

On ne fait pas la paix en écrasant son ennemi. Sagesse élémentaire, dont l’ignorance entretient le malheur des uns et des autres.

Les disparus sont disparus. Leurs tombes et leurs monuments sont illusoires. Il faut en disperser les cendres dans un lieu qu’on oublie. Mais le souvenir fait partie du réseau qui nous relie à tous ; les rites, provisoirement, gardent leur valeur symbolique.

Notre pensée anagogique bafouille, mais il faut la maintenir, car elle tient le réseau de l’être du fini à l’être infini comme la pensée métaphorique tient le réseau du fini au fini. Peut-être n’est-elle que provisoire, mais elle relève d’une intuition sûre qui doit guider notre penser et notre agir.

Les nuages sont beaux, les chants d’oiseau sont beaux, les rochers sont beaux ; mais la science est incapable de nous dire pourquoi. Tellement incapable que certains scientifiques nient cette beauté. Préférer la certitude sciencifique à l’évidence esthétique est une mutilation, mais c’est d’abord un manque de bon sens.

Le travail sur le poème n’est pas une œuvre de l’intellect ; il prolonge le jaillissement créateur qui le guide. Sinon il n’est que fabrication, dont l’auteur peut être fier puisqu’il est de lui. Mais le vrai travail poétique n’appartient pas à son auteur. L’admettre, c’est ouvrir la porte de la mystique.

étranger parmi les tiens
découvre un autre pays
les visages qui t’abordent
dévoilent leur vrai souci

le soupçon qui te détruit
dégage le palimpseste
de la première écriture
au fond de ce qui lui reste

les amants qui se détestent
derrière leurs yeux sentent bien
qu’un autre regard peut naître
qui n’était jusque-là rien

l’orage des mots détient
l’éclair d’un silence pur
où éclatent les débris
de ce qui jamais ne dure

au trou béant du vieux mur
qui abritait leur amour
apparaît l’autre où déborde
l’océan du vrai toujours

par l’exil et le détour
ayant perdu tous les tiens
rencontre-les ici l’être
ne possède n’appartient

23 août 2003

dans la boue la graine du nymphéa
rêve à la tiédeur du soleil
lumière dont en son sommeil
elle devine
qu’à l’origine
le grand espace d’abord la créa

les souvenirs accumulés lui chantent
que son élan vers le ciel pâle
de la surface où les étoiles
rayonnent sœurs
de mille fleurs
l’envoie rejoindre la joie qui la hante

et puis pleine lune d’eau elle ira
dire ce qui précède et suit
son passage où le temps ne fuit
qu’afin que l’autre
après la nôtre
puisse à son tour chanter son aria

L’instant prend sa force à la force du temps. Il est la chance permanente de l’attention aux énergies de l’être et à leur source même, le « toi » qui l’invite au « je ».

La découverte de la vérité requiert une concertation démocratique des différentes approches du réel.

24 août 2003

S’identifier à son corps, c’est s’emprisonner dans ses peurs et ses désirs, sa force ou sa faiblesse, sa laideur ou sa beauté, sa féminité ou sa masculinité. Il n’y a de liberté que dans le face à face de l’esprit avec l’esprit.

Il n’y a pas deux instants identiques dans la durée éternelle. Il faudrait savoir vivre chacun selon ce qu’il est, unique. L’attention sert à cela ; elle est conscience de la réalité dans l’instant, accès à la dynamique de l’être.

La vieillesse qui n’est pas tournée vers l’avenir est un échec. Le souvenir ne devrait servir qu’à racheter le temps gâché, à faire la paix avec tous ceux qu’on n’a pas su accueillir.

« Œil pour œil, dent pour dent » ; justice primitive qui mène au carnage pour les individus et pour les nations. Nos sociétés ont assez bien maîtrisé la violence des individus. Il nous reste beaucoup à faire pour maîtriser celle des nations. On trouve encore normal qu’un soldat tue et même qu’une nation attaque pour se défendre.

On ne peut reconnaître ton intimité avant d’avoir reconnu ton silence.

Pour le panenthéisme, « ceci est mon corps, ceci est mon sang » n’est pas une parole performative mais une parole constative. Tout y est sacrement.

le silence de l’attente
le silence du silence

pour l’inconnu qui va paraître
l’inconnu ouvre la fenêtre

rien ne bouge dans la nuit
la forêt de la forêt

pour l’immobile qui écoute
l’immobile est là nul doute

bouche vide et lèvres closes
et l’espace dans l’espace

rien ne se goûte ne se sent
que le rien au rien béant

25 août 2003

nous ne redoutons plus
qu’il s’affaiblisse et glisse
plus bas sous l’horizon

nous offrons toujours plus
le sang des sacrifices
pour prendre les nations

nous n’avons pas perdu
le centre que finisse
la pure déraison

Un maître qui fascine, séduit, entraîne son auditoire est un voleur de liberté. Un penseur fidèle à la pensée ne propose ses pensées qu’en invitation à penser.
La pensée libre, la pensée vraie n’a pas de centre, pas plus qu’elle ne possède ni n’appartient.

26 août 2003

« Seigneur, prends pitié ». Il n’y a ni seigneur ni pitié, mais le dialogue avec l’ami. La densité de notre inconnaissance ne change rien à la certitude de l’infini dilection.

Le sacrifice rédempteur suppose un dieu courroucé par l’offense et qui a besoin de la souffrance de l’offenseur ou de son bouc émissaire pour s’apaiser (« Minuit, chrétiens…et de son père apaiser le courroux… »)

la coupe de vermeil s’élève
dans un songe de nuages
qui se fondent sur la page
du long jour à écrire en rêve

jusqu’au soir elle versera
le feu qui inscrit la vie
pour qu’enfin l’œil soit admis
à relire le soleil bas

La tâche quotidienne du chant admiratif face à la beauté et à l’intelligence du monde est la force de la lutte pour les autres.

27 août 2003

On ne peut savoir ce qu’il y a au-delà des treize ou quatorze millions d’années-lumière, comme on ignore ce qu’il y avait avant l’origine de notre univers. Mais on sait qu’il y a, qu’il y avait quelque chose ; on sait même que ce quelque chose ne peut être qu’infini et éternel. On peut refuser d’y penser ou d’y attacher de l’importance, mais on ne peut le nier sans renier sa propre capacité de penser. On peut aussi postuler que cette réalité commande ce que nous connaissons et lui donne son sens ultime.

La complexité du vivant relève d’une si vertigineuse intelligence que son attribution au hasard relève d’une vertigineuse inintelligence.

Préférer l’autre à soi, c’est affirmer que la mort n’est pas la mort. Il ne s’agit pas d’un remède à la peur de la mort. C’est la découverte de notre être dernier dans sa liberté et son accomplissement. Cette découverte peut donner son sens à la survie, car il s’agit d’une survie où le moi a disparu et où l’on ne vit plus que pour les autres.
Comprendre que la mort est l’accomplissement de cet idéal la fait désirer en la préparant, mais cette préparation n’est que la vie pour l’autre toujours mieux accomplie.

la main qui se suspend sur le clavier
vibre de tous ses souvenirs
ses fibres savent se tenir
prêtes à s’élancer sur le sentier
des marches et des danses elle connaît
chaque buisson où se respire
chaque parfum prêt à se dire
fugace ou tenace ardent ou léger

elle encourage et retient l’étranger
accueilli en tous ses soupirs
et lui donne le temps de retrouver
ce qu’il nous donne à ressentir
de cet inconnu de cet oublié
dans la forêt du grand désir

28 août 2003

Un art secrètement fondé sur la peur est-il irrémédiablement perverti ? L’art qui trouve l’inspiration dans thanatos, comme celui qui la trouve en éros, n’est vraiment art que si ces forces ne sont pour lui que des servantes de l’être et de la joie qu’il propose. L’art en son essence est issu de la source de l’être.

pour le visage défendu par son regard
pour le sans-nom de la beauté donnée à voir
en assurant que l’autre est là
et que sous le miroir
attend le vide et l’insondable d’une voix

29 août 2003

cadeau de la tiède nuit noire
posé sur la blancheur dans la chambre déclose
enchaînement de volutes fermés
écaille beige ourlée de vieux rose fané
aile pure surface
sereine raffinée

que sais-je de ta face
que puis-je voir
de ton passé antique et de ce beau secret
que t’ont transmis jusqu’ici tes ancêtres
pour qu’il aille par d’autres
trouver d’autres yeux en ton être

Dire que la liberté, c’est la connaissance de la nécessité, c’est prendre une condition pour la chose même. La découverte de la liberté dernière, qui apparaît alors comme la seule qui ne puisse être illusoire, inclut la découverte de la nécessité qui jusque-là nous menait. Nécessité des instincts, des passions…de l’intérêt du moi. Dire que la liberté, c’est la nécessité, c’est arriver à la découverte de la nécessité sans avoir entrevu la liberté du je dans l’extinction du moi.

30 août 2003

Le temps n’est pas à vaincre. La nostalgie est une souvenance maladive, le symptôme d’une inadaptation au monde.

même un cercle de nuages
échappe à l’intelligence
qui voudrait voir un message
dans les nimbes qui s’agencent

son invitation s’adresse
à ce qui n’a pas de nom
à ce qui rêve sans cesse
échappant à la raison

le regard miré au regard
se connaît en reconnaissant
le cœur qui anime le cœur
se reconnaît en connaissant

dans le cercle des amis
brille le sourire intime
la grâce des formes lie
des visages qui s’estiment

mainte danse se prépare
dans la tonnelle du songe
vers le sommet de son art
l’autre à jamais se prolonge

31 août 2003

La vérité de la pensée philosophique est illusoire tant qu’elle reste guidée par la liberté illusoire du moi intéressé. La vérité de l’être n’est accessible que dans la libération du je où le moi s’éteint.
Le processus qui conduit à la liberté n’est pas dissociable de celui qui mène à la vérité de l’être. Le « la vérité vous rendra libres » marche main dans la main avec un « la liberté vous rendra vrais », bien que les deux processus soient distincts et que l’un puisse avoir de l’avance sur l’autre.

Le miraculeux, c’est le hasard merveilleux. Ce peut être aussi la mise en œuvre de forces de la matière que nous ignorons. Mais le « rien n’est impossible à Dieu » fondé sur l’idée patriarcale de la toute-puissance comme valeur suprême dissimule manipulation et naïveté.

poussière d’eau poussière de lumière
sœurs jumelles du vide
si fines qu’en cette heure où la nuit se décide
lentement à céder
le pas au nouveau jour
qui sourd
l’immense hésite à faire
place à l’une ou à l’autre en son intimité

la buse translucide
dans l’excès de cette lumière qui la guide
vire ascendante vire ascendante
aux rites de gauche et de droite indifférente
chevauche en ses coups d’aile et longs planés
les flux qui lui révèlent les poussées
de l’air tiède qui l’aide et la hisse en sa glisse
vers les cimes sublimes
et jusqu’à sa cible invisible

1er septembre 2003

L’intuition du temps et de l’espace est essentielle à l’intuition de la relation du fini à l’infini. Cette intuition est loin d’avoir été élucidée intellectuellement par la concertation des scientifiques et des philosophes. Il importe de l’intensifier et de la vivre.
Le temps et l’espace sont des manifestations cadres de l’énergie première.
Il n’y a qu’un temps, mais il y a pluralité de rythmes.
Existe-t-il un temps non mesurable en l’infini ? Une durée pure ? Cet inconcevable existe-t-il ?
Quelle est la plus petite unité de temps ? Encore à découvrir. Plus petite que le battement atomique ? Celle des périodes vibratoires des hypothétiques supercordes ?
Notre perception du temps n’est pas un autre temps. Parler de temps psychologique ou de temps intime est une figure de style, une sorte de métonymie.

ils paissaient à la juste distance
l’un de l’autre
s’écartaient sans cesser
de se sentir en connivence
dans le pré

il fallait
que dans l’air complice je maintinsse
la parenté de l’entre
où le discours brisé de nos provinces
se tait


2 septembre 2003

Qu’aurai-je ce soir fait advenir pour l’autre ? Je n’en saurai rien, ou presque, mais j’en aurai l’espoir dans la rencontre obscure avec toi l’infini attentif.
Dans l’aube l’aujourd’hui est une tension, un espoir que le temps ce soir nous aura portés plus avant dans l’infini de l’altérité. Le moteur de croissance est là, qui se dévoie en production matérielle insensée. La croissance que l’énergie à l’œuvre dans le temps nous propose est d’abord chose spirituelle.

depuis longtemps
la sécheresse étale
les feuilles froncent
la fleur qui tue a lancé ses pétales
et son parfum amer annonce
un envahissement

quel amoureux fou s’est laissé hanter
par sa danse endiablée
l’a invitée dans les pinèdes

ignorait-il qu’à son extase cède
toute place
qu’elle enlace
le cœur incendié
en ses corolles meurtrières
des vies entières

3 septembre 2003

Est-ce la même force organisationnelle qui coordonne les informations où le vivant s’élabore et qui arrange les mots pour en faire des poèmes ?

Peut-on comprendre le temps si l’on oublie la mémoire ? Mémoire du vivant, de certains matériaux même (ou n’est-ce qu’une analogie ?).

il y a tant d’années que les vents la câlinent
sur le bord du chemin

la source l’a quittée
qui était sa raison
mais la mémoire tient les vieilles pierres ensemble
ou même les rassemble
si l’oubli et la pluie ont pour un temps coupé
le fil des oraisons

anges décapités blasons défigurés
disent l’usure et la rupture

les jouets dans la nefs ont saisi le relais
des voix de la louange pure
le malhonnête argent a restauré
la beauté éternelle au nom de la chapelle

et d’autres pèlerins
viennent offrir leurs yeux à l’antique patine

Un esprit intelligent est un esprit en état d’émerveillement. De la vibration atomique à la machine à faire des étoiles et des planètes en passant par le vivant à portée de regard, notre corps et celui des autres, un chiot bondissant, deux tourterelles sur un fil, une fleur…Tout cela n’est pas qu’esthétique ravissante ; c’est aussi ce que l’on connaît de ce qui la rend possible. Folle complexité de l’organisation de la matière vivante. Et puis le psychique, conscient et inconscient, la conscience morale, l’idéal, l’altérité…
Désastre de l’habitude qui nous rend aveugle.

4 septembre 2003

L’infini n’a pas de repères ; il est imperceptible, n’étant relatif à rien (un mouvement n’est perceptible que relativement).

Ces jeux de la société-télé : qui sera le premier, le seul en chant, en endurance, en séduction… ? La société number-one hégémonique s’infiltre dans la masse irréfléchie. Le troupeau innocent suit, docilement inconscient, un modèle importé (les créateurs ont l’imagination châtrée par les babouins alpha d’outre-atlantique).

Cette secrète tristesse de tant de chants religieux. Comme si la religion ne pouvait s’enlever que sur un fond d’angoisse, comme si elle s’adressait à un dieu qui la sauverait d’un monde mal fait, comme si elle ne prenait pas ta mesure infinie, immense-intime.

comme des mains d’enfants s’agitent au passage
les souffles du soleil font un signe au feuillage

l’insensible en sommeil
nous parle vaguement depuis la nuit des temps

quel secret partagé échappe à sa clarté
qui sous des faux-semblants livre sa vérité

lorsque l’autre s’éveille
en nous vient s’étonner son envahissement

la sève parle au sang à travers les espaces
jusqu’au bout des étoiles elle en laisse la trace

il n’est pas de soleil
qui ne chauffe le cœur de nos milliards d’enfants

5 septembre 2003

Avoir la conviction que l’altérité est constitutive du sujet suppose qu’on en fasse l’expérience intime, que l’on ait été saisi par l’évidence de son être en son jaillissement, que l’on reconnaisse en tout autre une participation à l’altérité fondamentale dont naît notre je libre.
La participation à l’altérité ne semble plus auto-contradictoire lorsqu’on en a fait l’expérience. Elle conduit à aimer les autres chacun pour lui-même, chacune pour elle-même d’une dilection qui est en nous l’Autre nous faisant autre que Lui-Elle.

Les autres sont le paradis ou l’enfer selon qu’on les aime ou non de dilection.

dans le piétinement de l’innombrable pluie
quelques chants brefs

dans la fondamentale de l’assourdissement
des notes claires

si familières
que se réveille en la chair endormie
l’effervescent retour parmi les frères

6 septembre 2003

En démontrant que l’agile Achille ne rattraperait jamais la tortueuse tortue, Zénon d’Elée a démontré l’inanité des démonstrations, un peu comme l’Athénien qui, en affirmant qu’il mentait, a fait entrevoir la stupide vérité langagière de ceux qui hésitaient à le croire.

Toute nouvelle connaissance doit s’intégrer à l’organisme de pensée, toute nouvelle idée s’articuler à toutes les autres établies et, par toutes sortes de médiations, à l’absolu de l’infini.
Perdre l’absolu de l’infini, c’est se condamner à l’hétéroclite. O merveilleuses asymptotes !

La bonne distraction est celle qui ouvre d’autres chemins d’altérité.

l’angle d’horizon change à chaque pas
et l’arbre là-bas se dit fugitif

une ligne monte une autre s’abaisse
découvre recouvre un autre buisson

une maison fuit le ruisseau du creux
une autre surgit du haut de la crête

plus loin et plus près le regard ne pause
dans la mélodie de ce qui s’affirme

s’enfle ou rapetisse impose ou efface
que le long instant où il se referme

7 septembre 2003

d’hier à aujourd’hui à demain la blessure
se cicatrise
le temps révise
jusqu’à ce qu’en sa fin la graine tombe mûre

Le théâtre fascinant, la fiction palpitante sont des distractions aliénantes. La liberté dernière les écarte ou les maîtrise.

« Travail de deuil ». Qui a lancé ou relancé cette expression ? On l’entend maintenant souvent associer à des perspectives matérialistes, voire financières (« maintenant qu’il a reçu son indemnité, il va pouvoir faire son travail de deuil »). Comme si le deuil même avait dû s’intégrer au matérialisme libéral.

On ne peut juger les autres (et soi-même) que si l’on ignore les étroites limites de la liberté première. Mérites et démérites se découvrent illusoires lorsqu’on rencontre la liberté dernière.

Le vide est en nous, en chacun de nos atomes ; et c’est là, immense-intime, ton symbolique domaine, image dont on ignore la véritable analogie, mais qui parle à notre conscience de l’espace.

pour l’air qui nous accueille
nous nos voix nos musiques

pour ce qui retentit franchit le seuil
du silence où s’applique
l’oreille de l’esprit

pour cette écoute vive
de la voix infinie
où l’air échappe à l’air
esquive
et se recueille

8 septembre 2003

Nu dans le secret danse avec les vingt milliards de milliards d’étoiles, leurs planètes et leurs consciences, et celles d’autres mondes ; exulte du grand jeu avec toutes celles tous ceux qui le sentent et le pensent, toi l’immense-intime au cœur de chacune de chacun.

Les choses que l’on se dit en les voyant se prennent en plus intense conscience, trouvent une chance de s’illuminer de ta présence.

sur l’autoroute de l’ouest
les nuages défilent en leur silence pur
se pressent sans jamais de sang
dans l’aventure

leur douce poursuite conteste
le bruyant désir d’arriver où se mesurent
les vitesses voulant tenir leur rang
dans leur voiture

9
Chthonienne-nocturne, la poésie fait usage des ambiguïtés lexicales et syntaxiques pour donner à ressentir la perméabilité des êtres les uns aux autres, leur mutuelle participation balançant le goût diurne-ouranien de la limite, de l’exclusion et de l’opposition.

ils avancent
se relancent
pourtant restent suspendus tant que tenus sous le regard
et comme charmés nous charment
se rassemblant
rassemblés
ils semblent en fraternité se raconter sur leur route de Compostelle
en allant sans s’en aller
sont-ils saouls pour se dissoudre
dans l’air asséché de l’été qui ne manque depuis là-bas de les hanter

plutôt que de se résoudre
notre futur
s’y aventure
tente de se donner l’allure et le chemin de ce qui ne cesse
de changer en échangeant

10 septembre 2003

Ni Platon ni Démocrite, mais l’au-delà (non la synthèse) de leur débat et de ce qui en retentit jusqu’à nous.

Ce qui est étonnant, c’est que grâce au fumier des religions, l’éternel arrive à faire pousser l’esprit. Ce qui l’est davantage, c’est que ceux qui arrivent à se considérer comme un simple assemblage d’atomes parviennent aussi, inconscients de leur incohérence, jusqu’à l’esprit. Vraiment le monde est bien fait, puisque rien ou presque n’y semble irrécupérable.

la voix lointaine dans la nuit
d’un grillon murmurant la paix
assure que l’onde des bruits
ne peut submerger son palais

la terre où il a ses entrées
lui a confié sa certitude
pour que jamais la liberté
dans ses conquêtes ne l’élude

que son appel soit sans écho
ne change rien à sa douceur
il tient à affirmer tout haut
l’élan dont il salue les heures

et si son rire est si discret
qu’il pénètre au fond de nos sens
c’est qu’il a percé le secret
de la porte du grand silence

11 septembre 2003

La chance offerte aux êtres qui accèdent à la conscience est de pouvoir l’intensifier, d’en rechercher la permanence et d’en étendre le champ.
Ils découvrent la tâche d’être la conscience des êtres qui n’y ont pas accès pour en exalter la simple existence, et sa beauté, et son intelligence

mère et fille dans la cour
pratiquent leurs jeux complices

coups de pattes et coups de dents
tous gantés et mouchetés

galopades et sarabandes
toutes neuves et toutes folles

qui donc a pu inventer
des machines si futées

elles rient et cabriolent
font fête quêtent la main

leur silhouette ne dit
que finesse désinvolte

chaque pose sans recherche
comble l’œil habitué

qui donc a pu inventer
des machines si futées

Ton silence comble sans enivrer, sans rassasier.

Quel qu’en soit le visage, la violence des pauvres est toujours plus acceptable que celle des riches.

12 septembre 2003

minuscule muflier pâle encore

quelques mauves dans la tiède douceur
s’immobilisent attentives
mille ombelles suspendues dans l’attente de l’heure
s’alignent pensives
aux talus sans autre forme de décor

Nos couples occidentaux sont devenus plus fragiles, plus vrais sans doute. La femme, l’homme parfois, s’y laisse moins dominer, exploiter, étouffer. La perspective d’appréciation demeure celle de l’accession à la dilection, l’avènement du goût de l’autre comme autre, dont la prise en compte et en charge de l’enfant est l’invitation et le signe.

La pensée intuitive a la rapidité de l’instant, elle semble participer de l’esprit pur.

Il ne s’agit pas pour moi de surveiller les voisins, il s’agit de veiller sur eux. Distinguo. Le je n’est pas le moi. La sollicitude est une participation à l’éternelle dilection.

13 septembre 2003

Il n’y a pas de je sans tu, de conscience aboutie sans conscience de l’autre.

Nous continuons à vivre dans un monde de maîtres et de disciples. Dynamique du provisoire.

