14 mars 2019

     Les prophètes parlent en langage mashal figuré lorsqu’ils parlent spirituellement et ils parlent en langage non-mashal littéral lorsqu’il parlent charnellement. La question est donc de savoir où et quand les prophètes parlent selon l’un ou l’autre langage, mashal ou non-mashal.

     Pascal l’a reconnu à sa façon: « tout ce qui ne va point à la charité est figure » (Pensées, éd. Sellier 301, p. 204). Cependant, incohérent, il a interprété les figures, les meshalim, sans toujours appliquer cette reconnaissance bien qu’il se soit souvent interrogé pour savoir s’il fallait lire tel ou tel passage de la Bible « en réalité ou en figure » (op. cit., 291).

(Pour rappel, l’édition Sellier présentée et annotée par Gérard Ferreyrolles décrit la figure comme « signe d’une réalité plus haute ; spécialement, image sensible d’une réalité spirituelle. La figure annonce et voile à la fois la vérité qui est son modèle et sa fin » (op.cit., p. 699))

     Pascal savait bien que l’interprétation est un art où l’on navigue entre des écueils : « Deux  erreurs : 1. prendre tout littéralement. 2. Prendre tout spirituellement. » (op.cit., 284). Mais Pascal a-t-il toujours su éviter ces erreurs ? On s’aperçoit qu’il était tenu en laisse par la théologie imposée par le dogme chrétien. Et ce au point de négliger le principe de contradiction, allant même jusqu’à le mettre en doute (op. cit., 208).

     Si cependant nous tenons au principe de contradiction d’une part et au seul guide de la charité, de l’Amour, d’autre part, nous pouvons, nous devons même nous permettre de lire les Écritures en toute liberté, sachant qu’être libre c’est se conformer à notre être en participation à l’Être de l’être reconnu comme Amour. Dès lors,  le « ama et quod vis fac » d’Augustin, « Aime et ce que tu veux, fais-le » s’étend à la pensée : « Aime et ce que tu veux, pense-le ».

     La question se résout alors à savoir si c’est bien l’Amour qui guide notre pensée. Il nous faut donc nous efforcer d’Aimer « de tout notre cœur, de toute notre âme et de tout notre esprit », sachant cependant que nous ne pouvons Aimer qu’en coopération avec l’Esprit d’Aimer, que nous ne pouvons nous « élever » de la nature à la surnature par nos seules forces. Rappelons-nous ce que Montaigne a dit en se moquant des Stoïciens (Essais                                          ii, 12, p. 351 folio classique) même s’il s’est trompé lui aussi en parlant de se « laisser hausser et soulever par les moyens purement célestes. » En effet le moyen d’Aimer n’est pas « purement céleste ». Il nous faut « agir comme si tout dépendait de nous et prier comme si tout dépendait de Dieu ».

     Cette aporie apparente pointe la nature de la présence mutuelle de l’Éternel et du temporel, de l’Infini et du fini selon un panenthéisme sans séparation et sans confusion.

     Penser librement les textes sacrés selon l’Amour permet de reconnaître le message voilé dans les meshalim, en particulier dans ceux du Prophète de Nazareth. Qui Aime a les oreilles qui les entendent.

 

     le bois qui pleure dans le toit

     répond au souffle de la plaine

     lorsqu’il s’en vient à perdre haleine

     dans le transport de son émoi

 

     est-ce un souvenir des forêts

     où il a pris toutes les fibres

     dont le souvenir ici vibre

     du désir de se libérer

 

     ce qui sous la toiture écoute

     les bruits du dedans du dehors

     et tente au fond de leur décor

     de percer au-delà du doute

     ce qui se voile d’éternel

     entend vibrer le chant du monde

     qui parmi les étoiles inonde

     la moindre mélodie mortelle

 

     ce qui s’émeut pleure gémit

     chante à l’invitation de l’air

     et de l’oreille sur la terre

     le message de l’infini  

 

 

 

 

 

13mars 2019

     Il y a dans le Notre Père, que les chrétiens ne cessent de répéter parce que c’est la prière que Jésus est censé leur avoir enseignée, une formule qui intrigue les herméneutes : « ton arton êmôn ton épiousion dos êmin sêmeron, le pain nôtre ce sursubstantiel donne-nous aujourd’hui » (Matthieu 6, 11). C’est le mot épiousion qui fait question. En latin il est parfois traduit pas supersubstantialem et parfois par cotidianum, le mot que l’on a retenu en français dans la traduction « quotidien », mais dont on voit mal la pertinence puisqu’il fait double emploi avec « aujourd’hui ».

     Qu’a dit Yeshoua en araméen, si la formule est bien de lui ? On peut au moins examiner ce mot ambigu, épiousion, pour tenter de lui trouver un sens qui s’accorde avec la Vérité de l’Amour. (Soit dit en passant la fin du Notre Père propose maintenant une formule adoptée au Concile Vatican II, « car c’est à toi qu’appartiennent la règne, la puissance et la gloire » (Matthieu 6, 13) formule qui relève du sacré, faisant du prophète de Nazareth le Tout-puissant redoutable distributeur du paradis et de l’enfer, mais dont on espère qu’en l’autre vie, sinon en la présente, on partagera le pouvoir (« si nous souffrons avec lui, avec lui nous règnerons » (II Timothée 2, 12).

Le pain sursubstantiel, ce devrait être pour nous le pain dont Yeshoua a parlé : lui-même, sa chair pour la vie du monde (Jean 6, 50), la sursubstance éternelle intimement présente à tous les êtres sans séparation et sans confusion. C’est le intimior intimo d’Augustin et le intime de Thomas d’Aquin du panenthéisme qui a pu faire dire à Yeshoua « toi en moi et moi en toi », et même, par participation, « Je suis ».

      C’est cette proximité de l’Esprit d’Amour toujours agissant en nous dans la mesure où nous l’accueillons qui nous fait répéter « ô toi notre force d’Aimer », afin que nous pensions et agissions toujours plus intensément selon l’altérité de service de tous les êtres.

 

     raciné si profond

     que j’en perds la mémoire

     qui m’empêche de voir

     l’être qui seul est bon

 

     ma peau contre sa peau

     mon doigt contre son bois

     est-ce lui que je vois

     dans l’acte et le repos

 

     ce n’est pas l’expérience

     de ce que dit la chair

     trop proche de la terre

     en plaisir et souffrance

     qui permet d’entrevoir

     caché derrière un voile

     cet océan d’étoiles

     qu’on ne peut concevoir

 

     et la profondeur même

     en langage trompeur

     referme sur le cœur

     la bonté de qui aime

 

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