7 octobre 2018

     « Volonté » et « grâce » sont de pauvres mots pour tenter de comprendre la relation qui s’établit, se développe et espère s’accomplir entre l’humain et l’Éternel Amour.

     Pascal insiste sur la coupure, la discontinuité, entre l’ordre de la concupiscence qui forge des « règles admirables » pour la conduite de la vie sociale et politique et l’ordre de la charité qui les transcende.

     Pascal baigne dans l’atmosphère de la théologie chrétienne, comme d’ailleurs Montaigne qui insiste sur la nécessité de la grâce pour se hausser au-dessus de la nature humaine.

     L’image que Montaigne utilise est trompeuse: elle donne à penser que l’action de l’Éternel Amour vient de l’extérieur de l’humain, par transcendance, comme une main secourable : « si Dieu lui prête extraordinairement la main » (Essais II, 12, p. 351 folio). Mais l’action de l’Éternel dans l’univers n’est pas manipulatrice comme l’insinue la tradition sacerdotale, au fond pré-matérialiste physique, dans le long récit de la Genèse. C’est une action inspiratrice comme le suggère la petite phrase de la tradition prophétique, « et le souffle de Dieu planait sur les eaux ».

     Certes, le mot « souffle » est suspect, lui aussi, mais il est moins trompeur que le mot « main » dans notre représentation de l’union de l’humain et du divin « sans séparation et sans confusion » (Chalcédoine 451). En réalité, cette action demeure hors de portée de notre intelligence et du langage qu’elle utilise pour la décrire. Elle ne peut manquer de paraître paradoxale, contradictoire, comme on l’entend dans le conseil spirituel, « agir comme si tout dépendait de nous et prier comme si tout dépendait de Dieu ».

    Ô toi notre force d’Aimer, Ô toi notre force d’Aimer, Ô toi notre force d’Aimer…

     À vivre, à tenter de vivre chaque inspiration-expiration du souffle extérieur-intérieur abîme-intime, on peut sans doute avancer dans le Royaume.

 

     le mur intérieur où chaque pierre

     dit la main qui l’a posée

     à la pensée dans le secret confère

     ce qu’il lui faut oser

 

     les mille pierres de ce mur vibrent

     des atomes de  matière

     qui se meuvent en équilibre

     depuis l’interminable hier

 

     c’est une longue histoire inconnue

     que l’œil intérieur contemple

     en sa sublime mise à nu

     où d’abord se bâtit le temple

     qui croit pour un temps qu’il enferme

     en crainte de sa puissance

     l’éternel qui demeure ferme

     en sa proposition de sens

 

     quand de pierre sur pierre ne restera

     que l’histoire et le souvenir

     espère que s’accomplira

     l’immensité osée de ton désir

 

 

6 octobre 2018

     Agapè ? André Comte-Sponville reprend en détail l’étude de la gamme des amours dans la tradition occidentale, grecque en fait: éros, philia, agapè. Anders Nygren avait en grande partie éclairé la question dans les années 1930 avec son Érôs et Agapè: la notion chrétienne de l’amour et ses transformations.

     Question essentielle lorsqu’on s’attache à la formule de Jean, « Dieu est Agapè » (I Jean 4, 8), et que l’on s’indigne que Benoît XVI ait affirmé que l’Éternel n’est pas exempt d’éros, défendant ainsi l’idée qu’il se serait choisi une épouse, le peuple d’Israël d’abord et puis l’Église, sapant donc l’idée de l’universalisme du Royaume.

     Ce qui peut retenir l’attention d’un témoin de la Vérité du Royaume lorsqu’il entend ou lit André Comte-Sponville, c’est qu’il admire l’agapè, mais qu’il la considère comme utopique: il y a cette petite phrase, « la charité, si elle est possible… », le mot « charité » étant la traduction française du mot latin « charitas« , lui-même traduction latine du mot grec agapè.

     Ce que suggère l’Évangile, c’est que l’agapè est impossible aux humains mais qu’elle est possible à Dieu, dont l’essence est Amour: « Mais alors qui  pourra être sauvé », s’écria Pierre, et Yeshoua répondit: « aux humains, c’est impossible, mais à Dieu tout est possible » (Matthieu 19, 26). Malheureusement cette possibilité de Dieu est presque toujours interprétée comme celle du Tout-puissant, ce qui peut susciter l’incroyance chez bien des gens.

     La possibilité de l’agapè pour nous autres humains, c’est celle de l’Amour Éternel que nous accueillons, la possibilité de la « grâce » qui répond à l’impossibilité de l’humain de se hausser au-dessus de sa nature. C’est ce qu’a vu Montaigne, qui en son bon sens qualifie d’absurde « de faire la brassée plus grande que le bras… Cela est impossible et monstrueux. Ni que l’homme se monte au-dessus de soi et de l’humanité… Il s’élèvera si Dieu lui prête extraordinairement la main (Essais II, 12, p. 351 folio), et « par la grâce divine et non autrement » (p. 608), et encore : « Tout ce que nous entreprenons sans son assistance, tout ce que nous voyons sans la lampe de sa grâce, ce n’est que vanité et folie » (p. 287).

 

     lorsque la route s’allonge

     et que tu songes

     à son immensité

     appelle dans le secret la force de l’éternité

 

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