Tous ces moines et toutes ces moniales silencieux à travers les siècles. Nous apportent-ils leur expérience en secret ? Combien de pensées enfouies. Demeurent-elles incommuniquées, inaccessibles ? Tous ces livres détruits avant même d’avoir été publiés.

fresques fugaces de l’aube pure
la majesté de vos structures
ouvre l’âme pour tout un jour

je ferai en sorte que dure
jusques au soir votre séjour
qu’il s’étende à tous mes murmures

14 septembre 2003

figé sur une pointe d’or
dans l’indistinct de la lumière
mais affichant la dureté
que se figure l’œil hagard
Orion est aux petites heures
un danseur heureux sous la lune

ne l’envisage davantage
qu’en un fugace éclair
car l’argent de la lune baigne
l’attente douce du regard
lentement déjà te prépare
à fuir l’or où le soleil saigne

Continuité et rupture doivent avancer main dans la main. Le mythe marche pour longtemps compagnon de la raison, et l’on ne sait pas si la raison entraîne le mythe ou si le mythe pousse la raison. Cela ne doit pas troubler notre certitude que le but est une conscience plus forte et plus vaste, et l’accession au je-tu éternel.
Les rationalistes raisonnables vivent avec indulgence l’uniforme et l’anniversaire, le mariage et l’enterrement, le palais et le cimetière, le charisme et l’autorité, le centre et le temps universel…Ils ne sont tout de même pas dupes. Le problème est de mettre ces illusions et leur dynamisme au service de la vérité sans la contaminer.

15 septembre 2003

Nous sommes tous métaphysiciens ou inconscients.

Un ouranien-diurne perçoit le temps comme une poussière d’instants, un chthonien-nocturne comme un fil infiniment ductile. Peut-être le temps est-il un peu les deux comme la lumière, corpusculaire-discontinue et vibratoire-continue.

La poésie tente de retrouver la fraîcheur de l’être sous la crasse de l’habitude, d’en percevoir le jaillissement et de remonter jusqu’à sa source.

la main qui glisse sur la rampe
ne sait plus bien qu’elle connaît
le bois lisse sous ses doigts lisses
la rassure sans l’assurer

arrête là palpe la chair
d’un arbre qui ne sait plus trop
ce qu’étaient le soleil et l’air
parmi les siens la terre et l’eau

quelle subtile sève sèche
s’attarde et dort en ses replis
et sous la coupe à la lumière
connaît ses rêves de momie

toutes les mains qui la caressent
y laissent-elles aussi l’empreinte
d’un disque tendre qui ne cesse
de chanter pour qui sait entendre

la rampe oblique hésite encore
à perdre sa haute droiture
à ressaisir prenant ta main
l’horizon de notre aventure

16 septembre 2003

Se donner un seul emblème est fatal à l’équilibre de l’imaginaire et à la vie qu’il commande.

Le regard des autres, leur jugement, nous aliène aussi longtemps qu’il n’est pas maîtrisé par la certitude fondée sur le je.
Une certitude fondée sur les dires d’un autre est aliénante.

On peut relire la Bible en y recherchant le recul progressif de la violence, depuis les massacres systématiques de la conquête de Canaan (les chapitres VI à XI du Livre de Josué, en particulier VI, 21 ; VII, 25 ; VIII, 24s ; X, 11, 26, 30, 32, 35, 37, 39, 40 ; XI, 8, 14, 17) jusqu’à la destruction des porcs précipités dans la mer (Luc, VIII) et à la mort du figuier desséché (Marc,XI).

Serait-ce que ta sensibilité infinie se protège de notre grossièreté par un voile de silence ténébreux ? D’où vient notre sensibilité si tu es insensible ? De quelles sensibilités s’agit-il ? Analogies, anagogies… ?

découpé noir sur le ciel pâle
il se déclare en majesté
à l’étang qui l’appelle

mais sans savoir il dit aussi
à l’air sa force qui le porte
en exacte mesure

l’élégance de leur commerce
écrit la rencontre mondiale
où se lit notre charte

mais un autre regard encore
fait la lumière sur le ciel noir
de la grande origine

17 septembre 2003

exact
au rendez-vous de l’aube
comme à sa noble hauteur
et à la lente giration qui le pose

je n’ose
approcher de l’étang
déranger le rite immuable
tant qu’il dure et se répète en sa mesure

si pure
que l’on sent tout l’espace
et l’air et la plume dire
le long chemin du temps qui mène à cet instant

La mémoire de l’enfance est l’accès aux ancêtres.
Revisiter les lieux de son enfance peut-il redonner sa fraîcheur à la saisie de l’espace ?

indicibles nuages
ah que ne suis-je
maître des lignes et des teintes pour donner à sentir
votre finesse
votre fugacité et vos effacements
vos jeux et vos remaniements
balançant masses et souplesses
qui s’organisent en hommage
inaccessible

18 septembre 2003

la glisse du héron entre ses lentes brasses
et la juste finesse
de leur noblesse
mènent qui le contemple
au seuil du temple où les belles distances
proposent aux trois grâces
l’espace de leurs danses

Pour devenir poème, une émotion doit avoir commencé de s’esthétiser.

Pourquoi te chercherais-je dans l’angoisse ? Tu n’es pas le produit de mon angoisse. Le produit métaphysique de l’angoisse est un dieu, faux comme tous les autres. Tu es l’infini, l’intime de tout être ; et l’intime de l’être n’est pas angoisse, mais jubilation jaillissante de la liberté face à la liberté.

La déesse Croissance assoit son hégémonie sur le mythe de la modernité.

les peupleraies se lancent par-dessus les distances
des saluts jaunissants
ils construisent un paysage
où le bocage
chaque jour change de visage

chaque feuille insensiblement
donne sa teinte
porte la pâleur de sa plainte
aux horizons où mainte
aventure en la nature poursuit son temps

Les Platon, les Descartes, les Locke, les Kant, les Hegel, les Nietzsche, les Freud, les Heidegger…Tous à déboulonner d’abord pour pouvoir ensuite dialoguer avec chacun d’entre eux. Ne peuvent le faire que celles et ceux qui sont bien décidés à ne pas prendre leur place de babouin alpha.

19 septembre 2003

Celles et ceux dont tu es le seul ami partagent ton non-autre avec tout autre.

l’autre sur le chemin ignore qu’il t’attend
parmi les horizons des arbres et des champs
qui s’élèvent et s’abaissent
virent passent ne cessent
leurs jeux de voilement et de dévoilement

où la vitesse dit le proche et le lointain
où le regard se pose et cherche en vain
le secret de la grâce
qui jamais ne se lasse
de proposer au sens l’espace et la distance

l’autre sur le chemin ignore qui l’attend
pour lui faire entrevoir dans le délaissement
au vide qui s’absente
le vide qui présente
ta pure altérité au creux de la clarté

La vieille reconnaissance avilissante se mue en participation jubilante à l’excellence de l’être.

20 septembre 2003

« Dieu reconnaîtra les siens ». Mais toi, tu reconnais tout le monde, car personne n’est tien. Tu es au-deçà au-delà de l’appartenir et du posséder (pour ne pas parler du massacre général).

Puissè-je passer tout ce jour avec toi les yeux dans les yeux. Non, la main dans la main. Tour à tour ta main dans la mienne et ma main dans la tienne, nous marcherons vers les autres.

la rougeur lui monte aux pommettes
et puis l’éblouissant sourire
éclate sur un horizon

là-bas sur l’autre lui répond
le regard brûlant le soupir
d’une demeure au cœur en miettes

Si l’on croit que vous vous prenez pour un grand incompris, c’est peut-être que l’on ne vous comprend pas.

Le langage est un gros niais que l’on n’a jamais fini de déniaiser.

On ne peut être reconnaissant que de ce que l’on possède. Celles et ceux qui deviennent tes amis ne possèdent rien, puisqu’elles, ils te ressemblent, partagent ta joie de voir surgir l’être.

L’indifférence à la satisfaction de nos désirs nous donne la sensibilité aux tiens (cela fait partie du passage du moi au je, de la première à la seconde naissance, de la mort et de la résurrection, etc.).

Accepter qu’un responsable politique puisse affirmer qu’il ne faut pas chercher d’explication au 11 septembre, c’est s’enfoncer avec lui dans le refus de l’autre et inviter ses effets les plus dévastateurs.
21 septembre 2003

La souffrance n’est pas rédemptrice, mais elle peut devenir éducatrice et purificatrice. Pour parler sans nuances, elle abrutit ou affine selon qu’elle est vécue dans la nature ou dans la grâce.

Un/e artiste parle à des artistes, même si elle, il ne crée que pour créer, sans se soucier de savoir pour qui. Un/e poète ne parle qu’à celles et ceux qui auraient écrit des poèmes si elles, ils avaient appris à maîtriser le langage ; un/e peintre qu’à celles et ceux qui peindraient si elles, ils possédaient les techniques picturales…le reste relève du degré de sensibilité esthétique dont l’intelligence ici n’est que servante.
Celles et ceux qui se mêlent de critique d’art, de critique littéraire, picturale…alors qu’ils, elles sont dépourvus d’une forte sensibilité esthétique sont des inconscients ou des imposteurs.

La lecture du Livre de Josué pose problème depuis longtemps à celles et ceux qui l’acceptent comme parole divine. La solution patristique, qui consiste à la lire comme une figure des combats et des conquêtes spirituels est une dangereuse illusion puisqu’elle a mené ceux qui l’acceptaient à fermer les yeux sur la violence qui les habitaient et à la laisser se déployer dans leur vie. Le Livre de Josué est un livre historique témoin de l’horreur où peut nous conduire la passion religieuse en toute bonne foi et sincérité.

Présence à je et présence à toi sont indissociables.

22 septembre 2003

Crainte et tremblement. Crainte à l’idée de perdre le silence de ta présence, tremblement à la pensée que le moi n’est pas mort. Mais joie et paix les accompagnent pour les guider.

Le signe d’une véritable pensée, c’est qu’elle n’est pas enfermée dans des mots, qu’elle cherche à s’exprimer en multiples formules et que le plus souvent aucune ne la satisfait pleinement.

Sombre sincérité de l’irréflexion, horrible bonne foi de la conscience crépusculaire : épurations, massacres, conquêtes…

les mains qui tissent
découpent la géométrie du monde
pour y choisir son angle droit

ce qui s’allonge
devant elles en sa chaîne de promesses
n’aura jamais de fin en soi

ce qui sinue
reprend de droite à gauche et gauche à droite
les alternances de la croix

de la navette
elles apprennent le nerf et l’énergie
enfermée dans l’étroite laize

des points et nœuds
le nombre harmonieux et la mémoire
dont les jeux simples à l’œil complaisent

de l’œuvre faite
satin sergé toile linon mousseline
le toucher fin où elles s’apaisent

posés en coupes ou dressés
comme les cauris du devin
ils n’ont cure de ton destin

sur le rivage où la marée
poursuit son œuvre de beauté
ils livrent le don de leur fin

23 septembre 2003

Tu es tout autre, tout autre est toi. Mais quelle est ici la valeur du verbe être ? Comment comprendre que nous avons en toi « la vie, le mouvement et l’être » ? Quelle est la part de vérité du panthéisme ou de l’advaïta vedantine ?

L’interview, comme l’interrogatoire, interdit le dialogue, interdit l’autre comme autre.

Vivre sans distraction, c’est vivre en ta présence ; et vivre en ta présence, c’est vivre pour les autres.

sur le rameau
en équilibre il est posé

ses pattes serrent
le flexible en l’instantané

toute la terre
l’attire et ses ailes sont faites

à la mesure
de tout son poids et de la tête

que l’univers
à chacun pour les autres assure

sur le rameau

24 septembre 2003

Il n’est pas de détail dont nous ne puissions nous entretenir. Si tu ne t’intéressais qu’au surnaturel, tu ne serais qu’un dieu. L’infini, pour parler en images, pénètre le fini de part en part et le déborde de toutes parts.

quand la lune ouvre mensongère
sa parenthèse si légère
qu’elle annonce l’effacement

dans le ciel pur sans écriture
ses ailes proposent fidèles
une accolade matinale

heure après heure auprès des ides
il écrira jusques au soir
l’éphéméride de l’espoir

L’éducation de l’imagination vise à maîtriser l’équilibre du diurne et du nocturne, où se devine l’attache de toute chose à toute chose.
La pensée diurne cloisonnante, c’est aussi le cloisonnement de l’agir, du sentir, du juger. C’est la conscience éclatée qui en voyant le dénuement des uns ne pense pas aussitôt au luxe de l’habitat, du vêtement et de la table des autres, aux animaux de compagnie somptueusement toilettés et gâtés, aux croisières princières…

La conscience de conscience, l’aperception, c’est le vieux retour au cœur.

On ne peut avoir la certitude de l’infinie dilection sans le dire puisque la dilection concerne tout autre ; pas plus qu’on ne peut chercher à l’imposer puisqu’elle est libre par essence.

Un poète dispose des langages poétiques de toutes celles et ceux qui l’ont précédé.

25 septembre 2003

la rumeur de la mer
la rumeur de la ville
se font écho

leur indistinct
mêle les multitudes
se pourrait-il

qu’en leur concert
l’autre vienne où s’élude
l’instinct des grandes eaux

Faut-il pousser le rite jusqu’en ses derniers retranchements ? Ne plus même dire au revoir, sachant que tous en toi sont présents ? Non, bien sûr ; au nom de l’autre, il faut respecter le cheminement des autres (sans condescendance aucune puisque le nôtre aussi nous est donné, et que d’ailleurs nous n’avons pas choisi notre âge).

L’œcuménisme devrait pouvoir araser les doctrines par l’attitude du cœur.

26 septembre 2003

Israël sera-t-il sauvé par le petit reste de ses soldats qui refusent de plier le genou devant le Baal de l’injuste violence ?

Ceux qui accusent les porteuses de voile de prosélytisme à l’école pourraient aussi accuser les porteurs de marques de publicité à l’école. Mais qui oserait s’en prendre au grand dieu libéral de l’argent ?

Les éditeurs sont les gardiens occultes des courants de pensée, des censures, du philosophiquement correct ; ils écartent les manuscrits non conformes aux goûts du jour.

fumées
disparitions légères
à l’heure amère
de la brûlure
censées
dissolutions de l’air
quitter la terre
de nos figures

vous êtes
avant de vous enfuir
de nos désirs
leurs chablis secs
vous faites
an vent de l’avenir
le beau sentir
de nos brûlis

sans plus
de temps qu’il ne le faut
pour perdre en haut
votre substance
ni plus
de bruit que ne le vaut
au vieux brûlot
son dernier sens

Les sonorités poétiques orientent les mots vers des intuitions cachées dans l’ombre de l’âme.

27 septembre 2003

Les inspirés réagissent au monde selon la conscience affinée que leur donne ta dilection. N’est-ce pas ce que pensait Blake en faisant parler Isaïe : « Je n’ai pas vu ni entendu de Dieu…Mais mes sens ont découvert l’infini en toute chose, et j’ai acquis la conviction…que la voix de l’honnête indignation est la voix de Dieu » (Le Mariage du ciel et de l’enfer, planche 12).

Existe-t-il une conscience réfléchie qui ne soit pas aussi une conscience morale ?

La conscience politique d’un dirigeant oppresseur est-elle une conscience crépusculaire ou bien veut-il réaliser ce que sa conscience lui reproche ? Certains ont défendu la thèse de la sincérité de Staline, d’Hitler, de Pol Pot…Et les dirigeants largement acceptés par la communauté internationale et qui pourtant oppriment, exploitent, appauvrissent ? Sont-ils victimes de leurs illusions ? Sont-ils de bonne foi lorsqu’ils se considèrent ou se disent dans le camp du bien ?
En toute hypothèse il faut inviter à une conscience toujours plus étendue et plus intense. C’est un des buts essentiels de l’éducation.

le fruit qu’on pose
pour le regard
les lèvres closes
garde son art

à peine détaché de l’arbre
où il a conçu sa rondeur
et raffiné son élégance
aux nuances de ses couleurs

encore attentif à l’espace
qui lui énonçait sa hauteur
au temps qui précieux lui gardait
la souvenance de sa fleur

tout abouti il se prolonge
où se nourrit l’âme du songe

pour le regard le fruit qu’on pose
garde son art les lèvres closes

Si la matière est animée de rythmes, peut-être de dire les choses en rythmes nous conduit-il à son âme.

En ta présence il n’y a que bienveillance pour tous. N’est-ce pas le cœur de la conscience morale ?

28 septembre 2003

L’infini n’est pas lui ni elle, mais toi. Tu es l’immédiat. Tu ne serais pourtant pas toi si tu imposais ta présence, si tu forçais ton autre à te reconnaître son autre.

Le dieu-verbe garde bien des adorateurs parmi les gens qui se targuent de penser, et c’est lui qui pense pour eux.
pomme soleil à peau de feu
orbe du levant du couchant
arrêtée dans ton rythme lent
sur la table pose tes yeux

éclaire les gris de l’automne
de tes belles vivacités
réchauffe notre chambre atone
des embrasements de l’été

veille sur les nuits de nos rêves
pour y faire mûrir d’autres fruits
saisit le peu de ce qui luit
pour en entretenir nos sèves

l’hiver où le temps se transcende
dans le souvenir de ses graines
s’illuminera de l’amande
où tu régneras souveraine

Tu donnes à qui te cherche plus grande conscience.

La conscience réfléchie doit permettre d’éclairer toute activité humaine de la lumière de l’infinie dilection.

La transcendance, ça sert à transcender : les idées de son époque et de quelques autres. Ca sert à démonter les doctrines, credos, dogmes de toute religion et philosophie, à échapper à la dialectique du maître et du disciple, à éluder les artifices du langage, à percer à jour les rites qui continuent en secret de mener les sociétés les plus officiellement rationnelles, à interpréter avec justesse le cheminement du monde.

N’accepte de répondre qu’aux questions des gens qui sont prêts à répondre aux tiennes. Non à l’interview, oui au dialogue.

29 septembre 2003

Tu es offert aux consciences depuis leur éveil dans la longue préhistoire.

Ceux, celles qui marchent main dans la main de l’ami, de l’amie sont prêts à s’arrêter et à reprendre la marche au premier souhait de l’autre.

Nous avons la charge spirituelle de tous ceux que nous avons côtoyés depuis l’enfance. La mémoire et ta présence nous en donnent la force et l’intelligence.

Qui a peur de l’obscur est mal armé pour l’interprétation, car il préfère d’instinct le clair au vrai. La capacité négative de Keats donne à l’herméneute le sens du peut-être.

Ces poèmes jour après jour méritent-ils leur nom ? Qui marche en ta présence peut douter de lui-même sans effroi, car il fait fond sur toi.

Et si le secret dernier de la matière était l’information ?

L’illusion d’être un peuple élu, un peuple à part, mène à l’alternative et à l’alternance de l’oppresseur et de l’opprimé. Presque tous les peuples y succombent, mais à des degrés plus ou moins tragiques.
La présence de l’infini au cœur, sa simple idée même, lorsqu’elle est prise en compte, dissout toutes les illusions.

cette énergie sur la table
ce doit être une araignée
ces courses et ces arrêts
brusques

est-ce un grain pour l’œil avide
ce minuscule bolide
de presque indéfinissable
forme

s’enfermant l’une les autres
des millions de créatures
organisées miniatures
vivent

vont et viennent en ensemble
articulé où la norme
du vide en ses ondes forme
l’âme

l’image de l’adorable
que se donne l’œil rené
nous livre de l’araignée
l’être

30 septembre 2003

Tu te fais tout à tous. Ce n’est pas de la comédie, mais cette dilection dont tu partages le secret avec celles et ceux qui t’accueillent.

dites la courbe et la vitesse
Hermès et Aphrodite

dites l’élan et la douceur
sœur et frère en leur course

dites l’espace et ses possibles
où mille cibles s’effaçant

vite cèdent la place
à ta danse

Beuveries, fumeries et rave parties progressent lorsque la religion régresse. Mais la religion n’est pas qu’un art d’étourdir son mal de vivre ; c’est aussi un art de trouver la porte de l’infini qui seul nous comble.

La tentation du suicide est une des chances de découvrir l’infini. Bien peu la saisissent.

1er octobre 2003

tu marches dans les pas de la pluie
tu respires en son souffle

ah tu retiens ton souffle et la pluie cesse
ah ton silence approche mon silence

et mon silence ta présence

reste

La justice qui ne répond pas brutalement à la brutalité l’encourage-t-elle ?. La justice qui ne lui répond pas doucement la décourage-t-elle ?.Une bonne justice allie le droit et l’inspiration ; le bon sens et l’expérience ne suffisent pas à moduler le droit.

Tu acceptes si bien les images que nous nous faisons de toi que tu apparais comme un miroir où nous faisons de toi le meilleur de nous-mêmes. Pourtant, le meilleur de nous-mêmes c’est bien toi ; plus nous y sommes fidèles, plus ton image est vraie dans le miroir.

Pourquoi perdrais-je mon temps et ma pensée à suivre des gens qui en ont tant fait perdre à des générations en les invitant à leur emboîter le pas ? Un penseur n’est utile que s’il nous invite et apprend à penser, ne serait-ce qu’en nous proposant des erreurs évidentes ou en stimulant notre doute.

Le feu de l’action demande beaucoup d’inconscience ; il faut s’y préparer dans le silence de la conscience intense, avec l’espoir qu’un jour ils se mêlent.

2 octobre 2003

Pas un recoin de l’existence qui ne puisse s’intéresser à la lumière de l’infini dans l’intérêt qu’il lui porte.

Les passives passions appartiennent au cheminement de la liberté première en ses illusions. La liberté dernière leur offre le relais de l’inspiration.

L’art le plus subtil d’induire en erreur est l’art de mal poser les questions.

L’existence de ce qui est en dehors de l’univers ne dépend pas plus de notre connaissance que celle de ce qui est dedans. Est-il vraiment raisonnable de penser que ce que nous ne connaissons pas n’existe pas, qu’il n’existe « par définition » que notre univers, qu’ « être, c’est être perçu » ?
en son fouillis tendre
la haie cache cache
les oiseaux les nids

derrière son écran
les prés et les champs
qui veulent s’étendre

cherchant ses secrets
en nos promenades
nous irons marcher

le long de ses cribles
et nous arrêter
guettant la chamade
au cœur des possibles

3 octobre 2003

Existe-t-il des atmosphères psychiques, des climats qui respirent et inspirent la violence, l’amour, l’hostilité, la douceur ? Le violent rayonne la violence, le matérialiste la matérialité, le spirituel la spiritualité.

L’immatérialité de l’esprit est-elle une évidence ? Qu’est-ce que l’immatérialité que le langage nous présente comme une absence ? Qu’est-ce qu’une évidence ?

L’humain premier, celui en qui nous naissons, a besoin de dieux et de déesses. Il continue de s’en fabriquer : joueurs, danseurs, orateurs politiques, religieux, intellectuels…

Te reconnaître comme ami, et non plus comme seigneur, c’est sortir du mythe. Celles et ceux pour qui les mythes dont devenus d’inconsistantes ombres et de nocives illusions se détournent des rites. Celles et ceux qui pratiquent encore sincèrement les rites de leur société croient encore aux mythes, qu’ils en aient conscience ou non.

Pour qui vit avec toi en ami, la hiérarchie sociale s’effondre (tant pis pour le Calife, tant pis pour Iznogoud).

