15 août 2018

     Il y a dans le concept de non-autre une expression de la Vérité de l’Amour qui peut parler à des intellectuelles, à des têtes philosophiques, mais cela ne fait sans doute pas grand monde.     

     Pour lui donner son efficace, il est bon de l’imaginer, de toucher l’Amour non-autre au bout des doigts et de la langue, un peu comme les catholiques le font dans leur communion eucharistique.

     L’Éternel nous est présent par sa présence de non-autre à l’intime des êtres. On peut en « voir » mille exemples. Ainsi la poignée de sable qui coule entre les doigts, l’eau qui ruisselle sur la peau, la glace parfumée dans la bouche, la main serrant la main…

     La poésie peut prendre le relais de la philosophie. Gerard Manley Hopkins a « senti » en l’imaginant la présence de Marie, sa « mère de Dieu » partageant la Vie de l’Éternel, « présente » dans l’air qu’il respirait :

Wild air, world-mothering air,

Nestling me everywhere,

That each eyelash or hair

Girdles…

This air, which, by life’s law

My lung must draw and draw

Now but to breathe its praise,

Minds me in many ways

Of her who not only

Gave God’s infinity

Dwindled to infancy

Welcome in womb and breast

Birth, milk, and all the rest…

(The Blessed Virgin compared to the Air we Breathe)

 

Air fou, air maternel

Qui me niches partout,

Que chaque cil ou cheveu

Gaine…

Cet air, que, par la loi de la vie,

Mon poumon doit aspirer sans cesse,

Maintenant, mais pour respirer sa louange,

M’occupe de tant de façons

Celle qui non seulement

A accueilli l’infinité de Dieu,

Apetissé en un bébé,

dans le ventre et les seins, lui offrant

Naissance, lait et tout le reste…

 

Pourquoi crier famine sur notre tas de blé, les dix mille spectacles du monde à qui l’Éternelle donne « la vie, le mouvement et l’être » (Actes 17, 28) nous invitant à Aimer-Servir comme Elle Aime-Sert. Elle est toujours et partout disponible à notre disponibilité.

 

     est-ce à l’air est-ce à l’hirondelle

     est-ce à l’une et l’autre associés

     qu’en belle vérité il sied

     de célébrer l’amour des ailes

 

     dans l’échange du je et tu

     c’est l’autre enfin plus que le nôtre

     dont on ne sait plus qui est l’hôte

     quand les voix folles se sont tues

 

     l’air apparaît comme un non-autre

     partout répandu dans l’espace

     des basses régions aux plus hautes

     et dont on cherche en vain la face

     ici et là partout fuyante

     en ses innombrables détours

     plus que la véloce Atalante

     succombant au piège d’amour

 

     l’hirondelle se donne à l’air

     et l’air se donne à l’hirondelle

     inconscients de ce beau mystère

14 août 2018

     L’approche philosophique de l’être et des êtres est une approche par le langage, car la philosophie s’occupe de concepts, et les concepts sont liés aux mots qui les expriment.

     Aristote déjà et quelques autres philosophes grecs de l’antiquité se sont demandés ce qu’est l’être, mot-concept qui leur apparaissait comme le fondement de toute connaissance philosophique.

     Au XVème siècle, le théologien philosophe Nicolas de Cues a abordé la question en manipulant les mots « un » et « multiple » pour se demander quelle pouvait être la relation entre l’être un et les êtres multiples. L’un était pour lui Dieu et le multiple l’ensemble des êtres non-Dieu. Il a pour ce faire inventé le concept de non-autre. Pour lui, l’un est le non-autre et le multiple est l’autre.

     Son jeu de langage se poursuit ainsi : « Le non-autre n’est autre que le non-autre » tautologique (Du non-autre. Le guide du penseur, p. 31). Il s’appuie sur le Pseudo-Denys qui « à la fin de sa Théologie mystique affirme que le Créateur n’est ni quelque chose de nommable, ni autre chose » (op.cit., p. 32).

    Logique impeccable, « le non-autre n’est ni autre, ni autre à partir d’un autre, ni autre dans un autre, pour aucune autre raison que le non-autre ne peut en aucune manière être autre, comme si quelque chose lui manquait, à savoir, les autres. L’autre, en effet, parce qu’il est autre de quelque chose, est privé de ce qu’est l’autre. Mais le non-autre, puisqu’il n’est l’autre de rien, ne manque de rien et rien ne peut être en dehors de lui… » (op. cit., p. 46).

     Ce jeu de mots est une forme de conceptualisation philosophique qui rejoint ce que Thomas d’Aquin, trois siècles plus tôt, avait dit de l’intimité de Dieu à tout être: « opportet quod Deus sit in omnibus rebus, et intime, Dieu est nécessairement présent en toute chose, intimement » parce qu’il est l’être de tout être (le non-autre de tout autre). Ce qu’Augustin à la fin du IVème siècle avait éprouvé en disant à Dieu qu’il était « intimior intimo meo« . Et puis d’ailleurs, un ancien Grec avait pu dire « En lui nous avons… l’être » (Actes 17, 28).

     Reste que cette intimissime intimité de l’Éternel non-autre aux autres, à nous-mêmes autres, risque de nous donner l’idée que nous sommes l’Éternel par nature, ainsi que tous les autres êtres, ou que Dieu est la nature selon l’expression de Spinoza, « Deus sive Natura« , dont notre Michel Onfray s’est empressé de s’emparer pour nier l’existence d’un Éternel transcendant…

     Paul avait vu, évangéliquement, que l’intimité réelle de l’Éternel en tout est un idéal à rechercher plutôt qu’une réalité établie : « Lorsque tout lui aura été soumis, alors le Fils (Christ) lui-même se soumettra à celui qui lui a soumis toutes choses, afin que Dieu soit tout en tous. o Theos ta panta en pasin » (I Corinthiens 15, 28). Mais Paul reste prisonnier de sa théologie mosaïque du Dieu Tout-puissant auquel il faut se soumettre, alors que le « tout en tous » évangélique n’est à envisager que dans l’Amour du « moi en eux et toi en moi, moi en toi, eux en nous » (Jean 17, 21, 23). C’est dans l’Amour que le non-autre et l’autre communient le plus intimement qu’il est possible, « sans séparation et sans confusion ».

 

     toi minuscule sur la feuille blanche

     vais-je me demander pourquoi

     dame nature a fait le choix

     d’éloigner à ce point nos branches

 

     c’est qu’il a fallu des milliards d’années

     d’ancêtres en cheminement

     et puis d’amantes et d’amants

     pour que si proches nous soyons nées

 

     lointains du point de vue de Sirius

     notre distance est bien minime

     et de l’abîme au plus intime

     nous sommes tous deux des minus

     dans un monde où les imbéciles comptent

     en croyant comprendre le monde

     à coups de leur pensée féconde

     en ces idées qui font leur honte

 

     notre secrète communion peut-être

     entre minus et majuscule

     se moque bien du ridicule

     de notre prétention à être

 

 

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