11 août 2018

     L’interprétation la plus décisive sans doute dans le choix que fait le Royaume plutôt que dans celui que fait l’Église est celle du « Dieu est amour » (I Jean 4, 8), plus précisément dans le sens du « est » que nous choisissons. Car le verbe être a de multiples utilisations. En l’occurrence, il peut signifier une qualité et il peut signifier une essence. Si nous croyons qu’il signifie une qualité, nous croyons qu’il en a d’autres tout aussi importantes comme l’enseigne l’Église, à savoir qu’il est amour, mais qu’il est aussi colère, qu’il est « le Dieu vivant entre les mains de qui il est terrible de tomber » (Hébreux 10, 31), qu’il est justice autant que miséricorde et que sa justice (rétributive) est aussi « énorme » que sa miséricorde comme le dit Pascal (Pensées éd. Sellier 680, p. 458).

     Ce dieu-là est un dieu cosmique, la personnification du neïkos-thanatos et de la philia-eros. C’est le dieu de l’enfer et du paradis qui indignait Rabi’a al-Adawiyya.

     L’interprétation du « est » dans « Dieu est Amour » selon le Royaume fait de l’Amour Agapè l’essence même de l’Éternel, non une de ses qualités parmi d’autres. Car cet Amour n’est pas l’amour eros que nous connaissons dans notre désir de posséder l’autre, mais l’amour agapè que nous connaissons dans le désir de servir, bonnement, ordinairement (Luc 12, 37. 22, 27), sans espérance d’autre récompense que d’Aimer toujours davantage, de participer à l’Amour éternel, à sa phuséôs, nature, être, essence (II Pierre 1, 4). Ne pas Aimer ainsi, c’est demeurer « du monde » (Jean 17, 16), et disparaitre avec lui (I Corinthiens 7, 31).

     Cela ne signifie pas que l’Amour Agapè serait absent de l’Eglise, ni d’ailleurs d’un grand nombre de consciences humaines, mais L’Église affirme que Dieu n’est pas totalement Amour, qu’il est aussi un peu eros comme l’a rappelé le Pape Benoît XVI, justifiant ainsi que l’Église croit être l’épouse de son Christ, comme Israël croit être le peuple choisi de son dieu. Mais l’Amour ne choisit pas, il offre son Amour à tous les êtres, « les méchants et les bons, les justes et les injustes » (Matthieu 5, 45).

 

     conjugueurs de l’utile

     avec son inutile

     vous transporteurs de l’eau

     et convoyeurs du beau

     pour la sublime tâche

     de nourrir notre corps

     mais aussi plus encore

     d’abreuver notre esprit

     d’éternelle eau de vie

 

 

 

10 août 2018

     La coïncidence des opposés, coincidentia oppositorum, a été l’obsession de la quête mythique de l’absolu. Pour un certain penseur chrétien aventureux de la fin du Moyen Âge, cette figure était la seule façon d’approcher le Dieu insondable et infini (Maître Eckhart).

     Dans son enthousiasme christique, Paul avait pressé ses correspondants en un langage qui pouvait préparer cette figure: « que vous soyez enracinés et fondés dans l’amour pour pouvoir comprendre avec tous les saints quelle est la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur de l’amour de Christ, et de connaître cet amour qui surpasse toute connaissance, afin d’être remplis de la plénitude de Dieu » (Éphésiens 3, 17ss).

     Christ rassemblerait en lui, comme en un centre, les quatre dimensions deux par deux opposées de l’espace (cf. Romains 8, 38s). Belle image sans doute, et fascinante pour certaines consciences, mais le réel spirituel échappe à l’espace, et combien davantage le Réel Infini.

     Il peut être utile de répéter avec Augustin parlant à son Dieu, « intimior intimo meo« , mais sans oublier d’ajouter « et superior summo meo« . La coincidentia oppositorum pointe l’Amour, qui n’est cependant ni dans la profondeur de l’intime humain ni dans la hauteur de l’abîme cosmique, ni dans l’immanence ni dans la transcendance, mais en lui-même. Tautologiquement, l’Amour est l’Amour, et on ne le connaît qu’en Aimant tous les êtres et en nous faisant leurs servantes et leurs serviteurs ordinaires (Luc 17, 10), comme le Fils de l’homme a Aimé et servi, participant à l’Amour de son « Père des cieux » « sur la terre comme au ciel ». Mais « qui n’Aime pas ne connaît pas Dieu » (I Jean 4, 8).

 

     regard que cherches-tu dans le ciel étoilé

     innombrable secret de la hauteur

     tout autant que de la profondeur

     où vivent sûrement des milliards d’innomés

 

     si certains s’en effraient d’autres s’en réjouissent

     non dans l’intelligence qui comprend

     mais dans le cœur qui parfois se surprend

     à les connaître un peu qui y frémissent

 

     la terre ferme   sous les pieds qui te portent

     n’est pas une parente à ce point éloignée

     qu’il faille oublier d’en soigner

     la relation à laquelle t’exhortent

     les âmes où brûle encore le feu étoilé

     qu’on devine là-bas comme au creux de la terre

     en une communion dans le mystère

     de la brume éternelle voilé

 

     toi regard qui t’en vas de l’intime à l’abîme

     et puis t’en viens de l’abîme à l’intime

     tu vis qu’au centre   sans cesse de retour

     tu aperçoives en son voile l’amour

 

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