Tant de spectacles quotidiens de la nature m’éblouissent par l’intelligence et la beauté qui s’y manifestent. Je ne manie pas la brosse pour les dire, et la plume si mal. Mais le cœur exulte.

elle tournait immobile au centre du jardin
nous ne le savions pas
son ombre était épaisse

car l’été l’étouffait de clématites mauves
et de petites roses que nous ne cueillions pas

c’était une cachette
une parmi tant d’autres
un lieu de pur silence dans l’écoute et l’attente

de la lourde bâtisse jusqu’au plus haut recoin
du dernier framboisier au sureau souverain
des cordes se tendaient invisibles en son cœur

nous ne le savions pas
son ombre était épaisse

Les jardins d’enfance gardent des cadeaux qui attendent parfois longtemps d’être ouverts.

4 octobre 2003

Comment un philosophe pourrait-il demeurer sensible aux honneurs, rosettes, palmes, titres, décorations et autres hochets lorsqu’il découvre l’être ? Comment pourrait-il encore revêtir l’habit mythique du maître alors qu’il annonce la fin des mythes ?

elle échelonnait ses pensées
le long de l’allée comme un rêve
qui montait jusqu’à la limite

à l’ombre des buissons complices
elle soignait ses balsamines
dans les massifs enclos de buis

au carrefour de la pelouse
éblouissante intensité
elle resplendissait de sauges

5 octobre 2003

Comme toute valeur, action et réflexion, l’esthétique s’appuie, consciemment ou non, sur une métaphysique, une certaine notion de l’être. La métaphysique de l’infini donne une esthétique de perpétuelle mise au jour de l’inépuisable beauté dont elle réalise toujours et toujours de nouveaux possibles. Et il ne s’agit pas d’un développement linéaire, mais superficiel ou, mieux encore, volumique, dans lequel le passé n’est pas plus valorisé ou dévalorisé que l’avenir. Si l’autre du nouveau l’emporte sur le même de l’ancien, l’ancien oublié et rappelé redevient l’autre, comme l’ancien le présent des autres cultures.

L’être est un, et rien n’est renié sans affront à l’être, ni sans dommage.

Notre image et notion d’un paradis est l’expression de notre situation en notre cheminement. Elle devrait évoluer avec lui. Les religions qui enseignent un paradis ne devraient pas en fixer l’image. Du moins ont-elles la ressource de la métaphore, faisant comprendre à celles et ceux qui avancent que toute image, de jardin, de festin ou autre, est à transmuer puis à ignorer.

La motivation profonde de nos actes est toujours liée à une position éthique, car tout acte est intéressé, tant qu’il n’est pas mû par cette altérité que la tradition chrétienne appelle grâce. Dans la perspective de l’infini, la rupture qui établit la liberté dernière et l’humain abouti est, pour le christianisme, celle du passage de la nature à la grâce, c’est-à-dire de l’intérêt au désintéressement, du moi au je, du soi à l’autre-pour-l’autre.

elle était en avril la grâce souveraine
on croyait la sentir dès l’aube de la grille
ou même de la rue

diffuse aux pas tranquilles sur le réseau carré
des rigides allées qui tracent l’habitude
et la géométrie

elle nous faisait part des senteurs incertaines
dont l’air en ses volumes ignore les sillages
et les douces volutes

6 octobre 2003

immense intime
marchons main dans la main
car ta main est la mienne
et en ton ineffable grâce
ma main est tienne
immense intime de mes larmes
immense intime

L’intuition de l’infini donne à penser la création artistique en termes de révélation, d’actualisation d’un possible, non d’un passage du néant à l’être comme le laisse supposer le discours d’un certain nombre de « créateurs » (pour dire les choses plaisamment, le néant ça n’existe pas).
L’infini englobe le temps. L’énergie « créatrice » qui se déploie dans le temps ne fait pas sortir les êtres finis du néant mais d’elle-même, de ce qui en elle demeurait en puissance, et qui s’établit en acte pour un temps.
L’intuition de l’infini comme dilection prolonge cette vision des êtres finis dans le temps en donnant à penser que le fini abouti en conscience libre est invité à rejoindre l’infini, non pour s’y dissoudre et perdre en ses énergies, mais pour y vivre, pour vivre en lui cette altérité de dilection.

La première condition du penser, c’est de se libérer de toute pensée irréfléchie.

7 octobre 2003

en haute rectitude et frêle plénitude
les deux bouleaux veillaient
et de les voir nous suffisait
pour nous sentir près d’elle près de lui

elle avait dans sa grâce la force qui s’efface
et sa légèreté
aux souffles de la liberté
nous conduisait avec lui auprès d’elle

il tenait la droiture de sa haute stature
et sa fidélité
à l’ombre expliquant la clarté
nous conduisait avec elle près de lui

en frêle rectitude et haute plénitude
les deux bouleaux veillaient
et de les voir nous suffisait
pour les sentir en nous l’un à l’autre mêlés

On ne cherche pas à convaincre lorsqu’on marche avec toi ; on ne désire pour les autres que la liberté dernière de la dilection.
La nécessité de la dilection, c’est son souci de l’autre ; c’est sa fidélité à son être, c’est sa liberté. L’être fini n’accède à cet apanage de l’infini que par la participation que l’infini lui offre.

Une nation peut-elle être considérée comme civilisée lorsqu’elle cherche encore à conquérir les autres ?

La liberté première est réelle en ce qu’elle donne à l’être fini de se déployer conformément à sa finitude, mais il la reconnaît illusoire lorsqu’il accède à la dilection, où se déploie en l’infini sa liberté dernière.

8 octobre 2003

l’effluve lisse du tabac au miel
le poursuivait sur les allées
à pas lents
car la rose était là et tant d’autres senteurs
secrètes aux massifs
qu’il hésitait

et retournait
poser la pipe qui n’était que lui quand tant d’autres
discrètes faisaient signe
en sœurs à son cœur attentif

et aujourd’hui précises proposaient
près des ruches accroupie
la tiède odeur du propolis
et du miel

Toute connaissance scientifique est-elle possessive et conquérante, animée par une volonté de soumettre le monde ? La curiosité scientifique est d’abord de l’ordre du moi ; chez celles et ceux qu’habite la dilection, elle accède à l’ordre du je et du tu.

Avec le Samaritain et la Samaritaine (Luc X, Jean IV), Jésus rend caduque la vision d’un peuple élu (Les Juifs et les Samaritains se détestaient).

La puissance militaire d’une nation s’apprécie en relation avec ses intentions économiques et politiques autant qu’avec la simple puissance militaire des autres nations. Une puissance militaire disproportionnée à celle des autres trahit une volonté d’invasion économique et de domination politique (le politique et l’économique, et d’ailleurs aussi le culturel, étant indissociables). Voilà ce que suggère une vision totaliste du monde, une perspective unifiée dans le regard de l’infini.

9 octobre 2003

Tous les chemins de la vérité mènent à la vérité, à condition de ne pas s’arrêter en chemin (cela va sans dire, mais mieux vaut le dire).

Abomination de L’Apocalypse couronnant la brutalité de la Parole de Dieu, frappant les nations et les menant avec une verge de fer au nom de la violence et de la fureur du Dieu Tout-puissant (chapitre XIX). Comment ce Roi des Rois et Seigneur des Seigneurs serait-il le Yeshoua qui lava les pieds de ses disciples ? Ne s’est-il abaissé jusqu’à la mort de la croix que pour être élevé au-dessus de tout nom (Philippiens, II, 5-11), par calcul intéressé ? Ce n’est là que le triomphe de l’imaginaire ouranien sur l’imaginaire chthonien (et la victoire du Calife sur Iznogoud).
Les chrétiens ne parlent plus guère de L’Apocalypse, mais ils la gardent au frigidaire du canon des livres sacrés.

N’as-tu donc d’autre visage que l’autre ? Le visage qui ne possède ni n’appartient ?

Laïcité est un mot assez ambigu pour que l’on cherche à préciser au cas par cas ce qu’il dénote et ce qu’il connote.

pour le vol moelleux
d’un corbeau furtif et fourbe
fourbe dites-vous
mais qu’en savez-vous

il dit l’air souple indéchirable
de ses ailes qu’il appuie
modèle et module
inépuisable

il fait sentir le désirable
du beau qui toujours s’enfuit
dérègle et régule
inévitable

il donne à rêver l’admirable
d’un vol de l’indéfini
que mêle et qu’émule
l’indéchiffrable

pour le vol moelleux
de l’espace vif et courbe
courbe dites-vous
mais qu’en savez-vous

10 octobre 2003

La bi-nationalité des personnes est-elle plus opérante que le jumelage des villes pour rassembler les peuples ? Les bi-nationaux devraient être les champions de l’unité des nations, d’une mondialisation pluraliste en infusant le dynamisme de leur expérience aux mouvements de jumelage.

Il arrive, après trente ans de vie commune, que l’on se retrouve amoureux l’un de l’autre. Ce peut être une progression comme ce peut être une régression ; la dilection en décide.

elle navigue dans l’étang
se suspend
laisse l’eau dire sa substance
en transparence

elle évolue à sa manière
tout entière
donne au regard de soupeser
la densité

elle raconte son histoire
dit de voir
le long passé de son effort
face à la mort

elle s’accorde à ses nuances
en leurs chances
et les lignes de l’harmonie
chantent sa vie

On ne peut vivre pour son art et vivre pour son argent. Un artiste met l’argent au service de l’art, un béotien met l’art au service de l’argent.
L’art et le cœur peuvent-ils se passer d’intermittences, de risques et de précarités ? Trop de permanence, de sécurité et de certitude les condamnent à l’atonie et à la stérilité. Mais à chacun de décider en conscience inspirée ce qui est trop ou pas assez.

11 octobre 2003

L’action de grâce où l’on vit est le simple remerciement permanent de l’être conscient de ce qui lui arrive, le chant que nous lançons pour la vie, le mouvement et l’être que nous savons avoir en toi, nous, le réel.
Prendre conscience des réseaux de hasards où se tisse notre vie devrait nous inviter à nous demander si le hasard ne peut pas devenir notre chance, s’il n’est pas le signe d’une indétermination de ce que nous appelons la matière et du pouvoir que ce que nous appelons l’esprit a sur elle dans les limites des lois qui la gouvernent. La prière de demande « pour que tout se passe bien » n’a pas de raison d’être s’il n’en est pas ainsi. Mais de le reconnaître ou de le méconnaître fait partie de la liberté que tu accordes à l’être conscient afin qu’il accède au je et au tu de la dilection.

Le mythe commande encore trop la vie de nos sociétés pour que nous le négligions. Celles et ceux qui y échappent doivent composer avec lui s’ils veulent agir sur elles, mais ils doivent aussi s’en distancier et le montrer. Et qui peut, sinon toi, les guider selon les circonstances en ce jeu raffiné ?
Les prix (littéraires ou autres), sont des consécrations et héroïsations qui peuvent servir à la marche vers la dilection.

Le foulard des musulmanes : vérité au-deçà du Rhin, erreur au-delà ? Permis ici, interdit là.

Lorsque l’amour premier s’effrite et s’effondre, la dilection s’invite et s’invente (faut-il vraiment céder aux enfantillages des paronomases pour parler d’une chose aussi noble ?)

les yeux perdus elle tournait
l’anneau d’or à son doigt
les jours anciens se rappelaient
nimbés d’airs et de joies

les mèches grises où s’apaisait
le feu de sa fierté
faisaient un nuage où passait
l’automne en liberté

l’anneau d’or que tournaient les doigts
de sa main libérée
conférait à ses yeux le droit
de son éternité

La continuité de la nature à la surnature est de l’ordre du relais, comme est celle de la mémoire à l’espoir. Les messianismes de rupture mènent aux apocalypses.

12 octobre 2003

Une imagination équilibrée ne peut accepter le patriarcat (ni le matriarcat bien évidemment). Les valeurs patriarcales sont celles d’un imaginaire ouranien qui exalte la lumière, la hauteur, le glaive, le phallus caché…aux dépens d’un imaginaire chthonien qui exulte dans l’ombre, la profondeur, la coupe, le secret utérus…

La spiritualité de la matière expliquerait bien des choses, en l’homme, mais aussi en l’animal, en la plante et jusque dans les énergies élémentaires qui façonnent l’univers.

Le nouvel antisémitisme n’est pas un racisme ; il naît d’une confusion entre l’agression israélienne et le judaïsme. Mais cette confusion se nourrit de l’appui inconditionnel à cette agression par une large majorité des juifs de la « diaspora », qui n’y voient qu’une autodéfense apeurée.

L’autre psychologique, c’est parfois celui de notre culpabilité face à une innocence imaginaire. L’autre spirituel, c’est toi l’infini auquel tu nous invites à participer. Cet autre-là n’a pas de nom, et on ne peut agir et penser en son nom ; mais il nous donne de vivre le je et le tu de l’universelle dilection.
Peut-être bien, hélas, que le judaïsme, et les autres monothéismes, et, qui sait, toutes les religions, refusent l’autre spirituel en leur identité.

fous rires de fruits sous le chêne
leur chute sème
mille espoirs de poèmes

ils brillent dans le demi-jour
comme l’amour
attendant son séjour

cette terre tiède et profonde
auprès des ondes
où leurs noms durs s’estompent

le gland qui tombe et va revivre
aux mots du rire
en sa pourriture se livre

13 octobre 2003

On peut bien tenter de dédouaner l’islam de ses excès patriarcaux en les mettant au compte des sociétés où il prévaut, mais l’islam est patriarcal en ses origines et en son livre, comme le judaïsme et le christianisme. Allah, comme l’Eternel et le Seigneur, est un dieu mâle omnipotent qui habite les hauteurs et qui, comme tel, trouve son ennemie naturelle en la profondeur des régions inférieures.
Le serpent des religions chthoniennes a été peu à peu vaincu par l’oiseau ouranien ; l’histoire des mythologies en témoigne.

L’école du voile ou l’école du string. Les excès se constituent en pôles affrontés. Le débridement sexuel et la répression de la sexualité s’appellent. Ni string, ni voile ; « ni putes, ni soumises ».

L’autre n’a pas de nom, car le nom possède et appartient. Nommer les autres c’est les assimiler, les rendre mêmes à soi-même, les intégrer au moi.
« Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Pour Jésus le prochain est bien l’autre, le Samaritain avec qui on n’a rien à voir, celui qui n’est pas des nôtres, qui n’est pas nôtre. Alors l’amour de moi-même doit être l’amour de tu, de l’autre en moi. Tu t’aimeras toi-même comme ton prochain, tu deviendras je (« qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende »).

elle t’appelle quotidienne
au ciel pur ou voilé
regarde-la qu’elle soit tienne
dame de tes pensées

qu’elle soit fine qu’elle soit pleine
dans l’ombre ou la clarté
elle s’éloigne et te ramène
à la fécondité

son nom en celui du soleil
mêle l’argent à l’or
tisse les phrases où s’émerveille
le discours en l’essor

des mille livres du conseil
gagnés perdus trésor
où ce qui s’endort veille
et ce qui entre sort

Si le poème joue du symbole, il ne pense pas. Mais il « donne à penser ».

14 octobre 2003

« La prière du juste a beaucoup de puissance ». Dommage de dire les choses en un langage aussi ouranien ; mais tel le veut la cohérence dans une religion du Dieu Tout-puissant, du monarque dont les courtisans cherchent à avoir l’oreille.
Si l’on trouve incohérentes les images que l’Evangile nous donne de Yeshoua, on est amené à décider qu’il renferme de l’inauthentique et à l’écarter. Le critère de choix est déterminé par l’idée que nous nous faisons de Dieu, celle qui nous a été inculquée ou celle que nous nous sommes donnée. Une métaphysique de l’infini-dilection et de la non-dualité tentera d’organiser l’image de Yeshoua autour de paroles telles que « le Père et moi, nous sommes un » et « qui m’a vu a vu le Père. »

Si Moïse parlait avec toi en ami (Exode XXXIII, 11), Yeshoua aussi sans doute. Les images de ces deux hommes, ce qu’on les imagine être, sont de même nature sinon de même intensité, représentant le même idéal de l’humain.

la charmille était un chemin
qui menait par ses ombres
lentement vers la haute haie
où nous chuchotions nos secrets

elle nous conviait au passage
de l’un à l’autre sens
mais sa voûte nous regardait
et doucement nous arrêtait

et son silence et ses soupirs
dans les souffles épars
en alternance nous disait
la marche et la sérénité

et à monter comme à descendre
au plus près au plus loin
nous sentions son étroit sentier
ouvert à toute liberté

15 octobre 2003

La profondeur de ton silence où mon silence plonge à la recherche de ton intimité est la figure de ton immensité.

Amour, mot de la continuité du désir à la dilection ; mais il y a de l’un à l’autre la rupture du passage du fini à l’infini, du même à l’autre.

Un peuple qui craint pour son identité redoute le métissage. Un peuple n’accepte le métissage que s’il pense s’en enrichir.
L’identité des peuples serait-elle une valeur du passé ? Une identité de l’individu fondée sur l’infini-dilection promeut la diversité des identités des peuples et leur concertation. Son enracinement le garde de toute crainte.
Vivre de l’infini-dilection soutient le pluralisme des religions comme il blâme leur volonté d’hégémonie. La seule unicité qui fédère librement est celle de l’infini.

elle écoutait là-bas l’appel
d’un merle auquel
un autre au buisson répondait

de l’autre encore pour elle
dans la ruelle
où l’espace à l’air annonçait

la mesure de son domaine
et de la plaine
qui toujours plus loin s’étendait

quand elle disait que sa peine
à perdre haleine
d’appel en appel relançait

à la joie toute joie nouvelle
pareille à celle
des merles par-dessus les haies

Chercher la vérité de l’être, c’est rechercher la cohérence des êtres dans la concertation de tous les savoirs. La non-contradiction y préside.

l’horizon noir tend cette mangue
l’élève ici à son heure précise
une fois dans l’année
mais peux-tu dire si cette langue
de nuage à l’âme indécise
reviendra pour te la donner

cueille l’instant de la louange
ici en cette unique certitude
car la beauté précieuse
se savoure en son goût étrange
sur l’horizon de solitude
où l’espoir la fait radieuse

16 octobre 2003

Meurtre rituel a Oshogbo, lapidation à Kano. Comme les déesses, les dieux sont sanguinaires. Le sang quotidien versé par l’Inca, le sang quotidien sucé par le Capital. Le rationaliste peut bien récuser la métaphore, elle continue de « donner à penser ».

Le je ne cherche pas à laisser trace, il ne s’afflige pas de n’en pas laisser. Il cherche l’autre pour l’autre.

17 octobre 2003

La charia qui ordonne la lapidation de l’apostat n’est-elle pas en contradiction avec cette phrase du Coran si souvent entendue, « pas de contrainte en religion » ? Verset abrogeant, verset abrogé ; il faut choisir.

Le triomphe actuel du sexe dans notre société occidentale appelle sa défaite de demain. Ainsi va la sinusoïde de l’histoire. Celles et ceux qui marchent avec l’infini font du sexe un ami, non un maître ou un esclave.

Les mots peuvent faire comprendre les choses, ce sont elles qui leur donnent sens.

Le fini ne contredit pas l’infini, il en participe.

Si le je trace les figures de la beauté et du sens, il sait qu’elles ne sont pas siennes et n’en a cure ; il exulte en l’infini de les voir apparaître.

le soleil à la rose allume la lumière
les unes les autres se disent
et l’invisible donne à voir
l’exultante beauté du non-autre en tout autre

La rose et la lumière disent le soleil ; la rose et le soleil disent la lumière ; le soleil et la lumière disent la rose. Les étants concertent en leur participation à l’être.

18 octobre 2003

Pour le je, se dire il, c’est affirmer qu’il n’est pas moi, que je ne suis pas moi.

La présence de ta dilection dans notre motivation n’est pas plus détectable que celle de ta providence dans le hasard.

Le silence d’attente en ta présence se trouve bien de l’immobilité, des yeux clos et du maintien hiératique. On peut le soupçonner en évoquant l’image de tes amis ; il faut en faire soi-même l’expérience pour s’en assurer.

Il faut tenter de regarder tout humain de ton regard de dilection, vouloir pour lui le destin de la dilection, agir avec lui en dilection. Cela est vrai en toute profession de service : éducation, médecine, barreau…Cela est vrai de toute rencontre.

de l’angle droit que fait la haute allée
avec la longue et la plus éloignée
elle embrassait immobile le plein
de cet espace que l’on croyait sien

entre les haies était sa solitude
la paix fugace que la terre exsude
un souffle dans les frênes tutélaires
lui signifiait sa présence au désert

sur le silex le mur de craie
à hauteur de ses yeux montait
et sur la craie le mur de brique
rehaussait sa fierté antique

cependant elle se voyait
en l’ordinaire le plus distrait
de la demeure domestique
occupée aux tâches pratiques

l’immobilité pure en cet espace
la conviait à rechercher la face
cachée de cette lune dont le deuil
se mêle aux fins des saisons qui s’effeuillent

aux demeures secrètes où elle efface
son ombre même sans que jamais ne passe
plus que son nom murmuré sur le seuil
en haleine tenu quand l’âme se recueille

19 octobre 2003

Judaïsme, christianisme, hindouisme, islam, bouddhisme, chamanisme, animisme…ne peuvent s’apprécier que de leur propre point de vue. C’est le lot de toute doctrine et de tout système.
L’infini inclut tous les points de vue, non pour les dominer ou pour les englober, mais pour y participer et communier dans leur marche vers lui.

Les religions sont bonnes à la mesure de leur participation au bien, leurs adeptes à la mesure de leur fidélité à cette participation, invités qu’ils sont à le faire jusqu’à s’affranchir des limites inhérentes à leur religion et à reconnaître le bien en toutes et tous.

La fidélité à la conscience conduit à l’affinement de la conscience ; dans la religion comme dans l’athéisme, elle participe de la dilection et la découvre en se découvrant. La conscience est amenée à reconnaître son impuissance à aimer l’autre pour lui-même plutôt que pour soi à mesure qu’elle y reconnaît son bien suprême.

un peuplier dans le vent d’est
cambre la taille hausse le ton
de son frissonnement et peste
de se dépouiller pour de bon

mille feuilles éparses au bois
déroulent des tapis de soie
où leur douceur loin de nos sentes
accueille ton pas qui les hante

une brève flaque miroir
sur le long sentier qu’elle arrête
dans le sous-bois nous donne à voir
le ciel clair par-dessus nos têtes

20 octobre 2003

Chaque réveil est une reconquête de l’autre, la reprise en main du moi par le je dans le silence intime de l’infini-dilection.

Béatification, apothéose, panthéon ; la vieille mythologie des dieux et des héros est toujours en fonction. L’humanité a besoin d’exemples et de modèles religieux, politiques, artistiques, sportifs, qu’elle honore et qui l’honorent, où elle se reconnaît en ses aspirations.

L’euthanasie d’un pape (que dis-je, le clonage !) est-il pensable ? L’irrévérence n’est pas souhaitable pour une vision du monde où le mythe et le rite sont la voie ordinaire de l’autre. Et pourtant mythe et rite reculent, et celles et ceux qui n’en vivent plus ont bien droit à la voie nue d’un réel dépouillé de l’imaginaire (mais qu’est-ce que le réel ?).

Le mariage est du monde où l’on appartient et possède, où l’on est fidèle ou infidèle ; mais son « pour le meilleur et pour le pire » le conduit à l’altérité ; il lui faut se soumettre à la nouvelle naissance ou échouer.

L’argent est en passe de devenir le grand ordinateur de la planète et les nations ses opératrices.

Parcourir en mémoire les lieux où l’on a vécu, c’est peut-être aussi y rencontrer le salut de l’autre.

les groseilliers touffus qui empiétaient
sur le monde sans ombre des surfaces
donnaient en connivence avec la haie
des cachettes obscures en leurs masses

leurs feuillages amers enfouissaient
son visage penché
la terre grasse
quand il guettait les pas qui se disaient
plus proches sur les lignes où l’on passe
en marche quotidienne
en ses regards laissait
entrer l’humide et son vague mystère

le jeu de cache-cache du cœur battant
intronisait l’oreille solitaire
au royaume immobile de l’enfant

le jardin reconnu en ses repères
se figurait en lui seul pour un temps
livrait pour lui en l’enclos de sa mère
derrière les haies
provisoire
un néant

21 octobre 2003

Rencontrer l’autre, c’est l’envisager jusqu’en son destin d’éternité, son invitation par l’infini-dilection à partager l’altérité. Tout visage y convie. Ainsi se fonde la dignité humaine de chacun, remettant à leur place l’intelligence et la beauté, la naissance et la classe, la race et le peuple…Ceux et celles que nous connaissions selon la chair : mère et père, sœurs et frères, filles et fils, compagnes et compagnons d’enfance et de jeunesse, collègues, connaissances de rencontre…prennent leur visage dernier, adorable.

Toute prise de conscience, toute croissance de conscience sont des flammes joyeuses qui s’allument, jouent, exultent en l’infini-dilection..

lune ta griffe solitaire
au ciel de l’aube appelle
blanche dure
là-haut l’aventure
cruelle aux voies des airs

les branches élaguées
rassemblées
s’allument dansent

les fumées
qui plus haut plus loin tourbillonnent en transe
s’emmènent vers d’autres et d’autres équipées

mille fées
de la terre et de l’eau se dispersent
disparaissent

22 octobre 2003

Toute émotion peut devenir une invitation à se ressouvenir de ta présence.

« La puissance et la gloire, vous pouvez vous les mettre quelque part. Parole du Seigneur Tout-puissant » (car tu ne parles pas). Comment pouvez-vous dire que vous m’avez vu naître dans la misère d’une étable, vivre dans l’anonymat de l’artisan en un lieu sans prestige (« Que peut-il sortir de bon de Nazareth ? »), prêcher comme un vagabond au tout-venant, mourir ignominieusement, alors que vous soutenez que je suis le Seigneur Tout-puissant, de chanter « Gloire à Dieu au plus haut des cieux…Nous te louons pour ton immense gloire », affirmer que je reviendrai « dans la gloire » ? Pensez-vous que mon humilité était un truc, un stratagème, un cheval de Troie pour pouvoir régner sur vous ? Je voulais vous apprendre que je suis l’autre ordinaire. Vous n’avez rien compris.
(«Avec Jean-Paul II, le Saint Siège est redevenu une grande puissance internationale. » RCF).

Se croire peuple élu est une malédiction. Plus grande en est la conviction, pire en sont les conséquences.

Il y a des musulmanes au visage de madone à qui le voile sied, chez qui l’esthétique manifeste le spirituel. De quoi mettre les laïcards hors d’eux-mêmes : c’est le retour des bonnes sœurs.

23 octobre 2003

Si l’infini n’existait pas, il faudrait l’inventer. L’infini donne la clef de l’être (« pourquoi y a-t-il de l’être plutôt que pas ? ») ; il en est l’explication. Face au fini, il apparaît ensuite comme dilection si l’on pense que l’infini ne peut se donner de l’autre que pour l’autre, ayant en lui-même sa complétude. Enfin il devient le chiffre de l’organisation de l’être fini, de la marche de l’univers, du cheminement vers la conscience. En lui tout se met en place, le grand puzzle s’assemble.

« Si — n’existait pas, il faudrait l’inventer », formule plaisante et moteur de recherche intellectuelle. N’avez-vous pas entendu dire, entre autres : « si Freud n’existait pas, il faudrait l’inventer ».

La réponse à ce qui en nous se cabre face aux preuves de l’existence du Dieu monarque oppresseur et qui suspecte l’infini d’en être le masque, c’est que la conscience invente l’infini pour donner un sens à un monde qui sans lui n’en a pas.
Le choix décisif serait entre le postulat du sens et celui du non-sens.

Muraille de Chine, mur d’Hadrien, mur de Berlin, mur USA-Mexique, mur Israël-Palestine… L’imaginaire ouranien est sensible à leurs différences, l’imaginaire chthonien à leurs ressemblances. L’autre est le barbare, l’ennemi, l’envahisseur… Mais « Aime ton voisin et plante ta haie », « Good fences make good neighbours ». D’un autre à l’autre, le chemin est long, dit l’histoire.

frémissante la biche se remise en son sang
les rêves
franchissent ses paupières closes
osent
en sa chair retentir de terreurs de délices

détonations pas brutaux de chasseurs
occupent l’air

à l’orée se dorent en la lumière
au creux des champs sous les branches les glands

24 octobre 2003

Les mappemondes foisonnent de questions, d’interrogations, de mises en demeure. Les frontières des Etats, les noms de lieu. Ma terre est ma langue, ma langue est ma terre. L’autre premier, c’est celui qui vit derrière le mur frontière de ma langue, le barbare. L’autre dernier, c’est « le Samaritain qui était en voyage ».
Apprendre la langue de l’autre, c’est vouloir le comprendre ou le connaître, le comprendre pour la possession, le connaître pour la communion.

la lune au matin se dépouille de sa mue de lumière

l’horizon
du levant
exsude
son nom
dénude
en lumière
sa dernière
vision

l’horizon
du couchant
rédimera
son nom
écrira
en lumière
sa première
chanson

la lune au soir se revêt de sa peau de lumière

25 octobre 2003

les cartographes nous mettent face à nos responsabilités. Tous ces lieux sont des humains, notre prochain, l’autre, toi, je, l’étranger que l’on accueille parce qu’il est le meilleur de nous-même. Notre mappemonde est le rappel de notre cœur immense.

La cravate est aussi ostentatoire que le voile, c’est le drapeau de l’hégémonie occidentale. Un Africain, un Asiatique qui l’adopte plie le genou de la servitude, comme le fait celui qui adopte une autre langue parce qu’il la croit supérieure à la sienne. Si tu veux rester toi-même, porte le vêtement de ta culture, parle ta langue. Ne porte le vêtement de l’autre, ne parle la langue de l’autre que par amitié, sans t’asservir ni asservir. Le passage du moi au je ne peut se faire avec une conscience serve.

Les mille étoiles que l’on voit en évoquent mille autres, et ces mille autres chacune mille autres…L’indénombrable est la figure de notre tâche et de notre espérance. Chaque nuit nous invite à lever la tête pour en reprendre conscience et connaissance.

La pensée neuve défie l’esprit l’ouranien féru de classification et d’identification.

elle entendait les poules pondre
derrière l’épaisse vigne vierge
car le parc ne devait se voir
qu’en approchant la porte grise

le grillage faisait un monde
où les yeux s’abaissaient pour suivre
l’une ou l’autre bête
les pas
se dirigeaient vers les pondoirs

par la fenêtre ouverte aux bruits
la maison vide recueillait
le familier du quotidien
où se rassurait l’infini

26 octobre 2003

Nettoyer, c’est œuvrer à la beauté, c’est participer à la beauté qui partout cherche à se répandre et veut reprendre ce que lui volent les jeteurs de déchets.

On peut s’intéresser à un artiste en ne pensant qu’à son expression artistique, à moins de chercher à y découvrir le secret de son moi dernier. Un artiste est plus qu’un artiste ; c’est quelqu’un, un moi en quête de son je. S’il est artiste, il cherche aussi et peut-être surtout son je dans son art. Est-ce Proust qui parlait de son moi profond ?

Le meilleur politique est celui, celle qu’inspire la dilection. Sa caricature meurtrière est le théocrate, celui, celle qui prétend parler et agir au nom d’un dieu qui se croit investi d’une mission divine, chargé d’une croisade…

L’histoire de l’histoire est celle d’un continuel révisionnisme, disons d’un révisionnisme périodique.

comme elle avait vu son père
soigner gens bêtes et plantes
elle ne laissait aucune herbe
tenter folle d’envahir
les allées de son mystère

elle y marchait lentement
attentive à ses repères
sans même les soupçonner
car le rêve de beauté
la hantait comme un amant

elle voulait donner à voir
ce que l’ombre de la terre
dit aux forces du soleil
d’éveiller et de saisir
quand elle offre son savoir

avec les chemins de l’air
que les ailes lui courbaient
l’allée nette de désirs
délivrait pour son regard
tout ce que l’harmonie sert

27 octobre 2003

la voix s’étend rayonne
diffuse
l’air inspiré résonne
émeut
l’espace qui entonne
enchante
les couleurs de l’automne

L’homéopathie devrait bien nous apprendre quelques secrets de la matière.

Une victoire facile encourage l’insolence du conquérant à poursuivre ses conquêtes.

L’humilité grandit le moi, l’humiliation l’amenuise. Ainsi s’en vient le je.

28 Octobre 2003

La vie spirituelle est un effort, une tension, un désir, une soif. Elle vise l’inaccessible, elle attend un don. Les spiritualités chrétiennes connaissent ce paradoxe de la volonté et de la grâce, expression de la relation de l’infini et du fini devenant avec l’apparition des êtres conscients de leur être relation de tu à je, de tu au moi qu’il appelle à être je, de tu du non-autre tout-autre aux moi auxquels tu proposes d’être je. Existe-t-il une verbalisation adéquate de cette relation ? L’important est d’en vivre l’expérience, et puis de témoigner de son existence et de donner à ressentir son essence en montrant à chaque il, elle qu’il, elle est pour nous un, une tu.

L’écriture est la chance de la solitude, la solitude la chance du silence, le silence la chance de ta présence. Ta présence est la chance de l’écriture qui parle vrai de toi.

con ver sa tion
les violons à l’alto
au violoncelle se mêlent et tissent
une écharpe de soie
l’envoient danser sur cette scène
au cœur des bois

la clai ri ère
est un jeu de couleurs de lumières
et l’or du quatuor
en l’argent de nos ombres espère
trouver la permanence le sens
de son mystère

elle peut se taire
défaire les mains des archets et des touches
impalpable dans l’air
son souvenir ondoie se couche
se relève se hisse
mille autre fois

29 octobre 2003

La cohérence d’une pensée est au-delà des mots, et c’est au-delà des mots qu’il faut chercher à la reconstituer, si elle nous intéresse au point que nous nous sentions prêts à consentir à ce travail d’interprétation.

La pensée de Dante, de Montaigne, de Shakespeare, de Goethe…est tout entière présente dans la cohérence de leur œuvre. Ceux qui prétendent au cours des siècles y découvrir de nouvelles faces risquent de n’y voir que la leur. Shakespeare (ou d’autres) n’est pas « étonnamment moderne » selon la formule naïvement distinguée. Il est, en plus d’être lui-même, de son époque, et son époque s’inscrit dans la cohérence du développement de la pensée humaine.

Faucons et colombes d’Israël. Lesquels sont les vrais représentants du judaïsme ? Accepter cette question, c’est glisser dangereusement vers celle de la légitimité d’un Etat d’Israël. Est-ce une légitimité religieuse ou une légitimité culturelle ? La légitimité d’un dieu ou celle d’un peuple ? Si l’on croit à la cohérence de la vérité et que l’on cherche la vérité, on ne peut se boucher les oreilles à ces questions.

C’est « avoir de grands biens » (Luc XVIII, 23) que de tenir à ses dogmes, et l’on peut s’en aller tout triste si l’on voit que la vérité demande qu’on les abandonne pour la suivre.

mousse bulles d’arc-en-ciel
mille sphères s’agglomèrent
et la lumière
chuchote un de ses secrets
où chacune de révèle

et l’espace qui se serre
multiplie la face unique
à l’identique
mais chacun seul appartient
au lieu que le cœur occupe

interprète la limite
dans le secret de ton cœur
serrant le cœur
des bulles qui se reflètent
pour les yeux de l’arc-en-ciel

30 octobre 2003

La signature est un comprimé mythologique.

Nous sommes responsables de celles et ceux qui ont traversé notre vie, mais que pouvons-nous faire pour remédier à nos manquements et omissions ? Alors que l’infini-dilection est la grande certitude, la prière est un monde incertain. Nous n’en finissons pas, dans la lumière de l’altérité, de prendre conscience de notre vie, de nos relations avec les personnes et les choses depuis l’enfance. Si cette prise de conscience est vécue comme un don, elle se double du sentiment que nous est aussi donné de rédimer le passé, de le transmuer dans la dilection, de faire notre paix avec l’univers, d’y trouver notre place dernière.
visage d’enfant endormi
la mère qui s’incline
sur ta présence
cherche le sens
où déjà se dessine
ton libre destin à demi

visage d’enfant harmonie
classique régulière
nul trait encore
ne donne à l’or
la musique dernière
où dissone la courbe infinie

visage d’enfant ce que lit
de l’éternelle face
l’éternité
en la clarté
diffuse dans l’espace
te donne mille inaccomplis

31 octobre 2003

Tu nous traites en ami et tu nous invites à te traiter en ami, mais tu restes l’immense inconnu toujours à découvrir. Si même un jour la matière et l’esprit n’ont plus de secrets pour l’humanité, il lui restera la tâche infinie de te connaître.

Avoir conscience de la matière, c’est vivre dans l’émerveillement. Sommes-nous donc tellement abrutis d’habitude que nous ne puissions voir le formidable déploiement d’intelligence qu’elle nous présente ? Pour les yeux dessillés le spectacle du monde est un enchantement, et pour les lèvres un chant.

Le concept d’eccéité reconnaît à chaque existant sa place unique dans l’univers.

déroule ta longue fresque de pierraille et de feuilles mortes
l’œil enivré de gris de bruns de jaunes d’ocres
s’arrête en instants fascinés découvre d’autres et d’autres portes
et serrures à secrets fermées au cœur médiocre

journée du patrimoine que l’automne ouvre salle après salle
aux éblouissements où tombe la vie verte
lorsqu’elle se retire et traverse le cadre de ses toiles
pour l’émerveillement en notre mort déserte

Sorcières d’Halloween, prêtresses déchues de la mort réconciliée, retournez à la vie de la forêt.

1er novembre 2003

Tout autre invite à la dilection où les moi dépossédés se muent en je et tu.

Une journée où le crépuscule ne nous trouve pas plus près de l’autre qu’à l’aube est une journée perdue. A quoi bon poursuivre indéfiniment sa vie si ce n’est pour croître en l’infini de jour en jour ?

La philosophie et la poésie ne sont l’une pour l’autre ni maîtresse ni servante. Leurs entretiens d’amies découvrent le réel.

en pure horizontale l’eau ne juge
de lumière qu’un peu pour son volume
et pour le creux qui lui donne refuge

son calme tend au regard abaissé
les multiples inverses où il présume
le flot plus clair des faces élevées

et comme la lumière donne à voir
sans être vue du fond elle n’exhume
rien de ce qu’elle veut en désir et espoir

2 novembre 2003

L’autonomie est d’abord un problème ontologique, et s’il est résolu au fond de l’être, elle se déploie dans l’harmonie qui donne à chaque être sa place dans la totalité du fini comme dans sa relation à l’infini. C’est le vieux problème de l’un et du multiple, de l’accord entre diversité et unité. Il a sa solution dans la relation d’altérité de dilection qui lie et sépare l’infini et le fini. Si l’altérité est bien vécue à ce niveau premier de la communion dans la liberté, elle retentit sur le social et le politique, mais aussi sur le conceptuel. L’autonomie de l’art engagé en est un exemple ; elle renvoie dos à dos l’art pour l’art et l’art au service du politique, du social ou de l’utilitaire, donnant à l’esthétique de s’asseoir à la table ronde des savoirs.

Le miracle est une manifestation de forces dormantes de la matière auxquelles nous n’avons pas accès encore. Les intelligences qui en restent à Isaac Newton ne risquent pas de le comprendre ; celles qui écoutent Max Planck, Niels Bohr et Werner Heisenberg risquent de l’entrevoir ; notre science n’en finit pas de mettre au jour le sens que pressent notre poésie, qu’indique notre religion, qu’élabore notre philosophie.

les morts ne sont pas dans les tombes
cercueils de chêne urnes de pierre
ne retiennent qu’un peu de chaux
les cimetières
n’abritent que le souvenir flétri
de leurs amis

ils sont dans l’océan de l’espace infini
et côtoient notre monde
qui sait de quelle sonde
leur esprit se pourvoie pour entendre nos cris
ou de quelle espérance
il attend qu’en son sens nous soyons réunis

La solitude se découvre sans prix quand on y ouvre la porte de la dilection infinie.
Les écoles plus ou moins normalement inspirées par le rationalisme cadenassent, souvent à vie, le sens dernier que tout enfant reçoit en héritage dans un coffre à secret.

3 novembre 2003

Crainte et tremblement sont le trac avant l’entrée en scène, la peur de ne pas être à la hauteur avant de rencontrer l’autre comme autre.

La laïcité est une valeur passive, une retenue de ses convictions face aux convictions des autres. Les valeurs actives de la République sont liberté, égalité, fraternité. Fraternité surtout, dont on parle si peu alors qu’elle est le moteur de la liberté et de l’égalité. Car la liberté, c’est d’abord la liberté des autres, et on ne l’accorde aux autres que si on les aime, et on ne l’accorde également à tous les autres que si on les aime de dilection fraternelle ; car la dilection ne fait acception de personne, de race, de sexe, de situation sociale, de religion ; la dilection fait de tout autre un tu.
La dilection est laïque parce qu’elle ne fait d’aucune religion un absolu, étant elle-même l’absolu de l’infini.

face aux visages qui l’attendent
la voix s’élève frémissante

vibre de sa fragilité
et du désir de tout donner

un chant connu maintenant naît
nouveau des larmes retenues

le rite en cet événement
unit des cœurs nus à jamais

Il est aussi des laïcités qui ne sont que des masques de l’intolérance.

Romantique, mot python.

ils ne sont pas dans les tombes

ils passent avec les soupirs
qui frémissent dans les feuilles
leur disant qu’en leur accueil
ils trouvent leur souvenir

ils ne sont que dans les ombres

4 novembre 2003

« La foi, ce n’est pas étonnant », quand on voit l’univers. L’espérance, ce n’est pas étonnant, quand on y réfléchit. Ce qui est étonnant, c’est la charité : comment moi pourrait-il aimer l’autre si ce n’est pour moi ? Et puis non, ce n’est pas étonnant non plus. Il suffit de te connaître un peu pour savoir que tu aimes en nous l’autre pour l’autre sans être nous.

ils n’ont que faire des cimetières

sur les dernières feuilles ils posent
leurs lèvres d’or et de carmin
les accompagnent en leur fin
où s’élabore l’âme des choses

ils passent sur la terre entière

Les tombes, c’est pour ceux qui restent, tant qu’ils croient que c’est pour ceux qui sont partis. Mais après tout, ceux qui sont partis peuvent bien venir au lieu de rendez-vous qu’on leur assigne.
Vous comprenez pourquoi je vous demande de brûler ma dépouille et d’en disperser les cendres, n’importe où de préférence.

les morts ne sont pas là

s’ils viennent parfois
s’asseoir sur leur tombe
dans les chrysanthèmes
c’est par déférence

pour vous qui êtes là
ils passent où le vent souffle

les nuages les accompagnent
pour voir et transporter la vie
à vol d’oiseau de nid en nid
sur le bocage et la campagne

car ils sont l’ombre des souffles

5 novembre 2003

Retrouve au réveil le silence du silence ; peut-être tes pensées seront-elles celles de l’ami. Si des noms et des visages te viennent et que tu les aimes de dilection, tu ne peux te tromper.

L’identité première d’un peuple est faite de ce qui l’oppose aux autres dans la conscience de sa supériorité. Son identité dernière est faite de ce qui le confédère aux autres dans la conscience de leur fraternité.

Le totalitarisme d’une pensée unique, qu’elle soit religieuse ou politique, produit une identité fermée ; l’infini d’une pensée multiple produit une identité ouverte.

Peut-on affirmer que s’opposer à la politique actuelle d’Israël c’est être antisémite et soutenir que l’antisémitisme européen n’a rien à voir avec cette politique ? Cela signifierait qu’en Israël il existe une opposition antisémite et que les Européens antisémites ne sont pas forcément opposés à cette politique.

les morts n’acceptent pas de sortir de la ronde

ils passent dans les rues où mêlés à la foule
ils murmurent et rient en écho de ses voix
s’attardent aux marchés se glissent dans les doigts
qui palpent les étoffes et soupèsent les fruits

ou jettent un œil torve au chiffre qui séduit
ils pénètrent le chant du conteur de promesses
et sont en la danseuse la danse qui ne cesse
dans la marée humaine ils épousent la houle

les morts n’acceptent pas de sortir de la ronde

Les continuités et les discontinuités de l’histoire fondent l’espoir de l’accession à une humanité plus proche de la dilection infinie qui la travaille. Leur souvenir est une force pour ceux qui oeuvrent en sa longue patience.

6 novembre 2003

Plus chthonienne qu’ouranienne, la pensée africaine peut corriger les excès de la pensée occidentale, lui rappeler les continuités, les communions, les analogies.

Deus sive natura. La Nature n’est que Dieu, tu es le tout-autre non-autre. La non-altérité n’est pas de l’ordre de la nature mais de la surnature, car tu es le tout-autre. La tout-altérité ne l’est pas davantage, car elle n’est pas une extériorité. Ce qui unit le physique et le métaphysique est-il formulable en un langage fondé sur l’espace ?

vous les croyez muets comme la tombe

ils bruissent au milieu des larmes
d’ambre de vin de miel de jade
prêtes à choir du cerisier
ou répandues dans la clarté
de l’herbe qui les persuade
que le printemps rendra leurs charmes

ils ne sont pas muets comme la tombe

S’intéresser à nos chers disparus, c’est tenter de reconstituer leur trajet depuis leur apparition jusqu’à leur disparition. Un père, une mère deviennent un homme, une femme, des humains, des autres.

7 novembre 2003

L’optimisation pratique et esthétique des formes naturelles porte la double signature du hasard et de l’intelligence de l’élan créateur qui en use.

Etes-vous fier de votre fils ? Je suis heureux de le voir faire ce pour quoi il se sent fait.

une feuille déjà révèle
la dentelle et la main qui la tisse

que bruisse le fin dédale
le fil d’Ariane
où la sève gagne l’extrême en son domaine fugitif
construit la vie et fait la forme belle

la feuille déjà disparaît
laissant à lire son secret

L’âme consciente est claustrophobe, elle a besoin de sentir que l’espace est infini. Croire qu’une chose existe puisqu’on en a besoin, c’est croire que la nature est bien faite. Encore faut-il pouvoir déterminer ce dont on a naturellement besoin. Encore faut-il admettre que l’humain premier est un être de la nature et que « le surnaturel est couché dans le lit du charnel ».

Les religions valent dans la mesure où elles indiquent l’autre.
Admettre la valeur des autres religions peut apprendre à relativiser la sienne comme absolu de référence, d’accepter l’autre infini comme unique absolu.

Le terrorisme est l’arme du plus faible. Ce qui fait la valeur de la violence, ce n’est pas l’arme mais son utilisation. La violence est-elle agressive ou défensive ? Est-elle celle de l’attaque ou celle de la résistance ? Parfois aussi pourtant la vilenie humaine, ou l’inconscience, se dit, ou se croit résister alors qu’elle attaque.

8 novembre 2003

Horrible sincérité des puissants qui prétendent imposer leurs valeurs au monde parce qu’ils les croient universelles alors qu’elles le mènent à l’autodestruction.

Ceux qui composent les menus des journaux télévisés révèlent par leurs stratégies manipulatrices la misère intellectuelle des téléspectateurs.

Jubilate Deo omnis terra. Notre jubilation devant le grand jeu du monde participe de la tienne. Ce n’est pas un hommage de reconnaissance, c’est le partage de la vie que tu lui offres.

ils passent dans le vol des oies sauvages
tendu vers l’horizon
gagné par l’aventure de l’hivernage
et le souvenir des saisons

ils guettent les repères de leur image
retrouvent les maisons
où ils passèrent d’âge en âge
jusqu’à leur ultime raison

si nous entendons leur message
lorsque accompagnant leur passage
nous nous taisons

c’est que dans l’ombre où nous faisons
l’élan qui l’encourage
leur vol dévoile nos prisons

Vivre l’instant en grande conscience, c’est avoir présent à l’esprit le passé, l’avenir et l’élan qui mène de l’un à l’autre. Cela vaut pour chacun, cela vaut pour l’humanité, cela vaut pour chacun dans l’humanité.
La pensée chthonienne aide à retrouver partout les continuités et les solidarités.

9 novembre 2003

L’histoire humaine poursuit l’histoire animale et en modifie le projet dans l’émergence de la conscience de conscience. Mais cette continuité-discontinuité s’observe tout au long de l’histoire des peuples, à l’intérieur de chaque communauté et dans l’intercommunautaire à la mesure de l’animalité humaine.
Chaque révolution peut se nourrir de l’illusion qu’après elle tout ira bien, elle déchante bientôt (le malheur est que dans la ferveur de son idéal utopique elle se croit tout permis). La lucidité historique prend conscience du progrès de l’humanité ; la sagesse historique y inscrit son action, sachant qu’au monde de la liberté première rien n’est jamais définitivement acquis, que la liberté dernière de la fraternité universelle passe par la conscience de chacun.

ils passent dans les brumes
ils jouent ils se suspendent
sur les creux de la terre et dans les silhouettes
des arbres qui les hument

avec eux se casse l’amande
le mystère se découvre en la fête

fille d’opale
je lève vers
ta face pâle
mon cœur ouvert

ton profil pur
rouquine sœur
dans la nuit mûre
nous donne une heure

lorsque le cuivre
éclipse l’or
femme des vouivres
tu reprends corps

dans l’aube noire
ton souvenir
redit l’histoire
de ton empire

et tu demeures
pour notre joie
ce qui se meurt
et vit en toi

10 novembre 2003

Lorsqu’on demande à la crémière le beurre et l’argent du beurre, elle n’a que son sourire à offrir.

Certains hasards donnent à tes amis la mesure de ton humour.

Que cherchent-ils, ces gens qui nous proposent toutes ces « télé-réalités » où il s’agit d’éliminer les autres, d’être le meilleur, de rester seul ? A nous instiller un modèle culturel monarchique ? A nous inviter à un idéal d’hégémonie ? A lier en notre inconscient liberté et domination ? L’atmosphère de camaraderie, plus ou moins adroitement dosée, ne serait qu’un écran de fumée. Ils nous montrent, en tout cas, que le mythe du héros se porte bien dans le public des fans.

L’intellectuel en vue est condamné à le rester ou à déchoir à ses propres yeux. Pour renoncer à son mythe sans sombrer dans l’amertume, rien de mieux pour lui que de découvrir le goût de l’autre.

la main qui aime
donne à la main se donne

les doigts entrelacés résonnent
d’une musique qui murmure

écoute fuser alentour
la fugue de l’amour

Imagine en tout visage ce qu’il fut, ce qu’il sera, de l’enfance à la vieillesse. Pense à son destin éternel.

L’hypothétique de l’imaginaire sert à donner des idées. Reste à les éprouver.

Dieu est mort, vive toi (vain espoir ?).

11 novembre 2003

les morts ne sont pas dans les tombes
ils passent avec les eaux vives
chantonnent au soleil d’automne
et suivent
la pente fantasque qui mène
de vasque en vasque
de ruisseau en rivière et de rivière en fleuve
découvrent la route toute neuve
des océans et des nuages d’âge en âge

pour les vaporeux émoussant les tranchants de nos duretés
pour les brumes obscurcissant l’élan de nos vives clartés

La preuve de l’infini-dilection (pour celles et ceux qui veulent des preuves), c’est le goût de l’autre pour l’autre, l’amour pour ceux qui nous détestent, la dilection donnée comme un pain quotidien, ce pour quoi tu es là.

« Heureux ceux qui sont morts dans une juste guerre… ». Cela ne doit pas en faire beaucoup.

Ni pacifiste ni belliciste, la sagesse des nations pèse les circonstances, l’histoire, le projet. Elle prend acte aussi de l’incessante guerre économique, culturelle…, dont la guerre militaire n’est que la pointe émergée.


12 novembre 2003

Le sens de l’incertain est un moteur de recherche ; c’est aussi un moteur de tolérance intellectuelle. Le sens de l’incertain n’est pas confortable pour l’esprit ouranien, qui préfère la clarté fausse à l’obscurité vraie.

Imaginer le sort des disparus est un exercice libérateur. Il ne cherche pas d’abord à élucider l’incertain ; il conteste les images reçues parce qu’il les juge appartenir à un imaginaire déséquilibré. Imaginer les morts comme immanents au monde contrebalance l’imagination transcendante qui les situe au ciel.

L’autorité est mythique. Les résultats de son effritement dans notre société montrent la nécessité d’y préserver le mythe.
On ne sort sans dommage du mythe que par la dilection, et c’est un processus individuel qui s’accomplit dans la liberté dernière.

ils sont dans la flamme folâtre
lorsque le bois mort disparaît
ils échangent de beaux regrets
avec les yeux plongés dans l’âtre

13 novembre 2003

Pourquoi, pour quoi la beauté ? Pourquoi semble-t-elle à l’affût de la matière (dans la matière ?) et l’investir dès que le hasard et/ou ( ?) les lois y ouvrent une faille à son apparition ?
La beauté est ma nourriture quotidienne, et je puis bien supposer qu’elle l’est pour beaucoup d’humains. Sinon, pourquoi, pour qui le design ?
La beauté est inscrite dans la matière dès l’origine, mais elle s’est révélée peu à peu jusqu’à son évidence au moment de l’éveil de la conscience première : la beauté végétale et animale est porteuse de messages, elle est au service d’éros et de l’élan de vie de génération en génération. Elle poursuit cette tâche dans l’humanité première où nous naissons. Elle ne s’arrête pas avec l’humanité dernière de la conscience de conscience, mais elle y passe à la jubilation libérée du désir (Qui sait d’ailleurs si cette jubilation n’est pas déjà présente chez l’animal ?)
Existe-t-il de la beauté gratuite dans la nature ? A quoi servent un coucher de soleil ou une forêt qui flambe aux couleurs de l’automne en l’absence de tout regard ?

Les altermondialistes ont compris que la liberté est une idole meurtrière lorsqu’elle est érigée en valeur unique, et que le monothéisme de la liberté doit rendre sa place au polythéisme (minimal) de la triade liberté-égalité-fraternité.
Il n’existe qu’un absolu de droit, c’est celui qui est capable d’épanouir l’humanité, et c’est l’infini-dilection. Tout autre absolu est un imposteur destructeur.

Dans la conscience de conscience de la liberté dernière, la beauté gratuite jubile en l’infini-dilection.

tu viens guetter pure forme
plume de brume dans la brume
oblique sur le fil

ta tête ronde te monte
ta queue te veut la profondeur
oblique sur le fil

tu vis te tournes retournes
invisible ton œil qui cible
oblique sur le fil

où que tu ailles grisaille
ta forme reste pure forme
oblique sur le fil

14 novembre 2003

Nous ne pouvons concevoir l’énergie infinie, mais l’énergie déployée dans notre univers depuis son origine nous parle à l’imagination.

La diversification des espèces est une invitation d’altérité de l’infini au fini. Elle se poursuit dans l’individualisation. Elle se parfait dans la relation de dilection entre les consciences.

le soleil en tombant
lance
des poignées de lumière en volées sur les champs

dans l’éblouissement de sa dernière transe
chante
ta ju bi la ti on

Certains poèmes ont si allusifs qu’on n’y entre qu’en laissant leurs échos retentir dans la mémoire inconsciente : il faut les répéter pendant des jours, arriver avec eux au cœur à cœur où introduit le par cœur. Mais cela est vrai de toute poésie ; on peut en faire l’expérience avec des poèmes apparemment limpides que l’on décide de mémoriser et réciter jour après jour alors qu’on les connaissait depuis longtemps. Si ce sont de vrais poèmes, ils finissent par livrer toute l’émotion esthétique qui a présidé à leur création.

15 novembre 2003

par la très haute lune en son halo
depuis toujours à la bête haussant la tête
s’enseignent le centre et la circonférence

dans la brume le dernier sens
insensiblement se dessine

me feras-tu sentir en cet immense
qu’il n’est ni centre ni circonférence
mais ta présence en ton absence

par la lune très haute en son halo

Misère de tant d’intellectuels. Comment peuvent-ils rester sensibles aux décorations, honneurs et autres hochets ?

Douce est la ténèbre lorsqu’on t’y sait présent, mais tu n’es ni ténèbre ni lumière.

16 novembre 2003

Le Dieu dont les saints parfois se croient abandonnés est un faux dieu que tu les invites à abandonner pour te mieux vivre.

Rien de ce qui existe ne peut nous laisser indifférents dès lors que nous comprenons que tu es l’existence de tout existant. Mais nous ne pouvons nous contenter de cette compréhension. Il nous faut la ressentir, la vivre, en vivre pour penser et agir. Et cela n’est possible que par ta dilection, car c’est elle qui fait exister l’autre.
Nous intéresser à l’autre avant qu’il ne soit pour nous l’autre, c’est nous intéresser à nous-même, faire de l’autre notre miroir ou notre appartenance. Avec toi il devient vraiment l’autre, et nous devenons vraiment nous-mêmes dans le je et le tu.
Autre chose est de s’intéresser aux Celtes parce que nous nous sentons Celtes, autre chose de le faire parce que nous les sentons autres (c’est une évidence dont on peut se demander si beaucoup sont conscients).

la marche dans les feuilles mortes
s’appuie sur leurs frémissements
de teintes au loin qu’emporte
le fou rire de deux amants

le relais de la vie ne ment
qu’à ceux qui verrouillent leur porte
au lieu de poursuivre gaiement
la marche dans les feuilles mortes

17 novembre 2003

la matière, c’est le multiple individuel en multiple communication.

Il faut prendre des heures pour écouter le pur silence, qui n’est pas celui des questions ni de l’attente des réponses, mais celui de la simple attention à ta présence.

Peux-tu les écouter sans un sourire malicieux quand ils te disent qu’à toi appartiennent le règne, la puissance et la gloire ? Tu as beau leur faire dire que tu te révèles aux gens de peu, ils ne comprennent toujours pas.

regarder ton feu en face
tout le jour est une pensée

à l’aurore et au couchant
les yeux recherchent la beauté

dont la terre et l’eau et l’air
avec toi disent le secret

tout le jour tu nous détournes
par ta clarté vers l’éclairé

18 novembre 2003

N’est-ce pas la conscience de notre infinitude en toi qui fait éclater nos identités pour faire de nous des citoyens de l’univers et des Samaritains en voyage ?

ils passent dans nos lits d’amour
naissances noces morts
en nos cris nos spasmes nos râles
de plaisir et d’effort

avec nous ils suivent le cours
l’élan des mille sables
qui emmène vers les étoiles
notre vie véritable

et quand la branche cassera
lourde de fruits
l’oiseau s’envolera
jusqu’à son nid

sachant que de sa sève
enfin remplis
ils nourriront et peupleront
le monde de ses rêves

19 novembre 2003

Les dieux sont des miroirs que les hommes se donnent. Ils s’intéressent aux hommes pour autant que les hommes s’intéressent à eux.
Toi, tu es la prévenance et l’amitié. Si tu es un miroir, c’est un miroir sans tain où tes amis te devinent derrière leur image.

Si la méchanceté et la stupidité relèvent de l’insensibilité, eh bien il faut donner sa part à l’éducation de la sensibilité.

ils passent dans l’oblique
croisent recroisent
les traverses des chemins et des champs

ils passent dans la courbe
tournent retournent
aux sentes insensibles de l’espace

ils passent dans les rythmes
battent rebattent
par tous les temps et tous les contretemps

ils passent dans les rimes
viennent reviennent
en écrivant l’histoire de leurs descendants

20 novembre 2003

« Moderne », « nouveau » ; « dépassé », obsolète »…autant de mots manipulateurs.

Une chose est bonne et belle, et donc vraie, par son accord avec la totalité en devenir ; mais cela n’a pas grand-chose à voir avec l’attraction affective du passé, de l’avenir ou de l’histoire, encore moins avec la fascination mythique de l’origine et de la fin.

Le secret de l’autre, ce n’est pas l’impensable néant, mais l’identité offerte par l’infini en sa dilection. Le secret de l’un, ce n’est pas le même, mais la participation offerte par l’infini de dilection. La dilection ne serait pas si elle n’était d’un même mouvement don d’identité et offrande de participation.

Vide et onde, trouvailles matérielles au service de l’autre.

pour l’humide qui perle au buisson pleurant sur l’automne
ils s’attardent dans l’air libéral accueillant l’eau jusqu’à l’excès

et mirent dans les minuscules leurs faces tendues par milliers
pour le buisson qui luit dans l’humide de Perséphone

L’instant n’est pas le médiateur de la tradition et de la modernité, il en est tout au plus le témoin ; et tous trois sont le visage de l’élan créateur en sa permanence.

Le surhumain est l’accès à l’impossible dilection dans la liberté dernière. Il est offert à toute conscience de conscience dès son éveil depuis la nuit des temps.

21 novembre 2003

Le progrès du surhumain, ce n’est pas une colonisation de l’imaginaire néant, c’est une plus grande participation à l’être.
Doucement tu nous presses d’avancer en l’impossible force d’aimer. Ta dilection donne, laisse à chacun son quant-à-soi ; sinon il n’y aurait pas de je et de tu.

« Lilies that fester smell far worse than weeds », « corruptio optimi pessima ». La corruption du surhumain par le nazisme…Mais Nietzsche n’avait pas été assez clair, pas assez conscient peut-être.

Le néant est une figure du vide, et le vide est la demeure de l’infini. L’invraisemblable imagination qui concède de l’être au néant conduit au désastre en singeant l’infini.

le ton de quête
sonne dans la forêt
rejoins la bête
dans le fourré

entends gémir
dans le cœur déserté
l’heure de fuir
loin des clartés

déploie le charme
autour de la remise
éloigne l’arme
de l’insoumise

et fais silence
que les ondes des morts
noient dans le sens
l’appel du cor

22 novembre 2003

La marche à l’infini est chose de l’esprit. Dévoyée dans l’espace, elle se mue en conquête et en domination jusqu’à l’hégémonie.

La recherche scientifique vise à la conquête ultime de la totalité de la matière. Ses retombées techniques sont tentées par la domination de la totalité. Elles n’échappent à la tentation qu’en prenant conscience du désir infini.

pour un souffle tiède
au jardin d’automne
murmurant qu’il cède
enfin et se donne
à un ciel de traîne
en paix tout là-haut
où la main égrène
le coton des eaux

ils font une pause
dans le bleu glacé
de leur bouche close
au vide insensé
et l’œil des nuages
en leur souvenir
s’éclaire au passage
de l’air qui soupire

23 novembre 2003

Les chocs de la vie sont des invitations à se dépasser.
Le dépassement dans la dilection, c’est la vie éternelle en son éternel progrès. Rien n’est indépassable dans le surhumain de la dilection.

La lumière est une énergie de communication dans notre univers, et c’est la figure de son unité.
avec les vagues qui rayonnent
de l’une à l’autre étoile
alentour l’image se donne
d’une histoire qui se dévoile

mais la muraille du passé
nous invite bientôt
à fermer les yeux et penser
d’invisibles horizontaux

ce qui se poursuit se prépare
à lancer des visages
rayonnant vers d’autres histoires
d’impensés donnant leurs images

Quant on connaît les fluctuations des morales sexuelles au cours de notre histoire occidentale, on se sent présomptueux d’en proposer la forme actuelle à d’autres cultures. De relâchements en resserrements et d’austérité en licence, les alternatives des avant-gardes éthiques offrent le spectacle d’un progrès illusoire. Il n’y a pas plus de progrès à passer du jour à la nuit que de la nuit au jour, d’Apollon à Dionysos que de Dionysos à Apollon. Il n’y a de progrès éthique que de la dilection.

24 novembre 2003

Si l’existence est d’être plutôt que pas et l’essence d’être ceci plutôt que cela, l’infini est impensable en son essence et pensable en son existence. Mais le néant n’est pensable qu’en son inexistence.
On peut imaginer que l’être aurait pu ne pas être ; mais dès lors qu’il existe, il ne laisse pas de place à son inexistence, car, étant éternel, il ne peut être qu’infini.
La finitude d’un être fini ne tient pas à sa limitation par le néant, mais à son degré de participation à l’être.

« Si Dieu n’existe pas, tout est permis », dit Dostoïevski. Or, « tout est permis », dit Paul (I Corinthiens, X, 23). Donc, le dieu de Dostoïevski n’est pas celui de Paul.

ils passent dans les roches des surfaces
et sur la page de la plaine
écrivent sans rature

ils s’attardent aux souffles qui embrassent
les ans patinés par centaines
et signent la nature

Expliquer un texte, c’est rechercher comment fonctionnent ensemble son lexique et sa syntaxe, en dégager les évidences, en relever les ambiguïtés et les obscurités. L’interpréter, c’est rechercher ce que l’auteur a voulu communiquer d’une intuition, d’une réflexion, d’un sentiment. C’est une imposture de chercher à montrer qu’il a voulu dire des choses que le texte ne suggère que par son imperfection langagière. Mais les textes poétiques, inspirés dans l’un ou l’autre sens du terme, peuvent être porteurs de ce dont leur auteur n’a pas eu pleinement conscience. L’interprétation devient alors très incertaine, car elle dépend de l’idée que l’on se fait de l’inspiration. Et l’explication qui l’appuie rencontre l’ambiguïté supplémentaire résultant de la pression du son sur le sens.

25 novembre 2003

Le vide est le ventre où se conçoivent les enfants de ta dilection ; la mort les met au monde.

Illusion, cette liberté du moi manipulé par ses pulsions, passif en ses passions, conçu par des concepts reçus… ? Bonne illusion qui entretient le goût de vivre et dont l’ambiguïté ouvre la conscience au désir de la liberté vraie dans la dilection.
La liberté jaillit en tout instant de conscience de conscience de ta présence dans la dilection qui fait du moi un je face à chaque tu. Ta présence est le je-tu de la dilection.

l’air que bat l’aile
répond d’un même cœur
porte l’essor
à la hauteur
de l’effort qui la fonde

ô bel accord
sur la portée de l’onde

Le terrorisme serait-il devenu la seule chance d’échapper à l’hégémonie du libéralisme ?

Propriétés, communes, provinces, nations…, depuis l’animalité prédatrice, l’humain marque son territoire.

26 novembre 2003

La connaissance intime est celle du mime.

les grands vents sont leur demeure
ils passent dans la tempête
et les sautes sont la fête
où danse leur belle humeur

ils affolent la bourrasque
et précipitent l’averse
vers l’horizon se disperse
l’élan de leurs cœurs fantasques

ris et pleure avec la pluie
essouffle-toi dans les souffles
tu te diras que leur dire
vit aux gestes de ta vie

La souffrance nous tire vers le moi, le souci des autres nous en délivre.
Le sacrifice n’a de sens que pour les autres, la pensée de soi-même le dévoie.
Aimer se sacrifier risque fort de n’être que s’aimer soi-même, la passion des autres fait oublier les sacrifices qu’on fait pour eux.
Le sacrifice ne vaut que dans la dilection du je et du tu.

La liberté du libéralisme appartient aux illusions de la conscience première.

O belle connaissance de la maternité ! Le ventre qui conçoit et livre mime le vide où naissent les mondes et la beauté.

27 novembre 2003

lune vierge cambrée
en svelte pureté

à droite ton regard se porte
pour les peuples du nord

face au soleil qui dort
tu marches en grande majesté

et le compte des jours
emportés sans retour

leur chante qu’avec toi
emmenés en ta joie ils sortent

Est-il possible à un être conscient de son être dernier de ne pas désirer l’impossible de l’infini-dilection ?

La principale tâche d’une conscience de conscience qui naît au sein d’un peuple dominé est de découvrir le principe d’égalité des consciences de conscience. C’est aussi celle d’une conscience de conscience qui naît au sein d’un peuple dominant.

Si elle veut échapper à l’autodestruction, l’humanité est condamnée à trouver le chemin de la spiritualité, car elle est faite pour l’infini, et la matérialité dont elle dispose est finie.

L’échec est la figure et la chance de l’impossible de l’infini où nous sommes conviés.

Toute avancée de la pensée met les penseurs en demeure de la prendre en compte.

Vouloir le bien de l’autre, ce n’est tout de même pas se préoccuper de son seul salut éternel en dilection. Alors, pourquoi me reprocher de demander à l’éternelle dilection les biens matériels pour tous. Ou bien pensez-vous qu’elle a voulu un monde assez rigide en ses lois pour échapper aux hasards merveilleux ?
28 novembre 2003

Pourquoi chercher à comprendre la matière ? Pour connaître le comment de l’unité du réel visible et du réel invisible, du réel matériel et du réel immatériel.
L’expérience répétée de nous sentir regardé, de nous retourner sans y penser lorsqu’un regard se porte sur nous, ou de porter nous-même le regard qui fait se retourner l’autre, est une expérience qui devrait nous donner à penser. Nous avons des pouvoirs de communication qui donnent de la matière une idée plus riche que celle jusqu’ici proposée par la science (Ces pouvoirs seraient-ils une des explications des adaptations et mutations des espèces, du mimétisme de certaines, mais d’abord de l’organisation de tout organisme et des relations entre les organismes dans leur totalité ?)

Lorsque Paul écrit que tout est permis, il parle des viandes consacrées aux idoles ; mais il se fonde sur la liberté dernière d’Aimer, comme le montre ce qu’il ajoute : « que chacun cherche le bien de l’autre » (I Corinthiens, X, 24). Son « tout est permis » s’applique ainsi vraiment à tout. Mais cela ne signifie pas que l’on puisse tout faire, car « tout n’est pas profitable » (vs. 23). Ce qui doit décider, c’est bien la liberté dernière, celle qui se fonde sur le principe de l’altérité, sur la dilection. Ama et fac quod vis. Celui qui aime de dilection ne veut qu’aimer.

le pin cligne les feux de ses mille paupières
l’haleine à peine
qui le balance
du soleil lance
les diamants de ses larmes fières

si tu fermes les yeux doucement tu verras
trembler sembler
dans la lumière
de tes paupières
briller les éternelles en leur aura

29 novembre 2003

avant que le soleil se lève pour y boire
l’étang répand
dans la vallée
pour s’en aller
ses douces fumées bleues échappées du miroir

alors que de ta bouche en sa froidure s’élèvent
vapeurs du cœur
de ta tendresse
qu’elle ne cesse
les pensées que les morts jusqu’en ton âme rêvent

Pour les inviter à ta rencontre, tu emmènes tes amis dans la ténèbre, car la ténèbre est ta demeure.

L’anéantissement mystique, c’est la mort du moi. Il n’a de sens qu’en la naissance et croissance du je de l’amour dernier, qui est dilection gratuite, et de la liberté dernière, qui est relation je-tu.

Une société qui attache plus de prix aux sciences qu’aux arts ou plus de prix aux arts qu’aux sciences est une société déséquilibrée. Une société trop scientifique risque de perdre sa spiritualité, une société trop artistique risque de perdre sa rationalité.

Si, comme le pensent les mystiques des diverses religions, tu n’es accessible qu’au-delà des paroles et des concepts, on comprend que les religions (et les athéismes) ne soient que des approches plus ou moins maladroites, et toutes inadéquates, de ton être, et que cela les fasse nécessairement multiples et diverses.
Tel est le fondement de la laïcité : aucune doctrine ne peut se présenter comme un référent personnel, social et politique absolu. Il est bon, voire essentiel, à leur fonctionnement optimum que le sens de l’infini-dilection inspire le social et le politique, mais ce sens ne peut se décliner en un corps de lois unique. Il n’en résulte pas pour autant que l’individu ne puisse avoir le droit de montrer partout son appartenance et sa croyance ; cela doit relever, en chaque nation pour chaque époque, d’une décision démocratique. Mais transformer ce droit en obligation relève du totalitarisme, qu’il soit politique ou religieux.

30 novembre 2003

Pressens-les toutes, ces milliards de consciences de milliards de planètes des milliards de galaxies des milliards d’univers depuis toujours…N’attends pas les preuves de la science, ne te laisse pas dominer par la science d’une société déséquilibrée. Vis dès à présent la jubilation de la plénitude.

Dans nos universités, il y a des sciences dures et des sciences molles (douces, disent avec douceur de naïfs inconscients). Mais il n’y a que des sciences. Eh bien tant pis pour nos universités, et tant pis pour celles et ceux qui ne les prisent qu’en fonction de leur rendement scientifique et technique.

Il n’y a pas de véritable pensée qui soit ou qui ne soit pas à l’ordre du jour. L’ordre du jour est l’ordre de l’action. Le droit et le devoir de la pensée ne peuvent être moins que l’infini. C’est cela la liberté de pensée.

longeant la levée de l’étang
lové en sa gangue de brume
ils arrangent leurs ombres claires

et les arbres que l’on présume
rêvent que bientôt la lumière
dégagera de l’or leur sang

les morts ne sont pas sous la terre
ils disparaissent di-a-mants dans la lumière de ce monde
auquel l’inexistant les met

1er décembre 2003

Les jeux agonistiques, les concours, où « un seul remporte le prix », façonnent, renforcent l’imaginaire libéral des spectateurs de la téléréalité.
Pour l’esprit libéral, le but avouable, tactiquement inavoué, de la recherche scientifique, c’est la production, c’est-à-dire le dollar, l’euro et le yen.
Le libéralisme attaque sur tous les fronts. La résistance étudiante à l’inégalité universitaire rejoint la protestation travailleuse contre la fermeture des entreprises commandée par les actionnaires et la lutte des altermondialistes contre la consommation-production qui ruine la planète.

le di-a-mant d’année en année se facette
son eau glacée
taillée par ta main sans pitié
en mille feux plus que jamais reflète
ce que ton cœur se refuse à garder

sa transparence accuse le secret
tente d’atteindre enfin l’inexistence
où ta lumière
se réfracte toute au silence
des éclats extasiés de tes amours dernières

Or noir, or blanc, or bleu, or vert…la pierre libérale transforme toute chose vivante en chose de mort.

2 décembre 2003

Du plus lointain au plus proche, qu’ils te connaissent, toutes et tous, toi l’infini dans l’infini de leur cœur.

Le moi est seul ; le je est conscient de toi, il vit de ta présence.

Les dieux parlent parfois peut-être, l’infini jamais. Un dieu qui se dirait être l’infini révélerait son imposture.
Malheureux les humains qui font du langage leur référence, leur maître, leur absolu.

comme la pluie qui fait lever la tête

je te reçois sur le visage
et les yeux clos je sens

la vague rumeur qui veut dire
la grande paix des sages

pour l’homme et pour la bête en leur désir
d’accueillir l’éternel présent

3 décembre 2003

L’universalisme occidental est, pour une large part, une volonté inconsciente d’hégémonie culturelle.

Le meilleur souhait qu’on puisse adresser à un dirigeant, c’est qu’il soit de plus en plus conscient de ce qu’il fait et de ce qu’il ne fait pas, et puis que, paralysé par ses responsabilités, il découvre l’inspiration.

fugace passage
de tes oies sauvages

victoire ondoyante
là-bas qui s’en vient
là-bas qui s’en va
pour la belle attente

la sève du monde
en nos rêves fonde
au bord du chemin
le ciel de demain

Le bouddhiste qui « se perd dans le Grand Tout » fait-il autre chose que le chrétien qui « meurt à soi-même » pour « entrer dans la Vie éternelle » ?

La réalité spirituelle est si loin du langage et du concept que l’on ne peut la viser que par une multitude de langages et de concepts. Ceux qui ont quelque expérience de cette réalité en repèrent l’expression dans les doctrines apparemment les plus éloignées les unes des autres. Les mystiques de toutes les religions et de tous les athéismes se reconnaissent.

4 décembre 2003

Comment le libéralisme peut-il se targuer de promouvoir la liberté alors qu’il est lui-même asservi aux lois du marché ?

La logique de l’élimination élitiste à l’œuvre dans l’économique, dans le ludique, voire dans le religieux, est animée par le même esprit que celui qui prône l’eugénisme.

Justifier « l’extermination des peuples cananéens lors de la conquête de la Terre promise » par l’insistance des textes « sur le mal consommé chez les peuples cananéens » et sur « l’idée même de civilisations perverties et irréparables, contaminant ceux qui leur pardonnent, devant disparaître pour qu’une humanité nouvelle commence », c’est être animé par l’esprit génocide.
Le génocide n’est possible que lorsqu’on réussit à convaincre les siens, à l’encontre même de leur conscience « révoltée par tant de cruauté », que les autres ne sont pas dignes de vivre. Prétendre alors agir au nom d’un dieu ou d’un idéal relève de l’illusion la plus navrante (réponse à un texte d’Emmanuel Lévinas, Difficile liberté, p. 196).

dans le pré le troupeau dispose son mobile
au hasard des désirs qui le portent
et des herbes qui guident le pas à pas tranquille
des muses instinctives les plus fortes

dans le vent la volée des corbeaux se transporte
de vertiges en jeux d’ivresse oscille
où l’œil du chorégraphe s’extasie d’une sorte
d’élégie de sonnet ou d’idylle

5 décembre 2003

Il n’y a de dilection que de la personne parce qu’il n’y a de liberté dernière que de la personne. Mais l’héritage d’une famille ou d’un peuple peut y inviter et préparer ses membres.
L’histoire du peuple juif est celle d’un progrès vers ce genre d’héritage, et c’est comme histoire que le peuple juif contribue à l’histoire de l’humanité.

L’auteur du Psaume 139 est dans l’émerveillement de sa certitude : tu es l’immense intime ; mais il ne te perçoit pas encore comme dilection, et il hurle avec conviction : « Je hais tes ennemis d’une haine parfaite ! »
Le combat de Jérémie est celui d’un dieu ouranien contre une déesse chthonienne dans la marche dialectique de l’humanité.

Le brouillard d’inconnu qui enveloppe nos décisions nous invite à l’écoute intérieure ; le souffle de ta présence, « le mouvement de ton esprit », fait pencher la balance des impondérables.

au flot de l’est
l’émouchet bat
plane immobile

l’attente reste
notre débat
dans l’air subtil

le vent du geste
quand il s’abat
touche le mille

6 décembre 2003

La communauté de destin d’un peuple n’est défendable que si elle achemine chacun de ses membres vers son destin unique. L’accord parfait des destins personnels dans le concert de chaque peuple et de celui de chaque peuple avec tous les autres peuples s’inspire de la dilection de l’infini.
Pas de liberté dernière sans transcendance, sans capacité de se distancier de ce que l’on vit en soi-même, en sa communauté, en l’humanité à travers son histoire, en l’univers.
Parce qu’elle jaillit de l’autre, la liberté dernière vit avec tout autre l’égalité.

Le dieu sur lequel se fonde un pouvoir est un faux dieu, un dieu à abattre. Le seul vrai dieu (si l’on tient à en avoir un pour vivre la vieille mythologie) est l’infini qui donne à chacun la liberté du je.

la dynamique racée
ressent l’élan immobile
la machine où déjà file
le beau flux de ses pensées

le vent de tous les possibles
rêve de rendre visible
aux droites et courbes belles
l’embrassement maternel

le projet de l’en-avant
donne à l’obstacle fluide
où s’efface toute ride
le visage de l’amant

7 décembre 2003

On se pardonne à soi-même ce que l’on est capable de pardonner aux autres, on ne pardonne aux autres que dans la dilection du je-tu. Ainsi peut-on comprendre le « pardonne-nous comme nous pardonnons. »
Il n’y aurait pas de raison que ce soit une prière si nous en avions la capacité naturelle en notre liberté première.

Porter un vêtement occidental chez un peuple non occidental peut être jugé comme un geste agressif si l’on juge tel le port du voile dit islamique parmi le peuple occidental (il est naturel d’être plus sensible aux agressions que l’on subit qu’à celles que l’on commet).

La dilection veut l’altérité de l’autre, la diversité des peuples, l’unicité de chaque personne.

la flûte à la bouche tend
ses lèvres de souffle clair
sous les doigts de son amant
lance ses messages d’air

car l’air aux mille mains fait
la chaîne au vide muet
se transporte en ce qui chante
l’élan de son corps d’amante

le chant dont la peau frémit
vibre de l’air qu’elle accueille
en ondes franchit le seuil
du monde où se vit l’esprit

8 décembre 2003

Quelle liberté ? Celle que notre conscience morale nous révèle en nous disant coupables ou louables ? Celle qui nous montre capables d’échapper aux désirs, passions et fascinations ? Celle qui nous distancie de notre naissance, de notre éducation, de notre culture, de notre époque ? Il semble qu’il faille hiérarchiser les libertés, non pour les séparer mais pour en comprendre la dynamique, mieux entrer dans ce qui en l’une invite à l’autre, à l’autre, à l’autre, jusqu’à celle qui, provisoirement peut-être, correspond à notre idéal, à notre humanisme, et qui nous permet d’envisager d’aller toujours plus loin.

Le vrai dieu est sans doute un pur concept, un idéal dont on peut penser qu’aucune religion ne nous le révèle. L’étude des religions nous les montre dépendantes de l’imaginaire des civilisations qui les ont vu naître. Prendre conscience de cet idéal conduit à les rejeter, à rejeter jusqu’au nom dont elles déforment l’identité du porteur.

La femme qui avorte (le sigle aseptisé IVG permet de neutraliser les connotations, de garder la tête froide…) est amenée à réfléchir à la nature de ce qu’elle perd. Elle doit, si elle est en mesure de mener une réflexion, affronter une inconnue puisque, toute position légale mise entre parenthèses, personne n’est encore capable de dire avec certitude quand apparaît l’humain.

il s’élève et s’enfonce
il pense avec le cœur
maître des profondeurs
où le plus haut s’annonce

le sang de ses racines
est le sang de ses feuilles
de la cheville à l’œil
quelle âme le dessine

quelle âme l’organise
logée au nulle part
et maîtresse de l’art
lui donne belle mise

lui donne d’éblouir
tout en vivant sa vie
et répandant l’esprit
sème son avenir

sème que la muette
murmure l’inconnue
au visage ténu
que le vide souhaite

il s’élève et s’annonce
il pense avec le cœur
maître des profondeurs
où le plus haut s’enfonce

9 décembre 2003

Continuité discontinuité. Quel est le seuil de l’humain chez l’individu ? Qu’est-ce que l’humain ? Quels sont les seuils à l’intérieur de l’humain ? Y a-t-il un seuil dans le passage de l’humain naturel à l’humain surnaturel, du premier au second Adam, du né au rené… ?

La liberté dernière, la liberté du je, s’établit dans la dépossession, dans la prise de conscience que le mien est illusoire dans la mesure où la liberté du moi est vaine. Les qualités physiques, esthétiques, intellectuelles, morales, même en ce qu’elles ont d’acquis par l’exercice, l’effort et le travail, ne peuvent être de vraies possessions puisqu’elles ne sont pas données au moi par lui-même mais par l’autre de la nature. Ce qui est acquis, perfectionné, l’est par une volonté qui s’appuie sur le désir du moi, désir qui ultimement n’est pas libre.
Pourtant la liberté du je dépossédé se construit sur l’affinement du désir du moi commençant à prendre conscience de la vanité de son être fini. Le moi qui prend conscience de son être fini prend conscience de sa servitude et de la vanité de la possession.
Les coutumes du don et du contre-don de certaines sociétés sont en partie l’expression de la vanité de la possession, mais elles risquent de n’être que l’expression d’un illusoire désir de supériorité morale où le moi reste prisonnier de sa servitude. Seul l’autre pour l’autre libère de la servitude et de la finitude. Et cette altérité ne peut être que reçue dans la participation offerte par le tout-autre-non-autre.
La transcendance qui libère, c’est la transcendance de l’autre dans la rencontre du je et du tu ; c’est celle que propose le tout-autre-non-autre, non la transcendance des dieux qui commandent l’obéissance.

cent vingt vanneaux alignés sur le champ
font face à l’est et à la terre
leur cri se tait devant l’appel cassant
du gel où s’assèche leur chair

ascètes de l’hiver aux lignes de droiture
patients ils attendent la cible
d’une lumière changeant en ce qui dure
pour reprendre leur vol en l’invisible

10 décembre 2003

Un dieu qui intervient dans l’histoire risque de voiler son visage cosmique. On s’intéresse à son règne, à sa puissance et à sa gloire comme à ceux des potentats plutôt qu’à sa beauté, à son intelligence, à sa bonté.
Un dieu qui intervient dans l’histoire s’inscrit fatalement dans la géographie ; il se trouve un centre dans l’espace, un territoire, comme il s’en donne un dans le temps. Pas d’histoire sainte sans terre sainte.

Continuité discontinuité. S’il n’y avait aucune spiritualité dans le cosmos, il n’y en aurait pas non plus dans l’humain. La complexification visible dans l’évolution cosmique va de pair avec une condensation invisible (comment parler du spirituel autrement qu’en métaphores ?), une conscience qui se renforce et qui finit par accéder à une conscience de soi de plus en plus intense et fréquente.

Par quelque bout que l’on prenne le réel, si l’on est convaincu de son unité, il est profitable de relier les découvertes que l’on fait dans un domaine particulier à l’ensemble du savoir acquis. Les incertitudes de ce que l’on découvre et celles que l’on soupçonne dans l’ensemble tendent à s’effacer lorsqu’on s’efforce de résoudre leurs contradictions. Mais cela n’est possible et efficace que si l’on dénie à tous les savoirs le droit de s’ériger en absolu. Art, science, religion doivent s’asseoir à la table ronde entre sensibilité, imagination, intellect et intuition.

Existe-t-il une laïcité totale ? Il faudrait trouver autre chose que l’ère chrétienne pour compter les années de la vie publique ; il faudrait aussi exclure les cérémonies et toute activité mythique, qui ressortissent au domaine religieux.

la pleine lune
propose sa géographie
comme une carte qui invite
l’œil avide au déchiffrement
la main au rêve qui se tend
et cherche à rejoindre au plus vite
dans la banlieue de l’infini
la pleine lune

11 décembre 2003

La peur de la mort nourrit le goût du bien-être et le goût du bien-être nourrit la peur de la mort. La croyance en la résurrection donne l’espoir de briser le cercle, l’expérience de la dilection le dissout.

Travail de deuil ? « Laisse les morts ensevelir les morts ». La vie éternelle accueille les vivants.

Il est des paroles que l’on comprend à peine, mais qui sont la musique du cœur silencieux.

En dilection la culpabilité du moi se mue en sensibilité du je au tu, en tristesse de l’attrister. La sensibilité au beau, qui s’attriste de toute imperfection esthétique, la pressent.

comme la pluie qui chuchote dans le silence
ne parle que pour mieux l’entendre
je ne murmure que pour tendre
l’oreille à tes pensées quand tu leur donnes sens

12 décembre 2003

Qui vit de la dilection ne rencontre pas les autres par besoin mais par dilection dans la liberté des enfants de la dilection.

On peut soupçonner celles et ceux qui partagent les idées religieuses, philosophiques, politiques de leur famille, de leur milieu, de leur culture, de ne pas avoir atteint la liberté de conscience de conscience face à l’infini.

Plus que la bête qui flaire la nourriture avant d’y goûter, il faut savoir flairer les livres avant de les lire, en les lisant et après les avoir lus.

la brume enclot les horizons
d’une muraille que l’on passe
donne aux regards une maison
pour les heures où les lointains lassent

le domaine qui s’établit
sans dominance ni limite
que ce qui voile évanouis
les bornages qui nous irritent

est l’aubaine qui affranchit
l’appartenance de nos sites
de l’illusoire seigneurie
pour l’ouvrage qui nous invite

la brume donne une maison
et des murailles que l’on passe
lorsque nos yeux en l’horizon
disent ce qui jamais ne lasse

13 décembre 2003

En un certain sens du verbe être, si la Parole est Dieu et que Dieu est Un, Dieu n’est que Parole. Mais il existe une parole humaine qui est l’ombre du silence, et le silence du silence est ta demeure. Assise dans l’ombre du silence, ma conscience de conscience tente d’être attentive au silence du silence, d’être je avec toi, de le faire en mes actes et dire en mes paroles.

S’il faut parler de bien et de mal, il faut les dire inséparables de la liberté de toute conscience. Penser que le mal est en l’autre n’a pas cessé, ne peut cesser de mener à la barbarie. L’autre est au contraire l’invitation au bien, à la dilection où toute conscience est un tu qui nous constitue comme un je.

La liberté du libéralisme est une illusion de la liberté première. Une conscience qui accède à la liberté de la dilection ne peut que la dénoncer et la combattre.

pour ce qui du visage se dérobe
pour ce regard qui porte
l’onde la plus légère
et dans l’ultime sphère
aux ondes les plus fortes
relance les messages de son globe

14 décembre 2003

pour le défilé des nues en leurs délices la lune
dit la transe de leur transparence

les obscures mêlent mille clartés les nuancent
viennent passent s’élancent

toutes belles de nuit sans élue face
à la dernière la première s’efface

Dans les forêts de Nouvelle Guinée, dans les salons de la Rive Gauche, la même humanité. On peut s’accommoder d’une transcendance qui donne à voir cette évidence.

Une société qui consacre des millions de dollars à soigner une orque et qui laisse mourir des millions de sidéens ne peut tout de même pas susciter l’admiration des peuples du monde.

La laïcité agressive est une contradiction dans les termes s’il est vrai que la laïcité accueille tous les points de vue au nom de la circonférence qui est partout et du centre qui n’est nulle part.

15 décembre 2003

pour l’image de l’antique cité
s’enchantent pierres et regard

les pierres caressent le regard
le regard caresse les pierres

ose presse

la main juste qui taille
la main juste qui pose

aux failles du cœur dessus dessous les âges
l’hommage de l’antique cité

Ce qui rassemble l’humanité dernière, ce n’est pas une religion, une philosophie, une politique ; c’est la commune communion à l’immense intime où chacun pour tout autre est toi, où tout toi fait de tout moi un je.
Le plus incommunicable est le plus proche, la plus forte communion engendre la plus vaste diversité. Telle est l’altérité.

La mise en système enferme en vain l’immense.

La vulgarité occasionnelle de l’intellectuelle est une élégance raffinée, la ceinture de crin sur sa robe de soie.

La vérité dernière n’appartient pas, et le sage y perd son image.

la pierre longue se dresse
dans le champ de l’indifférent

l’hommage de la terre à la lune ne cesse
depuis les mille et les mille ans

le grain de sa peau sa teinte
la masse forte de l’étreinte
fermée sur son secret

invitent la main éphémère
et le cœur à cœur de pierre
où l’immense repose en sa paix

16 décembre 2003

Faire de la Liberté la déesse unique, c’est Lui sacrifier l’Egalité et la Fraternité.

Images, images, images. L’attaque des tours de Manhattan, la bouche de Saddam Hussein, le bombardier d’Hiroshima au musée de Washington. Cohérence de la barbarie inculquée aux irréfléchis ?

Le vieillissement invite le désir infini à reconnaître son objet véritable au-delà de la mort.

le solide dompté invite
le cœur à la douceur
passe sous l’arche de granit
entre dans la demeure

17 décembre 2003

L’observation de l’animal, surtout de l’animal supérieur, nous donne à comprendre un peu mieux notre animalité, et comment les comportements mythologiques encore si présents dans nos sociétés dites évoluées en sont un prolongement, une expression. Mais notre animalité ne rend pas entièrement compte de nos mythes ; ils sont aussi des moteurs d’évolution.

Il faut le voir pour le croire. Des présentateurs de télévision dénoncent ceux qui montrent un chef d’Etat déchu en SDF en l’instant où eux-mêmes le montrent à l’écran.

N’existerait-il pas un bon révisionnisme ? Le politiquement correct ne parle plus de l’occupation allemande, mais de l’occupation nazie. C’est qu’il faut faire la part du quotient intellectuel de l’humain moyen. Parallèlement, le devoir de mémoire se doit d’être sélectif.

L’accession à la liberté de penser donne de passer au crible tout ce qui a été inculqué au cours de la formation, initiale et continue, comme de n’accueillir aucune pensée nouvelle sans autant de réticence que de bienveillance.

N’est-ce pas une évidence logique que le même ne peut échapper au même que par l’autre (et que moi ne devient je que par toi) ?
Si nous blâmons le manque de désintéressement, c’est que nous sentons que le moi n’est pas le dernier mot de l’humain.

Il est écrit de Yeshoua que ses frères ne croyaient pas en lui (Jean, VII, 5). Un chrétien devrait comprendre que son Dieu n’est pas repérable.
Est-ce parce que tu es le non-autre que tu ne t’écris qu’en minuscules ?

comme un battement d’ailes dit la force de l’air
notre élan pour te joindre dit l’esprit de la terre

18 décembre 2003

Si on lit la Bible comme un ensemble de livres historiques, on peut y rechercher une direction, l’évolution religieuse d’un peuple. On se dit que ce peuple est né d’un autre peuple et qu’il a poursuivi son évolution en lui-même et sa diversification en d’autres peuples et parmi d’autres peuples. On peut situer ses divers écrits dans la totalité des écrits et des histoires des religions. Et si l’on vit en ayant conscience de l’infini-dilection comme objet ultime du désir humain, on peut les passer tous à son crible. La Bible alors n’est pas une révélation au sens mythico-religieux que lui donnent les croyants, et l’on ne s’indigne plus des horreurs et des stupidités qu’elle rapporte, exalte même parfois ; les tâtonnements des sages et les messages équivoques des prophètes font partie d’un progrès qui participe de l’évolution de l’énergie, de la matière, de la vie et de la conscience.
Il ne s’agit ni de croire ni de ne pas croire, mais de scruter tout cheminement dans la lumière de la dilection. Il s’agit d’ailleurs de se réjouir autant que de s’instruire, comme on se réjouit du spectacle de la nature.

comme la crécerelle fauche
d’invisibles andains
goûte dans l’air que tu respires
d’impalpables refrains

19 décembre 2003

cœur de diamant que la vie taille
de mille facettes une à une
en ton eau pure le mien défaille
à n’en savoir plus de la lune
ou de ton visage la nuit
qui me parle qui je suis

sais-tu bien d’où vient la lumière
qui danse et réjouit les yeux
lorsque tu parais sur la terre
et embue de larmes les yeux
ou ce que l’eau fait de nos cœurs
en secret pour le bonheur

Je te connais si peu si mal. Patience ! Le temps nous emmène vers la rencontre.

Misère de l’autre transformé en miroir, misère de soi.. Des foyers aux Etats, la jalousie peut créer des maîtresses et des amants, la peur des ennemis, la rancune des sorcières et des boucs émissaires.

L’annonce de la capture d’un chef d’Etat par un « we got him » fait de la planète un Far West.

Une famille, une communauté, un peuple lèguent à chacun de leurs enfants un héritage, et chacun est invité à se l’approprier. Mais vient un jour où chacun est convié à décider de ce qu’il en accepte et de ce qu’il en refuse, comme de ce qu’il accueille ou rejette de l’héritage des autres familles, communautés et peuples.

20 décembre 2003

L’identité d’un peuple de je est une identité théorique. Le je ne peut être collectif, il transcende le collectif, car il est affaire de liberté dernière en conscience de conscience. Mais le je qui émerge et croît en un héritage le partage et donne à partager, comme il s’invite au jeu de l’univers et y invite toute conscience en dilection.

Nous avons tous des ancêtres prédateurs, envahisseurs, voire exterminateurs. Qu’importe le nombre de générations qui nous en séparent. Nous avons leurs gènes et le devoir de vigilante mémoire.

En dilection les surpuissants ne méritent ni amour ni haine, pas même le mépris, mais la compassion et la sollicitude dans la résistance la plus ferme, voire la plus violente.

le croît secret dans l’ombre de la terre
donne aux yeux clos de sentir se nourrir
la sève aux choses de son ventre

entre pénètre pose ton œil de rêve
sur le désir obscur de la racine ultime
que pousse en l’infini la mère

On dépasse l’aporie de la liberté et de la grâce en entrant dans la relation de l’infini-dilection et du fini conscient.

Vivre en dilection c’est vivre dangereusement, « avec crainte et tremblement », car le je-tu est en danger permanent du moi-il.

21 décembre 2003

L’apparition de chaque nouvel être humain demeure une énigme. Quand ? A la fécondation ? A je ne sais quel mois ou semaine de grossesse ? A la naissance ? A la reconnaissance par le paterfamilias ? A l’éveil de la conscience ? A l’émergence de la conscience de conscience et de la liberté dernière ?
Existe-t-il des degrés dans l’humain ? Certaines traditions le croient : nature et surnature, naissance et seconde naissance, premier et deuxième moi…Il y a l’humain qui se détruit à la mort et l’humain qui, accédant à l’éternel, y disparaît. Il y a des gens qui, foi ou raison mises à part, ont l’intuition qu’ils ne survivront pas, et il y en a qui se sentent participer à l’éternel. Où est l’illusion ?

L’égalité humaine qui ne se fonde pas sur le destin ultime du je-tu est illusoire. La véritable égalité n’est pas celle qui réduit les individus au plus petit commun dénominateur, mais celle qui les ouvre sur l’infini. Parvenu à ce stade de l’humain, à sa surnature, l’individu relativise les inégalités naturelles et les corrige en se dépossédant de ce qui les établit. Car l’humain dernier ne possède rien, il participe et partage.

Dieu manque d’humour, tu en débordes.

dans le demi-jour
les paupières s’ouvrent
découvrent
un peu plus qu’au soir
la forme des choses
s’informent
de ce que leur dit
l’image au miroir
présagent
qu’en l’autre séjour
leur oiseau se pose

22 décembre 2003

Les communautés sont les héritières des tribus, qui sont les héritières des troupes animales. Elles ne deviennent vraiment humaines que par ceux de leurs membres qui accèdent à la dilection, où l’autre n’appartient ni ne possède, mais donne d’être. Alors chaque communauté vit d’échanges avec les autres. La diversité nourrit la concertation de la jubilation créatrice dans le concert de l’univers.

L’égalité humaine, comme la liberté et la fraternité, ne prend sa pleine réalité que dans le je-tu offert par l’infini-dilection.

L’identité dernière est celle de citoyen/ne de l’infini. Les finitudes du corps, de la famille, de la communauté, de la nation, de la planète, de l’univers, se comblent dans l’infinitude.

aux courbes de la grâce
l’archet dessine
la finesse de l’âme
s’avance sur les cimes
chante la glisse
de l’amour dans l’espace

sous les doigts que caresse
le bois qui vibre
la forêt se raffine
l’homme et la femme
s’enlacent que ne cesse
la sente vers ta face

23 décembre 2003

elle est venue de la mer dans la brume
blanche comme une écume aux hanches nues
et son deçà delà sur la surface
avant de repartir
au regard a laissé
la trace d’un dessin à main libre levée
sans audaces ni repentirs
en pure grâce
de l’air glacé

le silence du silence est présence de toi, toute solitude dissoute.

Souhaiter la paix sans lutter contre l’injustice est une illusion, ou une hypocrisie.

Quelle valeur pour la virginité dans un imaginaire où la nuit et le jour se concertent ?

24 décembre 2003

Le moi tue au volant en ignorant l’autre. Le je pour qui tout autre est tu le côtoie et le rencontre en dilection. Comment pourrait-il lui être inattentif et le mettre en danger ?
Faut pas rêver. En nos sociétés la dilection est un minerai rare, et bien peu en raffinent, et si mal. Le bâton n’est pas près de devenir inutile.

les mille bulles sur les routes
glissent glissent se croisent
s’approchent s’approchent
vite vite plus vite que l’autre

la bulle sait ce qu’il en coûte
de ne pas donner l’espace
la place la place
où avec elle l’autre se vautre

la bulle qui croise se doute
que pour l’autre l’approche
de l’autre comme autre
glisse l’espace à l’autre

Ambiguïté du virginal : refus de livrer son corps ou recherche de l’autre en son altérité dans la rencontre du je et du tu ? Une virginité qui n’est pas orientée vers l’autre est repliée sur soi (« un quart d’heure avant sa mort, il respirait encore »).

Dans l’univers de l’imaginaire, la vierge balance la nymphomane comme le jour la nuit, le ciel la terre. Dans le secret de l’imaginaire, la vierge chrétienne consacrée est pauvre de son corps comme elle l’est de son bien et de sa volonté. Elle désire ainsi, espère, la liberté dernière de la grâce, la dilection de l’autre.


25 décembre 2003

Du non-événement de Bethléem on a fait un avènement. Avant, après, tu es le silencieux. Dieu n’est pas mort, hélas. Il avait voulu se suicider en apparaissant comme un simple humain, on l’a ressuscité aussi glorieux qu’avant.

Tu es là, immense intime, le non-autre ordinaire, le tout-autre infini.
la bûche qu’on ramasse
au fond des bois
s’empile et sèche
l’air et le froid
distillent l’odeur fraîche
d’une autre race

viens en notre foyer
enfant de feu
éclaire l’âme
cherche les yeux
que leurs élans de flamme
voient l’étranger

26 décembre 2003

L’obscurité du message se dissipe pour le cœur accordé au cœur du messager. L’ambiguïté est une invitation à interroger le cœur.

Paradoxe de cet Enfant Dieu qui ne peut révéler le non-autre tout-autre que dans la mesure où il le révèle non-révélable, le donne à repérer comme non-repérable dans le tout-venant de l’être fini.

la bûche que l’on mange
invite la forêt
au partage de l’ange
où le corps disparaît

la chair distribuée
à la table des songes
invite les clartés
au regard où l’on plonge

la parole mangée
par les âmes en feu
leur donne de changer
le visage de dieu

27 décembre 2003

Formé dans l’espace et le temps, notre langage ne peut te dire. Tu n’es ni dessus ni dessous, ni dehors ni dedans, ni transcendant ni immanent. Tu n’es ni avant ni après, ni au commencement ni à la fin, ni maintenant ni toujours. Tu n’es ni un point de l’espace ni son infini, ni un instant ni l’infini du temps.
Et puis après ? Qu’ai-je à faire des ni ni ? Tu es immédiat, tu es tu, et pour toi tout est tu, et avec toi je suis je pour qui tout est tu.

ta musique muette
consonne aux formes belles

Brancusi Henry Moore
Rodin et Michel-Ange
la chapelle romane et la pierre levée
nous donnent de t’entendre

sculptées par le silence
les formes belles
en ton silence disent
ta musique muette

amie, ami, amie, ami, amie, ami, amie ta joie pleure en ma chair

28 décembre 2003

Non non, il ne s’agit pas d’être un saint ou un sage, ceci ou cela, mais de vivre avec chacun le je-tu de la dilection.

Il n’y a pas ma force, ma beauté, mon intelligence, ma bonté…, il y a la force, la beauté, l’intelligence, la bonté…Je ne fais qu’y participer avec toi. Voilà aussi ce que c’est que de ne pas croire au néant. Il n’y a que l’être infini, et tout ce qui nous fait être en participe. Nous ne créons rien.

L’artiste n’est pas en concurrence avec les autres artistes. Il s’efforce à la perfection de la beauté dans l’amitié de celles et ceux que la beauté habite et incite à la perfection.

la poupée russe qui rêve
qu’elle s’emboîte et se déboîte
jusqu’au minuscule invisible
et jusqu’à l’infini
ignore depuis quelle Eve
antique ou nouvelle s’exploitent
les vides de ventre et de cible
en son désir unis

29 décembre 2003

Croire au néant, c’est continuer de vivre dans l’imaginaire dualiste du bien et du mal, du soi céleste et de l’autre infernal. Créer au sens de tirer du néant relève de cette croyance. Le récit de la Genèse, que l’on croit lui donner créance, ne fait en réalité que revisiter le mythe de Marduk vainqueur de Tiamat (Rien d’étonnant (mesdames, le saviez-vous ?) que Tiamat soit féminine et Marduk masculin dans cet imaginaire diurne.)

Avant que la pensée n’entre en dilection, une pensée appelle une autre pensée qui la défait, l’englobe et la digère. En dilection, toute pensée reconduit à l’infini dont elle se sait participer et dialogue avec toute autre.

En l’esprit la chair invite à la joie de se vivre et de se donner, puis à la chair de naître encore, puis à la vie de renaître en l’esprit. De l’or aux perles et des perles au diamant, les passages de relais se chevauchent.

ce fut l’or d’abord
l’or qui bientôt cède
l’or que l’on possède

et la peau brillait
dans la nuit secrète
aux mains indiscrètes
et la peau vivait
la tiède douceur
d’une folle ardeur

collines paupières
fermées sur les lèvres
en leur belle fièvre
collines lumières
voilées de l’absence
au seuil de l’essence

courbes qui se closent
enivrent les angles
partout qui les sanglent
et courbes qui osent
offrir les mystères
de la vieille terre

ce fut l’or d’abord
où la chair qui cède
en la chair possède

30 décembre 2003

Les catastrophes naturelles et les milliers de morts et de blessés accusent un Dieu indifférent, révèlent son inexistence. L’infini rit avec les morts en leur éveil et sourit aux blessés qui réveillent la dilection dans le cœur des Bons Samaritains.

Comme le plaisir, la douleur humaine peut n’être qu’animale. L’un et l’autre deviennent chemins de connaissance et de croissance spirituelles s’ils entrent dans le mouvement de l’altérité de dilection.

Une pensée philosophique qui s’élabore en fonction des philosophies existantes en porte inévitablement la marque. Croyant s’en distinguer, elle en adopte le fondement dernier. Le progrès de la pensée philosophique requiert une expérience métaphysique, et le commerce des philosophes ne peut rien faire de plus qu’y convier.
et vinrent les perles
dans le coquillage
au vague des plages

les mois de l’espoir
que vienne se dire
un nouveau sourire
l’attente de voir
paraître le cœur
d’un autre bonheur

perles de lumière
au fond de la baie
où la nuit se plaît
perle de mystère
au fond de la grotte
où le jour sanglote

auprès de la mère
les sourires s’assemblent
les cœurs se ressemblent
portées sur la terre
les perles se percent
bientôt se dispersent

partirent les perles
loin du coquillage
aux vagues de l’âge

31 décembre 2003

Une décision inconsciente peut-elle être une décision libre ?

Mimer consciemment la pensée d’un autre dans l’écoute ou la lecture, c’est se donner la chance d’une intimité sans risques.

Si le malheur de l’humain est de ne pas savoir demeurer une heure dans sa chambre, c’est que l’humain continue de crier famine sur son tas de blé : en prenant le vide pour le néant, il se prive de la rencontre de l’être de l’être.
Le fantasme du néant entretient la peur du vide et le désir de l’occulter par toutes sortes d’images, de musiques et de pensées.

car l’eau la plus pure
dans le vide fait
le diamant parfait

la force qui presse
au feu souterrain
libère la main
pour qu’elle n’ait de cesse
que le chagrin noir
se donne de voir

la force qui taille
l’eau dure qui aime
dans le froid extrême
s’affine que vaille
le geste artisan
jusqu’au bout des ans

la force qui tend
les faces de pierre
à toute lumière
se donne l’amant
qui donne avec elle
des joies éternelles

car l’eau la plus pure
du vide enfin fait
le diamant parfait

 

BONHOMME DE CHEMIN 2004

1er janvier 2004

chante chante le monde
en pure lumière
passe passe la vie
dans les ondes mères

ce qui se féconde
en la force fière
maintenant sourit
de la mort du père

roule roule la terre
à jamais sauvage
libre libre en son vol
loin de notre cage

ce qui se repère
du fond de son âge
confond la parole
de nos anciens sages

Il n’y a d’inexistence que de l’être fini, l’être infini ne laisse pas de place au néant.

L’ontologie de l’infini ne peut pas ne pas s’intéresser à tout être fini, que ce soit l’être naturel, l’être culturel, l’être religieux, l’être politique, l’être scientifique, l’être artistique.

La justice est le premier souci de la dilection.
Un gouvernement est coupable, avec ceux qui le soutiennent, des injustices nationales et internationales contre lesquelles il ne lutte pas à la mesure de son pouvoir.

Un humain achevé est solidaire de tous les humains en leur cheminement. La liberté dernière est solidaire de toutes les libertés. L’égalité dernière n’est pas achevée tant qu’elle n’est pas étendue à tous. La fraternité dernière ne peut exclure aucun humain.

L’égalité des peuples n’a rien à voir avec leurs ressemblances culturelles, religieuses ou politiques. L’unique ressemblance à promouvoir est celle qui nous relie chacun à l’unique infini.

La communauté des valeurs humaines doit faire l’objet d’un vote à l’unanimité des humains.

2 janvier 2004

En ta présence, le port est digne et beau, car tu portes l’humain en ta beauté.
Tour à tour, le corps se fige et danse, comme pour t’écouter et te parler.
Ami, que mon esprit pense à toi, que ton esprit pense à moi.

Dynamique de la liberté dans l’évolution de la conscience, depuis l’indétermination quantique en passant par le jeu chimique, les tropismes, les instincts, les désirs, jusqu’à la liberté dernière où la conscience de conscience face à l’infini-dilection pose son je et concerte avec toi en indicible communion.

le vol d’une mouche
en l’air immobile
mêle l’impalpable
aux évolutions
de son corps gracile

sait-elle où elle va
chercher son bonheur
dans l’hésitation
de ces va-et-vient
où se vit son heure

mais rien ne lui manque
dans le plan des choses
où l’air la nourrit
avant qu’achevé
son vol se repose

3 janvier 2004

On se bat contre l’obsession par le plus simple des raisonnements : plus on y pense, plus on y pense ; moins on y pense, moins on y pense.

la terre qui défile sous nos roues
porte résiste appuie nous pense
nous sommes d’elle à tout instant
elle précède et elle suit
ne lâche pas d’une semelle

et ses mains maternelles sont celles de l’immense
au point infime
où se dit à tout autre notre abîme

Les religions dites révélées défendent leur credo en entretenant la confusion entre foi et croyance. Elles font de la confiance en l’Eternel la raison de croire en leurs dogmes.

4 janvier 2004

Continuité et discontinuité de l’espace et du temps sont les deux mamelles de l’univers. L’énergie ne peut prendre forme matérielle définie sans le nombre, mais elle reste l’énergie….l’humain ne passe de la liberté première à la liberté dernière que dans une rupture, une mort-renaissance, mais il reste l’humain, l’animal, le vivant, la matière, l’énergie.

dans la rivière
l’eau descend descend
et sur la rivière
les ondes les ondes
montent sous le vent

la masse la masse
invinciblement
porte la matière
et le souffle ride
les lignes du vide
éternellement

5 janvier 2004

Continuité discontinuité. Nous n’en finissons pas de passer de la liberté première à la liberté dernière (de mourir et ressusciter, dit la mythologie).

Continuité discontinuité : de la mythologie à la mystique. Mais il importe de chronologiser, de voir ce qui se périme, afin que la foi ne fasse pas naufrage avec la croyance.

l’eau immobile réfléchit
dans le regard alterne l’oblique et le droit
l’autre et le soi s’émeuvent au passage
s’envisagent
se disent l’infini

Encore une fois, comprendre un poème ne sert qu’à mieux le percevoir. Si on le perçoit sans le comprendre, il n’y a plus qu’à s’y absorber dans la beauté et l’intelligence de l’être.

6 janvier 2004

sur la rivière
les ondes interfèrent

l’étrave lance aux berges les messages
de son passage

les berges de l’une à l’autre tissent
leurs beaux échos

les eaux
applaudissent la lice éphémère

L’art politicien consiste souvent à dire que l’on a fait, que l’on fait et surtout que l’on va faire ce que l’on n’a pas fait, ce que l’on ne fait pas et ce que l’on est incapable de faire.
L’éducation de la réflexion rend les citoyens ingouvernables par les politiciens menteurs, ce qui fait que les politiciens menteurs ont tout intérêt à limiter l’instruction à la formation technique, autrement dit à faire des citoyens de bons outils de production.
L’éducation de la sensibilité artistique, de la réflexion philosophique, de l’intuition mystique, fait des citoyens de piètres consommateurs, ce qui ne peut faire l’affaire des politiciens libéraux.

Production et consommation font le cercle vicieux du matérialisme. Vivent les transcendances qui permettent d’y échapper.

Un normalien incapable de remettre en question les normes qu’on lui inculque serait-il un normalien normal ?

7 janvier 2004

La méditation conduit la conscience immédiate, animale, de la liberté première à la conscience réflexive de la liberté dernière. Mais cette conduite n’a de sens que si la méditation se fonde sur l’intuition plus ou mains claire du destin dernier de l’humain, celui du partage avec tous de la dilection qu’offre l’infini.
Vient le jour où l’on saisit que la liberté dernière ne fait qu’un avec la relation je-tu de chacun avec tous en dilection.

La continuité discontinuité du fini et de l’infini est l’archétype de toutes les autres.

L’information peut-elle ne pas être manipulatrice ? On ne peut jamais tout dire, et le choix de ce que l’on dit est déjà une manipulation, bien plus efficace que la façon de le dire, que l’on peut souvent comparer à d’autres façons, puisque les médias choisissent bien souvent de parler des mêmes choses.

Esse est percipi (formule susceptible de bien des applications). Est-ce drôle de voir que pour tant de gens n’existe que ce qu’ils voient, et que ce qu’ils voient n’existe que comme ils croient le voir ?
Autre chose de penser que le réel est ultimement inconnaissable parce que notre regard et nos instruments en déforment l’approche, autre chose de croire que le réel ultime n’est qu’une création de notre regard et de notre pensée.
La concertation de l’expérimentation et de la réflexion doit mener toujours plus loin dans l’approche objective de l’objet. Si nos instruments ne peuvent nous donner accès à l’observation du réel ultime, la réflexion mathématique peut vérifier ses hypothèses en se guidant sur la non-contradiction de l’observation et de la réflexion.

Si la recherche du réel nous mène à découvrir une continuité discontinuité entre sujet et objet, elle ne fera que confirmer la loi générale de la relation entre le fini et l’infini ; du moins s’y inscrira-t-elle.

Ambiguïté des demi-illusions de la liberté première : elles nous sauvent du désespoir ou nous installent dans la satisfaction, nous invitent à marcher vers la liberté dernière ou nous font mener des combats inutiles ou destructeurs.

la lune qui se dit en disant le soleil
parle avec lui la langue de lumière
qui se veut le pur signe au vide de l’espace
et efface la trace des ondes de sa sphère

la bouche d’où s’écoule un volume sonore
ignore l’air qui porte sa chanson
comme en sa transparence l’énergie la transporte
et fidèle la livre telle qu’en sa tension

le temps même s’oublie dans le flot des instants
où la mélodie s’élance et se montre
tandis que le visage au visage se donne
à travers ton absence où l’autre se rencontre

8 janvier 2004

la glisse passe et se délace
pour la dame blanche là-haut
enchantant les yeux et la peau
entraînant de ses bras glacés
en ses entrailles l’insensé

pour les eaux tombant des hauteurs
et qui pénètrent jusqu’au cœur
de la terre en ses veines sombres
qu’elle les porte aux vies sans nombre
l’œil en la bouche se recueille

pour l’incessant tumulte du torrent
que la voix se mue en silence
force à crier ou à se taire
pour tenter d’entendre la mer
qui l’attire et lui donne sens
par les sentiers ultimes de son sang

Ecoute, j’écoute le silence du silence. Tu es là, je suis là. Que nos pensées se parlent en liberté, égalité, fraternité. Qu’elles se disent à toutes celles, à tous ceux qui écoutent le silence du silence.

9 janvier 2004

Si tu ne t’absentais dans le vide, nous serions dissous dans l’infinie densité de ton être.

visage
ce qui se donne et ce qui se réserve
se mêlent s’agencent
que se préserve
du regard le plus vif
ce que le regard le plus tendre
et craintif
livre ou se permet d’entendre
en la sage indulgence

Est-il nécessaire que la matière soit ultimement inconnaissable pour que l’être fini entre dans la liberté dernière ? De quel inconnaissable s’agit-il ? Le statistiquement prévisible préserve l’indéterminisme de l’individu.

10 janvier 2004

sœur de la nuit
tes appels au silence obscur
sonnent en mon silence
obscurs

l’air et l’ombre complices
comme une aile frémissent
en tous sens illuminent le coeur
où ta présence
en cette heure bruit

La notion de mal, comme tant d’autres liées à l’humain, se comprend dans la dynamique de l’univers jusqu’à l’émergence de la liberté dernière en conscience de conscience.
Le mal comme douleur apparaît avec le vivant. La douleur fait partie intégrante de l’évolution du vivant, de sa survie même en tant qu’espèce et en tant qu’individu : pas de sélection naturelle sans douleur, pas d’autoprotection sans douleur.
La souffrance des atteintes à la liberté première et à la satisfaction des désirs est minimale dans la nature sauvage. Elle croît avec l’humain premier en ses tâtonnements vers l’humain dernier : esclavage, servage, domination et exploitation. Mais en faisant prendre conscience à l’humain de son désir dernier, elle peut devenir éducatrice.
L’avilissement du maître et de l’esclave, de l’oppresseur et de l’opprimé, du dominant et du dominé, de l’exploiteur et de l’exploité, est appelé au dépassement par la prise de conscience des uns et des autres. Cet avilissement est inégal dans la souffrance, mais il est surtout différent en sa fin : l’esclave peut en principe accéder à la liberté dernière sans être affranchi, alors que le maître ne le peut s’il n’affranchit l’esclave (comme le dominateur, l’exploiteur ne le peuvent sans cesser de dominer, d’exploiter).
La souffrance morale du deuil, de la solitude, de l’échec…tend à s’atténuer, à disparaître avec l’intelligence de la dynamique qui conduit à la liberté dernière en participation de la dilection infinie.

L’infini veut se donner des égaux libres et fraternels. Comment ne pas craquer ?

La lutte contre la domination et l’exploitation n’est finalement humaine que lorsqu’elle vise, aussi, à libérer le dominateur et l’exploiteur, en l’éduquant et l’invitant à la liberté, à l’égalité et à la fraternité dernière.

Le judaïsme ne se justifie qu’en renonçant à ses origines barbares. Il y parvient en les allégorisant par la voix de ses théologiens mystiques au long des âges. Quand il y retourne, il se renie.

11 janvier 2004

Continuité discontinuité. Le séparable et l’inséparable sont deux faces du réel, de la matière elle-même. A nos scientifiques de nous faire comprendre comment ils s’articulent ; mais nous pouvons depuis longtemps, en poésie, théologie et philosophie, les vivre et en vivre si nous nous offrons au silence du silence.

On ne peut bien saisir ce qu’est le mal moral si l’on n’a pas conscience de l’identité non-identité du fini et de l’infini.
L’idée d’un dieu purement transcendant, tout-autre sans être non-autre, mène à des manichéismes, plus ou moins durs, plus ou moins mous. L’idée, plus rare en Occident, d’un dieu purement immanent, non-autre sans être tout-autre, conduit à des confusionnismes aveulissants, à des non-penser et à des non-agir.

l’étang invite à son contour
à main gauche à main droite
sur la limite étroite

la marche s’exerce au parcours
de ce qui s’en revient pénètre
et de ce qui s’en va
comme de mourir et renaître

l’eau où l’on n’entre pas
de l’un à l’autre au-dedans mène
puis à l’autre au dehors entraîne

12 janvier 2004

L’infini de l’être a le double visage de la complexité, nectar des intellectuels, et de la simplicité, ambroisie des mystiques. Tu es au-delà.

Ta présence exclut de vivre de nostalgie et d’espoir. Avec toi, le souvenir et l’expectative ne peuvent être dramatiques. Tu donnes à qui est attentif la plénitude de l’instant.

Le prosélytisme, qu’il soit religieux, politique ou philosophique, est-il compatible avec l’idéal de liberté égalité fraternité ? Peut-on persuader sans manipuler ? Peut-on chercher à persuader ceux que l’on considère fraternellement comme des égaux libres. Je ne puis un instant imaginer que tu te livres à cette activité. Quant à imposer (une pensée, une conduite…), non, c’est impensable.
Il existe des lois divines, et cela suffit à montrer que les dieux sont des inventions humaines. Mais la conscience attentive découvre la dilection et transcende les lois : Ama et fac quod vis.

Il n’y a pas de liberté de pensée sans affranchissement du langage. Ceux et celles qui voudraient nous persuader que l’on ne pense qu’avec des mots mêlent l’imposture à la manipulation.

Entre proposer des idées et tenter de les imposer, il existe l’abîme de la liberté dernière.

sais-je tout ce qui glisse
quand le traîneau emporte sur la neige
que la larme de l’air sur les yeux et les tempes
répond au crissement des lames sur le grain

l’arrachement des muscles
quand l’attelage tend les huit lanières
et que le mou s’enfonce et durcit dans l’appui
ne pense qu’à là-bas et oublie toute rime

j’écoute ce qui passe
quand le flot de l’espace s’entremet
que le vide se donne en pure liberté
ivre de la vitesse où l’autre se rencontre

13 janvier 2004

Il n’y a pas besoin de croire que l’univers est réussi. Il suffit d’ouvrir les yeux et les oreilles, de lire les scientifiques, de réfléchir un peu, et de constater.
Pour envisager l’idée du meilleur des mondes possibles ou du seul monde possible, il faut sans doute avoir une expérience métaphysique du réel comme totalité. Lorsque cette expérience se conjoint à celle de l’infini de l’être et de la relation de l’infini au fini, elle conduit à envisager cette idée comme hypothèse de recherche dans l’examen des données de la science (les ricanements de Voltaire sont quand même d’une intelligence moins impressionnante que celle d’un Spinoza ou d’un Leibniz).

La reconnaissance de l’être comme infini, excluant la possibilité même du néant, suggère aussi l’impossibilité pour cet être de ne pas vouloir se répandre en pur don, ou, pour user d’un langage qui parle aux oreilles chrétiennes, l’impossibilité de ne pas être Amour.

la toile du paysagiste
offre un autre regard
la côte sauvage subsiste
dans l’ombre de l’écart

l’œil invente un supplément d’âme
et mystagogue indique
le possible qui se réclame
de la force mimique

se pourrait-il qu’à la revoir
la sauvage se change
ou que sa toile dans le soir
nous révèle son ange

14 janvier 2004

L’infini ne dicte pas de lois, il donne à l’être conscient la possibilité de reconnaître comment marchent l’énergie, la matière, la vie, la conscience, et d’agir en conséquence en en reconnaissant le bien.

Dire que la non dualité de l’infini et du fini n’est pas l’unicité, c’est limiter la non dualité. Il faut avoir perçu comme évidente la réalité existentielle de l’infini pour se sentir acculé à admettre la non dualité, puisqu’elle semble violer le principe de contradiction en impliquant que l’autre est le non autre, en ouvrant la porte au tiers exclus. Alors apparaît aussi l’évidence de l’infini comme dilection.

L’infini serait-il dilection s’il s’imposait en une révélation irrécusable interdisant la liberté de l’ignorer ?

pour la beauté éparse dans les rues
pour l’élégance en sa fierté
pour la danse qui n’ose se dire
mais qui s’efface en marche raffinée

l’œil ému un instant hésite
entre l’appartenir et le tenir

passe vite à l’exultation
dans l’attention
de ce qu’en se faisant valoir
le corps te propose de voir

Comme l’outil prolonge la main, le cosmétique prolonge la peau.

15 janvier 2004

Existe-t-il des hypothèses scientifiques que n’encourage aucune vision du monde ? Toute vision du monde écarte-t-elle certaines hypothèses scientifiques ? La réticence à prendre en compte l’occulte, la télépathie, l’homéopathie…sont d’une science fondée sur un matérialisme mécaniste que les découvertes quantiques n’ont pas réussi à ébranler.

On a parlé de monarchie de droit divin sans s’aviser qu’elle faisait couple avec une divinité de droit monarchique. Le dieu unique tout-puissant en sa gloire appartient au même imaginaire que l’empereur achéménide.

Qu’il soit religieux, militaire, politique, judiciaire…, l’uniforme témoigne de la faiblesse de l’intelligence humaine, qui se laisse impressionner et manipuler par les signes plus encore que par les paroles.
L’espèce humaine n’est pas aboutie. Elle est en marche, mais elle ne peut aller plus vite que la liberté dernière, qui ne peut être que personnelle.
Tu as, toi, le visage et le vêtement de l’anonyme.

l’autoportrait reflète le miroir
qui l’a vu se former
il disparaît
quand sa figure hante le voir
du regard qui le scrute et tente
la rencontre hors du temps
qui le dispute à l’instant permanent
répercute
comme dans l’infini le vide réuni

16 janvier 2004

L’humanité a encore besoin des religions. La perte de la croyance sans la perte de la foi est affaire personnelle. Il est bon que les prêtres gardent leur croyance, et que ceux d’entre eux qui la perdent en gardant la foi continuent de jouer le jeu de la croyance s’ils le jugent conforme à leur vocation et bénéfique aux croyants.

Le mal moral, c’est ce qui entrave l’humain dans sa marche vers son accomplissement dans la dilection. L’accomplissement humain est chose personnelle puisqu’il est libre, et il est chose collective puisque la dilection est un lien de je avec tous.

La vie est la fleur de la matière, la conscience est le fruit de la vie.
Le projet de la conscience, ce n’est pas seulement de durer, de ne plus être interrompue par la distraction, mais de s’intensifier et de s’élargir. C’est un vouloir qui manifeste le désir d’infinitude, de participation en croissance asymptotique à l’infini qui s’offre.

la lune qui descend sous l’horizon
parle encor du soleil et de la terre
à l’oeil clos qui s’anime au plus profond
et tente de se faire à l’univers

le sang qui hume au plus loin la chanson
des choses qui s’assemblent singulières
sent en son rythme au fort de ses saisons
battre leur cœur en chaque once de chair

17 janvier 2004

dans le silence de la présence de ton silence dans la présence du silence de ta présence immobile avec moi immobile avec toi je pense que tu penses que je te pense qui me penses

Serait-ce que l’infini en sa conscience est tout pauvreté, se réjouissant de l’être infini de beauté, d’intelligence, de bonté comme de son autre ? Alors il peut en vérité traiter d’égal à égal avec toute conscience.

« Dieu est lumière ». Toi, tu n’es ni lumière ni ténèbre ; mais elles te disent en leurs concertations, alternances, équilibres.

comme une moire de nuage
jette la nappe de ses ondes
au ralenti
écoute un autre temps se dire
où la marche libre du sage
précède ou suit
l’autre où les rythmes vagabondent
tardent ou courent vers l’avenir

18 janvier 2004

La spiritualité sauvera la planète, si les humains ont la sagesse de le comprendre. Dix milliards d’humains « développés » auront tôt fait de l’épuiser et polluer. En dirigeant leur effort vers le seul infini qui puisse les combler, ils se contenteront de prendre à la terre selon leur besoin, s’apercevant aussi que leur besoin est beaucoup plus limité qu’ils ne le croyaient.

Une hyperpuissance soûle de son pouvoir ne peut chercher qu’à dominer et exploiter la planète au prix de la violence qu’elle déchaîne, et qu’à tenter de l’écraser en utilisant les ressources de ceux qu’elle domine et exploite en son aveuglement.

Une hyperpuissance prise au cercle vicieux de sa logique n’a pas la dignité du prédateur qui ne prend que selon son besoin. Elle s’enferme en son incapacité de comprendre la nature et l’objet de son désir infini.

moins vite bat l’aile au regard alenti
l’air est plus dense

en son appui la finesse du geste
peut déployer les courbes de l’espace

en harmonie l’efficace se leste
d’une danse puissante et pure

et pour l’instant qui dure
donne à goûter le fruit mûr de la vie

19 janvier 2004

La souffrance est inévitable dans un monde cohérent où la fin est en germe dans l’origine. La liberté dernière de la conscience suppose la liberté première de la vie et l’indétermination de la matière et de l’énergie.
Il n’y a pas d’indétermination ni de liberté première sans hésitations et faux pas corrigés par le hasard statistique et la nécessité de l’élan de l’être.
Il n’y a pas de liberté dernière sans possibilité de refus.
Ainsi perçue, la souffrance est le signe de la liberté dans un univers cohérent.
Si Dieu n’était pas amour, il n’y aurait pas d’indétermination, donc de mal. C’est aussi simple que ça. Votre dieu tout-puissant ne peut être que l’auteur de mal. Le tout-aimant préfère la liberté à l’impossibilité du mal, vous aussi sans doute.
Rien ne peut juger l’être qui ne soit lui-même l’être puisque l’être est tout. Parler de jugement supérieur à l’être, c’est ne pas comprendre l’infini de l’être, ignorer la plénitude de l’être.

Bonnet, calotte, coiffe, couronne, képi, toque, voile et autres coiffures signifiantes (sans parler des vêtements) sont d’un monde mythique toujours actuel.
Le regard démythifié ne voit que la beauté, l’intelligence, la bonté en toutes leurs gammes et variétés, excellences et déficiences.
Il faut bien pourtant accepter le rythme de chacun en sa libération de l’empire des signes.

Il ne suffit pas de rétablir la liberté sexuelle première pour revenir à un équilibre de l’imaginaire. La liberté sexuelle première dans un imaginaire diurne apparaît comme une perversité, une victoire sur la conscience morale et sur la transcendance.

Dire que l’homme a créé les nombres et ajouter aussitôt que sa créature s’est imposée à lui comme à un apprenti sorcier, c’est s’aveugler sur le réel et sur sa transcendance (triomphe de la suffisance de l’homme qui se croit la mesure de toute chose).

même le cri du geai
dans les espaces du bocage file
et fugue en ses échos

donne à goûter le laid du langage secret
où le bas et le haut
retrouvent leur accord au loin du long exil

20 janvier 2004

Lorsqu’on relit tel verset du Soulier de satin où le Père Jésuite prie le Seigneur pour sa terre afin « que l’Islam ne souille point ses rives, et cette peste encore pire qu’est l’hérésie », on se dit que l’Occident chrétien a tout de même fait quelque progrès en spiritualité.

Une œuvre d’art est un arrangement cohérent, même en ses dissonances et discordances. On le voit avec l’espace en architecture, en sculpture, en peinture ; on le voit avec le temps en musique, en danse. On le voit dans l’univers avec la totalité spatio-temporelle.

L’essence de l’être est énergie. Ainsi le vivent et/ou l’ont vécu plusieurs civilisations, et cela mérite considération. Alors on voit que l’espace-temps participe de son élan.

Un éducateur n’est pas un maître. Il ne cherche pas à faire des disciples, mais à éveiller des libertés dernières. Il collabore à la spiritualisation de l’univers, il participe à l’élan de l’être.

les paupières se ferment

leurs fières ailes closes
sont des papillons noirs
et j’ose ouvrir les miennes

en leur regard au terme
se pose le nectar

alors quoi qu’il advienne
mort où est ta victoire

21 janvier 2004

Continuité discontinuité : l’esprit et le nombre (existe-t-il rien de matériel qui échappe au nombre ? L’onde comme le corpuscule…la supercorde ?)

Le dieu chrétien est peut-être un mendiant d’amour. Toi, tu invites toute conscience à l’égalité de la dilection en la traitant comme ton égale. Tu refuses, chez l’autre et chez toi, les guenilles autant que l’apparat.

La liberté première est illusoire. La décision y est l’aboutissement de processus physico-chimiques déterminés et d’un aléatoire non maîtrisé. Mais cette illusion n’est dommageable que si elle nuit à la mise en place de la liberté dernière qu’elle annonce et prépare.

Les dialogues de sourds entre partisans et adversaires du voile islamique, aussi sincères les uns que les autres, sont le signe de la liberté illusoire dont ils se réclament, les uns comme les autres.

papillons noirs posés sur l’ambre
des yeux clos dans l’antre du soir

le silence de vos couleurs
résonne dans l’ombre du cœur

qui ouvre pour la nuit l’espoir
d’un printemps au fond de décembre

L’enchaînement sonore d’un poème libère des pensées inattendues.

22 janvier 2004

Le je-veux et le tu-dois appartiennent à l’humain primitif. Tel qu’en lui-même ressenti, l’infini dilection nous en libère. Dans la lumière du bien, nous décidons ensemble ici maintenant de ce qu’il sied de faire.

La conscience de toi comme présent ici maintenant fait de moi un je. Perdre conscience de toi présent, c’est risquer de perdre la liberté dernière et la justesse du penser et de l’agir. Cela ne peut durer longtemps sans dommage.

Il faut un préjugé favorable pour essayer de comprendre le temps avec quelque chance d’y parvenir. Il est si courant de le considérer comme un ennemi. Sans doute faut-il, pour y voir un ami, d’abord apprivoiser la mort, se réconcilier avec elle, y percevoir une étape nécessaire (peut-être dans l’hypothèse du meilleur des mondes possible).

les phalènes frangées de noir
hantent le crépuscule
et lorsque les lampes hululent
se posent sans rien voir

la nuit qui s’enferme en leurs ailes
donne à la peau son sens
établissant la connaissance
des profondeurs rebelles

elles se closent dans l’espoir
mince du vestibule
à la porte de la cellule
où veille ton regard

Le matérialisme mécaniste ne peut envisager l’hypothèse que la matière ait une dimension immatérielle ou qu’elle soit indissociable de l’immatérialité, ou que le réel ne soit jamais purement physique. Le matérialisme quantique n’a pas toujours cette réticence.

23 janvier 2004

Alors qu’un dieu qui se révèle intervient dans l’histoire, l’infini déborde infiniment la totalité des univers et de leur histoire, présent qu’il est à chacun de leurs temps et de leurs espaces.
Alors qu’un livre révélé, marqué par un temps et un espace, ne peut parler pour d’autres temps et d’autres espaces que par la médiation d’une interprétation métaphorique, l’esprit de l’éternel-infini emplit notre univers en la totalité de ses espaces et de ses temps.

L’idée d’une origine et d’une fin des temps serait-elle liée à une perception du temps biaisée par la peur du vieillir et du mourir ?

Vivre dans l’action de grâce, c’est vivre dans ta joie de l’autre, c’est participer à la dilection qui fait de chacun des êtres conscients de sa conscience un tu pour toi. Tu ne veux pas que te dire merci nous abaisse. Il n’y a avec toi ni abaissement ni élévation (vieilles imaginations mythiques). Il n’y a que ton offre et notre acceptation de la dilection.

S’intéresser à toi, c’est s’intéresser avec toi à la totalité. La spécialisation la plus poussée doit être balancée par la généralisation la plus étendue.

il n’est que ces dômes du corps
qui s’ouvrent et proposent
le donner et le recevoir

quand le regard
qui se prolonge ou s’interrompt
passe la porte des cils noirs
d’oreille il se peut qu’il
se fasse bouche subtil
appel que le sang seul
accueille sans
que la tête même l’apprenne
mais à qui la chair se soumet
sans gêne
pour répondre et se tourner

vers toi et ose
s’ouvrir à l’or
d’un home qui ne peut se voir

Affligeante monotonie de la monomane interprétation freudienne.

Tu fais qu’accepter soit offrir, et offrir accepter. Les larmes de ma joie, en tes yeux brillent.

24 janvier 2004

Croire, mot envasé bien difficile à nettoyer.
Croyance et foi. Croire à la vie éternelle est du domaine de la croyance, croire en toi est du domaine de la foi. La croyance fait crédit à quelqu’un au point d’accepter ses idées. L’idée de révélation permet le passage de la foi en un dieu véridique à la croyance aux idées qu’il est censé avoir révélées. Mais la foi en un dieu de dilection bannit l’idée de révélation, puisqu’une révélation qui ne serait pas donnée à tous serait inégalitaire et donc contraire à son amour universel.
La foi est intransmissible. On ne peut la prêcher. Elle est accessible à toute conscience réfléchie sous la forme de l’appel à l’amour universel. La croyance est chose ambiguë : elle peut conduire à la foi, elle peut en détourner. Sans doute peut-elle cohabiter avec elle, mais poussée à son terme, la foi fait table rase de toute croyance.

D’où peut venir l’évidence de l’être comme infini en relation de dilection avec les êtres finis ?
L’infini invite toute conscience à participer à sa vie de dilection ; mais la liberté dernière est essentielle à cette participation, elle fait partie intégrante de cette participation. L’infini ne cherche pas à convaincre et à persuader, car ce serait manipuler, c’est-à-dire dénier la liberté dernière indissociable de ce qu’il offre.

Le passage de la croyance à la foi est celui du doute, mais peut-être pas toujours. La foi peut cohabiter avec la croyance, sinon les religions seraient intrinsèquement perverses.

l’insecte inclus dans l’ambre clair
est la présence d’une forme
vidée de chair

l’or l’a reclus dans cette mort
pure momie sans bandelettes
où l’âme dort

la couleur et la transparence
où l’exclu dure précieux
font signe au sens

et l’œil illuminé arrête
à la limite des matières
le cœur en fête

25 janvier 2004

Penser que le plus ne peut sortir du moins est une évidence de l’être que l’expérience ne peut établir ni détruire. La prodigieuse intelligence qui se découvre dans la matière suppose une intelligence supérieure qui la précède. Le refus de l’admettre est d’une intelligence qui se renie.

Les religions de salut puisent leur force dans la culpabilité. Il leur faut sacrifier une victime, innocente de préférence, afin de nourrir la culpabilité. Avec elles, le vieux sacrifice, qui était manipulation de la force vitale, est devenu manipulation de la force morale.
Le christianisme vit dans l’équilibre de la culpabilité qui en fait une croyance en la souffrance rédemptrice tournée vers soi et de l’amour de dilection qui en fait une foi tournée vers l’autre. La croyance est son passé, la foi son avenir ; mais il lui est difficile d’avancer, soit qu’il craigne de se renier en renonçant à sa croyance, soit qu’il redoute de voir ceux qui y renonceraient perdre la foi. Mais il est des croyants qui abandonnent leur croyance au nom même de la foi qu’il propose.

La reconnaissance mutuelle des personnes comme personnes met entre parenthèses et minimise leurs croyances. Elle se fonde sur l’intuition ou sur le sentiment que toute personne est manifestation et don participé de l’infini. Elle apporte sérénité à l’affrontement des religions et des cultures. Elle se réjouit de la diversité.

les vapeurs s’allongent et fondent
leurs formes à jamais fluides
savent se dissoudre en l’humide
sur le chemin des ondes

trouvent la grâce passagère
invitent chacun à produire
en même mélodie et rire
l’âme qu’elles suggèrent

pour qu’elle poursuive ineffable
l’indécidé de son voyage
candide comme leur image
en l’ombre d’une fable

Il faut se garder de piéger en leur moi ceux et celles à qui l’on marque sa sollicitude. Il faut tenter avec eux de se préoccuper de l’autre.

26 janvier 2004

L’étude des techniques de vente donne une idée statistique du Q.I. des acheteurs, qui sont aussi des citoyens. Ce piètre niveau a-t-il quelque chose à voir avec la persistance du mythe et avec son utilisation manipulatrice par les mieux pensants ?
Le mythe est toujours prêt à revenir en force. Ainsi le 11 septembre est en passe de devenir un événement fondateur.
La laïcité est-elle le remède au mythe ? Quelle laïcité est assez lucide pour reconnaître la pr%E

 

1 réponse
  1. Goviril
    1 juillet, 2015 | 18:30 | #1

    un bon article que je vais surement relayer, par contre êtes vous sur que ça marche vraiment ? Fred de Goviril

    http://www.goviril.cf

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